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2024

Toile de Jouy

Publié le

Après la double porte battante en bois et son heurtoir solide, s'ouvrait un large couloir
aux vieilles dalles de brique usées qui traversait la maison de part en part jusqu'au parc à l'arrière.
Sur la gauche, le petit salon avait son odeur de toile de Jouy poussiéreuse et de fleurs séchées,
avec son parquet clair, ses deux belles fenêtres dont on ouvrait toujours difficilement les volets,
entravés dans l'énorme glycine qui dévorait la façade, sa cheminée de marbre et ses bibelots,
dont cette boîte à musique, qui troublait ma joie d'une ombre timide qui me serrait le cœur,
qui entonnait " l'amour est enfant de Bohème " avec l'entrain d'une fausse gaité digne d'un bal de fantômes.
En face, de l'autre côté du couloir, s'ouvrait l'énorme cuisine qui était le lieu de vie des vivants.
L'immense cheminée dans laquelle on pouvait se tenir debout, la table interminable pour les soupers,
entourée d'une foule de chaises, où nous nous retrouvions tous dès le petit-déjeuner le matin.
Les chambres étaient toutes à l'étage. La mienne avait sa petite salle de bain attenante avec une douche.
Une belle pièce avec un alignement de trois fenêtres, face auxquelles deux petits lits empire, côte à côte,
étaient d'une hauteur amusante, dans lesquels il fallait presque se hisser, avec des matelas très épais,
avec entre eux une table de chevet où éteindre la lumière avant de rendre l'âme, de drôles d'interrupteurs,
une cheminée, avec sa pendule et ses deux chandeliers, surmontée d'un immense miroir à dorures,
et une porte qui communiquait avec la chambre voisine, qui était celle où dormait mes grands-parents.
Dans la leur, une image pieuse de Sainte Germaine de Pibrac, ouvrant son tablier empli de roses,
me mettait aussi mal à l'aise que l'air de Carmen de la boîte à musique.
Aux nuits fraîches du mois d'août, je dormais ici de mon meilleur sommeil.
Mieux que chez nous. Mieux même, je l'admets, que dans la chambre de Castelldefels à Barcelone.
Le concert des grillons et des grenouilles nous berçait sous un ciel étoilé comme nulle part ailleurs.
A l'horizon, une lueur orangée nous indiquait la position exacte de Toulouse. Mais à bonne distance.
La pollution lumineuse était loin, et nous pouvions surprendre les étoiles filantes sans aucune difficulté.
Enfant, je n'étais que joie de vivre, émerveillement et goût pour la fête, le spectacle, et les histoires.
Cette maison était mon château, mon terrain de jeu, inspirant, exaltant, un décor de théâtre et de cinéma.
Adolescent, une mélancolie s'est installée, et la lueur de Toulouse à l'horizon était devenu un phare.
L'appel des sirènes. Quand je n'avais plus envie de m'inventer des aventures mais de les vivre.
Mes jeux avaient changé de nature. Et j'ai découvert la volupté sombre des désirs confus et inassouvis.
La frustration de ne pas être là-bas, dans la ville, au loin, où tout aurait pu m'arriver et devrait arriver.

Tous ces plaisirs qui prenaient forme dans mon ventre et ma poitrine. J'avais une faim de loup.
Ils prenaient forme en moi aussi bien dans les pinèdes d'Espagne, tout près du monstre barcelonais.
Mais j'étais au plus près de la promesse. Quand les corps et la fête vibraient partout sous mes yeux.
A portée de main. Et m'arracher à Barcelone pour venir me planter au milieu des champs de tournesols
d'un Lauragais paisible, était une torture chinoise, à laquelle il me fallait trouver une sorte de douceur.

Mes victoires, mes victimes, ne perdaient rien pour attendre. J'aiguisais mes crocs dans ma tanière.
Les étoiles me consolaient. M'assuraient que c'était pour bientôt. Que tout serait enfin possible.
Les rencontres. Les fièvres et les extases. Les ébats, les idylles, les conquêtes et les déchirements.
Les jeux d'enfants avec le fils du fermier ne m'intéressaient plus. Quand d'autres s'étaient imposés.
Des choses délicieuses et perverses que j'aurais pu lui apprendre furtivement dans un coin de l'étable.
Même si le rapport de force dans le rapport de classe me répugnait. Trop cliché. Et nauséabond.
Je l'ai laissé à son innocence. Préférant rêver mes affaires avec mille êtres sans visages précis.
Qui s'amusaient à Toulouse, là-bas, dans ce brasier de lumières, sans savoir que j'existais.
L'expression prendre son mal en patience devenait une réalité dans mes muscles, dans ma chair.
La patience. Une vertu qui s'est sculptée à la puberté aussi sûrement que mes abdominaux.
Je l'ai embrassée tous les soirs avec mes oreillers en plumes d'oie. En la serrant contre moi.
J'en ai fait l'amie avec laquelle on couche de façon chaste et fraternelle. L'objet transitionnel.
Dont on s'empare fougueusement en attendant la suite. La patience serait cette compagne. Fidèle.
Complice. A qui je pouvais tout confier. Sur des désirs et des fantasmes que je ne pouvais pas écrire.
Un orage silencieux électrisait la nuit de son stroboscope céleste, au-delà du clocher solitaire de Caraman.
Sans interrompre le concert des grillons, indifférents à la tourmente, aux déchirures du ciel au mois d'août,
indifférents à l'écho que ces éclairs wagnériens pouvaient avoir en moi, continuant leur litanie placide.
Le tonnerre ne faisait aucun bruit lorsqu'il grondait en moi. C'est en moi que se déchaînaient les tempêtes.
Les orages de grêle et les saignées de foudre. La vaisselle, les bibelots, les miroirs, les images pieuses,
la boîte à musique et la toile de Jouy... tout trermble à mes transformations. Je suis un loup-garou.
La maison de campagne et son parc deviennent ma prison. Et l'amour de mes grands-parents avec eux.
Tout est trop beau, trop calme, trop doux, pour la bête qui s'agite et s'impatiente en moi. Patience.
La pendule fait mollement tourner des aiguilles dans le vide sans le nerf d'une trotteuse.
Et pour trouver le sommeil, s'il est convenu devant Dieu que je ne déniaiserai pas le fils du fermier,
je m'accorde le péché d'imaginer dans le détail comment cela se passerait s'il me le demandait.
Cela me divertit. D'une frustration plus féroce qui n'est pas de cette nature. Car le manque n'est pas là.
Ma soif est plus grande. Au trop-plein d'amour que j'ai reçu jusqu'ici et dont je ne sais plus que faire.
Il m'envahit et m'embarrasse. Et les vannes vont céder. L'ogre a faim d'histoires d'amour. Eblouissantes.
Quand toutes les étoiles filantes sont venues me les promettre comme autant de coups de griffes.
La vulgarité de plaisirs faciles et prosaïques réserve le sublime au sublime, ou permet de tenir la distance.
J'aurai 14 ans. 15 ans peut-être. Et je me fais attendre. Mais aux oreillers que j'étouffe dans mes bras,
à la force de ma détermination, je promets que je participerai à l'incendie qui embrase l'horizon.
Et vous, dont je ne connais pas les prénoms, vous tous, autant que vous êtes, ne serez pas déçus.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Ma ville

Publié le

Perpignan est d'une sensualité féroce.


Philippe LATGER / Août 2024

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Perpignan : eh bien chiche !

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Tu ferais quoi si tu étais Maire de Perpignan ?
- Ah ! Une des premières choses, le tramway Perpignan-Canet.
- Ah bon ? A ton sens, ce serait une priorité ?
- Je t'ai expliqué qu'il y avait une concurrence féroce entre villes et territoires,
il faut vendre Perpignan, à l'échelle de la région, à l'échelle nationale, et internationale.
Eh bien, il faut vendre Perpignan avec sa plage, sa plage qui s'appelle Canet.
On sait qu'il y a des plages à Barcelone, à Marseille, à Nice ou à Biarritz...
Il faut qu'on sache partout, que Perpignan est au bord de la mer, que Perpignan a ses plages.
Que Perpignan a SA plage. Et Perpignan-Plage, c'est Canet.
- Les Canétois apprécieront ... Ils te diront " Canet, ça n'est pas Perpignan... "
- Et l'on va planter un projet de territoire pour quatre Canétois qui ne connaissent pas leur Histoire ?
Il y a sans doute de vieilles familles à Canet village, qui sont de Canet village, très certainement,
mais ce sont les Perpignanais qui ont fait Canet-Plage.
Non, ils ne diront pas ça, tout simplement parce que les Canétois sont des Perpignanais.
Que des gens, à Perpignan, soient fiers d'être de St-Jacques ou du Vernet, c'est une chose,
ce sont des orgueils de quartiers : " ma famille est là depuis 5 ou 10 générations ", ok.
Canet est pratiquement un quartier de Perpignan. Un quartier aisé de Perpignan.
Les Perpignanais qui avaient du pognon avaient tous leurs points de chute à la mer et à la montagne,
leur chalet à Font-Romeu et leur villa au bord de la mer à Canet, ce sont les mêmes familles.
Canet est une collectivité, une municipalité, avec son identité et son autonomie, c'est bien compris,
mais historiquement, culturellement, pratiquement, que ça plaise ou non, c'est Perpignan-Plage.
Il faut que ça se sache et que ça se vive. Lyon, Carcassonne, Toulouse, n'ont pas de plages.
Dans la concurrence qui se joue, c'est un atout pour Perpignan : qu'est-ce qu'il y a de plus qu'à Toulouse ?
Eh bien voici un argument supplémentaire. Ce que nous avons de plus ? Un front de mer.
- C'est vite dit.
- Comment ça ?... Chaque fois que j'avais des invités venus d'Australie ou des Etats-Unis,
chaque fois que j'ai des invités de marque, je prends le temps de les flanquer dans une bagnole
et de les amener à Canet, ça prend dix minutes en voiture, pour qu'ils prennent conscience des distances.
Je pense à ce type élégant de l'association Art Déco de New York, il faisait mauvais, un temps dégueulasse,
mais je l'ai quand même conduit jusqu'à Canet pour qu'il voie que Perpignan était au bord de la mer.
Il allait reprendre son avion à Barcelone pour rentrer aux Etats-Unis, il devait comprendre où il était.

C'est un atout magnifique que d'autres métropoles n'ont pas. Il faut rapprocher Canet de Perpignan.
Au sens propre et au sens figuré. Ce sera gagnant-gagnant pour les deux municipalités.
Et pour rapprocher Canet de Perpignan, il faut une cadence régulière de tramways entre les deux.
Idéalement, à terme, il faut deux lignes à Perpignan, basiques, une ligne Nord / Sud, une ligne Est/Ouest.
A grands traits, la ligne Nord / Sud relierait l'Hôpital et l'Aéroport au Nord à l'Université au Sud,

le Moulin à Vent et à la Porte d'Espagne. Avec au Nord, un raccord de navettes pour l'Aéroport.
La ligne Est / Ouest, relierait logiquement Canet-Plage à la Gare. Je n'invente rien. Cela a existé.
Ce sont des tracés qui ont existé jusqu'au milieu du XXe siècle, ce n'est pas si vieux.
- Tu rêves ...
- Nos arrière-grands-parents ont été capables de le faire. Nous sommes plus cons qu'eux ?
- ...
- Je ne sais pas, je pose la question, peut-être que la réponse est oui ...
- ... ça coûte cher un tramway.
- C'est un investissement. Un investissement pour le développement et l'avenir de cette ville.
Si la Gare / Canet est trop chère à réaliser d'un coup, commençons par une première tranche.
Commençons par le tronçon Place Cassanyes à Perpignan / Place de la Méditerranée à Canet.
- C'est ambitieux. Tu le fais passer le long de la voie rapide sur la Têt ?
- Pour le mettre en péril aux premières crues de la Têt ? Non, sûrement pas.
On le fait passer là où il passait en 1900, l'ancienne Route de Canet, par en haut, par Château Roussillon.
Il faut anticiper le croisement avec une Rocade Est qu'il faut tracer définitivement, mais pour le reste,
techniquement, la topographie le permet, c'est le tracé historique, d'autant que l'urbanisation,
tu peux le vérifier en prenant cette route, n'a pas entamé les abords et n'empêche en rien son installation.
Il peut longer la route, à la sortie de Perpignan comme au milieu des vignes, jusqu'au domaine Lafage,
où il rejoindra la voie rapide jusqu'à Canet. Il n'y a pas de difficultés notoires.
- Place Cassanyes / Place de la Méditerranée ?...
- Absolument. Avec un arrêt à Château Roussillon, un arrêt à Canet Village. Mais plus direct que le bus.
Tu as déjà pris le bus depuis Perpignan pour aller à Canet Plage ? C'est infernal. Dissuasif.
Il vaut mieux prendre la voiture que ce bus qui met une demi-heure pour te conduire au front de mer.
Le bus est pris dans la circulation automobile, sans parler du tracé qui essaie de desservir mille lieux.
Le tramway est hors circulation automobile et peut assurer une ponctualité qui n'est pas garantie par le bus.
- Et donc, tu vas faciliter le déferlement des jeunes des quartiers difficiles à Canet ?
- Euh ... tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ?
- Canet va peut-être te faire comprendre que c'est un risque qu'ils ne veulent pas prendre.
- D'autant que, puisque le tramway va dans les deux sens, il n'est pas exclu qu'il facilite à l'inverse
un déferlement de touristes basés à Canet, juilletistes et aoûtiens, en ville, quand il sera si facile d'y venir.
Les jours où il fait mauvais pour la plage, plus besoin de prendre la voiture pour venir visiter Perpignan.
- Et tu les fais rentrer par Cassanyes et St-Jacques ? Le quartier le plus pourri de la Ville ?
- Cela s'articule, précisément, avec le projet de rénovation du quartier St-Jacques et de Cassanyes.
Cela vient en appui. C'est un ghetto aujourd'hui, certes, mais nous avons le projet de pulvériser ce ghetto.
Pas en chassant la population ni en faisant de la gentrification aux forceps, mais en répondant aux attentes
des organismes subventionnaires de l'Etat comme l'ANRU, qui financent si l'on permet la mixité sociale.
Un projet comme ce tramway, est un équipement qui va permettre la mixité sociale, précisément.
Cassanyes est la porte historique de la façade Est de la ville, c'est comme ça.
Et considérer cette place pour ce qu'elle est, va contribuer à changer la physionomie de St-Jacques,
va participer à ouvrir des flux de personnes dans le quartier qui ne venaient jamais.
Il faut ouvrir des cheminements normalisés de boulevard à boulevard dans cette ville, arrêter de contourner
un des plus beaux quartiers du centre historique. Nous ouvrons déjà l'axe névralgique qui traverse le tissu,
d'Ouest en Est, de la Porte St-Martin au Conservatoire, jusqu'à la Porte de Canet, justement, à Cassanyes.
Rue Foch / Rue des Augustins / Poilus / Rue de la Fusterie / Rigaud / Rue Zola / Rue Llucia. Tu sais bien.
On ne fait pas cela pour rien. Si on croit en cette stratégie, on ne peut pas me tenir ton discours.
On fait ce qu'il faut, justement, pour que les touristes aisés de Canet puissent débarquer place Cassanyes.
D'autant qu'outre cet axe que nous sommes en train d'excaver, il y a tout le chapelet historique, gothique,
qui descend en aplomb sur le rempart, depuis le jardin de la Miranda jusqu'à la cathédrale St-Jean.
Il faudrait être stupide pour ne pas travailler à restituer ce que l'on a de plus riche en patrimoine,
aux Perpignanais comme aux visiteurs, avec une mise en tourisme qui nous fait cruellement défaut.
Jardins de la Miranda / Eglise St-Jacques / Caserne Vauban place du Puig / Carmes Déchaux / Minimes /
Ancien Evêché / Poudrière / Couvent des Dominicains, et tu es au chevet de St-Jean et au Campo Santo.
Tu te rends compte ? Et tout ça, sur le rempart, avec des vues géniales sur la Salanque et les Corbières.
Une ville normale se serait donnée les moyens d'ouvrir une promenade tout le long depuis longtemps.
Tu imagines, en Espagne ou en Italie, ce qu'ils auraient fait d'un lieu aussi dense en patrimoine ?
La concentration de monuments historiques que nous avons sur cette frange Nord de St-Jacques ?
Tu as ta location à Canet, tu sors de ton tramway à Cassanyes, et tu entames ta descente à St-Jean
par le rempart - l'église St-Jacques est au coin de la place Cassanyes ! - et tu remontes par Llucia.
Le circuit est tout tracé. Il faut le sécuriser, le normaliser, le végétaliser. On n'y arrivera pas sans.
- C'est ambitieux.
- Même pas. C'est le bon sens. La logique même. Ni plus ni moins. Il n'y a rien d'extravagant.
Ce tramway et cet aménagement de l'arc gothique du rempart s'inscrivent dans une même stratégie.
Normaliser le centre historique de la ville. Lui rendre sa pleine voilure. De boulevard à boulevard.
Je pourrais même t'expliquer qu'il manque au moins un parking souterrain à Perpignan.
Qu'il en manque précisément sur cette même façade Est. En l'état, toute l'offre de stationnement,
est concentrée sur le quart Nord-Ouest de la ville. C'est complètement déséquilibré.
Cela nous encombre les boulevards parce qu'il n'y a rien avant le parking Wilson aux Allées Maillol,
ni rien non plus avant le parking St-Martin au Conservatoire. C'est complètement dément !
Une ville normale propose naturellement du stationnement massif à chaque porte, le long des boulevards.
- Tu vas me dire qu'il faut un parking souterrain place Cassanyes.
- Exactement. On tergiverse depuis cinquante ans avec cette histoire. Mais à l'Est, pas de meilleur endroit.
On me parle de quelques parcelles ou dents creuses ici ou là, pour de petits trucs cheap qui sont indignes,
qui ne sont pas à l'échelle d'une ville de 120.000 habitants, on n'est pas à Bompas où à St-Estève ici.
Il ne s'agit pas d'aménager un parking de surface pour vingt bagnoles, il nous faut au moins 300 places.
- Donc, tu veux financer un tramway de la place Med à Canet jusqu'à la place Cassanyes, et un parking.
- Bah, moi, je ne veux rien. C'est juste qu'on ne pourra pas en faire l'économie si les Perpignanais
veulent véritablement retrouver Perpignan un jour, et arrêter de se lamenter sur ce qu'ils ne font pas.
Ils vivent à Pollestres, et ne voient du centre-ville que le petit triangle, étriqué, au pied du Castillet.
C'est comme ces gens qui possèdent une énorme maison de famille, et qui ne vivent que dans une pièce.
Le reste du château est fermé, délabré, tombe en ruine, faute de moyens peut-être, mais en attendant,
ils vivent dans la cuisine. Ce qu'ils ne voient pas dans les étages n'existe pas. Ils font l'autruche.
Perpignan, c'est pareil. On ne vit que dans une pièce. Entre la cathédrale et la place Arago.
Ce mouchoir de poche qui s'étire péniblement jusqu'à la place République, autour de la Loge.
Même monter jusqu'à la place Rigaud est compliqué, alors que c'est la plus belle place de la ville.
Perpignan, c'est quatre paroisses. Il n'y a pas que St-Jean. Il faut reconquérir les trois autres.
St-Matthieu, la Réal et St-Jacques. Tout doit être traité de façon égale. C'est notre cité historique.
En l'état, on barre la route aux visiteurs avec un sentiment de honte : " non, ne montez pas au 1er étage,
les planchers sont crevés, les chambres squattées par les pigeons... restons dans la cuisine. "
Pas la peine d'être propriétaire d'un château si c'est pour en faire ça. Il faut juste se retrousser les manches. 
- Ce serait une révolution.
- Eh bien chiche !


Philippe LATGER / Août 2024

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L'il

Publié le

La courbe oblique
étire les formes projetées au sol.
L'ombre attirée par la gravité.
Elle tombe comme tous les objets. Avec la nuit. Qui revient.
Elle rampe avec tous les démons. Qui ne peuvent plus rien.
La nuit est mon Eden.
Elle est mon territoire.
La course oblique
étire les forces projetées au sol.
Chaque âme est une étoile qui s'élève et sourit pour nourrir l'infini.
L'ombre est plaquée au sol à l'attraction terrestre.
Et je vais en caleçon aux lampes de chevet.
Promener mon paquet qui pèse vers le sol, 
pour ancrer la matière aux hanches de l'esprit.
La nuit nous déshabille.
Mon corps, toujours d'accord.
Pour le dissoudre enfin aux lumières fragiles
d'une intimité
féroce.
L'il.
L'aile.
Où l'on n'est jamais seul.
Cette nuit qui envoûte et repeuple le ciel.
L'ombre d'un corps s'enroule à celle d'un autre.
La bourse oblique
étire les forges projetées hors du sol.
Aux éruptions bibliques. Et aux coulées de lave.
A la fièvre et au fiel. Enfin pulvérisés. Seule mon âme gravite.
Dans cet Eden damné

où tout serait possible
jusqu'au lever du jour.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Disons double

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Elle était très belle. Avait beaucoup de succès auprès des garçons du lycée.
Mais préférait ma compagnie. Il y avait dans sa joie et dans ses rires outranciers,
une tristesse que j'étais le seul à ressentir et qui me touchait beaucoup.
Peut-être avait-elle compris que j'avais décelé cette tristesse en elle. Nous n'en avons jamais parlé.
Je faisais le clown pour la faire rire. Et elle riait. Avec une reconnaissance suspecte.
Celle des gens qui ne rient pas beaucoup.
Elle m'invite chez elle. Me présente à ses parents. Une soirée magnifique. D'été.
Sur le golf, une énorme villa dans son parc. Ce n'était pas mon goût, mais c'était une belle maison.
Les parents avaient de l'argent. La mère dissimulait aussi mal que sa fille la tristesse qu'il fallait refouler.
Il fallait être plaisante et ne rien laisser paraître de cette solitude poignante. Tout était très clair.
Monsieur, lui, n'avait pas une once de tristesse en lui. C'est lui qui gagnait l'argent. De toute évidence.
Il était très sûr de lui. Très séducteur. Les tempes grisonnantes sur une chevelure adolescente.
Une chemise en lin ouverte sur son torse bronzé. Il imposait sa confiance en lui.
On nous a servi des rafraîchissements au bord de la piscine.
Il savait qu'il était beau. Et l'on comprenait tout de suite qu'il n'avait pas hésité à se servir de cela.
Je ne cachais pas ma sexualité au lycée. Je compris vite que mes hôtes étaient informés de ma différence.
Surtout à ce moment étrange où le père de mon amie a planté ses yeux dans les miens,
pour me dire sans ciller : " Je ne porte jamais de sous-vêtements ... 
au moment où je te parle, je n'en porte pas. "
J'ai 17 ans mais je ne rougis pas. Je ne me laisse pas déstabiliser par sa provocation.
J'écoutais avec intérêt sa démonstration, selon laquelle il fallait comprendre qu'il aimait se sentir libre.
Je comprends son jeu. Qu'il veut me mettre mal à l'aise ou simplement me tester, tester mes limites.
Qu'il cherche à m'allumer et à me plaire. Peut-être même à me faire bander.
Bien sûr, j'étais embarrassé, émoustillé sans doute, mais il était hors de question de le laisser paraître.
Il s'agissait bien sûr de m'inviter à imaginer son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Peut-être même m'inviter à imaginer ce que j'aurais pu faire de son pénis à l'air libre sous son pantalon.
Et je n'ai pas manqué d'imaginer tout cela, mais tout en m'efforçant d'afficher un savant mélange
d'intérêt et d'indifférence.
Au fond, l'exercice n'était pas si compliqué. Quand j'éprouvais véritablement ce mélange.

J'avais déjà assez d'expérience avec les hommes. Je me positionnais en confident complice.
Après tout, s'il voulait jouer à ça, il avait face à lui un garçon qui n'avait pas froid aux yeux.
Ma jeunesse me permettait même un brin de condescendance vis à vis d'un libertinage désuet.
Je faisais des choses bien plus hard que ce que son petit scénario à peine érotique pouvait suggérer.
Il fallait qu'il sache que, s'il devait aller plus loin, le mineur que j'étais ne s'effaroucherait pas.

Dans ma posture et mon regard, j'ai transmis l'information suivante de façon infra-verbale.
" Mon vieux, si tu dois sortir ta bite pour que je te la suce, je te la sucerai sans problèmes. 
Je suis même capable de le faire ici, tout de suite, devant ta femme et ta fille. "
Puisqu'au delà du mélange d'intérêt et d'indifférence, il me fallut ajouter un air de défi.
Un petit air de : " Ah ouais ? Tu veux m'emmener sur ce terrain ?... Ok. Allons-y. Chiche ! "
Je compris que le message fut reçu 5/5. Quand il croisa les jambes et changea de conversation.
Il avait cherché à me troubler et me faire bander ? Eh bien c'est moi qui allais le faire bander.
Il fallait qu'il sache que j'étais capable de le faire jouir. Peut-être même d'une manière inattendue.
Je ne sais pas s'il a croisé les jambes parce que pris d'une érection irrépressible à dissimuler,
ou parce qu'il avait compris que j'étais tout à fait en mesure de le faire jouir en le sodomisant.
Mais l'incident fut clos et nous purent continuer notre conversation, sans exclure les filles,
avec un petit tissu de banalités mondaines et d'apparences joyeuses.
Mon amie et moi étions autorisés à sortir, entre jeunes, pour toute la soirée jusque tard dans la nuit.
Restaurant. Bars. Et discothèque en suivant. Tel était le programme. Mais entre jeunes, voyez-vous ?
Si bien que lorsque nous avons pris congé, sa fille et moi, que j'ai salué et remercié monsieur,
avec la déférence qu'il convient, je lui ai quand même adressé un petit sourire ambigu. Disons double.
Une moitié était compatissante, à son regret de ne plus avoir cette jeunesse qu'il voyait lui échapper,
quand nous sortions faire la fête alors qu'il resterait tout seul avec son épouse à la maison,
l'autre moitié plus mutine, lui disait très fort de penser à moi quand il se masturberait,
de penser très fort à tout ce que j'aurais pu lui faire s'il ne s'était pas dégonflé.


Philippe LATGER / Août 2024

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Heliocentrisme

Publié le

Le centre du monde n'est pas à Barcelone, ni à Paris, ni à Londres,
ni à Shanghai, ni à Dubaï, ni à New York,
le centre du monde est là où tu es.



Philippe LATGER / Août 2024

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Canicul.e.s

Publié le

J'essore et j'éponge
la misère sexuelle.


Philippe LATGER / Août 2024

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Le bien l'emporte

Publié le

Le mal n'est que le faire-valoir du bien.
Il ne faut pas lui donner plus d'importance que cela.
Moral ou physique, ne l'accueille que pour le bien qu'il promet.
Ne t'y enferme pas. Il n'est pas notre destination.
- Je ne m'y enfermerais pas sans toi. Je ferai ce que tu diras.
- Alors, ne t'enferme nulle part, pas même avec moi, ni personne, et ne fais pas ce que je te dis,
fais ce pour quoi tu es fait, et ne laisse rien, pas même le mal, te détourner de toi-même.

 


Philippe LATGER / Août 2024

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Renversement des valeurs

Publié le

La bonté n'est pas une faiblesse,
c'est une force.

 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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Pour parfaire le tout

Publié le

Les flammèches incandescentes de soleil
pleuvent dans la grotte végétale,
sur des variations de verdure tamisées.
Le corps pèse de tout son poids dans un hamac,
à l'abri des piqûres d'insectes, dans cette sphère de fraîcheur, aimablement ventilée.
La pluie lumineuse de météorites solaires transperce l'épais bouclier des feuillages.
Des faisceaux parviennent à atteindre le sol, sans menacer la persistance de l'ombre.
Les attaques de l'extérieur sont réduites à cette neige de lueurs douces, flottantes et dociles,
rendues inoffensives au filtre des vieux arbres, ne laissant pénétrer que quelques résidus désarmés,
comme les dernières bulles de l'écume d'une vague, venues s'échouer gentiment dans la tanière.
La coque filtre à la fois la lumière, la température, et le son.
Lorsque l'air qui circule a perdu quelques degrés au franchissement des cyprès,
pour venir caresser le corps dénudé d'une agréable brise, à la fois fraîche et parfumée.
Lorsque le vacarme assourdissant des cigales est légèrement feutré pour ne devenir qu'une berceuse.
A tant de volupté, installée pour charmer tous les sens, il fallait ajouter l'indolence de la sieste.
Il ne manquait plus que ta bouche. Ta peau moite. Et tes mains. Pour parfaire le tout.

 


Philippe LATGER / Juillet 2024

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