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Des adverbes

Publié le

Une heure avant le jour. Tu dors dans mes jambes.
Il y a la rue qui flambe de sa lumière orange.
Un oiseau asperseur qui répète sa phrase.
Ma bague qui s'embrase, roule entre deux phalanges.
Les yeux fermés. Je ne dors pas. Je t'imagine.
Rassemble chaque pièce. Le son. La voix. Le rire.
Quand je m'étire. De ce lieu où je suis à celui où tu es.
Le sommeil dans mes cils de cinq tonnes. Je ne sais plus vraiment.
Vraiment songe. A qui j'écris. A qui je rêve. Ce que je vois par la fenêtre.
Comme une éponge. Je suis gorgé. De sève et de méandres absurdes.
L'oreiller. Je le serre. A l'étouffer. De mon visage. Il a le tien. Et je l'absorbe.
Je le rassemble. Pièce par pièce. Je le ranime. Mon nez le fouille gentiment.
Gentiment songe. Je ne dors pas. Une heure avant le jour. Qui tombe...
Pour mieux se relever.

J'aime de toutes mes forces. Comme je n'ai jamais aimé.
Le talent. La beauté. De l'être que tu es. La confiance que tu me fais.
Celle que je t'ai donnée. Avec deux ans de ma vie. Deux secondes.
Voudrais que ça ne s'arrête. Pas. Jamais.
Quand je m'étire. Ici. Tout seul. Mais d'une ville à l'autre.
J'ai flingué l'oiseau sur sa branche pour le faire taire.
Je veux le silence. Absolu. Pour m'entendre rêver. La voix. Le rire.
Au creux du téléphone. Une heure avant l'aurore. L'eau lente. L'eau trouble.
Le regard qui s'embrase. S'enroule dans mes jambes. Souris. Tendrement.
Songe. D'une nuit. Où la lumière orange. Vient me déshabiller.
Entre deux phalanges. L'anneau d'acier. Que je n'ôterai jamais.
Que l'on trouvera peut-être dans le bois pourri et l'humus de ma tombe.
J'expire une fumée. Qui s'étire avec moi. Vers ce que je désire. Furieusement.
Qui me ronge. Les ongles. Et me fait délirer.
J'embrasse l'oreiller. Lui roule des patins. Lui murmure un prénom.
Je ne te quitterai jamais. Une heure avant le jour. Qui tombe. Amoureux.
Lentement. Violemment. Irrémédiablement.
Et je plonge. Mon nez dans ton visage que je connais par cœur.
Obsession. Tu m'obsèdes. Religieusement. Charnellement.
Obscurité. Obscène. Obséquieuse. Pour sauver le silence.

Où est-ce que je suis ? Dans de beaux draps sans doute.
Un peignoir nid d'abeille. Au petit-déjeuner. Le lait chocolaté.
Les cheveux en pétard. La marque de l'oreiller.
J'ai ta bague à mon doigt. Et tes mots de la veille.
Qui dorment dans mes jambes. Douloureusement. Merveilleusement.
Perpignan ou Paris. Où m'étais-je endormi ? Où me suis-je réveillé ?
Je marche sur des œufs. Des biscottes et du thé. Je bois ton jus d'orange.
Sur la corde tendue. Où mon corps se balance. Et mon cœur avec lui.
Voluptueusement. Délicieusement. Dangereusement.
Et je m'allonge. A tes côtés. Pour t'imaginer respirer.
Rêver la suite. Rêver l'hôtel. Le room service.
Tu seras libre. Do not disturb. Trop occupés à nous aimer.
Eternellement.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Coup de barre

Publié le

Je n'écris plus aux morts. Sans doute parce que je suis heureux.
Et que le bonheur ne s'écrit pas aux morts. Il se partage avec eux.
Ce que nous sommes beaux, ensemble comme séparément, mon amour.
Je l'écrivais encore à une amie tout à l'heure.
Ce n'est pas le bonheur qui rend beau.
C'est le parcours pour y parvenir.
Cela se construit en effet. Sur la distance. Patiemment.
Malgré mes coups de barre intempestifs. Mes coups de sang.
A droite. A gauche. Comment disait-il ?... Obsessionnel et inconstant.
Eh bien l'obsessionnel ne lâche pas l'affaire. Il poursuit son but.
Apprendre à vieillir en confiance. Apprendre à mourir en confiance.
Et je le fais avec toi. Quand j'ai confiance en toi. Je n'écris plus aux morts.


Je ne sais pas ce que ma mère penserait de tout ça.
Mais... avec le respect que je lui dois, et l'amour que je lui porte toujours, intact,
je crois que je m'en moque. Que cela n'a aucune importance. Quand elle n'en pense rien.
Ou bien en pense-t-elle ce que j'en écris, ce que ça m'inspire, ce que j'en pense, moi.
Que c'est la plus belle histoire d'amour que deux êtres n'aient jamais composée.
Nos quatre mains. Et nos accords. Qui s'accompagnent.
Oh oui, j'en ai bavé pour arriver jusqu'à toi.
Oh oui, j'ai vomi mes tripes quand je ne me les arrachais pas.
Et ce sont ces douleurs, ces épouvantes, ces angoisses, cette solitude,
qui font que le bonheur me va si bien aujourd'hui.
Que je le goûte. Goutte à goutte. Comme à pleine bouche.
Ce que j'ai dû me perdre pour pouvoir te trouver.
Deux ans bientôt que je brûle dans tes yeux aimantés.
Qui ne lâchent pas les miens. Dans nos regards électriques qui se roulent des pelles.
Qui se pénètrent plus sûrement qu'à coups de bite. Et visitent les parcours chaotiques.
Remontent les chemins sinueux que nous avons empruntés.
Comme ceux qui s'ouvrent à nous. Je n'écris plus aux morts.

Je suis capable de tout détruire. En un claquement de doigts.
Comme on éteint la lumière avant de sortir de la chambre.
Mais au lit où je mange tes épaules ou tes cuisses je pourrais m'endormir.
Ne pas quitter la chambre. Quand le sommeil est bon. Que la nuit est complice.
Que je peux me donner aux ténèbres sans craindre d'y rester.
J'ai confiance. Y'a-t-il quelque chose de plus cher que cela ?
Quand la confiance à mes yeux vaut bien plus que l'amour lui-même ?
Et que le bonheur pourrait prendre des leçons de cet état de grâce ?
Ce n'est pas un sentiment qui exige la réciproque. C'est une décision intime.
Personnelle. Le pari que je fais. La confiance. En toi qui la mérites. Qui l'as gagnée.
Toi qui me rends plus beau que le bonheur n'a jamais su le faire.
Toi qui me rends plus fort que le succès ne saurait y parvenir jamais.
Toi qui me rends plus vivant que la vie elle-même ne me le permettrait.
Je me consume d'un feu éternel. Je n'écris plus aux morts.
Je suis l'un d'eux. Et rien ne peut plus m'arriver.

Tu avais baissé tes dernières défenses.
Et cette nuit encore, tu m'as regardé longtemps te regarder.
Avant de formuler cette phrase courte que je ne te demandais pas.
Elle est sortie sans déranger la magie du silence. Elle se taisait presque.
Peut-être d'ailleurs ne l'as-tu pas prononcée.
Je t'ai répondu " moi aussi " sans que ça ne sorte de ma bouche.
Dans un sourire un peu flou. La pression de ma main à ton poignet. Ton avant-bras.
L'aile du nez contre celle du tien. A mêler nos respirations. Et nos lèvres un peu sèches.
Egoïstement, oui. Moi aussi. Quand je ne devrais sans doute pas le faire.
Mais qu'y puis-je vraiment ? Puis-je faire autrement ?
Ma mère devra bien se faire une raison. Quand elle t'aime avec moi.
Puisque je suis elle. Et tous les morts auxquels je n'écris plus.
Ils me constituent tous et font partie de cet homme qui t'écrit et t'enveloppe.
Quand désormais, le bonheur illusoire, accessoire, me libère de tout,
du passé qui s'éloigne dans mon regard de myope, des regrets, des scrupules,
et de tous les cimetières. Quand j'ai changé mon ordi d'épaule, mais chargé comme avant :
je n'écris plus aux morts pour écrire aux vivants.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Une fête après l'autre

Publié le

Des lampions jaunes dans le feuillage vert. Et voilà le vin rouge qui coule à flots.
Incapable de m'enivrer. Ou seulement de me broyer le crâne en une atroce migraine.
Le noisetier comme tonnelle. Fait une vague. Au-dessus de la grande tablée.
Le jardin est splendide. Les enfants sont ravis. Et je suis à mes doutes.
Sur l'image du bonheur. Des grands rassemblements. Des familles réunies.
De hauts palmiers plantés au coin de la piscine. Le mas est superbe.
La mousse du champagne déborde des coupes.
J'ai un frère en bout de table. Qui me convoque à ses côtés.
Il fête cinquante ans. Et je l'aime. Comme un frère qu'il est.
Au milieu de son clan. Celui qui l'a adopté.
Au milieu des enfants. Bouleversé de vieillir.
Moi, j'ai mal au crâne. Quand j'aurais préféré l'ivresse.


Je la prends, cette maison. Et je la redessine.
J'en fais des coloriages impossibles dignes des pochettes de disque des Années 70.
Des fresques à la Lola. Qui nous croque si bien. Dans son tableau de gosse.
Le noisetier s'anime. Les lampions jaunes dansent. Les palmiers se déhanchent.
Envoyez les Mariachis. Les fanfares. Les processions funèbres.
Il y a des orphelins qui connaissent leur mère.
Il y a des orphelins qui ne la fêtent plus.
Le ciel devient grisaille à la moiteur de juin.
Je maudis ce dieu qu'est le vin. Qui si longtemps fut le mien.
Que je bois sans pouvoir le vomir. Sans qu'il puisse m'assommer.
Et j'en perds quelques gouttes en mauvais sommelier comme gouttes de sang.
Sur la nappe de papier. Où je fais des dessins de mers et de sommets.
Sous l'herbe dorment des ombres qu'on trouve comme sourciers.
Qui giclent en geysers à tous les pieds de chaise comme aux talons aiguilles.
On trouve le pétrole de tout ce qui nous manque. De ce qui nous manquait.
La soirée fut cruelle. Le sourire effacé. A me tordre de douleur. La migraine fut terrible.
Avant de basculer sur ce dimanche étrange de la fête des mères.

 

Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan

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Québec libre

Publié le

Je suis heureux.
Mes amours de Québécois ne se laissent pas faire. Se manifestent. Résistent.
L'une de mes trois Geneviève me donne des nouvelles du front régulièrement.
Via Facebook qui, décidément, me permet les plus belles relations de la terre.
Les plus belles rencontres. Les plus belles amitiés. Les plus belles amours.
Comme des opportunités professionnelles.
On joue de la casserole, la nuit, dans les rues de Montréal.
On y demande plus de justice. Plus de démocratie.
Et le La Fayette en moi fulmine de ne pouvoir rejoindre mes amours de Québécois.
Cette jeunesse éclairée. Qui demande séparation des pouvoirs et libertés.
" Ramène tes fesses ! " m'implore-t-on. Quand je n'ai pas un sou pour le faire.
L'excuse toute trouvée de ma lâcheté. Qu'il me reste à écrire.
La marque, ici, que je ne suis pas indifférent au mouvement.
Qu'il m'enchante, au contraire. Soulève mon enthousiasme.


L'occupation de Wall Street m'avait déjà impressionné.
La révolte de Montréal me bouleverse. Ces amours de Québécois ? Des moutons ?
Avais-je entendu cela longtemps ? Le pragmatisme. Le civisme. La discipline...
Certes. Ce sont leurs qualités. Mais qui n'empêchent pas l'esprit critique.
Ni la conscience politique. Ni le refus de tout subir et accepter.
Eh bien voilà. Montréal donne l'exemple à cette France qui cause beaucoup.
L'esprit des Lumières ? Où est-il ? De quel côté de l'Atlantique ?
Qui viendra soutenir cette colère légitime que l'on cherche à étouffer ?
Quelle démocratie peut cautionner des lois interdisant de manifester ? La France ?
Va-t-elle regarder cela les bras croisés ? Sans dire un seul mot ?
Elle qui a décerné la Légion d'honneur à Jean Charest ?
Allons-nous laisser tomber le Québec une seconde fois ?
Je le sais, ce n'est pas l'affaire des Etats. Mais celle des citoyens.
J'en suis un. Et si je ne vais pas sur place. Mes amours...
Je vous soutiens. Vous applaudis. Et vous embrasse.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Ecarlate

Publié le

La fenêtre était peut-être mal fermée. Elle s'est ouverte. Franchement.
Laissant entrer un air chaud comme peut entrer un vent glacial. Avec la nuit.
Venu m'enduire de sa texture érotique, me couvrir de son haleine et de sa peau.
Volutes. Méduses. Et du sperme dans l'eau. Substrats. Substances. Chimiques.
Le sucre dans le café. La cendre dans le cendrier. La cocaïne. En poudre. Lassée.
Lascive. Partie en fumée. Quand le vent est tombé. L'éponge.
C'est le sel qui me ronge. Dérangé. Perturbé. Masturbé.
La nuit m'arrache. Me déracine. Me décompose.
Le cœur explose. C'est délicieux. Fantastique.
A ce silence. Qui dure. Qui plombe.
Qui plaque tout. Au sol. Aux murs.
Où j'oublie qui je suis.

Ma vieille syphilis. Et ses accès de fièvre.
Qui ne mènent nulle part. Qui me perdent au feuillage d'un arbre pétrifié.
Je crève l'oreiller. Je déchire les draps. Laboure le matelas. Et je prends du plaisir.
A l'air chaud qui m'abîme. Et je m'écorche vif quand ma peau est de trop.
Quand je m'en déshabille. Que je la jette à l'eau.
Je suis fou d'être en vie.
Et l'amour que je mords jusqu'au sang est le frein au suicide.
Auquel je me cramponne. Les ongles enfoncés.
Quand le bonheur violent devient insupportable.
Et qu'à le vivre seul, il est une torture.
Trop grand. Trop beau. Trop chaud. Trop doux. Trop fort.
Je ne peux contenir ses assauts quand il vient m'écraser.
Je ne pourrai seul lui survivre pour mieux m'en délecter.
La nuit est un miracle. J'en suis le seul témoin.
Et je mourrai d'en vivre aux lueurs du matin.

La fenêtre s'est ouverte. Mais dormez braves gens.
Je suis gardien de phare. Et je veille sur vous.
Et loup parmi les chats j'aurai la lune à l'œil.
Au café qui me brûle. Comme l'air chaud sur moi.
Je la croise au feuillage, au plafond d'une rue ou au-dessus des toits.
Elle fait monter les eaux où le sperme s'étire. Et me brise les os par excès d'attraction.
La lumière est entrée. Et l'ombre pour escorte. Avec toutes les odeurs de la végétation.
Quand l'arbre n'est pas de pierre. Qu'il vivra plus longtemps que moi ou mes semblables.
Tous en apnée. Ou perdus dans vos rêves. Je tiens en garde l'arnaque du temps réel.
Qui égoutte ses secondes au marbre immémorial de ce qui a été, et de ce qui sera.
Respirez mes amours. Je rôde avec le diable. Pour tenir à distance l'absurde et la folie.
Qui s'enroulent à mes bras. Qui s'enroulent à mes jambes.
Me prennent pour un pantin et m'ont cloué au lit.
Me lèchent en entier. De salive d'essence. Et craquent l'allumette.
N'auront plus à vous prendre en faisant feu de moi.

Je brûle de désir sur un bûcher d'images.
De fantasmes baroques et de rêves gothiques.
Et loup parmi les chiens, garde un œil sur la lune.
Qui fait monter les eaux où le derme s'étire. Et me brise les os par excès d'abstractions.
Des voix comme chimères voudraient me détourner. M'attirer dans le piège de récifs et rochers.
Faire couler mon phare et des bittes arrachées aux quais des amarrages.
La fenêtre s'est ouverte et le diable est entré.
Je suis froid. Et en nage. Il va falloir lutter.
Pour remettre de l'ordre dans les nuits dérangées.
J'ai ôté le tee-shirt. Et je sors de la douche.
Le diable, je le prends, et je lui fais sa fête.
Je le lèche en entier. De salive d'essence. Et craque l'allumette.
La chaleur de l'été s'évapore, éthérée. Pour sortir de nos têtes.
Et l'amour qui me mord vient fermer la fenêtre. Il relève le drap.
Pour une extrême onction, la dernière, aux lueurs du matin.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Fin du monde

Publié le

Il a fallu marcher au soleil et longer cette pinède.
Son tapis d'aiguilles et son ombre de résine odorante.
Castelldefels était sous mes yeux, au-delà des boulevards,
l'enfance chevillée au corps pour avancer dans ma ville éternelle.
L'été sera sublime pour être le dernier.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Canet plage

Publié le

Mes platanes. Mon soleil. Et ma ville. Et ma sœur. Qui m'appelle.
" On va à Canet ? "... Mais bien sûr ! Tout le monde à la plage !
The place to be. La plage. La place de la Méditerranée. Les terrasses de café.
Du monde partout. Mon soleil. Et ma sœur. Et ma mer. Qui m'appelle.
Le bonheur à mes pieds. La chaleur. Une cobla installée qui nous joue des sardanes.
Le pays catalan. Encore lui. Qui joue avec mes nerfs et mon cœur impatient.
Qu'il est bon d'être bien. Qu'il est bon d'être aimé. Qu'il est bon d'être heureux.
Et je bouffe le ciel. Mon soleil. Et la mer en entier.
En attendant de te voir et de te dévorer.
 

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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4 heures de sommeil

Publié le

Sur l'autoroute. Je ne pense pas à Olivier Steiner. Je roule.
Sans penser à cet oiseau qui est mort et que je regarde à peine.
Emporté dans le liège et les reliefs paisibles où la route bascule.
Je ne pense pas à Lana del Rey dont je n'entends que la voix sans l'écouter vraiment.
La nuit encore fut courte. Et mes yeux sont griffés par le sable. Enflés. Pesants.
Lourds et effervescents. Je dois faire des efforts pour les garder ouverts.
Le ciel est incertain. Ou bien c'est mon regard. Sorti de son orbite.
Pour se perdre après Mars que je contemplais la nuit au salon marocain.
C'était la nuit dernière. A son croissant de lune. A sa plâtrée d'étoiles.
Et l'été silencieux m'apportait les échos de fêtes environnantes.
La promesse d'y être invité, qui n'a pas besoin d'être tenue pour me combler de joie.
Le seul fait qu'elle existe pouvait me caresser et me voir ronronner au tapis de coussins.
Où je pouvais sourire. Soupirer. Et fumer.
Je ne pense pas au prochain échangeur. Aux bars de la Jonquère.
A l'Espagne où le ruban d'asphalte pouvait se dérouler
.
Ni à Philippe Uminski. Ni à la piscine qui m'attend dans un jardin de Rosas.
Lorsqu'on m'a perdu dans les constellations de cette nuit. Dans la cour aux bambous.
Je n'ai aucun regard pour les clochers de Figueres ni pour le château de Perelada.
Je regarde à l'intérieur de moi ce qui ne se voit pas derrière le pare-brise.


Quatre heures de sommeil. Pour si peu, autant ne pas dormir du tout.
Je reconnais le sourire de mon père. Je vois qu'il va bien. Et cela me rassure.
J'arrive à articuler des mots. A répondre aux questions. A me mouvoir dans l'espace.
Le soleil vient cuire mes épaules. Je peux enlever mes vêtements. Me mettre à l'aise.
Plonger dans la piscine. Dessiner une trajectoire semée de petites bulles. Une écume sous-marine.
Je suis une torpille. Et je ne pense à rien. Je traverse le bassin. Sous l'eau. Et je reviens.
Dans cette masse liquide transparente. Teintée du bleu du carrelage. Je ne pense pas. Donc, je suis.
Je m'effondre pour m'abandonner au soleil, allongé sur la margelle. Je regarde le ciel.
Ce n'est pas la voûte du planétarium de la nuit dernière, mais l'azur de midi, insoutenable.
Je ne suis pas capable d'échafauder des plans. De penser à la suite. A bout de souffle.
Je ne me rappelle pas avoir franchi le col du Perthus. Avoir pris l'autoroute.
Je reconnais la voix de ma sœur. Celle de Corinne. Le rire de papa.
Nous allons déjeuner sans doute. Je ne pense pas, donc, je suis.
Capable de respirer. Perlé de toute l'eau restée sur moi.

Je prends le soleil. Et le temps de le prendre.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Le Tage

Publié le

Une suite à Biarritz. A Lisbonne ou ailleurs. Evidemment.
Toutes les options sont possibles. Rien ne saurait empêcher un élan.
Quand les lieux ne sont pas des endroits mais l'envers d'un instant.
C'est le temps qui nous situe. Quand l'espace ne dit rien.
Que celui où je suis est un tournant sensible. La croisée des chemins.
Et que le courage, s'il m'en reste, sera encore de choisir.
Etre heureux n'est sans doute pas un but. Ce ne peut être qu'un effet.
Je sais qu'on peut l'être au choix de la torpeur, du chaos ou de la destruction.
Au plaisir de la fuite. A celui de l'oubli. De la mutilation.
Préférer au tatouage la scarification.
Les vies que l'on peut vivre s'imaginent sans cesse, peuvent être rêvées.
Participent à celle que l'on construit sans penser à construire.
Que l'on vit malgré nous, aux faits comme au réel, au temps qui nous échappe.
Les choix qui se succèdent, ceux que l'on ne fait pas, font partie du voyage.
Tout ce que l'on a fait, que l'on aurait pu faire. Nous sommes faits de tout.
De nos actes d'abord. De ceux qu'on a manqués. De ce que l'on espère.
Les désirs souterrains, brûlants, inassouvis, nous constituent autant que ceux que l'on étanche.
Quand ce sont les premiers qui nous tiennent, en haleine et debout, et nous font avancer.
A Lisbonne j'ai vu des brumes de faïence. De fados déchirants. De fritures amères.
Où je sentais rôder, la mort, la défaillance. Où je risquais ma peau pour la tendre aux chimères.
L'océan en brouillards jusqu'à la côte basque. Qui n'est pas mon côté mais la fin de mon monde.
Je pourrais revenir au bord du continent. A cet instant étrange où la terre devient plate.
Quand je suis déjà au sommet de falaises, contemplant des abîmes qui pourraient m'attirer.
Vous invitent à plonger. A sauter. A sombrer. De leurs beautés ingrates.
De promesses incertaines et d'illusions perfides qui me font délirer.
Le courage n'est jamais que le fait de trancher.

Le soleil sur la place me remet à la mienne. Il me visse à celle du présent.
Me cloue à la seconde où je m'en aperçois. Descendre dans l'arène de ma ville amorale.
Où je peux me frotter aux moindres abstractions et à l'indifférence.
Aux désirs trop pressants, je peux me masturber. Et passer mon chemin devant la cathédrale.
Libéré de démons qui n'ont d'autres fonctions que venir nous tenter. Je les salue bien bas.
Je leur dis à bientôt. Peut-être à tout à l'heure. Et souris à l'idée que je ne les déteste pas.
Lisbonne est dans mes rues si j'ai envie de Tage. Je sais que de fantasmes, je ne suis pas l'otage.
Quand c'est moi qui les tiens, captifs, à ma merci, en fais ce que je veux en bon maître d'ouvrage.
Je peux les invoquer pour me téléporter. Et les faire disparaître quand l'instant me suffit.
Celui qui se révèle à la chaleur du jour, au ciel bleu désarmant, qui m'écrasent ensemble
à la place où je suis, ravissant et ravi, quand j'aime autant séduire que ne pas décevoir.
Voilà bien deux forces contraires auxquelles on se déchire.
J'avance sur le fil, mes rêves en balanciers, du chemin que je trace.
Je vis ce que je peux. J'inventerai le reste. Ecrirai les douleurs
de mes choix courageux.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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Créature

Publié le

Ton regard redessine tout ce qui a été gommé.
Mes yeux, mon nez, ma bouche. Mes mains qui s'ouvrent à ton cou.
Le sourire que tu m'inspires. Qui peut s'illuminer au tien.
Ce sont tes yeux qui me font réapparaître, qui me recomposent. Qui me reconstruisent.
Tu donnes chair au fantôme. Tu m'habilles de muscles et de peau et de poils.
Me rends mon sexe et mon cerveau. Et fais battre cette pompe qui ne servait à rien.
Le sang se précipite dans toutes les canalisations. Déferle dans tout l'organisme.
Pour réanimer la machine laissée à l'abandon.
Ton regard dépoussière tout ce qui a été recouvert.
Il a soufflé sur tout ce qui m'avait enseveli. Il a suffi d'une seconde.
L'électricité a parcouru tous les circuits. Et je peux me mouvoir jusqu'à toi.
T'embrasser comme premier être humain que j'aie vu depuis mille ans.
Pour ne plus te quitter. Te serrer contre moi. Avec la vie et le monde avec toi.
Qui n'existaient pas ou si peu. Que tu as dessinés tels que je voulais les voir.
Ton regard réveille et sublime tout ce sur quoi il aime se poser.
Et le monde avec moi est très reconnaissant.
Je m'y plonge. Je m'y étire. Je m'y plais.
Je pourrais y mourir sans l'ombre d'un regret.
 

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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