La ruine
Les flèches décochées des cyprès s'alignent sur la crête. La haie contre le vent.
Pour protéger ce coude de rivière dont nous charriions les galets. Pour construire un barrage.
Les cyprès de moi. Mes arbres préférés. Pour abriter ton refuge. Des regards indiscrets.
Est-ce le bruit de l'eau ? Celui du vent ? Serait-ce la lumière ? Ou l'énergie des pierres ?
Qui t'attirent en ce lieu où tu te sens si bien ?... Moi, je sais pourquoi je l'aime.
Et ce n'est pas où mais avec qui. Que les cyprès prennent de l'envergure.
Que la rivière devient touchante. Que la ruine s'impose comme un projet.
Dans les décombres, je me tiens debout. A tes côtés. Pour inspecter l'étendue des dégâts.
Un pilier énorme semble avoir éventré la maison. Il ne reste que lui. S'il ne reste que moi.
Debout où tu voudras. En toute circonstance. Dans le parfum des conifères aussi fiers. Aussi droits.
Tout est à reconstruire. Et rien ne nous fait peur. Quand il s'agit d'aimer, de rire et de rêver.
La rivière coule et chouine. Aux hivers désolés. Mais nous sommes l'été. Ensemble ou séparés.
Où chaque ruine a son pilier, indestructible, inébranlable, pour t'inspirer et te porter.
Philippe LATGER / Décembre 2021
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