Aux peaux. L'étoile. La foi. Qui éructe. L'érection. L'énergie.
Dérisoire. La fin du monde. Je vomis d'être en vie. Et ça lave. Et dévale les chutes. Pour s'effondrer avec moi. Je m'endors. Ou est-ce que je me réveille ? Dans ce lieu vraiment vrai ni réel.
C'est à côté. Immobile peut-être. A côté de mon corps. Au-dessus ou plus loin. Une seconde existence. Qui se cherche. Qui te trouve. Plus exacte que jamais. Aux pierres. Je coule dans le fond. Et je fonds dans ton lit. Je m'enfonce à demi. Je perds pied. Je bascule. Avec le matelas. Au plus profond de moi. Et c'est un décollage. L'univers dans le crâne. Quand le corps est dissous. Quand la mort est dessous. Le soleil frelaté. Et le film qui dérange. Au sommeil enchaîné. Il y a des ombres épaisses. Des baleines de pieuvres et des soles pleureuses. Qui gouttent hors de l'eau leurs étranges lumières pour me tordre le cou. Où est la vérité ? De ce que nous vivons ? Ouverts ou bien fermés les yeux te le diront. Conscients de vivre encore où Morphée te conduit. Dans le four de mes nuits. Quand l'action se prolonge. A tous les parallèles qui tissent un chemin. Etonné de pouvoir, en s'oubliant soi-même.
L'été s'est fait attendre. Mon été en retard. Tout vient à point. A qui sait t'aimer. A qui sait bander les muscles.
Et retenir sa respiration. Tenir. La distance. Je n'en dirai pas plus : ça peut rester sans titre.
Du simple au double. Puisqu'elle se lève. Et se soulève jusqu'à ta croupe. La lune boit. La nuit s'accouple. Et tu m'allumes. Et je te fume. Et je t'écrase.
La tête ouverte contre mes couilles.
La bouche ouverte. La bouche pleine. Et je te rase. Et je te souille. La nuit s'allonge entre tes cuisses.
Je salive. A cet oeillet humidifié.
De la semence. Pour lubrifier. Avant d'entrer.
Le chambranle. De force. A tous tes abdos contractés.
La tête en arrière. A bâillonner.
Menton pointé. Pomme d'Adam. Gémissements. Aux hanches ai trouvé la butée. Et je bute. Et je bute. Et je bute.
A tes poignets ligotés. A tes aisselles des coups de langue et des baisers. Aux corps qui luttent. Où les apesanteurs s'attroupent. Et les vertiges constellés. La voie lactée. La nuit s'accouple.
Et ça jute. Et ça jute. Et ça jute. Supernova.
Elle me court après. J'avance. Je presse le pas. Je ne m'attarde pas. Elle me talonne. J'évite les gens, descends du trottoir au besoin, mais je file, j'avance, j'avance. Inutile de me retourner. De guetter des reflets dans les vitrines. Elle me court après. Je sens son souffle. J'entends sa respiration. La fréquence de sa foulée. Un couple qui traîne, un enfant qui piétine, une dame qui hésite, je slalome.
C'est une houle à surmonter. A grandes brasses. J'avance. Et je sens sa présence.
La rumeur de la ville étouffée dans ma tête. Où monte le seul son de la pulsation cardiaque. Celui-ci écrase tout. Le bruit de la circulation, des conversations, des autobus et des éclats de rire. J'avance et le tempo est donné. Par cette percussion qui vient de ma poitrine et résonne dans le crâne.
Je ne panique pas. J'avance. D'un bon pas. Je suis tenté de courir. Mais ne dois pas le faire.
Ne pas éveiller de soupçons. Rester discret. Noyé dans la foule. A surmonter. A grandes brasses.
Deux coups de poing. Le silence. Deux coups de poing. Le silence. J'avance. J'avance.
Mon coeur bat dans ma tête.
Je n'entends plus que ça. Je rentre du lycée. De l'université. Et je me sens traqué.
Je presse le pas. J'évite une poussette et cherche à traverser. Elle me suit. Me court après. Je change de trottoir. Je me mets en danger. Je rentre du boulot. Je rentre d'Amérique. Je veux rentrer chez moi. J'avance.
Je la devance. Je la défie. Et dans la course-poursuite, quelque chose a changé. Ce serait presque un jeu. Quelque chose accélère. La pulsation cardiaque. Et tous les mouvements. J'avance pour avancer. J'avance. Et voudrais la semer. Ou m'en débarrasser. Du mal à respirer. Ou du point de côté. Je slalome. J'essaie de la semer. Et de ne pas sombrer. Mais voilà. Elle me rattrape. Et tout tombe. Avec elle.
L'écorce filandreuse est le nuage. Qui emprisonne la lumière. Electrique. De la ville.
Une nappe dans la noirceur. Une chape d'où la pluie menace à tout instant. A l'horizon. Une brume orange situe la cité. Les étoiles sont clouées au sol. A leurs poteaux alignés. La nuit s'allume.
De plus en plus tôt. Aux échangeurs de l'autoroute. Aux parkings des supermarchés. Le long des boulevards. La nuit s'allume. De plus en plus tôt. Et je traîne ma caisse. Sur le bitume. Aux rampes de sécurité. Aux feux rouges enguirlandés. Je traîne ma carcasse jusqu'au nuage géostationnaire. De Perpignan.
Le sang pris dans mon ongle. Laissant pris dans ma gorge des mots qui ne sortiront pas. Autrement que par écrit. Que je lance, que je crie. Pour que tu les entendes.
Les jours passent à être utile, à travailler, à poser des jalons, à conduire des projets. Dans la sécheresse de la distance. Dans la froidure des intimités détruites. Je me dessèche sans soleil. Sans l'étreinte et le baiser. A lutter pour garder le cap et la détermination. Dans la glace et les ronces, je tiens ma place et ne renonce à rien. Quand je sais où est le moteur et qui est mon essence. La source de mes motivations. La nuit sera longue. Je tiens bon.
L'alcool ? 20 ans de ma vie. De fête. De nuit. De sexe. 20 ans de foire.
Quel bonheur. C'était délicieux. Fantastique. Paris. Los Angeles. Barcelone. Miami. Le Village de Montréal. Manhattan. Les clubs et les aéroports. Les taxis et les baisodromes. J'ai fait pire à son âge. Tu comprends ? Comment pourrais-je lui faire la morale ?
Si je devais comparer, je dirais qu'il est plutôt sage. Que sa vie n'est pas si licencieuse. J'avais l'avantage d'avoir de l'argent. Sans doute. Et les moyens de faire la fête. A son âge, j'avais même un statut dans le monde du spectacle parisien. Une situation. Et j'étais encore dans ce mélange explosif d'ambitions et d'illusions dont j'allais trouver les limites. Quelques années plus tard. Avec le grand coup de frein de mes 37 ans. Le retour à Perpignan. Mais là, tu comprends, début trentaine, je suis encore dans la nuit et toutes ses torpeurs. De drogues, de baise, d'alcool et d'inconséquences. La fuite en avant. Périlleuse. Parfois brillante. Souvent pathétique. Avec ses réveils terribles chez des inconnus. Ses black-out systématiques et ses lendemains sordides. Les soirées. Les partouzes. Les hôtels. Les fringues. Les limousines. Les après-spectacles. Et des nuées de bouches dénuées de prénoms. Des cortèges de queues devenues innombrables. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à l'écoeurement. Pas des hommes. Ni de leur corps. Mais de cette façon de les consommer. Sans âme et sans scrupules.
20 ans dans le whisky, à vivre comme une rockstar, quand je n'étais ni rock, ni star. 20 ans pour aller au bout. Pour faire le tour de la question. Et je l'ai fait. J'ai tout brûlé. Et je n'ai aucun regret.
Ou seulement celui d'avoir blessé et torturé mes parents. Désolé les gens qui m'aimaient. Oui. C'est là mon seul regret. Aucun en revanche pour le mal que je me suis fait à moi-même. C'était ma façon d'être en vie. De me sentir vivant. Tu voudrais que je lui fasse la leçon ? Pour la fête ? La drogue et l'alcool ? Et la fidélité aussi ? Mais enfin, ce serait ridicule. Je faisais pire que lui à son âge. Ce garçon est un enfant bien sage. Et pourquoi le priverais-je de se brûler les doigts ? De faire son chemin ? Son propre chemin ? Pourquoi le priverais-je des expériences et des rencontres qu'il doit faire pour se construire ? Pourquoi le priverais-je de vivre sa vie ? Alors oui. Il aime faire la fête. Oui. Il est infidèle. Et c'est heureux. Je serais navré de l'inverse. Je l'aime libre. Et même si je veille, même si je m'inquiète, je n'ai pas à le juger. Ni à en prendre ombrage. Sa jeunesse déjà s'évapore au soleil. Et il doit en boire chaque goutte. Je suis bien placé pour le savoir. Il y a plusieurs vies dans une vie. Il me les fallait toutes. Pour apprendre à aimer.
Je déchirerai ton monde des adultes. J'ai mes abdos bien rangés pour te défoncer ou te faire l'amour. J'ai ma révolte toujours à sang. De la fureur plein les dents. Et la fièvre de baiser. L'appétit de l'urgence dans le ventre.
La vitesse dans les poings. La force. La ferveur. Le goût de mettre tout entier dans ma bouche
le corps qui se contracte pour jouir comme un damné.
Je mange tout. Et j'aime ça.
L'index est resté dans la portière. De la voiture. Je n'ai pas crié. Pas même sursauté. J'ai pris sur moi. Et l'ongle noir que je promène témoigne du mal que je me fais. Le soir où tout a basculé. Une fois de plus. Pour marquer la fin d'un cycle. J'ai laissé un autre doigt sous une baignoire en fonte. Je cumule les stigmates.
Du mal que tu me fais.
Je ne le dissimule pas. L'ongle noir de ma main droite. Tu étais ivre et je t'ai donné le volant. Tu voulais voler. Alors vole. L'oisillon jeté par la fenêtre. Il est temps pour toi de quitter le nid. C'est entendu.
Bonne route. Bonne chance.
J'ai claqué la portière. Mon doigt à l'intérieur. Je n'ai pas réagi.
J'avais bien plus mal d'autre chose. La portière, je l'ai à peine sentie.
Tu étais ivre et tu voulais boire. Moi, j'avais mes engagements. Que j'ai tenus.
Tautavel. Le massacre. De tes frustrations. Comme je te plains. Comme je t'admire. Comment peux-tu trouver la paix ?
Tu veux des sensations fortes ? Ok. Prends le volant. Sans permis et bourré. Sur la route la nuit. Tu voulais rouler. Fonce. A côté, je m'interroge. Sans frayeur ni panique. Qu'est-ce que tu veux ?
Pour ma part, c'est ma chance, je sais exactement ce que je veux. Et je me donne les moyens. L'ongle noir. A la main. Il témoigne. De cette nuit où tout a basculé. La porte claquée. Ok. Moi, je n'ai rien senti.