Albeniz
Isaac Albeniz dans les oreilles. Quand le gris charge le ciel devenu orageux.
Je trouve admirable que tu puisses te passer de moi.
Que ta vie soit si pleine et intense que tu n'aies pas besoin de me voir plus souvent.
De mon côté, je me suis fait une raison, quand je sais bien où sont les priorités.
Et l'amour en tendresse peut toujours se travestir, avant de se prendre à son jeu.
La passion amoureuse n'est rien sans combustible. Elle s'épuise peu à peu.
Quand le temps redoutable nourrit ses habitudes et le train ennuyeux où l'on peut s'endormir.
Le feu ne s'éteint jamais seul. Il n'y a pas de coupables, sinon la négligence.
Je n'accuse personne. Il n'y a pas de forfait. Il n'y a pas eu de fautes.
Ce pourquoi je ne suis pas en colère. Je ne suis pas furieux.
Ni triste, ni aigri. Je n'ai pas de révolte.
Je me laisse glisser sur la pente nouvelle.
Avec un fatalisme qui me repose un peu.
Il fait trop chaud peut-être. Bien trop chaud pour se battre.
Je ne me battrai pas pour me mobiliser.
Quand j'ai besoin de forces pour me positionner.
Elles étaient concentrées sur l'histoire d'amour.
Le Commandant en Chef va les redéployer.
S'il n'y a pas l'énergie, l'élan, le mouvement,
l'édifice s'écroule quand il doit avancer.
Il n'y a rien de changé, les données sont les mêmes.
C'est juste que je n'ai plus les ressources pour y croire.
Que rien ne me permet d'envisager l'après, le plus tard, la moindre perspective,
sinon en reprenant, baluchon sur l'épaule, ma route de gringo vers de nouveaux sommets.
Il faudrait en parler, connaître ton avis, lorsque je suis contraint d'attendre le moment,
d'une semaine à l'autre, d'une quinzaine à l'autre, et que les jours s'allongent
dans mon lit déserté.
Ecrire fut le moyen. Ici. Sur d'autres pages. De tenir les distances.
Rendre possible la romance incroyable qui n'avait aucune chance.
Ivre de la rencontre et d'une renaissance, de ton charme absolu et de notre confiance,
j'avais pu, sans souffrir, attendre sans attendre, patienter au parvis, ce sans m'impatienter.
Je composais mes vers dans ma lumière orange, pouvais filer des jours de plus en plus heureux
d'être inspiré par toi, d'aimer autant écrire, d'aimer être amoureux puisque c'était permis.
Je n'ai pas ressenti le poids de solitudes. Quand je n'étais pas seul. Que j'étais habité.
Quand nous étions ensemble même en ne l'étant pas. Et c'était voluptueux.
Et c'était magnifique. Quand j'étais bouleversé de pouvoir être deux.
Je pouvais foutre en l'air tous les raisonnements, rationnels, pragmatiques,
envoyer promener les principes emmerdants, ceux de réalité.
Ta vie est faite. Et je t'aime pour ça. La mienne ne l'est pas. Ne le sera jamais.
C'est cette différence, je le sais, qui nous a attirés l'un vers l'autre.
Fascinés par nos façons opposées de prendre nos libertés.
A jouer contre la montre, le temps m'a rattrapé.
Ce n'est pas Mister Hyde qui me prend par le col.
C'est la tour de l'Horloge et deux grandes aiguilles.
Les fourmis dans les jambes. Mon baluchon est prêt.
Quand j'ai des arguments faciles pour servir mon départ.
Celui de débarrasser le plancher, de te rendre à ta vie et tes obligations,
te soulager d'une entrave ou de risques au bonheur que tu tiens.
Quand j'ai vu, de mes yeux, combien ta vie est pleine.
C'était un privilège de trouver une place dans cette architecture.
Qui ne fut jamais un rouage essentiel ni crucial de ta noble entreprise.
Si j'ai participé d'où je suis à trouver l'équilibre, à donner de la force,
et du plaisir peut-être, je suis périphérique et ne menace aucun des organes vitaux.
Ni en restant. Ni en partant. Puisque je suis à côté et ne dérange rien.
D'autant que l'amour qu'il me reste, celui que j'ai pour toi,
ne s'éteindra jamais.
Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan
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