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2024

Ces gens-là

Publié le

Quand certains me disent :
" je ne veux pas travailler avec ces gens-là ", 
ce que j'entends d'abord et implacablement, quels que soient " ces gens-là ",
reste : " je ne veux pas travailler " ...
N'est-ce pas la proposition principale ?




Philippe LATGER / Décembre 2024

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A l'aube permanente

Publié le

Une aube blanche sur ton visage,
au relief blême qui pèse dans les oreillers.
Tu refuses de te retrouver seul avec toi-même.
Et tu ne laisses pas la nuit s'installer.
Tes longs cils sur tes pommettes diaphanes
cachent ces yeux pleins de sable aux paupières lourdes.
La vulgarité du monde s'étale sur des kilomètres d'indigence,
qui se déploient comme une barrière à ta propre créativité,
et aux solutions que ton cerveau trouve dans le sommeil et les rêves.
Que tu empêches de t'aider.
Tu préfères le tapage au silence.
Comme si te retrouver seul face à toi-même pouvait t'épouvanter.
Tout ce fatras d'images et d'éructations s'étale sous ton pouce,
pour combler le vide, comme autant d'agressions extérieures,
que tu embrasses au lieu de te faire confiance,
de faire confiance en ton subconscient, en ton cerveau et en ton âme,
à qui tu ne laisses aucune place.
Syndrome de Stockholm.
Des influenceurs qui portent bien leur nom,
des coachs en développement personnel, des gourous,
t'interpellent et t'expliquent tous ce qu'il faut faire.
Au milieu d'humoristes, de danseurs et de chats amusants,
c'est une litanie d'irruptions et d'injonctions qui vient prendre le contrôle.
La tête enfoncée dans les oreillers, tu balaies cette diarrhée interminable
qui te maintient éveillé, à bout de forces, quand ton corps attend le repos.
Et ce sommeil réparateur, où ton organisme régénère, cicatrise, récupère,
où ton cerveau analyse, organise, reconfigure et règle des problèmes.
Je te vois envoyer au diable tous les rêves que tu devrais être en train de faire.
Et de vivre ! Les uns après les autres, au profit de marchands et d'imposteurs.

Je souffre avec ton corps et ton cerveau que tu contrains.
Repoussant ensemble la nuit, le silence, le sommeil et le repos.
La lumière bleue sur ton visage creusé comme celui d'un cadavre,
imprime son chaos sur tes pupilles saturées, et tu ne dors toujours pas,
à l'aube permanente, des nuits qui n'auront pas eu lieu.



Philippe LATGER / Décembre 2024

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Scroll

Publié le

Sous ton pouce,
la nuit n'en finit pas.
L'insomnie balayée sur un écran.
Et dans les ténèbres de la chambre,
défilent dans tes yeux des centaines de manifestations.
Des débuts de propos, de musiques, d'intentions, 
se poussent du coude pour exister quelques secondes.
Il n'y a plus la lumière de la ville dans les fenêtres.
Il n'y a plus la lumière de la lampe de chevet.
Il n'y a plus le silence.
Dans ton lit, sous ton pouce,
la nuit n'en finit pas.
A chaque coup de pouce,
c'est le sommeil que tu repousses.
Le refus de l'abandon à tes propres rêves.
Des fragments de discours, de fictions, de gags et de recettes,
des bribes de récits, d'astuces, de vies, de témoignages,
déroulés pour entraver le lâcher prise du repos.
Sous ton pouce,
tu repousses le sommeil.
Tu retardes les aventures intérieures de tes rêves
comme si tu les craignais.
Tu t'accroches au tohu-bohu du monde,
pour fuir cette solitude, pourtant réparatrice,
que tu envisages comme une confrontation.
Tu t'accroches au charivari du monde,
pour chasser le silence.
Pourquoi redouter la solitude ?
Pourquoi redouter le silence ?

Pourquoi redouter le sommeil ?
Et l'introspection ?
Et l'abandon ? 
Pourquoi lutter ?
Et contre quoi ?



Philippe LATGER / Décembre 2024

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Lancer du javelot

Publié le

Le sable est chaud à la plante. Comme le schiste brûlant.
Figuiers de barbarie. La pinède alarmante. Aux aiguilles séchées.
Il y a le poivre et la menthe. Les tomates giclées. Au soleil aveuglant.
Notre mer scintillante. Pour croiser les cils noirs de nos yeux tous plissés.
J'ai le chlore dans l'eau et le sel sur la peau. La piscine indolente. Aux désirs vaporeux.
Le soleil espagnol. La pinède odorante. Et mes jeux dangereux. Lancer du javelot.
Le plaisir qui écume sur le sable mouillé. Les courses effrénées et la marque du maillot.
La fougue de juillet. Duveteuse. Sensuelle. Qui vient éclore au matin avec l'oisiveté.
Contractures du corps. Et les rangées d'abdos. La jeunesse flamboie aux étés carnivores.
Où la chair se dévore. Où les sexes s'adorent. Pour incendier la nuit, la ville et son halo.
Puisque c'est Barcelone. Puisque c'est des ados. Qui enragent de vivre. Délivrent leur culot.
A ces membres qui dansent, agitent leurs kilos, les charmeurs de serpents ne sont pas des salauds. 
Puisqu'il y a des sourires. Un soupçon d'innocence. Et des baisers fiévreux pour partir au galop.
La langue qui découvre des reliefs inédits, et des saveurs étranges, aux siestes après midi.
Sous le ventilateur au plafond d'une chambre. La chaleur étouffante pour pouvoir respirer.
Le solaire et son ambre, la crème à étaler, à faire pénétrer, aux courbes indécentes des ombres expirées.
L'été façonne un corps. Le sculpte et le renforce. Fait pousser le hardcore, fait éclater l'écorce.
A ces jeux olympiques, où il fallait l'ascète, pour le lancer du disque, pour le jeter d'athlètes.
Le sable est chaud à la plante. Comme le schiste brûlant.
Je vous salue Marie. La pinède alarmante. Aux aiguilles plantées.
Le garçon a grandi. S'est trouvé tous les muscles. Les formes et contenus de tous les crépuscules.
Sans honte et sans scrupules. Le bonheur triomphant. Aux dents bien alignées. Aux regrets minuscules.
Il fallait s'élancer. Plonger dans la piscine. Déhancher son ardeur au dos des illusions. 
Au creux des précipices. Où s'allongent les soifs qui ne s'étanchent pas. Ne s'étanchent jamais.
Figuiers de barbarie. La fougue de juillet. La nuit de Barcelone. Que j'aime et que j'aimais.
Où vider la violence d'une joie d'être au monde. A qui prendre la bouche. A qui prendre le corps.
Au sel sur les épaules qui s'offraient au festin, du soleil dans la peau, du sommeil au matin.
Au poivre et à la menthe. A l'ivresse au galop. Et à l'eau de javel comme à nos javelots.


Philippe LATGER / Décembre 2024

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Tous les jours que Dieu fait

Publié le

Au froid qui saisit. A celui qui empêche de bouger sous la couette.
A celui qui nous masse dans la chaleur de notre propre respiration sous les draps.
Il y a la force des rituels.
S'emparer sans réfléchir d'une robe de chambre. Aller dans la cuisine.
Faire un premier café. Une première cigarette. Allumer la radio.
Dehors, il fait encore nuit. Et le froid ralentit tout.
Mais la force des rituels nous porte à la salle de bains.
La douche chaude. Le peignoir. La buée sur le miroir.
Rasage. Coiffage. After-shave ou parfum. Coton-tige. Brosse à dents.
La nuit s'évapore à peine. Lentement. Ralentie par le froid hivernal.
Mais il ne faut pas se laisser impressionner. Ni tenter par le lit encore chaud.
La force du rituel. Dans la chambre. Le dressing. Le caleçon. Les chaussettes.
Le pantalon. Les chaussures. La chemise. La ceinture. Le pull que l'on préfère.
La dernière lessive n'a pas encore eu le temps de sécher. Le miroir est toujours embué.
Et le jour parvient à peine à poindre. Doucement. Au-dessus des toits. Avec lenteur.
La force du rituel. Un œil sur l'heure. Un autre sur l'agenda avant de le ranger dans la sacoche.
Lever les stores. Energiquement. Retour dans la cuisine. Un deuxième café. Une deuxième cigarette.
Le papier roulé entre les doigts. La cuillère dans la tasse. Des gestes répétés. Auxquels on ne pense pas.
Comme le cordon nouée du peignoir. Le peignoir replacé sur son cintre. Et le gel douche à sa place.
Le dentifrice sur la brosse à dents. Le tour de main pour rincer le lavabo. La force du rituel.
L'aube est filandreuse dans les fenêtres. La lumière de l'éclairage public n'est pas encore éteinte.
Le coup sec qui finit de faire ses lacets. Le laborieux boutonnage de la chemise. Sans y penser.
Des gestes tous les jours répétés. Ceux que nous devons faire pour notre dignité. Quotidiennement.
Une furtive vérification de la coiffure. Un œil sur la montre. Les papiers. La carte bleue. Les clés.
La tasse dans l'évier. Autant d'actions, dans le même ordre, pour éviter de penser au lit encore chaud.
Où nous étions encore en train de dormir trois quarts d'heure plus tôt. La force du rituel.
La lumière grise envahit la pièce. Un signal annonce le départ. L'éclairage public s'est éteint.
C'est l'heure d'y aller. Le blouson. Ou le manteau. La sacoche. La porte à fermer à clé. Et l'escalier.
La force du rituel. Qui nous tire du lit, tous les jours que Dieu fait. Pour notre dignité.


Philippe LATGER / Décembre 2024

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Brigitte Macron

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Madame, vous avez raison,
les Français ne le méritent pas.
Ils méritent mieux.


Philippe LATGER / Décembre 2024

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New Age

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Et j'observe avec amusement
que ceux qui parlent tout le temps d'énergies
sont ceux qui en manquent ou en disposent le moins.


Philippe LATGER / Décembre 2024

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Grenaille de plomb

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Tu me cribles de balles. Mon corps en chiffon titube, le torse en torsade vrille à chaque impact.
C'est la plus voluptueuse des fusillades. Et j'avance, la poitrine offerte à la mitraille, ivre de foudre.
Au peloton d'exécution de tes yeux de charbon, il y a le cuivre et la poudre, la chair à canon,
qui résiste et s'accroche, qui progresse et t'approche, non pas pour en découdre, mais pour te désarmer.
Les culots de cartouches pleuvent sur le sol. Au moment où ma bouche s'ouvre sur ton col.
Je ne suis pas un vampire qui cherche à avoir un pouvoir, une empreinte, une emprise,
un reflet dans le miroir, ni le sang de ta jeunesse, mais l'être qui t'embrasse, furieusement,
pour te donner la rage de vivre et la joie de l'urgence.

 


Philippe LATGER / Décembre 2024

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Mobilier 30

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Les clous cuivrés alignés sur la moleskine lie de vin de deux bridges scintillent faiblement.
Des clous de tapissier à intervalles réguliers dessinent un rectangle en guise de dossier.
Du mobilier 30. Pour rappeler le bureau intimidant du grand-père que je n'ai pas connu.
Et dont je porte le prénom.


Philippe LATGER / Novembre 2024

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Et je m'inspire

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Et soudain je respire.
Sans y penser, je pense à ce que je fais.
Et respirer devient tout une affaire.
Et l'air, inspiré, prend corps dans ma poitrine.
Et je sens le parcours. Le chemin que cela se fraye en moi.
C'est un miracle. Je m'en rends compte soudain.
L'air existe. Ma bouche et mon nez existent. Mes bronches. Mes poumons.
L'air existe et il circule. Autour de moi. Sur moi. En moi. Il circule.
Et je sens mon ventre qui bouge. Je sens ma poitrine qui se gonfle. Qui se vide.
C'est tellement dingue, d'y penser, à chaque inspiration, à chaque expiration,
c'est tellement dingue que je pourrais paniquer. Soudain.
L'intérieur de moi m'apparaît. Et je ne sais plus si je suis moi où l'air qui me visite.
Une drôle de confusion. Lorsqu'il me semble que je m'inspire, que je m'expire.
Que je m'invite et que je me chasse. Que je m'accueille et que je m'expulse.
Je ne suis plus moi, mais l'air qui me traverse avant de me quitter.

 


Philippe LATGER / Novembre 2024

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