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Dans la peau

Publié le

Ok, je vais boire un verre. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Je peux rejoindre ce voisin. Historien. Qui est de bonne compagnie.
Qui est de bonne composition. Dont j'apprécie la conversation.

Je ne prends pas garde à ma présentation. Je n'ai pas l'intention de séduire.
Who cares ? Je t'ai dans la peau. Sous ma barbe anarchique. Mes cheveux en pétard.
Mon caban de clochard. Que j'enfile en vitesse. Cette ruine de Ralph Lauren.
Il sonne. Je descends. On plaisante. La période épuisante. Electrique. Survoltée.
La place de la cathédrale. La place de la Loge. Des gens bourrés. Que je connais.
Deux gars. Une femme. Des gens de la nuit. De bonne heure. Que mon ami connaît.
Who cares ? Je t'ai dans la tête. Je suis avec toi. Je n'ai rien à perdre.
Des fêtards. Noctambules. Je connais les garçons. L'époque où je sortais.
Où j'étais aussi bourré qu'eux. Où j'écumais les bars qu'ils écument encore.
Place de la Loge. Ils fêtent un anniversaire. Celui du plus jeune des garçons.

On va au Comptoir. On les suit. La ruelle. Arpentée mille fois dans un état second.
Nous commandons un verre. Mais nous n'avons pas le temps d'être servis.
Nos accompagnateurs ont changé d'avis. On va à la Casa Sansa. Pour dîner.
L'un d'eux annule notre commande d'un ton impérieux. Changement de programme.

La barmaid, coopérative, ne fait pas d'histoires, hoche la tête et nous laisse partir.
Who cares ? Nous suivons, amusés, le délire embrumé des comparses alcooliques.
D'autant qu'ils sont plutôt sympathiques. Nous sortons pour rentrer aussitôt.

La porte d'à côté. Le restaurant mythique. La salle fantastique de la Casa Sansa.
Nous ne resterons pas dîner. Mon ami prétexte un rendez-vous.
On nous offre un verre de rouge. On tente de nous persuader de rester.

Je découvre ce cirque. Ou je le redécouvre. Je connais tout par cœur.
Le coton de l'alcool dans la tête, dans la bouche, dans les yeux.
Je bois le verre. Tente de converser avec la dame qui est artiste.
Le plus jeune des gars, qui fête son anniversaire, est encore sexy.
Je me souviens de lui. Who cares ? Je t'ai dans la peau. Et je n'ai rien à craindre.

Mon ami sonne la fin de la récré. Car nous devons y aller. Et nous nous échappons.
Nous trouverons un refuge Chez les copains. Nous buvons un verre de vin au comptoir.

Nous parlons un peu. Il me propose d'aller dîner. Je décline l'invitation. Je vais rentrer.
J'aimerais travailler. Le deuxième verre est déjà de trop. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Je rentre et je t'aime. Je suis heureux. Et ça me tient debout comme ça me tient chaud.

Je retrouve l'amie avec qui je travaille et qui me fait confiance.
Le café au coin de St-Mathieu est devenu ma cantine, le quartier général.
Je manque de sommeil. Who cares ? Je t'ai dans la tête. Et la tête hors de l'eau,

j'arrive encore à suivre les causes et les effets, les enjeux, nos travaux.
On se quitte au bout de la rue Foch. Je vais faire des photos.
J'ai une heure devant moi. Le ciel bleu. Il fait beau. Je dois en profiter.
Cela pourra convaincre. La lumière favorable. Tout devient magnifique.
Who cares ? Je pourrais me planter. Je t'ai dans la tête. Dans ma vie. Dans ma fête.
Celle que je prépare. Qui peut être Art Déco. Tu es dans le viseur. Le cadran. Le tableau.
Le boulevard Mercader. Et je t'ai dans la peau. Je connais mon sujet.
Et je ronge mon os jusque chez un ami sur le même bateau.
J'ai une petite heure avant le débat qui agite ma ville. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Tu m'accompagnes rue des coquelicots. La rue des mimosas. Où tout est art-déco.
Je traverse le parc. Le Palais des Congrès. Tout Perpignan est là. Electrique. Survoltée.
Débat télévisé. J'ai été invité. Mon caban de clochard et mes chaussures usées.
Who cares ? Je n'ai rien à prouver. Je suis riche de toi. Je suis plein d'être deux.

Quand je ne suis pas seul. Ne suis pas candidat. Que je n'ai rien à perdre.
Je reconnais des gens. Des visages. Et des ex. Je connais cette ville.
J'y suis né. J'y ai grandi. Le collège. Le lycée. Et l'université.
J'y ai erré quarante ans. Ivre-mort. En détresse. Et toi qui me manquais.
Et toi que je cherchais. Dans les boîtes d'Argelès, de Collioure et Canet.

Que je cherchais plus loin, Paris, Los Angeles, Montréal, Mexico.
Les clubs barcelonais. A Toulouse. A Bordeaux. Sans trouver le repos. Je t'avais dans la peau.
Who cares ? Perpignan chaque fois fut le lieu où partir à zéro. Où mourir. Où renaître.
Celui où te trouver. Mon arbre dans la fenêtre. Où je peux m'installer et plonger mes racines.
Dans tes yeux. Dans ton corps. Le chemin chaotique m'a sauvé du chaos.
Il avait donc un sens. Puisqu'il me conduisait jusqu'à notre rencontre.
On débat sur la scène, devant sept cents personnes. Messe télévisée.
Who cares ? Je sais ce que j'ai à faire. Quoi que disent les urnes.
J'écoute, indifférent, des discours convenus sans imagination. Peu importe.
J'ai trouvé mon amour, mon destin, une paire de burnes, et l'envie de me battre.

J'ai tes grains de beauté. Tes sourcils charbonneux. Ton regard ténébreux.
Tes cils interminables. Ton sourire carnassier. Ce rictus que je vois sur la photo de classe.
Ton talent magnifique. Et je suis fier de toi. Et je n'aime que toi. Je suis fou amoureux.

J'ai ta main qui remonte l'intérieur de ta cuisse. Quand tes jambes à mon cou,
je vénère ton sexe et, autant que l'on puisse, la fusion de nos âmes qui incendie nos pupilles.
Et les yeux dans les yeux, au drap qui s'entortille aux membres enfiévrés, je m'enroule,
à ton ventre, à ta bouche, je m'encorde aux baisers, où je me régénère et peux chasser la mort.
Who cares ? Quand je n'ai rien à perdre. Pas même ta confiance. Qui honore ma patience.

Mon pari. Ma démence. Ma rage et ma constance. Ma détermination.
A mon appétit d'ogre, mes mains sont sûres d'elles et écartent tes fesses
pour permettre à ma bouche de te bouffer le cul, entre autres zones érogènes, et intimes,
aussi sensibles que savoureuses, quand j'aime tout de ce qui fait ton être et de ce qui t'anime,
que je lèche, que je lime, que j'étreins, que je palpe, que je suce, que je mange, que j'essore,
avant de t'arroser d'un foutre immaculé. Who cares ? Je te désire. Je t'appartiens.
Et ton plaisir est ma seule jouissance. Au mélange des substances. Des essences. Essentielles.

Ta salive sur ma queue. Sur mon gland. Dans ma bouche. Sur mes joues mal rasées.
Ma seule politique. Ma seule liberté. L'abandon consenti. La seule correspondance.
Et mon entièreté. Puisque je ne suis moi qu'encastré dans ton corps, emboîté dans ton antre,
épousant ton relief et blotti en ton sein, dans le creux de ton cou, de tes bras, de tes jambes,
entre tes lèvres épaisses, mes cheveux dans les tiens, et mon coeur à ton torse.
Je caresse. Ce qui est tant aimé. Ce qui me fait du bien. Je caresse le cuir et la soie.

Le coton et l'écorce. De ce qui te protège comme pour le remercier.
Who cares ? Quand c'est ma vie privée. Qu'elle se résume ici à ta seule personne.
Qui me porte, où que j'aille, avec un sentiment d'invincibilité.
Tu es la volupté. La bonté de ce monde. Sa beauté. Sa pureté. Tout ce en quoi je crois.
Ce qui vaut d'être vu, d'être pris et vécu. Ce qui écarte à jamais l'idée-même de regret.
Je mise tout de moi. Tant pis si je me trompe. Tapis. Et ce sans hésiter.
Puisque si je me plante, je n'aurai qu'à mourir. L'expérience suivante.
Who cares ? Quand je n'ai rien à perdre. Quand je n'ai rien à craindre.
L'absolu n'a d'égale que l'infini. Peut-être l'éternité. Et autres absurdités.
Auxquelles tu donnes un sens.

Je remonte les travées du Palais des Congrès. Je traverse le hall.
Mes chaussures sont usées. Moi qui vis sous le seuil de pauvreté.
Plus riche que les riches. Les puissants vaniteux qui ne règnent sur rien.

Avoir ne vaut pas faire. Avoir ne vaut pas être. Je sors du bâtiment griller ma cigarette.
Je suis riche et puissant de ne plus rien avoir. De ne rien posséder. Pas même toi.
Qui ne m'appartiens pas. Mon pouvoir, c'est savoir. Savoir que tu existes.
Et que je suis vivant. Intensément. Eperdument. Sans terres et sans enfants.
Sans fortune et sans gloire. Armé de ma seule conscience d'être. Entier.

Je souris aux fontaines, aux platanes, aux immeubles paisibles au tour du crépuscule.
J'ai parcouru le monde pour arriver à toi. J'ai vécu bien des vies avant de pouvoir naître.
Il m'a fallu mourir. Et c'est un prix modique. Pour connaître la paix de la confiance en soi.
Who cares ? Chacun fait ce qu'il peut. Et je ne garderai pas pour moi cette révélation.
Nous avons toutes les chances. On fait ce que l'on veut. Nous sommes libres. Libres.
Y compris de penser que nous ne le sommes pas. Y compris de le croire.
Mais, nous, vivants, nous sommes libres. Toi. Mon amour. Et vous qui me lisez.
Je ne veux pas convaincre. Je veux juste partager. Un bonheur trop grand pour moi.
Celui de te connaître. Et celui de t'aimer. Que je suis trop petit pour tout en contenir.
Who cares ? Je respire ma ville. Electrique. Survoltée. Et je t'ai dans la peau.
Il faudra me la faire pour t'arracher à moi. Mais comme je me déborde,
il restera les mots.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Lagarce

Publié le

J'y étais déjà allé quelquefois.
Un lieu où mon ami Olivier aimait programmer ses artistes.
Ses créatures. Misia. Diane Dufresne. Qui d'autre ?...

Je sors du métro à la station La Chapelle. La ligne 2. Aérienne.
Il fallait survoler la large fosse rayée des voies ferrées de la Gare du Nord.
Le grincement pénible de tout le métal des wagons cahotants sur le viaduc.
Je saute sur le quai et laisse la sonnerie des portes automatiques derrière moi.
Indifférent. Je m'engouffre dans les escaliers pour descendre sur la chaussée.
L'odeur de Paris dans la gorge. Cette sensation d'avoir encore les mains sales.
Au passage clouté, je regarde l'immeuble de l'autre côté de la rue du Faubourg St-Denis.
Un immeuble d'angle, haussmannien, comme des milliers d'autres dans cette ville.
Qui pourrait imaginer ce qui se cache derrière ces façades ?
Quelques lettres rouges au-dessus de la porte centrale composent le mot théâtre.

Mais elles sont si discrètes et modestes qu'on passerait cent fois devant sans les voir.
Sur la rue, les étages habités déroulent leurs rangs ordinaires de fenêtres d'appartements,
et bien des Parisiens ignorent qu'entre les trois ailes du bâtiment, planqué à l'intérieur,
un étrange tambour reçoit des spectateurs troublés par ses airs de panthéon romain.

Je traverse et j'ai hâte de me montrer. Dans le hall comme dans le café à gauche,
qui tient lieu de foyer, un endroit sympathique où j'aimais prendre un verre.
A droite, qu'était-ce ? La billetterie. Oui. J'y vais retirer mon invitation au contrôle.

Music-Hall. Jean-Luc Lagarce. Décidément. Qu'ont-ils, tous, avec cet auteur ?
Pour moi, cela commençait à faire beaucoup. Ou trop pour être honnête.
Je vais au bar. Jeter un œil. Et je ressors très vite fumer une cigarette.

Ce jour-là, je suis seul. Cela pouvait arriver. Ni Arnaud, ni Gary.
Lorsqu'ils assuraient habituellement le rôle de l'accompagnateur.
Si ce n'était pas l'un, c'était l'autre. Les invitations. Pour deux personnes.
Moi, célibataire. J'en faisais profiter mes amis quand ça les intéressait.
Quand ils étaient disponibles. Jean-Luc Lagarce. Ok.
Je fumais devant la porte des Bouffes du Nord.

Je vis encore à quelques stations. La ligne 2. Et j'ai le choix.
Je peux sortir à Anvers, Pigalle, Blanche ou Place de Clichy selon l'humeur.
Changer à Pigalle ou Place de Clichy si j'ai la flemme de marcher ou s'il fait froid.

La rue du Square Carpeaux. Son pavé. Son parquet. Mon bureau.
Michel est ailleurs. Sorti de ma vie. Nous n'y vivons plus ensemble.
Nous sommes en 2009 ? Oui. Ce doit être ça. Début 2009.
J'ai regardé. Ecouté. Applaudi. Je me suis levé et suis sorti de la salle.
J'ai envoyé un texto. On est venu me chercher. Dans le café au rez-de-chaussée.
Qui tenait lieu de foyer. Une petite porte dérobée. Un escalier. Passage secret.
Et me voici dans une cave, affalé sur un canapé au milieu d'un tapis de tapis persans.
Je fume. A côté de moi, Fanny Ardant. Qui fume aussi.
Et je me rends compte sans m'en épouvanter que je n'ai rien à lui dire.
Nous avons échangé. Le strict minimum. Je n'en éprouve aucune panique.
Cécile est là. Lambert aussi. L'un et l'autre justifient ma présence.
Je n'ai pas le courage de chercher quelque chose de drôle à lui dire.
D'autant que je n'ai aucune idée de ce qui fait rire Fanny Ardant.

Je devrais penser à François Truffaut. Je pense à Vincent Delerm.
Je suis absent. Lambert le sent. Il ne s'en offusque pas. Ne me le reproche pas.
Il s'en fout. Depuis longtemps. Et je ne sais plus trop ce qui nous lie.
Je parle avec Cécile. Ai-je pu dire du bien de Lagarce ? Le fallait-il ?...
Oui. J'ai dû trouver quelque chose de positif à servir, à mettre en avant.

Il fallait bien que quelque chose m'ait plu ou que quelque chose ait pu plaire.
C'était d'ailleurs le plus important. Que ce spectacle ait pu plaire au public.
On se foutait bien de ce que je pouvais en penser quand je n'en pensais rien.
Je ne partageais pas avec les homosexuels de passions particulières pour les divas.
Sheila ? La Callas ? Dalida ? Romy Schneider ? Mylène Farmer ? Rien à battre.
Elizabeth Taylor ? Madonna ? Joséphine Baker ? Barbara ? Joan Collins ? Rien à foutre.
C'était bon pour Sarah Bernhardt comme pour Fanny Ardant. Aucune hystérie.
J'aimais leur travail. Je les respectais. Les admirais parfois.
Je n'avais pas envie d'être elles. Ni de le devenir.
Je ne m'identifiais pas.

Je n'ai pas retrouvé l'article. Puisque j'avais tout de même écrit une critique.
Quelque chose de gentil. J'y avais mis des formes. Pour partager une vision.
Aller dans le sens de ce qu'avait imaginé le metteur en scène.

Expliquer à ma façon ce qu'il avait voulu faire. Ce qu'il avait réussi.
Evidemment, le théâtre servait dans tous les cas. Ces Bouffes du Nord. Spectaculaires.
Il était difficile d'ennuyer le public dans un tel lieu.
A moins d'employer tous ses efforts pour y parvenir.
Ce n'était pas le cas. L'équipe ne se moquait pas du monde.
C'est ce que j'ai retenu. Quand j'ai oublié tout le reste.
Le métro aérien remonte les boulevards jusqu'à la Place de Clichy.
Quand j'aime traverser la passerelle enjambant le cimetière.
Un itinéraire que j'ai usé à force de chaussures et de semelles.
J'ai un studio au bout d'une rue où je retrouverai mon lit et mon clavier.
Je flottais dans un pull-over beaucoup trop grand pour moi.
Paris n'était pas à ma taille. Ou bien avais-je fini par m'en persuader.
Je m'y perdais. Et n'avais pas besoin d'y exister.
Quand j'y existais à peine.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Deux amis

Publié le

Mozzarella. Huile d'olive. Olives noires.
Dénoyautées. Au soleil de la place de la République.
Je ne suis pas homme à femmes. Je ne suis fait que d'amitiés.

Qu'il est bon de déjeuner en bonne compagnie.
Avec de bons compagnons d'armes.
J'ai un frère de sang. Et deux de lait.
Mozzarella. Jambon de Parme.
C'est le soleil que j'ai mangé.
J'ai un ami de longue date. L'autre que je viens de rencontrer.

Et s'ils m'entourent, l'un à main gauche, l'autre à main droite,
il me fallait les présenter.
J'ai le théâtre dans la figure. Et son fronton auréolé.
Une salade. Et un café. Avec des mots dans le palais.

Il y a l'humour et la confiance.
Perpignan bâille et ça me plaît.
C'est si facile. C'est si léger. Partager. Rire. Et échanger.

Olives noires. Et le café.
J'ai deux amis. Frères de lait.
Et le soleil dans les voilures.

J'aime mes hommes d'amitié.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Le serions-nous ?

Publié le

Je te regarde dans les yeux. Etonné.
Tu me vois rester sans voix. Tu me vois te défier.
Tu vois dans mes yeux un mélange de tendresse, de tristesse et de colère.

Je comprends l'intention. Je sais que tu sais que je comprends l'intention.
Mais je suis révolté. Crois-tu que je sois du genre à renoncer ?...
Comment peux-tu imaginer sérieusement que je puisse vouloir renoncer ?
L'étonnement n'aura pas duré longtemps.
Le temps que la question arrive à mon cerveau, qu'il l'analyse,
qu'il se demande s'il a vraiment pu entendre ce que j'ai entendu,
et des nuages ont traversé mes pupilles, des orages s'y sont concentrés,
et je te vois observer attentivement les perturbations qui s'y jouent,
le changement de ciel, de couleur, de lumière et d'humeur.
Comment peux-tu imaginer un seul instant que je puisse vouloir jeter l'éponge ?...

Me connais-tu ? Sais-tu à qui tu as affaire ? De l'électricité crépite entre mes cils.
L'obscurité hésite entre la reconnaissance et la consternation.
Ai-je une tête à avoir des chaînes non choisies ? Ai-je une tête de victime ?
Je suis maître de mon propre navire. Je suis la liberté faite homme.

J'ai toujours choisi les gens avec qui je couche. Les gens que j'aime. Que j'abandonne.
J'ai choisi mes amours et mes amitiés. Mes prisons. Mes poisons. Mes addictions.
Tu n'exprimes rien d'autre, je le sais, que ce souhait qui est le tien de me voir heureux.

Et mes yeux te remercient à la fois de vouloir sincèrement mon bonheur,
et te fusillent de n'avoir pas compris que mon bonheur est au bout du fusil.
Oh, oui, bien sûr que ça me prend la tête. Et bien sûr que j'aime ça.

Si c'est toi qui me la prends. Je te déteste autant que j'ai envie de t'embrasser.
Tu me veux du bien. Tu veux mon bien. Tu veux m'aider.
Et cela me bouleverse. Mais mes yeux disent autre chose que merci.
Ils te défient. Est-ce là ce que tu veux ? Est-ce vraiment là ce que tu désires ?...
Crois-tu vraiment que nous serions heureux l'un sans l'autre ? Le serions-nous ?
Nous décidons que non. Et nous nous embrassons.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Janvier

Publié le

J'en veux. J'en viens.
De cette lumière froide, clinique, acier, tranchante.
De ce soleil d'hiver comme on en trouve au Québec.

J'en veux encore. Avant que le printemps ne vienne.
Céret en pleine gloire. Les ombres sur les façades nues.
De platanes sans feuillages. De platanes immenses, impavides et secs.
Sur du bleu qui me brûle les mains même au fond de mes poches.
J'en viens. Je me réchauffe. Aux rayons qui frémissent au coin d'une terrasse.
La lumière est meilleure pour prendre des photos. Meilleure qu'en été.
Que lorsqu'il fait trop chaud. Que le soleil au zénith est trop haut.
Qu'il dévore tout. Les contrastes. Les mystères. Qu'il écrase les villes.
Ici, en ce jour, il les frôle, il les rase. Il s'encline pour faire quelques effets.
J'avais consulté, fébrile, les prévisions, quotidiennement, de Météo France.
Choisi la date. Avec le trac au ventre. Entre passages nuageux et averses.
Ils annonçaient du beau fixe pour ce dernier jour de janvier.
Qui était mon dernier jour de chance.
J'ai promis ces photos. Le ciel est avec moi. Et avec mon esprit.
Je traverse Perpignan en trottant, courant presque,
pour la gare routière où je prendrais un bus, n'ayant pas de voiture.
Contre la coque colorée du Centre del Mon, des dizaines de quais.
Un chauffeur que je salue. A qui je paie ma place.
L'autocar dans ses éructations s'ébranle pour dériver.
S'élance sur la route. M'arrache à Perpignan.
J'ai envie de pleurer. Je ne sais pas pourquoi. La journée est superbe.
Le Canigou somptueux. Trônant dans nos fenêtres. La plaine du Roussillon.
Qui m'échappe. Me caresse. Et j'en veux. Et j'en viens.
A la vitesse molle d'une allure de rien.

Le soleil sur la neige. La neige sur les sommets.
Au-delà de nos vignes. Au-delà des clochers.
Nos montagnes sont bleues et de blanc dévorées.

Le lieu où je vais est un autre pays. Celui du Vallespir.
Où j'ai été reçu la semaine passée. Et j'en veux. J'y reviens.
Pour prendre mes photos. Une journée sans pluie.
J'avais promis. Et j'y retourne. Céret, me revoici.
Je descends cette fois au tout premier arrêt.
Je veux prendre les ponts. Je veux prendre les trois.
Ces trois ponts délirants. Côte à côte. Sur le Tech.
Et me voici à pied seul au bord de la route. Je marche le cœur léger.
Vers l'arche fantastique qui franchit la rivière au bon vouloir du diable.
Construction médiévale. Et sa modernité. Qui m'ensorcelle et me fascine.
La campagne est paisible. Presque fumante. S'étirant à midi.
Et je sais déjà que je vais carburer, que j'aurai ce que je suis venu chercher.
Le village, plus bas, sommeille sur ses ravines, épouse des collines,

sur le flanc des Albères qui s'enfuient vers la mer.
La lumière. J'en veux. Me fait étreindre l'air que je sens sur la peau,
chaud et froid à la fois, comme aux jours de soleil qui s'invitent en hiver.
Le pont du chemin de fer. J'aime cette architecture. Industrielle.
D'une révolution. Les halles des marchés comme les halles de gares.

Dans les vallées, ce que l'on nomme si justement ouvrages d'art.
Pour conduire des trains au-delà des obstacles, au bout de nos délires.
Le pont du chemin de fer se reflète dans l'eau comme le Pont du Diable.
Et je suis comme un gosse. Je mitraille. Je panique. Je m'arrête.
Tout est trop beau. Partout. Et je ne sais où donner de la tête.
Je descends des sentiers pour m'approcher de l'eau.
Passer sous les jupes. Sous les arcs. Cherchant de nouveaux angles.
Aveuglé par le jeu du soleil et des flots.

Dans la nature heureuse, j'ai pu passer ma main
sur les aberrations dues à la main de l'Homme.
Fou de joie à la débauche démente de choses belles à voir,

à ce point de rencontre de tant d'intelligences.
J'essaie de tout saisir. De tout retenir. Je veux tout.
Et je m'épuise comme aux fins des orgasmes.
Vidé de moi-même. Je m'éloigne du fleuve pour aller au village.
Des maisons s'éparpillent sur de fausses falaises. Et j'avance.
Dans les rues où l'urbain se réveille. La ville se densifie.
Les mimosas qui osent tant de jaune et de vert aux jardins suspendus.
Et j'ai hâte d'arriver aux cours qui servent de boulevards pour y prendre un café.
Je suis un mauvais peintre. Mais je prends des photos.
Pas pour faire du beau mais pour faire exister.

C'est ce que je veux faire. Saisir et faire rester.
Baiser la gueule au temps. Lui arracher l'instant.
Fixer ce qui a été. L'empêcher de vieillir. L'empêcher de mourir.
C'est avec cette rage que je prends mes clichés. J'aimerais tout garder.
Ma progression est lente quand je suis ralenti par tout ce qu'il faut prendre.
Puisqu'aux rues que je monte, la République, St-Ferréol, le soleil rend aimables
de longs alignements de façades modestes aux couleurs sublimées.
C'est doux et c'est violent. Comme l'homme sait l'être. Tout comme ce pays.
Qui vous aime et vous mord, vous veut et vous insulte.
J'aimerais être en terrasse. Profiter du soleil. Et ne penser à rien.
Mais je suis arrêté tous les trois pas peut-être par un nouveau tableau
qu'il me faut honorer, qu'il me faut encadrer dans mon petit smartphone.
Une contrée de liège, de pierre et de fagots, de cerisiers qui saignent,
comme au sang des taureaux, d'exilés pathétiques. Sardanes et Flamenco.
Et tout devient ivresse. Quand je sens le passé qui me tire vers le haut.
Au soleil irréel d'un hiver qui s'amuse.

De l'Espagne qui s'agrippe. J'en veux. J'en viens.
Quand des Républicains mêlés aux Catalans savent faire un seul peuple.
Si moi, je suis un traître, quand je ne suis ni l'un, ni l'autre, je le crains,

je deviens l'un et l'autre pour être ce que j'aime lorsque j'aime les deux.
Je marche vers le ciel. Je marche sous du bleu. D'une pureté criante.
Elle me hurle une essence qui vient me diluer comme un amas de gouache.
Je m'étale aux trottoirs parmi de longues ombres qui rampent avec moi,
celles de vieux platanes dessinés sur l'allée comme autant de panaches.
Je retrouve le Musée. L'effet de la courbure d'un canyon merveilleux.
Où se promènent toujours quelques jeunes, quelques vieux,

et une foule de fantômes.
Et des morts m'accompagnent, avec tous les absents,
qui m'escortent partout où je me sens heureux.
La mère qui n'est plus comme l'homme que j'aime.
Les amis qui ne sont pas si loin et ceux que j'ai perdus.
Je ronronne en hiver aux marches de mes terres, Catalogne ou Castille,
quand je suis un bâtard ou fils des ennemis criblé de banderilles.
Le café est servi. Je le prends avec toi. J'en aime l'amertume.
Au soleil qui s'incline, qui décline, même aux jours qui s'allongent.
Il me faut faire vite. Je n'ai qu'une heure ou deux.
C'était la bonne date pour croquer dans Céret.
Mes croquis de pixels. La Douleur de Maillol. La fontaine des neuf jets.
Aux lumières d'été qui se pensent hivernales. Aux lumières du froid.
A celles des frontières. Et celles des Pyrénées.
Aux lumières de chaleurs en Méditerranée.
J'en veux. J'en viens.
Janvier. 

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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Confession

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Non seulement je suis croyant,
mais je crois que Dieu se fout éperdument de ma sexualité.

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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Le temps de l'être

Publié le

C'est bizarre. Quand j'y pense. Vraiment. Tout ça est bizarre.
Il fait nuit. Il pleut. Il tombe de l'eau du ciel.
Bien sûr, je sais. L'attraction terrestre. On m'a expliqué.
Je suis au courant. L'eau ne peut pas partir dans tous les sens.
Je suis d'accord. Donc, elle tombe du ciel vers le sol. Avant de s'évaporer.
Mais l'eau, déjà, rien que l'eau, quand on y pense... c'est bizarre.
L'humeur. Une autre chose que l'on peut m'expliquer. Que je ne comprends pas.
Nous sommes fin janvier. Il fait nuit. Il pleut. Je suis seul. Dans mon lit.
Et l'humeur... Comment est-ce possible ? Je suis heureux.
Je le sens dans ma gorge. Dans ma tête. Dans ma poitrine. Dans mes membres.
Je sens, je sais que je suis heureux. Et je n'en reviens pas.
Et je n'en finis pas de trouver ça bizarre.
L'humeur, comme l'eau. Qui tombe. Qui s'évapore. Un cycle.
La nuit d'avant, j'aurais voulu me suicider.
Cette nuit, je suis heureux de ne l'avoir pas fait.
Et je suis bien. Aussi vrai que j'étais mal. Aussi intensément que j'étais mal.
J'ai même cette intuition que je me sens d'autant plus bien que j'ai été mal.
Que cette nuit d'horreur, celle d'avant, a participé à mon bonheur présent.
C'est bizarre. De se sentir bien. De se sentir mal. De se sentir.
J'aime la nuit. J'aime la pluie. J'aime la fin janvier. J'aime l'hiver et ma ville.
J'aime les gens. Oh oui. Je les aime. Même les cons. Les furieux. Les violents.
Je les aime tous. Même les moins aimables. Ils font partie de moi.
Un cycle. On pleut. On s'évapore. Rien ne se perd, rien ne se crée.
Tout se transforme.
Je suis amoureux. Au-delà de l'amour. Amoureux de tout.
De la pluie. De la nuit. De ma ville. De l'hiver qui s'en va.
Je le sens dans mes bras. Dans ma gorge. Dans ma tête.
Je suis heureux d'être là.

Je crois savoir ce que c'est. Ce bonheur. Là. Tout de suite.
Je suis dans mon lit comme dans un bain. Tranquille. Serein. Olympien.
Je sais ce que c'est. Mon impatience ! Voilà. L'impatience s'est tue.

Cette impatience, tyrannique, qui a fini par fermer sa gueule.
Le bien que ça fait. Si vous saviez. Ce que c'est bon...
Elle a fini par lâcher prise, par s'épuiser, par me lâcher la grappe. Me foutre la paix.
Voilà. La paix. Je suis dans la baignoire de mon lit. J'existe. Ici. Right now.
Et j'ai confiance en tout. En moi. En toi. En nous. En eux. En la vie.
Je n'ai rien fumé. Je n'ai rien gagné. Je n'ai rien perdu. J'écoute la pluie.
Le bruit qu'elle fait. Au silence de la rue. Rien qu'elle. Rien que la pluie.
J'en pleurerais. Tellement c'est beau. Tellement c'est doux. Envoûtant et sexy.
La pluie qui pleure. Qui m'éclabousse. Sans m'agacer. Je la reçois. Avec plaisir.
Avec tendresse. Quand elle n'empêche rien. Alors qu'elle me caresse.
Le désir alors n'est plus une frustration. Le désir devient une promesse.
Et s'il n'est plus une torture, il devient quelque chose de solaire aussi fou que l'espoir.
Le désir dont mon corps est capable ne le malmène plus, n'est plus une souffrance.
Le désir que je porte devient aussi bienfaisant que la pluie. Aussi doux. Aussi beau.

Et ce n'est plus l'enclume qui m'accable, mais la clé d'une geôle pour ma libération.
Je ne suis pas pressé. Je suis libre. Et cette liberté à l'instant ne provoque aucune panique.
Au contraire. Je l'embrasse. Avec vous. Ceux qui me lisent et ceux qui ne me lisent pas.
Ceux qui m'aiment et ceux qui ne m'aiment pas. Je suis libre. Vivant. Heureux.
Parce que je prends mon temps.

Je prends le temps de l'être.
Tout va bien. Le reste peut attendre.
On meurt bien assez tôt.

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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On trouve dans la presse locale de grandes leçons de journalisme.
D'ailleurs, il ne s'agit pas vraiment de presse, et je pense que les personnes que je vise,
sans jugement de valeur, assumeraient aussi bien le statut de blogueurs, plus approprié.

Ce statut est bien commode, puisqu'il permet ce que l'on voit proliférer sur internet,
depuis longtemps, un phénomène auquel je participe d'ailleurs à ma façon en écrivant ici.
Internet et les réseaux sociaux permettent le développement de faiseurs d'opinion
avec une efficacité redoutable, une vitesse de réaction formidable,
qui contournent les rédactions - et codes déontologiques associés - des journaux classiques.
Et j'invite tout le monde à faire tout de même la nuance, entre la presse écrite, qui subsiste,
et ces blogs qui n'ont pas toujours la même rigueur, concernant par exemple les vérifications.
Je sais qu'hélas même les journaux de référence français perdent de leur crédibilité,
lorsqu'ils essaient d'être à la page, d'être présents, de ne pas se laisser dépasser,
et l'on voit bien que, à la course, le niveau d'exigence s'est effondré en vingt ans,
comme dans tous les grands médias, mais il demeure, quelle que soit la ligne éditoriale,
des rédactions et des journalistes formés qui ont l'habitude de recouper leurs informations.
Si la presse traditionnelle a été doublée par cette vague extraordinaire de blogs,
et autant de journalistes autoproclamés, ces derniers sont doublés à leur tour
par Facebook et Twitter où toute personne connectée peut les prendre de vitesse.
Et l'on voit bien, surtout dans une période de stress pré-électoral,
que tout le monde est dans la surenchère pour accrocher l'audience et exister.
Si nous pouvons nous réjouir de l'autonomie du citoyen acquise par le biais d'internet,
où le citoyen connecté a la liberté de se procurer l'information où il veut et quand il veut,
la liberté d'être informé en temps réel, comme celle, aussi essentielle, de s'exprimer lui-même,
de réagir, de commenter, de donner son avis sans même attendre d'être consulté,
il s'est opéré un basculement des fonctions dans la chaîne du relais de l'information,
lorsque c'est au citoyen lui-même qu'il revient finalement de vérifier et de recouper
ce qu'il peut absorber ou pas comme réalité de faits.

Je ne peux pas regretter le temps où la télévision reine, avec une ou deux chaînes,
donnait la becquée d'une information officielle à toute une population
qui n'avait pas les moyens techniques d'y échapper.

Je ne peux pas regretter le temps où il était aisé d'installer censure et propagande
dans cette organisation où une élite maîtrisait tous les flux de l'information.
Je me suis réjoui à l'explosion des bouquets de chaînes par le réseau satellitaire,
et par le numérique, à l'accès possible aux médias étrangers, puisque nous pouvions
échapper enfin aux seules messes du 20 heures de TF1 ou Antenne 2. Voir autre chose.
Sauf qu'à la multiplication de l'offre, le citoyen/consommateur ne peut jouir de sa liberté
qu'à la maîtrise du libre arbitre, puisque cette nouvelle liberté, comme toutes les autres,
lui impose une responsabilité, celle de décider tout seul pour lui-même.
Pour l'audiovisuel comme la presse écrite, désormais, avec internet, nous sommes encore
au-delà de la multiplication, nous sommes dans un Big Bang où tout fut pulvérisé.
Ainsi, chacun de nous est seul face à des milliards d'informations qui nous assaillent,
hiérarchisées ici ou là sur les quelques grands médias qui résistent tant bien que mal.
Nous ne sommes pas tous devenus journalistes malgré nous, seulement au pouvoir

que nous avons de diffuser nous-mêmes une information via Facebook ou Twitter,
nous le sommes devenus aussi quand c'est à nous de dégrossir l'information reçue,
quand c'est à nous, à la réception, de la vérifier et de la hiérarchiser.
C'est une responsabilité nouvelle puisque c'est une liberté nouvelle.
C'est une responsabilité nouvelle. Dont nous n'avons pas toujours conscience.

Mais c'en est une, puisque nous sommes tous devenus les relais actifs de l'info.
Nous l'étions déjà en conversant entre nous dans nos quartiers, au marché,
à la sortie de l'école ou dans les repas de famille, bien entendu.
Le bouche à oreille suffisait, bien avant internet, à répandre des informations,
vraies ou fausses, quand les bouches et les oreilles humaines suffisent en effet
à colporter et répandre des rumeurs, même sans l'aide de technologies.
Mais l'abondance des données et leur vitesse de propagation aujourd'hui sont telles,
qu'il est d'autant plus difficile pour le citoyen de pouvoir se faire une idée par lui-même.

Les élites dépossédées ont pu garder la main en profitant de cette confusion,
lorsque, précisément, à la masse de ce qui circule sur les réseaux sociaux,
le journal télévisé de France-Télévision peut apparaître comme un phare salutaire.

Un moyen de recadrer, réorganiser les choses, même de façon désormais rétrospective.
Les grands médias ne nous annoncent plus les évènements,
mais ils nous permettent de les remettre dans un ordre qui, bien qu'arbitraire, en est un,
en en faisant une lecture de l'actualité qui demeure celle de notre communauté.
Le média national est encore, même si moins audible, celui qui donne la vision du monde
d'un territoire et d'une nation, auxquels nous appartenons toujours, physiquement,
qu'on le veuille ou non, qu'on y adhère ou pas, et ce, avec ou sans internet.
Ce pourquoi, si nous, citoyens, avons une responsabilité plus grande,
à devoir vérifier par nous-mêmes les informations collectées sur nos smartphones,
les journalistes professionnels doivent aussi résister à la précipitation du temps,
doivent aussi prendre le temps, et l'avoir en somme, de recouper l'information,
au lieu de copier-coller des contenus entiers de Wikipedia pour faire vite.
Pour les blogueurs, aussi, dans cette tranche intermédiaire qu'ils occupent,

depuis dix ans, entre les grands médias et la population, il y a une responsabilité.
Puisque écrire et être lu nous en donne une.
Mais je ne suis pas là pour ajouter des leçons de journalisme à des leçons de journalisme.
Je suis là pour dire que nous tous, où que nous soyons, rédacteur en chef ou citoyen,

présentateur du JT ou simple internaute, nous sommes tous acteurs désormais et donc
coresponsables de la transmission de l'information, et que nous devons être scrupuleux,
prudents, avec de telles données dans les mains parfois aussi puissantes que des bombes.
Des effets de buzz peuvent détruire des vies, réduire des carrières et des familles à néant,
peuvent faire monter des tensions, pousser au conflit, à l'affrontement, et j'en passe.
L'information n'est pas un bien de consommation. Cela doit se manier avec précautions.
Quand le savoir, pour le meilleur comme pour le pire, est l'arme la plus redoutable de toutes.
Ecrire, poster, relayer, transmettre, partager, diffuser, n'est pas sans conséquences.
Et même avec le format court d'un twitt, des personnalités publiques en connaissent le prix,
il peut être bon de réfléchir à deux fois avant d'appuyer sur Publier.

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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Self-service

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C'est fou tous les scrupules
dont le selfie nous débarrasse.

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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Pourvu qu'elle soit toi

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Le vent s'est tu. A l'extérieur. Il me semble. Je tends l'oreille...
Oui, c'est ça. Ce que j'entends n'est plus que le ventilateur d'Ordi VI,
qui chauffe mes cuisses à travers la couette, puisque je l'ai pris avec moi, vous savez bien,

dans ce lit-bureau où j'ai tant fait l'amour et écrit tant de textes, ce qui revient au même.
L'ordinateur portable fait un bruit régulier qui s'est installé dans ma chambre.
La tramontane a finalement décidé de fermer sa gueule. Et j'aime autant.
J'ai assez de bourrasques échevelées dans mon crâne pour qu'elle n'en rajoute pas une couche.
C'est que je ne sais plus où donner de la tête. Il faut canaliser les choses. Un job à part entière.
Assis dans mon lit, bien sûr, une seule chose arrive à m'apaiser. L'idée de l'étreinte. Intime.
Amoureuse. Dans laquelle je pourrais régresser. Me cacher. Me dissoudre.
Ces mugs ramenées d'Amérique sont assez vulgaires, j'en ai bien conscience.
Celle du show de David Letterman où je verse du café. Dans lequel je lâche un sucre.
Je suis ce sucre. Dans le café. Qui ne disparaît pas. Il se transforme. A ton contact.
Je me répands. Je t'enrichis. Je te dénature. Ma langue dans ta bouche. Je te pénètre.
Je deviens autre chose. Nous formons autre chose. Ensemble. Un monstre déconcertant.
Où j'ai la paix d'être autre chose que moi-même. Puisque je suis un peu toi. Un peu nous.
Je suis troublé. Le vent m'apporte des choses à la fois nouvelles et anciennes.
Des sensations que je suis heureux de retrouver. Mais je dois faire le tri. Ranger.
Eparpillé. Je dois me regrouper. Reconstituer le sac de billes que je crois être.
Je pars dans tous les sens. Je commence mille choses. Je dois me concentrer.
Sur le filtre de ma clope, j'inspire tout ce que j'ai laissé déborder et m'échapper peut-être.
A la fraise qui scintille au papier consumé, j'avale tout Perpignan et les choses à y faire,
les hommes que j'ai aimés, les amis négligés, les projets pour l'Europe et les mots, diaboliques,
qui auraient pu convaincre, convaincre et rassembler, tout ce qu'il faudrait faire, mon amour,
pour arranger les choses, améliorer le monde, le transmettre meilleur à ceux qui arrivent,
pour pouvoir mourir avec quelque chose de digne, un sourire satisfait, victorieux,
celui, fantastique, hors de prix, des missions accomplies.
T'ai-je dit combien je peux être amoureux ?...

J'écrase ma cigarette avec le constat d'une chance.
Les gens que je rencontre, encore et encore, à quarante ans, sont décidément aimables.
Et cela m'oblige. Davantage. Toujours plus. A aller piocher dans mes tripes et mon crâne.

A piocher pour aller chercher le meilleur de moi-même.
Je sais qu'écrire ne sert jamais à rien. Moi qui n'aime pas lire. D'autres aiment ça pour moi.
Je ne m'agite pas. Je ne cours pas comme un canard décapité dans la cour de la ferme.
Je sais exactement ce que je fais. Je cherche à donner le meilleur de moi-même.
Qu'en ferais-je pour moi ? Je suis un sucre. Qui n'a pas vocation à être montagne de sucre.
Je dois trouver ma tasse et me fondre dedans. Que faisons-nous d'autre en mourant ?
La chair se décompose. Nous nourrissons la terre pour la rendre fertile.
Mort ou vif, c'est la même logique. On n'est rien en soi. On n'est qu'en se mélangeant.
Comme je ne suis qu'avec toi. Je ne peux être qu'avec toi. Que j'aime plus que tout.
Toi, le lieu où je deviens quelque chose d'acceptable à mes yeux.
Le lieu auquel je participe et me donne une essence. Je sers à quelque chose.
Je sers à t'aimer, et je suis fou de joie, quand on se valorise à s'oublier enfin.
J'existe pour te dire combien tu es unique, combien j'ai envie ou bien besoin de toi.
J'existe pour te donner une valeur qui m'en donne au passage. Et c'est opportuniste.
Quand nous sommes, à nous deux, deux êtres d'exception qui insultons la mort.
Dans les yeux l'un de l'autre. Tu me donnes un regard qui, grandi dans le mien,
te revient décuplé, et tu renvoies la balle qui a triplé de volume et je te la retourne,
l'émotion redoublée, le désir renchéri, et la boule de neige nous porte encore plus haut,
pour nous ensevelir, aux montagnes d'attraction qui captivent et libèrent à la fois.
Je sers à t'aimer, et je suis fou de toi.

Ordi VI ne me chauffe que les cuisses.
Mon sexe est au repos. Je n'ai pas le goût de me masturber.
J'ai envie d'un câlin. J'ai envie de dormir. Ou bien de respirer.

Quel bonheur de pouvoir s'endormir contre l'autre.
Saurai-je encore comment on fait ?...
Est-ce que je ne respire pas trop fort ? Est-ce que mon coude te fait mal ?...
Est-ce que je ne t'écrase pas ? La poitrine ? Le ventre ? Je vais sans doute ronfler.
Et ce sera atroce. Je vais te déranger et tu vas me maudire. Sais-je comment on fait ?
S'endormir avec toi. L'esprit serein. Sans panique. Au cœur de l'univers. L'origine et la fin.
Deux âmes pures qui hibernent ensemble. Le sucre et le café. Enlacés. Mélangés.
Faire des enfants ne remplace pas ça. Faire autre chose que nous n'est pas nous.
Ce sont les enfants que nous sommes qui m'animent, qui m'inspirent, que je veux consoler.
Je me fous du mélange des gènes, de la chair et du sang, qui accouche d'autres êtres,
ce qui m'intéresse, c'est ce que je suis avec eux, avec toi, avec d'autres, ce que je deviens,
quand je n'ai pas d'énergie à la séparation, que je n'en trouve qu'à ce qui fédère et fusionne.
Je me fous du matos génétique, le partage est ailleurs, et c'est ce qui enrichit.
J'ai déjà des enfants à tout ce que j'enseigne, à tout ce que je donne, et ce que je transmets.
Je suis déjà parent, oncle et petit frère, parrain, meilleur ami, amant et camarade.
J'aime la responsabilité quand tout cela m'engage. Quand ça me mobilise.
Etre un père géniteur me ferait une fois mort une sacrée belle jambe.
Quand mon nom ne vaut rien, quand je n'ai aucun bien et aucun patrimoine matériel.
Je veux être unique pour toi. A ce moment précis où nous sommes ensemble.
Ce moment où l'idée-même de mourir me fait une belle jambe.
Je sais, contre toi, avec toi, que je suis hors du temps, rendu inatteignable,
puisque je deviens nous, que je ne peux souffrir, que je ne peux plus m'éteindre.
Un câlin. Et voilà que je suis la ville. La forêt. Et la nuit. Et la mer.
Je deviens plus que toi, l'autre moitié du monde.

Je tends l'oreille. Il n'y a plus rien. Le vent s'est tu.
Mais la vie a tant de ressources. Vois-tu. Même quand il n'y a plus rien.
Le silence n'est apparu qu'à la disparition de quelque chose d'envahissant.

La tramontane. En s'enfuyant. En se taisant. Me permet d'entendre autre chose.
Qui n'est pas du silence. Le souffle de l'ordi. Ce ventilateur. Dont le bruit s'épaissit.
Il monte. Le long de mes doigts. Mes poignets. Mes avant-bras. Dans ma poitrine.
Il ronronne dans ma cage thoracique. Et c'est une caresse.
Elle est d'autant plus plaisante que c'est à toi que je pense. Et ça, ça fait du bruit.
Au silence de la rue. Au silence de la nuit. Mes doigts qui pianotent sur le clavier.
Combien je pense à toi. Combien je n'aime que toi.
Je ferme les yeux. Tu viens t'asseoir sur moi. Me prendre le visage. Entre tes mains.
Je sens ton souffle. Sur ma bouche. Les yeux fermés. Je te laisse faire.
Je sens ta chaleur. Ton désir. Et ta reconnaissance. Et bien des paradoxes.
Qui n'en sont pas vraiment. C'est sexuel et c'est chaste. Maternel et lascif. Masculin. Féminin.
Quelque chose de pur et de libidineux. D'amical. D'amoureux. Quand c'est tout à la fois.
Le bonheur. Le chagrin. La douceur. La violence. La paix et la panique. L'ordre et le chaos.

Tu portes l'univers au baiser que tu donnes. Dans une combinaison que je peux reconnaître.
Les paumes de tes mains. Le contact de ta peau. Ton parfum. Intime, familier, toujours étrange.
Qui m'enveloppent de tout le bien dont la vie est capable.
Et c'est un amour plus fort encore que celui de ma mère.
Puisqu'au-delà du bien que tu peux me souhaiter, il t'est permis de m'en faire.

Et c'est avec toi que je m'endors en rêvant que je meurs doucement et heureux.
Que je descends en terre où je peux me dissoudre, comme un morceau de sucre,
pourvu qu'elle soit toi.

 

Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan

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