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Mes moutons

Publié le

Je ferme les yeux. Je cherche le sommeil.
Au lieu de cela, je trouve cette amie. Qu'il faut que j'appelle demain.
Celle à qui il faut que j'écrive avant qu'elle ne parte pour Aix-en-Provence.
Je trouve le chèque du loyer qu'il me faudra poster. La facture d'électricité.
Les yeux fermés. Je respire. Je change de position. Je cherche le sommeil.
Au lieu de cela, je trouve cette fille qui ne m'a pas rappelé. Pas même un texto.
J'ai passé un mois entier à bosser pour elle. Tenté de comprendre ce qu'elle voulait.
Un coup d'œil via Google pour avoir des nouvelles.
Je sais qui appeler. Ou bien, je peux attendre.
Je pense à ce séjour à Paris. Je dois écrire à Pierre.
Et Gary. Et Arnaud. Et Nicole. Les prévenir.
Je vois la Gare de Lyon. L'avenue de Wagram. J'appellerai Delphine. Je passerai la voir.
Les Batignolles. La place de Clichy. Le cimetière Montmartre. Je dois prévenir Irina. Bien sûr.
Lui écrire un mail. Depuis le temps. Alexandre. Mélina. Adorables. La Porte des Lilas.
Je me retourne. La main sous l'oreiller. Je soupire. Je cherche le sommeil. Le sommeil.
Le Canal Saint-Martin. Cette soirée étrange à l'Hôtel du Nord. Chez Prune. Anne Warin.
Est-elle à New York ? Nous verrons. Via Facebook. Colonel Fabien. Métro Goncourt.
Ce merveilleux dîner au Chateaubriand. La devanture. La salle. L'assiette. Génial. Au top.
Comme... voyons-voir, c'était comment ?... Avec Jean-Sébastien. L'Office, rue Richer.
Bon sang. Tout de même. Quelle ville. Lamarck-Caulincourt. Lambert. Michel.
Ginette de la Côte d'Azur. Chez Ginette ! Papa n'avait pas aimé ? Non. Ce n'était pas lui.
Des fourmis dans le bras. Je change de position. Le sommeil. Montorgueil. Panos Koutras.

Mon frère et Betty. Forum des Images. Les Halles. Pourquoi n'étais-je pas resté ? J'étais rentré ?
J'ai vu le film. C'était Strella. Montorgueil. La nuit. Réaumur. Au plafond. Le sommeil.
Betty chez elle à Athènes. Et République. La rue Saint-Sabin. Ce restaurant. Pourquoi faire ?
Ses amis. A qui je n'avais rien à dire. Quel fiasco. Je n'entendais rien. Un resto italien je crois.
Le Café de l'Industrie, oui, d'accord ! Formidable. L'anniversaire de Sharon. Excellent.
Mais ce resto, c'était quoi ? Qu'étais-je allé faire dans cette galère ? Bastille. Rue Saint-Antoine.
Un appart rue Saint-Antoine. Par les fenêtres, le Tibidabo. C'est Barcelone. Et les Ramblas.
J'ouvre les yeux. Lumière orange. J'allume une cigarette. Je fume.

Pas besoin d'éteindre la lumière que je n'ai pas allumée.
Je n'ai qu'à éteindre la cigarette dans le cendrier. Sur la table de chevet.
Je n'ai qu'à fermer les yeux sur la lumière orange. Sur la lumière orange sur le duvet orange.
Sous lequel, à l'abri, je regardais étonné dans la pénombre des yeux étincelants de noirceurs
qui me souriaient derrière ton coude, plié devant ta bouche, dans l'ombre sous la couette,
où la blancheur des draps devenait d'un gris presque bleu,
phosphorescent, tranchait sur tes cheveux.
Je n'ai qu'à fermer les yeux pour voir les tiens
qui me sourient dans l'ombre et deviennent graves, soudain,
à l'intensité de ce que les miens t'expriment, et sous tes longs cils noirs tes pupilles dilatées
me disaient qu'elles prenaient ça très au sérieux, qu'elles voyaient bien ce que je te disais.
Sans rien dire. Ta bouche cachée derrière ton coude plié
comme cachée derrière un éventail remonté jusqu'aux yeux, tout au bord,
à tes cils délicats et déployés, en-dessous et dessus de tes yeux captivants,
émouvants, que je vois quand j'ai fermé les miens en cherchant le sommeil,
magnifiques dans l'ombre de la couette sous laquelle je soupire
et je cherche le sommeil.
Et c'est toi que je trouve. Que j'embrasse.
Que j'enlace. Que j'embrasse. Que j'embrasse.

 

Philippe LATGER
Décembre 2011 à Perpignan

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