Amis, amours, ces âmes
Ce qu'il faut de froid pour aimer boire chaud.
Ce qu'il faut de chaleur pour aimer boire frais.
Ce qu'il faut de fatigue pour aimer son sommeil.
Ce qu'il faut de douleurs pour aimer être bien.
Ce qu'il faut de doutes pour aimer faire confiance.
Quand dans la même journée, enfer et paradis peuvent se succéder.
La mienne avait mal commencé.
Si j'étais fille, punk emo, ou travesti, mon rimmel aurait coulé.
Jusqu'à ce qu'une première voix au téléphone, incarne une âme sœur.
Jusqu'à ce qu'une seconde voix au téléphone, incarne une âme frère.
Dans le même segment. Deux anges dans le creux d'une même oreille.
Pour me rappeler ce que je fais sur cette terre.
Ecrire pour eux.
Une sœur, d'abord, non pas de sang, mais ma sœur d'encre.
Un frère ensuite, non pas de lait, mais frère jumeau.
Mes camarades assidus. Pour qui je tiens mon lit-bureau.
A qui je livre, dans le désordre, mon exigence d'exister.
D'aimer le monde tel qu'il est. D'aimer rêver de le parfaire.
D'aimer les hommes tels qu'ils sont. S'aimer soi-même.
Aller chercher la lune quand il n'est nul besoin de la décrocher
pour la contempler et remercier la magie de l'espace aux mystérieux domaines.
Moi qui ne veux pas mourir, je me tiens dans un cimetière, je soutiens une tante,
et les mots restent dans ma bouche quand ils sont plus simples à écrire.
Il faut faire confiance. Confiance en la vie si Dieu est trop osé.
Que peut-il arriver de pire que de n'avoir pas connu ce monde ? L'avoir connu ?...
Aux pires catastrophes, je renvois l'eau que l'on boit, l'eau qui pleut, l'eau qui neige.
L'eau qui coule. Qui gèle. Qui bout. Qui s'évapore. Fait des nuages. Toujours H2O.
Qui fait les ruisseaux, les rivières, les mers, les océans. Qui fait des vagues au vent.
Qui remplit son bain. Sa carafe et son verre. Ne disparaît jamais.
Si je ne marche plus. Je peux toujours voler.
Si je ne chante plus. Je peux toujours danser.
Si je ne me bats plus. Je peux toujours écrire.
Des deux hémisphères, du bien et du mal,
il y a toujours ce qui est plein à ce qui reste vide.
Unis pour faire un monde. Où je n'existerais pas sans vous pour vous aimer.
Il n'y a pas de bonheur sans genoux écorchés, sans blessures de guerre.
Quand il faut bien descendre pour se savoir monter. Aimer les montagnes russes.
Plutôt que la ligne droite à l'électrocardiogramme plat.
Je me fous de ce qu'on peut penser de moi. J'aime.
Je me fous d'être différent, d'être mieux ou moins bien. J'aime.
Je me fous de vieillir, d'avoir manqué des choses. J'aime.
Avec la rage au ventre et de fortes colères,
avec toute ma substance, mes dernières cartouches,
avec mon appétit pour la chair, le feu et la matière, et tout ce qui m'échappe,
et tout ce qui me touche, je ne désarme pas. J'aime.
L'enfer. Le paradis. Se trouvent au même endroit.
Quand on n'est jamais seul au pire des solitudes pour être avec soi-même.
Que les deux sont en nous. Le diable et l'ange. La joie et la souffrance.
L'enfer. Le paradis. Sont sous le même toit. Sont dans la même pièce.
Quand tu as mon amour toutes celles du puzzle.
Quant tu as mon amie toutes celles du théâtre qu'il te reste à décrire.
Qu'il est violent d'aimer. Qu'il est violent de vivre.
Quand les deux font autant de mal que de bien. Parfois en même temps.
Si je ne séduis plus. Je peux toujours convaincre.
Si je n'enfante plus. Je peux toujours transmettre.
Si je ne baise plus. Je peux toujours aimer.
Ils n'ont pas dit leur dernier mot. Mes petits d'hommes cabossés. Ils ont la croûte épaisse.
On leur a marché sur la gueule. On les a humiliés, abusés, trompés, trahis, salis, mutilés.
Ils se relèvent encore. Ne renoncent à rien. Jusqu'à leur dernier souffle.
Ils se battent comme des diables, quand tout semble futile et parfaitement absurde.
Quand ils donnent du sens à ce qui n'en a pas.
Ils massent des paraplégiques, instruisent des autistes, éduquent des trisomiques.
Ils s'occupent de la dame qui perd la tête, victime d'Alzheimer.
Ils donnent leur sang ou leurs organes. Leur argent ou leur temps.
N'abandonnent pas leur femme parce qu'elle a un cancer.
Parlent à leur époux pourtant dans le coma.
Voilà qui n'est pas si mal, pour un animal prétendu lâche ou égoïste.
Lorsqu'il est entendu que s'occuper de soi est encore s'occuper de quelqu'un.
Je n'ai pas dit mon dernier mot pour vous rendre hommage.
Vous êtes ma fierté d'être de votre espèce.
Les modèles qui m'obligent à devenir meilleur.
Mes âmes. Mes anges. Mes frères.
Si je n'aime plus rien. Je peux vous aimer vous.
Philippe LATGER
Février 2012 à Perpignan
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