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English Vocabulary

Publié le

Le Canigou me laisse de marbre.
Je suis concentré sur autre chose. To allow : permettre. To provide : fournir.
Les vieilles chaussures aux pieds. Usées par la marche. Je ne m'en soucie pas.
Turmoil : tourmente, agitation. To swirl : tourbillonner. Mes fiches de vocabulaire.
Les articles de presse. Le New York Times. Que je lisais déjà. Il est vrai.
Mais que je commence à comprendre. Et l'idée me fait sourire. Me fait rire.
Ignorant la brique rouge de l'église St-Martin. Sur mon itinéraire du matin.
Je me rends compte que mon stress est superflu. Quand je n'ai rien à perdre.
Je laisse, sur le côté, une gare que je verrai bientôt. Pour autre chose que les clopes.
Les cigarettes du dimanche. Les travaux sur l'avenue. Tout ça est autre part.
Shale gas : gaz de schiste. GDP : PIB. Gross Domestic Product. L'actualité.
La crèche de Charlotte. La fête pour Noël. Des parents aussi béats que leurs enfants.
Au milieu des parts de babas au rhum, des plats de biscuits et de friandises.
Les mains dans les poches, je rumine un crayon. Dans un magasin de porcelaine.
Comme chez l'antiquaire en bas, dans ma rue, fêtant la première année de son installation.
Je n'y suis pas. Je n'y suis plus. Je marche. Les semelles rongées. Ignorant le décor.
Retrouver mon poste informatique. La feuille d'émargement.
To tame : apprivoiser, domestiquer. Outcome : résultat. Income : revenu.
Des mots peu utilisés par David Letterman, Kathy Griffin ou Wendy Williams.
Je dois écouter CNN. Davantage que les talk-shows. Les analyses économiques.
Favoriser les médias britanniques. Trottoir : sidewalk (US) / pavement (UK).
Sur lequel je passe sous le pont de la voie ferrée. Le Canigou gris bleu.
Une fois de plus. Je ne prendrai pas le Talgo.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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A Concorde. A Etoile.

Publié le

Je l'aurai en claquant la porte. En tournant la clé dans la serrure.
Je l'aurai en descendant ma valise dans l'escalier. En atteignant la rue.
Je l'aurai en traversant le parvis. Puis la ville entière. Sur l'avenue de la gare.
A hauteur d'une agence de location de voitures. Où j'ai déjà connu le trac.
Je l'aurai sur le quai. Dans la rame. A ma place. Dans le wagon duplex.
Je l'aurai dans les fenêtres. Dans les Corbières. Dans l'Aude. Dans l'Hérault.
Je l'aurai dans le ciel. Dans les vignes. Dans le paysage. Et la vallée du Rhône.
Je l'aurai Gare de Lyon. Dans le sourire de mon frère. Dans la voiture. Dans le taxi.
Je l'aurai dans les vitres. Dans la pluie. Dans la nuit. Place de la Bastille.
Je l'aurai dans l'appart. Dans la chambre. Dans mon lit. Dans mes draps.
Je l'aurai dans la douche. Dans la tasse. Le café. Dans le sucre mélangé.
Je l'aurai à St-Paul. A Concorde. A Etoile. Dans le noir du métro.
Dans ma peau. Dans mes fringues. Mes cheveux. Dans mes ongles.
Ton regard.

Je l'aurai dans ma bouche. Je l'aurai dans mes yeux.
Dans l'encre du stylo. Dans la fibre du papier. Dans le froid de décembre.
Dans le vol des corbeaux. Les brumes paysannes. Et les eaux de la Seine.
Je l'aurai contre moi. Je l'aurai en écharpe. Je l'aurai dans mes mains.
Ce regard que je porte. Ce regard qui est le tien.
Le tien que je regarde où que mes yeux se posent et quoi que mes yeux voient.
J'ai aussi ton sourire. Et le son de ta voix. Qui animent mes membres.

Me font me lever tôt. Me font prendre le train. Me font quitter la chambre.
Descendre l'escalier. Traverser le parvis. Attendre sur le quai. Traverser le pays.
Sur les toits de Bourgogne. Les banlieues de Paris. J'ai ton regard partout.
Qui m'anime. Me réchauffe. Qui me donne du cœur. Qui me donne du sang.
Le souvenir de ta peau. Le souvenir de ton sexe. Le souvenir de la nuit.
Et sa lumière orange. Ses baisers langoureux. L'envie d'en faire un texte.
D'écrire quelque part. Que je suis un peu toi. Que je suis plus que moi.

Que je suis toujours deux.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Décembre 2012

Publié le

" Eh bien, merci jeunes gens, à la semaine prochaine... " terminait Violetta
en rangeant déjà le classeur dans son cartable de professeur d'Histoire-Géographie.
A ses mots, un vacarme insensé de chaises qu'on tire, qu'on pousse, qu'on traîne,
s'éleva du sol raclé, comme une explosion, suivie d'un tremblement de terre,
et d'une vague d'adolescents de 4ème revenus d'entre les morts, qui montait
et allait déferler sur la porte de la salle de classe pour s'engouffrer dans le couloir.
Violetta se laissa prendre par le courant, et ne sortit du flot qu'à l'extérieur du collège,
pour gagner sur le parking sa 2CV bleu pâle garée près du portail automobile.
Elle reconnut Pascal qui fit clignoter sa voiture à distance. Qui lui avait posé un lapin.
" Je t'ai attendu hier soir... " lui lança-t-elle en essayant de sourire.
Le jeune prof de sport sembla d'abord n'avoir rien entendu. Puis il leva les yeux vers elle.
" Ah, Violetta, bonjour. Tu m'as... quoi ? fit-il sans se détourner de sa trajectoire.
- Je t'avais proposé de venir dîner à la maison, tu te rappelles ?... "
Elle avait jeté son cartable à l'arrière et se tenait debout devant la portière ouverte,
attendant vaguement une explication du jeune homme avant de s'asseoir au volant, qui,
de son côté, progressait vers son véhicule en regardant par terre comme s'il la cherchait.
" Oh, c'était hier soir, je... j'avais un entraînement tu sais, j'ai fini tard et...
Je ne t'ai quand même pas promis d'y être, ça m'étonnerait, s'enquit-il soudain,
j'ai cet entraînement tous les jeudi, je ne sais jamais à quelle heure je finis et...
- Oui, tu m'avais dit, mais tu aurais pu m'appeler. Enfin, ce n'est pas grave.
- On remet ça à une autre fois si tu veux... sourit-il approximativement.
- Bien sûr, t'inquiète, y'a pas mort d'homme. "
Le visage de Violetta vint s'éteindre dans le pare-brise étroit de sa Citroën
alors qu'elle tournait la clé dans le contact avant de faire ronfler hystériquement le moteur.
Elle agita sa tignasse frisée comme le tic de quelqu'un qui veut se reprendre,
qu'elle avait toujours avant d'enclencher la marche arrière.
" Y'a pas mort d'homme... oui, pour l'instant. " songea-t-elle.

Clémentine prospectait dans les rayons de la librairie.
Vaporeuse comme l'encens qui brûlait sur le bureau de Carolina.
" Vous cherchez quelque chose de précis mademoiselle ?... demanda l'hôtesse.
- Je ne sais pas trop... Vous avez quelque chose sur les pierres et les cristaux ? "
Carolina réajusta son poncho en se levant pour venir rejoindre sa cliente.
" Regardez derrière vous. Tout est là. Lithothérapie. Vous voyez ?...
- Oh ?... J'étais proche ! s'illumina Clémentine une main sur son décolleté.
- On n'est jamais très loin de ce que l'on cherche vraiment vous savez.
Voyez. Vous avez le Nora Fischer, ici. Le Barbara Wall et son encyclopédie.
Angelo Gabrielli et son dictionnaire, très bien fait. Et ça, vraiment, c'est la bible.
Si vous voulez l'alpha et l'oméga sur la question, je vous recommande celui-ci. "
Clémentine feuilleta l'énorme volume que Carolina avait sorti de son étagère.
" En effet, celui-là semble très détaillé. " Elle lisait pour elle-même.
Propriétés énergétiques des pierres et des cristaux.
" C'est pour vous ou pour offrir ?...
- Pour moi qui n'y connais rien, s'excusa Clémentine.
J'ai toujours aimé les pierres. Les bijoux. Vous voyez. J'aime les porter.
Mais une amie m'a parlé des vertus de certaines d'entre elles, et, cela m'a impressionnée,
d'autant que j'ai eu le sentiment bizarre de savoir déjà ce qu'elle m'en disait.
Comme si c'était un savoir que je portais sans le savoir.
- On n'est jamais très loin de ce que l'on cherche vraiment.
- Et des cristaux, vous en vendez ?... "
Carolina dévisagea la jeune femme. Un sourire vint se dessiner sur son visage.
" Vous n'allez pas être déçue... suivez-moi. "

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Le plat des fêtes

Publié le

Le trimestre de rentrée touche à sa fin.
Nous arrivons en haut de la côte. Nous arrivons au plat des Fêtes.
Il y aura encore quelques lacets avant que la route ne se précipite dans la pente.
Celle qui nous ramènera vers le sable et le soleil brûlants.
Je n'ai pas vu la mer depuis longtemps.
Au plus tard, je lui tournerai le dos dans la baie de Rosas.
Lorsque la famille sera réunie chez mon père, en Espagne.
Me rappellerai aux pins un peu crispés dans les fenêtres, combien il est bon,
et voluptueux, de descendre en maillot et pieds nus la rue jusqu'à la plage.
Mon corps pris dans un pull, un gilet, une veste, un manteau, je me rappellerai
combien il est bon d'être à poil, au soleil, offert sur une serviette à tous les éléments,
dérivant mollement sur un rectangle d'eau, matelas pneumatique, dans la lumière aveugle.
La piqûre des moustiques. La marque du bronzage. Je m'en rappellerai.
Face au spectacle désolant de la baie décolorée et pâlotte. Endormie. Eprouvante.
J'aurai revu Paris. Qui ne me manquait pas. Et j'aurai d'autres pistes pour le virage à suivre.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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S'enroule à ma fumée

Publié le

Ce sont ces ourlets de chair que je presse sur mes lèvres.
Dodus. Epais. Pulpeux. Quand ils viennent de lubrifier l'extrémité sensible.
Une peau douce et humide sur la peau fine de ma bouche. Irriguée.
Celle des bordures souples de l'orifice béant que ma langue peut fouiller.
Les pelles promises. Les voilà. Enfiévrées. Au baiser que l'on se donne.
Quand tu viens de lécher l'appendice qui fait de moi un homme.
Et le froc aux chevilles, je te serre dans mes bras lorsque tu te relèves.
Pour dévorer mon visage après avoir mangé mon sexe.
Puisqu'il n'y a plus d'innocence dans le jardin d'ici, celui d'Adam et Eve,
que nous avons bouffé la pomme jusqu'au trognon, à pleines dents,
autant nous faire du bien, en connaissance de cause, quitte à être damnés.
Chassés du Paradis ? La belle jambe que ça te fait. Que je caresse. Et que je palpe.
Quand j'extirpe la mienne d'un nœud de jean et de sous-vêtement, empêtré,
avec un dard en proue impatient de retrouver la pression de tes doigts,
le contact de ta peau, de toutes tes substances, où je veux m'emmêler,
plus encore qu'au textile.
Le corps fait son ouvrage. Mais je ne te perds pas. Ne te perds pas de vue.
Les regards magnétiques au-dessus du volcan. Du chaudron de désirs.
Je dois voir dans tes yeux le sourire qui m'assure me vouloir comme me reconnaître.
Il me dit aussi bien " je suis moi, et je sais qui tu es " que " je te veux, maintenant ",
moi qui ne veux que toi, n'ai besoin que de toi, lorsque nos corps s'allongent.
Ton bras est relevé, ma main s'ouvre à l'aisselle, la paume peut la couvrir,
remonter l'intérieur du biceps pour rejoindre le coude d'une idole crucifiée.
Nos cuisses quadruplées se frictionnent entre elles à nos pâtes malaxées
que je pétris vigoureusement en cherchant ton parfum sous le cuir chevelu.
Au départ de ta nuque. Quand ma barbe vient râper le coin de ta mâchoire.
Nos bouches se retrouvent. Nos regards s'aperçoivent entre deux coups de langue,
et deux volées de cils, quand je veux être ici, et plus bas, et partout à la fois.
Etre un duvet de plumes, couverture ou brasier, et l'eau chaude de la douche.
Je suis le gel qui perle et l'huile pour le corps. Le savon qu'on promène.
Et ses traînées de mousse. Qui se frayent un chemin jusqu'au bas de tes jambes.
Au-dessus de l'orgie, il y a nos âmes pures, éblouies d'être ensemble, émues d'être séparées
par les parois osseuses des crânes bosselés ou le tissu des muscles, les cloisons de la chair,
et ses caissons étanches, où deux cœurs, l'un sur l'autre, ne peuvent fusionner.
Deux pantins hystériques et désarticulés, qui s'enrobent l'un l'autre, en flammes et enragés
de ne pouvoir s'atteindre, de ne pouvoir se fondre, d'être deux entités.

Ce sont deux ourlets de chair que je presse sur le filtre.
Inspirant le poison qui fait plisser les yeux.
Accoudé près de toi qui regarde le plafond.
Baiser est toujours décevant. Quand j'ai appris très tôt qu'il valait mieux aimer.
Quand la moindre caresse devient l'allumette craquée et son flash de phosphore.
Que le moindre regard offre des sensations dont je frissonne encore.
Certes, à ta chair de poule, les coussins de mes doigts t'effleurent doucement,
jouent à la provoquer, aux abords des tétons comme aux flancs voluptueux.
Prolongeant le plaisir de ce dernier orage. Extirpant son écume. Et ses derniers sursauts.
Quand à mes jeux lubriques, s'ajoute une émotion qui n'a pas débandé,
qui est montée puissamment, plus forte que l'orgasme, me brûler les rétines,
me crever la poitrine et défoncer ma gueule, qu'on pourrait résumer en deux mots, j'imagine,
mais que je ne dis pas, quand mes doigts les dessinent sur ton ventre inondé.
Le volutes silencieuses le disent mieux que moi. Elles s'étirent dans la chambre.
Et dans leurs arabesques, elles minaudent les aveux d'un cœur d'adolescent.
Dans les odeurs de foutre, et celles du tabac, il y a ce parfum exhalé de ta nuque.
Qui se fait un chemin autour de mes narines. S'enroule à ma fumée.
Je ne suis qu'un esprit. Pourrait bien être eunuque. Je flotte dans la pièce.
Dans les rais de lumière qui pleuvent sur le lit. Je respire tes pensées dans ta respiration.
Qui a retrouvé la paix dans un dernier méandre.
C'est l'odeur du whisky qui ranime mon corps quand à ton grain de peau,
je reconnais le nombre de tes grains de beauté, alignés, à leur place, et dont je suis accro.
Le processus psychique. Celui de l'addiction. A l'arête du nez. Celle de ton menton.
Le plan incliné de ton front. Le départ des cheveux. Où mes doigts aiment se perdre.
Je me consume. Pars en fumée. Tu bascules la tête. Calée dans l'oreiller.
Tes yeux glissent avec détermination se loger dans les miens.
Je suis cloué. Criblé de balles. Et je pense : " mon Dieu... mon Dieu... "
Dans une panique d'une sérénité étrange. " Je suis un homme heureux. "
Je ne fuis pas ton regard. Et je pense : " je n'ai jamais rien vu d'aussi beau. "
Et je n'en suis plus à me demander si je mérite une telle perfection.
Mes iris sur la braise, je sens mes yeux griller à cette intensité dont la douceur m'apaise.
Qu'y a-t-il d'important dans ce monde ? Quand on brille en son sein. Au centre de la terre.
Qu'est-ce qui existe encore ? Quand le regard donné recrée tout l'univers.
Je suis l'eau de la douche. Qui voyage sur ta peau. Son halo de vapeur. La buée sur la vitre.
L'éponge du peignoir. Celle de la serviette. Et le tapis de bain. Je suis la nuit d'automne.
Tout le chaud et le froid. La barre de chocolat. Et la tasse de café.
Je suis tout ce que tu portes. Aux deux ourlets de chair. Qui dessinent ta bouche.
Je suis un homme heureux. Dans un monde parfait.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Rideau baissé

Publié le

Il y a ce samedi noir de la télévision française.
Que j'avais oublié. Samedi noir de la télé.
Miss France et le Téléthon.
Depuis des années déjà.
Et mon cerveau embrumé, enrhumé,
qui fête Noël avant l'heure.
Les deux premières chaînes nationales congestionnées.
Le nez qui coule et la toux grasse. Plus de nuit que de jour.
Et des chants qui tournent en boucle dans les rues commerçantes.
Mon corps lâche. En peignoir. Il déserte le monde. En stand-by.
La tête dans le sable. Je ne veux pas voir ça.
Les touristes prenant des pingouins bleus en guirlandes devant un igloo.
En photo. En famille. Sous un sapin glacial. Erigé face à la cathédrale.
Je m'éclipse. Me retire. Rase les murs. Dois me moucher.
Dois ménager mes forces. Pour le week-end prochain.
Où je devrai passer le cap de l'année. De la saison. Et du siècle peut-être.
Un samedi noir. Qu'il faudra éponger. Entre autres réjouissances.
Le changement d'heure. La Toussaint. Et la foire St-Martin.
Je me débarrasse, méthodiquement, de tout ce qui m'emmerde.
De tout ce qui m'est pesant, désagréable, et définitivement étranger.
Je n'aime pas les gants, les bonnets, les écharpes et les manteaux fourrés.
Ni les chalets stupides, sagement alignés, pour aligner la thune et les bons sentiments.
Je vomis le programme, et cette exhibition. De ces enfants malades. Arrangés.
Que l'on ressort tous les ans, pour passer parmi vous : " à votre bon coeur ".
Quand TF1 y oppose, le comble de la vacuité, de la vulgarité, et du mépris des êtres.
Une autre exhibition. De pantins et de cloches. Pour ramasser du fric.
Mon corps abandonne. Il y a trop de pression. Je dois me préserver.
Couper le son. De la rue. De la télévision. De ce qui m'exaspère.
Pour espérer trouver ce qui vaut d'être vu. Entendu. Eprouvé.
Dans ce tunnel de nuits. Qui n'en finissent pas.
Que je passe avec moi. Que je passe sans toi.
En attendant l'issue. La porte de sortie.
Le moment idéal pour moi d'être malade.
Où je préfère cent fois être en hibernation.
Tirer ma révérence.
Je reviendrai plus tard.
Le rideau est baissé.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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L'automne est beau

Publié le

Tout est beau quand on aime.
Et tellement plus simple lorsqu'on est aimé.
Le moindre kleenex est du papier à lettres.
Avec ou sans. Du rouge à lèvres. Ecrire un mot. Je pense à toi.
C'est comme une carte de visite sous la porte. Post-it. Texto. Je pense à toi.
Et l'on se trouve une force que l'on ne soupçonnait pas.
C'est la voix dans le téléphone. C'est le smiley en bout de ligne.
Je pense à toi. Complicité. Aussi précieuse que la confiance.
Un bout de papier. Quelques signes. Du bout des doigts ou du stylo.
Tu n'es pas là. Je pense à toi. Tout est si simple. Tout est trop beau.
Ce sont des messages qu'on envoie au moment précis où l'on en reçoit.
Tout est synchro. Je pensais à toi quand tu pensais à moi. T'écrivais quand tu m'écrivais.
On deviendrait sentimental. Un peu niais. A s'extasier de tout. Se surprendre à rêver.
Quand tout est beau et tellement simple.
Nous sommes l'ailleurs l'un de l'autre. Un absolu. Rendu possible.
La force vitale. Et le meilleur. Le prévisible et l'invisible.
Même quand nous ne sommes pas ensemble. Nous ne formons qu'une pensée.
Que je caresse. Que tu embrasses. Qui nous fait vivre. Nous fait danser.
Puisqu'il n'y a plus rien d'inutile. Que le geste n'est plus la forme.
Quand tout est plein. Quand tout est brut. Qu'il n'y a plus que la pureté.
Des nos élans. Et de nos foudres. L'Eden de la fidélité.

Tout est si simple quand tu es là. Même loin avec d'autres que moi.
Dans un message. Une attention. Un coup de fil. Ou une carte.
Du papier plié sous la porte. J'aime les kleenex et les stylos.
J'aime internet et les textos. Prolonger l'étreinte et la fièvre.
Dans le miroir. Du rouge à lèvres. Sur un post-it. Et ces palots.
A rouler comme des manivelles. Quand je t'aurai en face de moi.
Aux retrouvailles, toujours plus belles.
Quand tout est simple. L'automne est beau.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Dans les jambes

Publié le

L'air me pique les pores, décapé à la menthe fraîche, la douche froide,
qui fait circuler le sang jusque dans le lobe de mes oreilles.
Le pull noir que j'oppose désormais à la brise matinale est parfait.
Il épouse le pecho du taureau qui fonce sur ses obligations. Celles qu'il a choisies.
Je découvre une tête de cheval sur une façade que je n'avais jamais vue. 
L'enseigne d'une boucherie chevaline je suppose. Qui n'existe plus.
Et je souris à l'idée que ce détail m'avait échappé depuis le mois de septembre.
Ici aussi. La puissance du regard. Et ses failles. Les angles morts. Et les focus.
Ce qui me saisit, à cet instant, alors que le jour est à peine démoulé dans le plat de la terre,
c'est la pureté de la lumière permise par la froidure, et le décor fantastique des Pyrénées.
Leur avant-poste bien connu. Ce mont du Canigou déplié en proue de la muraille-frontière.
L'accent circonflexe venu briser la chaîne. Pour ouvrir une plaine sur la Méditerranée.
Où ma ville a pu éclore, à l'abri des ailleurs. Dans cet écrin de vignes.

Il est beau. Noble. Et puissant. Le Canigou enneigé. La montagne de sucre glace.
Se frottant au ciel bleu comme un chat dans mes jambes. Ronronnant.
Le soleil, bien que faible, et rasant, met en valeur des versants plutôt que d'autres.
Les reliefs apparaissent dans les moindres détails. La découpe. Et les plis.
Je passe sous le pont du Talgo. Sans que cela ne m'arrache le ventre.
Je longe la gare de triage. L'avenue Panchot. Barrée à cinquante kilomètres.
Par le cirque de glace et son grand chapiteau. Le spectacle est gratuit.
Il me donne de la force. Comme m'en donnent des messages au réveil.
Ceux de l'amour de ma vie. Des amis sur Facebook. La présence des miens.
J'observe le résultat de la tectonique des plaques. L'Afrique dans l'Europe.
Qui pousse. Jusqu'à froisser le papier du continent. Ici.
Entre la France et l'Espagne. Entre mon père et ma mère.
Où j'ai vu l'amour et trouvé le jour. A moins que ce ne soit le contraire.
Où je vois une tête de cheval que je n'avais jamais vue. Où je découvre encore.
Où j'apprends que vivre se résume à apprendre. Quand j'apprends toujours.
Vieillir aiguise la vue. Quoi que l'on en pense. Malgré les apparences.
Je n'ai jamais vu le Canigou aussi nettement que ce matin.
Et je m'y frotte en ronronnant comme un chat dans tes jambes.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Retirada

Publié le

Sarah lui avait promis de l'y accompagner.
" De quoi est-ce que j'ai l'air ?... "
Il portait un col roulé noir. Un jean et des baskets. Une veste parfaitement taillée.
" Eh bien... je dois dire... sourit-elle impressionnée, un brin émue,
- Tu me dis franchement, si c'est too much, j'ai d'autres options.
- Ne change rien. Tu... tu as l'air d'un jeune homme. Rayonnant.
Qui s'apprête à retrouver l'amour de sa vie... "
Il se regardait dans le miroir. Vérifiait le poil dans les oreilles. Les sourcils.
La démarcation de la moustache. Et la barbe. Jeta un œil sur elle qui le badait.
La dévisageant dans la glace, lui tournant le dos, il fronça son visage dans une grimace.
" Tu es sûre que c'est une bonne idée ?
- Tu le regretterais toute ta vie.
- Toute ma vie ?... bougonna-t-il en ramenant ses yeux sur ce qu'il arrangeait de sa coiffure.
Ce ne serait pas long à souffrir. " Il réprima un sourire en devinant l'air exaspéré de Sarah.
Il s'épousseta les épaules et se retourna vers elle avec une expression juvénile.
" Mais il est hors de question que je m'embarrasse de regrets maintenant... tu as raison.
- Ne t'inquiète pas pour les journalistes. Ils se tiendront tranquilles...
- Oh, ce n'est pas ce qui m'inquiète. La plupart ne savent même pas qui je suis.
- ... pour le reste, je t'assure que je suis heureuse d'être complice de ça, grand-père. "
Ils se firent face. Elle lui prit les mains. " Je suis certaine que ça va bien se passer. "
Comme l'émotion lui montait aux yeux, il lui donna une longue accolade.
" Putain de bordel de merde... j'ai le trac, si tu savais, murmura-t-il à son oreille.
- Je sais. " fit-elle sobrement en lui frictionnant le dos.

Elle tenait la porte de l'ascenseur.
" Je t'assure ma chérie, nous aurions pu prendre un taxi.
- Allons, pas d'histoires. Jules le fait avec plaisir. Laisse-toi faire pour une fois.
- Bonsoir monsieur. Mademoiselle.
- Bonsoir Rémi, à tout à l'heure... Il est gentil ton Jules. Ou vraiment amoureux de toi.
Enfin. L'un n'empêche pas l'autre. Je t'ai déjà dit que tu étais ravissante ?
- Inutile de simuler un alzheimer avec moi. Je sais que tu sais que c'est la cinquième fois...
- ... que je te le dis ? Eh bien en voici une sixième : tu es ravissante. "
Elle récupéra le bouquet que lui tendait Rémi tout en retenant la porte de l'immeuble.
Le long du trottoir, une voiture noire attendait, les essuie-glaces en marche,
et les feux oranges de warning clignotant aux quatre coins.
Il leva la tête pour découvrir un ciel boursouflé de brumes filandreuses.
" Pas de doutes... Nous sommes à Paris... soupira-t-il immobile sur le pas de la porte.
- Monsieur Balbuena. Votre parapluie. " Jules sortit de l'auto qu'il contourna rapidement.
" Merci Rémi, mais nous n'allons pas loin. " Ouvrit la portière arrière.
Quand Sarah prit le bras de son grand-père pour s'élancer. " Et puis, ce n'est que de l'eau ! "
Ils traversèrent le trottoir alors que le petit ami de Sarah s'était déjà réinstallé au volant.
" Belle voiture camarade... fit Balbuena en se laissant tomber sur la banquette.
- Merci Federico... " répondit le garçon avec un clin d'œil dans le rétroviseur.
Les essuie-glaces balayaient une fine pellicule d'écume sur le pare-brise.
Sarah avait précautionneusement claqué la portière avant de monter à l'avant.
Son grand-père la débarrassa des fleurs pour les déposer près de lui.
Alors qu'elle bouclait sa ceinture, manifestement excitée :
" Allez mon Juju. Au Châtelet ! "

Carmen, venue à leur rencontre, se chargea de porter les fleurs de Sarah en loges,
alors que cette dernière gérait le vestiaire, quand Federico se tenait droit comme un i,
ignorant les regards en coin et les commentaires sous cape.
Le hall du Théâtre de la Ville bruissait de sa présence quand il était absent.
Un soir de première. Les fleurs étaient destinées à Marina Alvarez.
Mais ce n'est pas la danseuse que Balbuena venait retrouver ce soir-là.
Les fleurs, d'ailleurs, étaient une attention de sa petite-fille pour la bailarina principal.
Que Federico ne connaissait pas. Lui qui ne s'intéressait que modérément à la danse.
Bien que contemporaine. La seule qui trouvait grâce à ses yeux.
Qu'il promenait dans le vague, les mains dans les poches, dans son introspection.
Sarah vint le prendre par la taille. Billets en main. " Tu es prêt grand-père ?...
- Je n'ai pas le temps d'une cigarette ?... " Elle n'eut pas celui de protester.
" Balbuena ! Vous êtes à Paris ?... " Une vieille femme et son cavalier venaient sur eux.
Federico regarda autour de lui avec ostentation, visiblement agacé,
avant de sourire à peine. " Eh bien, il semblerait ma chère...
- Seigneur, ça fait des années... et vous n'avez pas changé !
- J'aimerais pouvoir vous en dire autant Catherine.
- Quel chameau ! riait-elle. Je confirme. Vous n'avez pas changé, crapule.

Combien de temps restez-vous parmi nous ? Vous êtes toujours à Barcelone ?
Vous venez voir Esteban j'imagine ? C'est votre petite-fille ?
- Ma jeune épouse, trancha-t-il. Nous nous apprêtions à sortir fumer une cigarette. "
Catherine flotta, oubliant son sens de la repartie, figée dans une moue perplexe
qui la rendit plus laide qu'elle ne l'était véritablement.
" Pardon, mais, à nos âges, s'excusa-t-il, le temps presse... "
Il prit Sarah par la main pour l'entraîner vers les portes du théâtre, qui, amusée,
ne résista pas, quand la rombière se demandait encore si c'était du lard ou du cochon.
" Voyons-nous tout à l'heure ! " fit-elle tout de même en essayant d'être gaie.

" Sauvé par le gong !... ironisait Sarah en offrant une cigarette à son grand-père.
- N'exagérons rien. Par la cloche, tout au plus. Merci camarade. "
Des taxis déchargeaient des retardataires sur un trottoir luisant de bruine.
Quand le trafic faisait, en continu, bruisser des pneus sur la chaussée humide.
" Elle est au courant pour Esteban ? s'étonna la jeune femme inquiète.
- Non. Elle sait comme toute notre génération que nous nous connaissons, voilà tout.
Ce qui ne fait plus grand monde aujourd'hui. "
Elle regarda Federico expirer la fumée de sa clope. Puis le bout de ses chaussures.
" Quarante ans... C'est impressionnant. Enfin, ça m'impressionne.
- Toi qui ne les as pas... bien sûr, alors que... Je t'ai dit que tu étais splendide ? "
Elle leva les yeux au ciel. " J'ai dit ravissante. Mais pas splendide, verdad ? "
Les Parisiens venus applaudir le dernier spectacle du chorégraphe septuagénaire
étaient quasiment tous installés dans la salle. Il était temps d'écraser les cigarettes.
Federico joua un moment avec une bague à son pouce en silence.

Sous la pluie. A Paris. Avant de prendre une grande inspiration.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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Easy

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Pourquoi avoir cédé à la panique ? A l'angoisse ?...
Quand tout est si simple. Qu'il ne se passera que ce que nous déciderons.
Dans la vie, je le sais. On ne perd que ce que l'on abandonne.
Et je ne t'abandonnerai pas.

 

Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan

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