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Le moment ou jamais

Publié le

Février. 28 jours. Demain, le premier mars.
Je n'écris plus tous les jours. Je n'ai pas 28 textes.
J'ai 40 minutes pour en avoir 25.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Et j'ai trouvé ma place

Publié le

Je vais essayer, je te le promets, de ne pas me perdre.
Je ferai de mon mieux pour ne pas m'abîmer.
J'ai la ferme intention de rester fidèle.

A mes valeurs. Ce que je crois juste. Comme à tous ceux que je j'aime.
Je n'ai jamais eu d'ambitions pour moi. Qui n'ai rien à prouver à personne.
Je n'ai jamais cherché à prouver que j'étais important ou sérieux, un auteur, un artiste,
quelqu'un qu'il fallait craindre, qu'il fallait respecter, admirer, qui avait réussi.
Réussi quoi ?... Que veut dire réussir ?

Je n'ai pas de revanche à prendre. Je ne convoite rien.
Ni la femme du voisin, ni même son compte en banque.
Je n'ai pas besoin d'argent ni de notoriété pour me sentir quelqu'un.
Je sais qui je suis. Ce que je vaux. Je suis très orgueilleux. Et je suis autonome.
Besoin de personne pour me faire valoir. Et si j'ai besoin d'aide c'est pour autre chose que moi.
Quand le fait est que j'ai plus d'ambition pour nous que je n'en ai pour moi-même.
Je n'ai pas besoin de briller pour exister. J'ai besoin de tout le monde.
Quand j'ai toujours préféré être dans l'ombre pour regarder la lumière,
qu'être dans la lumière et ne rien voir du tout.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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XXI

Publié le

C'est un siècle qui commence avec le 11 Septembre.
Catastrophe qui annonce davantage la chute des Etats que la chute des Etats-Unis.
Le passage violent dans l'ère de la globalisation.
Ce moment où nous sommes passés d'un monde unipolaire à la mondialisation.
A la force d'une révolution technologique. Industrielle et culturelle. Le web.
Mais ce n'est ni le siècle de la Chine, ni le siècle d'internet.
Nous ne sommes qu'en 2014.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Âge d'or

Publié le

La robe frangée. Le casque de perles. La coupe de champagne.
Le col châle satiné. L'étui à cigarettes. Le foxtrot. Le trombone.
Les décors égyptomaniaques. Les charmeurs de serpents.

Hollywood. Chicago. Et Paris.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Nouveaux nous

Publié le

C'est une drôle de panique, ça monte de partout, ça arrive de partout, en même temps.
C'est une déferlante qui prend forme, loin, au large, qui prend son élan au-delà de l'horizon,
avec la puissance de la distance, de l'océan, le raz-de-marée qui menace la côte.

Je ne sais plus qui je suis, ce que je fais, ça vient de la pointe de mes cheveux,
de la pointe de mes pieds, de mes mains, de mes ongles, ça remonte les artères, les membres,
ça converge sous mon ventre, tout se rétracte et se répand, se centre et se diffuse,
des frissons et des spasmes, des contractions musculaires, le chaos, le désordre, la confusion.
C'est une colonne de foutre qui va me libérer en me vidant de moi-même.

Tout mon corps qui s'en va par ma bite, qui me fuit par l'urètre, je bascule en entier,
propulsé hors de moi, en train de m'évanouir, de mourir, de disparaître peut-être.
Je suis autre chose que moi, suis déjà autre chose, ou ailleurs, j'ai perdu connaissance.
Le tunnel de la mort avec lumière au bout. La vérité enfin. L'origine du monde.
L'étincelle et le flash. C'est un nouveau Big Bang. Un éblouissement.
La mémoire de quelque chose que l'on savait déjà ou la révélation.
Un millième de seconde. Et j'ai été tout proche de découvrir enfin ce que c'est que tout ça.
Ce que c'est que la vie. Ce que c'est que le monde. L'infini. La naissance. Le visage de Dieu.
Je me vide de moi-même. Et reprends mes esprits quand je reprends mon souffle.

C'est comme se réveiller d'une sorte de coma. Avec cette émotion de se trouver en vie.
Je me souviens de tout. Me rappelle mon prénom. Me rappelle le tien.
Quand je reviens à moi. Quand je reviens à toi. Je reviens dans la chambre.

Dans ce lit. Dans ton corps. Dont je dois m'extirper. En nage et en confiance.
A ce moment précis où je suis vulnérable. Epuisé. Terrassé. Etourdi et exsangue.
Jouir, il me semble, consiste à sauter sur une sorte de trampoline.
La vérité, l'absolu, quelque part en hauteur dont on croit s'approcher.
On en perçoit un brin, et la chose nous échappe, sur le bout de la langue,
nous glisse entre les doigts, on peut monter plus haut, pour en voir davantage,
mais la chose se refuse, et l'on doit s'en réjouir avec cette intuition fugace,
que c'est la condition pour demeurer en vie, quand nous pensons comprendre
que cette vérité ne se gagne vraiment qu'en embrassant la mort.
Peu importe ce que c'est. Si c'est une illusion, une hallucination, une vision de l'esprit.
Le plaisir est lié à toute conception et à toute origine. A ce qui rentre. A ce qui sort.

Je veux jouir de la vie. Je veux jouir de la mort.
Je veux jouir de l'amour. Je veux jouir de l'humain.
Je veux jouir de ce monde. De la terre. De la nuit. De l'orage.

Tant qu'il est encore temps. Tant que j'ai ce qu'il faut pour le faire.
J'ai un corps. J'ai un sexe. Ce pour un temps donné. Le temps que je te donne.
Ou celui que je prends.
Je peux manger. Jouir de la nourriture. Jouir des fruits et de l'eau.
De ta bouche. De ta peau. M'ébrouer dans le four du soleil impérieux et violent.

M'arracher à la pluie qui s'effondre. Nager dans la piscine. Faire un corps de nous deux.
Je suis au plus profond. Je ne suis plus moi-même. Et à cette intrusion je trouve le repos.
Je vais sur mes deux jambes. Et je vois de mes yeux. La pierre et ses mystères.
L'invisible bouger aux mouvements de l'air. Que je sens caresser mon visage.
Je devine la joie, l'ivresse et la colère. Je devine la douleur et l'émerveillement.
Je suis fait de tout ce qui existe, de ce qui n'existe plus, et de ce qui pourrait exister.
Je suis la compassion. Le pardon. La révolte.
Des siècles de vies simples. Toutes miraculeuses.
Et ce n'est pas que moi qui regarde avec moi ce que tu représentes.
Quand tu n'es pas que toi. Que nous sommes l'un et l'autre l'humanité entière.
Je cherche dans tes yeux ce qui est de l'instant et de l'éternité.
Et je pleure à cette idée étrange que les deux ne font qu'un.
Le début et la fin. Le noir et la lumière. Le mâle et la femelle. Le zéro. L'infini.
Je regarde ton regard ténébreux, si sérieux, chercher la même chose dans mes yeux égarés.
Bouleversé de comprendre ce qu'on pense percevoir au milieu de l'orgasme.
Tout n'est qu'un. Un unique organisme. Qui n'a pas de limites dans l'espace et le temps.
Et j'aime le monde entier, passé et à venir, connu et inconnu en t'aimant.
Ce que je peux comprendre et ce qui me dépasse. Quand il n'y a qu'une seule confiance.
En toi. En moi. En l'homme. En Dieu peut-être. Ou dans l'ordre des choses.
Où la peur est réduite à l'état de caprice.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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De Newark à New York

Publié le

Dans un nuage de fumée, la locomotive expire sur ses rails le long du quai.
Sous cette immense halle de métal et de verre qui filtre une lumière de tempête de sable.
Un sifflet résonne et étouffe le brouhaha d'une foule qui s'agite et d'une pluie de bruits de pas.

C'est un autre train qui s'apprête à sortir de la gare, à séparer des couples ou des familles.
Des gars dans leurs uniformes s'occupent des bagages des passagers de première classe.
Samuel se fraye un chemin pour emprunter l'un des vertigineux escaliers métalliques
qui le conduisent à cette plate-forme supérieure qui couvre partiellement les voies.
Son manteau enroulé sur son bras, serré sur sa poitrine, une mallette de cuir dans l'autre main,

il va, encombré, comme il peut, excité et anxieux, impatient, piétine derrière des empotés,
incapable de sortir la montre de son gousset pour vérifier l'heure, lorsque finalement,
sous d'aériennes voûtes vitrées, pendent d'énormes horloges qui lui confirment son retard.
Indifférent aux boutiques, aux cireurs de chaussures, aux petits vendeurs de journaux,
comme aux colossales colonnes corinthiennes dominant l'impressionnante salle des pas perdus,
noire de monde, où se croisent autant de provinciaux pressés que de visiteurs hagards,
Samuel cherche la sortie sur la Septième Avenue où il devenait urgent de trouver un taxi.
Il entrait dans Manhattan. Par l'imposante Pennsylvania Station.
Et venait saisir ce qui devait être la chance de sa vie.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Reliures

Publié le

Au milieu des mains grises et tordues, déformées par l'arthrose,
que font les arbres nus, les platanes sans feuilles, des couloirs se dessinent.
Là... Les Allées Maillol ont ce soir il me semble un air de cathédrale.

Une nef sous la voûte de branches hérissées, noueuses et torturées,
où déferle un navire à la coque renversée, avec ses contre-allées, ses chapelles latérales,
jusqu'à cette fontaine, lumineuse, au carrefour supposé, la croisée du transept,
qui vomit ses couleurs de vitraux embrasés aux noirceurs qui s'installent au Palais des Congrès.
Perpignan se surpasse pour me faire rester, elle fait feu de tout bois pour m'étonner encore,

quand elle trouve et révèle des trésors d'immondices et autant de beautés,
tantôt pour me séduire, tantôt pour m'horrifier,
ce qu'il faut pour me plaire, puis pour me révolter,
quand le mal qu'elle se donne s'avère superflu.
Qu'est-ce qui a pu lui mettre en tête l'idée que j'avais le projet de partir ? Celui de la quitter ?
Elle veut me provoquer, à force de merveilles, de chantage affectif ou d'appels au secours,
me faire réagir, m'emmurer dans la pierre, ses galets de rivière et ses chagrins d'amour,
mais qu'elle se rassure, qu'elle ne se donne pas cette peine, je ne partirai pas.
Pas pour m'occuper d'elle. Pour m'occuper de moi.
Ce que je tiens dans mes bras est la plus belle chose, à nulle autre pareille,
la chose la plus précieuse, la chose la plus rare, un amour insensé que je ne comprends pas,
qui m'anime et sublime tout ce qui est autour de moi, relativise tout, ou rend tout incroyable,
quand je suis arrivé... que je n'en reviens pas.
Virginie m'accompagne. M'emporte dans la nuit. Le bled de mon enfance.
Je vais dîner tout près chez de vieilles connaissances, amis de longue date,
où je pourrai à l'aise relier le passé à tout ce qui se passe, m'inscrire dans le temps,
raccrocher les wagons, de l'homme que j'ai été, de celui que je suis,
goûter l'apaisement des amitiés sincères.
Perpignan est parfaite quand j'y suis amoureux.
Et vouloir la parfaire est une bonne excuse pour rester près de toi,
prolonger le miracle, faire feu de tout bois ou durer le plaisir.
Qu'il est drôle cet hiver lumineux, ce monstre bienveillant qui dépose les armes.
Ai-je écrit ce texto disant en peu de mots que j'étais, que je suis, encore sous le charme ?
Je suis parti longtemps mais je suis revenu. Quand je suis avec toi.
Pourquoi repartirais-je quand je n'en reviens pas ?
Sur les Allées Maillol, ou le Cours Palmarole, je ne vois que le beau d'une soirée offerte,
avançant vers le choeur de cette église ouverte, dont tu es la grandeur et la divinité.
Je suis la procession qui vient te rendre hommage. Qui chante ses cantiques.
Qui brûle ses flambeaux. Je suis le seul fidèle. Le baptême. Le mariage.
Avec la seule foi qui puisse me survivre.
Si elle n'est pas en Dieu, elle mérite ses livres.
Et le décor splendide d'une ville natale qui n'a plus à me plaire.
Celui où je te veux. Celui où je m'enterre. Pour renaître en platanes.
Pour pousser vers le ciel aux heures du sommeil. Attendre le soleil.
En mains grises et tordues qui te prient avec moi de bien vouloir y croire.
Au milieu de la nuit. Ma vérité profane. Le bonheur est mon droit. Je ne partirai pas.
Et je n'irai au diable que si c'est avec toi.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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Entre la crise et la guerre

Publié le

A quarante ans déjà, je suis d'une génération qui n'a pas connu la croissance des 30 Glorieuses.
Ni de celle qui a connu dans l'enfance la guerre et la libération, ni de celle qui a suivi,
plus insouciante, qui se rappelle de Bonne nuit les petits comme d'avoir été réveillée,

en pleine nuit, pour regarder à la télévision Neil Armstrong fendre le sol lunaire.
Je suis né en 1973. Avec la première crise. Le premier choc pétrolier.
Après trente ans de développement économique, nous atteignions déjà certaines limites.
Et, contrairement à mes aînés, je suis d'une génération qui n'a connu QUE la crise.
Génération Enfants de la télé, dont parle si bien Guillaume Klossa dans son livre,

Une jeunesse européenne, la première à être élevée par la télévision, avec ses premiers mangas
(Goldorak/Albator) et Il était une fois l'homme, la première qui allait grandir dans un contexte
de ralentissement de la croissance, d'apparition du chômage comme phénomène de masse,
et qui, si l'Europe n'avait pas tricoté un maillage serré de traités, aurait pu connaître la guerre,
à nouveau, comme solution traditionnelle, historique, imparable pour faire repartir l'économie,
lorsque la situation dans l'ex-Yougoslavie, dans les Années 1990, aurait pu en être l'opportunité.
L'Union européenne - dont l'ami Klossa est l'un des meilleurs espoirs de renouvellement,
l'un des plus imaginatifs et convaincants porteurs de perspectives, d'évolution et d'avenir -
cette union qui n'était alors qu'une Communauté fut ce qui nous a sauvés de la catastrophe,

même si trop faible encore pour éviter celle qui a ravagé les Balkans pendant dix ans.
Je suis d'une génération sauvée de la guerre par l'Union européenne.
Lorsque, je ne le rappellerai jamais assez, la France et l'Allemagne - à peine réunifiée -

n'avaient pas soutenu les mêmes belligérants, et que nous avions le cocktail parfait
pour que notre continent replonge en entier dans un chaos dont il a le secret.
J'avais vingt ans quand j'ai vu à la télévision l'ex-Yougoslavie sombrer dans la barbarie.
Et l'euphorie vécue collectivement dans nos tripes à la chute du Mur de Berlin,
fut vite balayée par les nuages noirs qui s'amassaient à nouveau sur l'Europe.
Nous avons connu cette période où le recours à l'emprunt et aux marchés financiers,
serait cette prétendue nouvelle astuce pour gagner du temps et retarder la fatalité de la guerre.
Et, si ce levier a permis à l'Occident de garder son train de vie quand il ne produisait déjà plus,
quand la désindustrialisation avait déjà fait chez nous des dégâts sociaux considérables,
on peut lui reconnaître l'avantage de nous avoir mis à l'abri des vieilles recettes de l'Histoire,
à l'abri pendant soixante-dix ans des solutions les plus radicales et meurtrières.
Mais cette logique a ses limites. Et cette paix a un prix.

La dette... Une bombe à retardement.
Et ce n'est pas à ma génération que je pense.
Je passe voir ma nièce, opticienne diplômée, une jeune femme splendide, brillante,

à la fois fraîche et sérieuse, la tête sur les épaules, plus comptable et rationnelle que moi.
Née en 1989. En cette fameuse année de bicentenaire de la Révolution Française.
Cette année fantastique de mes 17 ans. Où j'allais être tonton pour la première fois.
Bouleversé. Comme j'allais être bouleversé par les images de Berlin en novembre.
Quelle année quand on y pense. J'étais au lycée. Dépucelé depuis peu.

Et je découvrais ensemble l'amour, le sexe, le monde, et l'ampleur des défis de ma génération.
J'y pense, et, oui. Emilie a grandi dans un monde sans rideau de fer et sans Guerre Froide.
Née quelques mois avant la chute du Mur, elle ne peut avoir inscrit dans sa vision du monde
cette bipolarité qui avait organisé si fermement l'humanité depuis la seconde guerre mondiale,
elle ne peut avoir la mémoire, ni même l'empreinte, de cette organisation politique.
Et en la regardant, je me demande soudain ce que peuvent représenter pour elle, de ce fait,
la droite, la gauche, le capitalisme, le socialisme, quand elle n'aura finalement connu
que ce monde unipolaire qui deviendrait à la force d'internet notre monde globalisé.
Sa sœur, Ingrid. Née en 92. L'année de l'Espagne. Et de mes 19 ans.
Aujourd'hui étudiante en Pharmacie à Montpellier. Ravissante. Déterminée.
Elle ne peut avoir de souvenirs des JO de Barcelone ni de l'Expo de Séville.
Le triomphe d'une Europe. La CEE. Le succès du processus d'adhésion. Espagne et Portugal.
L'euphorie sur une rive de la Méditerranée, couvrant le désastre absolu des Balkans.
Les Jeux de Barcelone contre la Croatie en flammes.
Je regarde mes nièces avec tendresse et émotion. Mais avec un caillou dans la chaussure.
Celui d'une fuite en avant. A laquelle je participe comme citoyen conscient. Parmi d'autres.
Nous ne cessons de gagner du temps. De retarder ce qui devient de plus en plus pressant.
Comme d'autres, je ne veux pas penser au poids de la dette par habitant.
Comme tout le monde, je vis avec, habitué comme on l'est à la pression atmosphérique.

Je ne condamne pas les générations avant la mienne.
Lorsqu'on voit bien que, dès les Années 70, des décisions légitimes à l'époque,
peuvent apparaître maintenant comme irresponsables ou désastreuses,

quand nous voyons que des directions prises dans les Années 80 ont eu autant
d'effets tragiques immédiats que d'épouvantables conséquences sur la période contemporaine.
J'essaie d'équilibrer au mieux mon jugement, même s'il est tentant d'accuser une génération,
toujours aux affaires aujourd'hui, qui ne mérite pas qu'on la tienne pour seule responsable
de tous les maux, en recontextualisant notamment des choix dont il serait facile ou malhonnête

de ne pointer aujourd'hui que les mauvais aspects et les répercussions catastrophiques.
Si les décideurs sont responsables, nous le sommes tous. Ma génération comprise.
En ayant agi comme en ne l'ayant pas fait. Nous sommes tous comptables de notre société.
Les guerres pour l'énergie ? Le nucléaire ? La robotisation ? Les délocalisations ?
Qui peut nier que nous tirons avantage aussi personnellement de ce que nous pouvons,
ailleurs, ensuite, condamner idéologiquement et moralement ?
Il ne s'agit pas pour moi de chercher des coupables. Ce serait déjà chercher un ennemi.
Quand il serait tentant aussi d'aller le chercher encore, comme souvent, du côté des banques.
Je partage avec Klossa l'idée que nous devons trouver en nous les ressources intellectuelles
pour trouver des solutions aussi efficaces que la guerre pour nous sortir de la crise,
et qui puissent précisément nous épargner d'y avoir finalement recours.
Les quadras dont Guillaume est devenu un porte-parole, et dont je fais désormais partie,
ont eu, en Europe de l'Ouest, cette chance de n'avoir jamais connu la guerre,
et cette malchance de n'avoir jamais connu que la crise, dans un monde où semble-t-il,
nous n'ayons plus d'autres choix que d'avoir à choisir entre les deux.
Depuis 2008, l'étau se resserre. La crise est continue. On n'en voit plus le bout.
Et si nous ne nous inquiétons plus vraiment pour notre propre avenir quand nous sommes,
parents ou pas, en âge de l'être, nous avons de sérieuses raisons de nous inquiéter, tous,
pour les générations qui suivent, d'autant plus à cette sensation de ne plus rien maîtriser.

Ce sont des chiffres régulièrement publiés.
Le montant (connu) de la dette qui pèse sur les épaules de chaque nouveau-né français.
Je ne les ai pas en tête. Et les couples n'y pensent heureusement pas en concevant des enfants.

Mais je suis fatigué de l'inconfort que c'est de maintenir tout le monde dans l'idée du sursis.
On ne vit qu'une fois et les droits fondamentaux liés aux libertés individuelles ne sont rien,
s'ils ne sont pas inhérents au droit de chercher le bonheur et au seul souci d'être heureux.
A titre individuel ou collectif, l'endettement, aux plaisirs immédiats qu'il procure,
aux désirs qu'il peut satisfaire, comme aux besoins enfin, auxquels il permet de subvenir,

dans l'urgence, garde un revers de médaille particulièrement désagréable qui pollue tout,
dans le quotidien, jusque dans notre sommeil, quand il réveille des sentiments naturels
comme la honte et la culpabilité, qui empêchent radicalement ce à quoi nous aspirons tous.
La mauvaise conscience, même en l'anesthésiant dans l'ivresse, est une enclume, une prison,
qui permet tout sauf la sérénité, la confiance, sans lesquelles il n'y a pas de paix intérieure.
Désoeuvrée, il y a dans cette fuite en avant quelque chose de purement suicidaire.
A l'échelle d'un seul individu, comme à l'échelle d'une ville, d'un territoire ou d'un pays entier.
Et je me demande si, à tout gérer depuis si longtemps à court terme, au jour le jour,
au coup par coup, nous avons seulement une idée de ce que nous aimerions idéalement.
Pour le monde. Pour l'humanité. Pour l'Europe. Pour la France. Pour notre cité.
Pour notre famille. Pour notre couple. Pour nous-mêmes... Le savons-nous au juste ?
Ne devrions-nous pas partir de cela ? Prendre le temps, et c'est curieux de le formuler,
j'en conviens, mais c'est de ça qu'il s'agit, prendre le temps de se poser la question.
Oublions le contexte. Oublions les contraintes. Oublions la conjoncture. Les circonstances.
Vous avez une baguette magique. Qu'en feriez-vous ?
Je ne demande pas ce qu'il faudrait faire. Je ne demande pas par quel chemin passer.
Je vous demande, les yeux dans les yeux : à quoi aimeriez-vous arriver ? Que voulez-vous ?
Ne faut-il pas partir de l'absolu, d'abord, pour trouver les moyens de s'en approcher ?
Il faut prendre le temps de réfléchir à la société idéale. A l'Europe idéale. La France idéale.
Prendre le temps de réfléchir à ce dont nous avons intimement envie ou besoin.
Pour nous et ceux que nous aimons. Et il sera plus facile ensuite d'en trouver les chemins.
Ou de les inventer. Mais il faut pour cela faire les choses dans l'ordre.
Et je pense aux jeunes, quand il est trop tard pour nous, à qui personne n'a posé la question.
Je veux demander ici aux jeunes : qu'aimeriez-vous ? Que voulez-vous ? Qu'attendez-vous ?
Quand c'est votre réponse qui fera feuille de route.

En effet, c'est une question qu'on ne m'a jamais posée.
Je fais partie de cette génération qu'on n'a pas consultée quand celle d'avant gérait tout.
De cette génération d'adolescents attardés qui régresse ou peine à devenir adulte.

D'une génération infantilisée incarnée par Tanguy qui fait tout comme celles d'avant
mais avec presque dix ans de décalage, peut faire des enfants et rester chez maman,
puisqu'une génération pour qui, pour la première fois, n'ayant connu que la crise,
il n'était plus assuré de pouvoir vivre mieux que la génération précédente.
Si les quadras sont en âge et en position désormais de prendre des décisions,
j'insiste sur le fait que nous ne pouvons plus ne les prendre que pour nous-mêmes,
et que nous avons la responsabilité dont parle Guillaume Klossa de préparer l'avenir.
Mais tout est dit dans ces deux mots. Préparer l'avenir. Quand il n'est plus question du nôtre.
Au niveau familial. Au niveau municipal. Au niveau national. Au niveau européen...

Qu'attendons-nous pour commencer par le commencement ? Consulter la jeunesse.
Demander à nos enfants comment ils voient les choses. Comment ils les envisagent.
Ces enfants qui se foutent de la droite et de la gauche pour n'avoir pas connu l'URSS.
Qui se rappellent à peine du 11 Septembre. Qui n'ont pas connu l'émergence d'internet.
Vivent comme si les smartphones et Google avaient toujours existé.
Savons-nous ce qu'ils ont dans le ventre ? Ce qu'ils veulent réaliser ?
N'est-ce pas ce que les parents font pour les aider au mieux ensuite ?
Leur demander d'abord : " qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? "
L'avenir, ce n'est pas nous. C'est eux.
Et la chose politique devrait renouer avec ce décalage heureux :
celui qui consiste à prendre des décisions pour d'autres que nous-mêmes.
Pour les générations futures, et d'abord celle de nos propres enfants.
Accepter l'idée de ne pas bénéficier de nos propres décisions.
Accepter le bonheur de construire enfin quelque chose de plus grand que nous-mêmes.
Celui d'embrasser le long terme. De créer quelque chose pour le plus grand nombre.
Quand Klossa n'est pas en reste pour invoquer l'intérêt général.
Sa génération, qui est la mienne, devra d'abord pour être à la hauteur
avoir le culot de poser publiquement cette seule question : que voulons-nous ?...
Cela n'a l'air de rien. Mais c'est la seule question qui vaille.
Individuellement. Collectivement. Pour qui veut faire quelque chose.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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St-Jacques, et l'urbanisme

Publié le

St-Jacques, et l'urbanisme

Et ça monte. Et ça descend. C'est Perpignan. Et ses ruelles.
A l'approche des Carmes, je suis furieux. Une petite maison abattue.
Encore un terrain vague. Une parcelle vide. St-Jacques qui disparaît.

Sur le trottoir d'en face, l'échafaudage ne m'inspire pas confiance.
Cela ne ressemble pas à de la rénovation. On va faire tomber la maisonnette.
Ouvrir un nouvel espace dont on n'a rien à faire. Quand elle est une pièce du puzzle.
Elle n'a sans doute aucune valeur, ni historique, ni architecturale, mais bon sang,
elle a une valeur patrimoniale parce qu'elle participe à l'ensemble.
Comment vous expliquer. Quand vous allez à New York ou à Barcelone.
Vous voyez bien. Vous sentez bien. Dans vos tripes. Ce que l'urbanisme conditionne.
Le plan en damier. Les perspectives. Sans avoir à s'attarder sur les détails d'une façade,
sans avoir à s'arrêter pour contempler tel building, tel immeuble, tel porche, telle entrée,
nous sommes d'abord happés par un agencement, par une organisation urbaine, une énergie,
une logique, pensée, qui nous met aussitôt dans un état d'esprit particulier.
Les lignes de fuite hallucinantes de Barcelone, avec avenues parallèles à sens uniques,
ses rues perpendiculaires, imposent d'abord un flux de circulation, il s'agit d'abord

de considérations pratiques, quand on voit bien qu'elles oeuvrent aussi à une esthétique.
Barcelone a donc gagné, avec l'Eixample, une physionomie singulière, une morphologie,
reconnaissable, identifiable, qui n'est pas celle de Séville ni celle de Madrid.
New York ajoute à ce plan orthogonal la hauteur des gratte-ciel qui accentue l'effet canyon.
Et, ici encore, au-delà de la qualité ou de la médiocrité de tel ou tel building,

de l'intérêt historique de l'un, de la banalité du suivant, on est d'abord impressionné,
spontanément, instantanément, par l'occupation de l'espace, l'organisation de l'espace,
l'accumulation de bureaux et de logements en hauteur, la circulation au sol entre les titans,
et, pour ceux qui ne connaissent pas, je vous garantis que, aux couloirs que cela libère,
l'impression de tunnels à de tels dégagements rectilignes influe directement sur votre mental,
crée une pulsation cardiaque et une foulée particulières, crée une émulation spéciale,
une électricité, euphorisante, qui impulse une volonté étrange d'arriver quelque part.
C'est New York. Et Paris offre autre chose. Et Venise inspire encore autre chose.
Mais il faut concevoir que c'est l'urbanisme qui crée ces dispositions particulières,
que c'est lui qui fera que vous ne pourrez pas vous mouvoir de la même façon,
si vous vous promenez dans les rues de Los Angeles ou dans la médina de Tétouan.
On ne circule pas de la même façon dans les rues de Mexico et dans celles d'Istanbul.
Et ce que la ville ordonne de façons de se déplacer, de façons d'aller d'un point à un autre,
conditionne votre humeur comme votre pensée, en vous imposant son rythme et son paradigme.
L'urbanisme est une vision du monde, une vision de la société, même quand elle est anarchique,
dit tout de son histoire et de ses habitants, de sa culture, de ses valeurs, de ses intelligences,
et elle prédomine souvent sur quelques joyaux architecturaux devenus anecdotiques.

Dans le quartier St-Jacques de Perpignan, je suis heureux de voir des échafaudages,
enfin, sur les quelques bâtiments remarquables dont nous disposons.
Je félicite la municipalité pour cet effort et m'en réjouis sincèrement.

On rénove l'Ancienne Université, le seul monument XVIIIe de la ville paré de l'ornementation
ostentatoire et néoclassique en vogue à cette époque dans l'ensemble de l'Europe,
le seul qui affiche une volonté de grandeur et de rayonnement avec une façade d'apparat,
comme on rénove le Muséum d'Histoire Naturelle, qui est d'abord l'Hôtel Çagarriga,
dont une fenêtre armoriée et l'escalier sont classés.
Mais, encore une fois, les quelques monuments dont Perpignan dispose,
aussi beaux ou intéressants soient-ils, ne font pas l'ADN et l'identité de cette ville,
même lorsqu'ils participent, précisément, à comprendre l'hésitation et parfois la confusion
sur ces questions, sensibles à la diversité voire au mélange des styles, d'un peuple balloté
entre l'Aragon et la Catalogne, entre la France et l'Espagne, tout au long de son Histoire.
Ce qu'on trouve d'abord à Perpignan, comme dans toutes les villes du monde,
avant-même de pouvoir s'extasier sur la Casa Xanxo ou sur la cathédrale St-Jean,
même sans en avoir la science ni la conscience, c'est une organisation de l'espace.
Et, la ville ayant cette chance insolente d'être ancienne, le cocktail est singulier
puisque des siècles ont façonné des expansions, des développements, des revirements,
au gré des périodes de fastes et de prospérité, comme à celles des crises et des coups durs,
entre volontés individuelles et publiques, entre déterminisme, contraintes et impondérables.
J'ai expliqué cela déjà de notre patrimoine art déco, St-Jacques peut ne pas nous plaire,
St-Jacques, c'est Perpignan, c'est nous, notre singularité, ce qui fait que Perpignan
n'est ni Narbonne, ni Gérone, ni Toulouse, ni Barcelone, c'est l'héritage d'une cité royale,
celui de l'expansion fulgurante d'une petite ville à l'installation de la Cour, s'il vous plaît,
des Rois de Majorque, faisant de Perpignan la capitale d'un royaume, attirant du monde,
des commerçants, des artisans, et mille talents, et la ville, qui était alors the place to be,
pouvait rivaliser avec ses voisines, parfois-même les dépasser, quand les quartiers entiers
dont nous avons hérité, puisque ce qui est valable pour St-Jacques l'est aussi pour St-Matthieu,
attestent encore aujourd'hui que Perpignan était plus importante que Montpellier par exemple.
Prenez les plans des deux villes contemporaines et comparez-les. Cela vous sautera aux yeux.
Vous verrez vite que le centre historique de Perpignan est plus dense et étendu
que celui de la capitale régionale.

Le trident de l'ancien quartier juif qui monte de la Révolution Française à la place du Puig,
(rue St-François de Paule, rue de l'Anguille, rue Joseph Denis) et au-delà, trois autres rues
parfaitement parallèles (rue des 15 degrés, rue des farines, rue du four St-Jacques)

créent des effets, des perspectives, épousant un relief, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.
Une autre logique lui succède en suivant, en continuant vers la place Cassanyes,
par la rue des Mercardiers, la rue du Paradis, ou la fameuse rue Llucia,
lorsque, même en n'y connaissant rien, nous percevons qu'après un lotissement organisé,
conçu sur une vision globale, nous pénétrons dans une urbanisation plus chaotique,
une sorte de village qui s'est constitué au gré des besoins et des opportunités,
et ces deux aspects mitoyens prouvent aux Perpignanais qu'il y a au moins deux St-Jacques.
J'entends l'argument suivant lequel ce quartier dissimule des trésors oubliés et abandonnés,

mais celui que je défends, que je n'oppose pas au premier quand il est complémentaire,
consiste à dire que le premier trésor est le quartier lui-même, même pauvre, même austère,
même sans chefs-d'œuvre de l'art gothique, sans statuaires délirantes, sans palais flamboyants,

sans rien de particulièrement exceptionnel, quand c'est lui, dans son ensemble qui l'est.
Nous n'avons pas besoin d'attendre d'y trouver des frises ou des ornementations notables
à coup de brosses à dents d'archéologues pour être saisis tout de suite par sa valeur,
inestimable, qui est la densité urbaine exaltante d'une ville prospère du XIVème siècle.
Et si nous n'avons pas eu la chance de conserver l'entièreté de nos fortifications,

d'avoir un Viollet-le-Duc, chances l'une et l'autre discutables de mon point de vue,
pour reconstituer comme ailleurs un fantasme très daté du Moyen-Age,
nous n'avons, avec St-Jacques et St-Matthieu, rien à envier à une ville comme Carcassonne.

Nous avons des remparts flanqués de tours sur une bonne moitié de la façade nord,
nous avons nos couvents et nos cloîtres, conservés plus ou moins soigneusement par l'Armée,
nous avons notre Palais Royal, ses paroisses, et tout le tissu urbain de l'époque médiévale.

Laisser tomber en ruines St-Matthieu et St-Jacques est une tragédie pour ne pas dire un crime.
Outre la catastrophe sociale qui imposerait l'urgence de réagir à elle-seule,
que d'autres dénoncent et dénonceront, avec force et de meilleurs arguments que moi,
je me distinguerai si je dois être le seul en insistant sur la catastrophe patrimoniale,

qui est donc une catastrophe aussi identitaire qu'économique,
quand laisser s'effondrer ces quartiers dans l'indifférence générale
ne consiste pas pour Perpignan à se tirer une balle dans le pied mais dans la tête.
Conservez les alignements de façades, même modestes. Conservez le tracé des rues.
Conservez l'aspect labyrinthique. Conservez cette densité et ce foisonnement.
Quand l'amélioration du bâti et des conditions sanitaires nécessaires n'empêchent en rien
la préservation du patrimoine et de ce qui fait notre attraction touristique et culturelle.
Les deux défis ne sont pas antinomiques quand ils vont au contraire dans le même sens.
A moi de vous convaincre que ce que vous voyez comme obstacle est une opportunité.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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L'unicité

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La vibration. Dans la paume de ma main. La pulsation.
Du sperme dans ta bouche. Puis dans la mienne quand je t'embrasse.
Aux pelles que je te roule, avec leur mélange de salive et de foutre.

C'est un jeu très sérieux. Solennel et ludique. Enfantin et vaudou.
Ce n'est pas moi qui suis ésotérique. Quand c'est la vie qui l'est.
Et nous dévorons notre désir l'un de l'autre. Le festin cannibale.
Le sexe est un rituel. Le corps sacrifié sur l'autel des fusions impossibles.
Il est vain de vouloir être l'autre. Mais peut-être le sommes-nous déjà.
Je mange du sperme qui ne fécondera rien. J'ai d'autres moyens d'ensemencer.
Pour tout finir. Recommencer. Devenir toi. Changer de rôle. Changer de peau.
Mes doigts dégagent ton front. Je veux te voir. Et m'approcher. Dans les pupilles.
Ecarquillées. Ecartelées. M'enfouir en toi. M'enfuir de moi. Nous accrocher.
Ecorché vif. Je peux saigner. Tu sais que tu ne risques rien.
C'est ma douleur ou mon plaisir. C'est mon corps qui devient le tien.
Mon sexe épais qui se disperse, se liquéfie et te transperce. Dans ton été. Dans ton étau.
Où je peux être bois et rabot. Je me remplis et me déverse. Organes vitaux.

Les génitaux qui se travaillent, qui se malaxent, qui se masturbent, se font du bien.
Se fondent les uns sur les autres pour nous répandre fiévreusement dans l'infini.
Je saisis ton corps qui se cambre, dans un râle ou dans une chambre, je l'investis,
pour mêler mon âme à la tienne, laisser nos esprits se rejoindre, s'ébrouer en toute liberté,
parce qu'en confiance, avec nos délires et fantasmes, nos névroses et nos anxiétés.

Je lèche tout de la matière. La crème à faire pénétrer. Quand tout est bon.
Quand il faut franchir les frontières, passer les murs et les barrières, tout le 3D,
ce qui divise, ce qui sépare, compartimente, et nous isole, ce qui segmente, ce qui fragmente,
quand nous voulons nous unifier, devenir un, contrer les lois de la nature, pour être ensemble.
Je te regarde, et en surface, je vois ton être me sourire derrière la vitre de tes yeux,

et attiré, je veux plonger, entrer en toi, un désir au-delà du sexe et du plaisir.
Nos langues vont au plus profond qu'elles le permettent. L'étreinte pour nous encastrer.
Forcer les muscles et les os. Tout défoncer. La chair en cendres. Pour nous trouver.
Je te veux toi. Ne veux que toi. Seule complémentarité. La part manquante.
Quarante-trois lunes. L'unicité.

 

Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan

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