Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Basta cosi

Publié le

Le chat a toussé, raclé sa gorge pour dégurgiter une boule de poils.
S'est tordu les boyaux aux orages internes qui l'ont broyé du dedans.
Quelque chose est parti. L'exorcisme laborieux. Et le voilà serein.
Le mois de juin n'en finissait plus de lui arracher la peau.
Le calvaire insupportable. Dont on ne connaît ni la cause, ni le remède.
Je me demande ce que mon cerveau fabrique. A mon insu.
J'avais bien sûr contrarié une fois de plus mon métabolisme.
Avec ce même vieux challenge que je ne parviens toujours pas à relever.
C'est moi que je relève. Exsangue. Pour ne pas perdre ce qu'il reste de jeunesse.
Le mal que je me fais ne mérite pas d'être éradiqué si c'est pour souffrir davantage.
Incapable de réfléchir et d'écrire. De tenir une conversation. Je me suis fait violence.
Etais plus mal qu'avec la culpabilité de mes habitudes nocives.
La tenaille organisée de l'impossibilité financière n'a pas porté ses fruits.
La méthode avait fonctionné avec l'alcool. Dont je suis tout à fait libéré.
Et je peux, trois ans après, savourer un apéro avec des amis ou un vin de table,
sans me sentir en danger, l'esprit tranquille, en me contentant d'être partie prenante,
là où je suis, présent, en entier, aux moments de partage et de convivialité.
Mais j'ai du chemin à faire pour m'arracher ce membre et en faire le deuil,
ce onzième doigt absurde, cet ennemi intime, qui ruine ma santé et me tient asservi.
Le chat fut fatigué d'un tout autre massacre. Celui de son humeur et du bon temps à prendre.
Je peux bien être esclave quand je le suis de toi. C'est une liberté que de choisir ses maîtres.
Je n'abîmerai pas juillet comme j'ai flingué juin.

Un vernissage au Couvent des Minimes. Ce lieu un peu lunaire.
Un havre de finesse mal dégrossie au milieu de casernes et d'entrepôts industriels.
Tout est déglingué. Assez pour se prêter à l'exposition des arts de la rue,
faciles à hisser au rang de l'art contemporain. Et ma ville de province s'est endimanchée.

Pour roucouler des mondanités sur le parvis en attendant la visite de monsieur le Maire.
Il y a du quadra faussement négligé, soigneusement débraillé, qui a vu du pays,
du trentenaire branchouille qui s'échappe régulièrement à Paris ou à Barcelone.
Je suis déjà lassé. Je fais faire un tour rapide des lieux à une amie de passage.
Et propose plutôt d'aller boire un verre de vin blanc aux platanes de la Poste.
Je n'ai pas envie d'entendre les envolées sur l'utilité publique de promouvoir les artistes.
Sur l'action culturelle de la municipalité et la mise en valeur de notre patrimoine.
Attendre le crépuscule sur une terrasse de café en bonne compagnie me paraît plus urgent.
J'ai eu mon lot de contraintes. Je n'ai pas l'envie ni la force de faire encore semblant.
La vie publique est un job à plein temps. Où l'enthousiasme devient un exercice de style.
Le protocole du compliment et du bon mot, les éléments de langage, trop de préfabriqué,
préparé en amont, qui me fatiguent d'avance quand il faut creuser trop profond et longtemps
pour trouver un début de lueur de sincérité, quelle qu'elle soit, et découvrir les gens.
Le serveur du café est plus direct. Brut de décoffrage. Et ça me fait plaisir.
Il a flashé sur mon amie et je suis ravi qu'il ne s'emmerde pas la vie à le dissimuler.
Sans être grossier ni envahissant, il tente quelque chose. Je trouve ça touchant.
Et peux profiter des oiseaux agités du Castillet qui célèbrent le ciel au soleil déclinant.
Le jour est en passe de tirer sa révérence. Se prépare à devenir soirée.
Et je veux être moi là où je suis assis, sans que l'on me force à jouer d'autres rôles.
Je suis Philippe Latger. Ce qui ne veut rien dire. Mais c'est ce que je suis.
Et je ferai avec.

C'est fou quand on y pense. Tout ce que les gens vous demandent d'être.
Ce qu'ils s'imaginent ou attendent de vous. Quand il est si facile de finir par s'y perdre.
Puisqu'ils ont forcément une part de vérité sur vous-mêmes. Dont on peut tenir compte.
Mais très vite, on le sent, on peut perdre la maîtrise de ce qu'on veut pour soi.

Et l'on peut se noyer dans ces regards croisés devenus tyranniques.
Il y a le temps qui passe. Que je veux déguster. Savourer chaque goutte. Une à une.
Du sablier géant dont nous sommes prisonniers. Au verre transparent sur un même mystère.
Je veux me rappeler que je suis bien vivant. Et n'ai pas l'intention de me laisser distraire.
L'art contemporain. C'est ce verre de vin blanc sur la table du café. Mes clés. Mes cigarettes.
La coupelle de plastique. Le papier de la note. Le ballet du serveur qui veut tenter sa chance.
L'espace n'est pas dans le galbe monstrueux d'un sablier fermé où l'on manquerait d'air.
Il est dans ma poitrine. Il est dans mon cerveau. J'oxygène les deux en respirant ma ville.
Les parois peuvent fondre. Mon corps prendre sa place. Quand il n'est plus un poids.
Qu'il ne m'enferme plus dans une pesanteur qui m'aurait rendu dingue.
J'expire les toxines avec mes idées noires. J'ouvre des perspectives. Je me réinvestis.
Je reprends le contrôle. Sur le temps. Sur ma vie. Puisque j'ai ce pouvoir.
Quoi que le monde extérieur cherche à nous imposer, nous avons des ressources.
Le choix. Le dernier mot. C'est nous qui décidons. Et je suis décidé.
A prendre ce qui est bon, même aux mauvaises choses, de ce qui est proposé.
De ce dont je dispose. Ce que je peux créer. Transformer à ma guise.
Il n'y a plus rien de moche dans ce que l'on décide d'aimer ou rendre aimable.
S'il me reste du temps, je ne le perdrai plus. Le beau temps n'est pas que du ciel bleu.
C'est ce qu'il y a avant. C'est ce qu'il y a après. Je peux tout traverser.

Entendre. Comprendre. Quitte à tout inventer.
Et sans me résigner, j'accepte d'être heureux.
 
 
Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

L'Amour n'est pas le Mal

Publié le

Je compte 35 lunes et autant de grains de beauté.
Je ne me désenvoûterai donc pas. De ton regard d'onyx à la douceur hindoue.
Des ténèbres joyeuses, émouvantes, d'un charbon à extraire dans les grandes profondeurs.
De l'être merveilleux qui cache un labyrinthe où je me suis perdu, où je me suis trouvé,
d'où je ne sortirai qu'en passant l'arme à gauche.
Au coin de la narine. A celui de la bouche. Il y a des grains de café que je croque.
Quand la nuit crée des ombres pour protéger nos âmes unies dans leur étreinte.
Protéger nos baisers et les faire durer. A l'abri des regards qui ne sont pas les tiens.
Tes cils sont des peignes andalous, s'allongent davantage aux amandes brillantes
où quelque chose crépite en me reconnaissant.
Tes lèvres s'étirent et s'ouvrent sur l'émail éclatant d'un sourire.
Nous nous aimons si fort que le diable transpire.
L'Amour n'est pas le Bien. Mais les deux vont gagner.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Vers le coeur

Publié le

C'est une chevelure qui se déroule au vent comme une interminable oriflamme.
Qui claque dans le bleu du ciel au-dessus du pare-brise d'une décapotable.
La route fend le désert. Une ligne droite qui ne mène nulle part.
Le soleil écrase tout. A mille lieues de Vegas. Et si loin de la côte.
Des rouleaux d'océan Pacifique peuvent pleuvoir sur eux-mêmes.
La voiture sera laissée aux abords de Venice ou bien de Malibu.
Il y a bien des palmiers et des postes de secours. Susan et ses lunettes noires.
Court sur la plage. Le visage dégagé. Retire un chemisier. Va plonger dans les vagues.
Et ses cheveux se déploient dans les eaux sous-marines. La profondeur turquoise.
Qui se teinte de noir propagé comme de l'encre. Aux lumières étranges venues de la surface.
Elle cesse de nager. Le corps semble couler. Dans un silence épais et ses yeux grands ouverts.
Il n'y a plus de questions. Susan se fond au monde qui n'a pas voulu d'elle.
Et le sourire aux lèvres. Elle s'enfuit vers le cœur.
   

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Castells

Publié le

Je ne sais pas ce qu'ont ressenti les gars qui ont découvert Ray Charles ou Miles Davis.
Ceux qui ont entendu Prince à ses débuts, avant le reste du monde.
J'ai été impressionné par Bernard de Bosson expliquant avoir fondu en larmes

dans un petit studio d'enregistrement parisien en 1971, entendant le piano-voix singulier
d'une jeune femme de 22 ans qui s'appelait Véronique Sanson.
J'imaginais l'émotion que ce devait être. Se prendre le talent brut dans la gueule.
Comme cela a dû être violent de découvrir Stevie Wonder, George Benson ou Nina Simone.
Des gens qui n'imitent personne. Qui sont eux-mêmes. Avec leur vérité étrange.
J'ai été gosse et je jouais du piano. Mais j'imitais, sans parvenir à devenir moi-même.
Quand je voulais être un savant mélange de Prince et de Serge Gainsbourg.
De l'eau a coulé sous les ponts et j'ai eu le temps de me déplumer au feu de la realpolitik.
Renoncer à certaines choses. Même si l'on m'a donné ma chance et permis d'entrer dans le club.
Celui du showbusiness dont j'ai pu étudier de près les vanités, les aberrations et les limites.
Pour tout vous dire, sans être particulièrement aigri, j'avais fini par jeter l'éponge.
En dix ans de parcours, plus rien de ce milieu ne parvenait encore à me faire rêver.
Il n'y a pas de rancune quand je n'ai jamais eu d'ambition personnelle, comprenez-moi,
je veux dire rien d'ordre carriériste, ni d'attentes financières ou simplement professionnelles.
Mais j'étais furieux d'avoir perdu l'émerveillement du gosse que j'ai été pour la musique.
Quand plus rien ne m'intéressait de ce que j'entendais. La flamme s'était éteinte.
A force de commandes, de désillusions, de caprices de stars, de guerres d'ego à deux balles,
de paresse intellectuelle, de logiques commerciales, j'avais eu mon overdose de médiocrité.
Quand bien trop de gens font ce prétendu métier pour de mauvaises raisons.
Pourquoi serais-je tombé en pamoison devant un Benjamin Biolay qui ne s'est pas trouvé,
peut s'abstenir de le faire quand il a du succès en continuant à faire " à la façon de " ?
Pour quoi pourrais-je m'enthousiasmer quand on remâche les mêmes vieux chewing-gums,
que l'on stagne depuis dix ans dans le service minimum de la reprise, du remix et du revival ?
Je flotte depuis les Années 2000, en attendant qu'il se passe quelque chose.
Puisqu'il ne s'est rien passé en musique depuis les Années 90 où nous avons vu exploser
les deux derniers courants dignes de ce nom que furent le Rap et la Techno.
Dites-moi si je me trompe. Prouvez-moi que je me trompe. J'ai raté un truc ?...
La seule révolution depuis fut celle du support. La vulgarisation d'internet.
Mais musicalement parlant, permettez-moi de vous dire qu'on s'emmerde ferme.
Je n'achète plus de disques depuis 2000. Je veux dire aucun nouvel album.
Et me suis replié sur les classiques. Préférant les originaux aux ersatz.
Classique. Jazz. Pop. Chanson française. Whatever. Vous me suivez ?
Ce n'était pas de la rancoeur mais du désenchantement.
Et j'étais profondément triste de ne plus rien attendre de la musique.

Je ne suis pas Bernard de Bosson et il n'est pas Véronique Sanson. Non.
Ce n'était pas dans un studio d'enregistrement parisien en 1971.
C'était devant mon écran. C'était hier. Et j'ai été submergé.

La fatigue peut-être. Une semaine sans fumer. Quand j'essaie d'arrêter.
J'ai chialé. Oui, je crois que j'étais fatigué. Je n'avais pas dormi. Ou si peu.
Je suis sur Facebook de bon matin. Un contact publie une vidéo. Désoeuvré, je clique.
J'écoute. Je regarde. J'écarquille mes yeux et mes oreilles. Il se passe quelque chose.
C'est un contact FB déjà ancien. Dont je ne me rappelais pas. Un gars que je ne connais pas.
Aux amis que nous avons en commun, je comprends que c'est le réseau jazz.
Je n'étais jamais allé sur son mur auparavant. N'avais jamais lu son nom avant ce matin.
Il y a le velouté de la semi-acoustique. Celui de la chaleur du whisky et des clubs exigus.
Les rues de Manhattan à l'aube. Le jour qui se lève, encore gris, sur des cuivres embrumés. 
Le jazz a ce pouvoir troublant d'être à la fois optimiste et désespéré. Doux-amer.
Saudade. Comme la bossanova. Plus complexe que le rock. Multiple. Paradoxal.
C'est pour ça que je suis au point du jour. Au partage des eaux. Entre l'espoir et la résignation.
La nuit perdue. Le jour qui vient. Entre deux eaux. Le jazz. C'est ça. En équilibre. Fragile.
Ici, il est feutré. Abîmé mais ravissant. Sombre et lumineux. Sobre et élégant.
Il y a ce chat qui trotte dans une ruelle de Brooklyn. Des cargos dans le port.
Et une parfaite synchronisation. C'est le petit matin, ici aussi, à Perpignan.
A la nuit qui se retire, aux horreurs, aux angoisses, aux doutes qui se dispersent, enfin,
il est temps de vivre, de se lever, ouvrir les fenêtres, de respirer la fraîcheur fade de la ville.
Revenir dans sa vie, dans le monde. Et un gosse de 17 ans parvient à m'en convaincre.
Quelque chose dans le timbre me fait penser à Etienne Daho. En mieux sans doute.
C'est plus dans l'attitude. Une assurance timide. Mais imparable. Le refus de la joliesse.
Le gosse chante. Point. Sans épreuves de force. Sûr de son affaire plus que de lui-même.
Il n'est pas dans la démonstration. Il sert quelque chose de plus grand que lui.
Il sert un travail. Une équipe. Une chanson qui s'installe dans les écouteurs dont je m'empare.
J'ai faim de café. De croissants. Une faim de loup. Et des basses. Je veux les basses.
Dans les écouteurs. La Gibson trotte dans les rues de New York sous la vague de cuivres.
Je m'accroche à mon fauteuil. Je suis encore dans l'expectative. Je veux être sûr...
D'être bien réveillé. Le manque de tabac affecte peut-être ma perception. Du sang froid.
Je ne sais plus respirer sans mon paquet de clopes quotidien. Une semaine que j'étouffe.
Je dois ouvrir les fenêtres. Respirer. J'ai besoin de respirer. Qu'est-ce que j'entends ?...
La mélodie est réduite à un refrain resserré, efficace, comme on en fait toujours dans le jazz.
Le gimmick est d'une simplicité redoutable. Parole et musique. Nombre d'or de l'architecture.
Je tends l'oreille. Je lis son nom. Jean Castells.
Et je m'en sors criblé de balles.

Il est à l'écran. Cohérent. Il ressemble à ce qu'il fait. Et cela me trouble beaucoup.
Qu'un gamin de cet âge dont les os du crâne ne sont pas tout à fait soudés soit si accompli.
Les os sont encore souples, et cela se sent dans la voix, dans sa musique, ses arrangements.

Les marges de manœuvre sont infinies. Mais dans la fulgurance on sent sa part de finitude.
D'où il vient et où il va. C'est là. En entier. Immuable. Avec un champ de possibles effrayant.
J'avance dans la vidéo. Ace the Phoenix. Caj Flow. Pour ne pas être seul peut-être.
Pas pour s'excuser d'être là. Ni pour se planquer derrière eux. Pour les mettre en lumière.
En contraste. Faire quelque chose ensemble. Et ça s'accorde. Fonctionne à merveille.
C'est beau. C'est intelligent. Quand j'ai toujours eu du mal à concevoir l'un sans l'autre.
Et, comble du luxe, c'est sensuel. Intelligent et sensuel. Voilà déjà qui est plus acrobatique.
Alors, oui, tout de même. Qu'on se mette d'accord tout de suite sur un point important.
J'ai quelqu'un dans ma vie, dans la peau, et je ne drague pas sur Facebook. Je suis amoureux.
Heureux en amour. Je n'ai besoin de rien de ce côté-là. Si vous voyez ce que je veux dire.
J'assume la part de coup de foudre que c'est, puisque c'en est un. Manifestement.
Mais il n'y a pas de manœuvres crapuleuses. Seulement un éblouissement.
Et cette émotion que l'on a lorsqu'on découvre et reconnaît un pur génie au début de sa route.
J'étais bouleversé. Et n'ai pas pu faire autrement que partager aussitôt cette révélation.
C'était trop beau et trop fort pour moi. Et je continuerai à partager autant que possible.
D'autant qu'au-delà du titre Breathe, que j'ai réécouté plusieurs fois de suite,
j'ai visionné d'autres vidéos du gamin et n'étais pas au bout de mes surprises.
Je ne suis pas curieux de la personne de Jean Castells que je n'ai pas le désir particulier
d'approcher, de rencontrer ou de connaître, lorsque, comme lui j'imagine, l'intérêt est ailleurs,
quand je pense qu'il est le premier à s'intéresser plus à sa musique qu'à lui-même.
Pour ma part, je vois exactement le gosse que j'aurais aimé être à son âge.
Celui qui a assez de maturité pour ne plus imiter mais trouver sa propre voix.
Et plutôt que de penser, " merde, ce petit con a réussi ", je suis heureux de voir cela possible.
Du haut de mes quarante ans, je respire, oui, enfin, soulagé, de voir que c'est possible.
D'être soi-même, et non un sous-Prince ou un sous-Gainsbourg de plus.
Du haut de ses 17 ans, le gosse m'a foutu une grande tarte dans la gueule.
Il est plus costaud qu'il n'y paraît. Il ira très loin. Et je suis déjà fier de le connaître.
Quand il est armé psychologiquement pour passer les obstacles de ce milieu féroce.
Qu'il est assez habité par son travail, comme beaucoup de jazzmen à vrai dire,
pour ne pas se planter d'objectifs ni se perdre dans de trop nombreuses motivations illusoires.
Même dans son rapport à la caméra, on sent ce sens inné de l'équilibre. Impressionnant.
Entre la sincérité et la distance. Entre l'honnêteté intellectuelle et la retenue.
Cet équilibre délicat entre la pudeur et l'impudeur. L'assurance et le doute.
Une intelligence qui révèle son travail. Une intuition qui révèle son talent.

J'écoute tous les titres disponibles sur sa chaîne Youtube.
Guitariste, auteur-compositeur, il est aussi chanteur. Plus encore. Crooner.
J'y pense. Même dans son physique et sa présentation. Il a tout pour plaire à l'Amérique.

Des références notamment. Il s'attaque à Cole Porter avec une décontraction crédible.
I've Got You Under My Skin. Diablos. Mais qu'est-ce que c'est que cet animal.
Je suis convaincu qu'il ne restera pas méconnu longtemps. Cela ne peut être autrement.
Bye bye Peter Cincotti et Harry Connick Jr. Ecrasés par qui se prend moins au sérieux.
Lorsqu'il n'y a rien de présomptueux dans la démarche du kid qui vit pour sa musique.
Lorsqu'il a plus de talent que les deux lascars précités réunis. Jamie Cullum, tiens-toi bien.
La relève est prête. En embuscade. Entre électro et hip hop. Les mutations du jazz.
Je partage Breathe sur FB. Un ami parle justement de fraîcheur. En plein dans le mille.
That's it. La fraîcheur vivifiante de l'aube. Je respire profondément à ma fenêtre.
Et franchement, ça sent bon. La journée va être belle. Ce sont des retrouvailles pour moi.
Avec le gosse que j'ai été et que j'avais abandonné. Avec la musique que j'aime.
Vive le conservatoire. Et vive internet. Le même ami écrit le mot sain. Rebelote.
Jack a visé juste. Et mon enthousiasme pour Castells est aussi sain que le travail qu'il produit.
Puisque c'est exactement ce que cela inspire. Une pureté que je désespérais de retrouver.
Qui redonne confiance. Qui fait sourire. Qui donne des forces. Et me réconcilie.
Si je ne retiens pas mes coups, c'est que j'ai déjà embarrassé le gosse avec mes louanges.
Qu'il ne se trompe pas lui non plus sur mes intentions. Je n'attends rien. C'est gratos.
Je veux qu'on sache qu'il existe. Et que les producteurs de musique fassent leur job.
Il ne me devra jamais rien. Quand je ne suis ni mécène ni agent. Ni même de ses groupies.
Mon effusion et mon émotion ne doivent pas décrédibiliser mon jugement implacable :
ce garçon est une mine d'or pour qui aura le bon sens de l'exploiter.
J'en suis sûr à sa parfaite interprétation de Say It Ain't So de Murray Head.
Comme à cet instrumental que je découvre ce soir, Impossible Love, somptueux,
aux lignes de cordes et de cuivres d'une efficacité diabolique, qui me fait penser
que Hollywood pourrait songer à l'atteler aux grandes partitions dont le cinéma a besoin.
Une autre piste de réalisation pour ce petit monstre qui peut tout explorer et sublimer.
Le potentiel donne le vertige. Mais je ne doute pas qu'il gardera la tête froide.
Quoi que je puisse écrire le concernant. Ce soir comme prochainement.
Quand j'aurai plus à dire encore. Puisqu'il y a matière.

 

Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Open-Heart Surgery

Publié le

J'inciserai. Et ça s'ouvrira comme du bœuf tendre et saignant.
Les joues de madame. L'une après l'autre. Ce sera drôle de découvrir ses gencives et ses dents.
Une petite lame de rasoir suffira. Elle est attachée dans la cave. La dame. A un vieux sommier.
Un sommier métallique transformé en lit de barbelés. Pour écorcher son dos. Bien à vif.
" Alors ?... Tu fais moins la maline... Tu veux faire la maline, Dorothée ?... "
Elle ne répond pas. J'ai flanqué du ruban adhésif sur sa bouche. Du bon gros chatterton.
Qu'il me restait de mon dernier déménagement. Elle a renoncé à hurler des sons de muets.
Ces sons qui mettent tout le monde mal à l'aise. Ok, je crois qu'elle a compris.
Elle a gardé sa grimace de nana horrifiée, les yeux écarquillés, avec une expression,
évidemment, que je n'avais jamais vue sur le magnifique visage poupin de Dorothée.
Mais elle avait cessé de crier. Et cela me manquait presque. J'avais envie qu'elle crie.
J'avais besoin qu'elle hurle. Il est peut-être temps de lui montrer la lame de rasoir.
Qu'elle comprenne qu'elle n'est pas au bout de ses peines.

Pierre a un bon alibi. Assez banal je dois dire. Pierre a une maîtresse.
Il passe le week-end avec elle. A Baltimore. Avec une collaboratrice. Une collègue.
Ce que les hommes infidèles sont classiques. Prévisibles. Enfin, rien de plus normal.

Pourquoi s'emmerder à aller chercher ailleurs qu'à l'étage du building où l'on passe son temps.
" Ne me dis pas que tu ne savais pas... Dorothée, enfin... " Quelle conne.
Ouais. Avec Sophie. Qui est déjà venue dîner chez toi alors qu'ils couchaient déjà ensemble.
Mais au moins voilà. Vous savez que Pierre ne ferait pas de mal à Dorothée. Pas de cette façon.
Lorsque révéler sa liaison fait partie du supplice chinois qui complètera les sévices physiques
que je réserve à la truie que j'ai attachée, à poil, le dos en sang, dans la cave de son immeuble.
Non, la part de Pierre, c'est de lui briser le cœur. Moi, je m'occupe de lui briser les os.
Et c'est formidable pour moi de pouvoir cumuler les plaisirs.
" Ton mari ne viendra pas te sauver ma chérie. Trop occupé à prendre son pied avec Sophie. "
Il ne s'étonnera pas de son absence non plus. Il y a des situations, assez nombreuses en fait,
où les maris infidèles peuvent nous simplifier la vie.

Je parle de Pierre avec ce détachement assez naturel et compréhensible.
Quand Pierre n'est pas mon père. Et je l'ai toujours su. Pierre, c'est mon beau-père.
Et ma mère, je lui découpe les joues avec une petite lame de rasoir prise à la salle de bains.

" On fait moins la maline, hein ?... " Vous devez me trouver cruelle, sadique et inhumaine.
Peut-être monstrueuse. Bonne à enfermer ou à griller sur la chaise électrique.
Mais comprenez que je rends à ma mère la monnaie de sa pièce.
La belle Dorothée et son visage poupin d'épouse parfaite...
Je me rends compte que je l'ai toujours appelée par son prénom. Depuis toute petite.
Je ne l'ai jamais appelée maman. D'ailleurs, ce seul mot me donne envie de vomir.
Et à ce propos, je pense qu'il serait judicieux de retirer tout ce qu'il y a dans son ventre.
" Tu as déjà été mère, toi... Tu n'as plus besoin de tout ça... " lui dis-je gentiment.
Elle avait eu trois enfants. J'étais celle du milieu. Et la seule qui ait survécu.
Puisque je n'ai pas eu cette chance ou ce privilège de mourir avec mes frères.
Un dé de beurre dans la poêle. Au menu, de la joue. De la joue de mère indigne.
Je garde le meilleur pour la fin. J'ai toujours fait ça. Même enfant. Tu te rappelles ?...
 
 
Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Steak tartare

Publié le

La nourriture me fait du bien. Me fait du mal. Tout à la fois.
L'eau que je bois. Le vin que je bois. Meilleur ami et faux-frère.
Je suis en manque de trop de choses à la fois. Je suis à côté de moi.
A côté de chez moi. A côté de ma vie. A côté de tout.
Et je n'ai rien à observer depuis mes propres yeux.
Une ville que j'aime. Et qui m'échappe un peu.
La pente douce vers le cœur du cratère. Des casernes sinistres.
A la nuit qui s'installe gentiment. La lumière orange dans les rues désertes.
Tout le monde fait la fête côté boulevard Clémenceau. Autour du nouveau théâtre.
Où le festival bat son plein. Les terrasses sont bondées et joyeuses. Une marée humaine.
Le centre, lui, est abandonné. Et moi avec. Errant sur des places vides, esseulées.
De bonnes adresses autour de la cathédrale attendent le client. Et c'est triste à pleurer.
Du Mont des Oliviers, ou de la Maison Rouge, il y a ma pente douce jusqu'à la médina.
Deux silhouettes rondes comme du Botero, endeuillées, sont assises côte à côte et de dos.
Deux femmes gitanes donnent à manger à une meute de chats maigres dans la lumière orange.
J'ai envie de chialer. Parce que c'est beau. Que ça me manque. Comme la lune. L'état d'amour.
La fièvre d'un été déjà vieux de trois ans. Qu'ai-je fait du vertige ?
J'ouvre les yeux et c'est la baie. Et la pinède. Et la piscine. Toute l'Espagne.
Ma ville arrachée à mon ventre. A la nuit tombée. Sais-je encore qui je suis.
Je suis en manque. Je ne suis rien. Ou pas grand-chose.
Je veux combler ce que le temps a pu creuser à coups de pelle, à coups de pioche.
Me remblayer. Me remplumer. Retrouver le goût d'être moi. Ou d'être un autre.
Redevenir quelqu'un.

 

Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Une journée au moins

Publié le

Sur le transat, à Bompas, le soleil me dévore le ventre.
Virginie a taillé l'énorme figuier de barbarie. Les murs sont blancs.
Le carré de piscine impose son bleu franc sous celui d'un ciel immense.
Les parfums du jardin, ceux de ma peau en train de cuire, tout évoque le plaisir.
Celui, chaste, du paradis perdu. Dont j'ai retrouvé la porte. Dans les gonds de juin.
Déjà, traverser la ville fut un ravissement. Ecrasée sous une chaleur fantastique.
Et chez mon amie, je peux libérer mon corps. Mes pieds de mes chaussures.
Mes jambes. Mon torse. Enfin déshabillé. Pour m'envelopper de l'air. De lui-seul.
Capable d'épaisseur et de légèreté. Un air chargé d'odeurs voluptueuses et de beaux souvenirs.
Mon visage. Ma poitrine. Mes jambes. Tout est pris d'assaut. Le bronzage attendu. Délicieux.
Et ma peau peut éclore. Changer de couleur. Virer au rose. Au brun. Au doré. Délivrée.
Je peux fermer les yeux sur les abysses de mon existence, une vie entière, jusqu'à l'enfance,
retrouver toutes les sensations du bonheur et de la plénitude, celles du vivant.
Retrouver des voix et des gens que j'ai perdus en route. Quelques éclats de rire.
Un chat a trouvé une plage de fraîcheur sous la table de la terrasse, étalé de tout son long.
La brise ne dérange rien. Ne fait pas frissonner. Fait du bien à tout ce qu'elle rencontre.
J'y flotte à l'horizontale, au-dessus du sol, comme du linge qui sèche offert aux éléments.
Mon sexe et mes fesses dans un maillot de bain, le reste peut s'ébrouer à l'air libre.
Le soleil me dévore les cuisses. Dévore mes abdos. Mes pectoraux.
Et j'aime son étreinte.

J'ai pu rentrer du village régénéré. Retrouver Perpignan. Le centre-ville.
Ma peau tranchant désormais sur une chemise blanche éblouissante.
Avec l'aimable morsure du textile sur mon écorce brûlée.

Un coup de soleil monstrueux sans doute. Quand je n'utilise aucune huile.
Que je n'ai jamais tartiné mon corps d'ambre solaire. Je suis rouge. Ou orange.
Et je devrai dormir sur le dos. Heureux du picotement qui se fait déjà sentir.
Aussi merveilleux que les piqûres de moustiques de quand nous étions gosses.
Mai n'avait pas tenu ses promesses. Nous avions une revanche à prendre.
Barboter dans le bouillon de lumières aux étincelles agitées et volutes aveuglantes,
cette eau tiède, enveloppante, à peine fraîche, aussi bienfaisante que l'air alentour.
Renouer avec la nature. Avec l'été. Avec l'amour. Avec une chair à soigner.
Dans la piscine. Sous le soleil. A l'ombre de la pergola où le chat faisait sa sieste.
Je reviens dans mon appartement avec cette certitude. Le bonheur, c'est cela.
Mon bonheur. L'histoire de ma vie. Mon équilibre. Ma raison d'être. Juin. Le vrai.
Qui tarde encore à s'installer. C'est cette chaleur sur mes épaules nues.
Marcher pieds nus sur les lattes de bois brûlantes. Mes yeux plissés dans le ciel.
La langueur d'un après-midi qui n'en finit pas de ronronner. La soirée en cadeau.
Lorsqu'il est possible de reprendre ses esprits et une activité. Mon centre-ville.
Je suis revenu gitan du village de mon enfance. Le sourire insolent.
Je suis prêt pour le sexe et les nuits indolentes. Le corps s'est dérouillé.
A reconquis ses forces. Le goût de l'érotisme. Et de la séduction.
Je sens les muscles à leur place. Leur bon fonctionnement. Je suis bien dans ma peau.
Quand j'attendais cela depuis l'été dernier.
 
 
Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Aujourd'hui, à l'heure qu'il est...

Publié le

On ne peut plus être patriote sans être européen.
 
 
Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Le platane enserré

Publié le

Bon, ok, ils m'ont niqué le parvis. Pas grave.
Bien des choses changent. Et d'autres ne changent jamais.
Il reste la cathédrale. Il reste le platane. Même avec le sabot ignoble qu'on lui a mis au pied.
Ah ça, il ne manque rien. Moins deux, et nous avions droit à la roue de charrette.
Ou à la machine viticole. Comme on en trouve au milieu des ronds-points des villages alentour.
Des trucs qui ne servent à rien. Ah, si... pardon. Qui servent à " faire joli ". J'imagine.
Bref, ici, à la Cathédrale St-Jean, étendre le pavage de granit rose ne semblait pas suffire.
Il a fallu pas moins de 7 matériaux et types de revêtement différents.
Qui comptent double dans un mouchoir de poche de 400 m2.
Le granit utilisé pour toute la surface piétonnière de la ville, et le seul légitime à mes yeux,
et puis du gros galet, et du petit galet, et de la brique rouge, et ce matériau 70 venu de nulle part
pour emprisonner mon platane, et cet autre dallage qui vient bouffer, contre le porche,
le grand rectangle de marbre rose dont on suppose qu'il fut le plateau d'un autel plus ancien.
Au patchwork de goudron déglingué que nous avions, nous en avons obtenu un autre.
" Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? " avais-je titré sur Facebook,
photo à l'appui, lorsqu'on m'a à juste titre peut-être rétorqué que c'était toujours mieux qu'avant.
Certes, je n'ai jamais trouvé les voitures en ville ni très utiles, ni très décoratives.
Et j'enrage toujours aux stationnements le long de trottoirs de rues étroites ou historiques,
quand elles viennent emmerder les piétons, fauteuils roulants et poussettes,
et abîmer les perspectives, empêchent de jouir des façades et de leurs alignements.
Pensez qu'à la place de la Pyramide du Louvre, il n'y a pas si longtemps,
se trouvait encore un parking de surface qui serait inimaginable aujourd'hui.
Ici aussi, au beau milieu de la place de la cathédrale, j'ai connu le temps où l'on avait trouvé
pratique d'offrir du stationnement à une vingtaine de voitures, que personne ne regrette.
Il ne tiendrait qu'à moi, tout le cœur de ville serait piéton depuis longtemps.
Véhicules prioritaires, livraisons, résidents. Ok. Avec accès par badge comme ça existe.
Pour le reste, pas de stationnement possible à l'intérieur des boulevards. On peut marcher.
Et en effet, il était honteux qu'il reste quelques places au pied de mon campanile.
Nous avons sacrifié le parking devant le Castillet. Il était temps d'en faire autant ici.
Mon ironie ne disait en aucun cas que je regrettais la présence de l'automobile.
Elle portait sur le travail de concepteurs qui ont tenu à laisser leur trace en faisant du zèle.
J'hésite d'ailleurs à utiliser le mot d'architecte. Paysagiste peut-être serait plus approprié.
On pouvait faire propre, net, économique, écologique, et bien d'autres choses encore,
en se contentant de virer les bagnoles avec une seule chape, unie, sans fioritures.
St-Jean ne suffisait-elle pas à embellir les lieux à elle-seule ? Il faut croire que non.
Car c'est bien pour faire "joli" que l'on a utilisé la brique rouge ici et le gros galet là.
Voilà que ce fourre-tout de grand n'importe quoi vient détourner l'attention de ce qui importe.
La rampe pour handicapés, qui est une bonne chose, est d'une lourdeur qui vient casser
l'harmonie de la porte latérale, ravissante, avec ses colonnes blanches et son fronton brisé,
le bac enserrant désormais mon platane est tout aussi grossier qu'inutile, déplacé, ridicule,
et gâche de surcroît les deux petits escaliers charmants qui se trouvent derrière.
Bref, j'accuse les concepteurs d'avoir préféré mettre en valeur leur propre délire
que mettre en valeur le patrimoine existant qui n'avait pas besoin de ça.
J'ai connu ça dans la musique, où des chanteurs essayaient de tirer la couverture à eux,
où des auteurs voulaient l'emporter sur les compositeurs, et inversement, se mettre en avant,
au lieu de travailler ensemble, en équipe, au service de l'œuvre plutôt qu'à leurs petites gloires.
On trouve partout, dans tous les secteurs, ces dérives mégalomaniaques. Les luttes d'ego.
Je ne jette pas la pierre au maître d'œuvre et à ses ouvriers, qui eux, exécutent les plans.
Et qui, j'en suis témoin, ont été remarquables, ont parfaitement travaillé. Vite, et bien.
Je maudis juste ceux qui ont décidé de ce foutoir, leur en veux d'avoir défiguré mon parvis.
Qui ressemble désormais à celui de la Mairie de Bompas ou de Ste-Marie-la-mer.
Puisque ça vaut à peine les délires des designers improvisés de conseils municipaux.

Je suis peut-être sévère. Je suis d'abord en colère.
Parce qu'ils ont réussi à ôter tout charme à ce lieu qui en avait tant.
Au bénéfice du recul de la voiture dont je devrais me réjouir, je reste perplexe.

Mieux qu'avant ? Permettez-moi finalement d'en douter.
Quand aux arguments écologiques que je comprends sur la guerre contre l'automobile,
je réponds que le désert minéral que l'on y oppose n'est pas non plus une panacée,
puisqu'il contrarie les cycles de l'eau et ses réseaux d'évacuation naturelle.
Mon platane était ce qu'il restait de végétal dans mes fenêtres,
et le voici pris dans une camisole débile qui me rend malade pour lui.
L'éclairage orange est le même que lorsque je me suis installé dans cet appartement.
Et je suis heureux de retrouver son feuillage dense contre le marbre et la pierre de la tour.
C'est toujours ce même décor d'Opéra qui avait su me convaincre à la première visite.
Mais oui. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Cela me désole.
J'attendais que les travaux progressent pour réagir. Je rongeais mon frein.
Pouvais être confiant au départ, craindre le pire en cours de route. J'attendais de voir.
Et ce soir, à mon garde-fou, oui, je vois. Je vois le résultat.
Une belle branlette de gens qui se sont fait plaisir. Grand bien leur fasse.
Ce n'est sans doute pas si grave. Ce que je disais au camarade Fonquernie.
Flanqué dans mon autre porte-fenêtre pour constater les dégâts.
Il n'y a rien ici d'irréparable. Rien d'irrattrapable. Ce ne sont que des galets.
Des choses que l'on pourra changer. Virer. Transformer. Et c'est un moindre mal.
Mais c'est un coup de griffe. Dans la tronche. Quand mon cœur a une belle balafre.
Quand j'ai conscience que ma réaction révèle d'autres enjeux plus personnels.
Qu'en touchant à ce lieu ils n'ont pas seulement touché à un lieu mais à toute une histoire.
Ce qu'ils en font ne me plaît pas. La tournure que ça lui donne ne me plaît pas.
J'étais dans mon élément et mon amour avec moi dans le charme discret, émouvant,
d'une parcelle gothique habitée de fantômes et de liaisons secrètes, propice aux roucoulades,
à l'errance des chats et au chuintement des fontaines, et nous voici dans la pompe grotesque,
outrancière et sans âme, de vanités locales, aussi ostentatoires qu'absurdes.
Je m'attendais à une plus-value. Pour mon appartement comme pour mon histoire d'amour.
Et vous me trouvez déçu. Amèrement déçu. Prêt à jeter l'éponge. Ou être indifférent.
Cela profitera à d'autres. Ce n'est sans doute qu'une affaire de goût.
Il y a bien des touristes et des Perpignanais peut-être qui trouveront ça " joli ".
Le petit sentier façon Magicien d'Oz pour les chaises roulantes. Ne manque que des nains.
Pour chanter à leur passage. Ou un petit âne avec des fleurs dans des paniers.
Pour qu'ils sachent par où passer s'ils venaient par mégarde à s'égarer si près du but.
Ok. Il y a des choses qui ne changent jamais. Mais il y en a qui changent.
Et certains changements ne me plaisent pas du tout. Des choses qui se dégradent.
Qui se délitent. Qui s'abîment. Quand c'est un des tranchants de la lame du temps.
Que je dois accepter. Des choses s'améliorent. D'autres se détériorent. C'est le jeu.
Très bien. Il n'y aura plus de voitures. Alléluia. Et je me dis, refermant ma fenêtre,
que ça me fait une belle jambe.

 

Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Bientôt 18/28

Publié le

Le 5 juin dernier, la Commission Européenne a validé une date.
Celle du 1er janvier 2014. Choisie par Riga pour adopter l'euro.
Membre de l'Union Economique et Monétaire de l'Union Européenne,
la Lettonie sera le deuxième pays balte à intégrer la zone euro,
qui comptera alors 18 Etats sur les 28 de l'Union.
L'ex République Socialiste Soviétique faisait partie des 10 pays de l'élargissement de 2004,
adhérant à l'Union après avoir adhéré à l'OTAN la même année, et l'objectif fixé au départ
en 2008 pour l'adoption de la monnaie unique n'avait pu être tenu.
Finalement, une deuxième échéance fut proposée dont nous approchons à grands pas.
D'autant que la Commission a publié le rapport de convergence 2013
portant une appréciation favorable, en guise de feu vert, il y a quelques jours à peine.
Dans six mois, la Lettonie devrait abandonner le lats au profit de l'euro,
alors que des élections en mai renouvelleront le Parlement Européen en suivant.
Des débats seront appréciés pour essayer de comprendre comment nous allons gérer
cette Europe que nous avons construite à géométrie variable, sans doute heureusement,
lorsque nous ne pouvons plus depuis longtemps avancer sur le principe d'unanimité.
Au sein de l'Union, une zone euro, qui sera donc prochainement de 18/28.
Et au sein de la zone euro, et nulle part ailleurs, un nouveau noyau de convergence
à promouvoir et à porter, constitué de qui voudra, pour planter une graine fédérale,
avec la nécessité du gouvernement économique que le Président Hollande défendait encore
en mai dernier, qui serait en charge d'assurer une harmonisation fiscale des plus urgentes.
Les négociations actuelles avec les Etats-Unis sur l'accord de libre-échange,
dont les difficultés sont médiatisées grâce à la question de l'exception culturelle,
doivent nous convaincre que notre continent doit se doter d'institutions plus solides,
et au plus vite, lorsque nous avons en face de nous un Congrès américain bien rodé,
une machine de guerre politique, éminemment démocratique, vieille de deux siècles,
un système fédéral organisé, implacable, auquel nous devrons être capables de répondre.
L'union avec Washington est sans doute un moyen de résister face à l'Inde et à la Chine.
Mais au sein de cette union, à nous de décider combien on souhaite de pôles politiques.
Et la structure bureaucratique actuelle n'aura aucune crédibilité ni force de décision
si nous n'avons pas une représentation démocratique et un exécutif élu à opposer
à celui des Etats-Unis d'Amérique.
Nous pouvons élargir l'Union et la zone euro indéfiniment,
l'union ne fera la force que si nous la faisons vraiment.

 

Philippe LATGER
Juin 2013 à Perpignan

Voir les commentaires