Des adverbes
Une heure avant le jour. Tu dors dans mes jambes.
Il y a la rue qui flambe de sa lumière orange.
Un oiseau asperseur qui répète sa phrase.
Ma bague qui s'embrase, roule entre deux phalanges.
Les yeux fermés. Je ne dors pas. Je t'imagine.
Rassemble chaque pièce. Le son. La voix. Le rire.
Quand je m'étire. De ce lieu où je suis à celui où tu es.
Le sommeil dans mes cils de cinq tonnes. Je ne sais plus vraiment.
Vraiment songe. A qui j'écris. A qui je rêve. Ce que je vois par la fenêtre.
Comme une éponge. Je suis gorgé. De sève et de méandres absurdes.
L'oreiller. Je le serre. A l'étouffer. De mon visage. Il a le tien. Et je l'absorbe.
Je le rassemble. Pièce par pièce. Je le ranime. Mon nez le fouille gentiment.
Gentiment songe. Je ne dors pas. Une heure avant le jour. Qui tombe...
Pour mieux se relever.
J'aime de toutes mes forces. Comme je n'ai jamais aimé.
Le talent. La beauté. De l'être que tu es. La confiance que tu me fais.
Celle que je t'ai donnée. Avec deux ans de ma vie. Deux secondes.
Voudrais que ça ne s'arrête. Pas. Jamais.
Quand je m'étire. Ici. Tout seul. Mais d'une ville à l'autre.
J'ai flingué l'oiseau sur sa branche pour le faire taire.
Je veux le silence. Absolu. Pour m'entendre rêver. La voix. Le rire.
Au creux du téléphone. Une heure avant l'aurore. L'eau lente. L'eau trouble.
Le regard qui s'embrase. S'enroule dans mes jambes. Souris. Tendrement.
Songe. D'une nuit. Où la lumière orange. Vient me déshabiller.
Entre deux phalanges. L'anneau d'acier. Que je n'ôterai jamais.
Que l'on trouvera peut-être dans le bois pourri et l'humus de ma tombe.
J'expire une fumée. Qui s'étire avec moi. Vers ce que je désire. Furieusement.
Qui me ronge. Les ongles. Et me fait délirer.
J'embrasse l'oreiller. Lui roule des patins. Lui murmure un prénom.
Je ne te quitterai jamais. Une heure avant le jour. Qui tombe. Amoureux.
Lentement. Violemment. Irrémédiablement.
Et je plonge. Mon nez dans ton visage que je connais par cœur.
Obsession. Tu m'obsèdes. Religieusement. Charnellement.
Obscurité. Obscène. Obséquieuse. Pour sauver le silence.
Où est-ce que je suis ? Dans de beaux draps sans doute.
Un peignoir nid d'abeille. Au petit-déjeuner. Le lait chocolaté.
Les cheveux en pétard. La marque de l'oreiller.
J'ai ta bague à mon doigt. Et tes mots de la veille.
Qui dorment dans mes jambes. Douloureusement. Merveilleusement.
Perpignan ou Paris. Où m'étais-je endormi ? Où me suis-je réveillé ?
Je marche sur des œufs. Des biscottes et du thé. Je bois ton jus d'orange.
Sur la corde tendue. Où mon corps se balance. Et mon cœur avec lui.
Voluptueusement. Délicieusement. Dangereusement.
Et je m'allonge. A tes côtés. Pour t'imaginer respirer.
Rêver la suite. Rêver l'hôtel. Le room service.
Tu seras libre. Do not disturb. Trop occupés à nous aimer.
Eternellement.
Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan
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