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Comme unique obsession

Publié le

Dehors, au milieu de la nuit, ce ne sont pas les voitures sur le boulevard que j'entends.
Le boulevard est trop loin, même si je l'aperçois de ma fenêtre.
Ce que j'entends, ce sont les chats en chaleur qui pleurent leurs sérénades.
Et mon platane qui pousse, heureux de sa nouvelle permanente d'un vert fluorescent.
La nuit entière qui bruisse de néons allumés, de générateurs électriques,
vient m'envelopper de son faux silence qui devient tintamarre.
Vient me faire la fête quand il n'y a pas âme qui vive.
Je serai ravi de retrouver demain les forêts d'oliviers et de putes aux pentes du Perthus,
aux abords de Figueres quand l'été n'est pas loin et que mon corps l'appelle.
Ivre à l'idée de plonger dans la piscine pour lui donner ses caresses ineffables.
A celle du coup de soleil que j'aurai pris sur les épaules.
A celle des soirées bien assez longues pour rêver de toi.
Aux grillons qui viendront consoler le voluptueux chagrin.
De ne pas t'avoir dans mes bras pour te mordre la carotide.
Rosas m'attend demain pour que je repère les lieux du supplice.
La terrasse où je traînerai mon cœur comblé dans une carcasse en manque,
raffermie par le bronzage et les brasses, l'air marin et des fruits à croquer.
Les plages où ma serviette étendue recevra le poids d'un désir turbulent.
Fébrile dans la chair délivrée, à froisser sur le drap d'une chambre,
à l'étage, où, refusant la clim, j'ouvrirai les fenêtres guettant un souffle d'air.
Je serai beau comme jamais. Quand ma peau sera brune.
Que j'aurai le bon teint de celui qui respecte son sommeil et qui mange à sa faim.
Que la mer polira les défauts de l'écorce, massera tous les muscles réveillés,
me rincera les yeux perlés de sel et de lumière, irradiant mon sourire.
Que le bonheur de vivre dehors et pieds nus saura abolir 39 ans de négoce.
Et ce corps révélé, qui mieux que rajeuni sera juste accompli,
au sommet de ce qu'un corps d'homme peut offrir à sa quarantaine,
sera veuf de l'unique moitié qu'il aime à désirer.
Et c'est de ce gâchis merveilleux que l'été masochiste saura se délecter.
Je m'en réjouis d'avance. J'aime bien quand ça fait un peu mal.

Trop de bonheur est insupportable. J'en crèverais.
Il faut bien un caillou dans la chaussure pour que ce soit parfait.
Ou juste un grain de sable.
J'en aurai à foison dans mes cheveux trop longs.
Qui friseront à loisir à sécher à l'air libre.
L'été donne envie de baiser tout le temps. Et les chats me le pleurent en bas.
La paresse de la sieste. Le sexe fait sa vie. Aux courbes qu'il rencontre.
Aux caresses lascives. Un geste accidentel. Mouvement équivoque.
Quand on sait ce qu'au mois de juillet le moindre contact provoque.
L'envie de te manger. Même à peine réveillé. Croyant dormir encore.
Sans même ouvrir les yeux je connais ton parfum. Et tout te reconnaît.
Les peaux sont adéquates. Elles adhèrent aussitôt. S'épousent et s'émulsionnent.
La chaleur au dehors vient dilater les pores, monter la garde, baisser les stores,
tenant à distance tout ce qui pourrait interrompre nos heureux dérapages.
15 heures. 16 heures. La faim seule nous tirerait du lit.
Et seule la faim nous y reconduirait.
Chavirer à nouveau dans nos curieux mélanges.
Me dissoudre à ta bouche. Déranger tes cheveux. Te pénétrer enfin.
Décharger des tensions soudain intolérables avec cette impression de disparaître un peu.
Respirer à ton cou une brume de sueur qui adoucit ma barbe quand les muscles débandent.
Au moment nébuleux où l'homme se retire ne laissant que l'enfant.
Celui qu'il a été. Accroché à l'objet reptilien du doudou salutaire.
Quand il reconstitue les conditions parfaites du sommeil en confiance ou en sécurité.
Ce n'est pas de baiser qui me manque mais pouvoir lâcher prise.
Ce n'est pas de juter mais de m'abandonner.
Oublier qui je suis quand tu seras là pour me le rappeler.
Ou pour me reconstruire plus fort que je ne l'ai jamais été.
Redevenir matière. A ma place. A côté. Ma joue sur ton épaule.
Une main sur ton ventre pour me bercer aux vagues de ta respiration.
Réincarner le monde. Réincarner mon rôle.
Chuchoter à l'oreille des mots d'adoration.
Pour réponses au bien que tu me fais.
Au mal que je me donne.

La Jonquère passée, j'arriverai bientôt à la baie des vacances.
Figuiers de barbarie. Murs blanchis à la chaux.
L'incendie de lumières où je me vois aveugle.
L'amertume de ne pas partager ce bonheur si près d'être absolu.
Qui vire à l'aigre-doux. Mi-caresse. Mi-morsure.
Quand il y a l'assurance de ce qu'il pourrait être.
Quand savoir qu'il existe vaut mieux qu'une promesse.
Je le dessinerai au gré du paysage et des stations-service.
J'aurai ton rire aux lèvres et ta main sur ma cuisse.
L'autoroute de nuit. Les giboulées de mars.
Sur un chemin usé au cœur de l'Empordà.
J'irai en éclaireur, pas plus tard que demain,
sur la côte où l'été n'aura de raison d'être que pour que tu m'y manques.
Où tout sera prétexte à hésiter entre euphorie et vague à l'âme.
Entre nos souvenirs communs et l'avenir que j'invente.
Rêve et réalité. Quand les deux te désignent comme unique obsession.
Qui exulte au silence d'une nuit pacifique à la lumière orange.
Où les chats se sont tus pour me laisser entendre
ce que mon cœur affirme à chaque pulsation.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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