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Ecarlate

Publié le

La fenêtre était peut-être mal fermée. Elle s'est ouverte. Franchement.
Laissant entrer un air chaud comme peut entrer un vent glacial. Avec la nuit.
Venu m'enduire de sa texture érotique, me couvrir de son haleine et de sa peau.
Volutes. Méduses. Et du sperme dans l'eau. Substrats. Substances. Chimiques.
Le sucre dans le café. La cendre dans le cendrier. La cocaïne. En poudre. Lassée.
Lascive. Partie en fumée. Quand le vent est tombé. L'éponge.
C'est le sel qui me ronge. Dérangé. Perturbé. Masturbé.
La nuit m'arrache. Me déracine. Me décompose.
Le cœur explose. C'est délicieux. Fantastique.
A ce silence. Qui dure. Qui plombe.
Qui plaque tout. Au sol. Aux murs.
Où j'oublie qui je suis.

Ma vieille syphilis. Et ses accès de fièvre.
Qui ne mènent nulle part. Qui me perdent au feuillage d'un arbre pétrifié.
Je crève l'oreiller. Je déchire les draps. Laboure le matelas. Et je prends du plaisir.
A l'air chaud qui m'abîme. Et je m'écorche vif quand ma peau est de trop.
Quand je m'en déshabille. Que je la jette à l'eau.
Je suis fou d'être en vie.
Et l'amour que je mords jusqu'au sang est le frein au suicide.
Auquel je me cramponne. Les ongles enfoncés.
Quand le bonheur violent devient insupportable.
Et qu'à le vivre seul, il est une torture.
Trop grand. Trop beau. Trop chaud. Trop doux. Trop fort.
Je ne peux contenir ses assauts quand il vient m'écraser.
Je ne pourrai seul lui survivre pour mieux m'en délecter.
La nuit est un miracle. J'en suis le seul témoin.
Et je mourrai d'en vivre aux lueurs du matin.

La fenêtre s'est ouverte. Mais dormez braves gens.
Je suis gardien de phare. Et je veille sur vous.
Et loup parmi les chats j'aurai la lune à l'œil.
Au café qui me brûle. Comme l'air chaud sur moi.
Je la croise au feuillage, au plafond d'une rue ou au-dessus des toits.
Elle fait monter les eaux où le sperme s'étire. Et me brise les os par excès d'attraction.
La lumière est entrée. Et l'ombre pour escorte. Avec toutes les odeurs de la végétation.
Quand l'arbre n'est pas de pierre. Qu'il vivra plus longtemps que moi ou mes semblables.
Tous en apnée. Ou perdus dans vos rêves. Je tiens en garde l'arnaque du temps réel.
Qui égoutte ses secondes au marbre immémorial de ce qui a été, et de ce qui sera.
Respirez mes amours. Je rôde avec le diable. Pour tenir à distance l'absurde et la folie.
Qui s'enroulent à mes bras. Qui s'enroulent à mes jambes.
Me prennent pour un pantin et m'ont cloué au lit.
Me lèchent en entier. De salive d'essence. Et craquent l'allumette.
N'auront plus à vous prendre en faisant feu de moi.

Je brûle de désir sur un bûcher d'images.
De fantasmes baroques et de rêves gothiques.
Et loup parmi les chiens, garde un œil sur la lune.
Qui fait monter les eaux où le derme s'étire. Et me brise les os par excès d'abstractions.
Des voix comme chimères voudraient me détourner. M'attirer dans le piège de récifs et rochers.
Faire couler mon phare et des bittes arrachées aux quais des amarrages.
La fenêtre s'est ouverte et le diable est entré.
Je suis froid. Et en nage. Il va falloir lutter.
Pour remettre de l'ordre dans les nuits dérangées.
J'ai ôté le tee-shirt. Et je sors de la douche.
Le diable, je le prends, et je lui fais sa fête.
Je le lèche en entier. De salive d'essence. Et craque l'allumette.
La chaleur de l'été s'évapore, éthérée. Pour sortir de nos têtes.
Et l'amour qui me mord vient fermer la fenêtre. Il relève le drap.
Pour une extrême onction, la dernière, aux lueurs du matin.

 

Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan

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