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Erotique et viril

Publié le

Le savon sur les joues. Le menton. Dans le cou.
La lame. L'eau chaude. Le rasoir. A deux lames. A glisser sur la peau.
Devant le miroir, je lève la tête, pour aller jusqu'à l'arête des mâchoires.
Prendre garde à la pomme d'Adam. Ne pas se couper. Ne pas se blesser.
Pas de rasoir électrique. Contrairement à mon père.
J'ai toujours préféré me raser à la lame. Depuis que je me rase.
C'est un geste érotique. La lame dans le savon. Sous les pommettes.
Dessiner les pattes. La moustache. Le bouc. Retrouver ma peau.
C'est un geste viril. A reproduire tous les jours. Tous les deux jours.
Une fois par semaine. Entretenir la barbe. Tondre. Raser. Redessiner.
Un visage que l'on s'amuse à changer. Rincer. Eponger. Sécher.
Et l'alcool pour cicatriser.

 

Philippe LATGER
Décembre 2013 à Perpignan

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L'ordre du jour

Publié le

Une commande devrait mobiliser mon attention.
Autrement plus importante que ce que je peux produire ici ou là pour le fun.
Ici, nous sommes dans d'autres sphères économiques. A un autre niveau.

Que je connais bien. Que j'ai déjà pratiqué. Mais sais-je encore écrire des chansons ?
Je voulais écrire quelque chose de plus poussé sur le doublage et le sous-titrage,
sur ce que France Télévisions et Arte devraient choisir selon moi comme options
pour aider mes compatriotes à se familiariser avec l'anglais, l'allemand et d'autres langues
de l'Union européenne en particulier, quand ce sont des choses plutôt simples à faire.
Je voulais préciser ma pensée concernant la prostitution, de peur d'avoir été mal compris,
quand les amendes, plutôt qu'aux clients des prostitué(e)s, eh bien, c'est aux fumeurs, oui,
que je les distribuerais, et je le dis d'autant plus tranquillement que je suis fumeur moi-même,
quand ils jettent leurs mégots par terre, sur la voie publique, dans la rue et sur les trottoirs.
J'ai cette idée à expliquer. Sur le volume de mégots ramassés dans l'espace public.
Dans les villes. Sur les plages. Quand il y a de la pédagogie à faire. En premier lieu.
Que des campagnes pourraient favoriser le cendrier portatif, entre autres solutions.
Lorsqu'il m'est apparu un jour, en jetant ma clope par terre, que mon geste était grossier.
Insultant. Je ne sais pas pourquoi c'est venu. Mais j'ai eu l'impression d'un mauvais geste.
Méprisant pour la ville et les gens avec qui je la partage. Comme si j'avais craché par terre.
Et j'essaie désormais d'écraser mes cigarettes dans les petits cendriers attenants aux poubelles
que la mairie a installées dans le centre-ville et que je n'avais pas remarqués jusqu'ici.
Bien sûr, nous sommes dans une période historique où la cigarette n'est plus la bienvenue.
Où l'on essaie de la chasser, de la faire reculer, de la ringardiser, pour sauver des vies.
Les lois l'interdisant dans les clubs, les bars et les restaurants ont été efficaces.
Les consommateurs ont finalement accepté les trajets en train sans aucun espace disponible,
lorsqu'on a supprimé ces voitures pour fumeurs qui étaient des cendriers géants, infects
et insupportables pour les fumeurs eux-mêmes, et ont accepté de la même façon,
d'avoir à sortir d'un restaurant pour griller une cigarette, concevant que l'on pouvait gêner,
déranger, et pire encore, ceux qui n'appréciaient pas la fumée, qui ne fumaient pas,
lorsqu'on a pris conscience du tabagisme passif, et une discipline s'est installée.
Et ce, à mesure que le prix des cigarettes augmentait. Invariablement.
Nous sommes donc dans une phase où l'on peut aussi penser à ce problème.
Une phase favorable pour s'interroger sur le bien-fondé de ce geste que nous avons,
fumeurs, de jeter notre clope terminée dans la rue, qui est un geste aussi peu civique
ou aussi peu respectueux que si nous jetions par terre un papier gras à la barbe des autres.
Et, en découvrant des tapis de mégots le long des caniveaux ou devant des boutiques,
je me dis que c'est une pollution, et qu'il n'y a pas de raisons de s'en accommoder.

Oui. Pardon. Ce sont des choses auxquelles je pense. Qui me traversent l'esprit.
Qui suffisent à me donner envie d'écrire. D'expliquer mon raisonnement. De l'exprimer.
Il ne s'agit pas seulement de dire que le patrimoine art-déco de Perpignan est étonnant.

Ni qu'une télévision européenne serait la moindre des choses pour faire l'Europe.
Il s'agit aussi d'articuler ma pensée et de la torturer pour en tirer les bons arguments.
Oui, si j'ai le temps, j'expliquerai aussi pourquoi je suis le camarade chiant,
qui, à force de vouloir être précis, de vouloir être juste, ne veut pas laisser passer
une phrase selon laquelle le racisme serait le fait d'une " structure intellectuelle déficiente. "
Il s'agit d'un article que je n'ai pas écrit. Mais dans lequel l'emploi d'un nous m'incluait.
Et j'ai réagi en découvrant ces lignes écrites par mon meilleur ami. Pour deux raisons.
D'abord parce que je pense dangereux d'expliquer qu'il suffit d'être con pour être raciste,
parce que ce serait trop facile, qu'hélas des gens à la structure intellectuelle solide
ont quand même leurs phobies et leurs réactions épidermiques irrationnelles,
en somme, que l'on peut malheureusement être parfaitement intelligent et raciste,
puisque ce n'est pas là que cela se situe et que ce n'est pas un raisonnement.
Ensuite, parce que je voulais faire remarquer qu'il fallait peut-être me consulter
avant de publier un texte où mon ami faisait l'emploi d'un nous qui m'engageait avec lui.
Bref, même si tout cela n'était pas mal intentionné, ni sur le fond, ni sur la forme,
je n'ai pas pu m'empêcher de faire valoir ces deux petites observations,
qui relèvent sans doute d'une coquetterie de ma part, ou d'une forme de mégalomanie.
Après tout, même si je me trompe sur la question, quand je ne prétends pas avoir raison,
j'ai le droit d'avoir ma conviction, de l'assumer, et d'en maîtriser la diffusion.
Mais l'heure n'est pas à ces réflexions d'importances variables.
Le fait est que je devrais en ce moment-même, faire tourner une musique club, format mp3,
pour faire dire à une dame tout son ressentiment au gros blaireau qui la prend pour une conne.
Il va y avoir du reproche et du je peux très bien me passer de toi qui s'impose.
Et que je vais devoir puiser je ne sais où lorsque ce n'est pas mon état d'esprit du moment.

C'est un peu le C'est trop de Miss Dominique. C'est cet esprit bien sûr. Déjà fait.
Facile à écrire quand on est dans une situation d'émancipation vis-à-vis de quelqu'un.
Et en 2009, je n'ai pas eu de mal à trouver le ton et les mots. Ils n'étaient pas très loin.

Mais ici, aujourd'hui. A l'heure où j'assume ma dépendance à la personne que j'aime.
Encore une acrobatie intellectuelle. Sortir de moi et de l'humeur du moment.
Tout débrancher pour retrouver quelque part la férocité du dépit amoureux.
Encore faut-il pour cela que je puisse tout débrancher. Ce n'était pas le jour.
D'abord il a fait beau. Extraordinairement beau pour un mois de décembre.
Et cela aurait été un crime de ne pas en profiter. Aller prendre le soleil en chemise.
Bronzer au milieu d'une foule de lycéens en tee-shirts sur la place de la République.
Retrouver l'été, d'un coup d'un seul, surgi de nulle part, et ne pas le laisser passer.
Retrouver ma sœur ensuite. Que je n'avais pas vue depuis longtemps. Que je croise.
Venue faire une course. Que je rejoins boulevard Clémenceau. Un café à l'Arago.
Le temps de discuter un peu et de refaire le monde avec son mari.
Et puis aller au cinéma avec une amie. Que je néglige peut-être en ce moment.
Pour une séance dans la tranche 19h/21h. C'est parti pour Zulu. Un film violent.
Sur cette catastrophe qu'est l'Afrique du Sud. Révoltante. Ecoeurante. Insoutenable.
Le temps de quelques bricoles domestiques et des correspondances d'usage, et en effet,
la journée m'a échappé, même en n'ayant pas passé plus d'un quart d'heure au soleil.
Ah si. Il fallait tout de même que j'écrive à la personne que j'aime. Lui dire que je l'aime.
Et je comprends soudain que j'ai pris mes dispositions aujourd'hui, précisément,
pour pouvoir disparaître toute la journée du lendemain. Silence radio. Do not disturb.
Je vais devoir à force de café et de clopes, piocher en moi pour retrouver le pétrole.
La rancœur. L'amertume. D'un amour trahi. D'un orgueil blessé. Diablos.
Le grand écart que je vais devoir faire. Quand je n'ai que le bonheur en tête.
Quand je n'ai que du merci dans les doigts et que je vais devoir me faire revanchard.
Ok. C'est un exercice de style. Comme chaque fois. C'est une commande.
Et j'ai hâte de l'honorer quand des rendez-vous m'attendent. Et d'autres choses à écrire.
Que je n'aime pas expédier ce qui me tient à cœur. Tout n'est que gestion du temps.
L'automne est passé dans un claquement de doigts. Et c'est déjà Noël.
Et je suis en retard. Comme toujours. Mais prêt à m'isoler. Ok. J'y vais. Tunnel.
Le portable ne capte plus. " Laissez-moi un message et je vous rappellerai. "

 

Philippe LATGER
Décembre 2013 à Perpignan

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L'abri ou le refuge

Publié le

Je veux que tu sois bien. Je veux que nous le soyons.
Je veux que tu sois tranquille. Que nous le soyons ensemble.
Que notre histoire soit le lieu solide de la confiance et de la pérennité.

Que nous n'y perdions pas nos forces et notre énergie,
quand nous devons en déployer ailleurs dans nos vies propres et nos combats,
qu'il nous en faut tant dans notre quotidien, notre travail, notre création ou notre œuvre,
pour mener à bien nos projets, être ce que nous pensons devoir être,
préserver nos libertés et en conquérir de nouvelles. Pouvoir être heureux.
Heureux. Je veux que nous le soyons. Et nous le sommes. Et le serons.
Avec cette certitude que nous ne sommes pas ennemis ni malhonnêtes.
Que nous croyons en la même chose. Que le mal ne viendra pas de nous.
A ce pacte sacré que nous avons scellé de ne pas nous blesser ou nous causer de tort.
J'y crois. J'y travaille. Sans efforts. A la force de mes seules convictions. Inaltérables.
Cette volonté de faire de nous un Eden où se reposer des guerres que l'on mène en dehors.
Faire de nous ce refuge où nous pouvons baisser les armes, baisser la garde,
nous abandonner l'un à l'autre, sans craindre la trahison.
Je veux que tu sois bien et tranquille. Le cœur léger. La tête haute.
Nous aurons assez à démêler de tout ce qu'il faut gérer et qui n'est pas de nous.
D'obstacles à abattre ou contourner pour avancer sur nos chemins respectifs.
Ce nous doit être une force et non une faiblesse. Une force pour affronter tout le reste.
Je suis un allié, un frère, un ami, un amant, le complice, le confident, sur qui compter.
Et j'ai besoin de toi pour exister aussi par moi-même. Me tenir debout face aux autres.
Avec toi comme colonne vertébrale. Et si tu t'effondres, je m'effondre avec toi.
Et si tu t'effondres, je dois être fort pour deux, fort pour toi, pour nous,
pour ne pas m'effondrer avec toi, te tenir par le bras et nous maintenir l'un et l'autre.
Je crois en toi. En nous. Et donc en moi. Même lorsque tu n'y crois plus.
La réciproque fut vérifiée. Quand me sont venus des doutes. Tu as rétabli la justice.
Fait ou dit ce qu'il fallait pour me remettre sur les rails. Faire revenir le soleil.
C'est une équipe en somme. Une organisation secrète. Un cercle vertueux.
Je nous veux heureux et conquérants. Heureux et tranquilles. Et en sécurité.
A l'abri des menaces qui ne peuvent pas venir de nous-mêmes.
Si l'union fait la force alors nous sommes unis.
Et le temps réalise ce qui n'était qu'un vœu, qui n'était que promesse.
A l'épreuve du temps, la promesse est tenue, et c'est une victoire.
Le temps a fait ses preuves. Nous ne nous sommes ni perdus, ni trompés.
Si l'union fait la force, nous sommes tout-puissants.

 

Philippe LATGER
Décembre 2013 à Perpignan

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Perpignan, comme le cerveau humain

Publié le

Cette réflexion s'appuie sur deux observations.
Celle d'une réalité territoriale qui se vérifie sur plan et celle des ressources humaines.
Pour la première, il suffit en effet d'ouvrir un plan pour constater la densité de la ville,

qui, pour avoir été celle d'une capitale royale au Moyen Âge, révèle que Perpignan n'est pas,
comme d'autres Préfectures, un gros bourg amélioré, mais une véritable cité,
dont le caractère urbain, toujours bien présent, remonte au XIVe siècle.
Il est aisé de vérifier que le Triangle d'Or, c'est-à-dire les quelques rues commerçantes
de l'hyper-centre, entre la Place Arago, la Place Rigaud et la cathédrale St-Jean,
tient dans un mouchoir de poche, semble bien étroit et minuscule par rapport à l'ensemble.
On voit qu'avec St-Jacques, le mont St-Sauveur, les quartiers de la Réal ou de St-Mathieu,
le centre-ville historique de Perpignan, aussi vaste que celui de Montpellier,
n'est pas exploité comme il devrait l'être, quand les trois-quarts ne sont pas investis
par les Perpignanais eux-mêmes, qui en ignorent les trésors et parfois même l'existence.
Ainsi donc, estimons-nous heureux si 25% de cette ville sont considérés comme exploités.
Quant aux ressources humaines, aux talents, aux énergies, aux expériences, aux savoir-faire,
si l'estimation est plus aléatoire qu'à la simple découverte d'un plan au verdict implacable,
il n'est pas difficile, après quelques mois de résidence dans cette agglomération,
de constater l'ampleur du gâchis, lorsque Perpignan ne parvient pas à conserver ses jeunes,
ni à garder les nouveaux arrivants, certes attirés par un climat et une qualité de vie,
mais qui découvrent vite qu'il n'y a pas d'emploi ni de développement économique possible.
Outre le climat, qui est, plus qu'une promesse, un potentiel d'énergie qui n'est pas exploité,
à la somme du soleil et du vent dont la plaine regorge, le Roussillon dispose de jardins,
de vergers et de vignes, d'un écosystème aussi riche qu'édénique, d'une variété géologique
qui offre de grandes capacités d'exploitations, lorsque le tourisme n'est pas, à l'évidence,
la seule piste de développement, et que l'agriculture locale est loin d'être optimisée.
Des personnalités de qualité ne manquent ni d'énergie ni de créativité, pour faire valoir
des sites, des vignobles, des produits originaux, des innovations parfois, mais, ici aussi,
elles se battent souvent seules lorsque des blocages aussi psychologiques que politiques
empêchent toute cohérence d'action et synergie collective.
Au potentiel humain comme à celui du patrimoine, historique, architectural, religieux,
comme à celui de l'environnement, des paysages, du climat, d'une situation géographique
privilégiée, cette ville sublime, passionnante, au cœur d'une région gâtée par la nature,
est l'écrin d'une tradition catalane et multiculturelle aussi marquée qu'originale,
autant d'atouts qui rendent consternantes les statistiques économiques et sociales
qui découragent tout le monde, d'autant plus face à autant de bêtise que de mauvaise volonté.
Je le dis en pensant à tous les jeunes talents qui auraient tant à donner à leur ville.
A cette jeunesse condamnée à partir au plus près à Toulouse ou Montpellier pour espérer
évoluer dans ce pour quoi elle est faite, hésite souvent à revenir ensuite, ou regrette l'avoir fait
lorsqu'elle s'y est aventurée malgré autant d'expérience que de détermination.
Je le dis en pensant à tous les battants qui ont tenté sur place de changer les choses.
A ceux qui y sont parvenus, en créant des entreprises, des festivals et quelques évènements.
Je le dis en pensant à toute la richesse humaine sous-exploitée de cette ville, et donc gâchée,
comme à la lecture d'un simple plan qui montre d'une autre manière combien Perpignan
est loin d'être, non pas ce qu'elle pourrait, mais ce qu'elle devrait être.
Perpignan est comme le cerveau humain.
On n'exploite que 10 à 20 % de ses capacités.
Et je suis de ceux qui ne peuvent s'en satisfaire.

 

Philippe LATGER
Décembre 2013 à Perpignan

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Un dépendant

Publié le

Je ferme le mois comme je l'ai ouvert. Avec toi.
Le premier jour de novembre. Le dernier jour de novembre.
Venu clore en douceur des semaines d'orages et d'incompréhensions.

Il y a eu de grosses vagues. De panique. Et c'est au port que tout s'arrange.
Dans tes yeux. Dans les miens. Quand les craintes sont balayées par la porte.
Que je ferme derrière toi. Pour écraser ma poitrine contre la tienne.
Pour écraser ma bouche contre la tienne. Enfin.
La science-fiction. Elle est là. 40 lunes contre vents et marées.
La même foi. La même espérance. La même détermination.
Seul un pouce va et vient sur mon épaule. Nous sommes l'un contre l'autre.
A écouter le silence. A ne penser à rien. Libres de ne penser à rien.
Le froid que tu as ramené avec toi. Je veux te l'enlever. L'absorber.
Je l'éponge en te couvrant. Te réchauffer. T'envelopper.
Nous ne faisons de mal à personne. Je ne veux pas t'en faire.
Les yeux dans les yeux. Je te le dis dans un sourire qui n'est pas dans le champ.
Nos visages sont trop proches. A bout de cils. Narine contre narine.
Je veux croire que tu perçois ce sourire qui dit mon soulagement à te retrouver.
Comme si cela venait dans la baie comme le calme après la tempête.
Le repos mérité. Mes lèvres et les tiennes. Je respire ton air étonné.
Une paix s'est installée jusqu'au bout de mes doigts. Dans toutes mes fibres.
Quand nous sentons monter la chaleur. Blottis l'un contre l'autre.
Ma peau te reconnaît. Mon corps te reconnaît. Tu leur avais manqué.
Qu'est-ce que le manque ? Sinon un sentiment de panique ?
Mon cœur s'est apaisé. Tu es là pour lui donner sa dose.
Accro. Addict. Tu es ma force ou ma faiblesse. Ma rechute. Je replonge.
Dans ta bouche. Dans ton cou. Dans un hiver dont je me fous.
Tu fermes le mois comme tu l'avais ouvert. Avec moi.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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Du respect, au minimum

Publié le

Donc, les choses sont simples.
On s'hydrate. On boit de l'eau. On aime ça. Parce que ça fait du bien de boire de l'eau.
On mange. Parce qu'il faut bien manger. Et que manger, comme le sexe, peut être un plaisir.

Ensuite, le reste, c'est du divertissement pour tuer le temps et tenir la distance.
On peut soigner son corps, son apparence, fonder une famille et transmettre des choses.
Très bien. C'est qu'il faut bien s'occuper du berceau à la tombe.
Par l'activité, il s'agit plus de légitimer une appartenance à un groupe qu'autre chose.
Etre utile à ses proches comme à la communauté. C'est déjà une question d'estime de soi.
Ce qui est vital est d'abord de boire et de manger.
Même le sexe, au fond, ne sert qu'à l'espèce, le besoin collectif de faire perdurer
l'humanité sans doute, des noms, des familles et des patrimoines ensuite, pourquoi pas,
mais un individu peut parfaitement vivre sans sexualité. Nous avons des exemples.
Ainsi donc, avant la reproduction, avant l'activité, avant la santé lorsque ces deux points
en sont précisément les préalables absolus, si l'humain a besoin de dormir aussi,
il a d'abord besoin de boire et de manger.
Ce pourquoi l'agriculture a une place à part dans nos sociétés.
Et vous voyez enfin où je veux en venir. L'agriculture et les agriculteurs.
Nous devrions, au milieu de nos tablettes et smart phones, nous rappeler de cette évidence.
Ce qui est vital pour l'individu. Primordial. Bien avant toute connectivité et sociabilité.
Et les questions écologiques et politiques, de partage de l'eau ou de son traitement,
sont aussi bien plus cruciales que celles de l'énergie, qu'elle soit fossile ou non.
Nous comprenons alors que les guerres pour le pétrole sont des guerres de riches.
Que celles pour l'accès à l'eau ou le partage de terres fertiles sont d'une autre nature.
Dormir est une chose que l'individu peut s'offrir à lui-même. Sans recours à l'extérieur.
Boire et manger, l'humain ne peut pas le faire physiologiquement par lui-même.
Il doit chercher l'eau et sa nourriture. Qu'il le fasse lui-même ou qu'il délègue l'action.
Et qui tient les clés de ces ressources tient le destin de l'humanité.
Bien plus que Google ou Facebook, plus que ceux qui ont les clés d'internet et du GPS.
Ainsi donc, dans les pays développés ou non, dans les pays industrialisés ou postindustriels,
peu importe le niveau du progrès technique et social, les agriculteurs comme les éleveurs,
devraient être partout respectés avec la même déférence que nos meilleurs chirurgiens.
Comme eux, ne sauvent-ils pas des vies chaque jour en nous permettant de vivre ?
En nous fournissant les protéines dont nous avons besoin, les fruits, les légumes,
le lait, la viande, quand nous pourrions ajouter le poisson rapporté par les marins-pêcheurs.
Je tiens juste à attirer notre attention sur ce fait. Tout simple.
Nous devons notre vie à cette corporation pourtant abandonnée.
Au profit d'industriels qui, certes, permettent des cultures de masse et garantissent sans doute
des rendements pouvant solutionner des problèmes causés par la démographie mondiale.
Mais nous voyons déjà les limites de ces pratiques comme le bien-fondé de la proximité.
Et je ne supporte pas de lire certaines statistiques que je veux ici rappeler. Sobrement.
Tous les deux jours, un agriculteur se suicide en France.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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Avec trois fois rien

Publié le

Une arme.
Une balle.
Et un peu de courage.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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Le millième

Publié le

Ce blog compte mille textes.
Avec celui-ci.
Qui peut bien se suffire.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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Entre Hadopi et les putes

Publié le

Taxer les clients des prostitué(e)s est aussi tordu que taxer les internautes au téléchargement.
Une fois de plus, le gouvernement a la lâcheté de taper le consommateur et donc le citoyen,
au lieu de chasser ou contraindre les organisations mafieuses, légales ou criminelles,

qui se régalent et s'engraissent sur le travail des autres.
Faire payer des contraventions aux clients de la prostitution, pour moi,
est aussi scandaleux qu'en dresser contre les teenagers qui téléchargent de la musique.
Et le signal du projet de loi sur le plus vieux métier du monde est aussi désastreux
que celui envoyé par la loi Hadopi. Pour une raison simple.
Dans les deux cas, on accable des usagers plutôt que ceux qui exploitent le travail des autres.
Pour la musique, il est évident que ce sont les groupes industriels des nouveaux médias
qui doivent reverser une part de leurs profits, de leurs recettes publicitaires notamment,
à des organismes comme la SACEM, SACD ou SCAM, qui gèrent le droit d'auteur,
ce n'est pas aux familles qui, en fait de gratuité, paient bien assez d'abonnements chaque mois
pour avoir accès à des contenus, culturels comme d'information, de payer une deuxième fois.
Pour la prostitution, hors considérations morales, ou bien faut-il purement l'interdire,
ce n'est pas au client non plus de payer deux fois.
Ainsi donc, si le projet est accepté, il faut comprendre que l'Etat se placerait ni plus ni moins
en deuxième proxénète, de complément, tirant à son tour profit du travail des prostitué(e)s.
Le maquereau continuera à taper la pute, l'Etat tapera le client.
Et nous voyons la dimension morale de toute cette opération.
Quand nous voyons bien qu'il ne s'agit pas de punir une attitude supposée condamnable
mais de trouver de nouvelles recettes fiscales, malgré les discours de dames patronnesses.
La question de la prostitution n'est donc pas le sujet du débat.
Et encore moins celui de la condition féminine.
Il est moins choquant à mes yeux de voir que l'Etat se refuse toujours, hélas,
à donner un véritable statut aux travailleurs du sexe dont le recours est d'utilité publique,
que de le voir profiter à son tour, fiscalement, de l'exploitation de ces personnes.
Taxer les clients finira de compliquer leur situation, d'encourager la clandestinité,
l'opacité, finissant de refouler l'activité dans des zones hors de contrôle,
ce qui sera problématique aussi bien pour des questions d'hygiène et de santé publique
que pour les conditions des prostitué(e)s à exercer leur travail librement et en sécurité.
Lutter contre les trafics et l'esclavage consiste à traquer ceux qui les exploitent.
Les clients de la prostitution ne s'enrichissent pas. Ils y laissent de l'argent.
Ils paient pour un service. Ils ne font ni métier ni fortune à la sueur d'autrui.
Si le raisonnement du gouvernement est de se dire, s'il n'y a plus de clients,
il n'y a plus de prostitué(e)s, cela révèle soit de la naïveté, soit de l'hypocrisie.
Quand on voit où s'arrête le courage à casser ou contrer des réseaux mafieux entiers,
dont nous savons bien, que cela concerne les filles, la drogue ou les armes,
qu'ils savent arroser largement au besoin ceux qui créent ou font respecter la loi.
Idem avec certains lobbies et grandes firmes d'internet à propos de la musique.
On sent bien que le législateur a plutôt intérêt à ne pas s'opposer à certains monopoles.
Ou qu'il a plus simplement intérêt à les servir.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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Xénophile

Publié le

Le wagon s'est vidé. A mesure que le train a progressé dans le territoire.
Des gens sont descendus avant moi. A Montpellier pour la plupart.
De façon ostentatoire. Comme si c'était un signal à me donner.

Au-delà de la capitale régionale du Languedoc-Roussillon, bien sûr,
nous nous aventurerions dans des contrées hostiles, que la nuit rendrait inquiétantes,
et d'ailleurs, le train n'aurait plus l'allure TGV qui lui était permise dans la vallée du Rhône.
Désormais, la technologie, impuissante, l'abandonnerait au sort d'un vulgaire train Corail,
privé de sa vitesse optimale, s'arrêtant à toutes les gares, à Béziers, à Narbonne,
où quelques survivants ne manqueraient pas de quitter le navire à leur tour.
Si je ne rentrais pas chez moi, je serais angoissé. Me demanderais où nous allons.
Je regarde le grand paysage noir de la nuit par la fenêtre avec un mélange de sensations.
La fête que je me fais à l'idée de retrouver mon appartement de la rue de l'Horloge.
Regagner mes pénates, reprendre mes affaires, et peut-être quelques habitudes.
Quand je ne serai pas mécontent de prendre une douche, m'occuper de mon linge,
rattraper mon retard dans la correspondance ou sur mon blog, et de dormir dans mon lit.
Le doute qui me prend quand je ne suis pas sûr de rentrer, de savoir où j'habite vraiment,
quand Paris est encore ma ville, et que je ne suis pas persuadé, à ce moment du voyage,
de pouvoir en dire autant de Perpignan, où je ne sais pas exactement ce que je vais y faire.
Ce n'est pas juste lié au fait d'avoir vécu cinq ans de ma vie à Montmartre.
Cinq ans ne sont rien. Même si c'est plus long que trois ans et demi.
Plus long que le temps qui a passé depuis mon retour en catastrophe en Roussillon.
J'ai vécu plus longtemps à Montmartre qu'à la rue de l'Horloge. That's the point.
Mais ce n'est pas l'adresse postale qui décide de ce que l'on est et de ce que l'on a à faire.
Que ce soit pour la musique ou pour la politique, tous mes contacts sont parisiens.
Les opportunités. Mon travail. Bien sûr. Ce n'est pas à Perpignan que ça se passe.
Et c'est moins un snobisme ou une posture parisianiste qu'une réalité des faits.
Que croit-on que j'aille faire à Paris au juste ? Sony est installé avenue de Wagram.
Les maisons d'édition, les maisons de disque, les musiciens, les producteurs,
les interprètes pour lesquels j'essaie d'écrire des chansons à peu près convenables,
les cadres et les think tanks pour lesquels j'essaie de trouver des idées novatrices,
des angles originaux ou des moyens de convaincre, quand il s'agit d'Europe.
Je ne suis pas responsable de siècles de jacobinisme français, c'est à Paris que ça se trouve,
c'est à Paris que ça se concentre et que tout peut devenir aussi stimulant que possible.
Et Paris, oui, c'est chez moi. Demandez à Arnaud Bouquet. Demandez à Gary Aubert.
Je suis Parisien. Comme tous les Provinciaux de mon espèce qui s'y sont fait une place.
Qui s'y sont créé une histoire. Au-delà des cinq années de résidence qui ne sont pas si loin.
Puisque c'est une ville où je suis venu sans cesse, et revenu, depuis que j'ai 20 ans.
Parce que mon frère y a vécu. Et qu'il y vit encore. Et que j'y ai donc de la famille.
Parce que des potes de lycée et de fac y travaillent. Et que j'y ai donc des amis.
Parce qu'à avoir eu de l'argent, j'y allais régulièrement faire la fête, y faire du shopping,
y voir des expos et des spectacles, comme tout Perpignanais aussi fortuné que désoeuvré,
en manque d'électricité urbaine et de sensations de mouvement, d'activité et d'énergie.
J'improvisais aussi bien des séjours depuis Bordeaux quand trois heures de train suffisaient.
D'autres s'imposaient à l'époque québécoise, puisque, n'ayant pas mes papiers canadiens,
j'ai dû pendant deux ans et demi faire le tour du poteau pour les services de l'immigration,
et retourner atterrir tous les deux mois à Roissy, où je prenais l'opportunité d'une villégiature,
squatter chez mon frère qui vivait à l'époque à Belleville, métro Pyrénées, métro Couronnes,
retrouver Irina, Dominique, Muriel, rencontrer les membres d'une tribu constituée sur le web,
faire le con au Queen où je retournais toujours, et des lieux moins recommandables encore,
avant de repartir au Terminal 9 reprendre mon avion pour Montréal où je me retirais.
Au-delà du travail, dont les perspectives ne se sont ouvertes qu'à mon retour du Québec,
avec les rencontres providentielles de Lambert Wilson, Olivier Gluzman ou Art Mengo,
lorsque je n'ai signé mon premier contrat chez Sony qu'au début 2004, il y a donc dix ans pile,
il faut comprendre qu'il y a avec cette ville une histoire d'amour qui a déjà vingt ans.
J'y ai certes vécu, bossé, payé des impôts, voté, mais cette résidence ne fut pour tout dire
que la partie visible de l'iceberg, lorsque j'avais déjà des souvenirs avant de m'y installer.
J'avais eu le temps d'y être heureux, malheureux, d'y tomber amoureux, d'y être émerveillé,
d'y espérer, d'y être déçu et trompé, d'y essuyer autant de joies que de désillusions.
J'avais tardé à la découvrir, j'en conviens. Lorsqu'il fallut attendre mes 17 ans.
Mon premier séjour. Avec mon amie Laetitia. Ce fameux été 1990.
Où nous avions fait le voyage digne d'un tour-operator pour touristes japonais.
Puis, ma première véritable expérience, à vingt ans, le temps de cette prépa Sciences-Po,
trois ans plus tard, où je fus lâché seul en immersion dans l'appartement de Karin Waehner,
papesse internationale de la danse contemporaine et amie de mon frère, rue Vieille du Temple,
en plein cœur du Marais, où j'allais sortir des rails pour me coller à d'autres, dans la nuit,
sortir de la route et m'enliser dans les voluptés de la fête, les deux mois de l'été 1993,
fut le début, le départ, d'une relation étroite, intense, intime, avec cette cité anthropophage.
Trois ans et demi après mon retour à Perpignan, un tel lien ne pouvait se dénouer.
On n'efface pas en une poignée de mois vingt ans d'une vie.
Surtout quand on a quarante ans. Et que c'est la moitié.

Dès que j'y repose le pied. Tout me revient. Les odeurs et le rythme. Toutes les sensations.
Je sais comment cette ville fonctionne. Il me suffit de traverser le hall de la Gare de Lyon.
Le temps de reconfigurer mon disque dur. Et sur le parvis de la gare, à l'air libre, dehors,

comme sur le quai du métro en souterrain, je suis prêt, j'y suis, je suis chez moi.
J'ai repris les réflexes. Le tempo. La pulsation cardiaque. La gestion de mes forces.
Et pour un peu, je serais tenté de prendre les lignes 12 ou 13 pour remonter à Montmartre.
Sur la 1, je dois me reprendre et me rappeler que je dois descendre avant Concorde.
Ma salle de bains, ma douche, mon bureau, ne sont plus rue du Square Carpeaux.
Tout cela désormais est à Perpignan et c'est chez mon frère que je dois loger.
Comme en d'autres périodes. St-Paul ou Hôtel de Ville. C'est la nouvelle donne.
Cette légère confusion fait irruption aussi dans la somnolence continue du voyage,
à bord du TGV, lorsque, comme au réveil d'un micro-sommeil, je dois recontextualiser,
comprendre que je ne vais pas à Perpignan passer quelques jours pour retrouver la famille,
que ce n'est pas seulement le temps d'un week-end mais pour retourner à l'endroit où j'habite.
Aux abords des Corbières, l'idée de la rue de l'Horloge se précise, sans parvenir cependant
à trancher entre l'excitation et la consternation, entre l'idée de récompense et celle de punition.
Je ne saurais dire si je suis heureux ou accablé d'arriver en gare de Perpignan.
Le wagon est vide depuis Narbonne. Et à la fenêtre, je vois que le quai est désert.
Je vais devoir descendre à pied l'avenue de la gare jusqu'au centre-ville avec mon bagage.
Motivé par la nécessité de trouver la chaleur de mes radiateurs et celle d'une douche.
Une chose étrange arrive. J'ai du mal à quitter mon siège. A me sortir du wagon.
Mes pieds sont devenus énormes. Le train est une petite boîte dont je dois m'extirper.
J'en sors à quatre pattes et me déplie sur le quai devenu minuscule. Je suis un géant.
Et je n'ai que deux pas à faire pour arriver chez moi, non sans écraser la moitié de la ville.
J'ai piétiné par mégarde la cathédrale et les quartiers alentour, démuni, devant mon immeuble,
devenu plus petit encore qu'une maison de poupée. Je ne dois pas succomber à la panique.
Il n'y a aucune raison que je ne puisse rentrer dans mon appartement. J'ai encore les clés.
Tout cela n'est qu'un effet d'optique au changement d'échelle.
Je peux, en me contorsionnant, en effet, passer par la porte et me hisser dans l'escalier,
et retrouver des proportions normales, sans enrayer tout à fait ma crise de claustrophobie.
Sur le parvis glacé et désert de la cathédrale, des décorations de Noël me donnent la nausée.
Elles scintillent pour rien, ne brillent pour personne, quand tout le monde est chez soi,
bien au chaud, pour peu qu'il y ait du monde dans cette ville, ce dont je peux douter.
L'installation n'en paraît que d'autant plus mégalo et certainement pathétique.
Il est trop tôt pour me demander ce que je fiche ici. J'ai des choses à faire dans l'immédiat.
Ouvrir mon sac et en sortir mon linge sale. Le vider de dossiers que je dois mettre en ordre.
Remettre les choses à leur place. La trousse de toilette. Le chargeur du téléphone portable.
Retrouver tous les repères de mon organisation personnelle. Et mon ordinateur.
Où la première manœuvre sera d'envoyer un message pour annoncer mon retour à quelqu'un.

Le jour d'après, le soleil et l'activité de ma petite ville ne suffisent pas à dissiper ma confusion.
Lorsque des choses reprennent leur cours en effet, leurs travers habituels et bien des platitudes
qui participent cruellement à faire de mes deux vies deux mondes bien distincts.

Je sais que c'est ma façon de fonctionner. Ne m'immerger complètement nulle part.
Et que je dois assumer les dichotomies que je crée au nom de mon indépendance. Ma liberté.
Garder une distance avec tout ce qui pourrait m'avaler et m'engloutir en entier.
Mais ici le choc des cultures est violent. Et je dois me remettre dans le bain de la vacuité.
Dans cette baignoire que je me suis choisie au milieu de nulle part. Perchée dans mon platane.
Je ne sais pas si elle est toujours légitime. Quand personne n'y optimise ce que je suis.
Si ce n'est moi, en y trouvant la force de caractère d'y aménager les marges nécessaires
pour réfléchir et écrire, quand l'un ne peut aller sans l'autre, et que cela demande du temps.
Etre ici, je m'en rends compte, n'est utile à personne. Sauf à des amis qui m'emploient,
la plupart du temps, pour leur rendre des services comme leur garder les enfants.
Mon rôle ici se résume alors à celui d'un homme de maison ou de simple domestique.
Je vois bien que mon départ ne soulèverait en premier lieu que des questions pratiques,
et de réorganisation d'un quotidien qui n'est pas le mien pour n'avoir jamais été mon choix.
A qui confierons-nous nos enfants ? Pour nous dépanner quand nous voudrons sortir,
aller au spectacle ou au restaurant ? Si Philippe nous laisse tomber et court d'autres lièvres ?
Diablos. Je retrouve ma petite ville convaincu que ce n'est pas mon problème.
Je dois me rappeler que rester à Perpignan avait d'autres motifs que le baby-sitting.
Me souvenir que c'était un moyen de concilier justement les deux mondes possibles.
Celui de l'action et celui de la réflexion. Quand mon platane était d'abord une retraite.
Pour me soigner d'abord. Pour observer ensuite. Et nourrir ce que je pouvais porter ailleurs.
Par le biais d'internet et de rencontres. Quand il faut bien créer avant de distribuer.
Côté sentimental aussi, je vois bien que ma disponibilité n'est pas optimisée non plus.
Qu'être libre et présent, à proximité, dégager des soirées, rester sur le territoire,
est une organisation de ma vie qui n'est pas exploitée, ni consommée, ni amortie.
Sur mon ordinateur, la chose m'apparaît. C'est ma solitude qui justifie Perpignan.
Et elle-seule. L'indispensable solitude à ma condition d'auteur et d'artiste peut-être.
Quand je suis utile ici, dans cette ville, à tous ceux qui n'y vivent pas.
Que je suis plus utile ici à tous ceux qui attendent quelque chose de moi,
qui sont tous autre part et ne sont pas ceux avec lesquels je vis ou partage l'oxygène.
Le respect et la considération ne viennent pas d'ici. Et je ne les attends pas d'ici.
Ce qui tombe plutôt bien. Je ne suis pas revenu à Perpignan pour y vivre.
Ni pour y faire ma vie. Lorsque personne ne veut ou ne peut m'y faire une vraie place.
Dont je n'ai pas besoin. Dont je n'ai pas envie. Quand cette ville reste celle du passé.
Qu'elle fut perçue ou vécue comme chez moi jusqu'à la mort de ma mère.
Et qu'avec elle, le lien a disparu, en rendant tout possible, m'ouvrant le monde entier.
Soulagé d'une ancre désormais enterrée qui ne fait plus son job. Je ne suis plus d'ici.
N'y retourne que pour être précisément au milieu de nulle part. Et c'est là qu'elle se trouve.
Cette ville où j'ai posé mes valises, sans m'y installer vraiment ou sans y prendre part.
Je n'y prendrai la place de personne. Puisque je n'en veux pas. Je veux rester libre.
Et c'est ce que je suis.

 

Philippe LATGER
Novembre 2013 à Perpignan

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