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On trouve dans la presse locale de grandes leçons de journalisme.
D'ailleurs, il ne s'agit pas vraiment de presse, et je pense que les personnes que je vise,
sans jugement de valeur, assumeraient aussi bien le statut de blogueurs, plus approprié.
Ce statut est bien commode, puisqu'il permet ce que l'on voit proliférer sur internet,
depuis longtemps, un phénomène auquel je participe d'ailleurs à ma façon en écrivant ici.
Internet et les réseaux sociaux permettent le développement de faiseurs d'opinion
avec une efficacité redoutable, une vitesse de réaction formidable,
qui contournent les rédactions - et codes déontologiques associés - des journaux classiques.
Et j'invite tout le monde à faire tout de même la nuance, entre la presse écrite, qui subsiste,
et ces blogs qui n'ont pas toujours la même rigueur, concernant par exemple les vérifications.
Je sais qu'hélas même les journaux de référence français perdent de leur crédibilité,
lorsqu'ils essaient d'être à la page, d'être présents, de ne pas se laisser dépasser,
et l'on voit bien que, à la course, le niveau d'exigence s'est effondré en vingt ans,
comme dans tous les grands médias, mais il demeure, quelle que soit la ligne éditoriale,
des rédactions et des journalistes formés qui ont l'habitude de recouper leurs informations.
Si la presse traditionnelle a été doublée par cette vague extraordinaire de blogs,
et autant de journalistes autoproclamés, ces derniers sont doublés à leur tour
par Facebook et Twitter où toute personne connectée peut les prendre de vitesse.
Et l'on voit bien, surtout dans une période de stress pré-électoral,
que tout le monde est dans la surenchère pour accrocher l'audience et exister.
Si nous pouvons nous réjouir de l'autonomie du citoyen acquise par le biais d'internet,
où le citoyen connecté a la liberté de se procurer l'information où il veut et quand il veut,
la liberté d'être informé en temps réel, comme celle, aussi essentielle, de s'exprimer lui-même,
de réagir, de commenter, de donner son avis sans même attendre d'être consulté,
il s'est opéré un basculement des fonctions dans la chaîne du relais de l'information,
lorsque c'est au citoyen lui-même qu'il revient finalement de vérifier et de recouper
ce qu'il peut absorber ou pas comme réalité de faits.
Je ne peux pas regretter le temps où la télévision reine, avec une ou deux chaînes,
donnait la becquée d'une information officielle à toute une population
qui n'avait pas les moyens techniques d'y échapper.
Je ne peux pas regretter le temps où il était aisé d'installer censure et propagande
dans cette organisation où une élite maîtrisait tous les flux de l'information.
Je me suis réjoui à l'explosion des bouquets de chaînes par le réseau satellitaire,
et par le numérique, à l'accès possible aux médias étrangers, puisque nous pouvions
échapper enfin aux seules messes du 20 heures de TF1 ou Antenne 2. Voir autre chose.
Sauf qu'à la multiplication de l'offre, le citoyen/consommateur ne peut jouir de sa liberté
qu'à la maîtrise du libre arbitre, puisque cette nouvelle liberté, comme toutes les autres,
lui impose une responsabilité, celle de décider tout seul pour lui-même.
Pour l'audiovisuel comme la presse écrite, désormais, avec internet, nous sommes encore
au-delà de la multiplication, nous sommes dans un Big Bang où tout fut pulvérisé.
Ainsi, chacun de nous est seul face à des milliards d'informations qui nous assaillent,
hiérarchisées ici ou là sur les quelques grands médias qui résistent tant bien que mal.
Nous ne sommes pas tous devenus journalistes malgré nous, seulement au pouvoir
que nous avons de diffuser nous-mêmes une information via Facebook ou Twitter,
nous le sommes devenus aussi quand c'est à nous de dégrossir l'information reçue,
quand c'est à nous, à la réception, de la vérifier et de la hiérarchiser.
C'est une responsabilité nouvelle puisque c'est une liberté nouvelle.
C'est une responsabilité nouvelle. Dont nous n'avons pas toujours conscience.
Mais c'en est une, puisque nous sommes tous devenus les relais actifs de l'info.
Nous l'étions déjà en conversant entre nous dans nos quartiers, au marché,
à la sortie de l'école ou dans les repas de famille, bien entendu.
Le bouche à oreille suffisait, bien avant internet, à répandre des informations,
vraies ou fausses, quand les bouches et les oreilles humaines suffisent en effet
à colporter et répandre des rumeurs, même sans l'aide de technologies.
Mais l'abondance des données et leur vitesse de propagation aujourd'hui sont telles,
qu'il est d'autant plus difficile pour le citoyen de pouvoir se faire une idée par lui-même.
Les élites dépossédées ont pu garder la main en profitant de cette confusion,
lorsque, précisément, à la masse de ce qui circule sur les réseaux sociaux,
le journal télévisé de France-Télévision peut apparaître comme un phare salutaire.
Un moyen de recadrer, réorganiser les choses, même de façon désormais rétrospective.
Les grands médias ne nous annoncent plus les évènements,
mais ils nous permettent de les remettre dans un ordre qui, bien qu'arbitraire, en est un,
en en faisant une lecture de l'actualité qui demeure celle de notre communauté.
Le média national est encore, même si moins audible, celui qui donne la vision du monde
d'un territoire et d'une nation, auxquels nous appartenons toujours, physiquement,
qu'on le veuille ou non, qu'on y adhère ou pas, et ce, avec ou sans internet.
Ce pourquoi, si nous, citoyens, avons une responsabilité plus grande,
à devoir vérifier par nous-mêmes les informations collectées sur nos smartphones,
les journalistes professionnels doivent aussi résister à la précipitation du temps,
doivent aussi prendre le temps, et l'avoir en somme, de recouper l'information,
au lieu de copier-coller des contenus entiers de Wikipedia pour faire vite.
Pour les blogueurs, aussi, dans cette tranche intermédiaire qu'ils occupent,
depuis dix ans, entre les grands médias et la population, il y a une responsabilité.
Puisque écrire et être lu nous en donne une.
Mais je ne suis pas là pour ajouter des leçons de journalisme à des leçons de journalisme.
Je suis là pour dire que nous tous, où que nous soyons, rédacteur en chef ou citoyen,
présentateur du JT ou simple internaute, nous sommes tous acteurs désormais et donc
coresponsables de la transmission de l'information, et que nous devons être scrupuleux,
prudents, avec de telles données dans les mains parfois aussi puissantes que des bombes.
Des effets de buzz peuvent détruire des vies, réduire des carrières et des familles à néant,
peuvent faire monter des tensions, pousser au conflit, à l'affrontement, et j'en passe.
L'information n'est pas un bien de consommation. Cela doit se manier avec précautions.
Quand le savoir, pour le meilleur comme pour le pire, est l'arme la plus redoutable de toutes.
Ecrire, poster, relayer, transmettre, partager, diffuser, n'est pas sans conséquences.
Et même avec le format court d'un twitt, des personnalités publiques en connaissent le prix,
il peut être bon de réfléchir à deux fois avant d'appuyer sur Publier.
Philippe LATGER
Janvier 2014 à Perpignan
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