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Garde-fous sur l'Hudson

Publié le

New York s'invite chez moi. Dans les reflets des phares des voitures.
Dans la pénombre. De la nuit tombée. Des clartés grises qui balaient le mur blanc.
Comme les projecteurs des soirs de premières au Chinese Theatre de Los Angeles.
New York dans un triptyque. Le lien est renforcé. Le mien est symétrique.
C'est l'ailleurs convoité. Dans la ligne de mire. Que l'on m'a arraché quelquefois.
Quand j'en étais si près. Je le porte avec moi. Comme bague à mon doigt.
Ce lieu où nous irons. Retrouver des ancêtres qui n'y sont pas allés.
Je l'ai dans ma démarche et mes aspirations. Je l'ai dans mon programme.
Dans ma programmation. Comme ultime point de chute. Comme première étape.
D'une vie parallèle qui n'est pas commencée. D'une vie antérieure qui me fait délirer.
Quand j'ai des souvenirs des Années 20 et 30. Que sur ma trajectoire, la reconquête est lente.
L'histoire n'est pas finie quand Manhattan m'échappe. J'ai des comptes à régler.
Alors qu'elle redessine sa silhouette première, la ville me nargue un peu sur sa barge de terre.
Tu connais son emprise comme mon obsession. La teneur des désirs. Des hallucinations.
Et tu viens me porter trois nouvelles fenêtres, sur une île d'acier où j'aurais aimé naître.
Le point de collision de tous les continents. De toutes les cultures. De tous les dissidents.
Qui sont autant de frères bannis par leurs parents. Une ville d'orphelins et de déracinés.
Qui n'avaient rien à perdre. Qui fuyaient l'esclavage.
Le produit fantastique de tous les métissages.
La cité chaotique des plus beaux accidents. Révélant la superbe de notre humanité.
Où Chinois, Irlandais, Russes ou Pakistanais, avaient tous une pierre à porter au miracle,
celui où vivre ensemble nous transporte aux pinacles des utopies urbaines et des dépassements.
Quand chacun, d'où qu'il vienne, peut revendiquer sa marque dans la Rome atlantique,
transformant le brassage de toutes les traditions, de tous les héritages en éblouissements.
Sur le mur éclairé au hasard du passage de phares automobiles, dans la rue, dans mes vitres,
se déploient des lumières caressant la skyline,
le chrome du Chrysler, l'acier du Brooklyn Bridge,
des quartiers de la pomme que tu as ramenée chez moi,
comme pour y ouvrir un ultime chapitre
qu'il me reste à écrire, ou à élucider.
Tu acceptes ma folie. Encourages ma lubie. Et je t'en remercie.
Quand nous sommes tous frères. Orphelins. Dissidents. Entre le diable et l'ange.
Que New York est partout où les gens se mélangent.
Et que je m'habitue à être heureux ici.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Buick Roadmaster

Publié le

La fièvre m'a fait nager dans ces lopins de neige.
Regagner le Québec et mes arpents de terre.
Dans la fabrique de coton d'Hochelaga.
Ou la Petite Maison Blanche de Chicoutimi.
Des lieux où je n'ai jamais été. Mais où je nage un peu.
J'ai passé la frontière. J'ai roulé tout droit jusqu'à Plattsburgh.
Où Felicia m'attendait. A la fameuse horloge au coin de Bridge Street.
Au volant d'une Buick Roadmaster 1949 décapotable, splendide,
fendant l'air de sa bosse de béluga, de ses fanons de baleine,
j'arrive au point de rendez-vous. Felicia n'est autre que Condoleezza Rice.
Elle monte dans la voiture. " File. Nous devons libérer l'Irak. "
Mais je fais des tonneaux dans mon lit. Et me retrouve à Toronto.
Véronique Sanson, sur la pointe des pieds, m'embrasse sur la bouche.
Elle a l'air contente de me voir. Je cherche Christian, un peu inquiet.
" Tu n'as pas vu Pierre et René ? " Mes voisins de Montréal.
" Ils sont là ! " me dit-elle en ouvrant ses bras sur l'Ontario.
Et je découvre mes amis allongés sur des transats, bronzant au soleil,
confortablement installés sur les glaçons d'un verre de whisky.
Je monte dans un ascenseur de la CN Tower. Et je monte. Et je monte.
Embrassant tour à tour Julie Snyder, Véronique Cloutier et Rufus Wainwright.
" On va se calmer, oui ?... C'est la fièvre ? Ou bien ? "
Quelque chose trempait dans le sperme. Alors que j'avançais avec difficultés.
De la vase jusqu'à la taille. Une sorte de boue onctueuse. Qui me caressait les cuisses.
" Faut arrêter ça tout de suite ! " Je n'en avais pas envie. C'était très agréable.
" Il faut libérer la Syrie ! " J'avais oublié Condoleezza dans la voiture.
 

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

Buick Roadmaster

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Point de vue

Publié le

Il y a des angles morts.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Le train d'enfer

Publié le

Tu es ma drogue. Et mon armure. Contre l'adversité. Contre le découragement.
Puisqu'il y a des jours bien sûr, où je ne suis pas à la fête. Qu'il y a des passages à vide.
Que je ne suis pas toujours sur une ligne de crête, euphorique et béat,
à chanter sous la lune et composer des vers, avec un masque de joie, effrayant,
au sourire figé, sifflotant dans la rue et saluant du monde avec un refrain de Trenet dans la tête.
Les ombres arrivent aussi, parfois, de tous les côtés, rampant sur le pavé jusque chez moi,
menaçant de monter la façade pour venir m'engloutir,
m'aveugler au point de ne trouver d'autre issue
que de me tirer une balle dans le crâne.
Chose que je ne ferai jamais. Je n'ai pas de flingues. D'abord.
Et j'aime trop la vie. Ensuite. Depuis que tu es là pour me la rendre aimable.
A Paris, je n'aurais pas sauté du balcon non plus, lorsque je vivais au rez-de-chaussée.
Et que les moyens, n'ayant déjà aucune arme à feu,
de mettre un terme à ma vie restaient restreints.
Mais j'étais dans un état dépressif alarmant,
ce dernier été où tout espoir était compromis, condamné,
ne voyant plus comment me sortir d'une situation que je pensais devenue inextricable.
Je ne pouvais pas vivre de mon travail. Et j'étais tenté de faire ce que font bien des agriculteurs,
et tous ceux dont le travail est leur vie entière, leur seule raison d'exister, d'être au monde,
lorsque vient l'heure du bilan, de la faillite, de l'abandon généralisé et du renoncement.
Mon éditeur a fait beaucoup pour moi. M'a aidé à tenir encore un semestre.
Quand l'arrivée des Winx, petites fées pour petites filles, m'a fait relever la tête.
Je me revois craquant littéralement devant l'écran de mon ordinateur, seul dans mon bureau,
découvrant les vidéos du dessin animé où les textes que j'avais proposés deux ans plus tôt
avaient finalement été enregistrés.
J'avais oublié ce projet et n'en attendais plus rien.
Et j'aurais été misérable de me foutre en l'air.
De tirer ma révérence quelques jours auparavant
quand un signe s'apprêtait à me remettre en marche.
Deux textes sans intérêt. Adaptations des chansons originales.
Qui ont enchanté des enfants ici ou là.
Lorsque je ne peux en tirer aucune vanité artistique.
Mais sur lesquels j'ai pleuré. Comme un gosse. Ou un adulte à bout de forces.
Quand les petites sorcières me disaient que ce n'était pas fini. Que je n'étais pas fini.
Et le gâchis évité par je ne sais quel instinct de survie.


Non. Pardon. En fait, je sais très bien.
Je sais ce qui m'interdisait de commettre l'irréparable.
J'ai une famille. Qui était loin de moi.
Quand je n'avais même pas les moyens de partir la rejoindre.
Ne serait-ce que quelques jours. Une famille que j'aime. Deux nièces. Deux jeunes femmes.
Ravissantes. Intelligentes. Brillantes. Gaies. Auxquelles je ne pouvais faire une chose pareille.
J'ai une sœur. Et un frère. Et mon père qui vit encore.
Que j'aurais assassiné de mes propres mains.
J'étais bien conscient que ma vie n'appartenait pas qu'à moi-même. Et que je n'avais pas le droit.
Une famille. Et des amis. Qu'aurais-je fait à Virginie et Cédric ? A Laetitia et Arnaud ?
A Michel ? A Gary ? A Laurent et Anna ? Bien sûr, personne n'avait besoin de moi.
Mais j'aurais été impardonnable de leur infliger une souffrance aussi sournoise qu'inutile.
Perdre un être cher est toujours un enfer. Que penser lorsque c'est dans cette situation précise ?
Quel message envoie-t-on à ceux qui restent ?...
Je préférais ne pas y penser. Insoutenable.
Quand c'est la chose la plus culpabilisante du monde.
La plus triste. Et la plus révoltante de toutes.
Alors non. Je n'ai pas sauté de mon rez-de-chaussée,
ni mis la tête dans un four que je n'avais pas.
Et les fées venaient m'en féliciter. Une caresse.
Une récompense de la vie heureuse d'avoir été choisie.
Quand elle sait combien elle est la chose la plus fragile du monde.
La plus ténue. La plus aléatoire. Et la plus forte aussi.
Ainsi, je pleurais en sachant que j'allais revoir mes nièces,
et ma sœur, et mon frère, et mon père. Et tous les gens que j'aime.
Quand je devais vivre aussi pour une équipe,
mes collaborateurs, mon éditeur et son bureau
auxquels j'étais lié contractuellement, et qui n'auraient pas compris.
Sans soupçonner les idées qui avaient pu me traverser,
ils me donnèrent des signes de confiance. Au bon moment.
Au tournant de l'automne. Sur la vague des petites fées. Confiance et loyauté.
Certes, cela me fit passer les Fêtes, et tenir jusqu'à janvier.
Je ne pouvais pas sombrer à nouveau.
L'orgueil n'est pas loin. Il ne l'est jamais avec moi.
Je devais au moins sauver mon estime de moi. Pouvoir me regarder dans la glace.
Pour être capable ensuite de me présenter au reste du monde.
L'option de la clochardisation revenait au suicide. Il ne me restait plus qu'à sauver les meubles.
Ce n'est pas toi, en effet, mon amour, qui m'a sauvé la vie. C'est la vie elle-même.
Et ton apparition, comme celle des petites fées, est venue m'assurer que j'avais fait le bon choix.
Je suis rentré à Perpignan. Je suis rentré chez moi.

Alors oui. Une fois Boudu sauvé des eaux, il allait recevoir une récompense sans pareille.
A laquelle il n'aurait jamais osé prétendre. La dépression précédente était fondée sur un constat.
Celui selon lequel, toutes les bonnes choses que j'avais à vivre étaient désormais derrière moi.
Que j'avais laissé passer mes chances d'être heureux.
Avec quelques histoires d'amour par exemple.
Que j'avais gâché mon capital jeunesse, et santé, dans l'alcool
comme dans le plaisir de se dégrader. De se déshonorer.
Se rendre méprisable à ses propres yeux. Tout en gardant le contrôle. Pensais-je.
Et voici que j'observais avec effroi combien j'avais été stupide,
inconséquent, cynique, et vaniteux.
Concluant que je méritais ma déroute.
Et qu'il était temps pour moi de payer l'addition.
Il aurait été profondément immoral de me donner encore
le moindre bonheur ou la moindre jouissance.
De cette façon gratuite qui vous tombe du ciel.
Quand il fallait désormais mériter d'être heureux.
Se battre pour le devenir. Travailler. Etre digne de l'être.
A force de persévérance et d'expiations.
Mais la vie étant parfaitement immorale,
elle me précipita sur la route qui devait croiser la tienne.
T'installa, magnifique, au bout du chemin de fer,
faisant de toi la raison véritable de ma débâcle.
Puisque c'est ce que j'affirme. Rétrospectivement.
Tout ce mal était fait pour mieux te rencontrer.
Me mettre dans les conditions de cette rencontre au bas mot improbable. Comme préparation.
Estimant que ce ne fut pas cher payé pour le bien que vous me faites ensemble, la vie, et toi,
complices d'un même coup monté, de cette construction étrange où je me suis trouvé.
Pouvais-je avoir eu l'intuition de cette rencontre, de ce lever de soleil sur la mer, bouleversant,
au moment où je m'apprêtais à appuyer sur la gâchette de ce flingue que je n'ai jamais eu ?
Pouvais-je, au-delà de mon devoir d'exister, au-delà des êtres que je ne pouvais pas poignarder,
avoir senti que la vie pouvait encore me promettre des choses qui méritaient d'être vécues ?
Sans doute. Des choses que j'étais curieux de connaître. Malgré ma désespérance.
Mais pas un instant, le plus honnêtement de la terre, je n'aurais pu imaginer une telle merveille.
Dans l'écrin de cayrou de ma propre tanière. Une telle révolution. Une émotion jamais atteinte.
Possible pour être parti d'aussi bas, des profondeurs où je prenais mon élan pour te décrocher.
J'ai pris de la vitesse dans la pente de la rue Marcadet, sous le poids de mes bagages,
pensant fuir lorsque je te rejoignais, sans même le temps de me retourner sur un passé sensible.
Quand j'étais déchiré de quitter un studio qui fut l'alcôve heureuse d'amours tourmentées,
le décor d'histoires fantastiques, quitter la ville de tous les espoirs et de toutes les chances.
Où j'ai aimé du monde. Et des sourires que j'abandonnais en plongeant dans le vide.
J'ai gagné en vitesse dans un train TGV, qui m'arrachait la France des fenêtres,
balayant la Bourgogne et le Rhône, les ponts et les centrales, les massifs et les bois,
jusqu'aux bras de la chaîne, celle des Pyrénées, qui embrassent ma plaine,
la terre où je suis né, et où j'allais renaître, dans ces flammes de phénix où je me consumais.
J'étais en train de mourir. Retournais à la terre. Partant en cendres dans l'accélération.
Je me désintégrais pour mieux me reconstruire. Purifié à jamais de mes produits toxiques.
Avec le paysage, je partais en lambeaux, comme autant de flammèches perdues dans la nature,
à Valence et à Nîmes, fuyant la chevelure,
incandescent à la pénétration de mon autre atmosphère,
propulsé comme un météore furieux qui sait depuis longtemps où l'attend son cratère.

Je suis tombé sur toi. A la place Molière. Une chose à laquelle je ne m'attendais pas.
A me faire pleurer comme devant mon écran aux messages du destin, aux chansons enfantines.
Quand dans l'espace d'un ange qui passe, celui d'un train entier, j'ai pensé à ceux qui m'ont aimé.
A ceux qui ne sont plus. A ceux que j'aime encore. Qui tous participaient à l'homme que je suis.
A l'homme qui t'a plu. Ceux qui m'ont donné cent fois des raisons d'être toujours en vie.
Et de m'aimer un peu. Sans comprendre vraiment si j'ai été digne d'eux.
J'ai pleuré sur les morts. Et ceux que j'ai quittés.
Avec la rage au ventre et mes dents bien serrées.
Quand dans ton regard je ne pouvais admettre qu'avec toi mille choses venaient me remercier.
Des prénoms et des âmes venus réapparaître. Et des brassées d'amour qu'il fallait accepter.
J'étais à bout de forces. J'étais là. Désarmé. Je n'avais plus d'écorce, n'ai jamais eu de flingues.
N'avais plus qu'à sourire et me laisser aimer. Les yeux brouillés de larmes et de reconnaissance.
Quand je reconnaissais bien plus d'êtres que toi. A qui je dis pardon pour ne pas finir dingue.
C'était dans tes yeux la vie qui m'embrassait. Le passé que j'ai fui qui en toi m'attendait.
Qui m'a fait cette farce de la fuite en avant. Alors que j'étais là pour tout réconcilier.
Pour remettre de l'ordre. Ou pour donner du sens.
Pour une fois dans ma vie je me faisais la paix.
Incapable de partir. De fixer ton regard. Quand je savais très bien ce qui allait se passer.
Je me suis levé et suis monté sur scène. Je suis allé chercher mon prix devant la salle comble.
Où j'ai pu remercier ma mère de m'avoir fait. Mon père de m'avoir porté.
Et mes nièces. La famille. Nommer les personnes avec qui j'ai vécu.
Les histoires importantes. Et celles d'une nuit. Mes amours. Tous ceux qui me parcourent.
Et j'ai été sincère en concluant : voilà... je ne serais rien sans eux.
Le ciel était gavé d'étoiles. Me tombait dessus en cédant sous leur poids.
Dans un feu de Bengale. C'est la Nuit des Oscars. La vie y est présidente.
Mon orgueil ne peut plus refuser ses honneurs. Et j'ai pu t'embrasser.
Défaire mon armure. Puisqu'en m'enveloppant c'est toi qui me protèges.
J'ai ton cœur en cuirasse. Ta peau en bouclier.
Ta voix pour me défendre. Ne pas même y songer.
Quand je suis à l'abri. De toutes les paniques. Et de viles angoisses. Que tu pares la peur.
Désamorces les bombes. Encourages mon âme à ne faire que du bien et aimer le bonheur.
Tu n'es pas une drogue quand tu es le vaccin. Qui m'a sauvé la vie. En la rendant parfaite.


           
   

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Mes moutons

Publié le

Je ferme les yeux. Je cherche le sommeil.
Au lieu de cela, je trouve cette amie. Qu'il faut que j'appelle demain.
Celle à qui il faut que j'écrive avant qu'elle ne parte pour Aix-en-Provence.
Je trouve le chèque du loyer qu'il me faudra poster. La facture d'électricité.
Les yeux fermés. Je respire. Je change de position. Je cherche le sommeil.
Au lieu de cela, je trouve cette fille qui ne m'a pas rappelé. Pas même un texto.
J'ai passé un mois entier à bosser pour elle. Tenté de comprendre ce qu'elle voulait.
Un coup d'œil via Google pour avoir des nouvelles.
Je sais qui appeler. Ou bien, je peux attendre.
Je pense à ce séjour à Paris. Je dois écrire à Pierre.
Et Gary. Et Arnaud. Et Nicole. Les prévenir.
Je vois la Gare de Lyon. L'avenue de Wagram. J'appellerai Delphine. Je passerai la voir.
Les Batignolles. La place de Clichy. Le cimetière Montmartre. Je dois prévenir Irina. Bien sûr.
Lui écrire un mail. Depuis le temps. Alexandre. Mélina. Adorables. La Porte des Lilas.
Je me retourne. La main sous l'oreiller. Je soupire. Je cherche le sommeil. Le sommeil.
Le Canal Saint-Martin. Cette soirée étrange à l'Hôtel du Nord. Chez Prune. Anne Warin.
Est-elle à New York ? Nous verrons. Via Facebook. Colonel Fabien. Métro Goncourt.
Ce merveilleux dîner au Chateaubriand. La devanture. La salle. L'assiette. Génial. Au top.
Comme... voyons-voir, c'était comment ?... Avec Jean-Sébastien. L'Office, rue Richer.
Bon sang. Tout de même. Quelle ville. Lamarck-Caulincourt. Lambert. Michel.
Ginette de la Côte d'Azur. Chez Ginette ! Papa n'avait pas aimé ? Non. Ce n'était pas lui.
Des fourmis dans le bras. Je change de position. Le sommeil. Montorgueil. Panos Koutras.

Mon frère et Betty. Forum des Images. Les Halles. Pourquoi n'étais-je pas resté ? J'étais rentré ?
J'ai vu le film. C'était Strella. Montorgueil. La nuit. Réaumur. Au plafond. Le sommeil.
Betty chez elle à Athènes. Et République. La rue Saint-Sabin. Ce restaurant. Pourquoi faire ?
Ses amis. A qui je n'avais rien à dire. Quel fiasco. Je n'entendais rien. Un resto italien je crois.
Le Café de l'Industrie, oui, d'accord ! Formidable. L'anniversaire de Sharon. Excellent.
Mais ce resto, c'était quoi ? Qu'étais-je allé faire dans cette galère ? Bastille. Rue Saint-Antoine.
Un appart rue Saint-Antoine. Par les fenêtres, le Tibidabo. C'est Barcelone. Et les Ramblas.
J'ouvre les yeux. Lumière orange. J'allume une cigarette. Je fume.

Pas besoin d'éteindre la lumière que je n'ai pas allumée.
Je n'ai qu'à éteindre la cigarette dans le cendrier. Sur la table de chevet.
Je n'ai qu'à fermer les yeux sur la lumière orange. Sur la lumière orange sur le duvet orange.
Sous lequel, à l'abri, je regardais étonné dans la pénombre des yeux étincelants de noirceurs
qui me souriaient derrière ton coude, plié devant ta bouche, dans l'ombre sous la couette,
où la blancheur des draps devenait d'un gris presque bleu,
phosphorescent, tranchait sur tes cheveux.
Je n'ai qu'à fermer les yeux pour voir les tiens
qui me sourient dans l'ombre et deviennent graves, soudain,
à l'intensité de ce que les miens t'expriment, et sous tes longs cils noirs tes pupilles dilatées
me disaient qu'elles prenaient ça très au sérieux, qu'elles voyaient bien ce que je te disais.
Sans rien dire. Ta bouche cachée derrière ton coude plié
comme cachée derrière un éventail remonté jusqu'aux yeux, tout au bord,
à tes cils délicats et déployés, en-dessous et dessus de tes yeux captivants,
émouvants, que je vois quand j'ai fermé les miens en cherchant le sommeil,
magnifiques dans l'ombre de la couette sous laquelle je soupire
et je cherche le sommeil.
Et c'est toi que je trouve. Que j'embrasse.
Que j'enlace. Que j'embrasse. Que j'embrasse.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Hôtel Tivoli

Publié le

Une chambre de l'Hôtel Tivoli est maudite.
Toujours fermée. Inhabitée. L'étage entier fut condamné.
L'ascenseur d'ailleurs ne s'y arrête jamais. La zone est interdite.
Sur le boulevard Clémenceau, les Perpignanais n'en connaissent pas l'histoire.
Une histoire de cannibalisme et de meurtres en série. C'est la chambre de l'Ogre.
Adorateur du Diable se disant possédé. L'exorciste en personne fut passé à la broche.
N'est sorti de l'hôtel que par les canalisations. Une fois mastiqué, digéré, et enfin déféqué.
La police et les autorités savaient toutes, il est vrai, qu'il y avait anguille sous roche.
Mais l'Ogre avait son poids. Il était protégé. Par les pouvoirs magiques qu'on pouvait lui prêter.
On regretta les gendarmes qui furent dévorés. On préférait en secret le fournir en bidoche.
En tenant à l'écart préfets et journalistes. L'affaire était gérée. Ne devait s'ébruiter.
Renonçant à l'abattre, lorsque tout fut tenté, on s'en tint à se taire et au mieux l'isoler.
L'Ogre vivait reclus. On lui apportait sa viande. Devenu tellement gros qu'il ne pouvait bouger.
La stratégie était de le gaver pour le neutraliser. Et l'on faisait monter bien des cochons de lait.
Il n'aimait que le porc dont le goût était proche de celui, d'après lui, de notre chair humaine.
On était à deux rues du grand marché de gros. Les livraisons de nuit étaient des plus faciles.
Lorsqu'il devint obèse, ne passant plus la porte, le cercle d'initiés fut enfin rassuré.
Les clients de l'hôtel n'étaient pas dérangés par la présence du monstre devenu bien docile.
Dont ils ignoraient l'existence, faisant leur vie, indifférents aux étranges approvisionnements
en tonnes de jambon d'York et de charcuterie, qui se faisaient en douce, sans ne gêner personne.
Incapable de mouvements, l'Ogre ne cuisinait plus lui-même, et ce depuis longtemps.
C'est le chef de l'hôtel qui après le service, accommodait ses plats sans qu'on ne le soupçonne.
Avec un certain zèle d'ailleurs. Voire un certain plaisir. Grassement payé pour que tous soient contents.
Les tenants du secret s'arrangeaient de l'histoire. Quand on ne faisait plus monter que du rôti de porc.
Et l'Ogre eut l'occasion de revenir parfois aux premières amours sans l'avoir demandé.
Quand l'un d'eux lui envoya ce médecin bien portant qui lui faisait du tort.
Quand un autre lui envoya cet avocat gênant, parti à l'abattoir après bien des palabres.
Avant de trouver le moyen de lui livrer, sur un plateau, si j'ose dire, quelques maîtres chanteurs,
sa propre belle-mère, et tous ceux qui eurent le malheur de découvrir cette farce macabre.
Le secret partait avec eux dans les égouts. Et ainsi disparurent curieux et percepteurs.
Des maîtresses désespérées qui étaient prêtes au chantage. Des rivaux. Des mafieux.
Des créanciers cupides. Promoteurs et banquiers. Des gendres trop stupides. Et ceux trop ambitieux.
L'hécatombe était telle que la Têt, la rivière, dans ses remous boueux, sentait, pire que la mort,
la merde et le cadavre, lorsqu'on s'émouvait à peine, dans la presse notamment, de ces disparitions.
On en parlait à table, à l'écart, à voix basse. Mais personne n'exigeait l'ombre d'une explication.
Une chambre de l'hôtel Tivoli est demeurée maudite.
La légende étouffée, les témoins ne sont plus. Ils sont morts de vieillesse.
Dans leur lit. Et chez eux. Sans avoir été inquiétés. Ni rien dit à des juges ou à la confession.
Mais l'hôtel quant à lui, se tient toujours debout. On y descend encore. C'est une bonne adresse.
Son décor Art Déco se déploie dans un angle du boulevard Clémenceau.
Et certains croient y entendre d'étranges borborygmes, ou des bruits persistants comme de mastication.
Une cliente furieuse aurait été réveillée par d'insupportables éructations. Entres autres commérages.
Et l'ascenseur ne s'arrête toujours pas au quatrième étage. Dont le numéro fut même supprimé.
Je me demande alors, au pied de cet immeuble, s'il n'est pas habité quand on le dit hanté.
Par un monstre qui pourrait être toujours vivant, pour peu qu'il soit un ogre, et qu'il ait existé.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Applause

Publié le

Je tirais la chasse d'eau pour le plaisir. J'étais enfant peut-être.
Parce qu'à mes oreilles, cela produisait un son identique à celui des applaudissements.
Une vague d'applaudissements dans une salle de spectacle où il ne me restait plus qu'à saluer.
Identique, vaguement, lorsqu'il y avait une montée en puissance, une ligne de crête,
puis un reflux vers le silence absolu d'un public attentif à ce qui allait suivre.
Quand je suivais avec mes parents l'orchestre dans lequel mon frère jouait du piano,
j'étais toujours impressionné par cette manifestation collective propre à l'espèce humaine
que l'on retrouvait aussi bien dans les concerts, au théâtre, que dans les meetings politiques.
Finalement, il n'y avait qu'au show de l'église - en dehors des églises évangélistes américaines -
que l'on ne gratifiait pas le ténor ou le tribun d'acclamations et de sifflets joyeux, enthousiastes,
lorsqu'il avait bien chanté ou parlé. Et cela me laissait sur ma faim.
J'ai toujours été ému par cette démonstration de joie ou de satisfaction, seul salaire souvent
de ceux qui consacrent leur vie à faire plaisir aux autres, en dansant, en chantant,
en jouant la comédie, y compris en promettant l'impossible pour un prochain mandat.
Lorsqu'un solo de batterie peut-être salué avant même la fin d'un morceau de jazz,
comme un bon mot au beau milieu d'un discours, révélant l'interactivité entre le public
et le performer monté dans la lumière pour lui en foutre plein la vue et le faire rêver.
Cet échange m'a toujours fasciné. Et les élans, des deux côtés, toujours bouleversé.
La motivation du musicien ou du comédien d'abord, qui va se présenter sur une scène,
pour faire du bien à ses semblables, partager son art. Une part de vérité universelle.
Celle du public ensuite, reconnaissant, qui fait ce grand bruit codifié comme merci collectif.

Le singe a des mains, certes, et sait les synchroniser à merveille. Il peut applaudir il est vrai.
Notre cousin en revanche ne forme pas encore spontanément d'orchestres symphoniques.
Ne confectionne pas encore des costumes d'époque pour jouer du théâtre shakespearien.
Faut-il d'ailleurs le regretter lorsque nous nous en chargeons. Mon nom est Pangloss.
Et je vous dirais ici que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
L'otarie applaudit sans doute elle aussi, pour faire rire les enfants, et être applaudie à son tour.
Quand il semble que l'intention vienne plutôt du dresseur que de la bête elle-même.
Mais j'ai beau chercher, les éléphants, les zèbres, les loups et les canards n'applaudissent pas.
Souvent pour avoir la circonstance atténuante de ne pas être dotés de mains, qui s'avèrent utiles,
quand ils ont tous en revanche, j'en conviens, d'autres moyens de manifester leur contentement.
L'avantage est qu'ils ne prennent pas le risque d'applaudir à des choses indignes ou infamantes.
On ne prendra pas un cochon j'imagine à applaudir de toutes ses forces à un discours du FN.
Lorsqu'on le retrouvera plutôt sous forme de saucisson à un Apéro Facebook tout aussi élégant.
On imagine mal nos cousins les rats, applaudir en masse dans un stade à une déclaration de guerre.
Ok. En tant qu'hommes, nous applaudissons parfois un peu vite, emportés dans l'euphorie collective,
capables dans l'ivresse d'encourager ou de valider les pires théories porteuses d'abominations.
Nous tenons un peu du loup, du cochon et du rat, avec des mains qui font souvent pire qu'applaudir.
Au moins, le temps de les précipiter à répétition, ouvertes l'une sur l'autre, même aux pires discours
et aux intentions les plus sombres, elles sont occupées un moment à ne pas battre ou fusiller le voisin.

Je tiendrai donc la politique à distance, avec une méfiance légitime il me semble,
lorsque je tiens à souligner qu'il y a dans ce milieu des hommes dont on ne peut nier l'abnégation.
Que beaucoup donnent de leur personne. Avec des convictions, sincères, respectables, admirables,
qui l'emportent sur les blessures de la compromission, avec un souci intact de l'intérêt général.
Je m'en tiendrai aux artistes. De tout poil. Les jeunes loups du cinéma. Les petits rats de l'Opéra.
Trapézistes et clowns. Magiciens. Qui cherchent à émerveiller le quotidien. A réveiller l'humain.
Quand l'humain est ce qui précisément vient transgresser les lois sauvages de Mère Nature :
la sélection naturelle, la chaîne alimentaire, la loi du plus fort, le marche ou crève sans pitié.
L'humain, c'est ce qui n'accepte pas ces règles naturelles. C'est ce qui se révolte. C'est le diable.
Qui refuse le temps, et la mort. L'injustice ! Et l'Art vient toujours révéler que nous sommes conscients.
De notre condition. De son absurdité. Et la danse le dit. Le théâtre le dit. La musique le hurle.
La peinture le sèche à la barbe de Dieu. Partout, la poésie. Quand c'est la subversion.
Que nous prenons la plume pour ne pas prendre l'arme. Préférant le pinceau au couteau.
Et le verbe à la bombe. J'applaudis debout, dans la salle, le chanteur, l'humoriste ou l'illusionniste,
qui met notre violence en scène, pour de faux, qui la met à distance, quand nous avons ce pouvoir.
Nous libérer des pulsions animales, en les transfigurant, en les représentant pour les exorciser.
Nous placer au-dessus, au niveau supérieur où l'on pense être humain, celui qui devrait l'être.
Refusant de baiser, de chier, de chasser, dévorer, et nous multiplier comme des bêtes fauves.
Notre orgueil qui nous tue est bien ce qui nous sauve. Et l'Art vient dessiner l'ensemble du paradoxe.
Le public applaudit aux tourments de l'espèce. Qui voudrait s'affranchir de l'œuvre originale.
Qui veut s'émanciper. Tuer le père. Etre à la hauteur de ce qu'elle prétend être. S'élever. Rester digne.
Standing ovation pour les comédiens, musiciens, saltimbanques, aux mains d'hommes. Et poètes.
Aux farces de Molière. Aux forces de Beethoven. Aux mains de ceux qui sculptent ou écrivent.
Qui peignent Guernica. Et la misère humaine. Dénoncent nos bas instincts. Nos ombres monstrueuses.
Ou invoquent le mieux de ce que nous pourrions être. Autre chose que des bêtes.
Quand nous pouvons être pire qu'elles. Plus cruels et plus fourbes. Parce que intelligents.
Je serai toujours là, ému à l'enthousiasme d'une foule étonnée par la force du talent,
des émotions superbes, à nous mettre sur l'écran ou en scène, aux représentations,
qui sont toutes de nous-mêmes, riant à nos perfidies aux spectacles comiques,
pleurant sur nos lâchetés ou sur nos solitudes, comme sur la beauté du prix de la révolte.
Et j'embrasse mes frères qui ont choisi pour chemin ces métiers parallèles qui n'en sont pas vraiment,
qui sont des vocations ou des façons de vivre, plus utiles que bien de ceux qui croient l'être.
J'embrasse les musiciens, compositeurs, écrivains, peintres, danseurs, acteurs et funambules.
La chanteuse des rues. Le photographe. Le chorégraphe. Qui transforment la réalité.
Qu'aucun humain ne peut accepter comme telle. Je les embrasse de toute mon âme.
Quand ils auraient pu choisir d'être des cochons, des singes ou des rats.
Qu'ils cherchent à faire du bien à leurs contemporains. Qu'ils y arrivent parfois.
Je les aime avec toute la fraternité que les damnés partagent.
J'applaudis au spectacle. Et à la rébellion.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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L'espoir congédié

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J'ai retourné la terre.
Arrosé le jardin.
Etait-ce un rêve érotique ?


C'est un rêve que je n'ai pas rêvé.
Plus beau que tout ce qui se rêve.
Qui rend l'espoir un peu inutile.

Quoi ? Nous étions ensemble.
That's it.

 
 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Pornographie

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Entre la clavicule et le lobe de l'oreille, il y a une bande de peau, sur le cou, de côté,
que tu peux lécher, si l'empreinte du parfum ne t'indispose pas au lieu où je le vaporise,
chercher de ta langue une artère que tu pourrais déceler, carotide vibrante, sentir vivre
au rythme de mon pouls, qui soudain s'accélère, quand tu passes la toile de l'épaule à ma barbe.
Pilosité râpeuse au coin de la mâchoire. Quand tu cherches ma bouche à sa place dans le noir.
Tu essores ta langue à la mienne. Reprends ta respiration.
Pour lisser le menton, en trouver la fossette.
Quand le rasoir humide à la tête pivotante
veut descendre dans mon cou que je tends pour l'aider.
L'organe aussi vorace que sensible, cherche à palper ma pomme d'Adam lorsque je déglutis.
L'éponge vascularisée qui jaillit d'entre tes lèvres, joue avec le cartilage saillant
relatif à mon sexe, qui t'échappe en bougeant, impossible à croquer,
d'un larynx tyrolien qui trahit ma panique.
La salive étalée au petit bénitier au sommet du sternum, si onctueuse,
va suivre cette langue de poils qui se densifiera dans le lit d'un passage entre mes pectoraux,
où elle ne rencontrera pas, ni jamais, le métal un peu froid d'un pendentif, ni aucune médaille,
hésitante à gagner, pour être juste au centre, celui de gauche, ou celui de droite,
des deux tétons que j'ai, et qui s'attendent un peu à être lubrifiés.
Aux pressions de tes lèvres, la zone est érectile, quand ce sont des arêtes d'émail tout à coup
qui remplacent les coussinets humides pour venir mordiller l'une de ces extrémités réceptrices.
Ma main dans tes cheveux veut ramener ta bouche à la mienne. Elle comprend la manœuvre.
Et n'y résiste pas. Pour m'enrober de révolutions aqueuses et de brasses furieuses.
Maintenant en alerte toutes les terminaisons nerveuses. A ce voluptueux chambardement.
A ta peau écumante qui adhère à la mienne, fait tout frémir en surface avant l'ébullition,

mes mains fouillent le sable, aux moiteurs de nos ventres,
du sommet de ta nuque à la chute de reins.
Quelque chose veut entrer ailleurs que dans ta bouche. Quand je n'y songe pas.
Réaction autonome. Quand je ne pense à rien. Enveloppé de toi.
Ignorant pour l'instant ce qui fait de moi un homme.
Pour être juste un corps qui épouse le tien. Se laisse caresser. Couvrir de tes empreintes.
S'adapte à ton essence. A ta respiration. Lorsque tout se confond avec délectation.

Impossible de distinguer ma transpiration de la tienne. Qui fait quoi. Qui est qui de nous deux.
Quand je traverse le derme et les muscles pour venir à ta place, que je remplis l'espace
plus sûrement encore qu'à la pénétration, quand je viens te rejoindre au cœur de la prison.
Que les murs ont fondu. Qu'il n'y a plus de frontières.
Et que tout s'entremêle au métal en fusion.
Qu'il n'y a plus de matière. Tout est pulvérisé.
La raison démissionne quand elle perd le contrôle.
Que c'est la Nature qui parle. Qu'elle a pris les commandes. Et qu'elle fait son ouvrage.
A ses déhanchements. Sûre de ses intérêts. De ses motivations. Quand nous sommes aveugles.
Deux pantins enfiévrés dépassés par l'instinct. Qui ne s'éveilleront qu'au grand éblouissement.
Et aux éclaboussures des derniers soubresauts.
Des dernières convulsions d'un effort fantastique.
Le sentiment est là pour transcender la tâche, huiler la mécanique. Décupler le plaisir.
Les moindres sensations. Donner un sens humain à ce qui est animal. Donner un sens divin.
Quand on déchoit les anges. Qu'on recrée l'univers. Que l'amour nous sublime.
Et nous rend éternels.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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Christmas Spectacular

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Arrivés à JFK, nous passons les bureaux de l'Immigration.
Puis sortons du terminal pour prendre un taxi. Direction Manhattan.
Nous apercevrons à l'horizon la skyline dans la brume.
Quand on dirait toujours qu'il y a deux villes à New York :
celle en proue du navire, Wall Street, le Financial District,
où l'on devinera la silhouette de la nouvelle Tour 1, émergeante,
du World Trade Center, et beaucoup plus loin, à droite,
la jungle dense de Midtown, où se détache l'Empire State Building.
Ce ne sont pas deux villes, mais la même île, babylonienne,
qui nous attend à des kilomètres de là.
Les mouvements brusques mais amortis du véhicule, où nous sommes encaissés, nous bercent,
nous secouent, sur des banquettes rigides, la portière sous le nez, dans le nœud d'échangeurs.
Un Haïtien tout sourire, semble heureux d'avoir une nouvelle opportunité de parler français.
Il dit un mot gentil pour les enfants. " C'est la première fois que vous venez à New York ? "
Et bientôt, nous longeons le Flushing Meadows Park. Lieu de l'Exposition de 1939.
Evidemment, impossible de m'empêcher de le signaler, plus excité qu'eux,
comme si cette information pouvait leur évoquer quelque chose.
" Ces tours bizarres, c'est ce qu'il reste du pavillon de l'Etat de New York,
pavillon de l'Expo Universelle de 64... " Et je n'ai pas le temps de parler de l'US Open.
Nous arrivons sur une boucle, puis une hauteur, pour nous prendre la ville en pleine tronche.
Un vrai générique de film. Ne manque que la musique.
Jazz. Salsa. Rock. Disco. Tout fonctionne.
Nous allons nous engouffrer dans la résille d'un pont suspendu. Franchir l'East River.
Pour pénétrer dans la débauche de brique, de verre, de béton, d'acier, et de cartes de crédit.


La patinoire de Central Park. Dominée par la flèche du Sherry Netherland. A deux pas du Plaza.
Quand à l'autre bout, entre les tours jumelles du Time Warner Center, sur Columbus Circle,
le fameux journaliste Anderson Cooper anime son nouveau talk-show en public.
Celle du Rockefeller Center, au pied d'un monstrueux sapin de Noël digne de Gotham City.
Derrière le Radio City Music Hall où nous irons voir les incontournables Rockettes
et la parade des soldats de bois du Christmas Spectacular,
comme nous irons voir le Nutcracker, Casse-Noisette de saison,
version George Balanchine, par le New York City Ballet.
Monter sur le toit du GE Building, au Top of the Rock, voir un panoramique sur la ville,
qui a un avantage sur celui que l'on découvre depuis le sommet de l'Empire State Building :
c'est que ce dernier en fait partie ! Qu'il y est incorporé. Lorsqu'il se détache majestueusement,
de toute sa puissance, devant la skyline lointaine et foisonnante de Lower Manhattan.
Nous pourrions prendre des billets pour le Late Night with Jimmy Fallon aux studios NBC.
Ou plus loin, sur Broadway, aller au Ed Sullivan Theatre
pour rire au stand up de David Letterman.
Quand nous descendrons vers Times Square,
nous arrêter dans les boutiques géantes de friandises,
dont celles, de toutes les couleurs, dont la cacahuète est cachée dans le chocolat,
au rythme des sabots des chevaux des calèches comme des musiciens de rue.
Profiter du nouvel espace piéton au milieu de ce 8 que fait la place,
s'enivrer des gigantesques affiches et des cours du NASDAQ,
dans la frénésie des enseignes, des murs de LED et mille informations,
qui font ici le jour en pleine nuit, inondant de lumières les plus bas ciels de neige.


Nous descendons au Four Seasons sur la 57ème, dressant sa tour maçonnée neo Art Deco,
entre celles des Fuller Building et Ritz Tower, dans un lieu élégant griffé Ieoh Ming Pei.
" Vous savez, la Pyramide du Louvre, que nous sommes allés voir... c'est ce même architecte. "
Je sais que je parle trop. Que je devrais fermer ma gueule. Ces informations n'ont aucun intérêt.
Le taxi avait freiné dans la neige fondue.
Nous étions entrés dans le lobby. Présenter le passeport. Retirer la clé. On prend nos bagages.
Je te pose la question. A propos de l'Atelier de Joël Robuchon. Il s'agit de saluer Xavier Boyer.
" J'imagine bien que ça ne les amusera pas ... On n'est pas obligé d'y dîner. " Je laisse tomber.
J'ai anticipé les gros yeux que tu me fais. Dans une moue genre : pas grave.
Tu réprimes un sourire. Nous arrivons à notre étage.
Nous en avions déjà parlé. Ton sourire me rappelle que, oui, je suis têtu.
Un lieu où il faut généralement réserver un mois à l'avance. Peu importe.
Nous aurons mieux à faire. Mieux que rester enfermés dans cet hôtel.
Nous prenons possession de la chambre. Parfaite.
" Tu pourras admirer le Chrysler Building même en prenant ton bain ! " lançai-je,
faussement blasé, en revenant d'un rapide tour d'inspection,
alors que deux petits diables jouaient déjà, bien qu'épuisés, criant et riant aux éclats,
sur un trampoline improvisé dans les coussins d'un énorme lit King Size.
Un pourboire pour le garçon d'étage. Et nous voici chez nous pour huit jours.
" Qui est-ce qui va aller voir les dinosaures du Musée d'Histoire Naturelle dès demain ? "
Et pour toi : " Merci Ben Stiller... " Un smack sur tes lèvres. Après tout, ce sont tes enfants.
" Nous serons sur le Park, s'il n'y a pas de tempêtes, nous pourrons nous y amuser ! "
D'un doigt sur la télécommande, il ne me reste plus qu'à chercher la chaîne météo.
" On ira voir la Statue de la Liberté ? " Les coussins de tous les formats ont volé dans la suite.
" Oui, on ira ! Plus d'un siècle qu'elle éclaire le monde en vous attendant.
On ne peut pas lui faire ça ! "
Et pour moi : " D'autant qu'il faut que je lui parle d'une chose ou deux en passant. "
Je m'écroule dans un fauteuil. Le rire nerveux des gosses est contagieux.
Ils sont morts de fatigue. On rit. A gorge déployée. Je ris. Tu ris.
Tu me regardes. Je te regarde. Et ton rire devient sourire.
On se regarde. On ne rit plus. Un ange passe. Un train entier. Je suis ému.
Alors que les louveteaux continuent à se tordre de rire. Et suspendu. A ta présence.
Je sais que je vais aimer Noël. Comme je ne l'ai plus fait depuis ma propre enfance.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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