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Du Petit Bois

Publié le

Elevés les arbres. Déployés. Robustes. Sur une pelouse anglaise.
Son vert fluorescent. Cloué au sol par des haies de piquets faites de la main de l'homme.
C'est un parc où bâillent des corneilles. L'impression du brouillard. Britannique.
C'est le manque de sommeil. Que je respire avec l'odeur sublime de l'eau et de l'herbe coupée.
Les labours alentour ne sont pas loin sans doute. J'hallucine des corbeaux. Que je ne trouve pas.
Sur cette terre grasse que je n'ai jamais foulée. Jusqu'ici. Ce matin où j'ouvre mes fenêtres.
Sur la pierre qui n'est plus celle de ma cathédrale. C'est un petit château. Au centre de la France.
Au cœur de ce pays que j'ai trop négligé. Que je découvre à peine. Qui pourrait me séduire.
Un pays de fromages et de vaches paisibles. La campagne exotique où j'ouvre mes poumons.
Avec l'émotion d'étranges retrouvailles. De réconciliation.
Le feuillage est somptueux. Joue avec la lumière.
Je m'y perds. Ou j'y inspire l'aube.
Serai fait de ce bois.
Où l'orage s'endort.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Cosne d'Allier   

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Europe : Etat-nation

Publié le

L'Europe ne manque pas de sa nation mais de son Etat.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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L'équation différentielle

Publié le

Le drap. L'écran. Ou les arpents de neige.
C'est la taie d'oreiller. Immaculée.
Y repose le morceau de charbon lumineux que j'adore.
L'ombre de ton visage. Que je connais par cœur.
Nous sommes d'un même bois. D'une même terre. Une forme de consanguinité.
Et c'est peut-être moi que j'embrasse en embrassant ta bouche.
En venant poser mes lèvres sur les tiennes. En essayant de les forcer.
Elles s'ouvrent pour ma langue. Qui pénètre. Trouve la tienne.
Et je bascule à l'intérieur d'un monde que je fantasme sans doute.
Ce que je sais de toi. De toi et de la Méditerranée. Détroit de Gibraltar.
Ta bouche. La porte du monde d'où je viens. Celui où je retourne.
Je peux m'allonger ici. Entre l'Europe et l'Afrique. Dans mon placenta.
Quand je reconnais sous mes doigts le grain de la peau arabo-andalouse.
La texture des cheveux. Les parfums d'un pays qui fut toujours le mien.
Tu es la chair d'un paradis perdu. Le fruit que je croque pour le reconquérir.
Les gencives pleines d'agrumes, mon sourire carnassier peut fêter sa victoire.
Tu m'y accueilles enfin, mais sans les attributs innocents de l'enfance.
La Vierge des vierges ne saurait condamner l'amour le plus pur qui existe,
même dans des corps d'adultes, émus de se trouver, attirés l'un par l'autre,
même si nos mélanges devaient être stériles.
Sur cette île accrochée au flanc des Pyrénées toute mon âme vacille.
Je suis dans tes bras au pubis d'une mer qui est monté dans mes veines.
Le sang d'iode et de sel qui m'avait fait poisson, à huit ans, à dix ans,
dans les vagues remous d'un élément lumière où j'ai brûlé mes yeux.
Je les ouvre dans les tiens et retrouve le sable ou le sucre de figues, du raisin,
la chaleur et l'odeur de mes épaules cuites au soleil qui avait un pouvoir érotique,
avec cette confiance aveugle pour la vie et l'amour, celle que je te fais,
quand tu me vois un peu comme le frère avec qui la nature te permet de coucher.
Nous sommes différents. Et cela participe à la fascination. Qui dilate nos pupilles.
Quand tout est étrange. Et tout est familier. Quand tout nous intrigue. Nous rassure à la fois.
Et mes bras qui se ferment sur toi enlacent mon passé et l'enfant que je suis,
et l'enfant que tu fus que je protège ensemble, des violences du monde restées à l'extérieur.
Ma bouche sur ton front. Nous aimons la quiétude d'être libres et celle d'être en paix.
Quand notre amour nous offre ce qui est si difficile à concilier ailleurs.
La paix est une chose. La liberté une autre. Souvent contradictoires.
Avoir les deux ensemble est une chose aussi rare qu'être à la fois heureux et amoureux.
Et je t'aime d'avoir su avec moi rendre ces équations possibles.
A l'ombre d'une chambre où la blancheur décline à toutes les inconnues.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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Première chaîne nationale

Publié le

Journal de 20 heures de TF1. Gilles Bouleau. 14 octobre 2013.
" C'est une île située au milieu de la Méditerranée... " Jusqu'ici tout va bien.
Nous parlons de Malte. Et de l'épouvantable naufrage dans lequel périrent des clandestins.
" C'est une île située au milieu de la Méditerranée entre la Sicile et les côtes d'Afrique du Nord
où affluent les clandestins... Malte, comme Lampedusa... " J'attends la suite. Je m'interroge.
Certes, ce n'est pas le propos. L'histoire est celle d'un drame. D'un drame et d'un miracle.
" Malte, comme Lampedusa il y a dix jours, a connu ce week-end un drame de l'immigration :
36 ressortissants libyens ont trouvé la mort. Parmi les rescapés du naufrage,
un nourrisson de quelques semaines, sauvé de la noyade. Sa mère témoigne. "
L'histoire est poignante. " Un drame de l'immigration. " Des clandestins libyens.
Le bébé sauvé. Une histoire idéale pour tous les journalistes de la terre.
Un envoyé spécial. Jessica Lederman. Face caméra. Assène sa conclusion.
Avec le ton et l'élocution propres aux reporters, et la gravité de circonstance.
Une chose m'étonne en passant. Que je relève. Les derniers mots ne m'échappent pas.
"... mais ici plus que jamais, c'est désormais vers la Communauté européenne
que les regards sont tournés. "
Je n'ai pas le temps de reprendre Jessica Lederman devant mon écran de télévision,
en lui rappelant que la Communauté européenne n'existe plus depuis vingt ans,
que depuis le traité de Maastricht, la Communauté est devenue l'Union européenne,
mais c'est probablement un détail, et je ne suis pas au bout de mes surprises,
quand Gilles Bouleau, dans le studio de TF1, enchaîne à la fin du reportage :
" Encore une image de l'étranger avec le pèlerinage annuel de La Mecque. " ...

D'accord. Ainsi donc pour Gilles Bouleau et TF1, nous avons bien compris,
Malte, c'est l'étranger. Et d'ailleurs, à aucun moment, il n'a été précisé,
puisque nous en étions à situer l'île au milieu de la Méditerranée pour les téléspectateurs,

que Malte est un Etat membre de l'Union européenne, puisque ce devait être secondaire.
Vous serez libres de penser que je cherche la petite bête, mais cela me paraît révélateur,
et inquiétant, quand ce journal télévisé passe pour être le plus regardé de France.
La rédaction de cette chaîne nationale semble être restée elle aussi dans des frontières
qui n'existent plus depuis Schengen, ce qui n'aide personne à prendre conscience
de la réalité des choses, que ce soit concernant l'immigration ou l'évolution de l'Europe.
Ne peut-on pas attendre un petit peu plus de rigueur de la part de journalistes ?
De journalistes bénéficiant encore à la télévision d'une large audience de citoyens ?
L'aide-t-elle à comprendre ce qui se joue en laissant entendre que ce drame a eu lieu
" à l'étranger ", comme si la France n'avait pas sa part de responsabilité dans cette affaire,
ou comme si nous n'étions pas concernés ? Et que nous le sommes au moins à double titre.
D'abord parce que Malte, Lampedusa, et la France, partagent le même territoire,
le même espace européen, ce qui rend le mot " étranger " très étrange dans la bouche
d'un présentateur du 20 heures, ensuite, accessoirement, parce que les réfugiés
venaient de Libye, pays dont la France, à la tête d'une opération militaire encore récente,
a naturellement bouleversé les équilibres, ce dont nous pouvons probablement nous réjouir,
mais qui nous donne une responsabilité particulière, y compris vis-à-vis des conséquences.
Une façon de s'en laver les mains qui est assez lamentable.
Comme s'il s'agissait de convaincre le grand public que c'était le problème des Libyens,
celui de Malte, de l'Italie, celui de l'Europe peut-être, mais certainement pas celui de la France.
Une image de l'étranger. Et nous voyons ici, encore, les perversions des égoïsmes nationaux.
Quand il est hors de question d'indiquer aux auditeurs de TF1 deux choses qui déplaisent :
que les frontières du Sud de l'Europe, qu'on le veuille ou non, sont désormais les nôtres
et que les problèmes d'immigration ne seront plus résolues à Paris mais seulement à Bruxelles.
Non pas au sein de la Communauté, mais de l'Union européenne. Pour qui veut être exact.
Et j'ai su ce soir-là que nous ne pouvions pas compter sur TF1, décidément,
pour aider l'opinion à éclairer son esprit-critique,
là où la négligence frise la désinformation.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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En aparté (le FN)

Publié le

Ainsi donc, la vie politique française
se résume à commenter les pets et les rots de la famille Le Pen...
Va peut-être falloir passer à autre chose.

   

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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Les 7 merveilles de l'Europe

Publié le

Cela a dû être utilisé par des agences de voyage sans doute.
Mais je n'ai pas le souvenir que personne n'ait proposé,
sur le principe des 7 Merveilles du Monde, l'idée de 7 Merveilles de l'Europe.
Pour renouveler les légendaires Merveilles du monde antique,
l'American Society of Civil Engineers avait désigné 7 Merveilles du monde moderne,
qui consacraient l'Empire State Building, le Golden Gate Bridge ou le tunnel sous la Manche.
Une élection avait été organisée aussi, entre 2000 et 2007, par la New7Wonders Foundation
pour désigner les 7 Nouvelles Merveilles du Monde. Une opération menée essentiellement
par le biais d'internet, dont l'UNESCO se serait désolidarisée après l'avoir encouragée,
bien plus médiatique, dont vous vous rappelez peut-être, et dont les résultats avaient révélé
à Lisbonne la victoire de la Grande Muraille de Chine, du Taj Mahal, du Machu Picchu,
de la pyramide de Chichén Itza pour le Mexique, de la cité de Pétra en Jordanie,
celle, plus discutable sans doute, du Christ Rédempteur de Rio de Janeiro,
et celle du Colisée de Rome, seul monument retenu du continent européen.
On voit bien dans le résultat les limites d'une telle entreprise,
lorsque les vestiges antiques côtoient les œuvres modernes,
lorsqu'à l'épaisseur de l'Histoire, surtout à l'échelle d'un monde débordant amplement
la seule mer Méditerranée, les choix deviennent compliqués et souvent cornéliens.
Déjà, isoler 7 Merveilles dans l'antiquité, dans le seul monde connu de la civilisation grecque,
voilà qui ne dût être simple, même pour un Hérodote ou un Antipater de Sidon.
Je rappelle que les Merveilles antiques étaient la pyramide de Khéops et le phare d'Alexandrie,
tous deux en Egypte, les jardins suspendus de Babylone, en Mésopotamie (Irak actuel),
que les deux seules sur le territoire européen comme on le conçoit aujourd'hui
étaient le Colosse de Rhodes et la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie, en Grèce donc,
et que nous en compterions deux de plus si nous considérions la Turquie comme européenne
avec le Temple d'Artémis à Ephèse et le mausolée d'Halicarnasse.
Le choix de nouvelles merveilles, évidemment, est d'autant plus problématique.
Et s'il peut paraître aussi vain que parfaitement inutile, ce dont je conviens avec vous,
il a tout de même le mérite de soulever les problématiques en question.
Et je trouverais bon pour l'Europe que nous organisions ensemble une telle opération.

L'Escurial ? La Plaza Mayor de Madrid ? Le Ponte Vecchio de Florence ? La Tour Eiffel ?
Schönbrunn ? Big Ben et le Parlement de Londres ? Le Parlement de Budapest ?
La Tour de Belém ? Versailles ? Le château de Neuschwanstein ? La Mosquée de Cordoue ?

Toute la ville de Venise ? Le Pont Charles de Prague ? La Grand-Place de Bruxelles ?
L'Alhambra de Grenade ? La Scala de Milan ? Ou le fameux Colisée de Rome ?...
Imaginez... qu'éliriez-vous ? Que désigneriez-vous comme les 7 Merveilles de l'Europe ?
Ce sont des choix aussi stupides au fond, quand il n'en faut que 7 et pas une de plus,
que lorsqu'on vous demande si vous préférez votre père ou votre mère,
surtout quand vous aimez et adorez les deux.
Mais l'exercice présente quelques avantages à mes yeux.
D'abord, ce serait une campagne et une consultation ouverte uniquement en Europe,
sur le territoire de l'Union Européenne, et donc aux peuples, citoyens et internautes
des 28 merveilleux pays qui composent cette union et de la nation qu'ils font ensemble.
Ensuite, cela nous conduira forcément, après avoir poussé en priorité sans doute,
LA merveille nationale dont nous sommes fiers, notre Tour Eiffel si nous sommes Français,
ou notre Cathédrale de Cologne si nous sommes Allemands, à aller chercher, tout de même,
par souci de justice, ce qu'il y a de remarquable chez nos voisins, à Malte ou en Pologne,
au-delà de Stars internationales genre Fontaine de Trevi à Rome ou Tower Bridge à Londres.
Bien sûr, nous ne pouvons pas qualifier les sites naturels comme la baie de Naples,
la Chaussée des Géants, ou ce fameux Bosphore dont, ça me revient, l'Europe ne veut pas
de toute façon, qui pourraient donner lieu à un tout autre classement envisageable.
Pour ma part, mon intention étant purement politique, je préconise l'Union par la culture,
le rapprochement des peuples, en exaltant la fierté nationale mais à échelle continentale,
un orgueil partagé au sentiment d'appartenance à l'Europe, en réfléchissant ensemble
à ce que notre vieux continent à légué de sublime au patrimoine de l'humanité.
Nous autres Français avons bien des raisons d'être fiers d'être Français. C'est certain.
Mais en sortant d'une telle expérience, je suis prêt à parier qu'en ayant découvert,
ou redécouvert, même sans avoir voyagé, les splendeurs de Prague ou de Lisbonne,
de Dublin ou de Zagreb, quand je ne peux décidément pas y ajouter celles d'Istanbul,
(et vous me direz si je suis lourd à force de messages dont je m'étais promis
qu'ils resteraient à peine subliminaux), en ayant parcouru toute la beauté de nos villes,
de nos théâtres, de nos cathédrales, de nos temples et de nos musées, de notre architecture,
je suis prêt à parier en effet, que nous serons tous fiers d'être aussi Européens.
Face à des Américains, face à des Chinois, nous serons aussi fiers de l'Acropole d'Athènes
ou de la Sagrada Familia de Barcelone, que nous le sommes de la Tour Eiffel.

Que l'UNESCO s'y associe si ça l'intéresse.
Que l'Union Européenne fasse de même si elle en voit l'intérêt pour elle-même.
Mais faisons-le. C'est ludique. Pédagogique. Intéressant pour les questions que ça soulève.

Quand cela touche bien sûr à des questions sensibles d'identité.
Croyez-moi, pour un Afghan ou un Indonésien, Français ? Espagnol ? Italien ?...
Ils feront aussi simple que vous en réduisant les choses comme on fait bien trop souvent
pour les Africains ou les Asiatiques, vous serez Européens ou au mieux d'Europe du Sud.
Même en ayant entendu parler de la France. Du moins avant que vous n'ayez expliqué
la nuance, de la même façon qu'on vous expliquera qu'un Bolivien n'est pas un Mexicain.
On vous renverra d'abord le fait que vous venez d'Europe. Et vous en serez fiers.
L'Europe c'est Picasso, c'est Mozart, c'est Shakespeare et Léonard de Vinci.
C'est Beethoven. C'est Michel-Ange. C'est Cervantes.
Et à cette culture commune, qui est aussi Française même quand elle ne l'est pas,
dans le sens où elle est aussi celle des Français, à ces génies et ces chefs-d'œuvre
que nous partageons depuis des siècles, voire des millénaires, nous faisons déjà nation,
et avons, y compris dans les crises, le même destin et le même intérêt général.
Quel que soit l'organisme qui prenne l'initiative, via internet ou les télévisions publiques,
c'est une idée un peu dérisoire peut-être, mais un moyen d'éveiller la curiosité,
de chercher, de découvrir, d'apprendre, et de nous interroger sur qui nous sommes.
Alors ? Puisqu'il ne faudra en garder que 7.
Sauriez-vous me dire, selon vous, quelles seraient
les 7 Merveilles de l'Europe ?

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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A pleine douche

Publié le

J'avance vers la porte. De la salle de bains.
Derrière laquelle tu as dû te déshabiller déjà. Je t'en ai laissé le temps.
Derrière laquelle je t'entends entrer dans la cabine de douche.
Je retire ce qu'il me reste de vêtements pour entrer nu dans la pièce.
Au moment où le bruit de l'eau qui coule couvre celui que je pourrais faire.
La salle de bains m'apparaît plus belle que d'habitude.
Quelque chose de complice et d'harmonieux. Et parfaitement érotique.
Les vitres opaques refermées sur ta silhouette ne sont pas celles d'une cabine téléphonique.
Une vapeur de chaleur déjà commence à fumer et à embuer légèrement le miroir.
Au désir de venir te rejoindre il y a celui de me loger avec toi sous l'eau chaude.
L'automne est tombé d'un coup. Avec la nuit. Et le froid que l'on avait oublié.
 
Je me tiens devant ce paravent transparent derrière lequel ton corps se dessine,
cette porte vitrée que j'ouvre alors qu'il se voûte pour chercher la bonne température,
pommeau dans une main et robinets dans l'autre, et sans te retourner franchement,
une posture fait sourire tes mâchoires, tes oreilles, et ta nuque, et ton dos,
m'indiquant que tu as détecté ma présence et qu'elle ne te déplaît pas.

Sans dire un mot, je m'occupe directement de m'emparer du gel douche.
De soulever le clapet de plastique pour en verser une généreuse bille dans la main,
qui coule lourdement comme du lait de coco, avec une onctueuse épaisseur,

alors que plus bas, à hauteur de hanches, l'exiguïté du lieu, de façon naturelle,
positionne sans calculs ni préméditation une partie de mon corps qui se trouve être là,
au niveau d'une faille voluptueuse où elle vient se loger comme aux appels du vide.
Je répands le liquide merveilleusement visqueux et parfumé sur tes épaules, tes omoplates,
tes aisselles et ton ventre, alors que ce qui n'était plus tout à fait au repos se dresse fermement.
Je savonne à deux mains tout ce que mes mains rencontrent de ton corps, plaqué contre toi,
enveloppant ton dos de toute ma largeur, quand tu es désormais à cheval sur la chose inflexible
qui va et vient gentiment parmi les coulures de gel et de mousse dans ce ravin serré
où elle a trouvé sa place puisqu'il semble avoir été fait sur mesure ou fait à cet effet.
Mes doigts s'attardent sur des tétons érectiles dont je sens la tension de circuits électriques,
avec le respect de la symétrie dont nos corps sont dotés, pendant que la scelle spongieuse
qui a doublé de volume, devenue très sensible, sur laquelle tu te déhanches doucement,
caresse ou masse ton périnée sur toute sa longueur.

La lumière blanche, aussi clinique qu'hivernale, devient un halo de protection.
La pluie de la douche, contre celle d'octobre, devient fiévreuse ou tropicale.
Et nous narguons le froid à nous repaître ici de nos chaleurs humaines.

Nous enroulons l'un dans l'autre comme à l'abri d'une couette où nous pouvons tenir
dans la nudité la plus crue, debout dans la cabine, où ne nous formons plus qu'un seul corps.
A nos constitutions, nos reliefs, à notre architecture, des choses semblent faites pour s'épouser.
Quand d'autres s'emboîtent parfaitement, pulvérisant toutes les considérations morales.
A cette abondance d'eau qui ne cesse de couler, de vapeur, de moiteur et de parfums troublants,
de substances laiteuses ou graisseuses qui enduisent mon gland de sensations démentes,
je ne sais plus si je suis dehors ou dedans, à l'extérieur ou à l'intérieur de toi qui te cambres,
que je couvre de mon torse ventouse, de muscles abdominaux qui ondulent dans le savon,
quand mon sexe paraissait hésiter entre deux extrémités de l'intime défilé qu'il devait occuper.
Des coups de butoir en proue, pour stimuler tes organes génitaux, lissaient au passage
d'autres zones érogènes qui pouvaient m'accueillir aussi bien sans qu'on y réfléchisse.
Quand le jeu mécanique, les lois de la physique, organisaient ensemble toutes les combinaisons
que nous n'avions qu'à suivre aux plaisirs qu'elles procurent.

Des baisers pleuvent au creux de ton cou, derrière ton oreille, parmi l'eau de la douche.
Un réflexe trahissant ce qui est une dévotion pour l'objet d'un amour et de tous ses délices.
Deux pommes charnues amortissent le pilonnage de mes aines tourmentées.

Je reste dans ton dos et mes mains te masturbent, agacent ou malaxent le sexe que je trouve,
à l'aveugle, à l'envi, à l'envers de ce que le mien opère à l'opposé, et tu te contorsionnes,
dans l'étau souple de mes bras, de mes cuisses, qui sont autant de liens qui viennent t'enserrer,
relâchent leur pression, te permettent et t'empêchent, te contraignent, t'accompagnent,
t'entravent et te libèrent, au rythme de variations d'humeurs et de fantasmes.
Les rôles vont et viennent. Dominant/Dominé. Dans ce mélange furieux où l'on ne sait plus,
qui dirige et qui suit, qui commande, qui obéit, qui est qui, ni même combien nous sommes.
Je pourrais être mille hommes à l'affût d'un orgasme, oeuvrant à ton plaisir,
dans leur fascination pour la fièvre animale qui autorise l'audace et la lubricité.
Je pourrais être toi. Et je deviens lascif. Quand c'est moi qui suis pris et moi qui suis monté.
Et je me perds moi-même, déserte un corps torturé de voluptés intenses devenues intenables,
ajoutant des coulures à celles du gel douche dans les spasmes paroxysmiques d'une révélation.
 
 
Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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Los pàrajos perdidos

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La chaussure est pointée comme au bout d'une aiguille.
Le coup de pied prolonge le tibia, indique l'heure, au bout de cette jambe qui n'en finirait pas.
La cuisse est bandée. Tourne autour d'un axe. Aux ronflements d'un bandonéon épuisé.
L'odeur du tabac est si forte que l'on en oublie celle de la transpiration.
Qu'elle est loin cette Europe. Loin de l'estuaire du rio de la Plata.
L'homme lui tourne le dos. Et elle trouve le moyen de s'allonger sur sa longue cambrure.
Un genou relevé. Et ça semble confortable. Mais ça ne dure pas. Il la fera valser.
L'enverra promener puisqu'elle s'est refusée à lui. Que monsieur est vexé.
Le talon viendra, d'un côté puis de l'autre, tout au bout de son bas,
fendre l'air entre les mollets du mâle qui l'enroule dans son bras pour la plaquer contre lui.
Les bouches sont si près. Qu'ils se respirent enfin. Avec ce désir furieux de décupler la nuit.
L'attirer dans les draps d'une chambre de bonne. Ou celle d'un hôtel où pouvoir s'assoupir.
Ce n'est pas la Gran Via ni la Puerta del Sol. Madrid est quelque part au-delà de ces quais.
La fraîcheur est torride aux errances nocturnes quand elle promet l'amour et ses consolations.
Raúl n'a pas d'argent. N'a jamais été vice-roi du Pérou. Mais la petite lui plaît.
Et il semble lui plaire. Pour un peu, elle pourrait être sa seule raison valable d'avoir voulu partir.
Ou d'avoir émigré. Aux promesses soudaines d'une jambe tendue et d'un genou fléchi.
Comme à la permission de ne pas rentrer seul.
Et d'aimer le silence.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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Européennes : l'Etat ou la mafia

Publié le

Partout où l'Etat recule, les mafias s'installent.
A l'échelle d'une ville. D'un département. D'une région. D'un pays. D'un continent.
Et du monde bien sûr. Partout où l'Etat recule. Et la politique avec lui. Et la démocratie.
Les mafias, qu'elles soient criminelles, religieuses ou financières, gagnent du terrain.
Et pire que ça... organisent la société à notre place.
Tout le monde s'en plaint. De l'extrême gauche à l'extrême droite.
Le recul de l'Etat-providence. Le recul des services publics.
A tel point que l'abandon des souverainetés rend nos hommes politiques impuissants.
Que nous avons beau les élire, ils sont bien incapables d'imposer quoi que ce soit à la finance.
Quand même un Barack Obama est impuissant à imposer quoi que ce soit à Wall Street.
Nous partageons tous ce constat. Cela fait même un consensus plutôt inattendu.
Et même un consensus, pour peu qu'on veuille le voir, inespéré.
Alors, organisons-nous. Quand la finance se régale de nos divisions idéologiques.
Marquons une pause dans nos débats le temps d'une union sacrée pour reprendre le pouvoir.
Le temps d'une refonte de nos systèmes démocratiques, de nos institutions, avec,
peut-être même, un large renouvellement de personnels trop impliqués dans le système actuel.
Quand, je le crains, beaucoup trop de nos représentants, élus et responsables, auront forcément
des difficultés à mordre la main qui les a nourris ou mis en place.
Pour des raisons que l'on peut sans doute comprendre, on ne peut pas demander
de réformer le système bancaire ou de lutter contre les paradis fiscaux par exemple,
à des dirigeants politiques formés, formatés et parachutés par Goldman Sachs.
Il faut bien sûr renouveler la classe politique, et c'est une des raisons pour lesquelles,
plus encore que contre le cumul des mandats, je suis surtout
pour la limitation du renouvellement des mandats.
Je ne suis pas hostile à l'interdiction du cumul, dont on me convaincra du bien-fondé,
mais je trouve plus urgent de limiter les carrières et mandats politiques dans le temps
pour ne pas que s'installent des systèmes et des réseaux de corruption, au point
qu'ils deviennent ensuite d'autant plus difficiles ou impossibles à démanteler.
Je vis dans une ville où, après des décennies de gestion par les mêmes familles,
l'araignée des réseaux d'influence devient une pieuvre difficile à déloger.
Et nous nous retrouvons dans un système médiéval, ou d'ancien régime,
où la démocratie est un simulacre, et où tout le monde se tait, collabore ou s'en va.
Le clientélisme est inhérent au système démocratique et au processus électoral.
Il est normal ou humain de renvoyer l'ascenseur à qui vous a mis au pouvoir,
ou payé votre campagne, quand c'est même plutôt une vertu de l'ordre de la loyauté.
Mais, précisément, à ce constat, il serait judicieux de limiter les mandats, partout,
pour obliger au renouvellement des équipes et à la redistribution des cartes.
Quand il y a certainement des choses à faire aussi sur les lois de financement
des campagnes électorales comme des partis politiques.

Bien sûr. Pourquoi se lever le matin pour aller travailler ?
Quand on peut gagner dix fois plus en vendant de la drogue ?
Bien sûr. Pourquoi travailler si c'est pour payer des impôts ?

Pourquoi payer des impôts si c'est pour entretenir des feignasses ?
Pourquoi payer des impôts quand il n'y a plus de services publics de qualité ?
Quand je ne vais en payer que pour rembourser l'intérêt de la dette de mon pays,
et que certains contribuables ne jouent pas le jeu en se planquant en Suisse ?
Mais oui Marine, je suis d'accord avec vous. Tout ça est parfaitement injuste.
Et je suis d'accord avec vous. Il faut l'Etat pour remettre de l'ordre.
Il faut reconquérir les armes de la démocratie et de la décision politique.
Reconquérir notre souveraineté pour mettre au pas les voyous, naturellement,
et ceux de Wall Street sans doute, qui nous coûtent plus cher que ceux de nos quartiers.
Nous sommes d'accord et vous me trouverez à vos côtés pour militer dans ce sens.
A la condition que vous cessiez de faire le jeu de notre prétendu ennemi commun.
Car madame, permettez-moi de vous faire remarquer que vous faites le jeu de la finance.
Vous ne faites pas autre chose en désignant comme responsable l'Union Européenne.
Vous participez largement à la division, en prônant le repli national,
dont se régalent nos petits génies et demi-dieux de la finance mondialisée.
Si vous étiez honnête, vous ne dénonceriez pas l'Europe comme responsable de la situation.
Quand vous savez comme moi que l'abandon de notre souveraineté nationale,
nous ne l'avons pas fait à l'Union Européenne mais aux marchés financiers.
Ce n'est pas la Banque Centrale Européenne qui détient notre dette que je sache.
Alors, au lieu de dénoncer une Europe Fédérale qui n'a jamais existé à ce jour,
au lieu de semer le trouble et d'invoquer le repli derrière nos frontières
qui est exactement ce qu'il faut à certains pour spéculer sur chacun de nos Etats,
isolés, ici la Grèce, ici l'Espagne, en toute tranquillité, en applaudissant à votre œuvre
qui consiste à participer activement à ces divisions qui nous fragilisent face à nos créanciers,
contentez-vous, si votre situation personnelle le permet, en toute indépendance,
de militer pour l'Etat organisé, à tous les échelons possibles :
les villes, les régions, les pays, et le continent européen.
Refuseriez-vous à l'Europe des institutions démocratiques ?
Préféreriez-vous les nominations opaques au suffrage universel ?
Pourriez-vous vous opposer à l'idée que l'Union Européenne se dote d'un exécutif élu,
responsable devant les citoyens, responsable de la gestion de l'argent public ?
Pourriez-vous soutenir à vos électeurs qu'en allant seule représenter 60 millions de Français
vous auriez autant de poids à Pékin et à Washington, face à Google ou JPMorgan Chase,
qu'en représentant 500 millions d'Européens ?
Qui peut vous croire ? Pas même vous.

Madame Le Pen, je ne veux pas m'acharner sur vous.
Quand je pourrais tenir le même discours à Jean-Luc Mélenchon.
Et à tous les souverainistes qui se trompent d'ennemi à abattre.

L'ennemi n'est pas l'Union Européenne. L'ennemi, ce sont les systèmes mafieux.
L'ennemi, c'est votre erreur d'analyse qui signe un chèque en blanc à Wall Street.
Ce que nous avons fait en renversant la table au Traité Constitutionnel de 2005.
Nous sommes tombés dans le piège, tous ensemble, d'un débat qui n'était pas le bon.
Et nous le savons désormais à la succession des crises qui se sont abattues depuis 2008.
Nous nous sommes étripés entre défenseurs du oui et du non sans nous en rendre compte.
Quand je veux bien vous faire le crédit d'avoir été manipulés comme nous.
Le vrai clivage n'était pas entre ceux qui voulaient plus de pouvoir aux Etats,
et ceux qui voulaient en donner à l'Europe, comme celui dans lequel nous nous sommes
laissé enfermer comme des oies, il était déjà, et il nous paraît plus évident aujourd'hui,
entre ceux qui croient encore en la politique, en la démocratie, et à l'intérêt général,
et ceux qui se fichent de laisser les clés à Goldman Sachs.
Tout était pourri, j'en conviens, dans l'organisation de ce référendum,
comme dans le processus-même de ratification de ce Traité Constitutionnel.
Nous avons vécu tout cela ensemble. Ce fut fait. N'en parlons plus. Regardons devant.
Avec ceci en tête. Nous sommes tous d'accord. Nous voulons reprendre le pouvoir.
Et je vous propose à tous, Mélenchon, Chevènement, Dupont-Aignan, Marine Le Pen,
de vous mettre en cohérence avec votre discours et peut-être même vos convictions.
Stop. Pouce. On s'arrête cinq minutes. Et nous reprendrons nos débats idéologiques plus tard.
On fait corps pour faire honneur à votre profession et à vos engagements politiques.
Quand vous ne pouvez pas avoir choisi la politique sans l'ambition de changer les choses
et de servir votre pays, sans le culte de l'Etat de droit et la foi en l'intérêt général.
Je l'ai déjà écrit, une souveraineté partagée n'est pas une souveraineté perdue.
Aidez-nous à doter les peuples européens, les citoyens, dont les nôtres, de France,
de ces armes institutionnelles qui vous rendront un pouvoir et une légitimité démocratiques.
Acceptez de reprendre le pouvoir si vous en avez les couilles,
pour défendre nos emplois, nos chercheurs, nos agriculteurs, nos jeunes, nos talents,
nos systèmes de santé, nos spécificités culturelles comme nos choix de société.
Aidez-nous à remettre de l'Etat, partout, à tous les échelons, pour faire reculer les mafias.
Aurez-vous ce courage ? Ou préférez-vous faire carrière de vos seules vociférations ?
Auriez-vous tant à perdre ? Seriez-vous compromis dans cet ordre établi ?
Quand votre seule action est de l'entretenir ?
Pardon de vous le dire, mais vous ne menacez en rien cette finance mondialisée.
C'est tout le contraire. Vous l'encouragez. Et, comble de l'ironie,
vous la servez.

Des élections européennes approchent à grands pas.
Et c'est une opportunité. De faire de ce consensus une force possible.
Vous tous qui êtes politiques ne pouvez pas renoncer à ce point à vos responsabilités.

Quand toute la population est asphyxiée par les dettes, individuelles et collectives,
l'endettement des ménages comme celui des Etats, quand c'est une double peine.
L'innovation, la recherche, la production, l'industrie, tout est écrasé, paralysé.
Comme, dans nos vies quotidiennes, l'environnement, l'éducation, les services publics,
les salaires, le pouvoir d'achat, se dégradent de concert, dans tous nos territoires.
Si vous voulez nous rendre notre souveraineté pour agir sur le bien commun,
ce n'est pas de l'Europe qu'il faut nous affranchir mais de notre dépendance à la dette.
Et nous ne pouvons pas faire ce cadeau à nos créanciers de rester divisés et isolés.
Vous voulez faire reculer les mafias et les intégrismes ? Opposez-leur l'Etat.
Vous voulez leur opposer l'Etat ? Reprenez les commandes que l'on vous confiera.
Aidez-nous à organiser une Convention européenne avec pour seul objectif
l'organisation et l'équilibre de pouvoirs démocratiques pour notre continent.
Il s'agit d'institutions. Pas de politiques. Les institutions ne sont pas des idéologies.
Elles sont le cadre légal dans lequel nous pourront les confronter ensuite.
Dotons l'Europe d'un vrai parlement, bicaméral, en instaurant un Sénat européen,
qui garantira l'égalité entre les Etats, qu'ils soient gros ou petits, puissants ou pas,
pour compléter le pouvoir législatif et cette seule chambre basse, à Strasbourg,
qui ne représente pas les Etats mais les Citoyens, celle où nous avons une carte à jouer.
Et si le modèle du Congrès américain vous déplaît, je vous rappellerai sobrement
que ce modèle bicaméral est aussi celui, précisément, de la France.
A ce pouvoir législatif, clarifions les attributions de chaque organe actuel de l'Europe.
Quand certains sont à la fois législatif et exécutif et que l'on n'y comprend rien.
L'idée n'est pas de faire une Europe libérale, pas plus que des institutions
ne sauraient faire de l'Europe un continent conservateur, progressiste ou écologiste.
Il s'agit de donner le cadre, de décider de l'organisation et de la distribution des pouvoirs,
de convenir ensemble d'un équilibre où pourra s'exercer le rite démocratique en confiance.
Et nous pourrons ensuite, nous étriper à nouveau entre droite et gauche, et Verts et Centre,
pour savoir s'il faut plus d'impôts, moins d'impôts, plus de Défense, plus d'Education,
créer des majorités, des oppositions, être libéral, socialiste ou que sais-je.
Il est insuffisant de dénoncer les insuffisances des institutions européennes actuelles.
Il est temps, pour nous comme pour nos enfants, de prendre nos responsabilités.
Nous qui sommes de générations qui avons connu l'Etat-providence,
nous qui sommes de générations qui avons connu les bienfaits des services publics,
(bien qu'ayant toujours critiqué l'administration et les fonctionnaires, un de nos paradoxes)
pouvons-nous sans nous battre nous résoudre à en faire le deuil ?
Avons-nous définitivement perdu notre âme au désastre généralisé de l'ère Friedman ?
Notre âme et nos valeurs ? Et des principes arrachés aux violences de l'Histoire ?
Où est le problème ? C'est quoi ? Une blessure d'orgueil ? D'orgueil national ?
Qu'est-ce qui pose problème à l'idée de reconquérir notre souveraineté à l'échelle de l'Europe ?
N'est-il pas mathématiquement évident qu'il s'agit de nous donner les moyens, précisément,
de la reconquérir aussi à l'échelle de la nation, comme à celles de nos régions ou provinces ?
N'est-ce pas servir la France et les Français que nous donner les moyens de les défendre
face à la Chine et aux Etats-Unis, comme face aux mafias qui ont leurs propres règles ?
Patriotes, sortez du bois. Montrez-vous. Levez-vous. Que l'on voit vos visages.
Et vous, leaders politiques français, quelle que soit votre étiquette, prenez position.
Que les citoyens sachent de quel côté vous êtes.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

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La Tour Agbar

Publié le

Cylindres. Pistons. La Tour Agbar.
Télescopique. Amorce la pompe.
Les grandes orgues. Je pleus sur toi.
Dans une cambrure chevaline et des geysers d'hydrocarbure.
Les asperseurs à l'incendie. Pour inonder ce qu'un liquide lubrifie.
La ville est devenue orgie. C'est le Métro qui ébranle tout.
En souterrain. A la surface. La vaisselle comme les vitres de ces fenêtres à guillotine.
Le grondement de nos entrailles. Masturbe-toi dans ma semence.
Le plaisir fait plaisir à voir. Plaisir à boire, dans ta bouche, qui dégorge son appétit.
Ce qui déborde n'est pas perdu, est répandu pour tout enduire et tordre un corps assujetti.
J'aime la nuit et la jouissance. J'aime la fête et l'abandon. L'anonymat et la confiance.
Aux filets de substrats qu'on échange, du bout des doigts, Corpus Christi,
avec fièvre et délectation, idolâtrie, indifférence, avec foi et dépravation.

" Tu as vraiment l'intention de publier ça ?...
- Qu'est-ce qu'il y a ? C'est ridicule ?
- C'est quoi exactement ?... Les partouzes te manquent ? C'est ça ?

Tu as la nostalgie de tes soirées de baise à l'aveugle ? Des bordels et des backrooms ?
Il te faut combien de personnes au juste pour être foutu de prendre ton pied ?...
- Est-ce qu'on parle encore de ce départ de texte ? Je... Je ne suis pas certain...
- Réponds-moi. Ne détourne pas la conversation. Est-ce que je te suffis ? "
Je t'attache les poignets et les chevilles. Je découpe tes sous-vêtements.
Je promène un glaçon sur tes tétons. Tu ne peux rien empêcher de ce que je te fais.
" Bien sûr mon amour... qu'est-ce que tu vas chercher... C'est de la littérature.
Ce n'est peut-être pas très bon, j'en conviens, mais il faut bien que je m'y essaie.
- Alors pourquoi tu ne jouis jamais ? "
Si j'étais une femme, je serais lesbienne.
Et je passerais mon temps à bouffer de la chatte.
" Tu m'écoutes ?... "

J'ai fait gronder le moteur jusqu'au sommet de la rampe.
Marqué le stop avant de me jeter dans la Carrer Princesa.
Encore un de ces putains d'hôtels avec orchidées et galets zen.

Les serviettes nid d'abeille et le chemin de feu décoratif.
Et un couple. Hétéro. D'Allemands. Qui avaient usé sextoys et vidéos.
Il n'y avait pas eu de malentendus. Il s'agissait surtout des désirs de monsieur.
J'ai pris la Via Laietana en direction du port.
Fallait qu'elle l'aime son Markus. Dix contre un qu'elle est passée par tous les stades.
Patiemment. Avec compréhension. Y compris par le gode-ceinture.
Je n'ai pas pris l'enveloppe qu'elle m'a tendue. Je ne suis pas une pute.

Tu peux toujours t'acharner sur mon gland. Je n'ai plus aucune sensibilité.
Moi qui bandais quand j'étais gosse, à 15 ans, au seul fait de me déshabiller.
A la seule idée d'avoir à le faire. Baisser mon slip ou mon caleçon.
" On dirait que ce que je te fais ne te fait ni chaud ni froid...
- Ne sois pas injuste... je bande encore. "
Je dois retrouver les visages de ceux qui m'ont troublé dans la journée.
Dans un ascenseur. Dans la rue. Dans le hall de l'hôtel. La salle d'embarquement.
Vite. Je dois mobiliser toutes ces personnes que j'ai remarquées.
Les mettre en scène dans des scénarios bien tordus. Voilà. Ils prennent leur pied.
La démence. Tout à coup. Et la touze improbable. Dans ma tête. Pour tenir l'érection.
" Je sais bien que tu ne penses pas à moi pendant que nous faisons l'amour. "
Je me lève et cherche quelque chose. Mes cigarettes. Ou un whisky.

Je ne suis pas sûr d'avoir entendu la dernière phrase.
" Tu es un malade. " Ou quelque chose du genre.
Avec tous les efforts que je fais pour éviter un cancer de la prostate.
Syphilis. Gonorrhée. Sans oublier les morpions initiatiques. Certes.
Il y avait eu quelques dégâts collatéraux. Mais enfin, je veillais à ma santé.
Je prends une veste. Mon téléphone. Je descends marcher sur la plage.
Je sens la ville ronronner. Elle sent la mer. Elle sent le sperme. La pollution.
La mort rôde avec mille promesses. Et je ne la crains pas.
Ce que je respire est la brume de vagues histoires d'amour.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan 

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