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Publié le

L'eau. Que je bois. Que je mange. Que je nage. Que je douche.
Que je mets dans ma peau. Dans ma bouche.
Que je vénère. Que je désaltère. Que je broie. Que je noie. Que j'éclabousse.
L'eau que j'hydrate. Que je lave. Que je rince. Que je pleus. Que je baigne.
Je m'y sèche les cheveux. Les épaules. Et le dos. Et la nuque.
Je la casse. Je la brasse. Je la plonge. Je l'éponge. Je la soigne.
Je l'asperge. Je la brûle. Je la sonde. Je l'arrose. Je l'inonde. Je la saigne.
L'eau. Que j'évapore. Que je nuage. Que j'essore. Que j'orage.
Que j'averse. Que je mer. Que je vague. Que j'écume.
Que j'aborde. Et saborde. Que je coule. Que j'échoue. Que j'épave.
Je la sable. Je la plage. Je la bronze. Je l'adore. L'idolâtre.
Je l'essuie. Je l'égoutte. Je l'écoute. Je l'entends. Je l'étends.
Je la prends. Je la prie. Je la donne. Je la vide dans mes pores et dans mes yeux.
Je la pleure. La transpire. Je la pisse. Je la bave. Je la mouche.
Je la touche. La caresse. La masturbe. Je la lève. Je la couche.
Elle s'abîme sur mes dents. Elle s'embrume sur mes cils.
Elle m'embrasse sur la bouche. Sur la langue. Sur mes joues.
Je la mouille. Je la fouille. Je la réveille. Je la chauffe. Je la glace. Je la pile.
Et je m'y jette une dernière fois. Comme en terre.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Le 12

Publié le

Le destin. Bien sûr.
C'est ce que l'on peut nommer une fois les choses faites.
Je ne sais pas si ce sont des forces extérieures qui ont guidé mes mains ce soir-là.
Lorsque, j'y repense, il y avait un concours de circonstances, une suite logique,
un enchaînement d'idées qui se tient, implacable, comme aux dominos en cascades.
C'est cet évènement extérieur qui a mis le feu aux poudres.
Improbable. Un match de football. Pour moi qui ne m'y intéresse pas.
Mais le pays qui fêtait sa victoire, jusque dans mon quartier, dans un Roussillon reconquis,
ne pouvait pas me laisser indifférent, a pu même réveiller un sentiment d'appartenance.
L'Espagne. Une moitié de moi. Qui suis revenu au lieu où je suis entier. La frontière.
Ma fidèle table en noyer placée face à la seule fenêtre de mon logement d'alors.
Je suis à mon bureau. A mon ordinateur. Il fait déjà chaud. La fenêtre est ouverte. Sur la nuit.
Sur la rue. Alfred de Musset. Je suis à peine tombé de l'arbre de mes cinq années à Paris.
Je suis encore couvert d'ecchymoses. Meurtri. Et je respire l'air de ma ville natale.
Perpignan qui m'avait recueilli. Et son parc, tout proche, pour rouvrir mes poumons.
Je n'avais pas regardé la télévision. N'étais même pas au courant qu'il y avait un match.
Et j'ai levé le nez aux premières démonstrations de joie qui éclatèrent alentour.
Il se passait quelque chose. Une euphorie communicative qui prenait de l'ampleur.
Je venais de sauver ma peau. Et j'étais attentif aux moindres signaux d'embellies.
Quand j'avais le besoin de rebondir au plus vite. De me remettre en selle.
Et je devais saisir toutes les opportunités qui pouvaient se présenter.
Je cherchais sur internet. Etudiais le terrain. Voir qui faisait quoi dans ma ville.
Que j'avais abandonnée trop longtemps. Les choses avaient eu le temps de changer.
Je n'étais pas vraiment en état de songer à ma vie sentimentale et sexuelle.
Il fallait d'abord reprendre de l'assurance, une assise, une activité, rencontrer du monde.
J'avais repris contact avec des gens, annoncé mon retour, et j'allais m'intéresser
à ce que faisait la Casa Musicale et la Fédération des Œuvres Laïques.
J'écrivais des mails. Prenais des rendez-vous. Décidé à ne pas me laisser abattre.
Facebook me permettait de voir, parmi mes amis, et leurs amis ensuite,
ceux qui travaillaient dans un domaine où j'aurais pu apporter quelque chose
ou proposer mes services. Je faisais de la prospection.
Et c'est l'Espagne, par des voies détournées, qui est venue, un soir,
dans ma fenêtre, me lever le menton.

J'étais seul depuis longtemps.
Le besoin de passer à autre chose après une histoire de trois ans,
m'avait mis sur une voie de garage où n'avaient défilé que des corps de passage.

Et j'avais sans doute une part de moi qui rêvait tout de même de rencontrer quelqu'un.
Ce qui expliquait une émotivité exacerbée, la perte de confiance qui s'était logée en moi.
Comme une balle dans la poitrine. Dont je ne sentais même plus la présence.
Je n'aurais pas réagi aussi fort à la victoire de l'Espagne si j'avais eu quelqu'un dans ma vie.
J'aurais été occupé à faire l'amour ou autre chose, et n'aurais pas été aussi touché que je le fus.
C'est parce que j'étais seul que cette ambiance festive a pris de telles proportions.
Il y avait un fond de mélancolie que je pouvais déceler dans le sourire qui a déformé ma barbe.
Et comprenais qu'il y avait un brin de misère affective à être aussi perméable et ému.
Des voitures klaxonnaient dans la rue. On chantait. On riait. On criait.
On déployait des drapeaux rouge et jaune, assis sur les portières aux vitres baissées.
Les gens étaient heureux. Et je ne l'étais pas. Ou seulement par procuration.
J'ai renoncé à sortir. Pris le parti de continuer à explorer le web en profitant de la fièvre.
Qui, parce qu'elle était espagnole, ouvrit une boîte de Pandore où mon enfance était retenue.
J'étais resté si loin de mes pinèdes et de ma Méditerranée. Il y avait des retrouvailles.
Et je savais qu'il était question d'une façon ou d'une autre de renouer avec moi.
La liesse dans Perpignan me portait. Me boostait. Me remobilisait.
Et parmi tous les contacts Facebook dont je ne connaissais vraiment qu'un cinquième,
passant en revue ceux qui m'avaient sollicité ou accepté dans des logiques de réseaux,
je feuilletais des pages d'inconnus liés à l'édition, à la chanson, à la poésie ou au jazz.
Quand un profil en particulier attira mon attention. J'ai relevé un sourcil.
Forcé mon regard comme pour m'aider à me concentrer. Cliqué sur About.
Aux amis communs que nous avions, bien sûr, cela n'avait rien d'étrange ni de suspect.
Lorsque, honnêtement, j'aurais été incapable de situer dans le temps le moment du contact.
Depuis combien de temps étions-nous amis sur FB ?... Forcément après tel spectacle. Oui.
Auquel j'avais participé en tant qu'auteur. Mais quand exactement ? No idea.
A vrai dire, peu importe. Il y a tant de personnes sur ce réseau dont je ne sais rien.
Je ne me rappelle pas par quel chemin je suis arrivé sur ce profil. Agréable à regarder.
Ce qui a probablement joué inconsciemment dans l'intérêt soudain que je lui ai porté.
Mais il fallut que ce qu'il y avait sur le mur me plaise assez pour avoir envie d'avancer,
des photos, des vidéos, assez pour avoir envie d'en savoir davantage.
En brassant ces informations, j'ai fini par me piquer le doigt sur une donnée capitale,
et la vive décharge électrique que cela produisit dans mon cerveau m'indiqua une chose.
L'aiguille dans la botte de foin. J'avais trouvé quelque chose. Ou quelqu'un.
La donnée qui se planta comme une écharde était le fait que ce quelqu'un était d'ici.
Le contact s'était fait quand j'étais à Paris, dans l'indifférence, quand je n'avais eu
aucune curiosité particulière pour ce nom et ce visage. Et ici, tout à coup, ce fut une surprise,
je découvrais que cette personne vivait et travaillait dans ma bonne vieille région. Chez moi.
Il n'en fallu pas plus pour me convaincre de me manifester aussitôt.

Nous n'étions plus à huit-cents kilomètres de distance.
Et la rencontre était possible. Je me suis présenté brièvement.
Une collaboration professionnelle était vaguement possible et envisageable.

Quand il s'agissait d'abord de dire que j'existais, que j'étais à Perpignan, et disponible.
Lorsque je sais que le contact aiguille sur d'autres contacts dans leurs ramifications.
Ce que l'on fait virtuellement sur internet, j'avais à cœur de l'incarner davantage.
Il fallait que je sorte de ma coquille. Que je sorte la tête de l'eau. Rencontrer les gens.
Me faire connaître. Et mes intentions ne me paraissaient pas aller au-delà de ça.
J'en étais si bien convaincu que je n'ai eu aucun mal à être simplement sympathique.
Il n'y avait aucune ambiguïté dans mon message. Pas l'ombre d'un calcul clandestin.
Ce profil était intéressant, son travail aussi, et, porté par l'euphorie environnante,
l'humeur solaire et généreuse, je n'ai eu aucun effort à faire pour trouver le ton juste.
S'il n'y avait pas eu de goût ni de temps pour une rencontre, pas de problèmes,
puisqu'il n'y avait pas d'enjeux, quand c'était une occasion d'exprimer des encouragements,
et de sincères félicitations, pour ce que je venais de découvrir, et nous en restions là.
Autant dire que je n'attendais rien de ce mail. C'était gratuit. Bienveillant et gratuit.
Une manifestation presque puérile d'une joie intense que je ne pouvais pas garder pour moi.
Quand il y avait cette Espagne victorieuse qui avait réveillé mon sang et ma texture.
Comme lorsqu'on est amoureux. Cette envie de sourire et de dire bonjour à tout le monde.
Une montée de dopamine. D'adrénaline. Euphorisante. La Coupe du Monde 2010.
Je suis heureux d'être revenu sur mes terres catalanes. Sauvé des eaux. A Perpignan.
Alors que je recensais méthodiquement les gens qui y faisaient des choses de qualité.
C'était le cas pour cette personnalité. Que je venais de découvrir. Magnifique.
Et cela apportait de l'eau à mon moulin. Celui de la réjouissance et de l'optimisme.
Le 11 juillet 2010, les supporters fêtaient sans le savoir une autre victoire.
Celle que j'avais finalement emportée sur moi-même. Et sur ma dépression.
Ils accueillaient le Fils Prodigue. Célébraient sa volonté de reprendre le dessus.
Participaient à dégager le ciel et l'horizon. Quand, pour la première fois depuis longtemps,
cette nuit-là, il me sembla que je n'étais pas fini, que j'avais encore des choses à faire.
Que je n'avais pas dit mon dernier mot. Et la liesse générale m'ouvrit la poitrine.
Découvrir qu'il me restait des perspectives fut une émotion dévorante.
Sans savoir que j'en avais ouvert une en particulier,
en écrivant ce mail.

Dans la fièvre de la renaissance, de mon retour au monde,
je n'avais pas conscience de ce que j'avais fait, n'avais aucune idée de ce que j'avais fait.
Le destin dites-vous ? Ce que je sais, c'est que les bonnes choses appellent les bonnes choses.

Qu'il y a des cercles vertueux. Qu'un bonheur n'arrive jamais seul.
Puisque le bonheur appelle le bonheur. Quand on est disposé à s'y soumettre.
J'étais en train de me réconcilier avec moi-même, avec la vie, avec ma ville, avec la nuit,
ignorant que j'allais être grassement payé pour avoir renoncé au renoncement.
Aimez la vie et elle vous le rendra au centuple. Je n'étais pas au bout de mes surprises.
Sur Facebook, une réponse ne tarda pas. 7 minutes. Amicale et bien disposée.
Qui ne déclina pas ma proposition. Une réponse ouverte. Qui me fit plaisir.
Et c'est là que le destin auquel vous pensez, a peut-être pris ses dispositions,
veillant à mettre la personne visée en condition de lire mon mail en temps réel.
Quand la réponse instantanée enclenchait un mécanisme dont je ne suis pas sorti.
Par les dieux peut-être. J'ai été bien inspiré.
Quand je rends grâce au football et à toute cette chaîne qui devait me conduire à toi.
Y compris aux heures les plus sombres. Qu'il fallait traverser. Pour justifier mon retour.
Sans lesquelles je ne serais jamais revenu m'échouer sur la plage de notre paradis.
C'était il y a trois ans. En un clic, j'ai fait basculer ma vie entière. De l'ombre à la lumière.
Un tout petit bout de ficelle qui dépassait quelque part sur lequel j'ai tiré. L'effet papillon.
Faisant tomber sur moi une avalanche de bonheur qui n'attendait que moi.
C'est un conte de fées ? Non. C'est la vraie vie. Plus merveilleuse encore.
Lorsque les pires périodes de nos existences ne sont que des passerelles.
Les temps morts de la chance qui doit reprendre son souffle.
Des passages d'une vie à une autre. Quand il y a toujours une récompense.
Des trésors insoupçonnés au bout. Des plaisirs dont nous n'avions pas conscience.
Mille choses à découvrir encore sur le monde et sur nous-mêmes.
Quand je n'aurais jamais imaginé trouver mon bonheur de cette façon.
Quand je ne l'aurais jamais décrit comme il l'est aujourd'hui avant de le connaître.
Et avant de rencontrer cette personne dont j'avais perdu la mémoire.
Celle dont j'avais toujours rêvé plus jeune. Avant d'abandonner mes rêves.
Avant de perdre la foi. Et de me perdre avec elle.
L'Espagne gagnante venait me rappeler qui j'étais. Et ma ville de province aussi.
Quand l'air de la nuit de juillet avait retrouvé tout son charme. Un ancien sortilège.
Dont j'ai gardé l'empreinte depuis que je suis gosse et en âge d'aimer.
L'alignement des planètes était parfait. Et je veux bien croire qu'il y avait un dessein.
Quand je n'avais pas le contrôle de ce qui se passait, que j'étais dépassé.
Et chaque année qui passe donne encore plus d'ampleur à la révolution.
Le temps, à sa mesure, rend les choses sérieuses, incroyables et crédibles,
donne leur majesté aux histoires d'amour, avec leur épaisseur et leur légèreté.
Il dit à chaque lune qu'on ne s'est pas trompé. Quand la victoire est longue.
A nos transformations, aux forces que l'on gagne, à prendre de la bouteille,
et à aimer vieillir.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Du 4 au 14

Publié le

Une couche d'algues avait rendu le pont glissant.
Les forces s'étaient réduites et les tâches quotidiennes avec elles.
Nos vivres avaient dangereusement diminué.

Le rationnement n'avait pas été respecté.
Nous commencions à avoir faim.
Et la moitié de l'équipage était malade.
Nous devions faire escale à Terre-Neuve.

Je n'ai jamais mis les pieds à Cape Cod. Je connais Boston.
La ville de Cambridge où se trouve le prestigieux campus du MIT. Celui de Harvard.
Mais je n'ai jamais suivi mes voisins et amis québécois dans leurs villégiatures.

Quand il y avait une sorte de pèlerinage à faire dans cette région de la Nouvelle-Angleterre.
Cette vieille Amérique, qui fascinait aussi et encore les habitants de la Nouvelle-France,
quelques siècles plus tard, où le Mayflower avait accosté pour y établir une colonie.
Ce qui séduisait mes amis de Montréal était davantage le glamour hérité des Années 60.
Lorsque, entre autres élites américaines, la famille Kennedy y prenait des vacances.
Qu'elle en publiait des images. Qu'elle y a toujours des résidences.
Nous n'étions pas dans la vulgarité de Niagara Falls ou Atlantic City.
On peut faire courir des chiens de race sur la plage avec une distinction européenne.
Pratiquement britannique. Même dans cet Etat révolutionnaire du Massachusetts.
En pointe dans la fièvre de l'Indépendance. On y avait gardé le goût de l'aristocratie.
Une nostalgie peut-être. En en reproduisant encore certains codes.
Si les Etats du Sud assumaient davantage l'héritage des monarchies du vieux continent,
le Nord était pris dans ses contradictions démocratiques, puritaines et progressistes.
Puisque les Puritains n'étaient pas les Conservateurs, mais les Révolutionnaires.
Ceux qui ont imposé la République ou l'abolition de l'esclavage en Amérique.
Cape Cod. Et ses promenades sur la grève. Au plus loin du foutoir de Coney Island.
L'argent et la culture en voyage de noces.

J'ai découvert le port de Boston à 21 ans.
La première ville des Etats-Unis que je visitais avant de découvrir New York.
Nous étions arrivés en Amérique du Nord par Montréal.

Et j'ignorais que j'allais revenir m'y installer quatre ans plus tard.
Nous avions traversé la frontière en autobus. Fêté le 4 Juillet dans cette cité
qui fut l'épicentre de la Révolution Américaine, dont je ne savais pas grand-chose à l'époque,
auréolée du renom de ses universités, à la skyline modeste, sûre d'elle-même,
n'ayant rien à prouver, et partagé un imposant feu d'artifice sur une rive de Back Bay.
Nous avons parcouru Boston sans savoir exactement ce que nous photographions.
Je n'ai su que plus tard qui étaient John Hancock, John et Samuel Adams. Paul Revere.
Mais entre le coup de foudre pour Montréal et le coup de poing dans la gueule de New York,
cette ville a réussi à se faire une place dans le souvenir de ce premier voyage américain.
Je sais qu'à traverser l'Atlantique, je l'aurais fait plutôt autour de 1900.
Pour gagner Manhattan par la case laborieuse d'Ellis Island.
Je ne me rappelle pas l'avoir fait au XVIIème dans ces navires rudimentaires,
pour fuir les guerres de religions, et créer une société nouvelle où vivre sa foi librement.
L'émotion fut plus forte au large de la Statue de la Liberté à New York,
que dans les rues de Boston, où il semblerait que je ne sois jamais venu avant moi.
J'avais migré pour des raisons économiques, dans une vague plus attachée déjà
aux libertés individuelles qu'à l'intérêt général, puisqu'il s'agissait de tenter sa chance,
de réussir dans sa vie propre, plutôt que de changer le monde.
Les motivations étaient déjà clairement opportunistes.
Sans qu'elles ne s'en trouvent moins admirables.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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J'ai choisi l'Espagne

Publié le

Les odeurs de liège et de corde de sandales, de cuir de chaussures,
se mélangent à celles des sucreries et des fritures de restaurants.
Et j'ai laissé mes nièces devant des montagnes de sorbets multicolores,
pour fuir cette indigeste fête foraine. Ecoeurante. Retrouver le havre de la maison.
A bonne distance des ruelles bondées du centre de Rosas.
Le dilemme n'en est pas un. Mais j'ai un choix à faire.
Rester quelques jours avec mon père. Ou rentrer avec ma sœur.
Je n'ai rien à faire à Perpignan. Si ce n'est tenter ma chance. Celle de te voir.
Ici, mon père a bientôt 80 ans. Et j'ai sans doute des choses à lui dire.
Je pourrais rester ici. Profiter du crépuscule. Parler avec lui.
Un dîner sur la terrasse surplombant la piscine. Profiter du jardin. De la baie.
Boire un peu de vin. Lui faire raconter des anecdotes de son enfance, de sa jeunesse.
De ses souvenirs de la guerre ou de ses années de boulot aux ponts et chaussées.
De ses rencontres et de ses missions à la Direction Départementale de l'Equipement.
La nuit tomberait gentiment sur l'Espagne. Sur les reliefs de l'Empordà.
Et je m'émerveillerais aux constellations avec ce trac d'avant les sorties au Rachdingue.
Le trac des séductions et des contacts possibles. De collisions et d'abouchements.
Je ne sortirais pas bien sûr. Mais je retrouverais la brûlure de cette délicieuse inquiétude.
De cette excitation au retour de la lune et de promesses aux espoirs romantiques.
J'écouterais mon père. Et mon esprit partirait ailleurs dès qu'il se lèverait de table.
Mes yeux perdus vers l'horizon et les braises de lumières des villes d'en face, éloignées.
Et c'est à toi que je rêverais. A toi que je penserais. Dès que mon père s'absenterait.
Le temps qu'il aille chercher une bouteille. Le temps qu'il aille chercher un gilet.
Je regarderais les noirceurs familières de la baie de Rosas et penserais à toi.
Et cela viendrait me caresser le ventre. Me donner des frissons aigres-doux.
Comme quand je rêvais à l'amour. Jeune homme ou adolescent.
Sauf que depuis, l'amour a un visage, l'amour a un nom.
Et tu serais là, partout où le silence reviendrait m'envelopper,
partout où reviendrait un châle de solitude à faire virevolter.
Comme à ce moment d'aller dormir. Où mon père dormirait déjà.
A sortir fumer autour de la piscine dans ce crissement régulier d'asperseurs des grillons.
Où un regard vers le ciel chercherait un moyen de venir te rejoindre. Aux étoiles.
Avec ce bonheur étrange. Celui de la mélancolie.

Mes nièces sont revenues de la promenade du front de mer.
Et l'heure de ma décision approche. A ce moment d'une baignade en famille.
Au soleil qui décline, j'imagine la suite que je connais déjà.

J'ai passé bien des soirées ici. Lors de visites. Depuis Perpignan ou Paris.
Celles du fils. Eternel célibataire. Qui cherche quelque chose qui échappe à son père.
Même si ce dernier comprend la part de l'héritage. Dans une idée très simple.
Qui est celle de la liberté.
N'est-ce pas mon père qui m'a appris cela ? Qui m'a transmis ce goût ?
La liberté a un prix. Mais c'est elle qui explique mon modus vivendi comme l'état civil.
En voici une illustration. J'ai le choix de rester. Celui de revenir à Perpignan.

Si je reste, je prends le risque de manquer une occasion de te voir.
Un risque que je ne veux pas prendre. Et ma liberté connaît donc des limites.
Je pense au fait que le doux-amer de l'attente sera le même au parvis de la cathédrale,
chez moi, côté français, que sur la terrasse de cette maison où mon père réside.
En France comme en Espagne, je pourrais m'enivrer de ce plaisir de la frustration,
en errant dans la nuit comme un adolescent qui rêve d'aventures et d'amours éternelles.
A la différence que côté français, tu pourrais bien venir. Et exaucer mes vœux.
Ma sœur et mes nièces réunissent leurs affaires. Elles sont sur le départ.
Mon père n'ose pas me poser la question. Comprend que je ne reste pas.
Mon cher et vieux papa. Si tu savais comme je t'aime. Comme je t'ai toujours aimé.
Des choses que je ne peux pas te dire. Tu sais que j'ai ma vie. Que je dois m'en aller.
Je pourrais bien me tromper. Me planter. Je pourrais me retrouver seul. Le bec dans l'eau.
Et j'aurais le temps de regretter mon choix une fois dans mon studio de la rue de l'Horloge.
Mais dans la balance, j'ai pesé chaque option. Quand une chose me parut évidente.
Je serais plus malheureux d'apprendre que tu aurais pu ce soir-là venir me rendre visite,
même au plaisir de passer une soirée dans le jardin magnifique de Rosas,
qu'à l'idée aussi triste d'avoir perdu l'opportunité de cette confrontation délicieuse à l'enfance,
parce que c'est l'Espagne en été et que c'est mon vieux père, en étant rentré pour rien.
Je prends le risque. J'embrasse papa. Je monte dans la voiture avec mes nièces.
A l'arrière. Ma sœur est au volant. Je rentre à Perpignan. Je reviens vers toi.
Géographiquement. Il s'agit de me rapprocher. D'être dans les parages. Au plus près.
La silhouette de mon père abattu devant sa porte dans la vitre arrière me crève le cœur.
Je regarde devant. Me rends compte qu'en fait de liberté, je n'ai pas vraiment le choix.
Il se pourrait que tu viennes me rejoindre ce soir. Je ne peux pas manquer ça.
Pas même au prétexte de passer une soirée sur la côte espagnole.

Ma sœur ne connaît pas l'enjeu. Même si elle le devine.
Elle me dépose au bout de ma rue. Cette rue devenue piétonne.
Que je remonte jusqu'à la cathédrale St-Jean. Heureux de revoir mon platane.

Heureux d'avoir déjeuné avec mon père. D'avoir bavardé avec lui autour de la piscine.
Du nouveau tronçon de rocade de Perpignan. De cette connerie du choix du rond-point.
Qui ralentit la circulation, crée des bouchons, et fait consommer plus d'essence.
Un choix plus coûteux que celui de l'échangeur. Et que nous faisons systématiquement.
Nous avons parlé des progrès de la recherche. A propos du cancer. A propos d'Alzheimer.
Quand j'ai toujours trouvé passionnante la conversation de mon père.
C'était une journée magnifique. Et il ne manquait qu'une chose pour la rendre grandiose.
Que je n'osais espérer. Disons que je m'étais mis en situation de rendre cela possible.
Je suis monté à l'appart avec le trac que j'aurais eu aussi bien sur la terrasse de Rosas.
Le jour diminuait sur la ville et je retrouvais ce plaisir masochiste de l'insatisfaction.
Celui du manque. Le manque de toi qui grandit chaque soir.
La nuit est finalement tombée à Perpignan comme elle serait tombée en Espagne.
La même chaleur et la même indolence. Les fenêtres grandes ouvertes.
Je ne dois pas t'attendre. Je dois m'en empêcher pour ne pas être déçu.
Pour ne pas regretter le choix que j'ai fait. Je dois rêver de toi. Je ne dois pas t'attendre.
Quand l'heure à laquelle tu viens d'habitude vient juste de passer. Je la vois qui s'éloigne.
Et mon cœur s'alourdit. Je me sens misérable. Quand je pense à mon père.
C'est un choix que j'ai fait. Et qu'il faut que j'assume. Comme un homme que je suis.
Je ne dîne pas avec mon père dans la baie de Rosas. Je suis au garde-fou de mon appartement.
Je scrute le fond de ma rue où je ne vois pas ta silhouette, ton allure, ta démarche.
Il y a des gens qui ne sont pas toi. Qui vont au restaurant ou qui rentrent chez eux.
Je regarde l'heure. Consulte ma messagerie. Me dis que j'ai fait le mauvais choix.
Que je me suis trompé. Que j'aurais pu prolonger mes vacances en Espagne.
Je me fais violence. Ok. Tu ne viendras pas. Mais je me suis donné mes chances.
Et si je suis malheureux de me retrouver seul, je me rappelle que je l'aurais été plus encore
si j'étais resté à Rosas un soir où tu aurais pu venir, de l'apprendre après-coup,
et m'en serais mordu les doigts bien davantage.
J'essaie de respirer. De faire quelque chose. Quand la nuit se moque de moi.
Le lion en cage. Entre messagerie et garde-fou. L'heure tourne.
Et je considère tristement que le verdict est tombé.
Quand, en effet, cette soirée devait être décisive.

Je n'attendais plus rien. Je pouvais me raser.
Une barbe de quinze jours. Dont le rasage n'est pas une mince affaire.
Puisque tu ne viendrais plus, je pouvais bien me lancer dans ma transformation.

J'avais veillé au bronzage. Etais allé chez le coiffeur. Etais arrivé au bout de ma barbe.
Je la rase habituellement en deux fois. Pour ne pas m'arracher la gueule.
L'eau chaude sur la lame. Le savon sur les joues. Une opération intime.
J'étais beau le week-end dernier. Et c'est à ce moment-là que nous aurions dû nous voir.
La bonne longueur de barbe. La bonne longueur de cheveux. Je rase mes joues.
J'évite mon regard dans le miroir. Je serais capable de m'apitoyer sur moi-même.
J'ai passé une belle journée avec mes nièces. Ma sœur. Mon père. Que demander de plus ?
Bien sûr. La journée aurait été parfaite. Si j'étais rentré à Perpignan pour t'y retrouver.
Si tu avais pu te libérer pour me rendre visite. Et soudain, je me regarde dans les yeux.
Je me vois au-dessus du lavabo dans un grand miroir éclairé de deux ampoules.
Et je n'ai aucune envie de m'apitoyer sur moi-même. Mon cœur bat la chamade.
Je me souris. J'ai bien entendu. Cette journée n'est pas finie. Cette journée est parfaite.
Je reviens dans la pièce principale. Il y a de la lumière dans le couloir. J'ai bien entendu.
On a frappé à la porte. J'ouvre aussitôt en craignant trouver là quelqu'un d'autre que toi.
Je retiens ma respiration. J'ai de l'eau dans ma barbe. Dans ma chemise ouverte.
Et je bénis le ciel. Et je bénis Rosas. Et sa baie. La décision que j'ai prise.
Je te vois m'adresser un regard sur le pas de ma porte, inquiet, par en-dessous.
Mon sourire est immense et ma journée parfaite.
Quand j'ai pu voir et mon père et l'amour de ma vie.

Je te laisse entrer. Je te serre dans mes bras sans refermer la porte.
Il faut que je te serre dans mes bras. Que je sente ton corps contre le mien.
Ce corps qui justifiait que je quitte l'Espagne. La maison de mon père.

Tant de soirées autrefois à rêver de l'amour ou de te rencontrer.
Des années de fantasmes, de soupirs, au point que j'ai douté de l'existence du Graal.
J'ai parcouru le monde et les boîtes de nuit. J'ai fouillé à l'extrême. Au-delà des limites.
Quand il fallait satisfaire l'adolescent heureux qui rêvait notre histoire.
Ce jeune homme romantique à s'en brûler les doigts et à risquer sa peau.
Qui a bien failli se perdre à force de chercher.
Qui a traversé l'alcool et la mort de sa mère. Tant de désillusions.
Au point de renoncer à te trouver un jour. Et de jeter l'éponge. Et de rentrer chez moi.
En maudissant New York, Montréal et Paris. Où j'ai creusé ma tombe.
Je te serre devant ma porte. De toutes mes forces. Que j'ai cru épuisées.
Je t'attends depuis plus d'une heure mon amour... quand ça fait vingt-cinq ans.
Aux soirées à Rosas. A celles du Rachdingue. A respirer la nuit et son herbe coupée.
A flâner dans les villes aux viles lueurs de l'aube. A me raser la barbe.
C'est bien toi. La journée est parfaite. Comme ma vie entière.
Je me détache pour te voir. Je prends le temps de regarder. Pour être sûr.
La perfection de tes traits. La perfection de ton visage. La somme de tout ce que j'aime.
D'une bouche. D'un nez. D'un front. D'une mâchoire. D'une peau. D'un parfum.
Tout est là. Réuni. Dans mes bras. Vingt-cinq ans de recherche. Celle de toute une vie.
J'ai envie de chialer. De plaisir ou de soulagement. De bonheur ou d'épuisement.
Comme l'explorateur fond en larmes en trouvant l'Amérique. En y posant le pied.
Quand en cherchant les Indes, on peut ne rien trouver, et puis trouver bien mieux.
Mon Amérique est là. Plus belle que dans mes rêves. Et enfin incarnée.
Que j'allonge sur mon lit avant de la couvrir.
Elle me regarde la regarder et savourer ma chance.

Je suis si heureux. Combien de temps cela peut-il durer ?...
On me dit : " Toute une vie. "... Sans que je sache si c'est une question. Si c'est une réponse.
Je fixe les yeux noirs qui me sondent. Où je trouve autant de malice que de tristesse.

Où je trouve autant de détermination que d'inquiétudes. Et le défi. A qui j'ai dit : chiche.
Je fais corps avec ce continent, ce Nouveau Monde, où reproduire le paradis perdu.
Cette Amérique où tout devient possible. Où je reprends racine. Où je renoue enfin.
Avec tout ce que je suis. Fondamentalement. Absolument. Eternellement.

L'Eden de mon enfance. Dans la fibre de ton corps. Dans l'odeur de ton corps.
C'est la baie de Rosas qui, assise sur moi, se penche pour m'embrasser.
J'embrasse avec toi, tout ce que j'ai aimé depuis que je suis au monde.
Et tout ce qu'il me reste à découvrir d'aimable et que je veux connaître.
Tu es l'intime et l'exotique. Le familier et l'étranger. Le jour. La nuit. La France. L'Espagne.
Les deux côtés de la frontière. Connus et inconnus. Quand tu me guides et me désorientes.
Je suis à l'abri même au cœur des tempêtes et des montagnes russes.
Quand plus rien ne compte à l'extérieur de nous. Mon corps devient le tien.
Et à cette fusion où nos âmes se prolongent, où nos chairs se confondent, je vénère juillet.
Les ruelles de Rosas et sa fête foraine. Les sorbets et les cartes postales.
Où je marchais encore pour revenir vers toi. Ou revenir chez moi. Quand c'est la même chose.
Sur la tête de mes nièces, je n'ai aimé que toi, je n'aimerai que toi. Lorsque c'est toi que j'aime.
Que j'en suis persuadé depuis l'âge de 15 ans. Que je le vérifie depuis que je te sais.
Que je te couvre. Ou te découvre. Depuis ces trois années qui m'ancrent dans tes terres.
Qui vont du Roussillon jusqu'à celles de mon père.
Quand je renais en toi au lieu où je suis né.
Et je ne quitte rien en allant te rejoindre.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Plaisirs terrestres

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Debout dans le petit bain de la piscine, j'avance dans l'eau aveuglante,
dans un brasier de lumières et de délices pour les cinq sens que les dieux m'ont donné.
L'élément H2O, dans ma marche, me caresse l'intérieur des cuisses et des mollets.
Le soleil brûle mes épaules déjà cuites quand je viens m'adosser à la margelle.

Dans un coin du bassin où je me cale pour offrir mon visage, la tête en arrière,
les cheveux mouillés, au ciel tout entier qui me dévore la bouche et le cerveau,
les bras pliés, les coudes loin derrière, je suis posé sur mes seuls avant-bras

bandés sur les dalles minérales du bord, ouvrant ma poitrine, laissant flotter le reste,
de mes jambes qui se laissent aller dans l'imperceptible courant d'une masse transparente,
je ne pense à rien sinon à mon bonheur d'être vivant qui n'est pas une pensée.

Incapable de réfléchir, je suis juste existant. Un corps dans un corps plus grand que moi.
Dans un monde bénéfique, merveilleux, capable des plus grandes voluptés possibles.
C'est l'heure de la sieste. Nous nous sommes levés de table. Avons déjà déjeuné.

Après un café à l'ombre, la famille s'est repliée à l'intérieur de la maison.
Au paroxysme de la chaleur d'un après-midi de juillet, on somnole au frais,
le rythme cardiaque ralenti sous une épaisse lourdeur qu'on laisse s'installer.
Et je profite de l'intermède pour gagner la piscine et le jardin dont je suis le seul maître.
Les miens sont à l'abri, en sécurité, en haut de l'escalier de bois au milieu des pelouses.

Confiés aux rêves et au sommeil léger du repos diurne à la fraîcheur du bâti.
Et je peux, comme lorsque je suis seul à veiller au milieu de la nuit, prendre le relais,
surveiller les abords ou jouer les vigies, être la conscience vive de mon groupe assoupi.
La pinède, la piscine. Sous ma seule responsabilité. Avec la violence du zénith de 16 heures.
Un couple de perruches, au plumage vert fluo de perroquets des îles, se pose dans un cyprès.

Les eaux de la baie incrustent du bleu marine dans une trouée que les arbres concèdent.
J'y vois des voiles blanches de bateaux alanguis comme aux dessins d'enfants.

Une brume de chaleur brouille les immeubles de la côte qui ferme la grande anse de Rosas.
Et je peux fermer les yeux en confiance, à ce paradis intense du bien-être absolu.
L'eau fait baisser la température à la moitié du corps immergée, quand celle à l'extérieur
serait insupportable, et l'équilibre se fait à la ligne de flottaison entre tous les contraires.
Je ne suis plus humain. Ou bien plus que cela. Je suis l'eau qui me porte. L'air qui me caresse.
Je me fonds dans le monde, dans la chaleur ardente, la morsure du soleil féroce et amical.
Dont l'étreinte remplace les tiennes. Masse mes muscles aiguisés qui brunissent.
Pour qu'ils soient en mesure de se coupler aux tiens. C'est un entraînement. Une préparation.
A d'autres voluptés qui se partagent à l'ombre. Derrière la frontière. Et mes volets fermés.
Mes jambes battent l'eau. Mon poil devenu algues dans les senteurs de chlore.
Juillet gorge mon sexe de désirs qui s'accroissent. Que je croyais perdus.
Je suis fait de paresses. De melon espagnol. Des dents blanches au bronzage.
Pour te manger la bouche. Pour croquer dans le ciel avec cet appétit
qu'il me reste pour l'amour et les plaisirs terrestres.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Rosas
 

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La B.A.

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" Allez, allez, on se dépêche s'il vous plaît, on va être en retard. "
Juliette essaie de mobiliser les troupes en débarrassant la table de la cuisine.
Bernard avait disparu au garage. Anne-Sophie et Paul venaient de petit-déjeuner.
" Monte t'habiller ma chérie, je viendrai te brosser les cheveux.

Paul, est-ce que tu peux en profiter pour réveiller ton frère ? "
Juliette rinçait les bols dans l'évier avant de les enfourner dans le lave-vaisselle.
"Que fiche Bernard ? songeait-elle. C'est dingue ça. Comme il traîne la patte chaque fois. "
Elle se doutait que Paul, du haut de ses douze ans, n'obtiendrait rien tout seul de son frère.
" Christophe ! S'il te plaît, il va être midi ! On se lève, on s'habille !
Tu n'auras pas le temps d'un café et d'une douche ! " cria-t-elle dans la maison.
Elle rangea le beurre et le lait concentré sucré dans le frigo. La confiture.
Laissa le sucre, une tasse, une cuillère sur la table, et le café. Pour Christophe. Au cas où.
Passa un coup d'éponge. S'essuya les mains dans un torchon. Et fila à l'étage.
Paul bredouille n'osa pas la regarder dans les yeux. " Il veut qu'on lui foute la paix...
- Merci mon chéri, va finir de te préparer. On va réussir à être encore en retard. "
Elle entra d'un pas impérieux dans la chambre qui sentait le fauve, alluma la lumière,
ignora les gémissements de son grand fils, ouvrit les rideaux, les fenêtres, les volets,
en faisant délibérément le plus de bruit possible.
" Nous déjeunons en famille aux Camélias, tu te souviens ?...
Grand-mère a réservé le petit salon jaune pour 13h, elle nous attend.
Alors, tu te lèves, tu passes sous la douche, et tu ne discutes pas. "
Le jeune homme grogna, se retourna dans son lit, se flanqua un oreiller sur la tête.
" Oh, putain c'est pas vrai. L'horreur... Pas les Camélias, non... Je vais mourir.

- Tu ne dis pas putain s'il te plaît. Tu n'es plus avec tes potes, là. Fais un effort.
Bon sang, Christophe, tu sens encore l'alcool. A quelle heure es-tu rentré ?...
- Passez devant avec la Scénic, je vous rejoins avec ta voiture.
- Non non, je ne te prête pas la Clio. Tu viens avec nous. On y va tous ensemble. "

Elle lui arracha le drap qu'il avait rabattu sur sa figure et sortit de la chambre aussitôt.
" Je m'occupe de ta sœur, quand j'ai fini, tu auras bu ton café et tu prendras la salle de bains. "
Christophe, furieux, souffla et tapa des deux poings sur le matelas.

" Maman, on est obligé d'y aller ?... "
Anne-Sophie se tenait assise sur un tabouret, bien droite, devant le miroir.
Juliette brossait ses longs cheveux clairs en levant les yeux à cette question routinière.

" Allons, c'est pas le bagne non plus. On va juste passer un moment avec ta grand-mère.
- Mais on s'y ennuie. Y'a rien à y faire. Et les gens me font peur là-bas...
- Ne t'inquiète pas, on ne déjeunera pas au réfectoire avec tout le monde.
Grand-mère Alice a réservé le petit salon jaune. On sera entre nous. "
Elle vit dans le miroir que sa fille ne semblait pas convaincue. Elle hésita à continuer.
" Tu sais, moi-même, je préfèrerais faire autre chose, aller pique-niquer quelque part,
où rester tranquillement à la maison avec vous... mais c'est bien de faire plaisir à Alice.
Tu sais, la pauvre, elle est toute seule, et elle est toujours contente de vous voir,
d'avoir un peu de compagnie et de distraction, voir comment vous grandissez tous les trois. "
Juliette tendit l'oreille. Entendit du boucan encourageant dans la cuisine.
Christophe avait dû se lever et se débattait avec la cafetière. On avançait.
Un bruit aigu de verre brisé. Suivi d'un " Putain de bordel... de merde ! "
Au lieu de bondir et de demander ce qu'il se passait au juste, Juliette se contenta de sourire.
Elle fit une bise sur le sommet du crâne de sa fille. " C'est bon, tu peux y aller. Tu es parfaite. "

Anne-Sophie et Paul, fin prêts, étaient sagement assis dans le canapé du salon, visages fermés,
alignés comme dans les couloirs de la mort, ce grand garçon de Christophe avait finalement
trouvé le chemin de la douche, et ne manquait plus que Bernard, toujours invisible.

" On n'est pas aidé... " souffla Juliette en mettant les chocolats pour Alice bien en vue.
Paul s'empara d'un smart-phone pour jouer, comprenant qu'ils n'étaient pas encore partis.
" Oui, bonne idée, jouez maintenant, évitez de le faire tout à l'heure pendant le repas. "
Juliette descendit au garage pour voir ce que fabriquait leur père en hurlant :
" Bernard, il est midi passé ! Qu'est-ce que tu fais ? On t'attend ! "
Dans les escaliers, elle fulminait. " Il me fait le coup chaque fois " se disait-elle en colère.
Elle le trouva en train de bricoler. " Je ne te dérange pas ? Tu n'as pas sorti la voiture ?... "
Bernard leva le nez, le regard dans le vide. " C'est bon Juliette... On a le temps.
- Il va y avoir du monde sur la route. C'est la fête des mères.
Et je te rappelle que c'est chez la tienne qu'on va passer l'après-midi.
Tu n'as pas l'intention de t'habiller un peu mieux que ça ?...
- Quoi ? Il est très bien ce tee-shirt, non ?... Ma mère s'en fout de toute façon.
- Donne-moi les clés de la Scénic. Je sors la voiture. Les gosses sont prêts.
- Christophe est rentré cette nuit ?...
- Ton fils est sous la douche. Il vient avec nous. Va te changer !... "
Bernard tendit les clés à Juliette en soufflant, et remonta dans la maison sans enthousiasme.
" Hey, s'il te plaît, fais un effort, dit-elle avant de se mettre au volant du véhicule,
je ne suis pas plus ravie que toi d'aller perdre ma journée aux Camélias chez ta mère.
Alors, on se serre les coudes, et on attend que ça passe, sans mauvaise volonté. Merci ! "
Elle claqua la portière. Et prit un instant pour respirer profondément.
" Boooouh... c'est pas facile tous les jours... " fit-elle avant de passer une main sur son visage.
" M'en passerais aussi de cette journée à la con dans le mouroir de la fée Carabosse. Putain... "
Elle se regarda dans le rétroviseur intérieur. Inspecta ses sourcils. Son rouge à lèvres.
Comme profitant d'un moment toute seule dans l'habitacle de la voiture.
Elle prit finalement le bip pour ouvrir la porte du garage et se cala dans le siège.
" Allez, courage... "

La voiture, étincelante au soleil, fit crisser le gravier dans l'allée de la résidence.
Trouva une place à l'ombre d'un pin où elle put stationner.
La petite équipe endimanchée avait tous les attributs de la famille idéale.

" Bernard, tu prends les fleurs s'il te plaît, c'est toi qui les lui donneras... "
fit Juliette en coupant le contact. C'est elle qui avait pris le volant.
Sentant que son mari finirait de la rendre dingue en n'y mettant aucune énergie.
Elle était la seule d'ailleurs à charrier le poids mort d'un gros matelas mou et informe
- qui n'avait cessé de se plaindre pendant tout le voyage - que faisaient le fils d'Alice
et ses trois enfants réunis, et qui donnaient l'impression d'être conduits à l'échafaud.
Pressée d'en finir elle-même, Juliette devait s'improviser cheftaine,
propagatrice de valeurs vaguement chrétiennes, de compassion et de partage.
" Allez, allez, ce n'est pas comme si c'était tous les week-ends non plus... "
Elle arrangea le bandeau dans les cheveux d'Anne-Sophie qui se laissait faire.
La petite famille démoralisée avait entouré la patronne à l'ombre du pin, près de la voiture,

qui dût les booster avec la niaque d'un entraîneur sportif dans les vestiaires.
" Ce n'est pas quatre personnes âgées qui vont nous déstabiliser, oui ou non ?...
- Pouah, ça pue le pipi dans ce bordel, ça sent la merde et la mort... fit Christophe.
Vous sentez ? J'ai l'impression que ça sent d'ici.
- Et toi, tu pues le whisky. Un point partout la balle au centre, reprit Juliette.
Allez, haut les cœurs ! Nous faisons notre B.A., d'accord, mais nous serons fiers de nous.
Pensez que pour votre grand-mère c'est un jour important. Nous lui faisons plaisir. OK ? "
Ils se mirent en ordre de marche, Bernard trois pas derrière, accompagnés par les cris étranges
de paons qui faisaient la roue dans un enclos du parc, où se dressait la vilaine bâtisse.
" Et on sourit s'il vous plaît. On est content d'être là. On prend sur soi. "
Ils progressèrent vers l'entrée. Mais la colonne s'arrêta net quand Juliette songea soudain.
" Merde, on a oublié les chocolats dans la voiture. "

Ils traversèrent le hall où ils saluèrent sobrement la directrice avant de monter dans les étages.
Ils connaissaient le chemin. Alice était en compagnie d'une amie dans sa chambre.
" Eh bien, a dit Lucette, il y en a qui ont de la chance d'avoir une si jolie petite famille.

- Restez déjeuner avec nous Lucette, proposa Alice aussitôt, ce sera formidable,
vous n'allez pas rester seule un jour de fête des mères. On peut ajouter un couvert... "
Elle se tourna vers Bernard comme pour chercher son approbation. Il regarda ailleurs.
" Non, non, c'est gentil, Alice. Je vais vous laisser en famille voyons, c'est naturel.
Ces beaux enfants n'auraient que faire de la conversation de la vieille bique que je suis,
et vous avez certainement beaucoup de choses à vous dire. Nous nous verrons plus tard.
- Comme vous voulez Lucette. Je n'insiste pas pour ne pas vous embarrasser.
- Voyons-nous au foyer en fin d'après-midi, quand vous aurez fini.
- C'est entendu Lucette. Et nous dînerons ensemble si le cœur vous en dit. "
La vieille dame sortit en serrant la main de toute l'équipe avec un sourire-grimace atroce.
" Mes petits, comme je suis heureuse de vous voir, fit grand-mère quand ils furent enfin seuls.

Anne-Sophie que tu es belle ! Ravissante. Tu es de plus en plus jolie ma chérie. "
Juliette de la main dans leur dos, impulsa le mouvement d'un geste discret,
poussant ses enfants pour qu'ils aillent embrasser leur mamie qui leur tendait les bras.
" Et ce grand Paul qui est déjà un homme. Tu vas rattraper ton frère. Tu as encore grandi ! "
Alice avait pincé les joues et ébouriffé les cheveux de ses petits-enfants avec une émotion
qui semblait payer Juliette pour tous ses efforts. Elle regarda la scène avec satisfaction.
" Christophe, tu es bel homme. Tu dois faire des ravages auprès des filles du lycée.
- Je suis à la fac grand-mère. Je ne suis plus au lycée depuis l'année dernière.
- Beau et intelligent. Tout ton père !... Que le temps passe vite. Tu es à l'université bien sûr... "
Juliette, un sourcil relevé, jeta un œil amusé sur Bernard qui évita soigneusement son regard,
avec la mine renfrognée des mauvais jours. Alice badait l'aîné qui attendait que ça passe.
" Il est sorti cette nuit, il a peu dormi, mais il tenait à être là aujourd'hui avec nous... "
Christophe regarda sa mère en se demandant pourquoi elle avait jugé bon de dire ça.
Elle-même se dit, en embrassant Alice comme du bon pain, qu'elle avait dit ça comme ça,
parce qu'il fallait bien dire quelque chose.
" Eh bien, mon Dieu, c'est très bien. Il profite. Il faut profiter de la vie à son âge.
Si tu savais comme le temps passe vite mon petit... " La grand-mère s'interrompit soudain.
Dévisagea quelqu'un au fond de la chambre : " Et mon Bernard ? Comment va-t-il ?... "

Anne-Sophie fronça les sourcils en silence. Contrariée.
Sa mère lui avait fait signe qu'il n'était pas question qu'elle joue sur le téléphone portable.
" Lucette est une brave fille. Elle a perdu son mari il y a six mois. C'est une nouvelle locataire.

Elle a des enfants mais qu'elle ne voit plus du tout. Ils ne viennent jamais la voir. C'est triste. "
Alice soupira en se laissant servir un verre de vin par son fils.
" C'est là que je sais la chance que j'ai de vous avoir mes petits. Je suis contente... "

Bernard se resservit aussi. Il n'avait pas desserré les mâchoires depuis leur arrivée.
Il était fils unique. Et en effet, ils étaient la seule famille d'Alice. Qui trônait en bout de table.
Dans le salon jaune, une employée apporta le dessert sur un chariot.

" Mon Dieu, s'extasia la grand-mère. C'est jour de fête. Merci Valentine. Regardez-moi ça... "
Un simple Bras de Vénus pouvait suffire à émerveiller la nonagénaire qui avait bon appétit.
Les enfants firent la grimace, quand ils avaient à peine touché au gaspacho et au poulet trop sec.
Les frites avaient été servies froides. Les haricots verts n'avaient pas eu plus de succès.

" Vous vous étiez réservés pour le dessert, n'est-ce pas ? Petits gourmands... " dit Alice.
Elle interpella Valentine qui sortait : " On a peut-être droit au champagne, avec le gâteau... ?
- Je vais voir madame Barande, au pire, on l'ajoutera à la note. "
Christophe qui avait dormi sur son assiette, releva la tête et sembla revenir parmi eux.

" Vous avez bonne mine Alice, c'est un plaisir de voir comme vous vous portez bien. "
Juliette redoublait de courage en sachant qu'ils arrivaient au terme de la corvée.
" Vous êtes mignonne Juliette. Mon Bernard a de la chance de vous avoir rencontrée.
Vous lui avez donné de beaux enfants, et vous semblez le rendre tellement heureux. "

Bernard, qui faisait toujours la gueule, leva les yeux au ciel avant de vider son verre.
Juliette battait des cils dans son sourire en se demandant si c'était une nouvelle vacherie.
" C'est moi qui ai eu de la chance Alice. Votre fils est un homme vraiment extraordinaire. "

Et Juliette continua à battre des cils en sachant que c'était une vacherie de sa part.

Elle lui avait prêté son bras alors qu'elle avait consenti à les raccompagner jusqu'à la porte.
Dans le hall, des personnes âgées, des hommes surtout, étaient assis ici ou là, somnolents,
dans cette partie fraîche et ventilée de la maison.

Juliette se dégagea d'Alice pour lui faire face et l'embrasser vigoureusement.
" Merci beaucoup. C'était formidable. Vraiment... Vous nous avez gâtés.
- Pardon, c'est moi ! Merci pour les fleurs. Et pour les chocolats.

Et surtout de m'avoir donné un peu de votre temps, ça me touche beaucoup.
Je sais que vous êtes occupés. Le travail. Les enfants. Tout ça, au quotidien, je sais bien... "
Juliette, soudain, fut prise d'une forte émotion, sincère, qui n'était pas loin de la pitié.
Et elle se sentit merdeuse et indigne d'avoir été aussi cruelle et cynique jusque-là.
" Nous reviendrons bientôt, Alice. Dès que nous pourrons. C'est promis... "
Elle fit un pas en arrière, cédant sa place aux enfants qui embrassèrent leur grand-mère,
en se disant : " Quels monstres nous faisons... Cette pauvre femme. Toute seule... "
Des larmes vinrent même lui piquer le nez l'espace d'une seconde.
Bernard se pencha sur sa mère : " Salut maman. " Alice dût s'en contenter.
Elle le retint tout de même par le bras avec une énergie qui l'obligea à la regarder,
un instant, droit dans les yeux, sans sourciller : " Fais attention à toi mon grand. "
Les enfants étaient déjà sur le perron, à l'extérieur. Bernard esquissa un sourire incertain.
Ce fut leur seul véritable échange.
Elle se posta en haut des marches, devant la porte, à l'ombre, appuyée sur sa canne,
pour voir la petite famille s'éloigner sur le gravier de l'allée. Juliette se retourna.
Fit un petit signe de la main. Alice le lui rendit avec une mine bienveillante.
Elle ne lâcha pas un sourire un peu triste qui exprimait sa reconnaissance.
La voiture fit marche arrière. Puis partit doucement vers le portail.
Juliette fit du zèle en donnant deux petits coups de klaxon avant de sortir du champ.
Alice agita sa main une dernière fois lorsque la Scénic disparut en tournant sur la route.
Son sourire figé s'effaça soudain dans un soupir.

Elle tourna les talons et hésita dans le hall.
Comme si elle cherchait quelque chose.

Contre la baie vitrée, monsieur Roger parlait tout seul, comme d'habitude.
Assis à côté de la plante en plastique, monsieur Puig dormait profondément.
Alice s'illumina soudain d'un large sourire.

Elle ne cherchait pas quelque chose mais quelqu'un.
Un petit minois malicieux apparut à l'opposé de la salle. Lucette.
Le poing fermé, elle plia son bras et donna un coup de coude vertical dans le vide,
comme si elle venait de gagner un match. Elle éclata de rire et de soulagement.
" Alors, vous voyez bien ma chère, que tout passe, même lentement...
- Oh mon Dieu. C'était interminable. J'ai cru que j'allais mourir. " Alice se reprit.
" Tout de même, je culpabilise un peu. Ces petits se sont donné du mal.
Et cette Juliette veut tellement bien faire... Enfin, bref, voilà, c'est fait.
Je devrais être tranquille jusqu'à Noël ! "
Elles se dirigèrent vers le foyer où elles avaient l'habitude de jouer aux cartes ensemble.
" Mais je suis fière de moi. J'ai donné le change et fait bonne figure.
C'est la moindre des choses. Si ça peut faire plaisir...
- Vous avez bien mangé au moins ?
- C'était atroce. Le poulet était sec. Les frites étaient froides. Et le dessert... "
Elles s'installèrent à une table, face à face, côté jardin. Alice se laissa tomber en soupirant.
" Ouf !... Ce qu'il ne faut pas faire. Vous croyez que j'ai passé l'âge de faire semblant ?
- Je pensais à vous depuis ma chambre. Je n'aurais pas aimé être à votre place.
- Ben, vous avez pris le parti de vous fâcher avec vos enfants, vous... Je n'y suis pas prête.
Et, bon, ils ont été mignons. Ils m'ont apporté des fleurs. Et des chocolats.
Que je vous donnerai si vous voulez d'ailleurs, je ne les aime pas.
- Ce ne sera pas perdu.
- Quant à mon Bernard, il m'en veut toujours d'avoir trompé son père.
C'est terrible. Je pensais que ça passerait avec le temps... mais rien à faire.
- Il ne vous ressemble pas.
- Si je fais la tronche peut-être ? Regardez... Non ?... "
Lucette riait tant qu'elle dût recompter les cartes qu'elle distribuait.
" Allez va, détendez-vous Alice, c'est terminé.
- Oui, voilà, j'ai fait ma B.A. en leur permettant de faire la leur.
Ce qu'il faut être tordu quand on y pense... "
Et dans son sourire incertain, elle eut un pincement au cœur.
L'espace d'une seconde.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Ending

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C'est le moment de prendre le temps pour ce qu'il est.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Croates, les bienvenus

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La Croatie est entrée dans l'Union Européenne.
Dans l'indifférence générale.
Voilà qui est révélateur de l'état du rêve européen.
Moi-même, à vrai dire, j'étais passé à côté de l'information.
Et j'ai dû rebaptiser un texte, changeant mon 18/27 en 18/28,
en catastrophe, lorsque je commentais l'entrée de la Lettonie dans la zone euro
programmée au 1er janvier 2014, en ayant fait l'impasse sur cet élargissement intermédiaire.
Un seul pays cette fois. En ce 1er juillet 2013. Mais pas des moindres.
Quand il est évident à mes yeux que toute l'ex-Yougoslavie a sa place dans l'Union.
J'étais heureux, à l'élargissement délirant de 2004 (10 pays d'un coup),
de voir parmi les nouveaux adhérents une majorité de pays de l'ancien bloc communiste.
Les trois pays baltes, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie, la Hongrie...
Et particulièrement ému à l'entrée de la Slovénie. Premier Etat des Balkans à nous rejoindre.
C'est que j'ai quelques souvenirs d'une guerre épouvantable. Dans mon écran de télévision.
Une guerre qui avait d'ailleurs bien failli compromettre la cohésion de l'Union.
Lorsque la France et l'Allemagne ne soutenaient pas les mêmes belligérants.
Et que, lorsqu'on connaît l'Histoire, on sait pourquoi l'Europe parle des Balkans
comme d'une poudrière, puisque nous gardons tous en mémoire cette date fatidique
de l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, comme détonateur.
Celui de la Première Guerre Mondiale. On sait pourquoi on a eu chaud.
Dix ans de guerre. A nos portes. Entre 1991 et 2001.
Alors oui. Soulagé de voir la Slovénie entrer dans l'Union.
Union qui avait résisté au tremblement de terre. Qui était restée soudée bien qu'impuissante.
De la Yougoslavie sont nés plusieurs petits pays indépendants dans la douleur que l'on sait.
Après la Slovénie, la Croatie, la Macédoine. La Bosnie-Herzégovine. Le Monténégro.
Lorsque Belgrade, l'ancienne capitale yougoslave n'était plus que celle de la Serbie,
qui refuse encore de reconnaître l'indépendance de son ex province du Kosovo.
Imaginez. Ce sont 7 Etats qui sont sortis de ce conflit particulièrement atroce.
Et le terrain est encore fragile. Les blessures de guerre sont toujours béantes.
Et aussi vrai que l'Europe a tenu le choc, aussi vrai qu'elle est restée unie, cette fois,
tenue par des traités et le libre-échange, au lieu de se diviser et de repartir comme en 14,
les nouveaux Etats des Balkans se garantiront une paix à long terme en entrant dans l'Union.
En attendant les cinq autres - et la question de l'indépendance du Kosovo sera forcément
définitivement résolue aux compensations que trouvera Belgrade en adhérant à son tour -
la Slovénie d'abord, la Croatie aujourd'hui, sont montées à bord du navire européen,
pour profiter de la Pax Europaea, ce trésor qui nous a valu un Prix Nobel de la Paix.
Quand le prix prestigieux fut sans doute aussi mérité que cette pacification du continent,
lorsque nous avons passé des siècles, jusqu'au début de celui-ci, à nous faire la guerre.
La France est encore traumatisée par les deux guerres mondiales.
Mais les conflits dans l'ex-Yougoslavie, précisément, s'arrêtent avec les accords d'Ohrid,
en Macédoine, en août 2001, prouvant que ce n'est qu'à ce nouveau siècle, enfin,
que la paix devient possible sur l'ensemble de l'Europe géographique.
Si l'on admet la nécessité d'intégrer aussi l'Albanie dans l'Union. Notamment.
Quand je pense aussi à la Turquie.

Cela fait quelques années déjà que nous connaissons la Croatie,
comme nouvelle destination touristique. Pula. Dubrovnik. Des trésors méconnus.
Où toute l'Europe s'est ruée. Split. La côte adriatique. Bonheur des voyagistes.

L'ouverture était largement consommée. Et nous devrions nous réjouir, je suppose,
que ces merveilles d'Histoire, de culture, apportent leur plus-value à notre belle Europe.
Pas un mot dans la presse. Je devais être distrait. Occupé à autre chose j'imagine.
Mais tout de même. Comment avais-je pu passer à côté de ce nouvel élargissement ?
Cela ne méritait-il pas quelque chose d'un peu plus solennel ou simplement enthousiaste ?
Il faut croire que non. Cela fut d'une discrétion assez pitoyable, voire inquiétante.
L'Europe est réduite aux déboires de la Grèce, à la crise de confiance sur la zone euro,

à la défiance généralisée pour les institutions européennes. A un point qui me désole.
Je découvre que c'est fait. Par hasard. Et je suis partagé entre l'euphorie et la colère.
Prêt à me précipiter pour ouvrir le champagne et à engueuler la presse pour son désintérêt.
Une campagne d'information dans les grands médias nationaux ne semblait pas s'imposer.
Découvrons nos amis et voisins croates. Non. Les seuls commentaires sont assez pessimistes.
Rabat-joie. Ne ressemblent en rien à une fête d'accueil. Voilà qui est agréable.
L'Europe fait la gueule. Qui ça ? La Croatie ? Encore un pays pour lequel on va payer ?

Quand on oublie un peu vite que ce sera aussi un pays qui va contribuer. Logique.
Alors d'accord. Je range mon champagne et mes serpentins. On annule la fanfare.
Puisque personne n'a le goût de faire la fête à ce peuple qui sort à peine la tête de l'eau.
Qui a connu le martyre et des atrocités. Ok. Tout le monde s'en fout. Je vois.
La crise aiguise les égoïsmes. J'entends bien. Et le repli sur soi. Continuons comme ça.
Eh bien de mon côté, je vais ressortir les images les plus terribles qu'on puisse trouver
pour vous les flanquer sous le nez, rappeler par où on est passé, tous autant que nous sommes
pour arriver à cette foutue Europe sur laquelle tout le monde crache aujourd'hui.
Les images du Kosovo, de Dubrovnik, de Sarajevo, je vais vous les retrouver.
Et si ça ne suffit pas, je remonterai plus loin, quand la Seconde Guerre Mondiale
devrait suffire à nous rafraîchir la mémoire, sur ce qu'a été l'Europe jusqu'à présent.
Un Prix Nobel de la Paix ? Comment cela a-t-il pu étonner ?
Quand c'était la première fois dans notre Histoire que nous étions capables
de passer cinquante ans sans nous taper sur la gueule. Ce qu'on oublie vite...
J'entends bien les critiques de Marine Le Pen, de Jean-Luc Mélenchon,
le machin libéral qui nous étrangle et qui nous vole notre souveraineté...
Eh bien allons-y, au lieu d'aboutir le projet, au lieu de le finaliser,
au lieu d'aller au bout de la logique de convergence politique et de démocratie,
déconstruisons-la cette Europe maléfique, anti-française, judéo-maçonnique,
cette créature du diable au service de Wall Street. Ok...
Et nos anti-européens seront heureux de retrouver nos fonctions régaliennes,
- nationales ! - parmi lesquelles il y a le droit de lever une armée et de faire la guerre.
Amis Croates, je vous aime. Et je vous souhaite la bienvenue.
Dans cette famille d'enfants gâtés qui ne savent pas leur chance.
Qui a juste la paresse intellectuelle de se reposer sur Washington dès qu'il s'agit de politique.
La Diplomatie, la Défense. Les Américains s'en occupent. Toujours ça de moins à payer.
Quand elle devrait, peut-être sous votre impulsion, se donner les moyens de décider.
Et de contrer les dérives de la finance avec un truc assez simple qui s'appelle la loi.
De contrôler la conception de la loi avec un truc assez simple qui s'appelle la démocratie.
Des trucs que nous avons été capables de penser dans chacun de nos pays.
Et que nous pourrions partager si nous n'étions pas campés sur nos petits intérêts dépassés.
Il y a deux énormes raz-de-marée qui déferlent sur nous. Qui s'appellent l'Inde et la Chine.
Et moi, amis Croates, je ne dis pas que vous venez pour nous coûter de l'argent.
Je dis que vous venez pour nous prêter main-forte. Que vous ne serez pas de trop.
Et que nous allons enfin pouvoir faire ensemble autre chose que la guerre.
Je vous aime. Je vous attendais. Soyez les bienvenus.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Le Mal et son remède

Publié le

Le Tricorne, bien sûr, cela aurait eu de la gueule.
Le symbole aurait eu de l'allure.
Quand je sais que tu sais que je sais que tu sais.
L'histoire de cette œuvre dans ma vie. Le lien entre Manuel de Falla et moi.
La révélation au Hollywood Bowl de Los Angeles.
Je sais que tu sais que c'est pour moi rien de moins que l'Espagne en personne.
Que c'est ma mère. Dans les Jardins du Generalife. A la Mosquée de Cordoue.
Sur ce ferry traversant le Détroit de Gibraltar. L'Espagne et le Maroc. Face à face.
Les plateaux de la Mancha. Les délires géologiques de la Péninsule Ibérique.
La maison de Barcelone. L'appartement de Marbella. Les voyages à Madrid.
Les séjours à Zaragoza, les virées à Peñiscola depuis Castelldefels avec la famille.
The Three-Cornered Hat. Et voilà déjà une image goyesque. Une passe. Et une autre.
La bête pointe des cornes avec la majesté du monde sauvage. Impose l'humilité.
Dans les plaines andalouses jusqu'en Estrémadure. Des fortifications mauresques.
Les nids de cigognes dans les clochers de Cáceres. Aux portes du Portugal.
Les talons crépitent aux amours sulfureuses. Les doigts hérissés comme héritage hindou.
Mon sang peut être arabe. Peut-être même indien. Quand il y a des traits kabyles.
Chez la femme aux yeux clairs qui est née à Toulouse de parents castillans.
Le voyage à Judes. Et voilà que nous fûmes catholiques, que nous fûmes musulmans.
Il ne manquait que ça. Nous fûmes aussi juifs. Comme toute l'Espagne.
Le village du grand-père ne trompe pas son monde. Son nom nous en dit assez long.
Judes. Valladolid. La ville de la grand-mère. Celle de l'Inquisition.
Je me tords les poignets pour imiter les branches d'un arbre généalogique.
Je suis fait d'ablutions et du chant du muezzin. L'émotion fut si forte.
L'appel à la prière dans les rues d'Istanbul. Et j'ai su que c'était ma culture.
Je suis fait des processions où l'on traîne des vierges pesant leurs tonnes d'or.
Le balancier aux flambeaux de montagnes de souffrances et culpabilités.
Manuel de Falla. C'est la fièvre en cascades de la somme des siècles.

L'accouchement ici, la sortie du tunnel, à Notre-Dame encore, mais de Bonne Espérance.
Il fallait un point de chute. Quelque part autour de la Méditerranée. Des Pyrénées sans doute.
Perpignan. Bien sûr. A ce pli que fait l'Afrique encastrée dans l'Europe.
C'est là que j'arrive. Que je tombe de haut. Que j'ouvre mes poumons.
Après des siècles de migrations et de guerres stupides. L'exil. La conversion.

Voici l'homme que tu rencontrerais un jour. Ou 37 ans plus tard.
Celui que tu ne voulais plus voir. A qui tu ne voulais plus faire cette grâce.
Parce que je ne la méritais plus. Manuel de Falla. L'ouverture du Tricorne.
L'incantation. L'évocation d'une femme que tu n'as pas connue. Mais à qui tu plais tant.
Qui te regarde aussi sûrement que je te regarde quand je suis toujours elle.
Ou la somme des siècles et des générations. L'invocation d'un pays tout entier.
Et que nous partageons. Cette même terre. Cette même mère. Cette même pierre.
Il y a cette grimace que je reconnais. Ce plaisir insensé de se faire du mal.
Ce goût pour le drame. A s'arracher le cœur. Quand il y a du Goya et du Garcia Lorca.
Ainsi tu m'as maudit. Aussi fort que tu m'aimes. Tu ne voulais plus me voir.
Et je pouvais crever pour qu'on en crève ensemble. C'est bien le goût du sang.
Je fus Saint-Sébastien criblé de banderilles. Au diable le Tricorne. Manuel de Falla.
Et l'histoire d'amour qui peut faire si mal. Mais aussi voluptueuse que quand elle fait du bien.
Qu'il est bon mon amour de souffrir de tes mains. De souffrir de nos armes.
Que ta cruauté est douce. Que ta vengeance est belle. Que ta rage est fertile.
Déchire ma poitrine. Piétine mon visage. Mets du sel sur mes plaies.
Je ne crains pas le bagne, ne crains plus le martyre, depuis que je te connais.
La lune s'est vidée avant de se remplir. Disparaît. Apparaît. Et quartier par quartier,
accompagne deux enfants qui hurlent d'exister dans l'univers absurde.
Elle était déjà là quand j'ai perdu ma mère. Quand je l'ai retrouvée.
C'était à Hollywood. Six mois après sa mort. Dans les terres hispaniques de la Californie.
La chaux blanche andalouse à Santa Barbara. Le Los Angeles Philharmonic Orchestra.
Angèle avec les anges. C'était un peu sa ville. Je l'ai lu au programme. Manuel de Falla.
Quand c'était sa musique. Lorsque c'était la nôtre. Et nous fûmes réunis.
Comme nous le fûmes aussi, quelques années plus tard, sous cette même lune.
Au lieu où je suis moi et suis venu au monde. Au lieu de la rencontre.
C'est au cœur du berceau que nos deux trajectoires devaient s'entrelacer.
Ta colère envers moi ne fait que resserrer la tresse de nos vies, d'une seule et même corde.
Je m'enroule à tes mains, à tes yeux, à tes jambes. Quand je suis attaché à tes poignets blessés.
Nous sommes plus que nous-mêmes tant que nous sommes ensemble.
Chacun avec nos systèmes solaires, de parents, d'enfants et d'amis, de passés, de présents.
Nous créons sous la lune l'univers moins absurde. En lui donnant un sens.
Qui est celui de l'Histoire. Et de l'Humanité. L'amour contre la peur.
L'amour contre ta peau. Que je pénètre encore en étant ce poison.
Qui peut causer ta perte et sauver à la fois. Le mal est son remède.
Aussi vrai qu'en t'aimant, tu me tues aussi fort que tu me rends vivant.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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Limoncello

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Ce n'est pas toi qui me rends heureux. Mais le fait que tu le sois.
Je suis assez grand pour faire mon propre bonheur.
Un cheeseburger avec des amis. Un clafoutis aux cerises. Astor Piazzolla.
Une tarte au citron. Des enfants autour de la table. Surtout si ce ne sont pas les miens.

La lune dans les nuages. Dans les arbres. Dans les yeux. La chaleur de juillet.
Des brasses dans la piscine. Pan con tomate. Un cheesecake chez les copains.
Des agaves. Du sable dans les cheveux. Du sel sur la peau. Limoncello.
Ce n'est pas toi qui me rends heureux. Mais le fait de penser à toi.
Quand le soleil entre dans la salle de bains et ma cabine de douche.
Quand je me lève. Quand je me couche.
Quand j'oublie de le faire aux photos que je prends. Aux textes que j'écris.
Que ça revient entre deux textes. A la peinture. Et au piano. Au déjeuner.
Que ferions-nous de plus si nous vivions ensemble ?...
La rousquille qui s'émiette. Une orange que je presse. Le café que je bois.
Astor Piazzolla. Regarderions-nous un film, enlacés, dans le canapé que je n'ai pas ?
Ce serait sur le lit. La télé à nos pieds. Et je t'arracherais à l'écran dès le premier quart d'heure.
A te prendre la bouche. A te prendre le sexe. A te faire l'amour. D'un générique à l'autre.
Nous dînerions ensemble. Nous dormirions ensemble. Travaillerions le reste du temps.
Chacun de son côté. Ou dans sa discipline. Dans des pièces séparées ou un même atelier.
Ce n'est pas toi qui me rends heureux. Mais le fait de l'imaginer.
Vivre ensemble peut-il être mieux qu'être ensemble ?...
Les galets brûlants sous mes pieds nus. La rivière. Les chênes-lièges. C'est Madeloc.
Les vignes de Banyuls. J'écris qui est le diable dans la prochaine séquence.

Buenos Aires. Piazzolla. Le crayon à papier. Les roseaux. Les cyprès.
Il y a des gousses d'ail. De la charcuterie. Du monde dans la cuisine. Et de l'huile d'olive.
De la mozzarella. J'ai les mains dans le basilic. Dans le clavier. Dans tes cheveux.
Serviettes nid d'abeille. Le blaireau plein de mousse. Je me rase le matin.
Il y a du chocolat. La pluie. Le Flamenco. Des figues. Des abricots.
Le raisin de Corinthe. Le muscat. Ta langue sur ma peau. Entre les pectoraux.
Et les abdominaux. La résine des pins. Les amandes grillées. Et le jus d'une pêche.
Ce n'est pas toi qui me rends heureux. C'est de savoir que tu l'es.
Même loin de moi. Même sous un autre toit. Peu importe d'être ensemble.
Je sais que tout va bien. Que tu vas bien. Et je peux bien écrire. Et prendre mes photos.
Piazzolla. Le Tango. Ce n'est pas toi qui feras mon bonheur quand il est déjà fait.
Il grandit avec moi. Et toi, tu l'impressionnes pour le rendre parfait.

 

Philippe LATGER
Juillet 2013 à Perpignan

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