Enceinte
Qu'il était beau, ce bastion. Comme un château de Salses.
Enveloppant le fortin aux vagues de brique étranges.
La façade du Castillet ondulant comme un drapeau en proue de ma cité.
Quand Charles Quint pouvait se glorifier de régner sur le monde.
La muraille s'avançait sur le bord de la Basse. De ces courbes féminines.
Aux tourelles érectiles comme autant de tétons. Aux fentes meurtrières.
Je rêve au bras armé replié sur la place tendant son échauguette.
Où circulent aujourd'hui vélos et autobus, longeant une agora.
Un lieu pour toutes les foules brandissant sang et or, boucliers de Brennus,
qui connaissent par cœur les paroles de Luis Llach, celles de l'Estaca.
La Porte Notre-Dame posée comme un décor, à l'onde déployée.
Sous laquelle j'avance pour rejoindre le cœur où j'ai trouvé ma niche.
Grimper dans mon platane, à l'ombre de St Jean et son casque de bronze.
Veiller à mes croyants comme à mes infidèles. Veiller sur mon amour depuis deux garde-fous.
Je suis gardien de phare, vigie ou sentinelle. Et j'attends le retour d'un seul mot : rendez-vous.
Ce n'est pas une sommation. Une mise en demeure. Quand nous sommes aussi libres.
De ne pas nous défendre, ni même nous attacher.
Plus libres que les amoureux ne le seront jamais.
Pas d'intimidation. De chantage affectif. Pas de siège. Pas de pièges.
Ni aucune stratégie. Pas de plan de bataille. Ni chaînes, ni représailles.
Nous sommes l'air marin comme la tramontane. Impossibles à saisir. Que rien ne peut contrer.
Que l'on n'enferme pas. Qui polissons le marbre et les statues profanes. Creusons toutes les rues.
Les chemins qui conduisent au point de la rencontre. Où nous venons nous rendre.
Rendez-vous. Mon amour. Au berceau du mélange. De ta chair à la mienne.
Que je mords sans scrupules comme un quart de citron giclant à pleines dents.
Perpignan est ma pulpe. Et tu en es le jus. Dont je peux m'enivrer sans craindre de me perdre.
Quand chaque itinéraire retourne à notre camp, me ramène aux remparts qui protègent de tout.
Aux orages de sang. Aux assauts de ce monde. A ce point vulnérables qu'on nous croit à genoux.
Personne ne peut nous prendre les rafales de nous.
Philippe LATGER
Mai 2012 à Perpignan
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