Platanandre
Je suis perméable aux problèmes de tous.
Et comme je n'en ai pas à moi, je fais mon arbre avec plaisir.
Je prends votre dioxyde de carbone pour le filtrer et vous le rendre en oxygène.
Autant que possible. Quand je n'ai, au fond, que cela à faire. Et que c'est ma fonction.
Il y a une fraternité entre mon platane et l'auteur qui vivent ensemble au coin de la rue.
Ils absorbent ce que d'autres ne peuvent plus garder pour eux. Vases communicants.
Car d'une certaine manière, je peux sans doute l'écrire, je me nourris de vos problèmes.
Et ne pas en faire quelque chose d'utile serait plus stupide qu'opportuniste.
Je suis un filtre. Je vais prendre vos pluies pour en faire du soleil.
Je vais prendre le gris, pour peu que vous n'en puissiez plus, pour en faire du bleu.
Laissez-vous faire. Allongez-vous. Je vais vous masser. Panser vos plaies.
Vous aider à voir le verre à moitié plein. Vous donner des raisons de vous aimer.
Vous rendre votre confiance en vous. Dissiper des sentiments de culpabilité injustifiés.
Regardez-vous. Vous êtes aimables. Puisque je vous aime.
Vous n'êtes pas responsables de vos parents, de vos ancêtres, ni de la misère du monde.
Vous n'êtes pas coupables d'être différents. Vous avez votre place. Vous êtes essentiels.
A vos proches comme à la communauté entière. Ils ont besoin de vous.
Comme j'ai besoin de vous. Pour donner du sens à ma propre existence.
Un air tiède évente la chaleur écrasante de la journée passée.
A mes fenêtres ouvertes, une brise merveilleuse balaie le plomb de la canicule.
Et fait frissonner le feuillage de mon frère qui ne fait pas son âge.
Il prend soin de moi comme je lui rends hommage.
Ne vous excusez pas, les filles, de m'ouvrir votre cœur le soir au téléphone.
Ne vous excusez pas, les mecs, de me parler de ce qui vous préoccupe.
On ne perd pas son temps à écouter ses amis. Qu'ils soient heureux ou tristes.
Pour se réjouir avec eux dans un cas. Donner du réconfort dans l'autre.
Croyez bien que je préfère parler de vous que de la dernière émission de télé-réalité.
Du dernier film sorti ou d'un restaurant à la mode, dont je n'ai pas grand-chose à faire.
Mes branches sont puissantes. Je suis un vieux platane. Je peux tenir le choc.
J'ai de bonnes racines. Le vent peut tout casser, moi je ne plierai pas.
Je sais que vous savez que je peux tout entendre.
Comme vous savez que je ne vous jugerai jamais.
N'est-ce pas magnifique ? Ce que l'amour peut faire d'un vulgaire platane ?
Qui déploie son ombre pour soulager les tailleurs de pierre qui travaillent depuis tôt
jusqu'aux heures intenables du soleil de midi.
Qui rend l'air respirable.
Et m'inspire toujours.
Philippe LATGER
Juin 2012 à Perpignan
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