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Publié le

Je ne m'arracherai pas un bras. Ni un œil. Ni le cœur.
Ne me mutilerai pas pour le plaisir de pleurer sur moi-même.
Je suis trop vieux pour ça. Pour ce masochisme prétendu romantique.
Lorsqu'aux cheveux gris, le temps vient à manquer. Peu à peu.

La fin du monde comme impression de prendre part à un évènement, une intensité,
avec la fièvre de l'adrénaline, et cette sensation de vivre à la seule exposition au danger.
La fin du monde ou la révolution. Une séparation. Comme explosion. Spectaculaire.
Qui donne du relief à nos vies ordinaires. Pourquoi donc ? Quand nos vies sont si belles.
Même sans histoires. Même ordinaires. Qu'elles n'ont rien de commun.
Quels que soient leurs méandres ou leurs destinations.
Il n'y a pas d'électrocardiogrammes plats. Quand on aime. Comme je t'aime. Toi.
Mon besoin de rock & roll largement satisfait. Au tango des amours électriques.
Je ne m'arracherai pas les cheveux. Ni le cœur. Ni les yeux.
Pour le plaisir de souffrir. De hurler sous la lune. Et de me flageller.
Quand je n'aime que le souffle de deux corps étendus venus se retrouver.
Aux mains qui s'éparpillent, dans le dos de l'autre, sur le corps de l'autre,
s'enfoncent dans les chevelures, et pressent contre nous la chaleur du vivant.
La raison impuissante à décliner ses lois, ses raisons théoriques,
ses arguments stériles, son bréviaire d'ordonnances toutes inopportunes,
ses sophismes, ses calculs erronés, ses pistes inadéquates,
quand mon corps mieux que moi sait ce que je désire.
Ce à quoi il aspire. Ce dont il a besoin.
Et je suis bien ce corps que tu viens caresser.
Embrasser violemment, goulûment, de près comme de loin.
J'ai besoin de ces pleins et de ces déliés qui ne doivent cesser.

C'est le cas de nos couples homos qui veulent le mariage.
Le paradoxe pointé, et les contradictions. Largement partagées.
Que nous partageons tous. La même ambivalence.
Quand nous voulons aussi fort, tous, qui que nous soyons,
être comme tout le monde, et puis ne l'être pas.
On peut être indulgent à ce qui n'est pas si difficile à suivre.
Quand nous sommes tous prêts à revendiquer, avec un peu d'orgueil,
comme en s'en excusant, que nous ne sommes pas comme tout le monde.
Et qu'en d'autres situations, aussi vrai que nous tenons à nos différences,

à notre singularité, nous tenons à être comme tout le monde, et tous assimilés.
Comme moi et ces couples, on peut bien accepter ces deux forces contraires.
Qui sont définition de ce qui est humain. L'individu et l'espèce.
Quand on ne connaît jamais les frontières mouvantes entre les deux notions.
Jusqu'où nous sommes nous, et partie d'une sphère.
Je suis exceptionnel. Comme chacun de nous. Mais fais partie d'un groupe.
Et l'identité, bien sûr, se trouve dans les nuances du positionnement.
Mon orgueil à ne pas vouloir me noyer ni me perdre dans la première bulle,

la première cellule où l'on est plus qu'un seul pour être déjà deux,
cette réticence à être en couple comme si l'on pouvait s'y fondre tout à fait,
sont bien sûr balancés par un désir de l'être et de m'y abandonner.
Je veux être différent. Je veux être comme tout le monde.
En refusant le couple, je ne saurai cacher que l'idée me séduit.
Le tango est connu. Nous l'avons tous dansé.

Le bonheur en amour n'est pas conventionnel.
Et cultiver l'ego, son droit, sa différence, ne mérite certes pas de faire des sacrifices.
Je ne serai pas moi en n'étant que moi-même. Ne serai pas entier sans la moitié que j'aime.
Que j'épouse en secret, la nuit comme au grand jour. Qui est mon étrangeté.
Ma spécificité. Ce qui fait de moi un homme. Un semblable mais unique.
Qui peut bien s'essouffler, se perdre dans la panique. Mais retrouve le Nord.
Pour mieux s'en tenir loin. Et rester dans le Sud où mon être ronronne.
N'être pas comme les autres ne justifiera pas que je m'arrache un membre.
Quand je n'ai plus besoin de m'automutiler pour pouvoir exister.

Pas besoin du chaos pour me sentir brûler. Quand je brûle en douceurs.
En chaleurs et en intimités. Aux plages voluptueuses de la sensualité.
J'ai assez fait la guerre. Je peux jouir de la paix.
Des étreintes parfaites. Du repos du guerrier.
J'ai repoussé longtemps tout ce qui m'attirait.
Ce qui me fascinait et me faisait envie.
Je suis sur le palier. Où j'ai repris mon souffle.
Et m'engage avec toi, plus loin, dans l'escalier, pour monter d'un étage.
Aller plus haut. Ensemble. Gagner en altitude. Comme avancer en âge.
Quand j'aurai besoin de mes bras, de mes jambes, de mes yeux, de mon cœur.
Et de toi. Qui es de mes ressources, mes organes vitaux.
Le présent magnifique qu'on perd bien assez tôt.
L'avenir à portée, sans regrets ni rancoeurs.
Le vent puis l'accalmie pour découvrir la suite.

 

Philippe LATGER
Janvier 2013 à Perpignan

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