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Petite nuit

Publié le

Qu'il est bon le soleil du matin quand on n'a pas dormi.
Qu'il est chaud et mutin quand il nous a manqué.
Et qu'il revient enfin quand on ne l'attendait plus.
Qu'il envahit les rues, se répand sur les places, réchauffe ma façade
où j'ouvre les fenêtres, fou de joie, pour venir l'embrasser.
Je le prends en pleine figure et ma peau réagit.
Au massage qu'il me fait à peine tombé du lit.
Bien que manquant de sommeil, j'ai senti sa présence :
avant qu'il ne soit levé, l'aube annonçait la couleur pendant que je dormais.
Et j'ai ouvert les yeux, ne tenant plus en place, j'ai fait valser les draps.
Ne pouvais rater ça. La fatigue oubliée. La vie est éphémère. Je m'en suis rappelé.
La faim au ventre, j'étais en appétit. De vivre et de manger. La lumière comprise.
Etat d'urgence. L'été est là. Je le veux. C'est mon tour. Je lui ferai honneur.
Je le dévorerai. Et je n'en perdrai rien. Et n'en laisserai rien.
J'ai sauté à son cou. Pour ne plus le lâcher.
La nuit est derrière moi. J'ai besoin d'un café.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Canicule

Publié le

L'aigreur. Brûlures d'estomac. L'acidité du jus de citron sans doute.
Son petit frère avait reposé le verre, ça ne lui avait pas plu du tout.
Dans les grands verres à orangeade, maman avait versé ce qui devait être un rafraîchissement.
A l'ombre de la pergola prête à céder sous le bougainvillier à la monstrueuse floraison rose.
Au-delà, le soleil était blanc. La chaleur accablante. Enivrante. Et la sieste s'imposait.
Nous étions sortis de table. Les cigales s'en donnaient à cœur joie.
Leur tintamarre assourdissant devenait aussi envahissant qu'angoissant.
A ces heures d'inaction où les adultes disparaissaient dans leurs chambres.
Laissant seul le baby-sitter, repus, somnolant sur sa chaise longue.
C'était l'heure de la digestion. Trop tôt pour aller s'ébrouer dans la piscine.
Louis s'était endormi sur la banquette marocaine à l'ombre de la tonnelle.
Sur ses cahiers de coloriage. La joue écrasée sur un coussin. La bouche ouverte.
Emma se rendit compte qu'elle était la seule à veiller encore sur la maison.
Alexandre, dans son débardeur blanc, ronflait sous un chapeau de paille.
Papa et maman s'étaient retirés à l'étage. Et elle n'avait pas sommeil.
Seulement mal au ventre. Sous ce ciel bleu menaçant au-dessus de cet océan de cigales.
Lever la tête et plisser les yeux au soleil éblouissant lui donna le vertige. Elle dû se tenir.
Ses jambes étaient en coton. Le sol se dérobait sous ses pieds. Elle ne se sentait pas bien.
Le vacarme de la cymbalisation amplifiée par des milliers d'insectes invisibles
l'oppressait au point de la rendre folle. Elle voulut courir à l'intérieur sans pouvoir bouger.
Elle serrait très fort le fer forgé du dossier de la chaise auquel elle s'agrippait.
Quand tout tournait autour d'elle. Incapable de prononcer un mot quand elle avait envie de crier.
Une chose pourtant, soudain, bien que discrète, vint enfin la tirer de sa torpeur.
Emma s'aperçut qu'elle n'était pas la seule encore éveillée. Ce qui la rassura un peu.
Sur la terrasse, apparut la silhouette féline de la chatte de la maison. A pas de velours.
Ce qui eut pour effet immédiat de mettre fin au vertige nauséeux de la petite fille.

Emma allait joyeusement s'élancer vers Marette qui s'apprêtait manifestement à rejoindre Louis.
Elle s'arrêta net et regarda fixement Emma qui se figea à son tour pétrifiée par ce qu'elle crut voir.
La chatte reprit tranquillement sa marche indolente jusqu'à la banquette où dormait son petit frère.
Y parvint aisément en sautant avant de s'allonger de tout son long à l'endroit où la toile était fraîche.
Emma se frotta les yeux un moment. Chercha à bonne distance le regard de Marette qui ronronnait.
Heureuse d'avoir trouvé le lieu où un léger courant d'air rendait la canicule supportable,
la bête fermait les yeux, déterminée à ne rien faire de plus que le reste de la famille.
Inquiète, Emma se demanda si elle avait rêvé. Si elle avait eu une hallucination.
Etait-ce la chaleur ? Le jus de citron ? Avait-elle de la fièvre suite à une insolation ?
L'espace d'une seconde, elle aurait juré...
" Tu ne dors pas ? "
Alexandre avait relevé le bord de son chapeau et lui adressa un sourire un peu désolé.
" Non. Je n'ai pas sommeil... " Elle hésita un instant et renonça à lui parler de son mal au ventre.
Le baby-sitter savait qu'il aurait dû se lever et lui proposer une activité pour lui tenir compagnie,
mais il manquait de courage. La chaleur le clouait à la chilienne transformée en hamac.
" Tu devrais te reposer un peu. Allonge-toi avec un livre... " proposa-t-il mollement.
Embarrassé à l'idée que la petite fille puisse s'ennuyer, il jeta un œil alentour sur la terrasse,
sur Louis qu'il était content de voir assoupi, et n'eut pas le temps de faire d'autres suggestions.
Ce grand dadais s'était rendormi. Ce qui aurait d'ordinaire beaucoup amusé Emma.
Mais ce qu'elle avait vu l'avait tellement impressionnée qu'elle n'avait pas le cœur à rire.
Elle était encore sous le choc. En avait froid dans le dos.
Ce qui était une drôle de sensation par une chaleur pareille.
Il lui fallait vérifier par elle-même que ce qu'elle avait pensé voir n'était pas vrai.
D'ailleurs, ce n'était pas possible. Et elle devait s'assurer que tout était normal.
Elle dut se faire violence pour s'approcher de Marette. Elle l'appela doucement.
La chatte tourna la tête vers elle, impassible, ouvrit ses yeux de chat avant de les refermer.
Ce qui tranquillisa complètement Emma qui vint s'asseoir auprès d'elle pour la caresser.
L'espace d'une seconde, et cela lui avait glacé le sang, Emma avait cru voir
que les yeux de Marette étaient ceux d'un humain.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Coup de poignard

Publié le

La chevelure s'est déployée à ce dernier coup de tête.
La sueur s'en est échappée pour tomber au sol comme une giclée de foutre.
Le danseur s'est figé dans une position. Ruisselant comme un boxeur.
Le front mouillé. La chemise trempée. Quand le cajon s'est tu.
Aux sabots d'un cheval qui danse, le sol s'est remis à trembler.
Et le taureau qui ne craint pas la pique semblait sur le point de charger.
Grattant l'arène d'une patte concentrée cherchant le starting-block.
Le picador peut s'armer. La bête est prête à éventrer sa monture.
Une robe moulante évasée aux genoux de sa traîne de volants rouge sang,
épouse les hanches rondes et la chute de reins d'une Andalouse pulpeuse.
C'est le corps d'une femme. Ou celui de la femme. Qui donne la vie et la reprend.
Les cheveux noirs comme le pelage du cheval et celui du taureau et celui du boxeur,
comme ses yeux assassins qui tranchent sur sa bouche écarlate au rideau d'un théâtre.
Les couleurs de Toulouse ou celles de Stendhal. C'est l'aube contre la nuit.
Et le sang s'en échappe pour tomber au sol comme une giclée de foutre.
A ce coup de poignard. En plein cœur. Dans le ventre. Qui vient faire le noir.
Les guitares épuisées au clair de pleines lunes cessèrent de crépiter.
Laissant une odeur de soufre sur la scène du drame.
La pupille arrondie sur le fessier parfait du torero cambré ou sa cuisse bandée.
Sur la poitrine de sa promise s'interdisant de s'époumoner aux montées d'adrénaline.
Les roses peuvent pleuvoir sur le cadavre d'un rival valeureux.
Des plaintes portées par des voix rauques sont couvertes par l'incendie des cuivres.
Aveuglant au soleil qui vient clouer les âmes et des corps aux gradins.
La Madone est priée, vénérée, embrassée sous des torrents de larmes.
C'est la Mort qui triomphe. Jusqu'aux signes de croix.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Dix-neuf ans en octobre

Publié le

Dans le colimaçon menant à la tourelle, je marche pour en affronter l'escalier
cramponné à la rampe pour me hisser jusqu'au gland où l'on devient vigie.
Le Castillet transperce une brume de bruine qui veut aniser les lumières.
Je découvre le Palais inquiétant sur sa butte et sa chapelle haute,
je devine la silhouette sobre du clocher carré de l'église La Réal,
et éclairée, plus loin, la brique de celui de St-Jacques qui veut défier la nuit.
Mon campanile enfin, que l'on croirait tout près, quand je vois mon platane,
imposant sa verdure à cet amas de toits au halo de lueurs indiquant une place.
C'est la mer, non le ciel, qui postillonne ici son crachin de novembre aux portes de l'été.
Un nuage poisseux de mouettes et fausse pluie, qui nappe de brouillard la skyline de ma ville.
C'est un smog d'océan, d'un bleu gris doux de cendres, de sable saharien tenté par le orange,
d'une eau qui hésite à pleuvoir, flottant sur nos collines avec l'opacité étrange d'un agua lemon.
Au mât du navire mauresque, ventru, crénelé, j'avais cette émotion assez inattendue
du parisien concédant aux amis provinciaux l'ascension si longtemps méprisée de la tour Eiffel.
Voilà bien des lieux devant lesquels nous passons tous les jours et font partie des meubles.
Que l'on ne voit plus. Pour lesquels la curiosité ne se réveille plus qu'au regard des touristes.
Et l'opportunité de les découvrir ravit finalement autant l'étranger que le guide.
Je scrute l'horizon depuis ma tour de gué et j'invente tout ce qu'il dissimule.


Ce n'est pas le clocher de Collioure, mais la tourelle en a l'aspect phallique.
Elle domine une terrasse où l'on aimerait organiser quelques fêtes privées.
Une dernière caresse à cette mer de tuiles chaotique avant de m'engouffrer
dans le colimaçon médiéval me ramenant sur le plancher des vaches.
Pour la Nuit des Musées, les Beaux-Arts ouvrent leurs portes.
L'occasion d'ausculter tendrement une jeunesse qui ne s'offre qu'ici.
Bouillonnante et fiévreuse, soucieuse d'exister, de paraître, comme de s'exposer,
elle grouille sur la passerelle à l'étage, protégée de la rue à hauteur de feuillages,
fumant et buvant à la lumière d'une projection sur un mur de façade.
Les embruns nocturnes ajoutent à l'étrangeté du lieu et des looks improbables.
Les filles affichent des maquillages d'une grande sophistication. Désirables et désirées.
Les garçons affichent des maquillages similaires pour ceux qui aiment l'ambiguïté.
Je traîne ma barbe de vieux pervers au milieu des installations attendues,
sans me sentir loup dans la bergerie pour avoir dix-neuf ans et me penser comme eux.
L'art contemporain a ses codes. Les mêmes à New York, Paris, Barcelone, Montréal.
Quand je retrouve les tics de plasticiens, les tocs de vidéastes, ici à Perpignan.
Manquait une performance. Musicale. Chorégraphique. Pornographique.
Quand ces enfants bien sages ne m'ont pas attendu pour se dévergonder.
Mon sourire satisfait hurle à qui veut l'entendre que je les encourage à tout déstructurer,
repousser les limites, inventer, dénoncer, singer les interdits ou bien les transgresser.
Tout cela est ludique. Tant pis pour ceux qui se prennent au sérieux.
Ceux-là, je le crains, seront condamnés à être malheureux.
J'aime ces gosses. Leurs postures et leurs tourments mis en scène.
La théâtralisation de leur condition. Et la réalité de leurs voies d'excommunication.
Ce chemin difficile et nécessaire dont la société voudrait faire abstraction.

Le cœur léger comme la brume, je me glisse dans l'envolée ample de l'escalier
qui me dépose à La Source, ce café amputé de son arbre, au coin de St-Mathieu.
Au bras d'une sœur aussi enthousiaste que moi au spectacle de cette relève prometteuse.
Nous dérivons jusqu'à la Place Arago où l'ambiance est soudainement bien classique.
Des couples sont venus dîner au Café de la Paix ou au Vienne, malgré le mauvais temps.
Je vais retourner à la place devinée au pied du campanile depuis le Castillet.
Au pied de mon platane téméraire qui se dresse contre Dieu et son marbre arrogant.
Celui de ma cathédrale d'amour et de sexe, d'allégresse et de fièvres, de rendez-vous galants.
Le nid de mon histoire. L'écrin de mon idylle. Le coffre à jouets de l'auteur hystérique.
Amoureux comme un fou du chaos de sa ville. De l'amour de sa vie.
Quand les deux se confondent au crachin incendiaire d'un brumisateur d'octobre.
Je me perds dans le temps. Lorsque j'ai dix-neuf ans. J'étudie à la fac. Aux Beaux-Arts.
C'est la rentrée scolaire. C'est l'automne. Au café de La Bourse. Je ne te connais pas.
Trop jeune sans doute pour tomber amoureux. Quand je ne pouvais l'être que de toi.
Je fais le con à Paris. Prends l'avion et m'éloigne. Je reviens. Je repars. Ne suis jamais parti.
Et me voilà chez nous. A tes fesses admirables comme à tes merveilleux genoux.
Dans tes bras voluptueux où je pourrais dormir. Respirant à ton cou.
La confusion n'est pas celle des genres ni même des sentiments. C'est celle des saisons.
Quand je sais qui je suis et ce que je ressens. Que je suis bienheureux de me foutre du temps.
Le climat de Biarritz, Cap Breton ou d'Hendaye. Perpignan-Bilbao. L'océan à mes pieds.
J'ai passé la seconde de vingt ans à te trouver enfin au cœur du labyrinthe.
Dans ce laboratoire où je tiens la formule de l'amour impossible devenu immortel.
Je le consomme au-dessus de l'écume, des tempêtes contenues dans le creux d'un verre d'eau.
Quand je tiens dans ma main prête à l'écrabouiller la peur d'être trahi ou d'être abandonné.
Le brouillard est complice. Un voilage aux fenêtres.
Une buée compacte pour nous soustraire au monde.
Qui nappe le miroir où je t'écris un mot.
Et Perpignan entière qui peut bien disparaître.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Mai peut briller sans soleil

Publié le

Le coup de crayon qui n'existe pas au bord d'une paupière.
Tes yeux ne sont pas faits. Mais il y a cette lisière au-dessus de ton œil.
Le charbon commando sur ton visage pâle. Qui souligne un regard qui fait fondre la pierre.
Qui fait fendre l'armure. Quand tu cherches à trouver ce que cache mon orgueil.
Tu me prends par la main et tu me fais entrer. Je te suis volontiers.
Et je suis bouleversé par la confiance acquise.
Désarmé. Cela m'engage. Et je suis engagé.
Notre union est permise.
Quand elle est protégée.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Et nos doigts dans la bouche

Publié le

Cela part du bout des orteils pour remonter le long de vos jambes.
Cela vient des extrémités de vos cheveux, de la surface de votre peau,
pour confluer soudain dans votre queue comme un courant électrique.
C'est toute l'eau du bain qui est évacuée d'un coup dans la canalisation.
Toute votre matérialité qui se concentre sur votre sexe où elle s'anéantit.
C'est une drôle de sensation que de se sentir partir.
Celle de se vider de soi-même.
C'est aussi délicieux que de tomber dans les pommes.
Que de se coller au plafond avec des produits illicites.
Ce sont des fourmis, des démangeaisons étranges, dans tout le corps.
Comme si tout était aspiré par l'urètre pour que vous deveniez à la fois zéro et infini.
Ce moment vertigineux où l'on perd tout contrôle de soi et toute maîtrise.
Voilà qui est aussi agréable qu'inquiétant. Aussi merveilleux qu'apocalyptique.
Le cœur pourrait lâcher. Les muscles se raidissent. Spasmes. Convulsions.
C'est le saut dans le vide. L'effondrement sur soi. Tout reflue dans la bite.
Tout votre être s'enfuit. Propulsé dans un accélérateur de particules.
Et le sperme peut jaillir sans pouvoir égaler la violence de l'orgasme.
Qui vous éjacule bien plus loin que vos spermatozoïdes.


Il est difficile de commencer ou de finir son travail.
De prendre la voiture. D'aller faire ses courses. De préparer à dîner.
Sans penser à ce plaisir qui rôde sans cesse et dont on ne se lasse jamais.
Au réveil déjà, une érection indique que même dans votre sommeil le désir est présent.
Stimulé par des frottements, des réactions mécaniques, comme par des rêves érotiques.
Et tous les gestes portent dès lors des connotations franchement sexuelles.
Faire bouillir de l'eau. Porter la tasse de café à sa bouche. Le verre de lait.
Mordre une extrémité du croissant. Le tremper dans son bol. Boire. Manger.
Allumer sa première cigarette. Entrer nu dans la baignoire ou la cabine de douche.
Se laver. S'habiller. Saisir la poignée de l'attaché-case ou celle de la porte d'entrée.
Enfoncer la clé dans la serrure. Démarrer la voiture. Passer la première.
Pas besoin de Freud pour savoir que tout est invariablement sexuel.
La moindre vision. La moindre sensation. La moindre odeur. Le moindre contact.
Ce que l'on voit. Ce que l'on imagine. Ce qui nous motive. Ce qui nous transporte.
On entre dans les toilettes. On empoigne des robinets qu'il faut ouvrir. On se lave les mains.
Le savon liquide. Le robinet que l'on serre. L'humidité. L'air chaud ou la serviette.
Le sucre dans son papier que l'on prend au bord de la sous-tasse pour le déshabiller.
Le faire fondre dans le café. La cuillère que l'on plonge pour remuer le tout.
Cela part des dernières frontières du corps. Du fond des talons. Du bout des cheveux.
Quand l'extérieur en entier est potentiellement une caresse érotique.
Le feu, jamais éteint, couve toujours sous la cendre. Et vite ranimé.
Il prend au premier courant d'air comme au premier sourire.
La clé USB que l'on enfonce. Le capuchon du stylo.
La fiche foutue dans la prise. Et nos doigts dans la bouche.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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L'Europe 2012

Publié le

Contre la crise ? Deux solutions.
Le fédéralisme ou la guerre.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Garçonnières

Publié le

Est-il un endroit où nous puissions nous rejoindre ?...
Je traîne une valise à roulettes sous la voûte du terminal et me présente au contrôle.
Les billets en main. Je passe en salle d'embarquement. Vol à destination de Rome.
Il y a des prêtres qui portent la soutane et des bonnes sœurs.
Nous avons une réservation au Rose Garden. Ne sortirons pas de notre chambre.
" Non. Tu es sur le quai de la gare. Tu vas prendre l'Eurostar. "
Très bien. Le taxi m'a déposé Gare du Nord. Et nous nous retrouverons à Londres.
Est-il un endroit où nous puissions passer quelques jours ensemble ?...
" Allons en Espagne. A Barcelone... ce sera facile.
- Mieux que ça mon amour. Je veux retourner à Séville. "
La voiture s'engage dans un chemin empierré, encaissé entre deux murets.
Elle franchit la grille laissée ouverte pour me déposer dans la cour.
Je paye la course au chauffeur qui repart seul dans le tunnel de verdure.
Pour m'accueillir, quelqu'un que je reconnais, devant la maison splendide.
Une location. Un très beau jardin. Une immense piscine. Et toi qui me souris.
Nous sommes à Lourmarin. Au milieu des cigales entêtantes du Luberon.
" Non. Nous sommes à Cadaquès. Ou bien à Port Lligat chez Salvador Dali. "
Des barques catalanes alignées sur la plage de galets.
Est-il un endroit où nous puissions nous aimer ?...
" Quel est votre problème les enfants ? Seriez-vous, comment dire... un couple illégitime ? "
L'expression me heurte. Voilà pourquoi je n'aime pas ce concept de couple.
Précisément parce qu'il peut être légitime. Ce qui dépasse mon entendement.
" Croyez-vous vraiment que l'amour puisse avoir un rapport avec la légitimité ?
De quoi est-ce vous me parlez au juste ?... "
Suivant quels critères aurions-nous le droit ou non d'être ensemble ?
Je sais où nous pourrions nous retrouver mon amour.
Laisse parler cette vieille chouette qui crève de jalousie.

Prends cette clé et glisse-la dans la serrure.
La porte n'est pas très engageante. Ne t'effraie pas de son étroitesse.
Il y a un interrupteur avec une minuterie en fonctionnement.
L'immeuble semble abandonné. Inhabité. Mais je t'y attendrai.
Prends l'escalier aux carreaux de terre cuite et frappe à la porte du premier étage.
" Bien-sûr, ce n'est pas le Rose Garden... " Tu m'interromps. Un doigt sur ma bouche.
Tu me dévisages comme si l'heure était grave avant de murmurer : " Je m'en fous... "
Ton doigt, très vite, est remplacé par ta bouche immense qui me dévore la langue.
Ma barbe de trois jours comme papier de verre pour irriter tes lèvres.
La pièce est vide. Elle n'est meublée que de cette lumière orange qui vient de la rue.
Qui vient transfigurer nos caresses et l'incendie qui se propage en nous.
" Eh bien, j'imagine que le mariage, par exemple, impose certaines obligations... "
Je sors ma bouche de la tienne pour dévisager madame Casse-Couilles.
Elle est assise derrière son bureau et me regarde par en-dessous. Fixement.
" Je ne suis pas marié. Je ne crois pas au couple. Encore moins au mariage.
- Et votre partenaire ?... "
Je m'approche d'elle. Approche mon visage très près du sien.
" Vous travaillez pour qui ? Vous vivez de constats d'adultères ?...
Avez-vous si peu de vie sexuelle qu'il vous faille vous occuper de celle des autres ? "
Mes poings dans son bureau. L'un d'eux s'était posé sur la couverture d'un livre. La Bible.
Je la prends et la lui tends. " C'est votre code civil ?... " Elle ne dit rien. Je poursuis :
" Commencez par faire votre propre examen de conscience et nous en reparlerons...
- Cela veut dire oui n'est-ce pas ?... Vous avez une relation avec une femme mariée.
- Il faudrait pour cela, madame Casse-Couilles, qu'il s'agisse d'une femme. "

Elle semblait agitée. Ses doigts s'acharnaient sur sa serviette en papier.
" Tu te rends compte... Elle a quinze ans de plus que lui !...
- Eh bien, cela aurait pu être pire. Il aurait pu sortir avec une musulmane.
- Ne plaisante pas avec ça. C'est ton frère !
Bon sang. Qu'est-ce que nous avons fait pour mériter ça ?... " Sanglots.
A se demander si elle n'aurait pas préféré que son fils soit homosexuel.
" Pire encore... Il aurait pu sortir avec un musulman. " Hurlements.
La Bible parle d'abomination. Le livre était aussi sur la table de la cuisine.
" Est-ce un sport national à la fin de condamner les gens qui s'aiment ?... "
L'humour, décidément, n'arrivait pas à la détourner de son chagrin.
" Eh bien soit, sois malheureuse. Mais n'empêche pas mon frère d'être heureux. "
De quoi s'occupe-t-on ici ? Qu'y a-t-il de mal lorsqu'on est entre adultes consentants ?
Dans le taxi qui me conduit à l'appartement, je n'ai aucun scrupule.
Je suis juste fou de joie à l'idée de te retrouver. On m'ouvre la portière.
" C'est un sport national que d'être jaloux du bonheur des autres... "
Circulation dense de Central Park West. Je m'engouffre dans le Majestic.
" On me prête ce duplex qui a appartenu à Conan O'Brien pour le week-end.
- You're kidding me... "
Oui, bien sûr. Faute de duplex sur le parc, il s'agit d'un studio sur le platane.
Tu as la clé. Tu la glisses dans la serrure. Qui que tu sois. Quoi que tu aies fait.
Tu prends l'escalier et tu frappes à la porte du premier.
Nous nous aimons. Est-ce quelque chose que l'on choisit ?
L'avons-nous décidé ?... Nous nous aimons.
Et Dieu reconnaîtra les siens.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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L'été se meurt

Publié le

Je voyais bien qu'il y avait quelque chose d'obscène dans cette photo.
Jambes écartées. Genoux relevés très haut. Les bottines de danseuse de saloon.
La coiffure afro-égyptienne auréolée d'un rond blanc de pleine lune.
La photo de la pochette. La pochette de l'album. L'album de Donna Summer. I Feel Love.
Nous sommes en 1977. J'ai 4 ans. Et sur ce titre est née la musique électronique.
Celle sur laquelle j'allais danser vingt ans plus tard au Playa ou au Queen. La techno.
Musique répétitive. Michael Nyman. René Aubry. Philip Glass. Où étiez-vous ?
Moi, j'étais au milieu de mes vignes, avenue François Cassagnes, au soleil d'un palmier.
La voiture à pédales au plastique orange vif, cuit par la chaleur, dans les allées du jardin.
La pergola où nous pouvions déjeuner et dîner au parfum des cyprès.
Le piano jouait Chopin. Geneviève usait l'album live de Véronique Sanson.
J'écoutais Pierre et le loup, la sorcière de la Belle aux bois dormants ricaner,
et le troisième mouvement de l'Héroïque de Beethoven qui sciait tant de bois.
Le tout, sous cette image terrible de Néron satisfait du supplice d'une femme blanche et nue,
à l'ample chevelure, sur le corps d'un taureau, étendus ensemble sur un tapis de roses et de sang.
Dircé chrétienne. Une reproduction de l'œuvre du peintre polonais Henryk Siemiradzki.
La gravure encadrée ouvrait, plus encore que la télévision, une fenêtre sur des rêves étranges.
Des histoires fantastiques. Appuyées par la musique symphonique ou les chansons de Ange.
The Kick Inside de Kate Bush n'était plus très loin. 1978. La France giscardienne.
Entre le Jazz de papa et l'Opéra de maman, Geneviève allait goûter à la Fièvre du samedi soir.
John Travolta et les Bee Gees. Quand je m'étourdissais de mots, de soleil et de disco.
1977. Jacques Brel chante cette chanson que j'adore. Les Flamingants.
Dont je ne comprends pas bien les paroles. Mais dont j'aime les cuivres et la basse.
Et la machine entêtante de Donna Summer se remet en marche furieusement.
A la suite du Radioactivity de Kraftwerk dont nous avions le 45tours, et qui l'avait devancée.
La musique ne s'arrêtait jamais, et j'aimais ce format étonnant pour une chanson.
Je l'entends à nouveau. Et je me rappelle aussitôt combien j'aimais ma vie.
Combien j'étais heureux.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Au diable

Publié le

L'été ne prend pas et je suis fatigué.
Mai ne vient pas. Je meurs à petit feu.
Le feu s'éteint. Et je n'ai pas de perspectives.
Aucun but. Rien qui puisse s'inscrire à l'horizon.
Le vent me fatigue. La vie me fatigue. La mienne me tue.
Le puits s'est asséché. Je roule sur la réserve. Le voyant allumé.
L'encre de mon stylo est sèche. Il déchire le papier. Je ne peux plus écrire.
Alors j'attends l'été. Et je me tais.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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