Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Conditions féminines

Publié le

Allons les filles, affranchissez-vous de votre éducation et des magazines féminins.
Qui vous demande d'être tout à la fois ? Sinon vous-mêmes ?
La société, j'en conviens, ne vous aide pas vraiment, mais c'est vous qui vous mettez la pression.
Il y a encore bien des choses à parfaire dans le droit du travail j'imagine.
Mais le fait est que la révolution des Années 70 a eu lieu et que vous avez le choix.
Un choix que des mères et des grands-mères n'ont pas eu, il y a encore quelques décennies.
Rendez-vous compte, vous n'êtes pas obligées d'être maman pour vous réaliser.
Vous pouvez l'être désormais si c'est un projet de vie assumé, choisi en conscience.
Rendez-vous compte, vous n'êtes pas obligées d'être épouse pour vous réaliser non plus.
Le mariage forcé, s'il a lieu encore dans certaines marges de la population, n'est plus la règle,
et c'est votre droit le plus strict d'être célibataire ou de ne lier votre destin à qui que ce soit.
Vous avez le droit de faire des études et de travailler. Que c'est étrange d'écrire cela.
Quand c'est ici que nous voyons à quel point nous revenons de loin.
Cela paraît être aujourd'hui la moindre des choses, quand cela n'a pas été toujours évident.
Le droit de vote. Non plus. Ce n'est pas si loin. Comme la loi Veil sur l'IVG.
Comme l'abolition de la peine de mort. Imagine-t-on à quel point les progrès sont récents ?
A quel point nous nous habituons vite aux évolutions d'une société qui font la norme,
aujourd'hui, au point que nous avons du mal à nous rappeler qu'elle fut différente,
parfois même de notre vivant, pour à peine une ou deux générations avant la nôtre.
Les femmes ne pouvaient pas voter. Avoir un chéquier. Ni avorter.
Et je ne sais pas dans quelle mesure vous pourrez entendre que les hommes
étaient aussi prisonniers que vous de constructions sociales devenues archaïques.
Il est aisé de penser que les hommes étaient les principaux bénéficiaires
de la société patriarcale, fondée sur une idée précise de la famille et de la filiation,
qui leur imposait des responsabilités dont ils se seraient pourtant souvent passés,
lorsqu'on ne leur demandait pas plus leur avis quand il s'agissait de patrimoine,
d'héritages ou de mariages arrangés, comme à la reconnaissance d'une paternité.
Je veux dire que vous n'avez pas idée, les filles, et les hommes sans doute encore moins,
du bénéfice que fut pour eux l'émancipation des femmes des Années 60 et 70.
La révolution eut lieu il y a à peine un demi-siècle, et il faudra sans doute un peu de recul
pour en prendre la mesure, lorsque bien des choses restent à ajuster ou à conquérir.
Je veux dire qu'il n'y a aucun doute sur le fait que la cause féministe, précisément,
dépasse largement la seule condition de la femme, puisqu'il s'agit d'organisation
de la société entière, de la famille, des entreprises, qui concernent les hommes aussi.
Et que cette organisation n'est pas tournée contre eux, cherchant à faire l'égalité
en castrant ces messieurs, en remplaçant une domination par une autre,
mais en réparant des injustices qui n'étaient pas faites qu'aux femmes.
Concernant la contraception et l'avortement, nous comprenons aisément que le progrès
valait autant pour les femmes que pour les hommes, et, j'allais dire, pour les enfants aussi.
Imaginez la chance de ces générations qui s'unissaient par affinité plutôt que par intérêt.
Qui pouvaient aimer librement, sans le poids d'un acte irréversible qui pouvait les condamner.
Cet exemple devrait suffire à ma démonstration. Les hommes, aussi, ont bénéficié,
largement, des évolutions arrachées par les combats féministes du XXème siècle.

Un autre argument, que j'ai utilisé déjà, prouve que le féminisme
n'a jamais été la figure de proue de la guerre des sexes.
Celui selon lequel l'éducation intime a toujours été faite par les mères.

On peut le déplorer ou s'en réjouir, les mères ont toujours eu, au fil des siècles,
le pouvoir d'attribuer ou transmettre à leurs enfants les codes du masculin et du féminin.
Elles furent au moins coresponsables, de ce point de vue, du maintien d'une société machiste,
en perpétuant dans les foyers les spécificités sociales et culturelles du genre.
Les pères, quand ils étaient là, avaient aussi bien sûr leur part de responsabilité,
incarnant, consciemment ou pas, un modèle masculin avec lequel il restait à se construire,
mais il faut comprendre que la société patriarcale ne fut pas l'invention des seuls hommes.
Les femmes ont participé à la reproduction du schéma, à la transmission de valeurs familiales,
acceptant des comportements supposés masculins aux garçons qu'elles refusaient aux filles,
encourageant des comportements prétendus féminins chez les filles,
qu'il était insupportable de voir se développer chez leurs garçons.
Et vous voyez ici en quoi cette affaire n'est pas celle d'une guerre des sexes.
Sans doute comprendrez-vous ici qu'il n'y a pas eu de complots masculins contre vous,
lorsque les deux sexes ont ensemble participé à une différenciation des genres,
basée sans doute en partie sur des réalités anatomiques et biologiques,
mais essentiellement sur la transmission d'une organisation sociale, et d'abord familiale,
créée autour de l'idée matérielle de propriété privée, et donc de patrimoine.
Au recul en Occident de la religion, qui était l'un des principaux outils de transmission
de cet ordre des choses, avec ses leviers pervers qui agissaient par culpabilisation des individus,
qu'ils soient mâles ou femelles, puisque les deux avaient toutes les raisons de demander pardon,
les uns d'avoir une bite, les autres d'avoir une chatte, puisque le sexe était le mal absolu,
les sociétés devenues agnostiques, laïques, quand elles ne furent pas anticléricales,
purent finalement s'affranchir de pressions psychologiques dont nous avons des séquelles.
Personne ne devrait avoir à s'excuser d'être une femme.
Comme personne ne devrait avoir à s'excuser d'être un homme.
Et pourtant, notre société actuelle, reproduit encore par atavisme,
des sentiments de culpabilité qui sont un héritage culturel historique.

On lit partout, et dans les magazines féminins en particulier,
combien il est difficile d'être une femme, dans les Années 80, ou les Années 90...
enfin, dans les Années 2000... et puis, pardon, dans les Années 2010 aussi.

Dans toutes ces années qui ont suivi Mai 68 et la révolution sexuelle en somme.
Imaginez-vous. La galère en effet. D'être à la fois mère, épouse et femme active.
Mais quelle est cette société qui continue à vous mettre la pression pour être les trois à la fois ?
Cette synthèse perverse de la culpabilisation de l'ancien régime et de la société moderne ?
Brûlez vos magazines féminins qui sont des outils de propagande du grand capital.
Qui a remplacé l'Eglise catholique pour vous culpabiliser et vous rappeler dès que possible
combien vous êtes nulles, quand vous n'êtes pas fichues de tout assumer,
au lit, au foyer, au travail, avec l'aisance et la décontraction d'une Rachida Dati,
capable de reprendre son job au ministère le lendemain de son accouchement.
Je viens ici vous le dire tranquillement. Personne ne décide à votre place.
Personne, en 2010, ne peut vous obliger à être parfaite sur tous les fronts. A part vous-mêmes.
Vous avez le droit de chercher votre bonheur par le biais de la maternité et de la famille.
Vous avez le droit de le trouver dans votre vie amoureuse et sexuelle, sans être maman.
Vous avez le droit de tout sacrifier à votre travail et à votre réussite sociale et professionnelle.
Mais qui vous intime de devoir exceller partout ? Qui peut bien vous harceler de la sorte ?
Vos employeurs ? Vos époux ? Vos enfants ? Vos parents ? Vos amis ? Qui d'autre ?
Les publicistes qui vendent des robes et des parfums ? Les comédies romantiques américaines ?
Je serai là pour vous rappeler que vous pouvez être tout à la fois si vous êtes prêtes,
et déterminées, y compris à en payer le prix, qui n'est pas un prix réservé aux femmes
mais à de telles exigences, puisqu'il est humainement difficile d'être excellent partout.
Je serai là pour vous rappeler que vous pouvez être rien de tout cela, puisque vous avez le choix.
Que vous avez le droit de trouver votre bonheur sans être mère, sans élever d'enfants.
Que vous n'en serez pas moins femmes. Pour autant que ça veuille dire quelque chose.
Vous avez le droit de ne pas être bonnes à l'école et de ne pas faire d'études.
Vous avez le droit de ne pas être coquettes et superficielles, de ne pas prendre de plaisir
à faire du shopping, à aller chez le coiffeur ou chez l'esthéticienne.
Vous êtes libres d'être en couple ou de ne le pas l'être. De vous marier ou non.
Quand vous avez désormais aussi la liberté de vous marier avec un homme ou une femme.
Vous avez tous les choix. Mais les choix imposent tous des sacrifices et des renoncements.
Pour un homme aussi, vouloir tout faire devient compliqué.
Et dans notre société ne valorisant que la performance, on oublie un peu vite
que nous ne sommes pas des robots, des machines, et que nous perdons notre âme
à passer notre temps à vouloir prouver des choses, absolument, à la planète entière.

Bien sûr, il y a des choses à négocier au quotidien avec la personne avec qui vous vivez,
et qui n'est pas forcément un homme, dans la répartition des tâches, savoir qui fait quoi,
quand il y a toujours des compromis à trouver dès que l'on vit avec un autre que soi.

Mais, c'est valable pour les hommes aussi, il faut assumer le choix que l'on a fait
de vivre avec quelqu'un, lorsqu'il devait être manifeste que cela présentait des avantages,
suffisamment pour emporter votre décision, quelles qu'en furent les raisons de l'époque.
A l'inverse, si vivre avec quelqu'un représente trop de concessions, que c'est insupportable,
que cela devient une prison, vous empêche de vous réaliser ailleurs, dans votre travail,
ou dans votre seul besoin d'autonomie et de libertés, vous pouvez vivre seules.
Lorsque la solitude, aussi, a un prix. Différent. Qu'il faudra assumer pareillement.
On peut se réjouir que l'on puisse aujourd'hui se marier seulement par amour,
et pas pour le seul intérêt matériel des familles, comme on peut se réjouir de pouvoir divorcer.

C'est un progrès qui permet de partir dans la vie avec l'idée que plusieurs vies sont possibles.
Qu'il n'y a pas d'erreurs irrévocables, de décisions définitives, quand on peut se rétracter.
La seule chose qui engage deux êtres pour la vie n'est donc pas le mariage mais la parentalité,
lorsque c'est désormais un choix dont les méthodes contraceptives permettent la maîtrise,
et que d'autres moyens de procréer sont devenus possibles aux progrès scientifiques,
permettant aux couples stériles ou homosexuels d'avoir aussi des enfants.
Quelles que soient les facilités offertes, morales ou techniques, par l'évolution de la société,
une chose ne change pas en revanche, c'est le tandem liberté/responsabilité, mécanique,
qui veut qu'à la décision que l'on prend on choisit une chose en en sacrifiant d'autres.
Et nous devons en conscience, selon nos critères du moment, assumer ce rapport.
Parce qu'une femme a les moyens naturels d'être enceinte, de porter un enfant,
l'égalité homme-femme ne se fera sans doute que quand les hommes auront cette aptitude.
Quand les femmes ont les moyens en revanche de vivre toutes les expériences
permises ou accessibles aux hommes.
Les hommes n'ont pas ce choix de pouvoir porter un enfant et de le mettre au monde.
Ce n'est pas une revendication, mais un moyen d'expliquer que tout est possible aux femmes
quand tout ne l'est pas pour les mâles, dans la palette des choix disponibles pour une vie.

Affranchissez-vous d'abord de vous-mêmes,
quand il s'agit souvent de s'affranchir de son éducation,
et de cet éternel sentiment de culpabilité qui fait tant de dégâts.

Ce fut une arme utilisée par l'Eglise sans doute comme par la société de consommation.
Quand on voit bien au quotidien que c'est l'arme la plus largement partagée, autour de nous,
le chantage affectif qu'un enfant est capable de manier très tôt dans son développement,
quand il voit les résultats positifs qu'il obtient auprès de ses parents, qui,
pour se donner bonne conscience, encouragent un rapport de force et l'impriment pour la vie,
les manœuvres de manipulateurs dans les relations amoureuses, qui s'appuient sur ces failles,
aussi vrai que l'on s'en sert partout dans le milieu du travail pour asseoir une domination.
Etre une bonne épouse ? Une bonne maîtresse ? Une bonne mère ? Et une femme active ?
Qui peut rêver d'être ce super héros déshumanisé proche des délires nazis du surhomme ?
Fût-il une surfemme. Quand il y a ici quelque chose de suspect à exiger autant de vous.
C'est une nouvelle forme d'asservissement que je dénonce ici, aussi séduisante soit-elle.
Quand vous pouvez être heureuses sans n'être rien de tout cela.
Je n'essaie pas de vous culpabiliser à mon tour en vous disant que vous acceptez,
consciemment ou non, d'être prises dans l'étau de toutes ces pressions sociales si fortes,
sous-entendant que vous n'avez pas la force morale de résister à votre environnement,
je désamorce la pression au contraire en expliquant que vous avez le pouvoir.
Pas le pouvoir dans le sens du pouvoir sur les autres ou sur la société.
Que vous pouvez avoir aussi si c'est celui-ci qui motive votre ambition en ce monde.
Je parle du vrai pouvoir qui est celui que l'on a sur soi-même. Et sur sa propre vie.
Je théorise depuis quelques temps déjà que nous ne faisons pas ce que nous pouvons,
mais encore et toujours ce que nous voulons, inconsciemment parfois, sans doute,
ce qui est valable pour les deux sexes, quand je ne considère que les individus.
Vous pouvez décider de mettre la barre très haut. D'essayer de tout gérer.
Quand personne, pas même vos enfants, au fond, ne vous le demande véritablement.
Vous avez le droit avec vous. Le droit de choisir l'ordre des priorités.
D'autant plus dans un pays comme le nôtre, qui se donne du mal et les moyens,
même si encore insuffisants, pour que les femmes puissent à la fois être mères et travailler,
en veillant à organiser au mieux toutes les solutions disponibles à la garde des enfants.
Puisqu'il y a tout de même, dans l'environnement hostile, quelques aides possibles.
Et que nous en dégagerons d'autres, à l'avenir, tant que nous serons animés,
tous ensemble, par ce désir d'être heureux en n'étant que nous-mêmes.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Le taxi du Vaucluse

Publié le

Les bruits ont été étouffés jusqu'à disparaître totalement.
Je n'entends pas même mon cœur battre aux oreilles qui se bouchent.
J'ai la tête dans un étau, sans que cela ne soit véritablement désagréable.
Je me laisse faire. Je ne me débats pas. Quand la lumière aussi a changé à mesure.
Le carré de ciel bleu s'est mis à ruisseler, à onduler, à s'agiter de mille étincelles.
Ce qui était précis devient taches de couleurs. S'étire, s'effiloche, se brouille et se dissipe.
Alors que je me laisse couler comme une pierre. Au fond de la piscine.
Il y a une vie en surface qui ne m'intéresse plus. Je suis redevenu poisson ou embryon.
Je m'alourdis dans l'eau qui ne me rejette pas. Je m'y enrobe. Je m'y dissous. Dessous.
Où je n'entends plus la radio ni le rire et les cris des enfants. Je m'enfonce en moi-même.
Les yeux écarquillés. Mes cheveux hérissés comme des flagelles ou tentacules, lentement,
n'ont plus de pesanteur, se déploient comme des algues, vers le haut où je ne vais pas,
quand ma direction est contraire, toujours plus bas, sans provoquer d'angoisses.
L'épaisseur, même liquide, finit par faire sentir sa pression sur mon crâne, mes épaules,
comme si l'élément, finalement, me maintenait la tête sous l'eau comme pour me garder.
Je sais pourquoi tu essaies de me faire du mal. Tu te donnes du mal pour m'en faire.
Parce que je t'en ai fait. Pour te punir de chercher à m'avoir, me posséder peut-être.
J'ai vu les efforts déployés pour me rendre jaloux. Mais qu'est-ce que tu t'imagines ?...
Que c'est toi qui mènes la danse ? Je vois que tu vas contre ta nature pour te défendre un peu.
Pour tenter d'imiter la méthode, d'être aussi désinvolte et aussi maléfique que moi.
Fais-moi voir, je serai curieux de voir ça.
Comment tu fais pour rendre jaloux quelqu'un qui s'en fout...
Je ne suis pas un animal domestique. Je n'ai besoin de personne pour trouver ma nourriture.
J'ai l'habitude d'être seul. J'ai toujours aimé l'être. J'accepte le bol de lait.
Mais je mords toutes les mains qui essaient grossièrement de me mettre une laisse.
Tu n'y parviendras pas. Pas même en étant pathétique.
Pose cette arme, elle n'est pas faite pour toi, tu ne sais pas t'en servir.
Tu ne peux pas me faire croire que tu t'en fous comme je m'en fous.
Quand tu ne sais plus quoi faire pour provoquer quelque chose, attirer l'attention.
Tes tentatives glissent sur mes plumes. Mes écailles. Je suis hors de portée.
Tu as rencontré quelqu'un ? Pourquoi me montrer cette photo ? Pourquoi ce sourire ?
Je sais très bien ce que tu essaies de faire. Qu'est-ce que tu veux que ça me foute au juste ?
Penses-tu sérieusement que cela va me briser le cœur ou blesser mon orgueil ?
Je serais presque content pour toi que tu aies véritablement rencontré quelqu'un,
s'il y avait vraiment quelque chose de l'ordre de ce que tu veux laisser entendre sans le dire,
s'il n'était pas évident que ton seul objectif était de tester mes sentiments pour toi.
J'aurais été content si je ne voyais pas le mal que tu te donnes pour te faire passer pour une pute,
quand tu n'en auras jamais le talent, le panache, et cette mascarade me fait plutôt pitié.
Ce n'est pas aux vieux singes... et je n'ai rien à apprendre de toi dans l'art de mortifier.
L'art de l'humiliation. Celui de rabaisser. Avec des vérités qui cinglent. Les griffes acérées.
Je suis au fond de la piscine. Où même les cigales ont disparu dans l'insonorité.
Une sorte de bourdonnement qui doit être celui de la surdité et qui a pris toute la place.
Où je reste flottant. En profondeur. Où je peux à l'abri déposer mon armure.
L'amour, c'est comme la guerre. Il faut tuer le premier pour ne pas être tué.
Et si je tire le premier c'est pour sauver ma peau.

Le Vaucluse. Le train à Avignon. Et cette maison étrange.
Dont j'ai senti aussitôt toute l'hostilité. Je ne vais pas rester. A quoi bon ?
Mes pieds touchent le sol. Une légère flexion et je me détends comme un ressort.

Toute l'écume. En surface. La pluie de mes cheveux à ma respiration. L'air. Le bruit.
Tout est revenu en un claquement de doigts. Mes yeux au niveau de la margelle.
Où je viens m'agripper pour m'extraire du bain. Me hisser en dehors. Au soleil.
Je suis nu. Je suis libre. Et il te faut feindre l'indifférence. Je me fous des enfants.
Je me fous des voisins. Je n'ai de comptes à rendre à personne.
Je ne t'aime plus depuis que tu fais tout pour ne pas me perdre.
Je ne t'aime plus depuis que ton amour est devenu ce poison qui ne ronge que ton cœur.
Je n'aime pas l'acide qu'il sécrète désormais. Je n'ai pas envie de faire semblant de m'amuser.
Ce n'est pas pour moi que je suis triste. Puisque je le suis un peu.
Et pour dire vrai, le jeu que tu proposes m'ennuie. Tu y joueras sans moi.
Je n'ai pas envie d'entendre tout ce qui est prévisible. Le temps est trop précieux.
Et j'aime autant le perdre dans les clubs où j'avais mieux à faire que t'attendre. En effet.
Qui pouvais-je tromper lorsque j'étais honnête ? Je ne l'ai pas caché. J'ai toujours assumé.
J'étais infidèle mais tu dois bien admettre que je ne mentais pas. A prendre ou à laisser.
J'étais infidèle mais je dois bien admettre que j'étais amoureux. Pouvais être les deux.
Quand il y avait une part de dépit à aller voir ailleurs. Dont je parlais à peine.
Bien sûr. C'était un vrai gâchis. Mais j'ai appris très tôt qu'ici-bas rien ne dure.
Pourquoi se battre ? Pour sauver quoi au juste ? Nous avions fait notre temps.
Je prends une serviette et je monte dans les chambres. Je vais faire ma valise.
J'appelle un taxi et je rentre à Paris. Je ne prends aucun plaisir à ce genre de sketch.
J'ai envie de sexe. Et j'irai m'en repaître avec qui en voudra. Je ne force personne.
Le chauffeur me regarde dans le rétroviseur. Il a de jolis yeux. Il devine quelque chose.
Je regarde dehors. Avec ce chatouillement qui vient à la satisfaction d'avoir une belle vie.
Et cinématographique. Quand je sors de mon corps et deviens spectateur.
Le paysage est beau. L'été est fantastique. Et je suis habitué à partir de zéro.
A perdre des gens que j'aime. Quand je sais qu'on n'en meurt pas, bien que seul et meurtri.
J'ai envie de baiser. Une tension sexuelle. Je sais que ça se sent. C'est communicatif.
Je suis un homme. Depuis longtemps. Et je sais tout des enjeux et des motivations.
Au moins depuis l'enfance. Le chantage affectif. Le besoin d'exister. Comme celui de plaire.
Je regarde dans les yeux celui qui me conduit. Si j'ai toujours respecté l'hypocrisie,
je méprise le mensonge, quand il est l'aveu de sa faiblesse ou de sa pleutrerie.
Je n'aime que la puissance. New York. La corrida. Le feu. Le Flamenco. 
L'orage et l'océan. Qui montent entre mes jambes sur la banquette arrière.
J'assume ce dont je devrais avoir honte. Mes failles seront forces.
Et personne ne pourra plus m'atteindre ni me faire du mal. 
Personne ne m'en fera autant que je pourrais m'en faire.
C'est valable pour le mal. C'est valable pour le bien.
Dans le rétroviseur, le message est passé.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Quelle qu'en soit la manière

Publié le

Je n'aime personne dont je ne puisse me réjouir de l'émancipation.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Et pouvoir dire merci

Publié le

La baie vitrée s'ouvrait sur deux étages et le boulevard St-Michel.
Je sortais de la chambre, pieds nus sur un damier Castelbajac qui me laissait indifférent,
avant de descendre de cette mezzanine par l'échelle de meunier vertigineuse du duplex,
avec Paris en face de moi, les jardins du Luxembourg, et toute la rive gauche,
dans mes yeux gonflés, embrumés, par le manque de sommeil ou une gueule de bois.
Nu dans un peignoir blanc en éponge, bien sûr, lourd comme une robe de chambre.
Noué sur mon corps de Gitan ou d'Arabe, sec et nerveux, qui n'allait pas dans le cadre.
Espagnol. Toulousain. Catalan. Peu importe. Vous voyez le genre.
La Méditerranée dans la pierre haussmannienne. Une peau exotique.
Qui en rejoignait une autre qui semblait l'apprécier. Je n'étais pas chez moi.
Incarnais malgré moi la jeunesse et le soleil du Sud. Quand mes muscles étaient fermes.
Que je les donnais à l'amour du moment. La passion amoureuse. L'orage et la tempête.
Les foudres et la folie. Furieuse. Quand je ne mangeais rien que je ne dévorais.
Le petit taureau était une sorte de vampire. Et le garçon à la fois le plus doux de la terre.
Fallait-il qu'il y ait encore de la colère en moi. Je ne saurais vous dire.
Combien elle me prenait souvent au dépourvu quand je faisais du mal.
On m'accueille avec une mine d'une tristesse infinie qui me déchire le cœur.
Une grimace de dégoût affiche toute ma cruauté quand je peux fondre en larmes.
Mais quelque chose m'interdit d'être tendre et de faire la paix.
Je ne suis pas une pute. Me conduis bien plus mal. Je suis un vrai salaud. Un connard.
Une saleté d'enfoiré incapable de dépasser ses propres torpeurs et d'appeler à l'aide.
Bien trop orgueilleux pour avouer ses failles et tout son désespoir.
Je me sers un café sans un mot ni même un geste tendre. Parfaite indifférence.
Et le meilleur moyen de briser l'être innocent qui cherchait à m'aimer.

Aussi vrai que j'aime aimer, je n'aime pas qu'on m'aime.
Et j'ai souvent retourné le plus profond mépris pour ceux qui avaient cette faiblesse.
Je sortais dans la rue. Paris était atroce. Et cela finissait de la rendre romanesque.

Au Rostand je pouvais prendre enfin un petit-déjeuner. Je me pinçais moi-même.
Pouvait-on mériter un pareil traitement ? Pourquoi fallait-il à ce point être odieux ?
Etait-ce pour parer un complexe d'infériorité, l'impuissance et sa rage à une forme d'injustice,
le chagrin mystérieux qui ne me quittait plus et ce plaisir infâme à l'autodestruction ?
Je buvais trop. Et si ma violence n'a été que verbale, elle fut également dévastatrice.
Une partie de moi était indignée par le mal que j'étais capable de faire.
Elle me haïssait. Et l'autre éprouvait du plaisir à être haïe par mon reste d'humanité.
Mister Hyde punissait sans pitié ceux qui s'aventuraient dans mon intimité.
Cherchaient à s'approcher de moi. A me connaître. A m'apprécier.
Le Cerbère qui prétendait me protéger faisait en fait le vide autour de moi.
A Paris comme à Barcelone. J'ai en face de moi l'étendue des dégâts.
Dans ce visage aimé que j'avais lacéré des mots les plus durs que j'avais pu trouver.
Des lames de rasoir. Pour nous trancher les veines. Ou pour que tout s'arrête.
Je remonte les étages. Je viens faire la paix. Je viens dire pardon. Ce sera compliqué.
Je sais que je suis allé trop loin. Que c'est impardonnable. Le sexe ne suffira pas.
Quand je ne peux toujours pas sortir de ma poitrine la tumeur qui me bouffe.

Pouvais-je être malheureux au plaisir que je prenais à l'être ?...
N'était-ce pas un moyen pitoyable de donner du relief à mon désoeuvrement ?
Etait-ce juste pour avoir du matériel pour écrire ? La sensation de vivre quelque chose ?

Le Pont des Arts est sinistre. Le Louvre est un tombeau. Je me traîne au Marly.
Sans savoir à quoi je joue. Au poète maudit ? Quand je n'ai jamais aimé le mot de poète ?
A l'air important que je me donne en écrasant ma clope... Un artiste ? Un dandy ?
Un petit gigolo qui ne doute de rien ? Un écrivain raté qui ne trompe personne...
Le jeune serveur vêtu de noir me fait l'amour dans un sourire insolent.
Son regard m'arrache mes vêtements, m'arracherait le sexe pour en traire la sauce.
Je ne vaux pas mieux que lui. La seule différence est que je n'ai plus de désirs.
Il y en a une autre peut-être. Je ne travaille pas. Je ne gagne pas ma vie.
Quand les vieilles putes et les danseuses nues ont plus de dignité que moi.
Le serveur a pris ma commande. M'offrirait son cul s'il pouvait sur le champ.
Quand j'ai une petite idée du lieu où je pourrais le prendre à cinq heures du matin.
L'après-midi décline sur l'arc du Carrousel et sur la pyramide.
Je ne peux plus revenir au duplex du boulevard St-Michel. J'ai une adresse ailleurs.
Mon propre appartement. Rue du Square Carpeaux. Où je rentrerai seul.
Cinq années ont passé. Et je paye la note.

Il y a ce bar où il y a des vedettes. Où l'on me laisse entrer. Chaque fois.
Sans me faire d'histoires. Ni rien me demander. Comme si j'étais des leurs.
J'en fréquente anyway. Puisque c'est mon travail. Et cela doit se voir. La physio a du nez.

J'écris pour des vedettes. La belle affaire. Pour ce que ça me rapporte. I drink to that.
Je laisse mon vestiaire et traverse la pièce pour me coller au bar. Je leur tourne le dos.
J'ai reconnu des visages. Des gens de cinéma et de télévision. Je leur tourne le dos.
Je commande un whisky. On the rocks. J'ai trente-quatre ans et je suis déjà pathétique.
J'avais même fini par m'ennuyer à New York où j'étais retourné. Je m'ennuyais partout.
Y compris au Mathis où sur un tabouret je tourne le dos à cet écrin tout rouge,
ne suis ouvert qu'au barman à la chemise ouverte qui sait me faire du bien.
Paris est une épave. Je suis toute l'hécatombe. Le déclin du monde occidental.
Qui a prétendu au juste que j'étais le poète ? Un écrivain suisse ? Un acteur de théâtre ?
Cette romancière que j'avais accompagnée au Théâtre du Rond-Point ? Rubbish !
Le compliment n'a pas eu son effet. J'avais lu Baudelaire et Rimbaud. Justement.
Je fais de la merde. Je fais ce que je peux. Satisfaire les commandes.
Puisque je n'ai jamais fait jusqu'ici que ce qu'on m'a demandé.
On peut bien faire semblant d'être un peu ce que les autres veulent que vous soyez.
C'est un drôle de jeu. Où je me perds un peu. Du haut d'un tabouret dont j'arrive à descendre.
Je dois traverser la pièce dans l'autre sens, revenir au vestiaire, sans avoir l'air bourré.
Les efforts que je fais pour me tenir bien droit et ne pas donner l'impression de l'effort.
Je ne dois pas laisser paraître que j'en suis réduit à devoir penser aux gestes que je fais.
Marcher jusqu'à la porte. Demander mon manteau. Appeler un taxi.
Je vais rentrer chez moi. Si je ne change pas d'avis.

L'homme qui était au théâtre des Champs Elysées quelques heures plus tôt,
avait déposé sa veste de velours Hugo Boss ou Kenzo avant de s'engluer au sous-sol,
dans un dédale où il avait fini par perdre sa chemise, sa ceinture, son ticket de vestiaire,

pantalon aux chevilles avec plusieurs bouches pour s'occuper de sa queue,
quand ce qui le motivait encore demeurait invariablement le prochain verre de whisky.
Etais-je encore capable de bander ? Même en proie à des partouzeurs lascifs ou lubriques ?
Hyde offrait sur un plateau mon corps en perdition à une flopée de mains maladroites,
jusqu'à ce que je ne trouve plus aucun mode de paiement, liquide ou carte bleue,
buvant, encore et encore, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun moyen de le faire.
Je tape quatre chiffres que je suis encore capable de composer sur un petit clavier,
pendant que quelqu'un, en bas, suce mon sexe avec obstination, et si, comme il arrive,
l'opération était rejetée, il me reste toujours un petit billet froissé quelque part dans une poche.
L'idéal serait que je n'aie pas perdu mon téléphone portable. Ni les clés de l'appartement.
Ni mes papiers. Quand tout n'est pas perdu. J'ai ma carte bancaire.
On me prend la bouche pour me rouler des pelles et je me laisse faire.
Je ne connais personne. Et c'est très bien comme ça.
La chemise est restée quelque part dans le club. Je suis torse-nu sous ma veste.
J'ai dû décrire mes vêtements au vestiaire en l'absence du ticket. Cela avait duré trois plombes.
J'étais à bout de forces. Je rêvais d'être dans mon lit sur un claquement de doigts.
Personne ne m'accompagne. J'aperçois un taxi. Et je monte dedans. Je donne mon adresse.
Je me laisse tomber sur la banquette arrière et je rêve de dormir. Ramenez-moi à Montmartre.

Pourquoi avoir refusé ce qu'on me proposait ?
Pourquoi avoir repoussé les personnes qui semblaient volontaires ?
Au réveil, dans mon lit, je vois que je ne suis pas seul. J'étais accompagné.

Etait-ce le même soir ? La veste. Le téléphone. Les clés. Le taxi. Il y avait quelqu'un ?
C'est un joli visage. Adorable sans doute. Mais je ne peux pas garder ça dans ma vie.
Pas même une journée. Pas même une matinée. Même si le réveil indique qu'il est plus de midi.
Je ne dois surtout pas passer ce cap irréversible où je me rendrai compte que c'est une personne,
que ce n'est pas un objet mais un être humain, avec une voix, un sourire, une histoire,
ce point de non-retour, où je risque d'être attendri, ou touché, ou séduit, et je me tire d'affaire.
Je me tire du lit. Et branle-bas de combat. Je vais mettre de l'ordre et la bête à la porte.
Salut. Mon numéro de téléphone ? 06 85 64 55 41 38 81. Je ne le dirai pas deux fois.
Le whisky dans le sang. L'alcool a dilaté mes veines et mes vaisseaux. Et ça circule mieux.
Ça irrigue mon cerveau. La tête dans l'oreiller. Hyde semble être satisfait.
J'ai perdu les gens que j'aime et tenu à distance ceux qui auraient pu m'aimer.
Je peux descendre à pied ma vieille rue Lepic. Trouver une terrasse. Et le café amer.
Le whisky storm. Qui m'avait suivi de Bordeaux à Montréal. De Barcelone à Paris.
Cela allait bien finir par s'arrêter. J'ouvre mon ordinateur. Je vérifie mes comptes.
Deux cents euros de boisson. Il me reste quelques clopes abîmées à fumer.
Je n'aime pas qu'on m'aime. Mais j'ai aimé aimer.

Mon père est toujours là. Et je viens de lui parler au téléphone.
Qu'empêche-t-il au juste ? Lui n'empêche rien. C'est moi qui me censure.
Pourquoi je me censure ? Qu'est-ce que je m'interdis ? Et pour quelle raison ?

Je raccroche et je suis triste. Sans trop savoir pourquoi.
Est-ce que c'est parce que je ne suis pas tout à fait honnête ?
Est-ce que c'est parce que je n'ai pas ou plus à l'être ?
Il y a des choses révolues. Qui ne reviendront jamais. Des choses irrattrapables.
Qui est cet homme à qui je viens de parler ? Ce n'est pas un ami. Est-ce que je l'ai connu ?
Que pense-t-il savoir de moi au juste ? Pourquoi devrait-il penser quelque chose de moi ?
Cet homme que j'ai aimé, admiré, comme un dieu, pouvais-je l'aimer encore ?
Que restait-il du mythe ? Du mythe et de l'enfant ? Qui était donc ce soir au téléphone ?
Ma mère est morte il y a longtemps. Et j'ai cette impression qu'elle n'a pas existé.
La mémoire que j'ai est celle de quelqu'un d'autre. Cette enfance à Bompas. La maison...
C'était une autre vie. Donc une autre personne. Je n'ai jamais vécu à Bompas.
J'ai trente-cinq ans. Je suis parolier. Chez Sony. J'habite Paris.
Et je ne sais plus très bien, en raccrochant, à qui je viens de parler une demi-heure.
J'allume une Marlboro. Et je me souviens. Les Philip Morris. Sur la cheminée.
Le piano. La guitare. La peinture. La photo. Le papier calque. Le jeu d'échecs.
Dans mon bureau du Square Carpeaux. Je me rappelle. Le piano. Le dessin. Gershwin.
L'Express. La gouache. Le tabac. L'essence de la voiture. Les livres d'architecture.
Bon sang. Je suis juif. Nous sommes juifs. Puisque nous sommes catholiques.
Et je me souviens avoir eu une grand-mère antisémite.

De quoi ai-je hérité ? A part de tout ce pognon que j'ai dépensé aussitôt ?...
Dilapidé. Quand cet argent m'avait brûlé les doigts. Qu'il fallait que je m'en débarrasse.
J'ai hérité d'un rapport à l'argent difficile. Quand il y en avait eu tant dans les deux familles.

Un malaise. L'argent de la famille me rendait mal à l'aise. L'argent en général.
Qu'il fallait bien prendre à quelqu'un, consentement ou pas, pour en avoir un peu.
Quelqu'un récemment que je rencontrais à peine me l'a dit sans détours : tu es catholique.
Pourquoi diable n'étais-je pas né protestant ? Cela aurait résolu bien des choses.
J'ai quitté Paris. Je suis à Perpignan. Mon père est toujours là. Debout et bien vivant.
Ce n'est pas lui que j'ai tué. C'est un autre moi-même. Je ne sais pas comment.
Attendez un instant. Je sais très bien comment. Grâce à la pauvreté. J'ai tué Mister Hyde.
Je lui ai coupé les vivres. Fermé le robinet. Et mon côté obscur n'a plus eu d'oxygène.
Je l'ai asphyxié. Etranglé. De mes propres mains. Pour ne pas que j'y passe.
J'ai eu raison de lui. Lui qui régnait la nuit. Qui régnait dans l'alcool.
J'ai laissé le génie enfermé dans sa lampe. Prostré dans la bouteille.
Que je n'ai plus ouverte malgré ses simagrées ou ses supplications.
Je regarde le parvis. Je regarde mon platane. Je suis en Roussillon.
Ai-je vu le Mathis ? Le Marly ? Le Fumoir ? Le bar du Lutetia ?...
Le théâtre du Rond-Point. L'Olympia. La Cigale. Et le Divan du Monde.
Je repense au duplex du boulevard St-Michel. A des visages aimés.
Et au mal que j'ai fait. Et dépassé la honte. Je peux être pardonné.
Lorsque je suis capable de demander pardon. Je peux être catholique.
Je peux être la jeunesse et le Sud. La Méditerranée. Je suis toujours en vie.
Lorsque je peux aimer, et aimer être aimé,
et pouvoir dire merci.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan 
  

Voir les commentaires

Paris-Austerlitz

Publié le

Le bazar d'Austerlitz dans son jus.
Qui n'a pas encore subi les transformations contemporaines de la gare de Lyon.
De verrières qui prétendent humblement faire référence à l'architecture ferroviaire du XIXe,
tout en voulant laisser la trace ou l'empreinte de notre temps imposées par les technologies
comme par le goût pour les œuvres de Norman Foster ou Santiago Calatrava
sans parvenir à égaler leur audace et encore moins leur génie.
Austerlitz que je retrouve au petit matin triste et humide après mille kilomètres d'insomnie,
a le charme bouleversant de la désolation urbaine qui assume son chaos et son productivisme.
Rien n'y est superflu. Chaque rivet a son rôle essentiel. La structure est affreusement concise.
Garde la majesté du purement fonctionnel. Celle de la froideur strictement ergonomique.
Le train lui-même nous maintient dans un autre monde quand c'est un vieux Corail,
et non un TGV, qui a rampé sous les halles en soufflant comme au temps du charbon.
Le design des fauteuils, l'ouverture des portes, tout y est délicieusement désuet.
Il a traîné mon cœur lourd dans la nuit à travers toute la France, à travers ses campagnes,
dans l'inconfort le plus touchant, à peine supportable, avec une forme de candeur
ou bien l'application de l'agent consciencieux d'une administration moribonde.
Parce qu'il n'est pas de la dernière génération de trains rapides il devient attachant,
bien que sale et puant, avec ses wagons alignant leurs couchettes et leurs compartiments,
et ceux dont les sièges inclinables allaient recevoir autant de femmes seules
que de jeunes militaires.

Voyager de nuit, en avion, en voiture, en bateau, comme en train,
est toujours un exploit, une forme d'aventure, qui devient fantastique par la force des ombres,
et celle d'imaginaires qui ont le temps de gagner du terrain, s'installer massivement,

sur tout l'itinéraire, au gré de somnolences et de divagations, comme d'introspections.
Le paysage effacé ne peut même plus distraire du vide de nos êtres glissant, à la dérive,
le temps de la séquence où l'action est marginale, quand il n'y a rien à faire,
sinon s'abandonner ou se laisser porter.
Au milieu de veilleuses, de quelques ronflements, j'ai pu pister la lune amochée de nuages,
qui filait avec nous, au milieu de nulle part, comme suivant les voies jusqu'à mon terminus.
La gare de Sants. Victoria. St-Pancras. Montparnasse. St-Lazare. Où allais-je ?
Quand je me suis posé mille questions qui n'étaient pas celle-ci.
J'aime les trains. Et j'adore les gares. Austerlitz n'est pas belle mais elle a quelque chose.
De désert. De lunaire. Un lieu abandonné. Hors du temps. Où je suis évacué.
Où je débarque avec des yeux irrités aux radiations d'une espèce d'épuisement.
Dont je peux jouir en paix. Debout sur mes deux jambes. Revigoré par la froid.
La morsure de l'air et de l'aube qui vient changer l'éclairage. Révéler l'autre monde.
C'est ce que je respire qui me redresse enfin et ouvre mes épaules.
Le taux d'humidité dans une pollution dont je connais l'odeur. L'haleine de Paris.
Qui grouille derrière ces murs. Ou s'étire à deux pas. Juste au bout de ce quai.
Où je reprends ma marche. Me sentant réveillé. Et tout neuf. Un autre homme.
Prêt à prendre la ville et aimer sa journée.

En gare d'Austerlitz la victoire est modeste.
A la nuit que j'ai pu traverser sans y perdre mes forces.
Modeste mais suffisante pour me sentir grisé à l'assaut de froidure et de nuages bas.

La France traversée comme en rêve était derrière moi. Aux noirceurs oubliées.
Paris avait ici de nouvelles promesses qui énervaient mes jambes et mes muscles stimulés.
Je marchais vite, courant presque, pour me jeter sur la Seine jusqu'en Gare de Lyon.
Passer d'une gare à l'autre pour y prendre le métro. Ma bonne vieille ligne une. Rive droite.
Direction le Marais pour poser mon bagage. Chez mon frère adoré que j'adore toujours.
En ces lieux où j'ai déjà je crois mille vies au compteur. Que j'embrasse toutes ensemble.
Sur mon escalator. Un sourire dans le front et mes yeux investis. Sûr de lui. Attendri.
Quand j'avais hâte de sortir à St-Paul, d'y trouver son manège et son kiosque à journaux.
Comme j'aime les trains. Comme j'aime ma ville. Et tous mes Parisiens.
La nuit fut assez longue pour faire ce transfert, comme d'une vie à l'autre,
changer de peau, de costume, de casquette ou de conversations.
J'allais prendre une douche. J'allais prendre un café. Comme si de rien n'était.
Comme si je n'avais pas été à Brive ou à Limoges quelques heures plus tôt.
Je me brosse les dents. Me prépare gentiment à gagner St-Germain. Comme si c'était normal.
Sans sentir la fatigue ni d'autres pesanteurs. Le voyage est resté dans d'autres dimensions.
Quelque part, à côté, dans ce monde parallèle dont la porte est cachée en gare d'Austerlitz.
Dans cet heureux désastre qui cache bien son jeu comme un manoir hanté qui hésite à exister.
Qui est un peu irréel ou juste surréaliste. Où l'on croise des zombies qui luttent fermement
pour reprendre forme humaine, dont on sort bien vivant, la tête la première.
Pour se recomposer, s'abandonner encore, ou se donner enfin
corps et âme à Paris.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Paris

Voir les commentaires

Train de nuit

Publié le

Je n'aime pas dormir habillé.
Je n'aime pas dormir en public.
Je regarde la lune. Le sommeil peut attendre.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Où me porte la pente...

Publié le

La vie est si courte mon amour.
Et c'est une pression que de l'avoir à l'esprit.
A chaque seconde qui passe. A chaque minute. Chaque jour.
Employer ce capital à bon escient. Ne rien perdre. Ne rien gâcher.
Lutter pour être en accord avec sa propre nature. Ne pas se perdre soi-même.
Comme nous sommes déchirés aux choix que nous faisons.
Le chemin que l'on emprunte. Plutôt qu'un autre. Pourquoi celui-ci ?
Quand nous devons faire confiance en notre intuition.

Avoir confiance en nous-mêmes qui avons nos raisons.
Nous pouvons ne pas nous reconnaître ou ne pas nous comprendre.
Notre corps est au service de notre subconscient. Il sait pour nous.
Souvent. De quoi nous avons réellement besoin.
Se faire confiance. Quel repos pour l'esprit.
Quand il est soulagé d'errances intestines qui peuvent paralyser.
Il est bon de savoir que nous sommes ici-bas pour quelque chose.
Même si ce n'est que pour jouir du monde auquel nous prenons part.
La lumière jaune d'un sirocco brûlant vient caresser mes vitres.
Un automne de plus. Et un été indien.
Qui peut au choix être une contrainte ou une opportunité.
Qui peut au choix être une source d'angoisse ou une source d'espoir.
Nous en faisons ce que nous en voulons. Pour moi c'est un départ.
La marche jusqu'à la gare. Le train jusqu'à Paris. Le mouvement.
Pour moi qui étais allé si loin sans sortir de ma chambre.
J'avais pu en trois ans découvrir l'univers depuis l'appartement juché dans son platane.
Lorsque c'est immobile que j'ai pu voyager aux racines du mal et de ma vérité.
J'ai coupé la mauvaise herbe. Patiemment. Avec méthode.
Pris le temps de soigner ce qui compte à mes yeux. Réfléchir à la suite.
Le temps que l'on m'accorde. Que fallait-il en faire ? Où était le challenge ?
Quelle était la raison de ma venue sur terre ? Ou quel sens lui donner ?
J'avais besoin de ça. De retrouver les miens. Et de te rencontrer.
Reconstruire le mythe de mon propre destin. De ma propre existence.
Et tu as eu ton rôle. Dans cette renaissance. Comme détonateur.
La fusée éclairante. Et sa pluie de phosphore. Pour embraser la nuit.
Indiquer cette route que j'avais négligée. Que j'avais ignorée.
Dont j'ai toujours pensé qu'elle était une impasse.
Et pour laquelle je sais que je m'étais trompé.
Il était plus qu'urgent de me mettre à l'abri. A celui de tes yeux. A celui de ta bouche.
A celui de cet arbre qui a veillé sur nous. Exorciser le diable et son lot de poisons.
Purifier mon regard dans la braise du tien. Et me reconstituer.
Sans le savoir sans doute, c'est toi qui m'as soigné.
Qui m'a donné le temps que j'ai choisi de prendre.
Et qui n'est pas perdu quand je vois le progrès.
La vie est si courte, mon amour.
Qu'elle vaut la peine qu'on s'y arrête un peu.
Qu'on la brûle à l'envi, à l'ennui, la paresse,
au silence absolu pour se regarder vivre.
Je reprends mon cartable, mon bagage, et les gants que j'avais raccrochés.
Avec de nouvelles forces qu'on ne soupçonne pas avant la quarantaine.
Trois ans dans ta chaleur et celle de ma ville. Ce n'était pas un break.
Ce n'était qu'un palier. Une articulation. Et je n'oublierai rien.
Je t'emporte avec moi où me porte la pente
que je peux remonter.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

L'Etat d'urgence

Publié le

Face aux mafias et à la finance internationale,
l'Europe est le bon échelon pour reconstruire l'Etat.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Pas mieux

Publié le

A la qualité des êtres que la vie m'a permis de croiser,
à celle des êtres qu'il m'a été donné de voir évoluer et d'aimer admirer,
vous voudriez que je n'aie pas foi en l'être humain ?...
J'aime plus que tout ce que vous formez tous ensemble. L'affreuse humanité.
Elle a de la gueule. Qu'elle soit splendide ou pathétique. Et je m'y sens bien.
L'Homme est mon prochain. Mon lieu. Mon dieu. Et ma revanche.
Celle sur la mort. Sur le temps qui est toujours son complice.
Nous sommes cette chaîne ou ce lien qui libère, le seul contrepoison.
Je connais vos faiblesses, vos petites lâchetés, et nos inconséquences.
Je connais les travers, la paresse, le vice, la suffisance, bien des imperfections,
les manies, les maladies honteuses, les affres de la colère, la peur de l'abandon,
les pulsions, la révolte, la malhonnêteté. Et je vous prends avec.
Vous prends comme vous êtes. Quand je ne vaux pas mieux.
Mais que je veux vous voir solaires comme vous l'êtes.
Le bien que vous me faites.
Le mal est peu de choses quand on se sait en vie.

 

Philippe LATGER
Octobre 2013 à Perpignan

Voir les commentaires

Médias continentaux pour l'Europe

Publié le

Philippe Latger sur la web radio 133b

Voir les commentaires