Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

2021

La ruine

Publié le

Les flèches décochées des cyprès s'alignent sur la crête. La haie contre le vent.
Pour protéger ce coude de rivière dont nous charriions les galets. Pour construire un barrage.
Les cyprès de moi. Mes arbres préférés. Pour abriter ton refuge. Des regards indiscrets.
Est-ce le bruit de l'eau ? Celui du vent ? Serait-ce la lumière ? Ou l'énergie des pierres ?
Qui t'attirent en ce lieu où tu te sens si bien ?... Moi, je sais pourquoi je l'aime.
Et ce n'est pas où mais avec qui. Que les cyprès prennent de l'envergure.
Que la rivière devient touchante. Que la ruine s'impose comme un projet.

Dans les décombres, je me tiens debout. A tes côtés. Pour inspecter l'étendue des dégâts.
Un pilier énorme semble avoir éventré la maison. Il ne reste que lui. S'il ne reste que moi.
Debout où tu voudras. En toute circonstance. Dans le parfum des conifères aussi fiers. Aussi droits.
Tout est à reconstruire. Et rien ne nous fait peur. Quand il s'agit d'aimer, de rire et de rêver.
La rivière coule et chouine. Aux hivers désolés. Mais nous sommes l'été. Ensemble ou séparés.
Où chaque ruine a son pilier, indestructible, inébranlable, pour t'inspirer et te porter.

 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Farouche

Publié le

Fièvre. Pieuvre.
Lièvre. Mi-oeuvre. 
Mièvre. Couleuvre. De
rivière.
Galets. Galons.
Galères. Salaire. Vagal.
Falaise. Prothèse. Et des braises.

Pour t'en faire une coiffe. Ou te coiffer de feu.
Farouche.
 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Je fume au Duc

Publié le

Je prends une pincée de tabac. Je la dépose dans la feuille ouverte devant moi.
Je prends un bout de carton que je roule entre mon pouce et l'index pour en faire un filtre.
Je dispose ce dernier en bout de feuille et m'en sers de gabarit pour rouler ma cigarette.
Je sors ma langue pour lécher la bande adhésive. Et voilà la chose plantée au coin de ma bouche.
Reste à trouver un briquet. Puisque tu me les as tous volés. Puis perdus quelque part dans la maison.
Entre deux coussins. Sous un meuble. Dans tes poches de pantalon ou de veste. J'ai trouvé.
J'inhale ma première taffe avec bonheur. J'adore que tu me voles mes briquets. Continue.

C'est bon pour ma santé. Cela participe à la diminution notable de ma consommation de tabac.
Merci à toi, donc. Qui m'as converti au tabac à rouler à cette époque bénie du confinement.
Le premier. Dans ce nid d'aigle majestueux loin des couvre-feux, des privations et des attestations.
Je fume au Duc. Puisque chaque pièce a son nom. Et je considère ma chance d'être où je suis.
Au tintement de casserole, triste ou comique, de la cloche de l'église de Saint-Paul de Fenouillet.
Noël approche. Cela m'indiffère. Je suis heureux.

 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Et les huiles essentielles

Publié le

La montagne c'est toi. Les falaises. Les sommets. Ses poussées vertigineuses.
La rivière c'est toi. Dans son lit. Ses méandres. Son débit tempétueux.
La forêt c'est toi. La vigne c'est toi. Les haies de cyprès. Les rangées d'oliviers.
Le vent c'est toi. Le soleil c'est toi. Ce pays. Cet hiver. Le volant dans mes mains.
C'est toi. Où que je me tourne. Où que je regarde. C'est toi. C'est toi. Toujours toi.
Les pneus souffrent dans un chemin de terre. A la recherche d'une ruine.
Le chemin est étroit. Ou à flanc de ravin... Qu'est-ce que tu me fais faire ?
Le village au loin nous semble minuscule. Sous une canine brandie ou un château cathare.
La musique c'est toi. La poésie c'est toi. Ma jeunesse éternelle. Et ma curiosité.
Tu me malmènes autant que je m'amuse. C'est épuisant sans doute. Plutôt divertissant.
Ravissant même. Absolument ravissant. Comme la voûte d'arbres qui s'ouvre à son ruisseau.
Les phares dans la tronche, le retour est pénible. Le retour est heureux. Ce que j'aime cette route.
A l'aller comme au retour. Les phares mal réglés m'éblouissent moins que toi.
J'ai encore des forces. Ne t'imagine pas que tu auras ma peau. Il en faudra plus pour me tuer.
Je peux rentrer de nuit. Enchaîner au boulot. Poncer des murs et des plafonds. Je suis infatigable.
J'ai briqué des centaines de briques. Des bouteilles en verre. Des chaises en plastique.

Porté des tonnes de tuiles. Des tonnes de gravats. Marché des kilomètres. 
Crois-tu vraiment que tu auras raison de moi ? Les phares dans la gueule, j'avance quand même.
Je suis increvable. Et plus jeune que toi. Grâce à toi. C'est par ta faute. La force que tu me donnes.

L'énergie c'est toi. L'aurore c'est toi. Le carburant c'est toi. La lumière c'est toi.
Et je m'en amuse. Ta candeur. Ta cruauté. Tout m'enthousiasme. Me nourrit. M'améliore.
Mes muscles sont bandés. Une santé de fer. Et un moral d'acier. Tu n'y arriveras pas.
Tu n'arriveras pas à me dégoûter de toi. Tu n'arriveras pas à me détourner de mon bonheur.
Le chemin c'est toi. La route c'est toi. Et ces putains de phares mal réglés.
Je me lève demain. Pas de problèmes. Même épuisé j'avance. Et je tiens ma parole.
Je suis vivant. Parce que je suis amoureux, je suis vivant. Puisses-tu connaître ce prodige.
Le sel c'est toi. Le gingembre c'est toi. Le citron sur la viande. Et les huiles essentielles.
Le ciment prompt c'est toi. Le marbre et le calcaire. Et le château cathare.
Tu peux jouer les chieuses. Ce n'est pas aux vieux singes, tu sais... Je sais ce que tu fais. 
Et toi, tu sais ce que je fais ?...

Je t'aime.

 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Mon système

Publié le

Endommager tous les fichiers.
La mémoire saturée.
Tu me mets en danger.
J'énumère les raisons de t'aimer. 

Réalité augmentée.
Virus détecté.
Tu me tapes sur le clavier.
Et le système.
Comme un fou.
L'équation parfaite. L'équilibre. Géométrique.
A l'obsolescence du hasard.
Le danger programmé. 
La foudre à répétition. Mon code source.
Je suis fait pour toi. Et tu me modélises.
Pour tout optimiser.
 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Long / Court

Publié le

Dessus / Dessous.
Devant / Derrière.
Dedans / Dehors.
Avant / Après. Chaud / Froid. Jour / Nuit.
Noir / Blanc. Homme / Femme. Jeune / Vieux.
Nord / Sud. Riche / Pauvre. Gauche / Droite. Bâbord / Tribord.
Jamais / Toujours. Beaucoup / Peu. Vie / Mort. Début / Fin.
Eté / Hiver. Haut / Bas. Dur / Mou. Long / Court. Lune / Soleil. Allumé / Eteint.
Eau / Feu. Les pompiers... la maison qui brûle.

Zéro et l'infini.
 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Demi-molle

Publié le

Dans ton slip pèse ta virilité. Au repos mais triomphante.
Tes couilles pleines soutenues près du ventre entre tes cuisses poilues.
Et la forme de ton pénis souple et épais qui s'enroule dessus.
Tout est dissimulé sous le tissu. Mais je reconnais chaque élément de ton sexe.
Les volumes proéminents trahissent la position exacte de ta verge. Demi-molle.
Tu vas en chaussettes et en slip dans la pièce en minaudant. Je sais ce que tu cherches à faire.
Ton petit cul moulé dans ce slip usé qui bâille par endroits. Ta tenue libidineuse et indécente.
Tu sens le sexe. Tu sens le sperme. Tu sens la testostérone. Tu as envie de moi.
Tu m'exhibes tes cuisses musclées. Ton dos. Le départ de la nuque. Ton slip plein à craquer.

Tu bandes.

 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Je regarde la route

Publié le

Sur la route. Il est au volant. Lunettes de soleil. Cigarette dans une main.
Le téléphone dans l'autre. Avignon au bout de la route. Son compagnon au bout du fil.
Il est très sûr de lui. Sûr de ce qu'il fait. De ce qu'il dit.
" Oui, oui, je suis tout seul ... "
Je me tourne vers lui, interloqué. Le souffle coupé. Le dévisage un instant.
Avant de replanter mon regard au milieu du parebrise. Devant moi.
Silencieux. Je n'existe pas. C'est ce qui est dit à son compagnon.
Je serre les mâchoires en silence. Et me dis ... " un jour, c'est toi qui seras au bout du fil ...
et il te dira : oui oui, je suis tout seul " ...

Flagrant délit de mensonge. Je hais la tromperie.

L'été a viré d'un coup. Le soleil est devenu tranchant. La lumière amère.
Ce n'est pas moi que l'on trompe et pourtant j'ai le coeur brisé. J'ai la nausée.
Il raccroche et balance son téléphone. Satisfait. Comme s'il avait réglé un problème.
Ne semble pas réaliser que j'ai assisté à la scène. Que j'ai tout entendu.
Il me regarde et m'adresse un sourire carnassier. Il a envie de moi. Envie de me dévorer.
J'évite son regard. Je regarde la route. Je ne cherche même pas un sujet de conversation.
Je sens qu'il a envie que l'on fasse l'amour. Je mettrais ma main à couper qu'il bande.
J'encaisse le coup. Je digère. Et ne dirai pas un mot de ce qu'il vient de se passer.


 

Philippe LATGER / Décembre 2021

Voir les commentaires

Extra-Nature

Publié le

L'environnement, c'est " autour ".
Est-ce que la Nature est autour de nous ? Seulement autour de nous ?
Alors que sommes-nous ?... Des extra-Nature ?
Erreur de jugement. Erreur sémantique. Fausse route. Et sophisme assuré.
L'humain n'est pas hors Nature. L'humain n'est pas à côté de la Nature.
Et cette dernière n'est pas son " environnement ", mais son " milieu " ou son " élément ".
Vous pensez que je joue sur les mots ? Que je pinaille ?... Non non. C'est très sérieux.
En fait, plus que ça, c'est très grave.
L'Humain est régi par les mêmes lois que les autres espèces animales.
Consciemment ou inconsciemment. Nous sommes des animaux. Et du vivant.
Soumis aux mêmes lois physiques que les autres. Aux mêmes lois physiques et biologiques.
Nous sommes une part de Mère Nature. Alors si vous l'aimez, vous aimez l'Humanité.
C'est là. Là, que nous touchons aux limites de l'écologie contemporaine.
L'écologie contemporaine est misanthrope.

 

Philippe LATGER / Novembre 2021

Voir les commentaires

Le courrier immobile

Publié le

Dans l'oreille le papier. Que l'on froisse. Déchiré. Une tranche de bois en cocotte et pliée.
La corbeille. Le panier. La boule de brouillon que l'on jette agacé. Aux tranchants qui cisaillent.
Aux côtés. Raturés. Lacéré de symboles à la bille, à la plume, au graphite gommé.
Le vertige du vide au blanc immaculé. Dans le cadre réduit où tout est délivré.

Le claquement de la page. Aux spirales du cahier. Quadrillé pour les notes.
Ton sourire crayonné. Le sourcil griffonné. Quelques mots le disputent aux croquis.
Des plans sur la comète. Au carbone écrasé de sa queue qui s'allonge. Pour tracer sa courbure.
D'hésitantes salissures. De pleins et déliés. Qui s'adressent au silence, ou sans savoir à qui.
Le courrier immobile. Sous le trait du stylo qui peut rouler sa bosse sans savoir où il va.
Volontaire. A la mine. Dans le cadre réduit où rien n'est enfermé.
La main joue du poignet pour obtenir des choses. A la feuille arrachée. Aux lignes encodées.
Caractères trempés pour formuler au mieux ce que l'on pense vivre. Voir. Comprendre. Imaginer.

Tu confonds tout. Mais faut-il te le dire ? Qu'avons-nous à nous dire ? Quand tout doit être écrit.
Dans l'écrin de l'écran. Le cadre d'un A4. Les portées se dessinent. Elles se croyaient dansées.
De l'épaule à l'index. En mode automatique. Quand la langue est un lien. L'écriture une liane.
Pour s'enrouler au temps et lui couper le souffle. La cartouche. Le bourrage. Tout à recommencer.
 

Philippe LATGER / Novembre 2021

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>