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Dernier round

Publié le

Tu te retournes une fois. Et puis deux. Et puis trois.
Sur le sentier qui m'éloigne de toi.
Posté à ma fenêtre. Au garde-fou de l'étroite façade.
Je te regarde disparaître comme à notre habitude.
Je me tiens au platane. Je me tiens au clocher. A ses échafaudages.
Il y a d'autres vies qui nous appellent et que nous ne pouvons abandonner.
Mais je ne t'abandonnerai pas. Jamais.
Dans mon peignoir noué. Je ne suis pas boxeur. Je n'ai pas la carrure.
De la fumée sort de mes naseaux. Et mes yeux sont sur toi.
Qui pars. Qui marches. Quatre fois. Cinq fois.
Nous nous reverrons. C'est ce que disent mes bras croisés.
C'est nous les patrons. C'est nous qui décidons.
Au coin de la rue. Dernier regard. Ta silhouette n'est plus. Disparue.
Etait-elle dans le champ la seconde d'avant ?
Etait-elle sous mes yeux la minute précédente ?
Etait-elle dans mes bras à l'heure qui est passée ?
Le parvis est désert. Brillant d'humidité ou d'un reste de pluie.
Le goudron luisant au brumisateur occupé à faire tomber la température.
Je suis en braises au bout des doigts. A chaque inspiration. Vestige du cratère.
Et des montées de lave. Et de trois éruptions.
Absent l'espace d'un instant, je me rends compte que je ne regarde rien.
Bras croisés dans l'encadrement de ma porte-fenêtre. Je vois la rue déserte.
La nuit orange sur la rue du Castillet, la rue Jeanne d'Arc et le cours Palmarole.
La résidence Europe encaissée au loin, dans l'ombre, derrière sa haie de palmiers,
pour boucher la perspective, où rien ne bouge et se passe.
Ton regard a glissé du mien comme ta main entre mes doigts.
Je me rends compte que je reste pour rien agrippé au platane et que je peux fermer.
Les odeurs de latex, de sperme et de gel douche s'harmonisent à merveille.
Que même le tabac ne sait dissimuler. Et j'ai celle de ta peau qui me revient intacte.
L'impression du regard qui me dit au revoir en confiance, à distance, avec une assurance
qui me donne des frissons, ou alors c'est le froid, ou alors ce sont les derniers soubresauts
d'une vague de plaisir qui ne peut effacer le regard imprimé au silence d'un repos.
Entre deux luttes, allongés côte à côte, nos yeux sont aimantés.
Agités, mouvementés, comme les ciels d'avril faits d'ombres et de lumière.
Crépitants de pluies au soleil, de percées dans les nuages emportés par le vent,
scintillants d'intensités variables, de questions, de réponses, d'informations en vrac,
de vœux, de souhaits, de prières éperdues, d'étonnements amusés et d'aveux.
Dégagé du fourreau, moi qui ne suis pas épée ne croise pas le fer.
Je croise au large dans l'océan, au creux de la tempête, quand nos corps séparés
sont encore reliés par des pupilles immenses qui se pâment et ne se lâchent guère.
Je ne suis plus en toi quand mon sexe n'y est plus et j'y reste pourtant au regard magnétique,
comme un lien invisible qui prolonge l'hymen, autour duquel tout s'enroule aussi violemment.
Tu me pénètres à ton tour pour fouiller mon histoire, visiter mon endroit et quelques vérités.
Chercher ce que je cache, découvrir que je ne cache rien, et tout sourit à cette constatation.
Appuyé sur mon coude, une tempe posée sur mon poing, j'admire et me laisse impressionner.
Le visage lové dans l'oreiller, près de moi, qui annonce les regards qui diront au revoir.
Je l'ai toujours sous mes yeux. Une fois. Deux fois. Trois fois. Jusqu'au bout de la rue.
Laisse-toi aller mon amour. Comme quand tu ris à des blagues débiles.
Les tiennes comme les miennes. Comme quand nous faisons les cons.
Sans peur d'être jugés.
Laisse-toi aller.
J'aime tout de toi.

Le front de mer était nordique. Avec ses bleus joliment gris.
Canet n'avait rien d'ordinaire dans l'angoisse d'un contretemps.
Celle d'un empêchement possible. Ne sachant si nous pourrions nous voir.
La marche lente des promenades pour contenir la panique.
Des voiles au loin, fragiles, entre les chevaux d'un manège inquiétant.
La raison m'imposait de goûter à ce que je garde toujours de ma sérénité.
Sur nous qui nous aimons. La confiance olympienne. Respirer l'air marin.
La certitude étrange que rien ne peut nous arriver. Que tout va pour le mieux.
Que si ce n'est pas là, ce soir, tout de suite, ce sera pour plus tard. Ce n'est pas un problème.
Mais la raison se fissure parfois, au manque physiologique, et mon corps réagit aussitôt
comme celui d'un toxico à qui l'on refuse sa dose.
Pas d'affolement. Respirer l'air marin. Ne pas anticiper les douleurs du sevrage forcé.
Je tiens le manque tant que je sais que j'aurai ma ration à une heure précise.
Je tiens la distance. Je gère. Mais perds pied à l'idée que l'horaire puisse être compromis.
Le junkie que voilà dans son caban de père de famille aux errances du dimanche.
Chevelure aux embruns mélangeant poivre et sel. Qui se donne du mal pour paraître tranquille.
Accro. Qui organise sa vie autour de la prochaine prise. Mordu. Dépendant. Agité.
Qui cache bien son jeu. Celui d'un bras de fer. Que la raison l'emporte !
Profite de l'instant camarade. Tu aimes et es aimé. Quel que soit le moment, peu importe.
Le temps n'est qu'un détail à notre certitude. Zoom arrière. Plan large. Vue aérienne.
Respirer l'air marin. Tout va bien. Le temps n'existe pas. Pas même la solitude.
Et je ne peux manquer de l'être qui m'habite, m'accompagne partout,
me possède et m'invite à toujours croire en nous.
Rentré à Perpignan, je peux aller voter au Couvent des Minimes,
refusant cette tentation d'être anxieux, de consulter mes mails toutes les deux minutes.
La soirée sera douce. L'été sera sublime. A l'image d'une histoire plus belle que ma vie.
20% pour Marine est une catastrophe. Quand tu viens soulager bien des consternations.
A ce double suspens je ne sais pas ce que j'ai attendu avec le plus de fièvre.
Les résultats du premier tour. Que tu frappes à ma porte.
L'indignation intacte, tu as frappé et soigné 39 ans de révolte.
Un appel salutaire a sauvé la partie. Et j'ai pu respirer. Tout n'était pas perdu.

J'ai éteint la télé. Mise entre parenthèses. Pour me donner à la seule raison de vivre.
La seule que j'aie trouvée.

En peignoir. Bras croisés. Ma vie n'est pas un ring. J'ai raccroché les gants.
Je n'ai pas la carrure. Me suis cassé les dents à des combats truqués.
Tu m'as connu brisé, les yeux enflés, le nez pété et les arcades ouvertes.
Bouffi par l'alcool et les désillusions comme autant de crochets dans la gueule.
Je ne sais pas me battre. Sinon prendre des coups que je ne veux pas rendre.
J'ai réparé mon corps à ton corps de morphine et tes yeux rédempteurs.
Reconstruit mon visage de l'intérieur en misant sur le gosse que tu as su reconnaître.
Le tirer des décombres pour le mettre au soleil et le faire grandir vers ce qu'il voulait être.
Par ces petites lucarnes au milieu des iris, tu as forcé le passage, plongé pour me chercher.
Me sauver de moi-même. Réveiller tant de choses que je ne soupçonnais pas.
Quand tu m'as repêché. Et j'étais sur la grève. Ton massage cardiaque. Retour au bouche à bouche.
Le boxeur pitoyable qui ne se défendait pas, faisait perdre de l'argent, y compris sous les douches,
a retiré ses gants d'abord pour t'embrasser puis pour pouvoir l'écrire.
Il ferme sa fenêtre sur une rue factice. Que je ne veux peuplée que de ton seul sourire.
De ce regard adressé à distance. Quatre fois. Cinq fois. Avant de disparaître.
Pour que je le recompose de mémoire sous mes doigts déliés.
La brèche de la Cité Bartissol ouverte devant moi est vide de ta silhouette.
Je l'ai suivie jusqu'à l'intersection où elle allait sortir de scène côté cour.
Maintenon. Qui avale ton image. Me la dérobe. Me l'enlève.
Je n'ai plus cette angoisse qui opprimait mon cœur sur la côte à Canet.
Mon âme est plus légère. Et je sais ce que je fais. Que ce n'est pas un rêve.
Je ne suis pas en rééducation. Ni en cure de désintoxication.
Je ne suis pas en convalescence. Je suis déjà guéri.
Tout a cicatrisé aux rayons de la foudre. Vingt lunes auparavant.
Voilà bientôt deux ans que je marche sur mes jambes.
Que j'ai recouvré la vue, la parole, et le désir d'aimer.
De mon dernier KO, j'ai pu me relever. A 860 bornes du ring.
Evacué d'urgence à bord d'un TGV. Toutes sirènes hurlantes.
Et j'ai ouvert les yeux sur la place Molière, au coin d'une cabine,
arraché au chaos de mes derniers combats qui étaient perdus d'avance.
C'est un ange penché sur mes cils qui est venu me sourire.
Je devais être mort. J'étais au paradis.
Et si j'y suis encore, je voudrais que ça dure.
Si ce n'est qu'un coma, qu'un sommeil, que personne ne m'en sorte.
Qu'on ne me réveille pas. Quand c'est ici qu'on m'a réanimé.
Que je suis vivant. En vie de tout mon être.
Je n'ai plus à me battre. Je peux vieillir heureux.
Quand l'Eden est pouvoir exister dans tes yeux.
J'ai raccroché les gants pour pouvoir te l'écrire.
A mains nues je défends ce qui me reste à vivre,
ce que j'ai gagné à tout perdre, immortel, éternel,
déclaré, contre toute attente,
vainqueur au dernier round.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Way of Life

Publié le

Quoi de mieux que La route de Los Angeles de John Fante
pour accompagner mon périple ?...
A deux pas de l'araignée d'El Segundo, de Marina del Rey,
le motel, où nous assistions impuissants à un hold-up dans les règles.
Il fallait le cinéma et la littérature pour donner de l'allure à ces lieux.
Arriver à la plage pour ne pas devenir dingue.
Parmi les monstres de Muscle Beach ou de Manhattan.
Les junkies et les putes, porn stars pour tous les genres.
Paul Morrissey n'est pas loin. Joe Dallesandro à tous les coins de rue.
A vomir ses acides et du psychédélique.
What ? Le puritanisme américain ?... Pour une bible dans la table de chevet ?
Au pays de Nip/Tuck et de Gregg Araki ? What are you talking about ?
J'erre sur Santa Monica Boulevard sans mes compagnons de voyage.
Pour une sorte d'immersion, sans courir les castings.
Je ne finirai pas en Elvis ou Darth Vader devant El Capitan.
Ni même en gigolo au bord de la piscine d'une actrice qui n'a jamais tourné.
Comme partout ailleurs, une gueule, une bonne bite ou un joli petit cul,
peuvent ouvrir bien des portes.
Plus qu'à New York encore, il semble que ce soit particulièrement le cas à Los Angeles.
Lorsque, comme partout ailleurs, les portes, une fois ouvertes, révèlent des impostures,
des arnaques, des déconvenues, entre promesses non tenues et petits arrangements.
Difficile de différencier proxénètes et agents.
Chat à Paris comme à Londres, j'ai été chat sur les bords de l'Hudson.
Et chat j'ai été aux confins d'Hollywood.

J'aurais pu t'accompagner dans tes déplacements.
Pour attendre le Big One dans un patio sordide.
Quand je n'ai pas l'âme d'un assistant. Aux lunettes fashion et petite mustache.
Pour suivre dans les dîners aux grands ballons de vin, les conversations passionnantes,
anecdotes sur Brooke Shields et expériences New Age, entre lesbiennes végétariennes.
Une coach défigurée par la chirurgie. Damned. Que reste-t-il de Kathleen Turner ?
Oui, pardon. Coach de quoi ?... Ce qu'il faut de métiers pour recycler les carrières brisées.
Celle-ci mange du poisson cru dont elle a le visage. Et l'alcool me donne chaud.
Je délire. Vois soudain une mère en train de manger ses petits.
Je me fous de son CV. Qu'y trouverais-je ? Un rôle aux côtés de Christopher Lee ?
Comme tout le monde ici, j'imagine qu'elle se présente aussi comme scénariste.
Bon sang. J'étais amoureux de Kathleen Turner. Le Diamant du Nil.
J'ai envie de gerber. De me sauver. Prendre la route. Aller à Big Sur.
Non. Je ne me serais pas satisfait de t'attendre sagement à la plage.
Bravant les regards de tous les sexes pour chercher des repères vitaux.
Le soir, rester à l'hôtel. Comme à Montréal où l'ennui réveillait de mauvaises pensées.
L'oisiveté, on le sait. J'ai connu ses enfants. Cela aurait conduit aux pires catastrophes.
J'étais déjà assez odieux pour ne pas tenter le diable. Nous n'avions pas besoin de ça.
Je pouvais t'attendre en France aussi bien. Chacun avait son job.
Mettre un terme aux scènes de jalousie revenait à raccrocher sèchement.
Pendus au téléphone. Au décalage horaire. Et nous pouvions au moins nous manquer.
Quand je n'avais pas l'intention de me servir de toi pour rencontrer du monde.
Quand je m'offrais le luxe de n'être dans l'ombre de qui que ce soit.
J'ai ma place au soleil. Qui est le même partout et ne coûte pas cher.
Aucun désir de me jeter contre la vitre des humiliations publiques.
Pas assez maso pour ça. Le chat n'a pas le temps.
Il fume sur son coussin. Dans son panier. Sur sa serviette.
Reviendra ronronner aux signes de tendresse.
Quand je n'ai d'autre rêve que de vieillir tranquille,
de m'accepter moi-même, ou de me retrouver.
" Alors, dis-nous... Qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? "
Et l'enfant de répondre sûr de lui : " Philippe Latger.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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James Franco

Publié le

James Franco pour adapter Chambre Solaire au cinéma.
Un chanvre solaire aux éblouissements du désert Mojave.
A la lumière de la Californie.
Des paroles pour décrire la chaleur sur la peau.
Tout ce rouge au visage.
Tout ce feu sur le front et autour de la bouche.
Les brumes de Los Angeles contre celles de Barcelone.
Quand la pollution automobile fait ses nappes brunes de nicotine.
Vibrant. Aux mirages. Le bourbier des humains. Et ses temples éphémères.
A l'astre orange, qui descend, grossi à la loupe de l'atmosphère.
Sur le Sunset Boulevard où la soif vient m'étreindre.
Où le jour impuissant finira par s'éteindre.
Où l'endroit finissant se noie dans l'océan.
Des polyphonies bulgares se déploient en chorales.
A cette fin du monde en rouleaux dans la baie.
San Francisco s'accroche à la nuit qui est tombée.
Si ma langue est française, l'impression est humaine, le blues universel.
Au néant de midi, le soleil au zénith, où ses rayons féroces
dévorent tout ce qui est, jusqu'aux dernières forces,
comme au spleen du ciel crépusculaire, à Venice ou Collioure,
où ce qui n'était plus bascule à l'horizon pour y être englouti.
Pas un lieu où l'on soit à l'abri de ce vide.

James Franco pour mettre des images sur ce qui n'est pas dit.
Pour lire entre les lignes. Poser ses sensations.
Quand il ne s'agit pas de peser sur les mots, répéter le propos,
illustrer ce qui est dit comme vil sous-titrage, mais pour raconter autre chose
ou d'une autre manière, ce que le soleil brise autant qu'il recompose.
La chaleur qui nous mine et nous soigne à la fois.
Qui promet des caresses, assurant le baiser de l'espoir comme des frustrations.
Qui vous donnent des ailes avant de les couper. Dans une même ivresse.
Cette ville qui gît au bout de tant de courses, de la Route 66,
comme autant de parcours, est le lieu idéal, au bord du continent,
pour chanter les caprices de nos désillusions.
Los Angeles. Terre promise. Dernière chance d'actrices comme de chercheurs d'or.
Où la beauté s'envole avec les premiers rôles. Où la jeunesse aigrie s'est noyée dans la drogue.
Tous heureux à crédit, en sursis, vendus sur catalogues, quand il n'y a pas de sens
à donner en échange, au soleil qui se couche au front de Malibu.
L'argent est cet alcool fait pour tout oublier. Quand l'amour volatile est aussi un poison.
Autant faire du porno, des sex tapes à l'arrache, pour cracher son cynisme ou tirer le premier,
tromper avant d'être trompé, larguer avant d'être largué, décevoir avant d'être déçu.
Salir tout ce dont la beauté pourrait être scandaleuse ou obscène pour ne servir à rien.
Le cul est un moyen soit de prendre son pied soit de faire du fric. Ou de faire les deux.
Quant à crever bientôt, à n'avoir vécu pour pas grand-chose, autant prendre du plaisir
et prendre sa vie en main en préparant sa mort.
Il n'y a pas qu'à L.A que des gens se suicident.
Quand beaucoup pensent fous tous ceux qui cherchent Dieu.

James Franco pour montrer d'une séquence à l'autre,
que le sens n'est jamais qu'à l'endroit où l'on sent quelque chose.
Là où nos sens ressentent comme pierre au soleil.
L'éternité ouverte dans la seconde à suivre, celle que l'on incarne.
L'instant qu'on investit. A être seulement.
Peu importe où l'on est. Peu importe avec qui.
L'alcool et les calmants écartés pour pouvoir tout entendre.
S'écouter respirer. Apprécier sa souffrance. Goûter à la douleur comme aux soifs étanchées.
Je brûle mes derniers dollars quand l'argent ne m'a fait vivre que par procuration.
J'embrasse mes faiblesses et mes crises d'angoisse. Fais la paix avec moi.
Accepte de mourir. Que ça ne serve à rien. Qu'il n'y ait pas autre chose.
Que le soleil géant se levant sur ma mer, aveuglant, se couchant sur tes côtes.
Que la pluie qui revient avec une même eau. De Perpignan à Paris. Jusqu'à San Francisco.
Pourquoi faut-il du sens à ce qui se ressent ?
Quand on passe son temps à shooter sa conscience pour ne pas avoir peur.
A l'endormir. La noyer. Pour ne pas perdre pied. Se tirer une balle.
Je plonge dans les vagues et je suis animal. Et je suis l'océan.
Je ne suis plus personne. Ou bien le monde entier.
Aussi vrai que je suis, au coin de ma fenêtre, ce platane insolent, plutôt opportuniste,
qui prend ce qu'on lui donne, la pluie et le beau temps, quand rien ne sert à rien.
A l'écran, James Franco, adapte des poèmes. Les profondeurs de l'être.
Ou ses contradictions. Quand il n'y a pas d'histoires, ou bien toujours la même.
Celle d'êtres humains qui se croient prisonniers du temps et de l'espace.
Quand ils inventent tout. Avec cette tendance à conceptualiser.
Si je m'invente libre, alors je le deviens. Si j'invente le bonheur, il existe aussitôt.
Je peux inventer Dieu. Et qu'on ne meurt jamais.
Moi-même, je n'existe que parce que je m'invente.
Que je crois que je vis et que vous me lisez.
Créer de toutes pièces la matière vivante.
Et James fera le reste. Si je l'ai décidé.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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A l'index

Publié le

Un genou à terre. Je te le demande. Solennellement.
Ne m'épouse jamais.
Je veux vieillir seul. Je veux mourir seul.
N'emmerder personne. Ne poignarder aucun cœur. Pas même le mien.
Lorsque la séparation est tragique. Que c'est un déchirement.
Je ne veux pas de cette violence.
Je veux glisser dans la vie en douceur.
Et sortir par la petite porte. Snap.
D'un claquement de doigt.
Sans déranger personne.
Mariés ? Nous le sommes déjà.
J'ai ta bague à mon doigt.
Et ton rire dans la bouche.
Tes regards dans les miens.
Quand je suis fait de toi.
La messe est dite. Les vœux furent échangés.
Dans une église ouverte aux troncs des oliviers.
La lune pour témoin. Et les chats pour famille.
Et des paquets d'étoiles en pluie de grains de riz.
Aux toitures gothiques, au chevet de chapelles, aux murs de l'évêché,
la pente vers St-Jean indiquait le parvis au bout de cette nef où j'allais me percher.
" Vous pouvez embrasser la mariée... "
La salsa de Gitans aux autos endiablées étaient nos grandes orgues.
La nuit était le chœur et le ciel son autel.
La veilleuse de Dieu brillait quelque part dans ce retable étrange de l'univers entier.
Le seul dieu qui existe, le seul devant lequel je m'incline humblement.
Devant lui, sous la foudre, notre union fut scellée.

Il y a un petit studio au rez-de-chaussée de cet affreux bâtiment à l'entrée du village,
où j'ai galéré un moment pour accéder au fauteuil installé devant la baie vitrée.
J'ai mis de la musique. Et je sors une cigarette de l'étui que j'ai planqué entre deux coussins.
L'infirmière, tout à l'heure, fera semblant de ne pas remarquer une odeur de tabac.
Bien pratique pourtant pour couvrir celle de la pisse et autres réjouissances.
J'ai sorti une petite boîte dans laquelle j'ai gardé des lettres et des photos.
Je reconnais des visages. Que je peux regarder, sereinement, sans avoir envie de chialer.
Je joue distraitement avec une bague que j'ai gardée à l'index.
Que je fais rouler sous le pouce de la même main.
Confutatis maledictis, flammis acribus addictis...
Je claque mon zippo à la première taffe. Et marmonne.
Voca me cum benedictis.
J'ai retrouvé des lettres manuscrites de Geneviève Colonna.
Des cartes postales. L'écriture de mon père. De ma mère.
Des lettres d'amour diverses. Des e.mails imprimés. Des noms.
Des textes. Barcelone. Qui me tombe des mains. Et je m'envole en volutes.
Avec un regard vague dans la baie vitrée qui voit autre chose que le ciel.
Le Rembrandt. Cyrano. Carpeaux. Un appartement rue Réaumur. L'alcool.
Le café Lazar et son immeuble à l'architecture de gare.
Un duplex boulevard St-Michel. Le Rostand. Les frères Capuçon.
Michel. Arnaud. Gary. Mon frère. Belleville. Et l'Opéra Comique.
Tout en accéléré. Le 11 Septembre. AZF. Les Blue Montains. Sydney.
Boeing. TGV. Le cimetière. La truelle fermant le caveau. Castelldefels.
Perpignan. Voyons... Le feu au coin du parc. La rue Alfred de Musset.
Alexandre. Laborie. J'habite une fenêtre. La grille d'un autre rez-de-chaussée.
La rue. St-Jacques au bord du rempart. La rue. La place. Molière.
Oro supplex et acclinis...
Il y a des étoiles plein la lampe. Assis sur une poudrière.
" J'ai très envie de faire quelque chose que nous pourrions regretter.
Que je ferais là, tout de suite, si j'étais sûr que nous ne le regretterions pas ensuite. "
Je ne sais pas dans quel ordre mes mots sont sortis. Comment la phrase s'est mise en place.
D'où elle est venue. Ni si je l'ai vraiment prononcée. L'ai-je dite de cette façon ?
Quand tu as répondu. Très vite. " Je ne le regretterai pas. "

... cor contritum quasi cinis, gere curam mei finis.
Des fauteuils rouges de théâtre. Qui n'étaient pas ceux de l'Olympia ou du Châtelet.
La lumière orange. Comme une obsession. Au bout d'un couloir qui s'allonge.
Où j'entends que quelqu'un cherche manuellement une station de radio.
L'orchestre de Doris Stiegler. La voix de ma mère. Celle de la sienne. Le rire de Maria.
Le Tourbillon. Le générique de RécréA2. Gainsbourg. Véronique. Les avions de la pinède.
Radio Monte Carlo. Lambert Wilson. Ma soeur qui chante. " Monsieur Latger ?... "
Les éclats de rire de Georgette. Les sirènes de pompiers. New York. David Letterman.
Nougaro. Le piano. " Monsieur Latger, vous m'entendez ? " Jésus que ma joie demeure.
Mon père. Mon cousin. Mon frère joue du piano à Bompas. L'accent québécois ? Julie Snyder.
" Laisse-le, il n'en vaut pas la peine ! " Maman, non... Ce n'est pas... " Je ne le regretterai pas. "
Mais c'est la mort qui t'a assassinée Marcia. " Dis mon prénom... "
" Philippe. "

Comme des fusées éclairantes. Sur le Mont des Oliviers.
La poudrière. Dans le ciel de juillet.
Tout retombe comme la pluie de plumes d'un édredon éventré.
L'infirmière avait éteint la musique. Elle m'a fermé les yeux.
Dans mon poing, elle trouva un petit caillou noir.
Dans la main ouverte, la cigarette toujours allumée calée entre le majeur et l'index,
qu'elle se chargea d'écraser, quand j'étais déjà à ma place, sur le parvis, à l'étage,
ouvrant la porte pour te laisser entrer une millième fois, heureux de ton sourire.
Pas de vie commune pour des morts séparées.
Rien d'officiel. Rien de sérieux. Une escapade.
Je ne t'épouse pas.
Ne te resterai pas fidèle jusqu'à ce que la mort nous sépare.
Mais, bien plus loin, bien au-delà,
jusqu'à ce qu'elle nous réunisse.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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A l'heure espagnole

Publié le

L'eau azur. Translucide. La pastille de chlore.
Tout est zébré d'argent qui scintille. Cryptant l'image affolée.
Un volume d'eau pesant sur les petits carrés bleus de la mosaïque.
Qui teintent la surface agacée par une brise. Un léger souffle d'air.
La lumière agitée comme seul mouvement. Et soudain, le missile.
De l'écume à foison. Un corps vient de plonger suivi d'un flot de bulles.
C'est le mien. Qui file au fond de l'eau jusqu'au mur opposé.
Où je viens reprendre ma respiration. Les cheveux dans les yeux.
" Dès que vous êtes prêts, on peut passer à table... "
Diablos. Tomates. Oignons. Côtelettes d'agneau. Des asperges.
J'ai une faim de loup. Je ne me contenterai pas de quatre olives noires.
Tu bronzes sur le dos. Face au soleil. Lunettes sur le nez. South Beach attitude.
Deux lèvres entrouvertes où je viens poser un baiser.
Des gouttes fraîches pleuvent de mes oreilles ou de mes coudes,
sur ta poitrine, sur ton ventre, sur tes cuisses,
quand je suis ruisselant de l'eau que j'ai tirée avec moi de la piscine.
Tu te refuses un sourire quand tu as décidé de rester impassible.
" Je sais, la vie est dure... soufflai-je. Nous allons devoir déjeuner.
J'ai proscrit le fromage. Ni feta, ni mozzarella. Pas même du manchego.
Le terrain est libre. Tu n'as rien à craindre.
- Pas même de ton père ?
Ce n'est pas de ce qu'il y a sur la table que j'ai peur,
mais de ce qu'il y a autour.
- Sois tranquille corazon. Tout le monde t'adore ici. Même les chats.
Je sais bien que tu as fait un rêve qui ne semblait pas super cool à ce sujet.
Mais cette fois, je serai là pour te défendre au besoin.
Au moindre faux pas, je renverse la table et on s'en va.
- Passons tout de suite à la deuxième partie.
- Alors, je fais sonner mon portable et je simule une urgence.
J'ai l'air paniqué. On doit plier bagage et filer à Barcelone sur-le-champ.
La maison est en feu. Un accident domestique. Désolé, on vous tient au courant.
- Laisse tomber. Je dois pouvoir me comporter en adulte.
- Voilà une faculté que je t'envie. Je t'aime. "
Je t'aide à te lever. Tu esquisses un sourire possible au sortir d'une profonde inspiration.
Je murmure : " Courage. Pense à ce soir. A ce qui nous attend. C'est ce que je ferai aussi. "
La route dans les brumes de chaleur sous les pins parasols.
Notre maison à nous. Juillet en abondance.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Monsieur

Publié le

Je commence à être une vieille chose.
Le corps me le rappelle parfois.
Je lui claque son beignet.
Pas dit mon dernier mot. Suck it.
L'été reviendra triompher et j'insulterai mon âge.
Petits cons, s'abstenir. Vous ne me devez rien.
Pas même le respect.
Je resterai indigne. Limite infréquentable.

Vous vieillirez avant moi.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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La terre est rouge (Soc et Foc)

Publié le

La terre est rouge (Soc et Foc)
La terre est rouge (Soc et Foc)

articles et critiques :

La terre est rouge (Soc et Foc)

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Bullet Time

Publié le

Tu entres dans la pièce pour ramasser les débris.
Enjambes le corps de Hyde abattu froidement.
Tu vois le mien dans le fauteuil, les bras ballants, le crâne explosé,
et tu viens me rouler une pelle morbide, sans te fier aux apparences,
avalant sans broncher le sang qui sortait à gros bouillons de ma bouche,
puisque tout cela n'a jamais existé ou seulement dans un texte.
La lumière en effet s'est allumée sous ma porte. Après le bruit de la gâche de l'entrée.
Celui de la minuterie qui annonçait celui de la tomette mal fixée.
Tu as gratté à la porte. Et, comme tu me l'as dit toi-même,
je ne t'attendais pas avec un révolver à la main dans un club anglais.
Je t'ai ouvert, tu m'as regardé par en-dessous, de ce regard à effet bullet time,
qui suspend tout autour de nous, avec toujours cet air de dire " je peux entrer ? "
A peine la porte fermée, tu me sautes dessus. Tu m'étreins. Prends ma bouche.
Tu n'as pas assez de bras et de mains pour me serrer contre toi assez fort.
Tu empoignes mes épaules et ma nuque, mes cheveux pour mieux faire pénétrer ma langue.
Puis mes fesses, et mes hanches, pour que nos sexes s'encastrent, se pressent à ton désir,
lorsqu'il y a le feu, quand c'est la fin du monde, que nous avons peu de temps.
Les vêtements s'envolent dans une tramontane dépassée, impuissante, désarmée,
quand la tempête est dedans, féroce, à nous décoiffer, nous faire tomber à la renverse,
quelque part entre le lit et le sol, réveillant des appétits cannibales, dans l'urgence,
où nous retrouvons nos repères, nos odeurs, le plaisir du plaisir, hors du temps,
désinhibés, libérés sous caution, en cavale, enfiévrés, bouffés par le manque.
Je n'ai eu le temps de rien. Pas même celui de tirer le premier. Pris de court.
Mon jean a valsé. Le caleçon aux genoux. La tête dans le tee-shirt, les mains en l'air.
Le sexe brandi. Dans ta bouche. Je trébuche. Me dégage. Me retrouve sur le lit.
Puis sur toi. Des traces de lutte. On se bat. A perdre haleine. La chamade. On se débat.
On rend coup pour coup dans nos ébats. Baiser pour baiser. Coups de langue. Morsures.
Je suis sur toi. Les poings dans le matelas. De chaque côté de ta tête. Les bras tendus.
Mon sexe planté à ta porte. Et mes yeux dans les tiens. Je te vois. Enfin. Emerveillé.
Reprendre ton souffle. Quand je reprends le mien. L'espace d'une distance. D'un instant.
Tu me vois te regarder et tu me regardes. C'est bien nous. C'est bien moi.
Et c'est toi, cette fois, qui me laisses entrer.

Mes doigts jouent à sauter dans les flaques d'après l'orage.
Une mer d'huile au soleil qui se lève sur la côte à Sainte-Marie.
Le calme après la tempête. Quand la tramontane reprend ses droits.
Elle n'a cessé de souffler et revient à peine s'imposer à nos sens.
Nous l'avions oubliée. Quand le cœur cogne encore dans ma poitrine.
Aux dernières averses arrachées à mon ventre.
Tes mains ont encadré mon visage pour nous mettre nez à nez.
Avant de relâcher ma tête pour qu'elle retombe lourdement sur l'un des oreillers.
Me prendre le plafond en pleine poire. Merveilleusement haut comme aux nuits étoilées.
Homme que je suis, je comprends la nuance. Faire l'amour. En effet.
Quand j'ai eu des gestes inconscients pour ce que je connais de toi, ce que je sais,
des intentions secrètes pour des secrets partagés, les personnes que tu as été,
des attentions qui m'ont échappées, que je n'ai pas eu le temps de préméditer,
mais venues en connaissance de cause, instinctivement, inscrites dans une histoire.
Des choses impossibles dans les échanges aveugles du one-night-stand anonyme.
Il y a ici des antécédents. Des conversations. Des explications. De longues nuits d'étude. 
Des lettres et des courriers. Des photos. Des dîners. Des heures à se scruter. En silence.
Où l'on apprenait à se perdre dans nos yeux. Où l'on apprenait l'un de l'autre. De soi-même.
Mille informations traitées, examinées, digérées, assimilées.
Réduisant davantage le champ possible des malentendus et des égarements.
Je n'aurais pu baiser un être dont je sais des choses de l'enfance.
Dont j'ai vu le visage sur de vieilles photos aux jours d'adolescence.
Dont je connais les peurs, les drames et les phobies, les excès et les doutes.
Reconnais les blessures, les failles, et ce qui peut faire mal.
Même pris par la fièvre, c'est toi que je voyais dans ton entièreté.
Je pouvais te toiser, soutenir ton regard, sans contrarier l'action et tous ses mécanismes.
Sans avoir besoin, pour gagner le plaisir, d'un recours à des rêves ou d'étranges scénarios,
des images salaces, pornos, des trucs systématiques, comme quand on se branle,
même avec quelqu'un d'autre.
J'étais avec toi. C'était la condition.

L'orgasme n'est possible qu'en s'oubliant soi-même.
Lâcher prise. S'abandonner. Pouvoir se laisser faire ou se laisser aller.
Ce qui est un exploit avec une personne que l'on ne connaît pas.
Quand il y a toujours un besoin de séduire, de garder le contrôle,
y compris d'une image de soi, que l'on croit se devoir quand on ne doit rien à l'autre.
S'ouvrir à quelqu'un ne se fait qu'en confiance. Et c'est une chose qui aime prendre son temps.
On peut baiser ensemble. Ce ne sont que des mots.
Mais l'intensité change quand on connaît la peau.
Si elle contient encore des mystères suffisants pour rester érotique,
elle a aussi le don de nous sécuriser et d'offrir une planque où l'on peut s'oublier.
Oublier qui l'on est ou qui l'on prétend être. Se mettre à nu, vraiment. Sans rien à simuler.
Sans un rôle à jouer. N'être plus qu'une essence. Et sensualité.
Connecté à tes yeux, je lâche tous les codes, l'orgueil, les convenances,
pour n'être plus que moi, le magma, le plaisir en personne, comme seule vérité.
Mon corps comme prolongation du tien. Devient le tien. Pour s'y fondre ou s'y reconstituer.
A me perdre dans ta bouche, il n'y a qu'une salive, qu'une langue, une seule énergie,
celle d'une âme qui circule entre deux territoires, où je peux me trouver.
Même au plafond d'étoiles, d'après nos voluptés et leurs pics de violences,
je ne sais plus ce qui est à toi, ce qui est à moi, de ce qui gît sur nos draps bouleversés.
Nos respirations toujours synchronisées. J'ai laissé mon sexe dans ton corps.
Mon foutre et mon arôme. Ma substance. Ma nature. Et tout mon ADN.
Sorti de moi-même, j'erre dans la chambre à nos sueurs mêlées et notre éternité.
Et ça fait des vacances, d'être libre, d'être bien, d'être heureux d'exister.
De trouver ta main en revenant à moi. Confronter nos empreintes digitales. Du bout des doigts.
Prendre le pouls à ton poignet. Bercé à sa mesure. Et remercier les dieux d'avoir brûlé cent fois.
Pour être capable de vivre une telle intensité. D'encaisser un bonheur à peine supportable.
Que nos âges permettent. Ou nos maturités.
Le temps, finalement, n'est pas un ennemi.
Il n'est qu'une promesse. A qui veut bien le prendre.
J'ai accepté de le perdre pour mieux m'en libérer.
Quand j'ai vu dans tes yeux qu'il pouvait disparaître.
N'avoir pas existé. Sans nous empêcher d'être.
Au cadavre de Hyde, l'alcool fut remplacé par un autre sortilège.
Et la mort est vaincue pour lui avoir échappé.
Dans cette dimension. Celle de l'intimité où je me suis sauvé.
Ce lieu d'éternité où vieillir est un jeu. Le temps désamorcé.
Où mourir ne saurait séparer ceux qui se sont aimés.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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Ma soirée à deux balles

Publié le

La tempête fait rage.
Dans mon club en cuir, je l'attends. Assis dans le noir.
Dos à la fenêtre. J'ai mis des balles dans le barillet.
Des rafales font bruisser mille choses au dehors et craquer mon immeuble.
Le vent est furieux. Malmène mon platane à peine reverdi. Ebouriffe la ville.
Il tape sur le système. Et j'ai déjà pété un plomb.
J'ai explosé mon téléphone portable, l'ordinateur et la télévision à coups de marteau.
Michel sait que j'en suis capable. J'ai marché comme lui sur les éclats de verre.
Mais le pire reste à venir. Je guette la lumière sous la porte du palier. La minuterie.
Je ne vais pas me laisser faire. Je sais qui je suis. Je sais ce que je vaux.
Les bourrasques font tourner des moulins de panique et des envies de meurtre.
Je regarde l'heure. Ne t'inquiète pas mon bébé. J'ai six balles. J'en garde une pour moi.
J'ai bien l'intention de me coller la dernière au fond de la gueule.
Le studio entier est retourné. Ai fait voler les étagères pleines de livres. La vaisselle.
Un vrai chantier. Le vent n'aurait pas fait mieux. L'exercice m'a apaisé.
Je n'ai pas appris à tirer. Ne me suis jamais servi d'une arme à feu.
Il paraît qu'à plus de cinq mètres, on peut manquer sa cible.
Je dois tirer à bout portant. Du fauteuil à la porte, j'ai compté trois mètres.
La configuration m'est favorable. La lumière orange de la rue dans mon dos.
J'ai placé le club de telle façon que celle du couloir ne me gêne pas à l'ouverture de la porte.
Dans le noir, les jambes croisées, je manipule l'arme, surpris par son poids.
La tempête se déchaîne. Des vagues s'abattent sur ma façade avec une violence démente.
Pour ma part, je suis serein. Tranquille. Je suis sûr de mon coup.
J'ai eu la soirée pour tout retourner dans ma tête, je ne peux plus reculer.
Personne ne peut m'aider. Quand je n'ai pas appelé à l'aide.
Quand personne n'imagine que je peux en avoir besoin.
Je sais comment arranger tout ça tout seul.
Et ça ne prendra que quelques secondes.

Le vent est tombé un instant et j'ai entendu la porte de l'immeuble s'ouvrir au rez-de-chaussée.
Un bruit de gâche et un grincement que je connais par cœur. L'enclenchement de la minuterie.
La lumière s'est allumée sous ma porte et dans le carré opaque au-dessus d'elle.
Des pulsations cardiaques ont commencé à couvrir le chahut du vent qui avait repris de plus belle.
J'arme le chien du révolver pointé sur ma porte. Ma main tremble un peu. Je me cale sur l'accoudoir.
Je n'ai que cinq balles. La sixième est pour ma gueule.
La tomette branlante du palier fait son bruit de brique qui déclenche un compte à rebours.
De trois secondes tout au plus. Deux. Un. Le vent s'emballe derrière mes fenêtres.
On frappe à ma porte. Je dis d'une voix neutre : " Entre, c'est ouvert. "
La porte s'ouvre et, dans le rectangle de lumière, je reconnais la silhouette.
Je ne lui laisse pas le temps de faire un pas dans l'appartement. Ni de dire un mot.
Une douleur dans mon bras. Dans la pièce, ça sent la poudre. La tramontane délire dans la rue.
J'ai tiré. Dans la poitrine. Une seule balle mon bébé ! Comme un pro.
Nous sommes libérés ! Je nous ai débarrassés de lui. Pour toujours !
Son corps s'est écroulé lourdement sur le pas de la porte grande ouverte.
Et personne, crois-moi, ne viendra le pleurer. Bye-bye Mister Hyde.
Tu ne feras jamais plus de mal à personne.
Fou de joie, j'arme à nouveau le révolver que je retourne dans ma bouche,
et je tire.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

Ma soirée à deux balles

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Altocumulus

Publié le

Variateur de lumière par la fenêtre de la salle de bain.
A travers les parois translucides de la douche, l'ambiance change au gré des nuages.
Les ampoules au-dessus du miroir du lavabo tâchent de compenser les baisses de régime.
Jour/nuit. Jour/nuit. Il faut croire qu'il y a du vent en altitude.
Le coton d'altocumulus j'imagine, balayé à grande vitesse, avec quelques conséquences.
Du soleil, sans entrer dans la pièce, fait scintiller un moment le verre comme l'eau.
C'est juillet en Espagne. Et les vacances d'été.
Un gosse joue avec le volume de la chaîne hi-fi je suppose.
D'un coup, l'obscurité vient fondre sur moi. Le soleil relayé par la lumière artificielle.
C'est à celle des ampoules, timide, que je me savonne en faisant la différence.
C'est novembre à Perpignan. Les jours réduits à ceux de l'école.
Le temps d'y prendre garde et tout s'ouvre à nouveau. La joie revient avec ses étincelles.
Le halo de chaleur à la vitre aveuglante. Et j'ai l'impression de rentrer de la plage.
Jour/nuit. Jour/nuit. A la course des nuages qui joue avec l'interrupteur.
J'enfile mon peignoir, cheveux pesant sur la nuque, et jette un œil par la lucarne.
Je manipule coton tige et vaporisateur après avoir tout frictionné en songeant à la date.
Me rendant bien compte qu'elle n'a aucune sorte d'importance.
CharlElie chante ce soir au Médiator, et cela peut servir de repère.
Le platane est fourni. D'un vert jeune et propre, presque fluorescent.
Quand la lumière hésite toujours à se fixer quelque part.
Et je n'ai rien à dire.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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