Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

2021

Dans leur botte de foin

Publié le

Rien ne me fera vieillir.
Rien ne me fera sombrer.
La déflagration du son. La musique. Au petit matin. L'épuisement.
Les sensations fortes. Tant d'efforts pour se sentir en vie.
Les revendications faciles. Pour marquer sa différence. Et son appartenance.
Je suis des vôtres. Nous sommes un clan et une famille.
J'ai trouvé mon clan et ma famille. Ma tribu.
Vu de chez moi. Certes. C'est touchant.

La rotation des hélicoptères. A remplacé les éoliennes.
La vallée occupée. Et l'on joue au maquis ou à la résistance.
Je pense comme vous. Mais ma pensée n'est pas un accessoire de mode.
Mon opinion n'est pas une posture ni un cri de ralliement.
Je ne suis pas un artiste engagé. Et je ne cherche pas désespérément une famille.
J'en ai déjà une. J'en ai déjà plusieurs. C'est le privilège de l'âge. J'imagine.

Le mal que l'on se donne pour être, pour être quelqu'un et exister.
Pour séduire. Se faire remarquer. A longueur de likes, de stories et de scrollings.
J'ai de l'empathie pour mes petites aiguilles dans leur botte de foin.

Le matin se lève sur les zombies de la fête. Une nuit de gagnée à s'être défoncé.
Une nuit de perdue à ne pas l'avoir vue. Ou à l'avoir noyée. Dans l'ivresse.
On ne vous en voudra pas si vous n'êtes personne.

Au concours des selfies, ceux qui ne placent aucun produits, s'abîment.
Dans le verre d'eau du smartphone, nouveau bûcher des vanités, aux petits pieds,
les pouces moulinent pour remonter le fil d'actualité, en quête de sens et d'un destin.
Vais-je être repéré par l'homme de ma vie ? Ma muse ? Mon producteur ?
Je cherche une issue sur la dalle tactile. L'espérance d'une rencontre. De la rencontre.
Et du succès sans doute. Sur quelques pouces de large et de longueur.

La vie, à côté, les regarde, un peu amusée. Un peu inquiète. Et je suis assis à côté d'elle.
Je regarde cette agitation. Cette fièvre. Cette addiction. La gestion des posts Instagram.
" Dès qu'il t'arrive quelque chose d'un peu extraordinaire, il faut le faire savoir ... "
A mon ironie, la vie lève les yeux au ciel. Mais je dois préciser.
" Extraordinaire, c'est relatif. Cela peut être un plat au restaurant ou une nouvelle coupe. "
La vie, elle pouvait nous foutre un coucher de soleil néronien dans la gueule,
avec un brasier infernal de nuages sur le Canigou hallucinant, j'observais en conduisant,
sur la route, que mon voisin avait le nez planté dans ses mains jointes, dos voûté,
sur les réseaux sociaux, à guetter ce qui pourrait peut-être faire basculer son existence.
J'hésite un moment à lui faire la réflexion. " Tu peux lever la tête quelques secondes ? "
Ma tristesse à jouir tout seul du spectacle a d'abord été une souffrance.
Considérant que mon voisin était assez grand et que je n'avais pas à lui faire la leçon,
je l'ai laissé à ses stories, et ai trouvé une forme de bonheur dans le courage de la solitude.

Des images. Une avalanche d'images. Et des millions de disparus. Ensevelis.
Balayés avec leurs portraits, leurs photos, leurs clips et leurs vacances à Ibiza.
Parmi des millions de portraits, de photos, de clips et de vacances à Ibiza.

La vie me demande. " Donc, si je comprends bien, c'est l'ordinaire qui est extraordinaire ? "
Bingo ! C'est cela. Et c'est bien ce que je pense sans avoir eu à attendre l'arrivée d'Instagram.
Dans la vie, mon amie, l'extraordinaire est partout, dans l'ordinaire aussi.

Des peintres et des acteurs. Des danseurs. Des poètes. Et des influenceurs.
Mes pouces chassent des visages et quelques performances en luttant contre l'ennui.
C'est plutôt déprimant, mais je suis quelques mômes. Certains ont du talent.
Et j'ai de l'affection. J'ai de la compassion. Pour mes petites aiguilles dans leur botte de foin.
Rien ne me fera sombrer.
Rien ne me fera vieillir.

 

Philippe LATGER / Août 2021

Voir les commentaires

Tu confonds.

Publié le

Je ne suis pas jaloux. Je suis orgueilleux.

C'est pire.
 

Philippe LATGER / Août 2021

Voir les commentaires

C-rêve

Publié le

Monstre racaille. Sui.
Ci.
Daire.
Crève.
Jette-toi dans le parebrise de ton verre.
La vitesse.
L'ivresse.
Chemsex.

C-rêve.
Contre le mur.
L'image. Fond. Brûle sur la lampe.
GHB.
Perdu. Trouvé.
Liquide.

Monstre. Déraille.
Dérouille.
Tu as la trouille.

N'as pas de couilles.
Métamphétamine.
Petite merde.
Dans la descente.
Suici.
Daire.

Sortie de corps.
Sortie de route.
Incapable de voir.
Incapable de sentir.
Sensorialité augmentée.
Artisanale.
Artificielle.


Petit con.
Le monde n'est pas assez beau pour toi ?
Le monde est trop fort pour toi ?
Tu as la trouille.
Pas d'estomac.
Crève.
Le parebrise.
Fuis la réalité.
Si tu n'as pas les épaules.
Si elle est trop réelle pour toi.


Crâne.
Pulvérisé.
Cauchemar. Augmenté.
Ton âme. Diminuée.
Petite.
Trop petite.
Pour l'univers entier.

 

Philippe LATGER / Août 2021

Voir les commentaires

Au cèdre couleur de cendres

Publié le

Les thuyas ragaillardis. Les squelettes verdoyants aux toiles translucides.
Les saules sourieurs font frémir mille rideaux de perles. Scintillent avec l'écume.

Eclaboussant ton front aux travaux de manoeuvre. Le barrage de cailloux.
La terre humide et le bois mort. La lumière criblée d'obstacles au creux de ton bosquet.
Au rebours rebondi au sommet de la cuisse. Le flottant sur la rive et la rivière épaisse.
Mollement alourdie au bas-ventre des faunes. Au cèdre couleur de cendres.
Aux mousses fluorescentes. Aux troncs qui s'inclinent pour chercher le baiser.

De narcisses lascifs qui croient s'être trouvés.
 

Philippe LATGER / Août 2021

Voir les commentaires

Vivant à peine

Publié le

Un vide derrière les yeux. La chaleur dans les reins.
Le manque de sommeil. Hypnotique.
Les muscles battus. Sans qu'il n'y ait de fièvre.
C'est un désert intérieur. Qui ne provoque nulle panique.
Le repos éveillé. Ou en veilleuse. Le silence des profondeurs.
Qui s'envole dans les hauteurs. Pour disparaître.

Vivant à peine.
Le café impuissant.

Le corps souffle et se détend.
Le vertige. Le néant.
Les gestes se synchronisent sans avoir à y penser.
Les mains font des choses toutes seules.
Elles roulent la cigarette. La portent à la bouche.
Et l'écrasent déjà sans avoir eu le temps de l'imaginer.
La brûlure au creux des reins. Une manifestation.
En pilote automatique. Le cerveau éteint.
Serein. Ne pense à rien.
Et c'est bon.

D'être juste.
En suspens.

Aux portes de la tempête.
 

Philippe LATGER / Août 2021

Voir les commentaires

Le fil et ses punaises

Publié le

Le fil et ses punaises sur la carte routière.
Mourir est toujours aller quelque part.
A la lumière des trombones, des pianos.
Xylophones et violons. Altos. L'orchestre peut jouer.
Il n'y a plus d'horizons pour qui va sans amour.
Mais lorsque ça nous prend. Lorsque ça nous tient.
Elle reprend ses droits, la nature amoureuse
et tout retrouve un sens.

La foudre était tombée deux ans plus tôt.
Le fil et ses punaises.
Le cheminement. Le sentier. Le long de ta rivière.

Tes mollets. Griffés par les orties. Les herbes hautes.
L'orchestre peut jouer. Tu composes l'envie.
Tu embrasses l'ennui. Sur ta carte routière.
Pour danser quelque chose aux carreaux de ciment.
Nous ne sommes pas ensemble. Ou seulement amants.

 

Philippe LATGER / Juillet 2021

Voir les commentaires

Lever de toi

Publié le

Le vol dans le couloir comme à la flottaison.
Les échangeurs bourgeonnent.
Le poison des cheveux en circonvolutions.

Tout s'étire à la brasse jusqu'au démembrement.
Au brasier de l'été où ton corps sort de l'eau.
L'aurore n'existait pas jusqu'au lever de toi.
Pour éblouir le monde et renverser la table.
Recommencer le jour et inventer la foudre.
Dans une trajectoire où l'encre est le levain.
Ou l'or de la promesse de désirs souterrains.

 

Philippe LATGER / Juillet 2021

Voir les commentaires

La poutre et le pilier

Publié le

Tu veux jouer ? C'est ça ? Jouer avec moi ? Te jouer de moi ? Qu'est-ce que tu veux ?
Ma petite pute. Mon grand amour. Mon bourreau. Ma victime. Mon début et ma fin.

Malaise sur la falaise. Le soleil m'a plaqué au sol. Pour me rouler des pelles.
Je me laisse faire. Il me prend. Me repousse. Et s'en va.
Qu'est-ce que tu veux ? Moi, ça m'amuse,
ça me fait rire, ça m'émerveille,
ça me réveille,
je suis vivant.


Vivant.

Je te suis dans les rues de Collioure. Je t'essuie la bouche.
Je vide mon whisky. Et te conduis où tu veux. Jusqu'au bout de ta vie.


Je t'y attendrai.
Je serai le dernier.
Je serai le pilier de ta ruine.

J'ai mauvais caractère mais les épaules larges.
Qu'est-ce que tu veux ? Je t'aime.

Je ne suis pas sûr d'avoir le choix.
Je ne suis pas sûr de pouvoir y faire quelque chose.
Tu es l'amour de ma vie et je suis ton mec.

Je serai la lumière dans la bruine.
La vitesse au volant pour rentrer dans la nuit.
Où flottent les châteaux que tu veux reconstruire.

Et que tu le veuilles ou non, je t'aiderai. 

Malaise sur les fadaises. Je veux ta bouche à mon panier.
Je suis la poutre et le pilier.
Je veux ton petit corps nerveux à la peau adéquate.
Au plaisir. Les pupilles se dilatent. Et tu jutes.
Dans cette nébuleuse où les voies sont lactées.
Que veux-tu que j'y fasse ? Je suis vivant.


Tu veux jouer ? C'est ça ? Qu'est-ce que tu veux ?
Me rendre jaloux ? Me rendre fou ? Me pousser à la faute ?
J'ai mauvais caractère mais le dos assez large.
Tu n'auras pas ma peau. Sinon pour la lécher.

La plaquer à la tienne.

Tout pourra s'effondrer, je resterai debout.
Je resterai couché.
La poutre et le pilier.
Le foutre et le bélier.
Jusqu'à ton dernier souffle.


 

Philippe LATGER / Juillet 2021

Voir les commentaires

Etre soi ou un autre

Publié le

Quelqu'un d'autre que moi s'est levé pour pisser.
Pour sortir ma bite et vider ma vessie.

Quelqu'un d'autre que moi s'est assis pour bouffer.
Pour t'aimer. Pour conduire.
Pour t'écrire.

Je ne sais plus si je suis vraiment moi.

Et ce que ça veut dire.
Etre soi... Quelle importance ?
Etre soi ou un autre... Quelle différence ?

Quelqu'un d'autre que moi s'est couché contre toi.
Pour sortir ma bite et me vider les couilles.

Quelqu'un d'autre que moi s'est levé pour fumer.
Pour rêver. Pour construire.
Et te faire exister.

 

Philippe LATGER / Juillet 2021

Voir les commentaires

Il sabote

Publié le

Il sabote. La pluie se tait.
A la monnaie du pape.
Comme aux boutons de nacre.
La pluie se tait.
Le chemin le suit.
Se perd avec lui.
Entre des arbres étranges.
Les pins et les buis.
Où il se reconstruit.

Comme aux berges du Gange.

Il sabote. Et rêve ses rives.
De plaire et briller.
Plus qu'il ne le fait.
Quand la pluie se tait.
La montagne s'ouvre.
Pour ouvrir le lit
à l'eau de l'Agly,
dont il fait son pagne.


Il sabote. Sous ses pieds.
Et les fleurs de cerisier.
L'amour envahissant
dont il se sent épris,
un peu reconnaissant,
mais surtout prisonnier.

Quand la nuit le couvre,
que la pluie se tait,
il rêve de dérives
et de l'opposé.
Se trouver lui-même.
Pour s'émerveiller.
Tout et son contraire.
Jusqu'à la nausée.

Il sabote. Sa beauté.
Et se cabre. Aux devoirs.
Mais quand la pluie se tait
et que je suis la pluie,
les nuages s'en vont,
pour ne plus faire d'ombre
et ne faire aucun bruit.

 

Philippe LATGER / Juillet 2021

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4