Ce sont ces ourlets de chair que je presse sur mes lèvres.
Dodus. Epais. Pulpeux. Quand ils viennent de lubrifier l'extrémité sensible.
Une peau douce et humide sur la peau fine de ma bouche. Irriguée.
Celle des bordures souples de l'orifice béant que ma langue peut fouiller.
Les pelles promises. Les voilà. Enfiévrées. Au baiser que l'on se donne.
Quand tu viens de lécher l'appendice qui fait de moi un homme.
Et le froc aux chevilles, je te serre dans mes bras lorsque tu te relèves.
Pour dévorer mon visage après avoir mangé mon sexe.
Puisqu'il n'y a plus d'innocence dans le jardin d'ici, celui d'Adam et Eve,
que nous avons bouffé la pomme jusqu'au trognon, à pleines dents,
autant nous faire du bien, en connaissance de cause, quitte à être damnés.
Chassés du Paradis ? La belle jambe que ça te fait. Que je caresse. Et que je palpe.
Quand j'extirpe la mienne d'un nœud de jean et de sous-vêtement, empêtré,
avec un dard en proue impatient de retrouver la pression de tes doigts,
le contact de ta peau, de toutes tes substances, où je veux m'emmêler,
plus encore qu'au textile.
Le corps fait son ouvrage. Mais je ne te perds pas. Ne te perds pas de vue.
Les regards magnétiques au-dessus du volcan. Du chaudron de désirs.
Je dois voir dans tes yeux le sourire qui m'assure me vouloir comme me reconnaître.
Il me dit aussi bien " je suis moi, et je sais qui tu es " que " je te veux, maintenant ",
moi qui ne veux que toi, n'ai besoin que de toi, lorsque nos corps s'allongent.
Ton bras est relevé, ma main s'ouvre à l'aisselle, la paume peut la couvrir,
remonter l'intérieur du biceps pour rejoindre le coude d'une idole crucifiée.
Nos cuisses quadruplées se frictionnent entre elles à nos pâtes malaxées
que je pétris vigoureusement en cherchant ton parfum sous le cuir chevelu.
Au départ de ta nuque. Quand ma barbe vient râper le coin de ta mâchoire.
Nos bouches se retrouvent. Nos regards s'aperçoivent entre deux coups de langue,
et deux volées de cils, quand je veux être ici, et plus bas, et partout à la fois.
Etre un duvet de plumes, couverture ou brasier, et l'eau chaude de la douche.
Je suis le gel qui perle et l'huile pour le corps. Le savon qu'on promène.
Et ses traînées de mousse. Qui se frayent un chemin jusqu'au bas de tes jambes.
Au-dessus de l'orgie, il y a nos âmes pures, éblouies d'être ensemble, émues d'être séparées
par les parois osseuses des crânes bosselés ou le tissu des muscles, les cloisons de la chair,
et ses caissons étanches, où deux cœurs, l'un sur l'autre, ne peuvent fusionner.
Deux pantins hystériques et désarticulés, qui s'enrobent l'un l'autre, en flammes et enragés
de ne pouvoir s'atteindre, de ne pouvoir se fondre, d'être deux entités.
Ce sont deux ourlets de chair que je presse sur le filtre.
Inspirant le poison qui fait plisser les yeux.
Accoudé près de toi qui regarde le plafond.
Baiser est toujours décevant. Quand j'ai appris très tôt qu'il valait mieux aimer.
Quand la moindre caresse devient l'allumette craquée et son flash de phosphore.
Que le moindre regard offre des sensations dont je frissonne encore.
Certes, à ta chair de poule, les coussins de mes doigts t'effleurent doucement,
jouent à la provoquer, aux abords des tétons comme aux flancs voluptueux.
Prolongeant le plaisir de ce dernier orage. Extirpant son écume. Et ses derniers sursauts.
Quand à mes jeux lubriques, s'ajoute une émotion qui n'a pas débandé,
qui est montée puissamment, plus forte que l'orgasme, me brûler les rétines,
me crever la poitrine et défoncer ma gueule, qu'on pourrait résumer en deux mots, j'imagine,
mais que je ne dis pas, quand mes doigts les dessinent sur ton ventre inondé.
Le volutes silencieuses le disent mieux que moi. Elles s'étirent dans la chambre.
Et dans leurs arabesques, elles minaudent les aveux d'un cœur d'adolescent.
Dans les odeurs de foutre, et celles du tabac, il y a ce parfum exhalé de ta nuque.
Qui se fait un chemin autour de mes narines. S'enroule à ma fumée.
Je ne suis qu'un esprit. Pourrait bien être eunuque. Je flotte dans la pièce.
Dans les rais de lumière qui pleuvent sur le lit. Je respire tes pensées dans ta respiration.
Qui a retrouvé la paix dans un dernier méandre.
C'est l'odeur du whisky qui ranime mon corps quand à ton grain de peau,
je reconnais le nombre de tes grains de beauté, alignés, à leur place, et dont je suis accro.
Le processus psychique. Celui de l'addiction. A l'arête du nez. Celle de ton menton.
Le plan incliné de ton front. Le départ des cheveux. Où mes doigts aiment se perdre.
Je me consume. Pars en fumée. Tu bascules la tête. Calée dans l'oreiller.
Tes yeux glissent avec détermination se loger dans les miens.
Je suis cloué. Criblé de balles. Et je pense : " mon Dieu... mon Dieu... "
Dans une panique d'une sérénité étrange. " Je suis un homme heureux. "
Je ne fuis pas ton regard. Et je pense : " je n'ai jamais rien vu d'aussi beau. "
Et je n'en suis plus à me demander si je mérite une telle perfection.
Mes iris sur la braise, je sens mes yeux griller à cette intensité dont la douceur m'apaise.
Qu'y a-t-il d'important dans ce monde ? Quand on brille en son sein. Au centre de la terre.
Qu'est-ce qui existe encore ? Quand le regard donné recrée tout l'univers.
Je suis l'eau de la douche. Qui voyage sur ta peau. Son halo de vapeur. La buée sur la vitre.
L'éponge du peignoir. Celle de la serviette. Et le tapis de bain. Je suis la nuit d'automne.
Tout le chaud et le froid. La barre de chocolat. Et la tasse de café.
Je suis tout ce que tu portes. Aux deux ourlets de chair. Qui dessinent ta bouche.
Je suis un homme heureux. Dans un monde parfait.
Philippe LATGER
Décembre 2012 à Perpignan