Dans la peau
Ok, je vais boire un verre. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Je peux rejoindre ce voisin. Historien. Qui est de bonne compagnie.
Qui est de bonne composition. Dont j'apprécie la conversation.
Je ne prends pas garde à ma présentation. Je n'ai pas l'intention de séduire.
Who cares ? Je t'ai dans la peau. Sous ma barbe anarchique. Mes cheveux en pétard.
Mon caban de clochard. Que j'enfile en vitesse. Cette ruine de Ralph Lauren.
Il sonne. Je descends. On plaisante. La période épuisante. Electrique. Survoltée.
La place de la cathédrale. La place de la Loge. Des gens bourrés. Que je connais.
Deux gars. Une femme. Des gens de la nuit. De bonne heure. Que mon ami connaît.
Who cares ? Je t'ai dans la tête. Je suis avec toi. Je n'ai rien à perdre.
Des fêtards. Noctambules. Je connais les garçons. L'époque où je sortais.
Où j'étais aussi bourré qu'eux. Où j'écumais les bars qu'ils écument encore.
Place de la Loge. Ils fêtent un anniversaire. Celui du plus jeune des garçons.
On va au Comptoir. On les suit. La ruelle. Arpentée mille fois dans un état second.
Nous commandons un verre. Mais nous n'avons pas le temps d'être servis.
Nos accompagnateurs ont changé d'avis. On va à la Casa Sansa. Pour dîner.
L'un d'eux annule notre commande d'un ton impérieux. Changement de programme.
La barmaid, coopérative, ne fait pas d'histoires, hoche la tête et nous laisse partir.
Who cares ? Nous suivons, amusés, le délire embrumé des comparses alcooliques.
D'autant qu'ils sont plutôt sympathiques. Nous sortons pour rentrer aussitôt.
La porte d'à côté. Le restaurant mythique. La salle fantastique de la Casa Sansa.
Nous ne resterons pas dîner. Mon ami prétexte un rendez-vous.
On nous offre un verre de rouge. On tente de nous persuader de rester.
Je découvre ce cirque. Ou je le redécouvre. Je connais tout par cœur.
Le coton de l'alcool dans la tête, dans la bouche, dans les yeux.
Je bois le verre. Tente de converser avec la dame qui est artiste.
Le plus jeune des gars, qui fête son anniversaire, est encore sexy.
Je me souviens de lui. Who cares ? Je t'ai dans la peau. Et je n'ai rien à craindre.
Mon ami sonne la fin de la récré. Car nous devons y aller. Et nous nous échappons.
Nous trouverons un refuge Chez les copains. Nous buvons un verre de vin au comptoir.
Nous parlons un peu. Il me propose d'aller dîner. Je décline l'invitation. Je vais rentrer.
J'aimerais travailler. Le deuxième verre est déjà de trop. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Je rentre et je t'aime. Je suis heureux. Et ça me tient debout comme ça me tient chaud.
Je retrouve l'amie avec qui je travaille et qui me fait confiance.
Le café au coin de St-Mathieu est devenu ma cantine, le quartier général.
Je manque de sommeil. Who cares ? Je t'ai dans la tête. Et la tête hors de l'eau,
j'arrive encore à suivre les causes et les effets, les enjeux, nos travaux.
On se quitte au bout de la rue Foch. Je vais faire des photos.
J'ai une heure devant moi. Le ciel bleu. Il fait beau. Je dois en profiter.
Cela pourra convaincre. La lumière favorable. Tout devient magnifique.
Who cares ? Je pourrais me planter. Je t'ai dans la tête. Dans ma vie. Dans ma fête.
Celle que je prépare. Qui peut être Art Déco. Tu es dans le viseur. Le cadran. Le tableau.
Le boulevard Mercader. Et je t'ai dans la peau. Je connais mon sujet.
Et je ronge mon os jusque chez un ami sur le même bateau.
J'ai une petite heure avant le débat qui agite ma ville. Who cares ? Je t'ai dans la peau.
Tu m'accompagnes rue des coquelicots. La rue des mimosas. Où tout est art-déco.
Je traverse le parc. Le Palais des Congrès. Tout Perpignan est là. Electrique. Survoltée.
Débat télévisé. J'ai été invité. Mon caban de clochard et mes chaussures usées.
Who cares ? Je n'ai rien à prouver. Je suis riche de toi. Je suis plein d'être deux.
Quand je ne suis pas seul. Ne suis pas candidat. Que je n'ai rien à perdre.
Je reconnais des gens. Des visages. Et des ex. Je connais cette ville.
J'y suis né. J'y ai grandi. Le collège. Le lycée. Et l'université.
J'y ai erré quarante ans. Ivre-mort. En détresse. Et toi qui me manquais.
Et toi que je cherchais. Dans les boîtes d'Argelès, de Collioure et Canet.
Que je cherchais plus loin, Paris, Los Angeles, Montréal, Mexico.
Les clubs barcelonais. A Toulouse. A Bordeaux. Sans trouver le repos. Je t'avais dans la peau.
Who cares ? Perpignan chaque fois fut le lieu où partir à zéro. Où mourir. Où renaître.
Celui où te trouver. Mon arbre dans la fenêtre. Où je peux m'installer et plonger mes racines.
Dans tes yeux. Dans ton corps. Le chemin chaotique m'a sauvé du chaos.
Il avait donc un sens. Puisqu'il me conduisait jusqu'à notre rencontre.
On débat sur la scène, devant sept cents personnes. Messe télévisée.
Who cares ? Je sais ce que j'ai à faire. Quoi que disent les urnes.
J'écoute, indifférent, des discours convenus sans imagination. Peu importe.
J'ai trouvé mon amour, mon destin, une paire de burnes, et l'envie de me battre.
J'ai tes grains de beauté. Tes sourcils charbonneux. Ton regard ténébreux.
Tes cils interminables. Ton sourire carnassier. Ce rictus que je vois sur la photo de classe.
Ton talent magnifique. Et je suis fier de toi. Et je n'aime que toi. Je suis fou amoureux.
J'ai ta main qui remonte l'intérieur de ta cuisse. Quand tes jambes à mon cou,
je vénère ton sexe et, autant que l'on puisse, la fusion de nos âmes qui incendie nos pupilles.
Et les yeux dans les yeux, au drap qui s'entortille aux membres enfiévrés, je m'enroule,
à ton ventre, à ta bouche, je m'encorde aux baisers, où je me régénère et peux chasser la mort.
Who cares ? Quand je n'ai rien à perdre. Pas même ta confiance. Qui honore ma patience.
Mon pari. Ma démence. Ma rage et ma constance. Ma détermination.
A mon appétit d'ogre, mes mains sont sûres d'elles et écartent tes fesses
pour permettre à ma bouche de te bouffer le cul, entre autres zones érogènes, et intimes,
aussi sensibles que savoureuses, quand j'aime tout de ce qui fait ton être et de ce qui t'anime,
que je lèche, que je lime, que j'étreins, que je palpe, que je suce, que je mange, que j'essore,
avant de t'arroser d'un foutre immaculé. Who cares ? Je te désire. Je t'appartiens.
Et ton plaisir est ma seule jouissance. Au mélange des substances. Des essences. Essentielles.
Ta salive sur ma queue. Sur mon gland. Dans ma bouche. Sur mes joues mal rasées.
Ma seule politique. Ma seule liberté. L'abandon consenti. La seule correspondance.
Et mon entièreté. Puisque je ne suis moi qu'encastré dans ton corps, emboîté dans ton antre,
épousant ton relief et blotti en ton sein, dans le creux de ton cou, de tes bras, de tes jambes,
entre tes lèvres épaisses, mes cheveux dans les tiens, et mon coeur à ton torse.
Je caresse. Ce qui est tant aimé. Ce qui me fait du bien. Je caresse le cuir et la soie.
Le coton et l'écorce. De ce qui te protège comme pour le remercier.
Who cares ? Quand c'est ma vie privée. Qu'elle se résume ici à ta seule personne.
Qui me porte, où que j'aille, avec un sentiment d'invincibilité.
Tu es la volupté. La bonté de ce monde. Sa beauté. Sa pureté. Tout ce en quoi je crois.
Ce qui vaut d'être vu, d'être pris et vécu. Ce qui écarte à jamais l'idée-même de regret.
Je mise tout de moi. Tant pis si je me trompe. Tapis. Et ce sans hésiter.
Puisque si je me plante, je n'aurai qu'à mourir. L'expérience suivante.
Who cares ? Quand je n'ai rien à perdre. Quand je n'ai rien à craindre.
L'absolu n'a d'égale que l'infini. Peut-être l'éternité. Et autres absurdités.
Auxquelles tu donnes un sens.
Je remonte les travées du Palais des Congrès. Je traverse le hall.
Mes chaussures sont usées. Moi qui vis sous le seuil de pauvreté.
Plus riche que les riches. Les puissants vaniteux qui ne règnent sur rien.
Avoir ne vaut pas faire. Avoir ne vaut pas être. Je sors du bâtiment griller ma cigarette.
Je suis riche et puissant de ne plus rien avoir. De ne rien posséder. Pas même toi.
Qui ne m'appartiens pas. Mon pouvoir, c'est savoir. Savoir que tu existes.
Et que je suis vivant. Intensément. Eperdument. Sans terres et sans enfants.
Sans fortune et sans gloire. Armé de ma seule conscience d'être. Entier.
Je souris aux fontaines, aux platanes, aux immeubles paisibles au tour du crépuscule.
J'ai parcouru le monde pour arriver à toi. J'ai vécu bien des vies avant de pouvoir naître.
Il m'a fallu mourir. Et c'est un prix modique. Pour connaître la paix de la confiance en soi.
Who cares ? Chacun fait ce qu'il peut. Et je ne garderai pas pour moi cette révélation.
Nous avons toutes les chances. On fait ce que l'on veut. Nous sommes libres. Libres.
Y compris de penser que nous ne le sommes pas. Y compris de le croire.
Mais, nous, vivants, nous sommes libres. Toi. Mon amour. Et vous qui me lisez.
Je ne veux pas convaincre. Je veux juste partager. Un bonheur trop grand pour moi.
Celui de te connaître. Et celui de t'aimer. Que je suis trop petit pour tout en contenir.
Who cares ? Je respire ma ville. Electrique. Survoltée. Et je t'ai dans la peau.
Il faudra me la faire pour t'arracher à moi. Mais comme je me déborde,
il restera les mots.
Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan
/image%2F2475272%2F20171206%2Fob_84f68f_philippe-latger.jpg)