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Vendredi 13

Publié le

Le silence s'épaissit. La distance s'épaissit.
L'absence creuse des fossés ou un simple rectangle.
Avec sa pelle, en pleine nuit, sous un arbre éloigné, elle creuse une tombe.
La terre résiste à peine. Elle a faim de cadavres.
Dans la lumière des phares de la voiture, un corps enroulé dans la bâche en plastique.
Et l'autre, debout, qui donne ses coups de pelle, pour le faire disparaître.
C'est une nuit sans lune. Je devine le visage figé dans son linceul. Les yeux écarquillés.
Un détail me glace. Sur le plastique, un nuage de buée se répand à sa bouche.
La victime n'est pas morte. Elle respire encore. Sera enterrée vivante. 
C'est l'oubli, diabolique, qui vient l'ensevelir.
Des paquets de terre tombent lourdement sur la bâche en plastique.
Avec un bruit sinistre qui fait froid dans le dos.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Les éphémères

Publié le

Il y a Christelle et sa chevelure de charbon.
Son front et ses yeux antiques. Sa beauté étrusque. Ou de divinité.
Qui riait à gorge déployée le soleil de ses drames.
Son accent singulier. Et ses hanches de femme.
Elle arpente le parc de la maison bénie où j'avais mes vacances.
Et ma mère était là pour la voir d'un bon œil ou la faire parler.
Il y a Nadège et sa douceur irréelle. Enveloppante.
Cette voix de poitrine à peine perceptible qui me faisait du bien.
Qui cachait une force bien plus grande que la mienne.
Que j'aimais faire rire. Quand c'est elle qui soignait les blessures de l'autre.
Elle arrive dans l'allée pour venir me rejoindre et nous irons plus loin.
Sous un ciel de Salanque où l'été intervient, me fait perdre le fil et ce lien qui me manque.
Il y a Anne et sa chevelure blonde à confondre dans la paille,
et les bottes de foin d'un campus littéraire où résonnent encore ses fous rires en pagaille.
A sa chambre étudiante, les chansons, le vin rouge, tout venait me griser.
Quand sa joie désarmante irradiait mes postures et quelques certitudes.
Son regard, sa candeur, sa gaieté maladive, me laissaient impuissant à lui faire du mal.
Et son rire en rafales, quasi désespéré, me touchait presqu'autant qu'il dopait mon désir.
J'ai laissé filer, je le vois, je le sais, bien des opportunités d'être père aujourd'hui.
De construire quelque chose. De fonder ma famille. D'être un homme. Responsable.
J'ai toujours lâché prise, refusé le volant, n'ai rien fait pour garder la voiture sur la route.
Qui finissait invariablement, au bout de quelques bornes, contre un arbre ou dans le fossé.
Je continuais à pied. Et le pouce levé, je n'étais prêt qu'à poursuivre pour d'autres aventures.

Ce que je préférais, avec les filles, c'était les faire rire.
Depuis l'enfance, depuis Sarah, depuis Florence, ou Caroline, aussi loin que je me souvienne,
c'était un plaisir délicieux, incommensurable, que d'entendre l'exclamation d'une joie provoquée,
et de voir au visage une perte de contrôle, heureux de faire l'idiot, de faire la fête,
pour me payer de ces victoires chaque fois arrachées comme on gagne un orgasme.
Ce n'était pas toujours simple. Il fallait chercher. Essayer des choses. Faire des bides.
Récidiver. S'adapter. Et soudain, en plein dans le mille. J'avais trouvé la clé.
Celle d'un trésor fantastique. Quand elles s'ouvraient dans leur rire le plus cru.
C'était un bonheur sans pareil. Enivrant. A faire perdre l'équilibre.
Il y avait Irina qui était bon public. Dont le rire dans l'oreille me revient maintenant.
Dans les graves. Saccadé. Très serré. Comme s'il voulait s'empêcher d'être émis.
Toujours accompagné de ces mouvements de tête. Une chorégraphie.
Les cheveux prolongeant dans l'espace l'onde des soulèvements et des parades,

aux sursauts de pudeur, quand rire franchement livre l'intimité.
Quand il s'échappait aux éclats, la tête renversée, aux effets de crinière
dignes de Sanson au piano poignardée d'un accord, c'était comme une vague,
un soleil collé à son zénith aussi aveuglant que celui des jouissances sexuelles.
Et j'étais bouleversé, aux armures fendues, de trouver la personne au centre d'elle-même.
Dans sa vérité brute. Primitive. Sans fard et sans postiches. Nature. La version d'origine.
Impressionné par chacun d'eux, j'ai compilé tous les rires féminins que j'ai su débusquer.
Classés. Archivés dans ma mémoire. Avec la fièvre du collectionneur. Limite fétichiste.
Puisque je le crains. Si le sourire est le comble de l'érotisme. Le rire est sexuel.
Aussi vrai que j'aime observer, fasciné, toutes les grimaces du plaisir à son paroxysme,
j'aime observer celles d'un autre abandon de soi, qui peut être aussi bien simulé,
mais qui n'est beau et éblouissant que s'il est fulgurant
.


Il y a Geneviève dans cet appartement de la rue St-Timothée.
Qui brisait la glace jusqu'aux petits matins dans nos virées heureuses au cœur de Montréal.
La musique québécoise. Ses phonèmes anglais. Et sa curiosité féroce en proue du canoë.
Pour les sensations fortes et les plus raffinées. La fougue épicurienne. Et nos débats d'idées. 
A refaire le monde. Quand elle aimait apprendre. Dans les deux sens du terme.
Se mettre en porte-à-faux et se mettre en danger.
Dans nos ébats vidés, les histoires avortées, je prenais la sortie, l'escalier de service,
réticent à m'imposer, à imposer à d'autres, les chaînes de relations auxquelles je ne crois pas.
Le mariage n'est jamais qu'un contrat. Et le contrat n'est fait que pour être rompu. 
Le couple une organisation sociale. Un confort matériel. L'idée fédéraliste.
Mutualiser les charges, les contraintes, les frais comme les solitudes. 
Le diamant du rire étant à préserver dans ce qu'il a de pur et d'éphémère,
il n'était pas question de le mettre en cage et de l'user aux jours jusqu'à ce qu'il se brise.
Comme un chasseur de foudre, je passais mon chemin, traversant les orages.
Incapable d'accepter autre chose que la fête et l'envie.
Quand le moindre désir de possession vient instantanément tout ternir et corrompre. 
Les doutes et les aigreurs. Le ressentiment. Les règlements de comptes. La frustration.
La jalousie. Le désespoir. Les illusions perdues. La rage de s'être trompé.
Il faut que l'on discute. Tout ce que l'on s'inflige. Pour cimenter l'union.
Les efforts qu'il faut consentir. Conseil d'administration. Stratégie. Accords commerciaux.
J'aimerais que tu... Il faudrait que nous... Avant-même le début du départ de la chose, 
je sentais les murs de la pièce se mettre en mouvement, et se rapprocher lentement l'un de l'autre,
réduisant l'espace irrémédiablement, me voyant pris au piège, et je devais m'enfuir.
Au plus vite. Sauter du train. Sauver ma peau. Avant d'être broyé.
Pour moi comme pour l'autre. Où est cet égoïsme dont on veut m'accuser ?
Il ne s'agit pas seulement de me mettre à l'abri, quand je sers aussi la liberté d'autrui.
A qui j'épargne mes lourdeurs, mes ronflements, mes névroses et mes frasques.
Que je n'ai pas l'ambition de promener en laisse ou de garder pour moi.
C'est un autre égoïsme, j'en conviens, que de vouloir entière la liberté de l'autre,
préserver sa beauté, prolonger le mystère, pour nourrir mon fantasme, mon ivresse,
entretenir le charme, sauver l'admiration.

Bien des opportunités. Que je ne compte pas.
Quand des rires me viennent qui ne sont pas les miens.
Avec leurs cortèges de regards complices, de gestes délicats, et autres voluptés.
Tant d'histoires possibles. Et de vies avortées. Et pas un seul regret. 
J'ai des nouvelles de l'une. Mariée. Deux enfants. De l'autre. En couple. Un enfant.
Et la satisfaction de n'être responsable de rien. D'aucune catastrophe.
Ces dames ont fait leur vie. Ces dames sont heureuses. Je suis heureux aussi.
Ce qui engage vraiment, ce n'est pas d'être deux, mais d'aller jusqu'à trois.
Concevoir un humain qui n'a rien demandé.
On peut larguer le père, on peut quitter la mère, l'enfant reste à jamais.
Qui oblige bien plus qu'un contrat bien pesé d'apothicaire, de juge ou de notaire.
Le mariage ne vaut que pour tenir deux êtres à leurs responsabilités.
A l'endroit du troisième qui n'a rien demandé. Encore moins d'être haï, fui ou abandonné.
Le seul lien qui commande. Qui peut assujettir. Quand nos vies en dépendent.
Le mot de lâcheté peut tomber, je le sais, pour commenter mes fuites et mes refus tranchés.
D'être responsable. D'aller au bout des choses. De tenir des engagements. 
Eh bien soit, je suis lâche. Je veux bien l'assumer.
Cela me pèse moins que d'être un mauvais père.
En conscience, je le sais, debout face au miroir, je veux bien être lâche plutôt qu'irresponsable.
Je suis fort de vos rires que je n'ai pas brisés. Que j'ai laissés à d'autres avec l'âme légère.
Jusqu'ici, je me suis trouvé d'autres vocations et d'autres raisons d'être.
Faire rire ou rêver est déjà une charge. Un devoir. Ma mission.
Quand la vie, assez longue, peut me faire basculer dans d'autres perspectives.
Puisque rien n'est exclu. Pas même de vieillir.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Comme unique obsession

Publié le

Dehors, au milieu de la nuit, ce ne sont pas les voitures sur le boulevard que j'entends.
Le boulevard est trop loin, même si je l'aperçois de ma fenêtre.
Ce que j'entends, ce sont les chats en chaleur qui pleurent leurs sérénades.
Et mon platane qui pousse, heureux de sa nouvelle permanente d'un vert fluorescent.
La nuit entière qui bruisse de néons allumés, de générateurs électriques,
vient m'envelopper de son faux silence qui devient tintamarre.
Vient me faire la fête quand il n'y a pas âme qui vive.
Je serai ravi de retrouver demain les forêts d'oliviers et de putes aux pentes du Perthus,
aux abords de Figueres quand l'été n'est pas loin et que mon corps l'appelle.
Ivre à l'idée de plonger dans la piscine pour lui donner ses caresses ineffables.
A celle du coup de soleil que j'aurai pris sur les épaules.
A celle des soirées bien assez longues pour rêver de toi.
Aux grillons qui viendront consoler le voluptueux chagrin.
De ne pas t'avoir dans mes bras pour te mordre la carotide.
Rosas m'attend demain pour que je repère les lieux du supplice.
La terrasse où je traînerai mon cœur comblé dans une carcasse en manque,
raffermie par le bronzage et les brasses, l'air marin et des fruits à croquer.
Les plages où ma serviette étendue recevra le poids d'un désir turbulent.
Fébrile dans la chair délivrée, à froisser sur le drap d'une chambre,
à l'étage, où, refusant la clim, j'ouvrirai les fenêtres guettant un souffle d'air.
Je serai beau comme jamais. Quand ma peau sera brune.
Que j'aurai le bon teint de celui qui respecte son sommeil et qui mange à sa faim.
Que la mer polira les défauts de l'écorce, massera tous les muscles réveillés,
me rincera les yeux perlés de sel et de lumière, irradiant mon sourire.
Que le bonheur de vivre dehors et pieds nus saura abolir 39 ans de négoce.
Et ce corps révélé, qui mieux que rajeuni sera juste accompli,
au sommet de ce qu'un corps d'homme peut offrir à sa quarantaine,
sera veuf de l'unique moitié qu'il aime à désirer.
Et c'est de ce gâchis merveilleux que l'été masochiste saura se délecter.
Je m'en réjouis d'avance. J'aime bien quand ça fait un peu mal.

Trop de bonheur est insupportable. J'en crèverais.
Il faut bien un caillou dans la chaussure pour que ce soit parfait.
Ou juste un grain de sable.
J'en aurai à foison dans mes cheveux trop longs.
Qui friseront à loisir à sécher à l'air libre.
L'été donne envie de baiser tout le temps. Et les chats me le pleurent en bas.
La paresse de la sieste. Le sexe fait sa vie. Aux courbes qu'il rencontre.
Aux caresses lascives. Un geste accidentel. Mouvement équivoque.
Quand on sait ce qu'au mois de juillet le moindre contact provoque.
L'envie de te manger. Même à peine réveillé. Croyant dormir encore.
Sans même ouvrir les yeux je connais ton parfum. Et tout te reconnaît.
Les peaux sont adéquates. Elles adhèrent aussitôt. S'épousent et s'émulsionnent.
La chaleur au dehors vient dilater les pores, monter la garde, baisser les stores,
tenant à distance tout ce qui pourrait interrompre nos heureux dérapages.
15 heures. 16 heures. La faim seule nous tirerait du lit.
Et seule la faim nous y reconduirait.
Chavirer à nouveau dans nos curieux mélanges.
Me dissoudre à ta bouche. Déranger tes cheveux. Te pénétrer enfin.
Décharger des tensions soudain intolérables avec cette impression de disparaître un peu.
Respirer à ton cou une brume de sueur qui adoucit ma barbe quand les muscles débandent.
Au moment nébuleux où l'homme se retire ne laissant que l'enfant.
Celui qu'il a été. Accroché à l'objet reptilien du doudou salutaire.
Quand il reconstitue les conditions parfaites du sommeil en confiance ou en sécurité.
Ce n'est pas de baiser qui me manque mais pouvoir lâcher prise.
Ce n'est pas de juter mais de m'abandonner.
Oublier qui je suis quand tu seras là pour me le rappeler.
Ou pour me reconstruire plus fort que je ne l'ai jamais été.
Redevenir matière. A ma place. A côté. Ma joue sur ton épaule.
Une main sur ton ventre pour me bercer aux vagues de ta respiration.
Réincarner le monde. Réincarner mon rôle.
Chuchoter à l'oreille des mots d'adoration.
Pour réponses au bien que tu me fais.
Au mal que je me donne.

La Jonquère passée, j'arriverai bientôt à la baie des vacances.
Figuiers de barbarie. Murs blanchis à la chaux.
L'incendie de lumières où je me vois aveugle.
L'amertume de ne pas partager ce bonheur si près d'être absolu.
Qui vire à l'aigre-doux. Mi-caresse. Mi-morsure.
Quand il y a l'assurance de ce qu'il pourrait être.
Quand savoir qu'il existe vaut mieux qu'une promesse.
Je le dessinerai au gré du paysage et des stations-service.
J'aurai ton rire aux lèvres et ta main sur ma cuisse.
L'autoroute de nuit. Les giboulées de mars.
Sur un chemin usé au cœur de l'Empordà.
J'irai en éclaireur, pas plus tard que demain,
sur la côte où l'été n'aura de raison d'être que pour que tu m'y manques.
Où tout sera prétexte à hésiter entre euphorie et vague à l'âme.
Entre nos souvenirs communs et l'avenir que j'invente.
Rêve et réalité. Quand les deux te désignent comme unique obsession.
Qui exulte au silence d'une nuit pacifique à la lumière orange.
Où les chats se sont tus pour me laisser entendre
ce que mon cœur affirme à chaque pulsation.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Sans échec

Publié le

Ce ne sont pas les caprices d'un vieil ordinateur qui vont m'impressionner.
C'est que je l'aime voyez-vous. Je m'y suis attaché.
Et l'amour inspire bien souvent l'indulgence et le pardon.
Alors ok. Tu ne veux plus travailler comme avant ? Tu fatigues ?...
Eh bien, en attendant, je passerai par le fameux mode sans échec.
Quand je n'ai pas l'intention pour ma part de changer mes habitudes.
Je me suis fixé cette discipline du texte quotidien, cette hygiène de vie,
même, certains l'auront remarqué, quand je n'ai rien à dire.
Ce ne sont pas les aléas informatiques qui m'empêcheront de continuer.
Aussi vital que le café ou la douche du matin, il y ce texte à écrire.
Le plus souvent depuis mon lit-bureau. Comme à l'instant.
Même à 4 heures du matin.
La machine en elle-même, j'essaie de ne pas l'écrire trop fort,
est sans doute remplaçable, mais certainement pas le confort qu'elle procure.
Et puis... J'aurai du mal à me séparer de toi. Mon petit portable résistant.
Que j'ai acheté à Paris. Qui m'a écouté penser des nuits entières, blanches et grises,
dans l'alcôve de la rue du Square Carpeaux, lorsque je te crachais ma fumée à la gueule.
Côté tabagisme passif, tu as été servi. Lorsque le paquet entier y passait jusqu'à l'aube.
Tu es le confident suprême. Témoin de mes doutes et de mes enthousiasmes.
De mes espoirs solaires et de mes dépressions les plus noires.
Toi, tu connais Myster Hyde. Quand tu m'as vu bourré une fois et une autre.
Et je t'ai dicté du bout des doigts bien des messages.
Les professionnels. A Delphine. Nicolas. Rémi. Nicole. Pierre Bertrand.
Les personnels. Privés. A la famille restée à Perpignan ou Toulouse.
Aux amis bien sûr. Et aux amours diaboliques. Obsessionnelles.
Dans la journée. Aux heures ouvrables. Comme aux matins qui puaient le whisky.
Disques. Musique. Photos. Films. Pornographie. Je ne t'ai rien épargné.
Jusqu'aux conversations via la webcam fidèles à ce que j'imaginais possible en l'an 2000.
Je te dois des chansons et des histoires de cul. Mille rencontres hallucinantes.
Et l'honneur de revenir écrire, une fois de plus, pour ceux qui me liront.

Tu es témoin de tout.
De ce que j'écris à mes proches.
De ce que j'écris à l'amour de ma vie.
De ce qui m'intéresse, et m'excite, et m'angoisse, et m'exalte.
Alors, je ne sais pas combien de temps tu vas durer encore mon bébé.
Mais je serais bien tenté de te garder comme d'autres gardent leur chien empaillé chez eux.
Cet outil, plus encore que le téléphone, m'a permis voyez-vous de vous rencontrer.
Pas seulement ici, lorsque Facebook, je l'avoue, m'a offert ses plus belles surprises.
Quand c'est sur ce réseau que j'ai trouvé sans les chercher, mes plus belles histoires.
Certaines se reconnaîtront et j'en profite pour les embrasser.
Tant que je peux, mots après mots, je gagne du temps, je joue la montre,
sur le fil du rasoir, avant qu'il ne plante pour de bon.
C'est mon petit bourricot usé par le désert, mon canasson assoiffé,
qui ne tient plus sur ses guiboles, et que je pousse encore aux dernières limites.
Un pas de plus. Et puis un autre. Vers l'oasis que je convoite. Avance. Avance.
Ne me lâche pas maintenant. Mon bébé. Encore une ligne.
Tu vas peut-être rendre ton dernier souffle quand je n'ai pas dit mon dernier mot.
Le ronronnement du ventilateur semble stable. Je l'écoute tourner. Régulier.
J'ai fait le tour des doctissimo du web, entre anges gardiens et imposteurs,
essayé d'obtenir un diagnostic, le plus honnête possible dans cette jungle d'escrocs.
A-t'il attrapé quelque chose ? C'est peut-être ma faute.
Je devais convertir un fichier audio en mp3 pour le travail, avais besoin d'un convertisseur.
Je n'aurais jamais dû télécharger le premier venu. A-t'il contracté un virus ? Est-ce un ver ?
Dites-moi la vérité. Ce n'est pas un simple trojan. A l'âge qu'il a... enfin, vous comprenez.
Les analyses hier étaient bonnes. Anti-malware. Anti-spyware. Nous avons tout fait.
Il est toujours en observation. Lorsque je fais ce que je peux rayon automédication.
Courage mon gars. On ne va pas se laisser abattre.
Et je ne vais pas t'abandonner au profit d'un téléphone nouvelle génération.
Pour être sédentaire quand internet permet de l'être, je n'ai besoin que de toi.
Qui es une partie de mon cerveau et de ma mémoire.
Quand tu es aussi mes cordes vocales, mon assistance respiratoire,
et mon pacemaker.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Sex Bomb

Publié le

Dans le hall d'embarquement. Elle entre. D'un pas assuré.
Escarpins noirs. Magnifiques de sobriété. Une merveille de design.
Collants couleur chair. La jupe noire du tailleur. Qui couvre les genoux.
La veste cintrée. Ouverte sur une poitrine tenue sans être opprimée.
Ses cheveux blonds aux épaules. Bagage à main. Malette professionnelle.
Elle gère son barda et son incommodité avec les réflexes d'une habituée.
Une apparition. L'executive woman mystérieuse d'une pub de parfum.
Que James Bond en personne tenterait de séduire aussitôt.
Des jambes parfaites. Un décolleté et un bronzage aguicheurs pour être discrets.
Avec l'élégance qui consiste à assumer sa féminité sans dérives tapageuses.
Rouge à lèvre foncé. Comme le vernis prune de ses ongles coupés ras et carrés.
Peu de maquillage. Pas de bijoux. Seulement son allure et son aisance.
Je me redresse dans mon fauteuil alors qu'elle approche, cherche une place.
Sous ses lunettes noires, quelque chose me dit qu'elle m'a repéré.
Et que, malgré moi, mon corps masquait mal un souhait inquiet qu'elle exauce.
Après une hésitation que je crois feinte, elle s'installe pratiquement face à moi.
Installe son ordinateur portable et son sac sur le fauteuil contigu.
Bascule sa chevelure d'un côté à l'autre d'une main souple. Et croise ses jambes.
Pas de doutes. Nous serons sur le même vol pour New York.

Je ne peux la lâcher des yeux. La voit vérifier son smart phone les mâchoires serrées.
Une beauté qui n'a rien à prouver de cet ordre. Une femme qui se mérite. 
Et qui éveille en moi un instinct de chasseur que je ne me connaissais pas.
Elle s'agite un peu, peut-être embarrassée par mon regard insistant.
De peur que l'oiseau ne s'envole, je baisse les yeux.
Dois trouver de toute urgence un truc à faire qui paraisse intelligent.
En fait, elle ouvre son ordinateur. Je suis sauvé.
La business woman n'a pas l'intention de s'enfuir.
Je devine du coin des yeux qu'elle a ôté ses lunettes.
Je me décide à lever mon regard sur elle quand elle détourne le sien.
Planté sur son écran réprimant un sourire que je ne sais pas interpréter.
Je ne peux pas croire qu'elle m'allume ou se plaît à me plaire.

Je la désire comme un fou. Elle le sent et s'en amuse.


Je la verrais bien sortir avec un Fabrice Tourre.
C'est ce que je me dis en l'observant passer devant moi dans l'avion.
Peu étonné de la retrouver en classe affaire.
Le jeune steward qui me fait du gringue m'embarrasse, me déconcentre. Il m'agace.
Pas maintenant mon joli. Je veux voir où la dame va s'installer quand elle semble perdue.
Elle revient vers nous pour s'adresser à mon prétendant et j'ai le souffle coupé.
" Ceci est mon billet. Mais ce doit être une erreur. Je n'aime pas voyager côté hublot. "
D'où je suis, je sens son parfum. Et, détournant mon regard, je suis sûr d'une chose.
La seule place côté couloir qui reste est celle à côté de la mienne.
Mes yeux rivés sur la piste, j'écoute la conversation.
" Est-ce que vous attendez quelqu'un ?... "
Le silence qui suit et s'éternise m'informe, soudain, dans une décharge électrique,
que la question m'est adressée. Je tourne mon visage vers elle.
" Pardon ? Non... Je n'attends personne. "
Le sourire qu'elle m'adresse est étrange.
Comme si elle était attendrie par le piètre chasseur que je suis.
" Votre ami doit me dire si la place est réservée.
- Mon ami ?... "
Le steward que je n'avais pas vu disparaître revient confirmer que nous sommes au complet.
" Nous fermons les portes, madame, tout le monde est là. "
A mon intention, elle me demande, toujours debout : " Alors, je peux ? "
" Oh, oui oui, bien sûr, voyons ! Je vous en prie ! "
J'aperçois la grimace contrariée du jeune homme qui semble avoir compris mon trouble
- et que c'était perdu pour lui - quand je libérais un peu en panique le fauteuil près du mien.
Il se proposa tout de même, bon joueur, de me débarrasser et elle put s'installer.
Les yeux droits devant elle, j'ai perçu une pointe d'ironie à sa façon de me dire :
" Vous avez peur de l'avion ? Je vous trouve tendu. "
Fear of flying. Pour reprendre ses mots précis. Qui me firent rougir.
J'ai répondu sans réfléchir que dans mon cas, il s'agissait plutôt de fear of landing.
Quand en effet, je n'avais aucune envie d'atterrir.


Je n'aurais pas dû accepter le champagne.
Mes lèvres parvinrent à se démêler des siennes et j'en étais persuadé.
Voilà une femme qui ne saurait aller plus loin avec un gars comme moi.
Une fois arrivés à New York, malgré l'échange éventuel de nos cartes,
nos routes allaient forcément se séparer, fatalement, il fallait être lucide.
Elle était mariée. Même si en instance de divorce. Et admiratrice de mon travail.
Je n'aurais pas dû accepter le champagne.
Je me rends compte que je viens de lui voler ce baiser.
Que je lui ai sauté dessus. Même si elle ne m'a pas repoussé.
Même si la durée de l'étreinte et son intensité disaient son consentement.
Comme si elle lisait dans mes pensées elle dit simplement :
" Ne soyez pas gêné. J'en avais envie. "
Je la regarde. Allongée sur le côté dans le fauteuil incliné. Magnifique.
" Vous savez bien que j'en avais envie. Depuis le hall d'embarquement à Roissy. "
Je passe ma main ouverte sur mes yeux et sur ma barbe.
" Je n'aurais pas dû boire de champagne. "
Elle se redresse sur son coude, pour chercher mon regard et me parler dans les yeux.
" Vous en aviez envie aussi n'est-ce pas ? What's wrong ?...
- Je suis en train de tomber amoureux de vous. Ce n'est pas une bonne chose. "
Son visage s'illumine d'un sourire. Immense. Puis s'obscurcit soudain.
" Pourquoi ça, pas une bonne chose ?...
- Pardon. C'est compliqué. Je n'aurais pas dû boire.
- Ce n'est pas parce que je suis mariée n'est-ce pas ? demanda-t'elle inquiète.
Je vous l'ai dit. Nous ne vivons plus sous le même toit depuis des mois, et puis... "
Elle s'interrompt. Réfléchit un moment avant de reprendre.
" Ou bien vous vous refusez d'avoir une quelconque relation avec vos fans.
Par principe. Auquel cas, oubliez ce que je vous ai dit sur votre travail.
Imaginons que je ne connais pas vos livres. Que je ne sais pas qui vous êtes. "
Je n'arrive pas à sourire à sa tentative adorable de me mettre à l'aise.
" Ou alors, vous m'avez menti et vous n'êtes pas libre. "


Le steward levait les yeux au ciel chaque fois qu'il passait à notre hauteur.
Lorsque nous continuions à nous embrasser sur l'initiative de Sarah.
Qui forçait ma bouche comme pour me convaincre de commencer une histoire.
Je lui avais dit que j'étais invité à l'Université Columbia. Pour une conférence.
Et ce n'était pas sur mon célibat, en l'occurrence, que je lui avais menti.
Ses baisers me faisaient vaciller. Perdre pied. Prêt à basculer avec elle.
J'ai eu la faiblesse de m'abandonner à la volupté de sa bouche et de ses caresses.
On nous pria de redresser nos sièges lorsque nous avons amorcé notre descente.
Et Sarah, satisfaite, arrangea son chemisier brièvement avant de boucler sa ceinture.
" Tu n'es pas obligé de rester à ton hôtel. Si tu ne veux pas qu'on nous voit ensemble.
Je t'ai dit. Tu peux venir chez moi. Je serai heureuse de te montrer l'endroit où je vis.
Le concierge est discret. Et tu n'y croiseras personne. Pas même mes parents. "
Elle semblait heureuse. Le cœur léger. Enthousiaste. Gaie. Pleine de projets.
Elle me surprit avec une drôle de mine. Crispé. Transpirant. Angoissé.
Evidemment. Je n'avais aucune réservation à mon nom au Jumeirah Essex House.
" Your famous fear of landing, right ? " plaisanta-t'elle à moitié.
Elle sortit un kleenex pour m'éponger le front, avant d'y poser un baiser.
Quand elle se laissa retomber dans son fauteuil, je lui ai saisi la main.
Si fort qu'elle tourna la tête vers moi pour me regarder.
Je voyais Manhattan dans toute sa splendeur dans le hublot. En-dessous de nous.
Vins planter mon regard fiévreux dans le sien, impuissant, lorsqu'elle me dit :
" N'aie pas peur. Je ne te lâche pas. "
Des larmes sont montées en moi. Ne sais plus si je lui ai dit merci. Ou je t'aime.
Avant de prendre une grande inspiration. Fermant les yeux pour me concentrer.
Invoquer les forces dont j'avais besoin. Faire le vide.
Lorsque, broyant ses doigts d'une main, j'ai appuyé sur le détonateur de l'autre.
Me faisant exploser dans la carlingue,

comme dans un craquement d'allumette.    
 

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Quatre attaches

Publié le

Cédric ?... Diablos. Nous nous sommes connus à l'école maternelle.
Autant vous dire qu'aller boire un café ensemble aujourd'hui
est pour le moins une preuve de constance et de cohérence.
Lorsque nous aurons quarante ans l'année prochaine. L'un et l'autre.
Enfants déjà, nous étions différents. Le jour et la nuit.
Nous étions Azur et Asmar. Lui, le blond. Moi, le brun.
Et nous ne partagions pas vraiment les mêmes centres d'intérêt.
Ce qui n'a pas manqué de s'accentuer avec le temps.
Mais ne nous a jamais empêchés de nous entendre.
C'était toujours très vivant, mouvementé et joyeux.
Parfois violent. Quand ça n'a jamais été avec lui de l'eau tiède.
Bien plus exigeant et possessif en amitié que je ne le suis.
De l'extérieur, certains peuvent se demander, aujourd'hui encore,
ce que nous pouvons bien avoir à nous dire.
Je répondrais que nous pouvons tout nous dire. Précisément.
Lorsque nous ne passons pas notre temps à nous rappeler nos exploits.
Chose que l'on peut faire parfois, lorsqu'on retrouve un ami de lycée,
un pote du collège ou de la fac, des années plus tard, sur Facebook par exemple.
Se remémorer des souvenirs, même agréables, ne prend que le temps d'un dîner.

Cela ne saurait tenir une conversation et un échange assidu sur trente-cinq ans.
C'est que, même si je ne connais rien à la mécanique et aux motos,
même s'il n'a rien à foutre du jazz et de la chanson française,
nous partageons une éducation, une culture, un milieu social, des codes, des valeurs
- qu'il nous est arrivé de transgresser, plus jeunes, ensemble comme séparément -
mais aussi une curiosité, une sensibilité, une angoisse, et une façon de les nier. 
Deux amitiés viriles sont inscrites dans mon histoire. A la vie à la mort.
Il y a Laurent. Et puis Cédric. Les yeux fermés.
Ceux qui ne m'ont jamais jugé. Ni abandonné. Ni trahi.
Mes rapports avec Arnaud ou Gary sont tout aussi forts, sincères et indéfectibles.
Mais sont d'une autre nature lorsqu'il peut y avoir avec ces derniers
quelque chose de l'ordre de la séduction qu'il n'y a pas avec Cédric et Laurent.

Et voilà quatre attaches qui permettent l'équilibre.

La fidélité en amitié. Voilà qui balise une vie. Qui me tient droit.
Qui fait le lien entre ce que j'ai été et ce que je suis devenu.
Qui réhabilite des versions de moi qui ne sont plus, comme des progrès notoires.
Avec une distance et une objectivité que la famille n'a pas.
Cédric a tous les paramètres pour être de bon conseil.
Avec ce qu'il a d'intelligence et de discernement. En plus des dossiers complets.
Je ne pense pas un seul instant à la cour de récréation de l'école communale.
Ni même aux cours de tennis ou au catéchisme. A ce voyage à Londres.
Ni aux nuits de fête au Playa, systématiques, et leurs doses indécentes de whisky.
Pas besoin d'y penser lorsque c'est là. Dans ce que nous sommes. Lui et moi.
A la terrasse du café. Dans cette ville témoin comme lui de mille péripéties.
Comme il est salutaire d'être aux yeux de quelqu'un pour être quelque chose.
Et de bien les choisir pour être quelque chose d'acceptable à ses propres yeux.
Cet après-midi, j'aime les 39 ans qui se profilent. Les embrasse volontiers.
Je suis bien dans ma vie. Dans mon âge. Dans mon corps. A ma place.
Parmi des gens choisis pour que ce bonheur dure.
Que j'arrive en confiance à aimer le présent.
Qui est le seul endroit où être heureux est possible.
Maintenant. Puisqu'il n'y a rien d'autre.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Extraterrestre

Publié le

Un décor fantastique comme Hollywood sait en faire.
Entre Dune et Star Wars. De la science-fiction.
Un peu inquiétant. Sur quelle planète sommes-nous ?
Y'a-t'il une atmosphère ?...
Puis-je encore sortir de la voiture sans scaphandre ?
Sans craindre l'étouffement, l'irradiation, ou la décomposition à l'acide ?
Sur un ciel bleu foncé, le disque énorme se dégage de nuages.
Un ciel crépusculaire. Et quelque chose ne colle pas.
C'est la taille du soleil. Celle d'un soleil levant.
Rose orange. Comme une pêche.
Par quel prodige le soleil peut-il se lever à la tombée du jour ?
Mon cœur s'emballe. C'est bien elle. A la loupe de l'air. Au ras de l'horizon.
Effrayante. Disproportionnée. Fascinante. Pleine à craquer.
La lune. Mon amour. Déchaînant les marées et les maris jaloux.
Quand j'ai le poil qui pousse. Que j'hurle avec les loups.
Elle est sublime. Flippante. Extraterrestre. Précisément.
Et je n'arrive pas à décrocher mes yeux de son évolution. Fatal attraction.
Quand elle apparaît comme un vaisseau hostile ou un météore d'apocalypse.

Mais sur tes terres, mon amour, je me souviens de ce qu'elle est pour nous.
Complice du magnétisme entre deux corps distincts.
De la décharge électrique abattue dans l'instant.
Qui revient chaque fois rappeler le miracle.
Sur la baie d'Argelès, je l'embrasse avec toi.


Le château de Collioure éclairé sur sa butte.
Un décor d'opérette. Quand rien n'est oublié. Le clocher. Le moulin.
Des nuages de tourmente comme s'ils étaient peints.
C'est presque ridicule. Too much. Manquait plus que la lune.
C'est un feu d'artifice aux flambeaux de la Sanch.
Les cagoules pointues qui défilent d'un pas lent au rythme des tambours.
Quand mon cœur survolté n'a pas l'ombre d'une place pour la culpabilité.
Je ne dis pas pardon. A ce spectacle étrange. Je peux dire merci.
Quand je ne compte plus les lunes de bonheur que je dois à ce monde.
Où la nuit renouvelle chaque jour l'épaisseur du mystère.
Ma mère est quelque part dans les eaux qui scintillent,
dans l'anse fortifiée où la mer s'aventure.
Et j'ai l'âge d'être en vie pour la voir exister.
L'arracher à l'oubli et au néant cupide.
Quand je la porte en moi aussi fort que je t'aime.
Je vois les pénitents progresser dans la ville, entre cierges et icônes,
avec un sourire amical, quand me vient de partout un flot de compassion.
Mais pas de componction.
Je ne suis pas d'humeur à regretter. Ni même à expier.

Les fautes que je me suis pardonnées.
Ce soir, je dis merci.
A la lune. A ma mère. Aux morts et aux vivants.
Et à toi, mon amour, d'avoir croisé ma route.
A Lucas pour Star Wars. A ma sœur d'être là.
A mes nièces, ravissantes, qui aiment rire et apprendre.
A des amis fidèles. Et à ceux qui arrivent.
Le tableau romantique a des relents de soufre.
C'est du Mary Shelley. Le Mal n'est jamais loin.
Mais l'amour est si beau qu'il mérite qu'on en souffre.
Et la vie à pleurer tant elle est fantastique.
Je te dois de la voir telle que je l'ai rêvée.

Beaucoup plus inspirante que la réalité.

La vérité, mon amour,
est la combinaison du réel et de ce qu'on en fait.
De l'essence des choses. De ce qu'on en devine.
De ce qui est, sans doute, et de ce que l'on souhaite.
Ce que l'on envisage. Que l'on conceptualise. Nos interprétations.
Quand il faut formuler une affaire pour qu'elle soit incarnée.
Etre ne suffit pas aux choses pour qu'elles soient existantes.
Il faut qu'on les perçoive, qu'on les ressente, qu'on les exprime.
Il n'existe rien de ce qui est si nous ne sommes pas là pour les vivre.
Et je veux tout écrire, tout graver, tout mâcher, malaxer,
encore et encore, retourner les mots, les phrases, les idées, même ivre,
jusqu'au bout de mes forces, pour m'approcher du vrai plutôt que du réel.
Un peu plus davantage. Ligne après ligne. Nuit après nuit.
Quand j'ai déjà parlé de la mort, de ma mère, d'une histoire d'amour.
Que tout veut m'échapper. Que je lutte pour me battre. Ne pas perdre le fil.
Retenir le présent. Le miracle. Et cette pleine lune sur la baie de Collioure.
Je t'aime parce que je l'écris. Et cet amour est vrai parce qu'il est éprouvé.
Comme Dieu, il pourrait ne pas être. Je l'ai rendu vivant.
Parce que tu l'as rêvé. Parce que je l'imagine.

Parce qu'on l'invente ensemble comme on s'invente soi.
Tout n'est que construction. Et j'ai bâti la mer. Les étoiles au-dessus.
Je bâtis ton visage, l'image que j'en ai, et le sens inédit de ce que dit je t'aime.
La science-fiction. Le lever de la nuit. Des astres extraterrestres.
Et le bonheur permis, créé de toute pièce,
le plus sûr d'entre tous pour être confectionné
et taillé sur mesure.
Celui que tu m'inspires ? Il me va comme un gant.
Il prend tout mon espace comme il prend tout son temps.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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El centre del mon

Publié le

Les Français ont leurs stars internationales.
Pour la musique, sans doute, avec la french touch des dancefloors,
incarnée par nos trois mousquetaires Guetta, Sinclar, Solveig,
qui ont hissé les DJs au rang de people
et ont su s'imposer au cœur du show-business américain...
Mais il est un autre trio, qui fait briller la France hors de nos frontières :
Jean Nouvel, Christian de Portzamparc et Dominique Perrault.
Les deux premiers ont déjà apporté leur contribution à Manhattan.
Le premier, à qui l'on doit, à Paris, le sublime Institut du Monde Arabe,
comme le plus récent Musée du Quai Branly voulu par le Président Chirac,
ainsi que la phallique tour Agbar à Barcelone, emblématique,
inscrite désormais dans la skyline au même titre que la Sagrada Familia,
a signé la superbe Vision Machine, au 100 Eleventh Avenue,
résidence contribuant et participant à l'essor de West Chelsea, sur l'Hudson,
le fameux Meatpacking District, qui est le quartier à la mode, et un laboratoire,
notamment autour de la High Line, coulée verte sur un viaduc du métro aérien,
où tous les designers et architectes s'en donnent à coeur joie.
Jean Nouvel a aussi gagné le concours international organisé par la société Hines,

proposant une expansion du MOMA dans une tour futuriste de 75 étages,
comprenant aussi hôtel et appartements, qui n'est toujours pas sortie de terre à ce jour.
Mais qui conforte le bon positionnement de l'architecte dans la Big Apple.
Devancé sur ce terrain par Christian de Portzamparc, qui, après la tour LVMH,
signe un gratte-ciel ambitieux dominant Central Park qui lui, est en cours de construction,
près d'une autre institution new-yorkaise prestigieuse, le Carnegie Hall.
Ce qu'il manque au troisième sans doute, c'est le prix Pritzker,
que Portzamparc a décroché en 1994 et Jean Nouvel en 2008.
Mais cela n'empêche pas Dominique Perrault de s'imposer partout,
depuis la réalisation de la Bibliothèque François-Mitterrand à Paris.


Outre la tour Agbar, Barcelone compte désormais un autre building visible.
Les réaménagements de la friche industrielle devenue le quartier résidentiel Diagonal Mar
ont permis des ensembles immobiliers plus ou moins heureux dans ce qui est une ville nouvelle.
Sans conteste, l'hôtel ME en est le plus beau fleuron, le plus réussi, le plus élégant,
en plus d'être, avec son porte-à-faux monumental, une prouesse technique.
Cette tour-hôtel, qui fut d'abord la tour Habitat logeant l'hôtel Habitat Sky,
est l'œuvre de l'architecte parisien, venue tutoyer celle de Jean Nouvel dans le ciel de Barcelone.
Et je veux dire ici à mes camarades perpignanais, combien nous pouvons être fiers.
Lorsque nous avons depuis peu, dans notre réveil urbain et architectural assez inattendu,
dû aux seuls projets de la Gare TGV et du Théâtre de l'Archipel, les plus belles griffes qui soient.
Celle de Nouvel avec le théâtre. Celle de Perrault avec l'Hôtel d'Agglomération.
Enfin, Perpignan s'offre à des architectes. Et, sachez-le : d'envergure internationale.
Ceci n'est certes pas une garantie de réussite ou de bon goût, lorsqu'on peut toujours discuter
de ce qui est beau et de ce qui ne l'est pas, dans un débat stérile pour être résolument subjectif,
mais il faut accepter l'idée que c'en est une d'une volonté de rayonnement qui nous faisait défaut.
Perpignan désormais apparaîtra sur des publications internationales d'architecture.
Perplexe pour ma part au revêtement clairement démodable d'El Centre del Mon,
réalisation du cabinet espagnol L35 qui abrite d'ores et déjà notre nouvelle gare,
je suis enchanté de la large séquence pavée du boulevard St-Assiscle, et de la perspective
qui la sépare de l'Hôtel d'Agglomération, ce cube parfait aux couleurs brunes et cuivrées
dont je loue la sobriété, qui offre enfin un lieu magique, dense et cohérent,
ouvert au monde et à l'architecture contemporaine.
Pour un peu, on se croirait à Barcelone... et cela, vous l'imaginez bien, ne peut pas me déplaire.
Lorsqu'il est plus logique pour nous, Catalans du Nord, d'assumer franchement une continuité
avec ce qui se fait dans la Catalogne espagnole, quand le TGV nous en rapproche enfin,
pulvérisant la muraille des Pyrénées, qu'avec d'autres influences culturelles purement injustifiées.
Jusque dans le choix du mobilier urbain, Perpignan s'est donc finalement positionnée,
choisissant de s'inscrire dans le même ensemble que Figueres, Lérida et Gérone,
mise en orbite à son tour autour de Barcelone, reconnue dans le monde entier
comme un phare, dans les domaines pointus de l'urbanisme et de l'architecture.
Tout en faisant confiance à deux génies français, qui, quoi qu'on en pense,
nous ont poussés dans la cour des grands.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Triduum pascal

Publié le

La rue est si étroite que le moindre son ricoche vite.
C'est un petit canyon qui fait un coude. Celui d'un éventail que l'on ouvre.
Un angle à 130, puis 140°. Pour ce chemin de croix austère et aride.
Qui mène du cloître du Campo Santo au parvis de St-Jean.
Perchée sur la façade, ma loge de théâtre, d'où je peux assister à la messe.
Une habitation troglodytique creusée dans le rempart.
Où j'ai choisi de vivre dans un dépouillement monastique.
Une vie en apparence aussi aride et austère que ma rue.
Dont les bras ouverts enveloppent un âpre presbytère.
Rescapé de mes heures baroques, de la truculence de cinq années parisiennes,
je ne pouvais rêver meilleur endroit pour aménager ma retraite.
Un coup de foudre, souvent célébré depuis, permit l'autodafé.
Me dévêtir. Brûler les accessoires. Tout ce qui pesait sur tous mes mouvements.
Me libérer des contraintes de la représentation. De la propriété. De l'ambition.
Libre enfin. Dans le dénuement. Ivre d'être enfin revenu au centre d'une vie.
Qui n'est pas que la mienne. Et plus riche que l'imagination ne peut la concevoir.
Il a fallu chasser l'alcool. Et mille autres écrans de fumée.
Pour découvrir le monde. Me découvrir moi-même.
Que c'est la même chose.
Que nous ne faisons qu'un.

Le moindre son ricoche vite. D'un mur à l'autre.
Le canyon n'est pas new-yorkais. Les hauteurs sont modestes.
Mais la sensation de faille et d'encaissement est la même.
C'est un passage dans lequel le vent accélère ses particules.
Où chaque galet qui a servi de brique défie le marbre et la chaleur.
Le poids du temps. La pesanteur. Et des croyances.
L'individualisme ne construit rien.
C'est la leçon des pierres. Ou celle de l'échec.
Quand je me sens ce soir, au café que je bois,
comme carte au milieu d'un seul château de cartes,
qui compromettrait tout pour peu que je m'écarte, de l'édifice entier,
quand c'est Dieu en personne qui joue ou tue le temps,
et m'a posé au hasard, en retenant son souffle, sur un nouvel étage,
m'a fait reposer, pour me tenir debout, contre l'as solidaire qui n'est autre que toi.
Aux forces de l'attraction, descendantes ou obliques, à cette clé de voûte,
je souris malgré moi quand je n'ai aucun doute.
J'ai eu la main heureuse.
Je suis reconnaissant.

Quand un coup de semonce
vient me glacer le sang.

C'est entré dans ma tête, comme si c'était là.
Avec moi, au bureau, dans cette même pièce.
Un avertissement. Aussi court que lugubre. Qui va se répéter.
Badaboum. Il y a une intention. Comme aux sons de nos cloches.
Il y a des airs joyeux, légers, festifs, dans la tonalité, le rythme et l'envolée.
Comme il y a des noirceurs, le péril ou la mort, à d'autres dispositions.
Un roulement de tambour peut donner du suspens comme au cirque.
Il peut être dansant, enjoué, plus farceur qu'inquiétant.
Ici, il n'y a pas même la fièvre du tocsin qui sonne sauve-qui-peut.
C'est la lourdeur du glas. Sur les peaux tendues de deux tambours funèbres.
Je suis pétrifié. Au souvenir d'exécutions publiques que je n'ai jamais connues.
C'est le goût de l'Eglise. Celle de l'Inquisition. De la sorcellerie.
Où Satan, l'ennemi, est d'abord un complice.
Quand un christ est brandi au sommet de sa lance, en tête du cortège,
comme aux perches inclinées au-dessus des bûchers.
C'est une procession. C'est la Semaine Sainte.
Et les orgues s'impatientent de pouvoir exulter.
La marche est silencieuse. Aux pas lents. Aux flambeaux.

Quand au fond du ravin, à ma porte-fenêtre, le ruisseau devient noir 
du tissu des fidèles, alignés deux par deux, sans coiffes ni cagoules.
En rouge. Le premier homme. Agite une cloche sinistre.
Les tambours lui répondent.
De très mauvais augure.

On est déjà loin de la fête des Rameaux.
Qu'il avait de l'allure, ce jeune Juif sur son âne,
faisant une entrée triomphale dans la ville de Jérusalem.
Comme un Che Guevara qui tendait l'autre joue.
Le Gandhi avant l'heure. Et le Flower Power.
Révolution sans armes. Quand l'amour en est une.
Voici un trentenaire habile qui prône l'égalitarisme,
ce blasphème qui inspirera les Lumières du XVIIIe siècle,
comme les concepteurs plus radicaux encore de l'idée communiste.
Il s'agissait déjà de justice. Et de démocratie.
De respect pour les pauvres, pour les putes, et les paralytiques.
Ce garçon avait du talent. Le mythe était en marche.
Mais au son du tambour, je crains que le vent n'ait tourné.
Il faut bien mourir jeune pour créer la légende.
Et je le vois passer, sous mes fenêtres, porté par six hommes,
dans une drôle de posture, sculpté dans le bois, 2000 ans plus tard,
allongé sur une croix emportée à l'horizontale, vers le cœur de l'église.
Je suis fasciné par le spectacle. Attirance et répulsion.

Quand je suis sincèrement partagé entre admiration et mépris. 
Me sentant aussi bien en dedans qu'en dehors de cette manifestation.
Je croise des regards qui se sont levés sur moi.
Et sans un mot, j'ai dû dire à la fois ma différence et mon respect.
Quand j'ai fait corps avec eux, dans l'instant, que je le veuille ou non.

Le son circule. Sans contraintes.
Opportuniste, il se sert des obstacles. Pour s'amplifier. Pour rebondir.
Comme l'électricité. Il se sert de parois conductrices. Remonte dans les murs.
Prend de la vitesse pour claquer dans l'air. Joue avec les éléments.
Et, comme lui, je navigue immobile dans le monde qui fut créé pour moi.
Je n'aurai pas la grossièreté de rappeler que, si toutes les cartes sont pareilles,
elles sont toutes différentes et ne se valent pas.
Mais dans le château, où chacune est à sa place pour garantir l'équilibre,
il y a l'idée que la chute de l'une entraînera les autres.
Quelle que soit leur valeur.
Et je trouve merveilleux, au balcon de ma caverne médiévale,
d'être partie prenante d'une œuvre qui me dépasse.
Au même titre que le pauvre, la pute, et le paralytique.
Quand je suis les trois à la fois.
Et que je suis sauvé.
 

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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D'abord la pluie

Publié le

J'ouvre un œil et m'éveille dans le foutoir d'une nuit appréciée.
Dénoue l'accolade d'un drap dans lequel je m'étais enroulé en dormant.
Quand c'est peut-être lui qui s'est collé à moi en cherchant sa position.
Je retire son bras pour m'ouvrir la poitrine. J'ai mérité de m'étirer.
De tout remettre en place. Dans ce corps qui tombait de fatigue.
Les bras tendus, en V, comme à la pente d'un grand huit, comme au fond du terrain de basket,
comme au lancé du bouquet de la mariée, comme Jean-Marie en meeting montant sur scène,

je rétablis le bon alignement de mes os dans chaque membre, bandant tous les muscles,
vérifiant toutes les articulations, dans une gymnastique qui s'ignore,
ne cherchant pas à comprendre ce que Jean-Marie Le Pen vient faire dans cette histoire,
quand je suis encore à profiter du matelas et des oreillers que je malmène toujours de bonheur,
dans ces réveils délicieux qui savent d'avance que la journée sera fantastique.
Les cheveux en pagaille, j'arrête de m'agiter et remonte seulement à la surface du sommeil.
J'avais déjà ouvert l'œil, mais ce n'est qu'à cet instant que je regarde vraiment.
Je m'étonne de ne pas trouver de soleil dans la pièce. Sans m'en sentir affecté.
Lorsque la bonne humeur qui me tient de si bonne heure, qui vient m'éveiller naturellement, 

est de celles que le beau temps conditionne et provoque, agissant sur mon corps
comme sur mon cerveau, conscient ou pas, comme un shoot d'ocytocine.
J'aurais, dans mes brumes intérieures, parié découvrir du ciel bleu.
Perdu. Il est gris. Mais j'ai le sourire de ceux qui ont gagné quand même.

Je n'ai pas eu à ouvrir les volets.
Que je ne ferme pas peut-être pour cela.
Pour connaître l'air ou la couleur du temps sans avoir à me lever.
Je n'ai qu'à ouvrir l'œil pour voir le ciel. Par la fenêtre. Depuis mon lit.
M'épargnant la marche incertaine dans le noir jusqu'au mur de la chambre.
Il pleut. Et je n'arrive pas à m'en plaindre. A y trouver des raisons de râler, de bouder,
de rester sous la couette en refusant le monde ou me sentant profondément triste.
Cette pluie me plaît. Elle m'enchante. Je la sais bénéfique pour une terre qui a soif.
La vois comme une douche que j'ai envie de prendre.
Me demande même, par quelle vue de l'esprit, nous l'associons aux choses négatives.
La pluie et le beau temps. Après la pluie le beau temps. Pourquoi dirais-je qu'il fait moche ?
Quand ça ne l'est pas. C'est un gris lumineux. Une pluie printanière.
Le platane a mis des feuilles, et je sens d'ici qu'il rend grâce à cette eau,
dont il a un besoin aussi vital que son besoin de soleil.
J'oublie les conventions humaines et nos idées arrêtées, préconçues, pour être abre.
C'est ainsi que je sais pouvoir gagner à tous les coups. A la pluie comme au beau temps.
J'ai sans y penser, les images de voyages en avion, qui nous apprennent souvent,
grâce à la technologie du hublot dans la carlingue, qu'il fait toujours beau au-dessus des nuages.
Je n'ai pas besoin du souvenir de ce ravissement, à crever le plafond de grisaille
comme on découvre l'envers des choses, l'autre face d'une même réalité,
pour savoir que j'ai de la chance, et décider d'en jouir.
La lumière peut être timide dehors, elle est aveuglante en moi.
Sachant bien d'où vient cette vague d'ocytocine
dont le soleil cette fois ne saurait être responsable.
J'ai serré un oreiller sous mon menton avec la conviction tranquille d'un au revoir.
Comme on serre un objet pour un autre. Puisque ce n'est pas lui que j'embrassais.

Le café ce matin est parfait.
C'est au prix de la nuit blanche d'avant, aux brouillards de la veille,
où je me suis traîné toute la journée, que j'apprécie mes forces.
Toujours étonné de constater combien l'humeur et le corps se motivent l'un de l'autre,
lorsque je suis convaincu à l'instant qu'ils ne sont qu'une chose.
Et je peux concevoir tout à coup que l'âme n'existe pas.
Et cette révélation limpide me vient comme si elle était anodine.
La sensation d'être à ma place, comme l'arbre sous la pluie,
me procure une telle joie que je n'en suis pas horrifié.
Je suis matière et je n'ai pas besoin de réfléchir à la nature de la mort.
Je suis la nature. La mort elle-même. Et me sens bien dans sa peau.
La mienne. Que je savonne à la douche en sifflant une vieille chanson américaine.
Et comme mon pote sur le parvis au-dehors, je mets des feuilles qui s'ouvrent,
comme autant de chakras, à cette heureuse combinaison, aussi hasardeuse que celle de la vie,
de l'eau à la bonne température, de mes mains qui me soignent, et de ton plus beau sourire.
Peut-être après tout qu'on ne décide de rien. Pas même d'être bien.
Je décide alors de me laisser faire. De suivre la pente sans résister. En roue libre.
Sans me soucier du zéro et de l'infini qui se confondent aussi sûrement
que l'instant avec l'éternité.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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