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L'épiderme

Publié le

La Mosquée Bleue sur le Bosphore.
Le théorème de Pythagore.
Big Ben. L'Empire State Building.
La jungle de Rudyard Kipling.
Il suffit de fermer les yeux.
J'ai la médina de Tétouan.
Un estuaire face à Royan.
Le Colisée et l'Acropole.
Los Angeles. Mégalopole.
Et la baie de San Francisco.

Pour tout retrouver sur ma peau.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Parapluies

Publié le

La Charente est maritime.
La Corderie royale.
Et la pluie qui s'installe est glaciale.
La façade Art Déco d'un ancien cinéma.
Rue Jean Jaurès. Et toutes ses maisons basses.
Pour des rencontres éphémères à l'archet d'un alto.
Violons et contrebasses. Pour des vagues de cordes.
Qui m'emportent au Colbert pour quelques Marlboro.
Les parapluies ne sont pas de Cherbourg il me semble.
Pas de Michel Legrand aux Moulins de mon cœur.
L'Atlantique est ailleurs. Quand tes yeux lui ressemblent.
Quand ils se font rieurs. Que je me sais vainqueur.
Sur la pointe des pieds, à l'heure de nous rejoindre,
quand la ville endormie n'offre que le silence,
il y a des va-et-vient aux couloirs de la nuit.
Sur un terrain miné où la porte est secrète.
La passion de phosphore doit se faire discrète.
Et je dois me reprendre ou simuler l'ennui.

Moi aussi j'enregistre. Ce que l'on défenestre.
Et je me réveille seul. Comme un chef mutilé.
Sans pupitre. Sans orchestre.
Avec le goût amer des histoires impossibles.
Tes mains à mes poignets comme des bracelets.
Qui ont frotté leur crin à mes cordes sensibles.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Comme une goutte d'eau

Publié le

Il pleut sur la Côte Pavée.
Le jour s'est levé. La lumière artificielle s'est éteinte dans le quartier.
Les façades lavées par la pluie. Comme les camions de police. De pompiers.
Les dossards fluos et les uniformes. Les caméras de télévision disposées à distance.
Un ciel gris se boursoufle sur la ville de Toulouse. Et l'on retient son souffle.
Dans l'humidité poisseuse sur des portails, des clôtures et des sapins bleus.
Le danseur, sur ses talons noirs, avance, tête baissée, vers le miroir de la salle.
Il se regarde par en-dessous. Les sourcils froncés. Les narines dilatées. Lentement.
Lance la pointe d'un pied. Puis l'autre. Sur le parquet. Comme un taureau prêt à charger.
La guitare s'est tue. Les mains ont cessé de battre leurs palmas. Laissant place au silence.

Un jeune homme vérifie ses armes. Assis sur le sol de la salle de bains.
Lève la tête vers le ciel. Ferme les yeux. Recommence à prier.
Il ne veut pas penser à sa mère. Aux gens qu'il va laisser. Pense à la cause.
Les caméras en place ne cessent de tourner. Dans la rue. A quelques mètres.
Derrière un dispositif militaire. Le jour se lève à Toulouse. La nuit s'évapore.
Des journalistes lisent ou tapent des textos sur leurs smart phones.
Le danseur, les épaules en arrière, avance toujours, cambré comme un coq,
frotte le talon sur le bois du parquet à chaque pas qu'il fait.
Se fixe dans le miroir. Commence à lever les coudes. Les bras. En marchant.
Comme un albatros prêt à s'élancer pour s'envoler. Déployant ses ailes.
Maîtrise chaque geste. Sa respiration. Une rage contenue.

Des enfants furent conduits à l'école. Les parents leur sourient à la grille.
La une des journaux affichée sur la devanture du bureau de tabac.
Des images tournent en boucle. Sur BFM TV. Sur LCI. Où il ne se passe rien.
Le matin avance sur la ville. Dans le clapotis morne et sinistre de la pluie.
Comme le toréador aux yeux sombres, sur ses talons flamencos, au parquet de la salle.
En équilibre. Les coudes levés au niveau des oreilles, les mains pointées comme des cornes.
Sur la pointe des pieds. Un pas. Et puis un autre. La jambe tendue. Les jambes croisées.
La chaussure dessine un demi-cercle sur le bois. Se plante devant l'homme.
Une fois à droite. Une fois à gauche. S'approchant davantage de lui-même.
La lumière s'est amplifiée dans l'appartement. Une lumière grise et maussade.

Qui coule comme de l'eau sous la porte de la salle de bains.
Dieu est grand. L'arme en main. Assis par terre. Les genoux relevés.
Adossé au mur. Il a tenu des heures. Prostré dans le noir et le silence.

Le danseur s'arrête. Se redresse. Se raidit. Plante un coup de talon. Sec.

Sur le parquet de la salle. Un coup. Deux coups. Espacés.
Des hommes entrent dans l'immeuble. Accèdent aux fenêtres.
Le talon claque. Une troisième fois. Puis une quatrième.
Le gamin ouvre les yeux. Extirpé de ses prières. Tourne la tête vers la porte.
Le danseur, cambré, ne se lâche pas des yeux. Il vrille son buste. Il fait claquer ses mains.
Sur le côté. Les pieds joints. Plante à nouveau, comme un cheval, un talon dans le sol.
Des hommes armés montent dans les escaliers. D'autres sont postés à l'arrière.
Des journalistes s'emparent de leurs micros. Des agents font signe de reculer.
Les coups secs dans le parquet s'intensifient. Se rapprochent. Le tempo s'accélère.
La pluie tombe sur la Côte Pavé. Et les coups pleuvent sur le parquet de la salle.

Le danseur garde ses épaules et sa tête immobiles, quand ses jambes se dissocient.
Seuls les pieds pris de frénésie martèlent le sol de plus en plus vite.
Les cuisses et les mollets bandés. Genoux et chevilles serrés. Les talons crépitent.

On défonce la porte. On se répartit dans l'appartement. On entre par les fenêtres.
La cadence infernale aux bottines flamencas. Tout claque et tremble comme au passage d'un train.
Le danseur pris de transe. Le bilboquet transformé en Tac-Tac aux boules de plastique.
Le tacatac des mitraillettes devant le miroir. Et les mains qui virevoltent. Et les poings fermés.

Coups de feu échangés. La tête tournée d'un côté. Puis de l'autre. Les cheveux en volées.
Les giclées de sueur. Et le gamin qui tire. Riposte. Les mains claquent. Les tacones.
Qui trépignent. Font vibrer le plancher. Le tremblement de terre. La trotteuse de la montre.
C'est un déferlement. Presque insoutenable. Et le danseur s'arrête. D'un coup.

Au ralenti. Le jeune homme tombe du balcon et tire dans sa chute.
Le danseur immobile, écumant, respire à pleins poumons.
Et le temps suspendu. Qui s'étire. Qui s'allonge.
Au silence. Assommant.
Le gosse est abattu.
Le repos.
Amorti. Sur le sol.
Comme une goutte d'eau.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Colera

Publié le

C'est toi que je vois.
Quand je ferme les yeux sur la baie de Collioure.
Sur les vignes de Banyuls. Sur l'anse de Paulilles.
C'est toi que je vois.
La voiture s'engage dans une boucle au-dessus de la mer.
Pour plonger sur Cerbère. Sa grille ferroviaire.
C'est toi que je vois. Mon amour.
Les murets de schiste. Les vignes en terrasses.
La Côte Vermeille. Que je longe.
Pour revenir sur nos terres.

Passer la frontière.
C'est toi que je vois.

Je ferme les yeux sur le pare-brise.
Et c'est toi qui conduis. Et ta main sur ma cuisse.
Je respire ton cou. Tes cheveux. Et les draps du matin.
Je suis en cavale. Sous la pluie. Dans la nuit.
Bonnie and Clyde. Nous nous sommes sauvés.
Et j'arrive à Portbou.
J'arrive à Colera.
Et c'est toi que je vois.
 

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Isabelle

Publié le

Sur ses talons hauts, elle me regarde.
Par en-dessous.
En contre-plongée, je m'envole et me hasarde.
Le nez se colle à ses dessous.
Isabelle est une pute.
Que je paie pour lui faire du bien.
Elle qui en fait aux autres.
Je veux l'en remercier.
Ma tête sous la jupe. J'ai baissé sa culotte.
J'inspire une ligne odorante qui me fait saliver.

Haut perchée, Isabelle écarte les jambes.
Je baise son pubis. Joue avec son clito.
D'un geste synchronisé, ses deux bras, déployés comme des ailes
retirent d'un même mouvement la robe d'Isabelle.
La tunique légère. Pour la retrouver nue. Sur de hauts escarpins.
Massage du périnée. De la chatte à l'anus. Tout sera lubrifié.
Elle se cambre et se palpe les seins. Finit par s'accroupir.
Et je m'affaire à la faire gémir.

Allongé sur le sol, sur le dos, j'ai son corps qui s'affaisse.
Ses talons aux oreilles. Elle s'assied sur ma gueule.
Ma gueule de petit chat qui lape son bol de lait.
La dame se déhanche sur la barbe du menton.
Ma langue devient queue. Fait quelques incursions.
Elle rejette sa tête en arrière. Joue avec ses cheveux.
Et je laisse Isabelle s'occuper à son rythme de ses propres tétons.
Je veux lui faire plaisir. Je cherche ce qui fonctionne.
Et toujours accroupie sur ma bouche, elle s'y plaît et se touche.
Elle se penche soudain sur la boucle de ceinture, triture ma braguette.

Je l'empêche de libérer mon sexe. Pas pour le lui refuser.
Mais qu'elle sache qu'elle n'est pas obligée.
Je ne l'ai pas payée pour prendre du plaisir.
Mais pour lui en donner.

Isabelle, déchaussée, même avec son chewing-gum
ne peut plus vraiment me regarder de haut.
Je la fais basculer sur un lit ridicule à baldaquin qui grince
où je n'ai pas l'intention de me conduire comme un homme.
Avec elle, Isabelle, je vais me faire femme. Et nous serons lesbiennes.
Frictions en surface. Etreintes lascives. Full body saphique.
Nous nous exciterons en bonnes clitoridiennes.
Si ma bite est de trop, je la cale vers l'arrière en contrariant sa courbe.
La serre entre mes cuisses pour n'offrir qu'un pubis pour le frotter au sien.
Je n'ai pas l'intention de prendre du plaisir.
Je n'en prendrai vraiment qu'en lui en donnant un peu.
Je la paie pour qu'elle me fasse croire qu'elle en prend furieusement.
Elle surjoue son ivresse quand je guette un frisson.
Je lui ai dévoré la bouche. Et je me trouve ainsi avec du rouge à lèvres.
" Pourquoi diable fais-tu ce métier ?... Isabelle... Pourquoi ? "
C'est la question que mes yeux lui posent expressément.
" Quand tu dois tout lécher des hommes jusqu'à leurs excréments.
Des vieillards urophiles. Des malades. Des violeurs. Des violents. "

Mes poings dans le matelas. Mes poings à ses oreilles.
Les bras tendus. Au-dessus d'elle. Je cherche dans ses yeux.
Des réponses qu'elle me refuse.
Isabelle a trente ans.

Cette sainte s'occupe des maris mal baisés.
Des pervers. Solitaires. Des puceaux. VRP.
Du marin alcoolique. Du routier esseulé.
Offrant même sa chatte aux manchots, aux muets.
Un ou deux culs-de-jatte. Comme à tous les damnés.
L'étudiant maladroit. L'amoureux répudié. Le looser méprisé.
Isabelle fait œuvre de salut public. Qu'elle en soit remerciée.
Au-delà d'un billet je lui dois un orgasme.
J'y travaille. Laborieusement. Consciencieusement.
J'essaie d'être plusieurs. Au four et au moulin. J'essaie d'être être humain.
Isabelle est très belle, surtout quand elle simule.
En se tordant sans cesse sur ce lit ridicule.
" Prends un bain ma jolie. Repose ton corps gracile. "
Le vernis de tes ongles est comme du sang séché.
Je ne te foutrai rien d'autre que la honte ou la paix.
Je t'embrasse les mains. Je te baise le front.
Et je te laisse seule. A ta seule condition.
 

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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L'écrivant

Publié le

J'ai rêvé.
J'ai rêvé des clochers et des pierres de taille.
J'ai rêvé une ville où je ne suis jamais venu.
Etait-ce St-Malo ? Rochefort ? Ou Brive-la-Gaillarde ?
J'ai rêvé ton sourire. Tes cheveux détachés. La pluie aux essuie-glaces.
Un péage d'autoroute. Un hôtel bon marché. Et ton rire aux éclats.
Je connais La Rochelle. J'ai vécu à Bordeaux. Je me souviens de tout.
Mais le lieu ne dit rien s'il n'est pas habité. Je suis à tes côtés.
C'est le nom de ma ville. Le nom de notre hôtel. Au crayon à papier.
Tu prononces le mien avec un timbre grave qui fait fondre l'acier.

Au moment de monter dans un vieil escalier. Je porte des bagages.
Fais craquer le parquet. Et découvre une chambre.
Etait-ce Auch ? Arcachon ? Etions-nous en Camargue ?
Je connais mal la France. Mon pays, c'est l'Espagne.
C'est ce peigne andalou. C'est les cordes gitanes. Et l'écorce d'orange.
Peu importe où je suis si c'est sur tes talons. La danse de salon.
Nos mains qui se mélangent. Au trac d'une escapade au fin fond de la nuit.
J'ai rêvé ton sourire, l'autoroute et la pluie.

Tes yeux sombres effacent le décor. Il n'existe plus rien.
Je suis sorti du temps. Je suis sorti du lieu. Quand le soleil revient.
Je suis à Barcelone. Je suis dans mon enfance. Tout en restant un homme.
Le trait noir de tes cils qui ombragent la piscine où je viens de plonger.
C'est juillet à ta bouche. La pinède incendiée. Et la mer sans limites.
Etait-ce Biarritz ? Limoges ? Etait-ce Aix-en-Provence ?
Je crois me rappeler que j'ai marché, heureux, dans les rues d'une ville.
La jeunesse farouche de l'amour sur ma peau.
Avec les illusions de mon adolescence.
Manuel de Falla fait frémir quelques branches.
Et le vent sur un fleuve fait éclore mes bronches. Ouvre grand ma poitrine.
Pour t'y laisser entrer. Quand j'avance, amusé, sans savoir où je vais.
J'ai rêvé cette adresse qui n'était pas la mienne. Où je savais pouvoir venir te retrouver.
J'ai doublé les rideaux pour effacer la place. Aux fenêtres factices.
Sans parvis. Sans platane.
Ce n'est pas Perpignan. Ce n'est pas mon studio au bord du précipice.
Ces remparts sous mes doigts sont ceux de St-Malo.
D'Aigues-Mortes ou de Dax où je deviens taureau.

La tête sur l'oreiller, j'observe le plafond. J'ignore qui je suis.
Mais je sais qui tu es.

Au retour de Paris. Au retour de Toulouse.
Chaque fois me revient cette même sensation.
Debout à mes fenêtres. Le platane n'a pas bougé.
St-Jean est à sa place. Ma vie semble rangée.
Aurais-je eu une absence ? Ou me suis-je endormi ?
Le temps me joue des tours. Ses tours de passe-passe.
Mais le bonheur entier a laissé son empreinte.
Si je l'ai inventé, j'en récolte les fruits. Quand la nuit s'est éteinte.
La mémoire reconstruit ce qui n'existe plus.
Cela faisait dix ans que je ne t'avais vue.
Et revenue vers moi, nous nous sommes reconnus.
Malgré ma barbe épaisse et trop de cheveux blancs.
Je suis toujours en vie. Ou bien je fais semblant. De vieillir davantage
à chacun de mes pas, effeuillant des récits où tu es toujours dedans.
J'ai repris cette route pour revenir à moi. Je n'avais pas trente ans.
Et je ne t'aimais pas.
Tu étais La Rochelle ou Limoges. Bordeaux ou Montauban.
Les images s'amoncellent et j'aurai quarante ans.

J'ai tes yeux dans les miens. La pomme à pleines dents.
J'ai tout rêvé peut-être. Mais tout devient réel.
Ici, en l'écrivant.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Une deuxième fois de toi

Publié le

Je dors dans une montagne de draps et de duvets.
Je m'y enroule comme on s'enroule dans les vagues.
Et je tiens en ouvrant l'œil, la raison de mon bien-être.
Je vois tes yeux rieurs.
Mes yeux sourient tout étonnés de te voir dans ce lit qui n'est pas le mien.
Et nous pouvons nous rendormir. Repartir dans les vagues du sommeil.
Avec le sentiment d'une absolue sécurité. Nous sommes ensemble.
Combien cela a-t'il duré ?
Une minute ? Trente secondes ?
Je sais que je n'ai pas rêvé.

Ils brillaient dans la lumière timide filtrée par des rideaux que je n'ai pas.
Une lumière bleutée et feutrée qui n'est pas l'orange incendiaire de notre studio.
Tes yeux soulignés du noir de tes longs cils pour m'envoûter toujours davantage.
Tu peux te cacher sous les draps. L'humeur est ludique. Enfantine.
Je me rendors pour faire durer le plaisir.
Pour répéter la séquence délicieuse de pouvoir me réveiller à tes côtés.
Ma main trouve ta cuisse. Ton bras. Ta poitrine. Tes cheveux. Ton ventre.
Faire durer le plaisir d'une grasse matinée à 7 heures du matin.

Que j'aime notre lumière orange. Perpignan. Mon Horloge.
Que j'aime le bleu presque gris de cette chambre que je ne reconnais pas.
Son étrangeté ne m'inspire aucune panique. Aucune angoisse.
Deux yeux au coin de l'oreiller me surveillent. Et c'est là que je dors.
A cet instant où, nez à nez, nous avons redressé nos têtes pour nous trouver.
Ton visage. Qu'il est beau. Qu'il est beau à la lumière du petit jour.
Plus beau que le petit jour lui-même.
Ce n'est pas la lumière de l'aube qui te rend irrésistible.
C'est toi qui rends cette lumière ravissante et magique.
Je suis heureux. Je me lève. Je découvre où je suis.
Qu'elle est belle cette ville où je n'étais pas revenu depuis déjà dix ans.
Que son air est doux. Que sa pierre est complice. Que ses matins sont clairs.
Tes cheveux en pétard. Les paupières gonflées. Je veux tout embrasser.
Jusqu'aux marques du drap sur la joue. Dans la chaleur de l'intimité partagée.
Te manger pour le petit-déjeuner.
Une nuit avec toi. Mon amour. Et cette image imprimée pour la vie.
Ce regard amusé et joueur extirpé à des rêves devenus réalité.
Ce cadeau mérité. A nos entêtements. A la ténacité. A notre certitude.

La mienne est dans mon émotion. Quand je viens te l'écrire.
A cet instant précis, je suis tombé amoureux une deuxième fois de toi.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Entre soi et les autres

Publié le

Tout paraît compliqué. Ce qu'il y a à dire. Ce qu'il y a à taire.
Les personnes à ménager. L'orgueil. La jalousie. L'instinct de possession.
Les susceptibilités.
Nous avançons sur une poutre aussi étroite que calcinée au-dessus du cratère.
Sans filet. Les bras en balancier. Comme des ailes ouvertes.
Funambules toujours prêts à nous envoler.
Il y a ce que nous voulons pour nous. Il y a ceux que nous devons préserver.
Le devoir de justice et l'envie d'équité. Le besoin désespéré de demeurer honnêtes.
En équilibre au-dessus du vide. Gérer au mieux. Ce que l'on doit aux autres.
Ce que l'on désire pour soi.

La part des choses. Entre égoïsme et altruisme.
Quand l'un et l'autre sont nécessaires au bonheur.
Une question de dosage. Subtil. Délicat.
A manipuler comme des produits chimiques. Dangereux.
Dont le cocktail peut devenir à la moindre erreur le pire des explosifs.
Penser à soi. Penser aux autres.
Peser le poids des conséquences.
Et avancer sur une liane quand toute chose se balance.

Tu fais durer le suspens. Au téléphone.
J'entends que les conditions sont manifestement réunies.
Point par point. Tout ce qui pouvait passer pour un obstacle est éliminé.
Je n'interviens pas. J'écoute. Je te laisse venir.
Si bien qu'il ne te reste plus qu'à aller au bout de la démonstration.
Tout ce qui pouvait nous empêcher, matériellement, est écarté.
Ne reste plus pour toi qu'à trancher, en conscience, entre devoirs et envies.
La question est morale. Et je ne peux pas t'aider. Je me tiens dans mon silence.
Tu le sais. Je te l'ai dit de vive voix. En amont. C'est à toi de décider.
Sans craindre mon ressenti ou de me décevoir.

C'est à toi de choisir et tu feras le bon choix. Quel qu'il soit.
Si c'est oui, c'est formidable. Et ce sera terrible.
Si c'est non, ce sera terrible. Et ce sera formidable.

Pour ma part, je sais déjà que j'aurai des raisons de me lamenter,
dans un cas, comme dans l'autre.
Je sais dans les deux cas que j'aurai des raisons d'être heureux.

J'ai raccroché coupé en deux.
A la fois mort d'inquiétude et fou de joie.
Mais le duel entre l'angoisse et l'impatience se joue dans un corps paisible.
Qui prépare ses affaires posément, méthodiquement, prépare sa valise.
Ton choix est à la fois le plus risqué et le plus excitant.
Ton choix est celui de la complication.
Que j'espérais aussi fort que je le redoutais.
Je te fais confiance. Et je te l'ai dit. Ton choix sera le bon.
Je ne réfléchis plus. Je fais les choses.
Sans penser aux effets. Je ne pense qu'à la cause.
J'enfourne du linge dans la machine. La lessive. L'assouplissant.
Je prépare la parade, les arguments, répète mon texte, surveille l'heure.
Chéquier. Carte de crédit. Carte vitale. Carte d'identité. Passeport. Les clés.
Le chargeur du téléphone portable. La trousse de toilette.

Un sourire immense s'empare de mes fibres. Une démangeaison. Agréable.
Qui crépite toujours dans ma peau au début d'une aventure.
J'aime ça. Je t'aime. Pour aimer ça aussi.
Je te fais confiance.

Je crains de ne pas pouvoir dormir.
Mais les scrupules se sont perdus en route.
Je m'étonne d'être serein.
La poutre au-dessus du cratère est solide.
Et les deux oiseaux qui marchent dessus pour se rejoindre, au milieu,
sont des virtuoses d'équilibrisme, dont les pas sont aussi risqués que prudents.
Je ferme les volets. Je donne deux tours de clé à la porte. Bagage en main.
Je sais ce que je fais. En pilote automatique. Il y a un temps pour tout.
Il y a eu celui de la réflexion. Il y a celui de l'action. Tout a été pesé.
Je me suis déchargé de toute culpabilité. De ce qui aurait pu provoquer une chute.

Clémenceau. Catalogne. Je marche sur l'avenue de la gare d'un pas décidé.
Il ne peut rien nous arriver.
Aux trapèzes volants tout tient à la confiance. En soi et en son partenaire.
Je suis sécurisé. Et je sais que tu sais que tu l'es.
C'est cette dernière idée qui me donne de la force. Du courage.
Si tu sautes, je saute avec toi. Au milieu du cratère. Main dans la main.
Une chaleur solaire dans la poitrine. Sur mon visage.
Chimiste. Equilibriste. Contorsionniste.
Entre égoïsme et abnégation.
Tu tends la main. Je la saisis.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Proxima salida

Publié le

Passé à la mitraillette de Yalda Younes. J'ai été fusillé.
On ne m'a pas bandé les yeux. Crucifié. J'ai regardé la mort en face.
Planta tacon. Planta tacon. Planta tacon.
C'est une horde de chevaux sauvages qui m'est passée sur le corps.
Roulé comme une serpillière dans la poussière. Piétiné.
Incapable de protéger mes organes vitaux des sabots aveugles et furieux.
Le troupeau au galop. Je suis criblé de balles.
Siete. Ocho. Nueve. Diez.
Drapé dans une muleta sanguine, j'évite le taureau.
Il y a l'ivresse. Il y a les cornes. Ole.

On m'a enlevé le bandeau sur mes yeux. Crucifié au burladero.
J'ai regardé l'amour en face.
Qui de nous deux a donné l'estocade ?
Planta tacon. Planta tacon. Planta tacon.
Fusillé. La tête haute.
Quand il vaut mieux mourir d'aimer
que crever de ne pas te connaître.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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Chiche

Publié le

Tu me proposes de sauter dans le vide ?
Les yeux fermés.
Je prends ta main.
Et je saute.

 

Philippe LATGER
Mars 2012 à Perpignan

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