Il y a des percussions. Des congas à tout rompre. Un cajon diabolique.
La pluie métallique de hang drums d'une boîte à musique. Et des cuivres qui claquent.
Pour casser l'ennui mortel des radios atones et leur bouillie liquide, leur paresse affligeante.
Des cordes inspirées. Un trombone virtuose. Des gars qui jouent leur vie sur une prestation.
Qui mettent leurs tripes sur la scène. Qui transpirent et font corps avec leur instrument.
La télé finalement devenue si ringarde - Alléluia - ne sait plus, et tant mieux, comment présenter
ses émissions de variétés, ayant usé télé-crochets et compilations à thèmes, comment faire la promo
d'albums qui ne se vendent plus, sur des plateaux aux décors périmés où des chanteurs, pris en otage,
venaient se prostituer et se singer eux-mêmes, à la comédie grotesque du play-back humiliant.
L'artiste réduit à l'exercice subalterne de transformiste de cabaret, pour tenter de vendre une soupe
qui ne se télécharge même plus sur internet tant l'offre est devenue gigantesque, foisonnante et fugace.
Des monopoles ont volé en éclats. Quand nous n'avions que trois chaînes et un seul Johnny Hallyday.
Que les radios libres qui furent un temps légions, ont été mangées par 4 stations devenues arrogantes.
Quand la multiplication des chaînes, via la TNT, à l'heure d'internet, a précipité la fin de la télévision,
du règne de certains réseaux qui savaient d'avance ce que le consommateur allait forcément adorer.
De nouveaux tyrans apparaissent. Lorsque nombre d'anciens rois, les plus malins d'entre eux,
ayant juste changé de couronne, de trône, de cour ou de royaume, sont toujours au pouvoir.
Il y a longtemps déjà que les budgets publicitaires se détournent du petit écran pour aller sur le web.
Des écrans plus petits encore, de téléphones et de tablettes, mais pour des taux toujours plus grands.
Des industries entières, celles du disque, de la télé, de la presse, sont désertées sans scrupules.
Et nous jetons avec elles le pire et le meilleur qu'elles avaient à nous vendre ou à nous imposer.
Une bombe technologique comme coup de pied dans ces fourmilières qui n'ont rien vu venir.
Des filières abandonnées, avec autant de personnels, de salaires et d'acquis, parfois de privilèges,
quand au changement de supports de la consommation, seuls les annonceurs n'ont été affaiblis.
Je vois pour en connaître, bien des gloires ou vedettes, déclassées, appauvries, précarisées,
qui ne méritent pas toutes de passer à la caisse, ou de payer un max pour les excès passés.
Quand on rend des contrats parce que l'on plie boutique, alors qu'on en ouvre une dans la rue à côté.
Et que l'on profite de cette confusion, du grand chambardement, de la jungle, ou l'absence de règles,
d'un nouveau média pas si nouveau que ça, pour oublier de payer des cachets et des droits.
On n'y oublie pas cependant d'y faire des bénéfices, mais, à l'image de la dérégulation financière,
internet, en bonne zone de non-droit, est maintenue sciemment sans cadre et sans contrôle,
pour ajouter aux profits, l'économie heureuse des salaires volés à toutes les petites mains.
Il n'y a pas que les chanteurs aimés des Années 80 comme des Années 2000,
qui galèrent et peinent à exister, qui peinent à survivre, lorsque des auteurs, des éditeurs, des pigistes,
des concepteurs, rédacteurs, journalistes, voient leurs compétences plus que dévalorisées, dévaluées,
pillées, ruinées, à l'heure de la concurrence impitoyable, et déloyale, permise par la culture de masse
nouvelle génération, dite participative, où chacun, tout le monde à la fois, et finalement personne,
peut faire ces métiers, assumer leurs fonctions et leur rôle, dans un grand charivari anarchique et béat.
Ainsi, tout le monde devient auteur, éditeur, pigiste, rédacteur, journaliste, réalisateur, humoriste,
chroniqueur, éditorialiste, encyclopédiste, faisant économiser autant de salaires aux exploitants ravis.
Les sites collaboratifs ont leur charme. Quand personne ne veut menacer ici notre liberté d'expression.
Nous pourrions continuer à faire évoluer ensemble les articles de Wikipédia, à échanger sur Facebook,
communiquer sur Twitter, à poster des vidéos sur Youtube et à raconter nos vies sur des blogs.
Mais il me semble que certaines entreprises que je viens de citer, puisqu'elles ne sont pas, on le sait,
les associations de boy-scouts, visionnaires et philanthropiques, cool et fun, dont elles donnent l'image,
comme les fournisseurs d'accès, pourraient consacrer un peu de leurs profits aux rémunérations.
Ces derniers, à propos, prélèvent chaque mois sur votre compte bancaire une somme d'argent
qui vous permet d'accéder à ma page et de lire ces lignes, de venir me rejoindre, ou d'aller voir ailleurs,
de lire la presse en ligne, d'écouter le dernier album de Tatiana, de regarder un film en streaming.
On vient ensuite avec Hadopi, qui est le comble de la malhonnêteté intellectuelle, vous faire la leçon,
vous culpabiliser, avec toujours cet argument indécent de la " culture de la gratuité " et du piratage.
De quelle gratuité parlent nos parlementaires ? Quand vous payez chaque mois l'accès à internet.
L'accès à internet reste plus cher que l'accès à la télévision et à la radio, redevance comprise.
Les deux médias historiques vivent on le sait essentiellement de la manne publicitaire.
Et ils ont toujours versé des sommes astronomiques à la SACEM, SCAM et tant d'autres,
pour honorer les droits de toutes les œuvres exploitées dans leurs programmations.
Chansons. Films. Musiques de films. Musiques de génériques. Scénarios. Dialogues. Sketches.
Des sommes conséquentes qui n'ont pas empêché d'énormes salaires pour les animateurs,
des budgets monstrueux de décors, de lumières, de production de jeux et de divertissements,
quand la télévision a aussi trouvé les moyens d'investir dans le cinéma et dans la création.
Le budget de la pub, supérieur sur internet à celui de la télé, s'ajoute à la manne des abonnements.
Et je vous garantie, dans cette histoire, que les pirates ne sont pas les internautes.
Ce n'est pas parce qu'on ne paie pas de suppléments pour accéder à une œuvre (chanson, film...)
qu'on la télécharge " gratuitement ". Pas quand on nous prélève d'office 30 euros par mois.
Il y a des sections de cuivre. C'est du Jazz. De la Soul Music. Funky. Du Gospel et du Blues.
Un orchestre symphonique. A grand renfort de cors et de cymbales. La musique brésilienne.
Une fille au piano qui nous parle de nous. Des garçons mal coiffés qui déchirent leurs guitares.
Ils vivront donc de la scène. De la billetterie. Puisque le droit d'auteur n'est plus qu'une chimère.
Une bonne nouvelle pour les adorateurs du spectacle vivant. Qui iront au concert. Dans les salles.
Lorsque des sommités, autrefois trop lointaines, ne refusent plus de chanter dans les salles des fêtes.
Viendront dans les villages et tous les festivals. Chercher leur cachet, vendre quelques CD, à la sortie,
à la sauvette, le CD relayé au rayon du merchandising, comme vulgaire produit dérivé de la tournée,
parmi les T-shirts, les casquettes et les photos dédicacées. Autres temps, autres mœurs.
Le Communisme et le Capitalisme ont paradoxalement longtemps partagé une valeur ancienne.
Qui semblait de bon sens. Qui semblait constitutrice partout. Tout travail mérite salaire.
Ce qui n'est plus vrai dans le capitalisme financier d'aujourd'hui, vaut aussi bien dans l'industrie
que dans les services, dans la production que dans la distribution, quels que soient les produits.
L'univers culturel ne pouvait échapper à la règle. Et les artistes, qui créent, fabriquent des produits qui,
bien que culturels n'en restent pas moins des produits de consommation, ne pouvaient être épargnés.
Ici comme dans tous les secteurs, les choses ont basculé de façon proprement intenable à long terme.
Ce n'est pas la culture de la gratuité qu'il faut dénoncer. C'est la culture du travail non rémunéré.
Les coupables ne sont pas ceux qui prennent ce pour quoi ils ont déjà assez payé.
Mais ceux qui n'ont pas payé pour ce qu'ils sont toujours prompts à vendre au prix fort.
Tout travail mérite salaire. En effet. De l'intérimaire au travailleur indépendant.
Quand bien des salaires à l'inverse, semblent versés sans qu'il n'y ait eu l'ombre d'un travail.
En attendant, il y a des percussions. Des congas à tout rompre. Un cajon diabolique.
L'envie de danser. D'être heureux ensemble. La Salsa. La Rumba. Le Hip Hop. Et le Jazz.
Pour broyer l'injustice au fait d'être vivant. Chose qu'on ne fait plus quand on ne peut plus manger.
Philippe LATGER
Janvier 2012 à Perpignan