Basta cosi
S'est tordu les boyaux aux orages internes qui l'ont broyé du dedans.
Quelque chose est parti. L'exorcisme laborieux. Et le voilà serein.
Le mois de juin n'en finissait plus de lui arracher la peau.
Le calvaire insupportable. Dont on ne connaît ni la cause, ni le remède.
Je me demande ce que mon cerveau fabrique. A mon insu.
J'avais bien sûr contrarié une fois de plus mon métabolisme.
Avec ce même vieux challenge que je ne parviens toujours pas à relever.
C'est moi que je relève. Exsangue. Pour ne pas perdre ce qu'il reste de jeunesse.
Le mal que je me fais ne mérite pas d'être éradiqué si c'est pour souffrir davantage.
Incapable de réfléchir et d'écrire. De tenir une conversation. Je me suis fait violence.
Etais plus mal qu'avec la culpabilité de mes habitudes nocives.
La tenaille organisée de l'impossibilité financière n'a pas porté ses fruits.
La méthode avait fonctionné avec l'alcool. Dont je suis tout à fait libéré.
Et je peux, trois ans après, savourer un apéro avec des amis ou un vin de table,
sans me sentir en danger, l'esprit tranquille, en me contentant d'être partie prenante,
là où je suis, présent, en entier, aux moments de partage et de convivialité.
Mais j'ai du chemin à faire pour m'arracher ce membre et en faire le deuil,
ce onzième doigt absurde, cet ennemi intime, qui ruine ma santé et me tient asservi.
Le chat fut fatigué d'un tout autre massacre. Celui de son humeur et du bon temps à prendre.
Je peux bien être esclave quand je le suis de toi. C'est une liberté que de choisir ses maîtres.
Je n'abîmerai pas juillet comme j'ai flingué juin.
Un vernissage au Couvent des Minimes. Ce lieu un peu lunaire.
Un havre de finesse mal dégrossie au milieu de casernes et d'entrepôts industriels.
Tout est déglingué. Assez pour se prêter à l'exposition des arts de la rue,
faciles à hisser au rang de l'art contemporain. Et ma ville de province s'est endimanchée.
Pour roucouler des mondanités sur le parvis en attendant la visite de monsieur le Maire.
Il y a du quadra faussement négligé, soigneusement débraillé, qui a vu du pays,
du trentenaire branchouille qui s'échappe régulièrement à Paris ou à Barcelone.
Je suis déjà lassé. Je fais faire un tour rapide des lieux à une amie de passage.
Et propose plutôt d'aller boire un verre de vin blanc aux platanes de la Poste.
Je n'ai pas envie d'entendre les envolées sur l'utilité publique de promouvoir les artistes.
Sur l'action culturelle de la municipalité et la mise en valeur de notre patrimoine.
Attendre le crépuscule sur une terrasse de café en bonne compagnie me paraît plus urgent.
J'ai eu mon lot de contraintes. Je n'ai pas l'envie ni la force de faire encore semblant.
La vie publique est un job à plein temps. Où l'enthousiasme devient un exercice de style.
Le protocole du compliment et du bon mot, les éléments de langage, trop de préfabriqué,
préparé en amont, qui me fatiguent d'avance quand il faut creuser trop profond et longtemps
pour trouver un début de lueur de sincérité, quelle qu'elle soit, et découvrir les gens.
Le serveur du café est plus direct. Brut de décoffrage. Et ça me fait plaisir.
Il a flashé sur mon amie et je suis ravi qu'il ne s'emmerde pas la vie à le dissimuler.
Sans être grossier ni envahissant, il tente quelque chose. Je trouve ça touchant.
Et peux profiter des oiseaux agités du Castillet qui célèbrent le ciel au soleil déclinant.
Le jour est en passe de tirer sa révérence. Se prépare à devenir soirée.
Et je veux être moi là où je suis assis, sans que l'on me force à jouer d'autres rôles.
Je suis Philippe Latger. Ce qui ne veut rien dire. Mais c'est ce que je suis.
Et je ferai avec.
C'est fou quand on y pense. Tout ce que les gens vous demandent d'être.
Ce qu'ils s'imaginent ou attendent de vous. Quand il est si facile de finir par s'y perdre.
Puisqu'ils ont forcément une part de vérité sur vous-mêmes. Dont on peut tenir compte.
Mais très vite, on le sent, on peut perdre la maîtrise de ce qu'on veut pour soi.
Et l'on peut se noyer dans ces regards croisés devenus tyranniques.
Il y a le temps qui passe. Que je veux déguster. Savourer chaque goutte. Une à une.
Du sablier géant dont nous sommes prisonniers. Au verre transparent sur un même mystère.
Je veux me rappeler que je suis bien vivant. Et n'ai pas l'intention de me laisser distraire.
L'art contemporain. C'est ce verre de vin blanc sur la table du café. Mes clés. Mes cigarettes.
La coupelle de plastique. Le papier de la note. Le ballet du serveur qui veut tenter sa chance.
L'espace n'est pas dans le galbe monstrueux d'un sablier fermé où l'on manquerait d'air.
Il est dans ma poitrine. Il est dans mon cerveau. J'oxygène les deux en respirant ma ville.
Les parois peuvent fondre. Mon corps prendre sa place. Quand il n'est plus un poids.
Qu'il ne m'enferme plus dans une pesanteur qui m'aurait rendu dingue.
J'expire les toxines avec mes idées noires. J'ouvre des perspectives. Je me réinvestis.
Je reprends le contrôle. Sur le temps. Sur ma vie. Puisque j'ai ce pouvoir.
Quoi que le monde extérieur cherche à nous imposer, nous avons des ressources.
Le choix. Le dernier mot. C'est nous qui décidons. Et je suis décidé.
A prendre ce qui est bon, même aux mauvaises choses, de ce qui est proposé.
De ce dont je dispose. Ce que je peux créer. Transformer à ma guise.
Il n'y a plus rien de moche dans ce que l'on décide d'aimer ou rendre aimable.
S'il me reste du temps, je ne le perdrai plus. Le beau temps n'est pas que du ciel bleu.
C'est ce qu'il y a avant. C'est ce qu'il y a après. Je peux tout traverser.
Entendre. Comprendre. Quitte à tout inventer.
Et sans me résigner, j'accepte d'être heureux.
Juillet 2013 à Perpignan
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