Avis de passage
Son pouce chasse une icône de l'écran tactile.
Il joue avec dextérité avec divers pictogrammes ou des applications.
La frange dégradée. La moue adolescente. Elle a bien 35 ans.
N'a toujours pas d'enfants.
Le coude près du corps, le poing ne s'apprête à poignarder personne.
Il ne contient aucun couteau. Elle porte seulement un sac à main.
Comme il convient. Le bras plié. Un air blasé sous ses lunettes.
Chaussée de plat, de ballerines ou de Converse.
Elle fait son catwalk en ville, tout en twittant ou vérifiant sa page Facebook.
A vive allure. Jette un œil discret à son reflet dans une vitrine.
S'assurant que le vent n'a pas totalement ruiné son brushing.
Comptant le nombre de pouces levés à la photo de l'apéro posté la veille.
Le nombre de commentaires. Aucun de la part de celui qu'elle avait provoqué.
Ce gros con de Stéphane qui décidément, ne comprend rien.
Elle avait pourtant tenu à lui prouver combien elle pouvait s'amuser sans lui.
Aucune réaction. Quand il aime tout ce que cette salope de Clothilde poste sur son mur.
Qu'il aille se faire mettre. Elle n'a pas besoin de lui pour se faire du bien.
Elle a commandé ce vibro fantastique qui lui assurera un orgasme dès ce soir.
Et qui aura le bon goût de ne pas ronfler toute la nuit ou de lui préférer Clothilde.
Après tout, un sex toy, c'est comme un yorkshire, ça ne peut pas vous décevoir.
Elle est indépendante. N'a pas besoin d'un homme. Et surtout pas de ce looser.
Si elle a besoin d'un godemichet sur pattes, elle a l'embarras du choix sur le web,
adopteunmec.com et associés... qu'est-ce qu'il s'imagine, ce blaireau ?
Elle a garé sa Mini Cooper dans le parking de sa résidence.
A fait des achats dont elle fait le détail à son amie Clarisse, au téléphone.
Elle, au moins, elle l'écoute. Surtout quand il s'agit de ce gros con de Stéphane.
Contrairement à Maeva qui était toujours partante pour raconter ses problèmes,
mais qui se foutait éperdument des siens et ne s'en inquiétait même pas.
Le coup de grâce, ce fut quand Maeva a accepté Clothilde comme amie.
Elle a tiré les cinq ou six paquets du coffre de sa voiture et appelé l'ascenseur.
Cherché les clés de l'appartement dans le sac à main, devant sa porte,
la tête penchée sur l'épaule pour maintenir son smartphone contre son oreille.
Absorbée par l'analyse rétrospective des activités de Stéphane sur Facebook
qu'elle exposait à son amie Clarisse, elle trouva un avis de passage du facteur.
Probablement son vibro. Qu'elle irait chercher à la poste le lendemain.
" Tu veux venir dîner devant Koh-Lanta avec moi ?... "
Un rapide coup d'œil dans le frigo vide qu'elle referme aussitôt.
"... On pourrait commander des sushis... "
Elle a allumé son ordinateur portable installé sur la table de la cuisine,
puis le téléviseur devant lequel elle s'est plantée un moment pour zapper.
Alors qu'elle passait en revue une vingtaine de chaînes sans s'arrêter nulle part,
Clarisse expliquait embarrassée qu'elle devait aller au restaurant avec Jérôme.
" Je croyais que c'était fini. C'est lui qui t'a recontactée ? "
Alors qu'elle repassait en revue la même vingtaine de chaînes dans l'autre sens,
Clarisse s'excusait presque d'avoir décidé de laisser une deuxième chance à son ex.
" Tu fais ce que tu veux. Mais, à mon avis, tu ne te rends pas service... "
Elle lâcha la télécommande après avoir jeté son dévolu sur une émission de coaching
d'une chaîne de la TNT, avant de revenir sur son ordinateur portable pour se connecter.
" Tu sais bien que ce mec ne vaut rien, qu'il se fout de ta gueule... "
Une fois sur internet, elle ouvrit sa page Facebook pour voir qui était en ligne.
" Enfin, je dis ça... c'est pour toi ! "
Clarisse n'avait aucune volonté et avait replongé avec Jérôme.
Maeva s'était vendue à l'ennemi.
Quant à Mylène ou Sybille, comme d'autres avant elles,
étaient toujours dispo pour sortir ou faire des soirées entre filles,
y compris devant Koh-Lanta avec des sushis, en semaine,
jusqu'au jour où elles ont trouvé des mecs avec qui s'encroûter à la maison.
Sans parler de celles qui ont signé leur arrêt de mort en tombant enceintes.
Elle erra un moment sur Facebook. Voilà qui était mal emmanché.
Pas même ce foutu vibro pour prendre son pied toute seule comme une grande.
Elle n'allait tout de même pas appeler Gérard. Le pharmacien. Ce gros malade.
Qui certes, ne lui dirait jamais non, mais chercherait encore à la sodomiser.
Quant à Pierre, évidemment, il ne dirait pas non non plus.
Mais il n'y a qu'à voir sa tête pour comprendre qu'il n'est pas en situation de refuser.
Et quel boulet. En plus d'être moche. Gentil, certes... Mais manquerait plus qu'il morde.
Elle hésita un instant. Jeta encore un œil sur la page de cette salope de Clothilde.
Et ne put faire autrement que lire les derniers commentaires de Stéphane.
" Allô Gérard ? Comment tu vas ?... Dis-moi, tu fais quelque chose ce soir ?... "
Evidemment, elle avait oublié un détail. Gérard était marié et père de deux enfants.
Elle raccrocha amère. Se servit un verre de vin.
" Rappelle-toi. Avec les hommes mariés, on finit toujours par se faire enculer. "
Forte de ce bon mot ou de cette pensée puissante, elle envoya un texto à Pierre.
Il sonna à sa porte dans la demi-heure. Avec un bouquet de fleurs et du champagne.
" Tu n'aurais pas dû. Tu es fou !... " fit-elle dans un sourire en essayant de rougir.
Chose relativement aisée en ayant bu les trois quarts de la bouteille de vin en l'attendant.
La chemise à carreaux. Les chaussettes blanches dans des mocassins à glands.
Elle dut prendre sur elle pour le regarder sans laisser paraître son aversion.
Les cheveux gras. La coupe de merde... Elle se jeta amoureusement sur le champagne.
Et très vite, alors qu'il n'avait rien demandé, elle s'est mise à genoux devant lui.
A ouvert sa braguette pour descendre son vieux froc aux chevilles.
Ainsi que son vilain slip kangourou. Et là... son abnégation fut dignement récompensée.
Pierre était doté d'une bite magnifique. Une queue parfaite. Bien longue et bien épaisse.
Qui tint ses promesses quand elle donna très vite sa pleine mesure. Inespérée.
Mais elle n'était pas au bout de ses surprises quand Pierre, au-delà d'atouts naturels,
avait aussi une certaine éducation et un savoir-faire tout à fait appréciable.
Qu'aurait-elle pu twitter ? Langue magique. Cunnilingus du siècle. Vive le 69.
Un premier orgasme fut permis à tout ce qui est considéré comme préliminaires.
Incrédule, elle regarda Pierre se lever, la laissant pantelante sur le tapis du salon,
entre le canapé et la table basse, et découvrit qu'il avait un cul splendide.
Redressée sur ses coudes, elle fronça les sourcils en essayant de résumer la situation.
Pierre était à la fois le meilleur coup de la ville et un véritable canon.
" Dis-moi, tu fais du sport, non ?... " osa-t-elle alors qu'il disparut dans la cuisine.
Son seul problème, au fond, c'était ses fringues. Qu'il suffisait de lui enlever.
" De la natation. Du triathlon. De l'équitation. Du tennis. Et un peu de voile... Pourquoi ? "
Il avait répondu comme un gosse à la question qu'on lui avait posée, lorsqu'il réapparut,
brandissant toujours son érection monstrueuse quand il n'avait pas débandé un instant,
rapportant des glaçons, du chocolat liquide, du beurre et de la chantilly.
Alors que des candidats cherchaient le collier d'immunité dans la jungle,
Pierre trouva du premier coup ce qu'il fallait pour être certain de ne pas être éliminé.
En faisant tout tilter en quelques coups de reins dans le canapé, sur la table basse,
dans la cuisine, dans la salle de bains, dans la panière à linge, dans le couloir.
Dans la chambre à coucher.
Le jeu télévisé était fini depuis longtemps.
Elle regarda l'heure affichée sur la table de chevet.
Pendant six heures, elle n'avait consulté ni ses textos, ni les réseaux sociaux.
Elle mourait de faim. Pour une nuit pareille, quatre sushis n'auraient su suffire.
Elle rêvait d'une choucroute ou d'un cassoulet. D'autant qu'elle avait la gueule de bois.
Qu'aurait-elle pu twitter ? Amoureuse. L'homme de ma vie. Ne ronfle même pas.
Il était allé lui chercher des croissants. Lui avait fait une dernière faveur dans la cuisine.
Il prenait sa douche quand elle ouvrit Facebook et découvrit un commentaire.
De Stéphane. A la photo de l'apéro qu'elle avait postée.
Quand Pierre se présenta à elle, dans ses fringues de la veille, et qu'il lui demanda :
" On se revoit quand ?... " Elle lui rit au nez et lui indiqua la porte.
Déjà occupée à chatter avec Stéphane qui était en ligne.
Comme il hésita à partir, elle précisa sa pensée. " Tu n'as pas eu ta dose ?... "
Le morceau qu'elle voulait emporter était celui qui lui résistait toujours.
Et Pierre put rentrer chez lui la queue entre les jambes.
Cette pensée la fit sourire. Et lui rappela qu'un paquet l'attendait à la poste.
Clarisse avait appelé. Plus pour venir aux nouvelles que pour lui raconter sa soirée.
" Et Stéphane a refusé ?... " C'est ce qui s'appelait un râteau. Elle répondit tranquillement.
" Tu sais quoi, en fait... y'a plein de trucs qui me font penser qu'il a viré homo... "
A la réflexion, ce n'était pas idiot. Clothilde faisait quand même très mec.
Enfin, ça pouvait expliquer beaucoup de choses.
Elle embrassa son amie, jeta son téléphone dans son sac ouvert côté passager
et sortit du parking sur les chapeaux de roues.
Direction le bureau de poste.
Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan
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