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Extraterrestre

Publié le

Un décor fantastique comme Hollywood sait en faire.
Entre Dune et Star Wars. De la science-fiction.
Un peu inquiétant. Sur quelle planète sommes-nous ?
Y'a-t'il une atmosphère ?...
Puis-je encore sortir de la voiture sans scaphandre ?
Sans craindre l'étouffement, l'irradiation, ou la décomposition à l'acide ?
Sur un ciel bleu foncé, le disque énorme se dégage de nuages.
Un ciel crépusculaire. Et quelque chose ne colle pas.
C'est la taille du soleil. Celle d'un soleil levant.
Rose orange. Comme une pêche.
Par quel prodige le soleil peut-il se lever à la tombée du jour ?
Mon cœur s'emballe. C'est bien elle. A la loupe de l'air. Au ras de l'horizon.
Effrayante. Disproportionnée. Fascinante. Pleine à craquer.
La lune. Mon amour. Déchaînant les marées et les maris jaloux.
Quand j'ai le poil qui pousse. Que j'hurle avec les loups.
Elle est sublime. Flippante. Extraterrestre. Précisément.
Et je n'arrive pas à décrocher mes yeux de son évolution. Fatal attraction.
Quand elle apparaît comme un vaisseau hostile ou un météore d'apocalypse.

Mais sur tes terres, mon amour, je me souviens de ce qu'elle est pour nous.
Complice du magnétisme entre deux corps distincts.
De la décharge électrique abattue dans l'instant.
Qui revient chaque fois rappeler le miracle.
Sur la baie d'Argelès, je l'embrasse avec toi.


Le château de Collioure éclairé sur sa butte.
Un décor d'opérette. Quand rien n'est oublié. Le clocher. Le moulin.
Des nuages de tourmente comme s'ils étaient peints.
C'est presque ridicule. Too much. Manquait plus que la lune.
C'est un feu d'artifice aux flambeaux de la Sanch.
Les cagoules pointues qui défilent d'un pas lent au rythme des tambours.
Quand mon cœur survolté n'a pas l'ombre d'une place pour la culpabilité.
Je ne dis pas pardon. A ce spectacle étrange. Je peux dire merci.
Quand je ne compte plus les lunes de bonheur que je dois à ce monde.
Où la nuit renouvelle chaque jour l'épaisseur du mystère.
Ma mère est quelque part dans les eaux qui scintillent,
dans l'anse fortifiée où la mer s'aventure.
Et j'ai l'âge d'être en vie pour la voir exister.
L'arracher à l'oubli et au néant cupide.
Quand je la porte en moi aussi fort que je t'aime.
Je vois les pénitents progresser dans la ville, entre cierges et icônes,
avec un sourire amical, quand me vient de partout un flot de compassion.
Mais pas de componction.
Je ne suis pas d'humeur à regretter. Ni même à expier.

Les fautes que je me suis pardonnées.
Ce soir, je dis merci.
A la lune. A ma mère. Aux morts et aux vivants.
Et à toi, mon amour, d'avoir croisé ma route.
A Lucas pour Star Wars. A ma sœur d'être là.
A mes nièces, ravissantes, qui aiment rire et apprendre.
A des amis fidèles. Et à ceux qui arrivent.
Le tableau romantique a des relents de soufre.
C'est du Mary Shelley. Le Mal n'est jamais loin.
Mais l'amour est si beau qu'il mérite qu'on en souffre.
Et la vie à pleurer tant elle est fantastique.
Je te dois de la voir telle que je l'ai rêvée.

Beaucoup plus inspirante que la réalité.

La vérité, mon amour,
est la combinaison du réel et de ce qu'on en fait.
De l'essence des choses. De ce qu'on en devine.
De ce qui est, sans doute, et de ce que l'on souhaite.
Ce que l'on envisage. Que l'on conceptualise. Nos interprétations.
Quand il faut formuler une affaire pour qu'elle soit incarnée.
Etre ne suffit pas aux choses pour qu'elles soient existantes.
Il faut qu'on les perçoive, qu'on les ressente, qu'on les exprime.
Il n'existe rien de ce qui est si nous ne sommes pas là pour les vivre.
Et je veux tout écrire, tout graver, tout mâcher, malaxer,
encore et encore, retourner les mots, les phrases, les idées, même ivre,
jusqu'au bout de mes forces, pour m'approcher du vrai plutôt que du réel.
Un peu plus davantage. Ligne après ligne. Nuit après nuit.
Quand j'ai déjà parlé de la mort, de ma mère, d'une histoire d'amour.
Que tout veut m'échapper. Que je lutte pour me battre. Ne pas perdre le fil.
Retenir le présent. Le miracle. Et cette pleine lune sur la baie de Collioure.
Je t'aime parce que je l'écris. Et cet amour est vrai parce qu'il est éprouvé.
Comme Dieu, il pourrait ne pas être. Je l'ai rendu vivant.
Parce que tu l'as rêvé. Parce que je l'imagine.

Parce qu'on l'invente ensemble comme on s'invente soi.
Tout n'est que construction. Et j'ai bâti la mer. Les étoiles au-dessus.
Je bâtis ton visage, l'image que j'en ai, et le sens inédit de ce que dit je t'aime.
La science-fiction. Le lever de la nuit. Des astres extraterrestres.
Et le bonheur permis, créé de toute pièce,
le plus sûr d'entre tous pour être confectionné
et taillé sur mesure.
Celui que tu m'inspires ? Il me va comme un gant.
Il prend tout mon espace comme il prend tout son temps.

 

Philippe LATGER
Avril 2012 à Perpignan

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