Une nuit devant l'écran. Une messagerie vide.
A me retourner dans mon lit. A chaque heure qui tombe.
J'essaie de me distraire. J'essaie de faire diversion.
Puisque je n'ai pas pour cela des enfants à gérer, à faire manger et à mettre au lit.
Il faut bien que je trouve quelque chose pour ne pas devenir dingue.
Comme un lion en cage. Je sens un étau se refermer sur moi.
Il faut que je fasse quelque chose. C'est comme pour la cigarette.
On se lève. On marche. On va boire un verre d'eau. On fait des pompes.
On change de pièce. On reporte le besoin à plus tard. On le déplace.
J'ai déjà fait une série de pompes. J'ai déjà bu des verres d'eau.
J'ouvre et sors fumer une cigarette. Sur le balcon. Sur la rue noire.
C'est bien ! Ils ont viré la patinoire, les pingouins et le marché de Noël.
L'émission de Ruquier a repris. Cali présente son nouvel album. Parfait.
On va pouvoir retrouver un rythme de croisière. Bientôt la rentrée.
Trois heures du matin. Il n'est pas encore l'heure de s'inquiéter pour son sommeil.
C'est bien ! Le relevé de la SACEM fut une excellente surprise.
Des coups de téléphone m'ont appris que je n'étais pas professionnellement mort.
Cela sera complémentaire avec les projets que j'ai. Et auxquels je m'accroche.
Il y a des cigarettes qui font du bien. J'observe la place vide. Sans trembler.
Et je dois pouvoir me mettre en conditions pour dormir. Tout va bien.
Ordi VI sur mes cuisses, avec moi dans le lit. J'éteins la télévision qui m'agace.
Comment ça ? Un samedi soir pourri ? Qui a dit VDM ? Je juge la vôtre moi ?
Bon, très bien, même si je passe mon temps à m'en défendre, cela a bien dû arriver.
Sorry about that. Je me retrousse les manches. Oui. Même torse-nu.
Car, voilà autre chose que j'ai relevé de positif à la fenêtre. Il fait doux.
Je suis dans le Sud. Et l'hiver est particulièrement clément cette année.
Donc, voilà ce que je vais faire. Voilà pourquoi je me retrousse les manches.
La messagerie est vide ? No panic. J'ai un texte à écrire. C'est le moment.
Ce sera toujours mieux que de chercher un sommeil qui se refuse à moi.
Inutile de perdre son temps. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.
Alors voilà. Je vais écrire.
Ici, certes, le terrain est miné. Attention à ce que je fais tout de même.
Je me suis rendu compte que j'étais lu. Y compris par des personnes concernées.
Je dois oublier l'heure et la messagerie. Je dois écrire quelque chose.
D'une certaine manière, c'est mon job. Alors au travail.
Je ne vais pas prendre de risques. Je vais parler du passé. Voilà. Le passé.
C'est une façon d'expliquer le présent. Tout en mettant une distance salutaire.
Une pierre deux coups. Ecrire sur ce qui m'arrive maintenant est trop dangereux.
Sans parler du fait que je vais finir par passer pour un bipolaire. Que je suis peut-être.
Mais non. Définitivement. Le présent, c'est risqué. L'équilibre est fragile.
Il y a des mots qui pourraient être mal lus, mal perçus, mal compris.
Je ne vais pas ajouter de la confusion à une situation qui n'est déjà pas simple.
Je pourrais être maladroit. Et ce n'est certainement pas le moment de l'être.
Va pour le passé. Je préfère passer pour un vieux qui radote que pour un bipolaire.
Alors, radotons, radotons. Et expliquons par la même occasion ce qui fait ce que je suis.
Puisqu'il y aura toujours un message, même alambiqué, même détourné.
Sur ce que j'ai vécu. Sur ce que je désire. Quitte à m'éclairer moi-même.
L'Australie, oui. Pourquoi pas. C'était la grande époque. Des sommets fantastiques.
Avec cet été 2001 aussi brillant que l'été 2010. Il y a des étés comme ça.
De chaleurs et de coups de foudre. D'émerveillement. D'hallucinations.
Remontons à dix ans. Parlons d'une belle histoire pour mieux parler d'une autre.
Je me masturbe un peu. D'accord. J'ai fait ci, j'ai fait ça. Et j'ai connu machin.
J'ai bien conscience que ça n'intéresse personne. Mais il faut que je le fasse.
Quelle heure est-il ? Je ne regarde pas. Ni l'heure, ni la messagerie.
Je ne suis plus dans cet étau. Je suis à Fonbeauzard.
Et je n'ai plus à me demander ce que j'ai fait de mal.
Quatre heures du matin ? Non... C'est plus que ça.
Peu importe. Samedi soir, que voulez-vous. Je n'ai pas à me lever demain.
Ni pour la messe. Ni pour les enfants que je n'ai pas. Ni pour personne.
Alors d'accord, ce n'est pas mon meilleur texte. Et j'ai un peu chié la fin.
C'est essentiel la fin d'un texte. La dernière phrase. C'est la dernière impression.
Il faut toujours réussir trois choses dans un texte. Le début, le milieu et la fin.
Le début d'abord, puisque c'est l'accroche. La fin surtout, puisque c'est ce qui reste.
Et le milieu pour ne perdre personne entre un bon début et une bonne fin.
Ce texte-là ne restera pas parmi les meilleurs du blog, j'en ai conscience.
Mais il a meublé une heure de ma nuit. M'a emporté ailleurs.
Et je lui dois de ne pas avoir perdu mon temps. J'ai fait quelque chose.
Je peux éteindre ?... Allez. Je le tente. La messagerie est vide, mais j'éteins.
Et je ne me demande pas pourquoi la messagerie est vide. Non. Je ferme les yeux.
Je respire. Je m'écoute respirer. Et... je vais penser à des choses agréables.
Mais je me retiens. Je sens que mon cerveau va tout transformer ensuite.
Au moment de lâcher prise, je me reprends, car j'entrevois ce que mon esprit
va faire des belles images que je me projette, comment il va les détourner, les tordre,
les déformer, les rendre monstrueuses et menaçantes. Hep hep hep. Non. Pas question.
Je ne veux pas faire de cauchemars. Je n'irai pas sur ce terrain. N'ai pas besoin de ça.
J'ai beau passer en revue, l'été, la plage, la mer, ma mère, les moments heureux en famille,
mon amour, mes amours, les amis, tout ce que j'aime, la musique, et même le sexe,
tout est susceptible d'être perverti dans les profondeurs du sommeil.
Ensuite, vous savez la galère que c'est pour en sortir, pour se réveiller.
Ok, si c'est pour cauchemarder, laissons tomber. Je rallume.
Lampe de chevet et cigarette.
Messagerie. Elle est vide. Très bien.
Qu'est-ce qui m'empêche d'écrire " Bisous ", " Bonne nuit ", " Je pense à toi " ?...
Cela ne prend que quelques secondes. Oui. N'est-ce pas ?... Quelques secondes.
Je n'y arrive pas. Qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
C'est mon désoeuvrement qui fait loupe. Qui grossit les problèmes.
Bien sûr. Occupons-nous l'esprit. Les mains. Je me masturbe. Sans succès.
La presse. Lire la presse. Le Monde. Le New York Times. Très bien.
Les mots défilent dans mes pupilles sans que je n'arrive à les fixer, à leur donner du sens.
Cinq heures du matin ? Peut-être plus. Il faudrait que je dorme. Il faut dormir.
Si j'ai de la visite, demain, j'aurai les traits reposés. C'est un bon argument, ça.
A cette heure, de toute façon, la messagerie restera vide. N'y pensons plus.
Pensons à demain. Tout à l'heure. J'ai des choses à préparer. Dormons.
Un tour sur Facebook tout de même. Par acquis de conscience.
Et la chape m'enfonce à nouveau le nez dans le matelas.
Je suis écrasé par quelque chose. Dans ces draps que je laverai demain.
Tout à l'heure. A quelle heure ? Et si je mettais le réveil ?
Alors, bon. Je suis parano. C'est un fait. Chiant ? Bon. Va pour chiant.
Je m'honorais d'être conciliant, accommodant, disponible et bon camarade.
Mais, même de loin, même à dose homéopathique, j'aurais réussi ce tour de force
qui consiste à devenir lourd ? Cela défie les lois de la physique. Je m'impressionne.
Contradictoire ensuite. Ah oui, voilà. Contradictoire et paradoxal.
Ainsi, mon discours et mes actes ne seraient pas en cohérence ?
Retourner à Sydney m'a rendu un peu de perspective. J'ai toujours voulu la même chose.
Et si je suis contradictoire, je me trouve une forme obsessionnelle de constance.
J'y réfléchis. Je trouve mon mode de vie tout à fait raccord avec ce que je crois.
On peut ne pas le comprendre, ou faire semblant. Je me trouve cohérent.
Alors, oui, en fait, c'est ça. Le paradoxe, c'est pour dire en fait que j'ai changé.
Que je veux plus ou mieux. Ou simplement différemment. Quelle heure est-il ?
Qu'est-ce que j'ai voulu changer ? Qu'est-ce qui m'a pris ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
Je m'assieds dans mes oreillers. C'est insupportable.
Je me suis mis dans une position que je déteste. Qui est précisément ce dont je ne veux pas.
Qu'est-ce que c'est que ces réflexions, ces interrogations et ces prises de tête à la con ?
J'ai dit ça ? Tu as fait ça mais tu as dit ça ? Bon sang. Je ne suis pas en couple !
J'avais commandé une histoire d'amour et vous me servez du chipotage à deux balles ?
Bon. Je respire. Par le ventre. Je me lève. Il peut être six heures du matin.
Il faut se remettre en question. C'est moi qui suis responsable de ce qui m'arrive.
C'est moi qui me suis mis là où je suis. D'accord. Je l'entends. Je l'accepte.
Alors quoi ? Eh bien, c'est simple. Demain, on s'embrasse. Et tout s'arrange.
On repart comme en quarante. Ah non. Pardon. Je ne veux pas " comme en quarante ".
Ouvrir les fenêtres. Voilà. Fumer à la fenêtre. Pourquoi le jour ne se lève pas ?
A quelle heure ça se lève un jour, en cette saison ? A huit heures du matin ?...
Je suis amoureux. Très bien. C'est une chance. Une malédiction. Peu importe.
J'aimerais que ça change, parce que je ne veux pas de ce qui a changé.
C'est ça. Les embrouilles. Voilà ce dont je ne veux pas. Les trucs qui s'accumulent.
Le ressentiment. Je ne veux pas. Je ne veux pas détester la personne que j'aime.
Je veux que l'on s'aime. Pas être le chiant de quelqu'un. Le poids. Le boulet. Non.
On s'aime, on se voit. Tout est simple. Sinon, laissons tomber. Tout part en vrille.
Je regarde la rue. La vraie question me monte à la gorge. De quoi est-ce que j'ai peur ?
Je tourne les yeux vers l'intérieur de l'appartement.
Il y a ce lit vide, comme ma messagerie, qui me nargue.
Suis-je aussi costaud que je pensais l'être ? Ne me suis-je pas surestimé ?
Ce grand garçon ne souffre plus de s'endormir tout seul dans son grand lit de célibataire ?
Ce grand gaillard égoïste, défendant bec et ongles sa putain de liberté... Jajaja !!!
Le diable est là, triomphant dans la chambre, et me montre mes propres limites.
Alors mon enfant ? On a besoin de son doudou pour faire dodo ? C'est mignon.
Tu voudrais comme d'autres du plaisir et de l'affection quand ça t'arrange, hein ?
Tout se paie mon petit. Tu as voulu ta liberté ? Tu l'as !
Il fait doux en effet. Mais un frisson me fait rentrer et fermer.
Demain, je serai dans les bras de la seule personne que j'aime. Fuck le diable.
Et c'est nous qui pourrons rire de toi.
Bon. Je vois à sa mine qu'il n'a pas l'air convaincu.
Mais moi, même à huit heures du matin, j'ouvre la messagerie.
Elle est vide ? Ben pas pour longtemps. Et j'écris un message.
Un peu tard en effet pour souhaiter bonne nuit. Très bien. Ce sera bonjour.
Puisque le jour se lève. Et je peux, comme par miracle, trouver le sommeil.
Et quelques heures de répit.
Philippe LATGER
Janvier 2013 à Perpignan