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Un tel bonheur possible

Publié le

C'était bien.
J'ai aimé faire ça.
Sous le duvet orange. Dans la lumière orange.
Dans mon lit-bureau. Ecrire tous les jours.
Attendre que le silence se fasse.
Dans mon appartement. Dans l'immeuble. Dans la ville.
Remplir des mugs de café et délier mes doigts.
Quand je n'avais pas à me forcer pour trouver l'inspiration.
Shooté à l'ocytocine. L'amour était une drogue. Et j'ai pu délirer.
J'attendais la nuit. Qui est mon moment à moi.
Une fois les écrans et les téléphones éteints. Les réseaux sociaux.
Les télévisions. Les textos. Et qu'enfin tout le monde dormait.
A ma façade, dans la ruelle, il restait une lumière allumée.
Au premier étage. Dans mes fenêtres aux volets que je ne fermais jamais.
Tout le monde avait fini par s'endormir et je prenais le relais.
Je pouvais délirer. M'abandonner à un sentiment amoureux délirant.
Rejouer cent fois la scène du coup de foudre de la place Molière.
Avec un émerveillement intact. Et la même émotion. De tout mon être.
Mêler à la lumière orange la lumière noire d'un regard magnétique qui me fascinait.
La candeur désarmante de ces yeux que je gardais imprimée une semaine durant.
J'y croyais de toute mon âme. J'y croyais pour deux. J'y croyais pour mille.
J'y croyais si bien que cela a existé. Que cela était réel. Et c'était fantastique.
Quand la nuit prenait enfin le pouvoir, la solitude était légère. Et si douce.
Il y eut bien des orages bien sûr. Des tempêtes wagnériennes dont j'aimais les timbales.
Ces déchirements outrés aux moindres déconvenues, aux moindres malentendus.
Qui rendaient les retrouvailles plus lumineuses encore, plus inespérées, plus intenses.
Quand nous avions fini par nous convaincre que nous avions bien failli nous perdre.
Evidemment, il n'y aurait pas eu de passion amoureuse, digne de ce nom,
si nous n'avions pas joué à nous faire peur.
Mais ces violences rendaient le calme plus beau quand il revenait.
Quand chaque crise n'était qu'un cap à franchir, une étape à dépasser,
qui mettait notre amour à l'épreuve, et nous avancions un peu plus davantage, victorieux.

Et c'est sur un duvet de lauriers, délicieux, que je pouvais prendre Ordi VI sur mes cuisses.
Assis dans mon arbre et sa lumière orange. Dans la ruelle au pied de la cathédrale.
A savourer la victoire de nos cœurs à la fois impétueux et volontaires.
La fougue ne tolère aucune routine. Et nous n'avions pas le loisir de nous y noyer.
C'était ombrageux, tumultueux, et plus vaste que le vaste monde, même dans l'espace réduit

d'un studio minuscule dissimulé dans l'anarchie d'une ville médiévale où je repoussais les murs.
J'ai peut-être tout inventé. Tu me diras... si tu veux jouer encore... Moi, je veux bien continuer.
J'aimais ça. Toute la journée, je n'attendais que ça. La nuit. La nuit pour écrire. Pour t'écrire.
Qu'elle tombe enfin. Qu'elle tourne une page que je puisse m'installer.
Je me préparais comme avant ta venue. Avec le trac au ventre.
Avec l'excitation que l'on a avant un rendez-vous.

Il y avait des rituels. De tabac. De café. Et j'ai adoré ça.
La rue finissait par se taire. Le monde par s'endormir. Et je commençais ma journée.
Les affaires courantes avaient été expédiées et je me retroussais les manches.
" A nous deux !..."
                                      
Je ne changerai jamais.
Personne ne m'imposera le déjeuner du dimanche avec la belle-famille.
Vous me comprenez... Ce n'est pas que je méprise la vie des banlieues pavillonnaires.
Et je respecte les familles qui doivent trouver un moment pour faire les courses de la semaine.
Mais ce n'est pas ma vie. Que je considère trop courte. Ce n'est pas un jugement de valeur.
C'est un choix de vie. Que j'assume. Et j'en assume le prix. Qui est la solitude. Entre autres.

Je ne veux pas passer mon temps dans les rayons de boucherie et faire la queue à la caisse.
Et je veux dans mon lit quelqu'un à qui faire l'amour, à qui faire la cour,
ou personne si c'est pour faire le point sur la liste des choses qu'il faudra faire le lendemain.
" Tu as rappelé Fourcade ?... C'est toi qui vas chercher la voiture chez Martinez ? Elle est prête.
Ce serait bien que tu récupères les enfants à l'école. On va dîner chez les Barande lundi. "
Je n'ai besoin de personne pour s'occuper de mon linge, de ma maison ni de ma carrière.
Quand je ne prétends pas aimer une assistante, une collaboratrice ou une femme de ménage.
Je gère mon argent et mon emploi du temps tout seul. Ne veux rien devoir à personne.
" Après tout ce que j'ai fait pour toi ?... " Nous y voilà. Le moment où le piège se referme.
Non merci. Misère sexuelle pour misère sexuelle, j'aime autant la liberté de ma solitude.
Quand je peux préparer un café à quatre heures du matin au moment de t'écrire.
Sans gêner qui que ce soit dans la pièce à côté, ni manquer à personne à l'heure du réveil.
Et je m'évertue à ne rien construire, avec méthode, avec personne, pour être sûr
que rien ne puisse s'écrouler nulle part, laissant en plus des êtres avec leurs désillusions
au milieu des décombres, à l'heure de l'amertume et des règlements de comptes.
Non merci. Ce n'est pas que mon temps vaille mieux que celui des autres.
C'est que, égoïstement d'abord, j'aime autant m'économiser ces situations désagréables.
C'est que, de façon altruiste ensuite, j'aime autant épargner ces dégâts aux gens que j'aime.
Le meilleur moyen d'éviter un divorce est de ne pas se marier.
Le meilleur moyen de ne pas décevoir est de ne pas tromper.
Et l'estime que je porte aux gens que j'aime est au moins aussi énorme que mon orgueil.
Quand je n'ai envie de trahir ni l'une, ni l'autre.
                                      
C'était bien.
J'ai aimé disparaître. Me retirer de la circulation.
J'ai aimé renoncer à des gloires factices qui n'assurent que le ressentiment.
Me soustraire aux ambitions ridicules à l'échelle de la nuit et de nos vies furtives.
Découvrir que je pouvais être moi-même en cessant d'attendre de le devenir.
En cessant de penser que je le deviendrai dans le regard des autres en imposant mon nom.

A trop chercher à exister, on en oublie de vivre. Et j'ai pu retrouver le bon ordre des choses.
Mettre en perspective ce qui compte à mes yeux et ce qui me tuait.
Je suis revenu à ce que j'étais. A ce que je suis. Et je fais ce pour quoi je suis fait.
Je me fous de briller. Des compliments. Des hommages et des applaudissements.
Cela m'étonne quand ça vient, en plus de m'agacer. Et ça ne me manque pas le reste du temps.

Je suis narcissique, heureusement pour moi. D'autant plus quand je dois bien vivre avec moi.
Et que cela devrait durer si tout va bien jusqu'à ma mort. Je n'ai pas trop le choix.
Et je le suis trop sans doute pour m'humilier à aller chercher l'admiration du plus grand nombre.

A courir après la foule et la lumière et les caméras et les médailles et les louanges.
Quand j'envisage bien la dépression qui suit lorsque le rideau tombe et que le public s'en va.
Je n'écris pas pour qu'on m'aime. Lorsque je suis aimé et que je m'aime moi-même.
Et que ces amours suffisent à me tenir debout et à tracer ma route.

Des amours que je protège, désormais, en n'allant plus me griller les ailes
sur la première ampoule, sur ces lumières artificielles qui ne tiennent pas leurs promesses.
Je n'ai rien à prouver à personne. Je fais ce que j'ai à faire. Et je n'aime que ça.

C'était un rendez-vous. Avec ma table de travail. Planqué dans mon platane.
Avec la fièvre que l'on a à accomplir quelque chose. Plus à réaliser qu'à se réaliser.
A construire autre chose qu'un statut social et qu'un niveau de vie, mais la vie elle-même.

Je construisais ma vie, chaque nuit un peu plus. Avec une liberté sans bornes.
Quand j'étais libre de t'aimer sans que ça ne t'embarrasse. A distance. Sans ne rien déranger.
Puisque je n'ai jamais voulu t'avoir, encore moins te posséder ni que tu m'appartiennes.
Quand c'était la façon la plus sûre de ne pas te trahir ni de te décevoir.

De ne te détourner d'aucune de ces choses qui comptent tant pour toi.

C'était bien.
On me foutait la paix. Je n'emmerdais personne.
Je m'occupais des gens que j'aime. Des parents. Des enfants.
Et à la nuit tombée, j'avais tout mon espace pour m'occuper de nous.
Je revenais à moi et mon nombril immense où je fais ce qu'il me plaît n'en déplaise à certains.
Quand je n'impose rien. Que je reste à ma place. Me contente de peu tout en obtenant tout.

Puisqu'il n'y a pas de limites à transformer les choses qui ne demandent que ça.
Que je le fais toujours avec autant de mots parfois un peu étroits pour ce que je veux mettre.
Il fallait les triturer, nuit après nuit, pour m'approcher davantage de ce que je ressentais.
Devenir plus précis. Te donner l'ampleur exacte de ce qui me traversait. Ce sans trop t'effrayer.
Quand bien sûr ce business solitaire ne t'engageait en rien.

D'ailleurs, que tu me lises ou non n'avait pas d'importance.
Ce qui était vital était que ce soit dit. Et écrit quelque part.
Sur ce web magnifique qui n'est pas la parole, qui n'est pas le papier,

mais un lieu entre deux, qui n'est pas matériel, qui n'est pas virtuel,
mais un moyen de graver dans le marbre le plus léger du monde
ce que j'étais au juste au moment de l'écrire.
Les paroles peuvent s'envoler, il y a un endroit où la place Molière est immortalisée.
Où les regards sur l'oreiller ne disparaîtront plus. Où ils me regarderont encore.
Longtemps après mon dernier souffle. Je serai mort. Décomposé. Redevenu poussière.

Que j'aurai encore 37 ans en bas d'un escalier et le long de remparts, sous la lune,
et chercherai encore dans tes yeux le comment d'un miracle que j'ai voulu possible.
Quand nous ne nous aimerons plus, il restera un lieu où nous nous aimerons encore.
Même s'ils ne sont pas lus, ces textes sont écrits. Les instants sauvegardés.
Et je m'appliquais chaque nuit à tout mettre à l'abri de ce que je vivais.
Et c'était merveilleux. De me moquer du temps. De me moquer du monde.

De pouvoir être heureux sans attendre de l'être.
A écrire notre histoire que je voulais parfaite.

J'ai aimé ça.
Faire de cette période la plus belle de ma vie.
L'insouciance retrouvée, mais sans l'inexpérience.
Comme une enfance en mieux. Puisqu'il y avait la route qu'il fallait parcourir
pour nous y retrouver. Et des choses d'adulte que je n'échangerais pas.
C'était un paradis fabriqué sur mesure, dans toute sa démesure et son infinité.

Quand nos failles humaines nous épargnaient l'ennui et la monotonie.
J'aimais revenir au bureau préciser, touche par touche, l'envergure de la vague.
Qui se déroulait, parcourait l'océan, s'enroulait sur elle-même sans jamais s'échouer.
Les journées ont filé à ma lumière orange et au cœur de ces nuits.
Que j'attendais toujours pour me livrer enfin à cette opération,

impudique et secrète, de ne rien dire de nous mais de tout déballer.
Tu me diras... veux-tu jouer encore... s'il est temps d'arrêter.
Je peux écrire maintenant que ce fut magnifique d'être aussi aveuglé, amoureux,

étourdi, malmené, retourné, ébloui, et vivant, à ces nuits de délire à te faire à mon goût.
Entre la part rêvée et celle bien réelle. Entre ce que je savais et ce que je fantasmais.
M'étonnant que tout puisse coïncider dans tes yeux lorsqu'ils me revenaient.
L'avenir qu'on n'a pas, je l'ai imaginé. Sans chercher à y croire.
Puisqu'il n'y a pas grand-chose d'autre que le présent.
Que je retiens ici en écrivant ce texte. Qui comme tout le reste viendra à m'échapper.
J'ai aimé Perpignan. J'ai aimé ton sourire. Et aimé ces années.

Où j'ai pu découvrir un tel bonheur possible.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Benedictus Sextus Decimus

Publié le

Révolution dans l'église catholique :
le pape n'est jamais qu'un homme.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Entre chien et loup

Publié le

Les amarres usées ont fini par se dénouer doucement.
Glissant au centre de leurs propres nœuds. Sous leur propre poids.
Et la barque fragile s'est éloignée du quai. En silence.
Sur une mer trop calme pour qu'on y prenne garde.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Et je fais ah...

Publié le

Je ne prends pas le temps de prendre un verre dans le placard.
J'ouvre le robinet de l'évier et je bois. Je bois de l'eau. Au robinet.
Comme à ces jours de gueule de bois où il faut se réhydrater.
Je bois avec appétit, avec gourmandise, cette eau qui me régénère.
Qui fait du bien sur son passage, dans ma bouche et mon gosier, dans l'œsophage.
Comme on boit à la pompe, à la fontaine, à la rivière, d'une soif à étancher.
Quand il n'y a rien de meilleur en ce monde que de boire quand on a soif.
Tout mon corps reconnaissant, aux bienfaits de ce composé chimique. H2O.
Avec autant de bonheur qu'à la douche, qu'à la pluie, quand il est notre élément.
Je me suis penché sur le bac. Je ferme le robinet. Je me redresse. Un peu ivre.
Satisfait de la rasade. Et la sensation d'être neuf. Ou d'être en vie.
Je me redresse. Et je fais ah...

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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La fellation

Publié le

Je vais donc vous dire, en tant qu'homme, ce qui me semble être une bonne pipe.
Je vois bien le succès de certains textes ici, dont les titres sont sexuels ou cochons.
Et j'ai quelques scrupules à cette impression de tromper ces internautes sur la marchandise,
qui doivent venir chercher des informations comme sur Doctissimo ou mieux encore,

une matière pornographique pour passer un bon moment, et qui se retrouvent le bec dans l'eau
avec mes diarrhées autobiographiques dont ils n'ont naturellement pas grand-chose à foutre.
Je confesse que j'ai parfois sciemment choisi des titres provocateurs pour attirer le lecteur,
mais je me rends compte ici que c'est malhonnête. De la publicité mensongère.

Ainsi, je vous promets que cette fois, vous en aurez pour votre argent,
que je n'agite pas un leurre pour vous faire entrer dans la boutique,

et que c'est bien de fellation que je vais parler dans ce texte,
ou de l'art de donner du plaisir à un homme en lui suçant la queue.
                                   
D'abord, dire que cette pratique n'est pas une obligation.
Certes, on sait que la fellation est très appréciée des hommes,
qu'elle est possiblement la pratique sexuelle qu'ils préfèrent entre toutes.
Certes, elle a aussi ses raisons strictement pratiques, puisqu'avant une pénétration,
qu'elle soit anale ou vaginale, il sera bénéfique pour tout le monde,
à moins de préférer - ce qui est un droit - tout déchirer à sec,

de bien lubrifier l'objet que l'on projette de faire entrer quelque part.
A noter que, de ce point de vue, s'il est conseillé de lubrifier le pénis avant pénétration,
et la fellation est le moyen le plus naturel de le faire, il est conseillé aussi de lubrifier

le lieu de réception, si je puis dire, lorsqu'il sera aussi naturel et pratique,
avant même d'être équitable, de s'occuper de l'orifice vaginal ou anal de la même façon.
Il est donc évident qu'au-delà du jeu et du plaisir, il y a dans l'exercice
quelque chose qui relève de la simple pratique, de la précaution,

pour le confort de l'accouplement qui suivra sans doute,
ce qui fait de la fellation, comme du cunnilingus (ou de l'anulingus),
une pratique incontournable dans celles considérées comme préliminaires.
Sucer une bite ou bouffer une chatte n'est cependant un préliminaire
que si quelque chose doit suivre, lorsque cela n'est pas automatique.

Puisqu'on peut aussi bien exciter buccalement des organes génitaux,
pour le simple plaisir de le faire, sans avoir l'intention d'aller plus loin.
L'aspect mécanique soulevé plus haut n'a donc plus aucune raison d'être.
Et nous sommes alors dans l'idée simple de donner du plaisir à l'autre.
Quand j'écris que la fellation n'est pas une obligation, c'est parce que le plaisir
et le consentement sont les seules règles qui vaillent dans toutes ces histoires.
Si l'aspect du sexe de monsieur, si une odeur, un goût, ou quoi que ce soit
vient soudain vous arrêter dans votre élan et votre bonne volonté, inutile de se forcer.
Pour la lubrification, si elle s'impose parce que vous tenez tout de même au coït,
les préservatifs d'abord, si vous en utilisez, vous faciliterons la tâche,
lorsqu'il existe aussi des gels très agréables, que l'on trouve aisément dans le commerce,
et dont l'effet est parfois plus agréable que la salive. Une masturbation fera l'affaire.
Ensuite, avec un peu d'imagination, vous trouverez chez vous, parmi vos cosmétiques
ou dans votre pharmacie, de la crème ou du lait pour le corps, comme vous avez toujours,
dans votre cuisine, du beurre dans le frigo ou de l'huile végétale, qui ont quelques vertus.
Bien sûr, si le goût naturel du pénis n'est pas forcément alléchant, ce qui peut arriver
si vous n'avez pas laissé le temps à monsieur d'aller prendre une douche par exemple,
jouer avec la nourriture peut faire d'une pierre deux coups.
Trempez la bite de monsieur dans la confiture, dans la mousse au chocolat, la chantilly,
dans ce que vous aimez manger, au fond, par gourmandise, utilisez des fruits.
Vous pouvez par exemple presser une orange sur sa queue en érection.
La pression de la pulpe sur son gland peut être du meilleur effet.
Bref, il y a bien des moyens de modifier le goût et l'odeur de la chose pour votre confort.
Lorsque, à vrai dire, quand vous n'utilisez que votre bouche pour une pipe conventionnelle,
le sexe de votre partenaire prendra très vite l'odeur de votre propre salive, de toute façon,
ce qui, une fois le malaise passé d'être en présence d'effluves étranges ou désagréables,
vous ramènera en quelques secondes à ceux, plus familiers, de votre propre corps.
L'aversion première peut être vite dissipée dans l'action, et, pour tout dire, avec le désir.
Mais il n'est pas nécessaire de s'acharner si cette aversion n'est pas surmontée.
Et il vaut mieux passer à autre chose si vous ne prenez pas de plaisir vous-même à l'exercice.
Quand rien n'est plus désagréable qu'une pipe faite à contre-coeur.
Pour la personne qui suce, comme pour la personne qui est sucée.
                                   
L'enthousiasme compte beaucoup. Bien sûr.
Quand un homme n'en peux plus de sentir combien vous kiffez sa bite.
Combien vous la voulez. Entière. Combien vous aimez ça.
Encore faut-il que cet enthousiasme ne soit pas feint.
Puisque l'intéressé le sentira très vite malgré tous vos efforts.
C'est étrange mais c'est ainsi, l'homme, en tant que personne,

se sentira désiré et apprécié, si vous désirez et appréciez sa queue.
Lorsque c'est la partie de son corps sans doute la plus difficile à faire accepter.
La plus intime bien sûr. Et si vous aimez son sexe, il entendra que vous l'aimez lui.

Que c'est bien lui que vous voulez malgré ce truc assez bizarre et bestial.
Quand il peut craindre d'être moqué pour cette chose qui sous certains aspects,
peut être aussi risible que ridicule, y compris pour des raisons de taille,
quand la taille du pénis reste une inquiétude notamment chez les adolescents.
A ce propos, il n'est pas nécessaire d'attendre que le sexe soit en érection pour agir.

S'il serait plutôt bon signe que la verge soit déjà au garde à vous, à travers le pantalon,
au moment d'étreintes et de baisers avant même que l'on ait eu le temps de se déshabiller,
il ne faut pas se laisser déstabiliser par un pénis au repos en le prenant par principe
pour un manque d'intérêt irrévocable. Le zobe en question, une fois dans votre bouche,
ne manquera sans doute pas de grossir, de se durcir, de se raidir entre vos lèvres.
Ce qui peut procurer des sensations des deux côtés assez satisfaisantes.
En revanche, s'il ne se passe rien, vous comprendrez vite qu'il est inutile d'insister.
J'attire votre attention sur le fait que, comme vous le savez sans doute déjà,
la partie la plus sensible de la verge en est le gland,
qui n'est pas protégé par le prépuce par hasard.
Même chez les hommes circoncis, cela reste la partie la plus réactive.
Je pense à celles, ou ceux, qui risquent de se faire vomir en enfournant la bite entière
dans la bouche. Certes, pouvoir enfourner son pénis jusqu'au pubis et aux testicules,
peut être très satisfaisant pour le garçon, surtout quand il le sort sous la pression de lèvres.
Le sexe se trouve lubrifié sur toute sa longueur. Ce qui est bien entendu fort agréable.
Mais il est inutile de se rendre malade, avec des sexes longs, à sentir, bien au fond,
les premiers spasmes mécaniques qui annoncent le vomissement, quand, encore une fois,
vous obtiendrez de merveilleux résultats en ne suçant que le gland.
Titiller le méat avec sa langue a son effet. Mais c'est en-dessous que ça se passe.
Une fois le gland décalotté, en cas d'hommes non circoncis, que ce soit de façon naturelle,
du fait de l'érection, ou de façon manuelle quand vous vous en chargerez de vos doigts,
si le gland est la partie la plus sensible de la verge, c'est le sillon balano-préputial
qui est la partie la plus sensible du gland. Et c'est là que vous prendrez le pouvoir.
Dans ce pli, sous l'ourlet, où se logent souvent des petits boutons blancs,
dont personne ne doit s'inquiéter, qui forment ce qu'on appelle la couronne perlée.
C'est à l'excitation de ces minuscules protubérances que vous allez marquer des points.
Soit en les stimulant directement avec les doigts ou la langue, ce qui peut relever
d'un délicieux supplice chinois, soit en suçant l'ensemble de la verge, où vous tâcherez,
plus au retour qu'à l'aller, au moment où vous retirez l'engin de votre bouche,
de penser à presser vos lèvres sur ce pli, dans un même mouvement, sans vous y attarder.
Puisque vous referez la même chose au prochain aller-retour.
                                   
Une chose aussi, s'il est besoin de le rappeler, que je dois dire aux garçons en particulier.
Concernant l'hygiène, il y a des régions du corps que l'on néglige trop souvent sous la douche.
Vous serez aimables, pour vos partenaires, de ne pas oublier des endroits comme le nombril,
les aisselles, mais aussi votre anus, et précisément, concernant votre sexe, le dessous du gland.
L'intérieur du prépuce, si vous l'avez encore, et ce fameux sillon balano-préputial.
Ceci dit, une hygiène excessive peut être contre-productive aussi, quand le savon et le gel

ne doivent pas non plus anéantir le travail nécessaire de vos phéromones.
Et je ne doute pas que vous saurez trouver le juste milieu.
La couronne perlée par exemple, si elle dégage des odeurs fortes, libère des hormones

qui ont un rôle déterminant dans la sélection des partenaires comme leur attirance,
puisqu'elles posent la juste équation chimique de la compatibilité sexuelle.
Mais, à moins qu'il n'y ait là un jeu relevant d'une perversité particulière tout à fait permise,

les personnes avec qui vous avez un rapport vous suceront sans doute plus volontiers
si vous êtes propres, quand un minimum syndical s'impose. Je ne vous fais pas un dessin.
Toujours pour les garçons, j'indique que la fellation n'est pas une chose due ni acquise.

La base du rapport est le consentement. On propose sans imposer. On invite sans obliger.
Mais je suggère qu'il pourrait être bienvenu de retourner la politesse à qui vous gâte.
Et ce peut être, plus que pour les raisons pratiques de lubrification dont nous parlions,
un bon point de départ dans la recherche de l'équilibre subtil entre deux plaisirs nécessaires
au déroulement de vos ébats amoureux : celui que l'on prend et celui qu'on donne.

Quand vous apprendrez vite, si ce n'est pas déjà fait, que l'on en prend beaucoup à en donner.
Ainsi, le cunnilingus n'est pas obligatoire, et ne doit pas être perçu comme le prix à payer
pour mériter la pipe que l'on vient de vous faire, mais peut être un plaisir pour vous-même.
Et si une excitation buccale peut succéder à l'autre, je vous recommande bien sûr le 69.

Qui est l'exercice où la gestion de son plaisir et de celui de l'autre est la plus sensible,
avec la même intensité qu'à la pénétration, entre maîtrise et perte du contrôle de soi,
à l'écoute des réactions de l'autre qui encouragent les vôtres, en simultané.
Vous ne serez pas taxés d'égoïsme si vous ne faites pas un cunni à une fille qui n'en veut pas.
Mais vous le serez si vous ne le faites pas à une fille qui en a envie.
Et il n'est pas interdit d'en parler, d'utiliser les mots, si les gestes et le comportement,
les manifestations physiques, les réactions épidermiques, ne suffisent pas à vous éclairer.
Quand rien n'est dramatique puisqu'il s'agit simplement de passer un bon moment ensemble.
Sinon, soyons honnêtes, autant se masturber.
                                      
Le mot le plus utilisé pour désigner une fellation est sans doute le mot pipe.
Quand on parle le plus souvent en effet de tailler une pipe.
Je ne peux pas terminer sans expliquer s'il le faut vraiment qu'il y a des mots trompeurs,
ou qui peuvent induire les plus inexpérimenté(e)s en erreur, et je pense ici au verbe pomper.
Aussi vrai que le blowjob anglais, ne veut pas dire qu'une fellation
consiste à souffler dans la verge du partenaire comme dans une flûte à bec,

pomper un mec, lui pomper le noeud ou le dard, ne veut pas dire qu'il faut aspirer,
en espérant faire monter le sperme comme en siphonnant un réservoir d'essence.
Même si des séquences d'aspiration du pénis peuvent avoir quelques effets,

notamment quand il est au repos pour l'amener à l'érection, vous aurez plus de résultats
en jouant avec le sexe de monsieur comme avec une sucette que comme avec un tuyau.
Si vous pouvez saliver sur le gland, gober toute la verge et la lécher entièrement,
vous pourrez le faire en bloquant la circulation sanguine entre le pouce et l'index

d'une même main, contre les testicules, à la base du phallus pour décupler l'érection,
sans vous inquiéter qu'il devienne un peu violacé, puisqu'il sera plus sensible à ce stade.
Vos doigts joueront le rôle d'un cockring, qui rendra mécaniquement l'appareil plus ferme.
Ne maintenez pas la pression trop longtemps non plus, je vous laisse à votre discernement.
Lorsque le liquide séminal commencera à s'écouler - liquide transparent, en faible quantité,
au goût acidulé, presque citronné - vous aurez le signal que vous êtes sur la bonne voie,
et que l'éjaculation n'est plus très loin. Même si je n'ai pas le temps d'expliquer ici,
qu'une éjaculation et un orgasme ne sont pas la même chose, je rappelle tout de même,
en passant, qu'un homme peut avoir un orgasme sans éjaculer, et inversement éjaculer
sans avoir d'orgasme. Mais l'arrivée du sperme dans l'urètre est toujours l'annonce
d'un aboutissement, sans être forcément celle de la fin des festivités.
Vous sentirez, au liquide séminal, comme aux spasmes de votre partenaire,
aux frissons comme aux contractions abdominales, s'il est en train de venir ou pas.
Et vous aurez le choix : soit d'encourager et accompagner la tendance,
dans la montée en puissance, en continuant, tranquillement ou en crescendo,
ce que vous êtes en train de faire, pour en finir et libérer votre partenaire de ses tensions,
soit de relâcher la pression, faire retomber la vapeur, en différant l'aboutissement,
pour jouer et faire durer le plaisir, quand il sera plus violent la fois suivante,
et qu'une éjaculation sera plus orgasmique après une longue stimulation
que si elle arrive trop tôt ou trop vite.
Je rappelle qu'il n'est pas nécessaire d'avaler la semence de son partenaire.
Si les hommes apprécient d'éjaculer dans la bouche, que l'on mange leur sperme,
je me permets de dire qu'il vaut mieux pour cela bien connaître son camarade de jeu,
être sûr de lui, comme à chaque activité et étape consentie sans préservatif,
et, par des tests et analyses médicales par exemple, s'être assuré(e) auparavant
qu'on ne risque pas de MST à ces pratiques, même quand elles semblent moins dangereuses
que les pénétrations anales et vaginales.
                                          
Acte sexuel consistant en une stimulation bucco-linguale de la verge.
Voilà la définition de la fellation. Et voilà donc ce qu'est une pipe.
Dont l'exercice bien sûr ne consiste pas seulement à s'acharner sur le pénis et son gland,
puisque vous pourrez aussi bien solliciter les testicules en les caressant en même temps,
en les malaxant, en les léchant, en les gobant aussi par exemple, que vous pourrez aussi
masser le pubis, presser le bas-ventre pour jouer sur la vessie et la prostate,

comme vous pourrez aussi le faire sur le périnée, puisque tout communique,

et même, dans certains cas, si vous y êtes autorisé(e)s, aller plus loin encore.
Quand l'homme est debout, vous pourrez par exemple, pendant que vous le sucez,
empoigner ses fesses, les pétrir, les écarter, tester des choses, parfois sans y penser vraiment,
lorsque vous saurez vite à ses réactions, si vos gestes sont déplacés, s'ils laissent indifférent,
ou s'ils sont au contraire les bienvenus. Une pipe n'est pas toujours seulement la pipe.
Puisqu'il n'est pas interdit de faire plusieurs choses en même temps.
Il faut comprendre, outre la fellation, que la zone érogène du corps de l'homme
ne se limite pas à son gland et à sa queue. Et vous aurez le loisir de le découvrir avec lui.
Je ne prétends pas donner un cours d'éducation sexuelle. Je ne suis pas qualifié pour cela.
Mais j'aurais au moins cette fois écrit un texte parfaitement raccord avec son titre.
Il m'est arrivé d'en choisir des racoleurs qui ont sans doute trompé des internautes.
Et j'espère sincèrement que certains trouveront ici ce qu'ils pensaient y trouver.
Quand l'idée pour moi d'en satisfaire le plus grand nombre n'est pas désagréable.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Coït interrompu

Publié le

Il y avait des ados en Creepers et Chevignon.
Bombers. Ou blousons Oxbow. C'était selon.
Je ne venais pas au lycée avec mon 125. Marque Honda.
Je venais en bus. Dont les chauffeurs connaissaient mes habitudes.
A mi-chemin, au centre-ville, ils m'ouvraient la porte
.
Cinéma du Castillet. Quand j'allais prendre mon petit-déjeuner à la Bourse.
En salle ou en terrasse. Cela dépendait de la saison. Place de la Loge.
Et déjà le café. Le lieu comme la boisson. Le café du matin jusqu'au soir.

Tous mes professeurs savaient très bien où je passais mes journées.
Perpignan est un village où tout se sait. Et je ne me cachais pas.
En terminale, je ne venais pratiquement plus en cours.
Je me déplaçais essentiellement pour le conseil de classe chaque trimestre.

Puisque j'avais tout de même trouvé le moyen de me faire élire délégué.
J'étais redoublant. Et assez hermétique au stress que provoquait le baccalauréat.
Que mes parents et certains camarades se partageaient équitablement.
Moi, j'étais ailleurs. Dans mes rêves et mes conquêtes. La séduction.

Et dans la fête jusqu'au cou. Avec mes noctambules. Et mes nuits pour adultes.
Mais j'avais malgré tout des attaches aussi amoureuses qu'amicales
dans l'enceinte de l'établissement dans lequel j'étais toujours inscrit.
                                
Le rire de Christelle était le comble de l'érotisme version Cinecittà.
Et restera associé à jamais à ce Clos Banet qu'il parvenait à rendre aimable.
Il faut dire que ce lycée était sans charme. Pire que cela. Disons atroce.
Les seules choses agréables à regarder finalement étaient certaines personnes.
Profs, pions ou élèves. Lorsque tout le reste était d'un béton sinistre à pleurer.
Et regarder les gens était ce que je préférais y faire. Comme attirer leur attention.

Je ne me rappelle pas comment j'ai gagné l'amitié de Christelle. 
Comment c'est arrivé. Je n'ai que la sensation de l'évidence. Immédiate.
Son sourire bien sûr. Ses longs cils. Son visage parfaitement italien.

De cette beauté étrusque que j'avais découverte dans les livres de latin.
La Méditerranée faite femme. Avec ses excès. Ses tempêtes imprévisibles.
Sa sensualité. Qui ont imposé une complicité instinctive. J'imagine.
Mais je dois m'interrompre. Je ne peux plus écrire.
Je reprendrai plus tard.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Je suis été

Publié le

De gros nuages de neige sur le Canigou. Et une pluie glacée.
Et dans le même ciel, le grand bleu sur la Méditerranée.
Il fait froid, c'est l'hiver, et, au milieu des vignes, je suis heureux, le cœur léger.
C'est le clocher de Baixas. De Rivesaltes. Le domaine de Rombeau.
Les Corbières et ses garrigues. Du bon vin et des amis. Et ma famille.
Que puis-je demander de plus ? L'été sera pour très bientôt. Devant moi.
Avec des projets superbes, des challenges et des casse-têtes chinois.
Qui ne m'écrasent plus quand ils me portent et me soulèvent.
Le menton dans mon écharpe. Et les poings serrés dans mes poches.
Le froid sur moi peut me faire rire. Il n'est qu'un épisode étrange. Un accident.
Pour moi qui ai la chance d'avoir un toit. Et du bon vin et des amis. Et ma famille.
L'ivresse est celle de la vie. Je ne bois plus. Et je profite de ce que je vois.
Le Roussillon coupé en deux, entre montagnes et mer de nacre,
entre mauvais temps et ciel bleu.
J'ai une soeur qui est mon histoire, et mon parcours, mes souvenirs,
le témoignage que je n'ai pas pu tout rêver d'une enfance extraordinaire.
Elle se tient là à mes côtés, nous sommes adultes, quasiment vieux.
Et je trouve que c'est merveilleux. Plutôt marrant. Et rassurant.
J'ai un visage auquel penser. Amoureusement.
Et de la force. Sous mes cheveux blancs. A volonté.
Il peut neiger. Faire du vent. Je suis été.
                             
Il est jeune. C'est son petit ami. A deux, nous portons le canapé.
Dans l'escalier. Nouvel appartement. Ma nièce déménage.
Et ça sent le carton et l'emballage plastique. Amorcer le virage.
J'adore les déménagements. Et ma nièce déménage. C'est son tempérament.
Elle est belle. Je ne suis pas sûr qu'elle en ait véritablement conscience.
Ce qui ajoute à son charme. Probablement. Elle est adulte. Elle a grandi.

Et je trouve que c'est merveilleux. Plutôt marrant. Et rassurant. 
Quand je l'ai connue petite, dans sa bouée, à Barcelone, Ste-Marie.
Que je me rappelle comme si c'était hier, du jour où ma sœur est passée,
à la maison, qu'elle nous a dit : " je suis enceinte. "
Le canapé et la télé. Et puis le lit. Vider le camion. Vider les cartons.
J'ai toujours aimé les déménagements. Le chatterton. Et le gros feutre.
Marquer "Vaisselle". "Livres" et "CD". Quand on aime jouer à Tetris.
Le temps contré par la méthode. La discipline. Et un peu d'organisation.
Dans les escaliers bien vernis d'Elsa ou Gary, à Paris, et puis Ingrid ou Virginie.
J'ai mes deux bras. Pour décharger. Poser les valises. Et les paquets.
Aux lieux d'une toute nouvelle vie, d'un commencement.
Ici, nous sommes à Perpignan. Mon présent n'est plus comme avant.
Où je peux être si j'ai été.
                             
Je roule au pied des éoliennes.
Entre deux longs rangs de platanes. Tout déplumés.
Qui se tordent de mort factice, comme des griffes dans le ciel.
Sortie de ville qui défile. Dans les vitres de mes yeux noirs.
La buée sur le pare-brise. Un peu d'air chaud. Un peu d'air froid.
Des nuages sont partagés entre l'orange du soleil et la grisaille de saison.

Sur la ligne de démarcation, la route trace une frontière comme le fil de l'horizon.
Entre les ténèbres de mon âme, toute ma monstruosité, et ce que j'ai de bon,
de lumières, d'amour, de générosité, comme la sinusoïde qui me scinde,
le yin et le yang séparés, mais qui se paient un 69. Un moyen de se compléter.
A la partouze que je suis, entre tant d'êtres contradictoires, je dois incarner l'unité.
Entre ceux que je suis, tous ceux que je serai, et ceux que j'ai été.
Je reconnais des noms de villages sur les panneaux dans les ronds-points.
Retrouve la route de la plage. Et les palmiers. Et le rivage.
Y'avait un gosse en slip de bain. Qui riait sous des cheveux frisés.
Occupé aux châteaux de sable. Avec la mère à sa portée.
Un autre sur sa planche à voile. Qui était plus grand et plus bronzé.
Qui aimait s'enfuir loin vers le large. Attendait de pouvoir baiser.
Et puis celui qui, déniaisé, passait ses jours à dessouler.
Brûlait les amours de passage. Et ses nuits à se consumer.
J'aime le sexe. Juin et mai. Si je les ai, je suis été.
                             
C'est Perpignan qui me ranime. Quand je l'anime de mes doigts.
Pour exciter ses orifices. Lui retourner ce que je dois.
Il y a ce large pont sordide. Puis mes façades colorées.
Je la pénètre le ventre vide. C'est ma façon de l'honorer.
Quand je ne fais que l'habiter.
Il y a ce mélange de tempête, de crépuscule du printemps,

comme au mois d'août au sale temps, qui ferait croire aux giboulées.
C'est la parfaite illustration du tango du diable et de l'ange.
De mes états d'esprit mêlés. Quand j'ai ma bague à ma phalange.
Mais plus personne à embrasser.
J'avance confiant sur la crête, entre les deux extrémités.
Sur le chemin rien ne m'arrête. En équilibre. Je suis été.
Le soleil qui revient en force sur la brique du Castillet.
L'hiver n'abîme pas l'écorce de ma peau cuite de juillet.
J'accepte le froid comme bise. Une étreinte désespérée.
D'une saison que je maîtrise, décidé à m'en séparer.
J'en ai 39 à mon actif. Je sais que je m'en sortirai.
Dans la ville qui m'a vu naître. Et que j'arpente le cœur léger.
Et je trouve que c'est merveilleux. Plutôt marrant. Et rassurant.
Avant de devenir vieil homme, je peux m'y plaire, m'y ébrouer.
La reconnaître ou l'inventer. Si j'ai pu être, je suis été.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Un instrument

Publié le

Les touches poussent mes empreintes digitales en remontant.
L'ivoire sur la peau. Lorsque mes doigts résistent un peu pour le plaisir.
Je fais tonner des basses. Je caresse plus haut. Ne reste pas de bois.
Je ne joue pas les autres. Je joue mes pulsations. Je fais corps avec l'autre.
Qui teste mes ressorts. Ma condition physique. Mes nerfs comme ma foi.
Mes veines sont des cordes. Que je pince à distance. Cloue à coups de marteau.
Et la caisse résonne d'orages merveilleux et d'aurores tranquilles.
Un salon minuscule sur un rez-de-jardin était organisé autour de ce clavier.
La maison de l'enfance. Où mon père jouait. Où mon frère jouait.
Etait-ce donc un truc d'hommes ? Ma mère et ma sœur ne s'en approchaient pas.
Je ne m'étais pas posé la question. Ne savais pas marcher lorsque j'ai commencé.
Dans les bras des adultes à taper comme un sourd, puis à lier, modérer, modeler ma pensée.
Une façon de dire tout ce que j'éprouvais. Comme on fait dans la danse ou avec l'expression.

Noir comme un corbillard. Droit comme la justice. Avec ses chandeliers.
Il m'attirait autant que les tubes de gouache. L'alcool et l'échiquier.
Je n'ai jamais vraiment su monter ce pur-sang que j'aimais mieux sauvage.
Il gardait ses mystères. Pouvait se refuser. A peine apprivoisé.
Il s'agissait de jouer. Et les mots ont un sens. Quand il m'impressionnait.
Surtout dans ses silences. Salon particulier. J'étais intimidé.
Et puis, un peu plus tard, un autre est arrivé. Qui a dû se plier à mon adolescence.
Il fut peu ménagé. Il acceptait ma rage. Mes amours enfiévrées. Mes hallucinations.
Et j'ai dénoué les doigts. J'ai dénoué les cordes et fait feu de tout bois.
C'était une liberté. Plus vaste qu'à écrire. Plus vaste qu'à penser.
Il m'a accompagné. Je devenais un homme. Et j'apprenais à jouer.
Avec le cœur des gens.
                          
Je ne suis pas sûr que ça me manque.
Ou bien ce manque est comme ces douleurs avec lesquelles on vit,
qui ne cessent jamais, auxquelles on s'habitue. Je n'y fais plus attention.
Quand on remplace toujours une addiction par une autre.
Et que j'ai d'autres moyens de m'exprimer. Que je pianote encore.
Joue sur d'autres claviers. Avec la même rage. Et la même ferveur.

Lorsque l'on perd l'usage de l'un de nos cinq sens on compense avec d'autres. 
On compose comme on peut avec ce qu'il nous reste.
Et je délie mes doigts. Et je délie ma langue. Et je délie mon corps.
A rugir autre part mes amours enfiévrées. Mes hallucinations.
Puisque c'est le même homme qui continue à jouer. 

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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Jour de fête

Publié le

16 ans sans toi.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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La répétition

Publié le

Le chanteur, en cabine, le casque sur les oreilles, reprend du début.
Le studio est vaste, confortable, assez lumineux. Chose rare.
Je suis derrière les tables avec l'ingénieur du son, notre hôte, et l'arrangeur de l'album.
L'interprète semble transpirer un peu. Pas très à l'aise. Isolé dans son aquarium.
Dans le box des accusés. Face à nous. Les yeux rivés sur les paroles imprimées.
Une amie comédienne est de passage. Venue vérifier le bon déroulement de l'enregistrement.
On doit s'interrompre. Le chanteur s'est mélangé les pinceaux. Et je bondis dans mon fauteuil.
" Le texte ! Le texte !... " Faisant une référence à un sketch de Guy Bedos et Sophie Daumier.
Un bijou que j'adore et que je semble être seul à connaître. Je fais un bide. Pire que ça.
On s'imagine que je suis un auteur hystérique de la trempe du metteur en scène du sketch.
Je développe en vain la référence en testant la culture de mes camarades. " Une cacahuète ? "
Rien à faire. Je passe définitivement pour la caricature de l'auteur paranoïaque et colérique.
La répétition. Ce que j'ai pu rire, gamin, à cette voix off qui exigeait du mauve.

C'était absolument génial de vérité. Comme j'ai pu le constater ensuite de mes yeux.
Dans le théâtre, au cinéma, comme dans l'industrie du disque.
" Tu joues en vert mon chou. C'est du mauve que je voudrais, du mauve ! "
C'est qu'ils sont tous un peu fous, ces gens qui jouent pour de vrai ce qu'ils font pour de faux.
Ces créateurs, ces interprètes, ces réalisateurs, presque autant que ces directeurs artistiques.
Pour qui j'ai une sincère affection, de l'admiration, et une fraternité d'enfant mal dégrossi.
On parle de métier. Est-ce sérieux ? Quand nous sommes dans une cour de récréation.
Ah, oui, pardon. Il y a de gros sous à blanchir dans l'affaire. Et à se disputer.
Mais au-delà de cette vulgarité qui a le mérite de légitimer socialement le mot de métier,
il y a tout de même une vaste communauté de saltimbanques diversement honnêtes.
D'artistes, de rêveurs ou d'egos monstrueux avides de lumière et d'applaudissements.
Qui est aussi flamboyante que pathétique. Aussi inspirante qu'effrayante.
Qui me touche autant qu'elle me désole.
                       
Un grand nom du théâtre subventionné me le confie dans un restaurant d'Avignon.
Les comédiens jalousent les auteurs. Je lui retourne aussitôt le compliment.
Les auteurs jalousent les comédiens. Quand les uns ont besoin des autres.
Heureux les auteurs-interprètes. Devenus autonomes et autosuffisants.
Heureux ou malheureux. Quand il est merveilleux d'avoir besoin des autres.
Qu'il est bon d'être dans une équipe, pour ceux dont l'activité est d'abord solitaire.

Je venais de l'apprendre. Et ce fut une révélation aussi lumineuse et révolutionnaire
que de découvrir que le sexe est encore meilleur quand on aime son partenaire.
Lorsque c'est du même ordre. Le bonheur se décuple quand il est partagé.
Et s'il m'est apparu que baiser pour baiser devenait aussi dérisoire qu'insatisfaisant,
même si je n'ai fait que ça la plupart de mon temps, il m'est apparu de la même façon

qu'écrire pour les autres était plus enrichissant et jubilatoire qu'écrire pour soi-même.

J'aime quelqu'un qui confectionne ses compositions picturales.
Qui crée des tableaux de natures mortes comme des tableaux vivants.
Quand je ne peux pas aimer quelqu'un que je n'admire pas.
Je connais les excès d'égoïsme des créatifs. Excès qui n'apportent rien à la création.
Soit dit en passant. Mais il est tellement admis que les artistes sont fragiles et sensibles.
Qu'il y a une tolérance générale aux caprices et aux sautes d'humeur.

J'ai abusé moi-même d'une telle indulgence. En toute impunité.
Puisque le poète est infantilisé au même titre que la comédienne ou le peintre.
Surprotégé. Puisque c'est une petite chose exposée à la violence du monde et du quotidien.
La fascination de l'entourage donne un statut particulier d'intouchable.
Et l'on vous pardonne tout. La mauvaise foi. Les escroqueries. La paresse.

Je connais tout ça pour en avoir bénéficié et largement profité. Je le confesse.
L'égoïsme de l'artiste. Je le connais par cœur. Il ne me fait pas peur.
J'en connais les ressorts, les rouages, de l'intérieur. Puisque je suis de la secte.
De ces êtres présomptueux qui doivent croire en eux-mêmes pour devenir crédibles.
Croire en soi, furieusement, pour que les autres finissent par croire en vous.
Bien sûr, il y a des postures. Et l'on fait l'artiste aussi vrai qu'on fait le prêtre, l'instituteur,

la boulangère ou le garçon de café. Il y a des codes. Pour être identifié tout de suite.
Et être pris au sérieux dans ce que l'on prétend être ou faire. Que nous adoptons tous.
Mécaniquement et inconsciemment la plupart du temps.
L'ego d'un artiste ne peut pas m'effrayer. Quand je sais ce qu'il dissimule.
De doutes. De manque de confiance en soi. De besoin d'être vu, reconnu et aimé.
J'aime quelqu'un qui dessine des choses. Qui crée des univers et des mondes parallèles.
Sans frémir aux aspects mégalos que je partage. Puisque je suis de la secte.

Mes passions amoureuses, j'en conviens, ne sont pas sorties de mon milieu.
A une ou deux exceptions près. Ce qui est aussi d'une banalité déconcertante.
On rencontre et l'on tombe amoureux plus facilement sur le lieu de son travail.
Je n'ai pas manqué à cette règle, lorsque j'ai souvent désiré les interprètes,
puisque le comédien jalouse l'auteur et que l'auteur jalouse le comédien.
C'est que l'un désire être l'autre. Et que le sexe est une façon de devenir l'autre.

Etrangement, je n'ai jamais succombé à une personne qui se soit distinguée dans mon art,
qui ait partagé mon domaine d'expression et de compétence, n'ai jamais eu de relation intime
avec une personne avec qui, d'une certaine manière, j'aurais pu me retrouver en concurrence.
Je réfléchis... Il y a eu, certes, des correspondances fournies, intenses, de la séduction,
quand j'ai pu être troublé par des plumes habiles. Mais non. Jamais sur mon propre terrain.
Le narcissisme et l'homoérotisme ont leurs limites. Et j'avais besoin de la différence.
De la complémentarité ou de la complétude. D'où le penchant pour les interprètes.
Dans la comédie comme dans la chanson. La personne qui peut porter votre enfant.
Mais l'admiration est permise aussi sur des terrains qui me sont complètement étrangers.
Précisément parce qu'ils me sont étrangers, que je ne les maîtrise pas, et qu'ils ont de ce fait
le pouvoir de me faire rêver, de me faire fantasmer, comme tout ce que l'on ignore.
La musique, par exemple, a des zones d'ombres pour moi, quand toute la technique m'échappe.
Que je n'ai que l'instinct, mon oreille, le sens du rythme, et suis parfaitement analphabète.
Puisque je ne sais ni lire, ni écrire. Et la fascination est possible là où manque le contrôle.
Mais il y a des disciplines dont je suis bien plus éloigné encore. Ce malgré la culture.
La danse. La couture. La sculpture. L'architecture. Voilà des viviers d'êtres à admirer.
Quand ils ont l'avantage de l'exotisme et du mystère. Et de l'étrangeté.

Bien sûr, je ne pouvais pas être en compétition avec les personnes aimées.
Quand la compétition est un jeu qui me paralyse au lieu de me stimuler.
Une notion qui me navre. Lorsque je ne l'envisage qu'à mon propre dépassement.
Si je suis en compétition, c'est avec moi et moi seul. Que je ne ménage pas.
Et si j'ai une aptitude homosexuelle à préférer les artistes aux médecins ou aux vendeuses,
j'ai cette hétérosexualité qui consiste à n'avoir aucune attirance pour les gens qui écrivent.

J'aime quelqu'un qui n'écrit pas. Mais qui transforme le monde aussi sûrement que moi.
Et son talent était la condition de l'éblouissement, du coup de foudre, et de ma dévotion.
Je ne dis pas que je ne pourrais pas aimer des dentistes ou des secrétaires de direction.
Mais je dois me rendre à cette évidence qui est celle d'une enfance triomphante,
celle des choix les plus déraisonnables lorsque nous aurions dû être avocats ou notaires,
ou au pire journalistes, qui sont ceux de ne vouloir être rien d'autre que nous-mêmes.
Et que je suis bouleversé à ceux qui n'ont pas renoncé à cette folie furieuse.
J'aime cette personne qui gagne sa vie en n'étant qu'elle-même.
Qui enrage aux concessions. Jure de ne plus en faire. En quête de sa vérité.
Et je suis aussi proche qu'éloigné de cette stratégie lunaire qui sait me désarmer.
Dans l'amour que je lui porte, il y a cette fraternité, celle des compagnons d'armes,
la compassion facile aux moindres difficultés dont je connais l'ampleur,
quand d'autres choses m'échappent pour être certainement freudiennes.
Et notre histoire devient, des deux côtés, une pièce de nos œuvres respectives.
Dans cet opportunisme inhérent aux natures artistiques qui doivent se nourrir.
Puisque nos œuvres et nos vies sont d'une même matière.
J'écris ce que je vis. Je vis ce que je suis. Et je suis ce que j'aime.

 

Philippe LATGER
Février 2013 à Perpignan

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