Nous sortons Cédric et moi sur un trottoir assez large après les portes automatiques.
Nous sommes au beau milieu d'un après-midi chaud et ensoleillé digne des plus beaux étés.
Derrière moi, au bout de mon bras, il y a un bagage imposant qui glisse en silence sur ses roulettes.
Je ne sais pas très bien où je suis et ne m'en inquiète pas. Je sais à peu près ce qu'il faut faire.
Il s'agit d'abord de trouver un taxi. Et avant cela, pour être méthodique, de trouver une station de taxis.
Je ne connaissais pas cet aéroport. C'était la première fois de ma vie que je me trouvais ici.
Lorsque j'étais venu dans la région quatorze ans plus tôt, j'avais atterri à Fort Lauderdale.
Je sais que notre hôtel n'est pas loin. Je me souviens très bien de la configuration générale.
Nous sommes dehors, et, Cédric le sait et prend patience, j'ai besoin de fumer une cigarette.
Je ne l'ai pas volée. Je ne sais même plus où et quand j'ai fumé la dernière.
Nous ne sommes pas pressés. Nous sommes dans la place. Arrivés à destination.
Quelques heures plus tôt, pouvions-nous être encore au-dessus de l'Atlantique ?
Le plateau repas. L'overdose de films dans les oreilles à suivre de très loin à moitié endormi.
Je me rends compte qu'aucun d'entre eux n'a véritablement retenu mon attention.
Incapable de dire quels en étaient les titres, les acteurs, et ce qu'il s'y passait.
A quoi ressemblaient les hôtesses ?... Je n'en ai pas la moindre idée. Y étais-je vraiment ?
Il y avait dû y avoir le manège traditionnel de l'accueil des passagers, du rangement des bagages à main,
des incompréhensions et négociations plus ou moins amicales sur le numéro d'un siège déjà occupé,
des rites individuels qui différencient toujours les habitués de ceux qui sont bruyants et agités,
quand certains sont tout de suite déchaussés et absorbés dans leurs lectures à la lumière de la veilleuse.
Il y avait dû y avoir en suivant la séquence du rappel en vidéo des consignes de sécurité,
cette musique anarchique et métallique des boucles de ceintures, couverte par la démonstration
dans les haut-parleurs toujours grésillants, en plusieurs langues, qui explique invariablement
comment appliquer le masque à oxygène et comment gonfler son gilet de sauvetage,
qui annonce toujours l'imminence du décollage alors que l'appareil roule déjà sur les pistes.
Avais-je pu embarquer dans cet avion à Barcelone ? En pleine nuit ? Cela était-il sérieux ?...
En tirant sur ma cigarette, en plein été, quelque part en Floride, je n'en étais pas convaincu.
D'ailleurs, outre la chaleur sur ma peau, une odeur particulière peut-être, dans l'air, la lumière,
certaines physionomies, quelques uniformes, les indices étaient encore rares ou timides.
La Floride ?... Pour l'instant, nous étions au milieu du bitume et du béton d'un terminal d'aéroport.
Des véhicules défilaient devant nous, et des taxis jaunes nous permirent de situer la station voisine.
J'écrasais ma cigarette et nous n'eurent pas besoin d'en parler pour partir dans la même direction.
Je n'étais pas encore certain du bien-fondé de ma présence ici,
lorsque le " ici " était une notion floue, théorique, à laquelle j'étais incapable de réfléchir.
Cédric et moi prenons possession de notre petit espace vital en classe économique.
Je suis saisi comme chaque fois par la puanteur de plastique et de détergent propre aux cabines.
La moquette rase sent mauvais. Comme dans tous les avions. Et l'on s'en accommode toujours.
Il y eut le manège traditionnel de l'accueil des passagers, du rangement des bagages à main,
des incompréhensions et négociations plus ou moins amicales sur le numéro d'un siège déjà occupé.
Nous n'avions pas grand chose à faire, mais nous étions déjà dans une sorte de pic d'activité.
C'est ce qu'il nous semblait à tous après avoir attendu toujours trop longtemps de pouvoir embarquer.
Avions-nous pu vraiment passer tout ce temps dans les fauteuils métalliques de l'aéroport de Barcelone ?
Je n'étais pas certain que nous ayons pu vraiment passer la moitié de la nuit à rester éveillés là,
dans cet immense hall aussi grand et aussi vide qu'une cathédrale, à sonder le silence sans dormir.
C'était peut-être dans une autre vie. Je ne suis sûr de rien. Je suis simplement à mon siège.
Je ne sais pas d'où nous venons et où nous allons. Je suis avec Cédric dans un Boeing à l'arrêt.
Je me laisse faire. Des hôtesses que je ne regarde pas arpentent les allées pour porter assistance.
J'attends. Comme si l'attente en salle d'embarquement n'avait finalement jamais existée.
Je ne suis ni heureux ni malheureux. Ou bien les deux à la fois.
Je reviens aux Etats-Unis. Vers mon Amérique chérie. Vers une vie d'avant.
Je suis encore à Barcelone. Les vacances d'été. Mon enfance en juillets. Le rire de ma mère.
Cédric à mes côtés. L'ami fidèle avec qui j'allais à l'école à Bompas, au collège à Perpignan.
L'avion bouge et l'aube est encore loin. Devant chaque passager, un écran lumineux.
Commence la séquence du rappel en vidéo des consignes de sécurité,
la musique anarchique et métallique des boucles de ceinture, couverte par la démonstration
dans les haut-parleurs grésillants, en plusieurs langues, qui explique à qui veut l'entendre
comment appliquer le masque à oxygène et comment gonfler le gilet de sauvetage.
Je n'ai jamais sorti mon bagage de la navette du parking devant la porte tournante du terminal,
en pleine nuit, quelque part entre Barcelone et Castelldefels.
Nous allons décoller et traverser l'Atlantique.
Quelque part entre Castelldefels et Barcelone, en pleine nuit,
j'ai sorti mon bagage de la navette du parking devant la porte tournante du terminal.
Le sac est énorme. Je ne me souviens pas l'avoir préparé moi-même.
Avais-je eu le temps de plier les tee-shirts et les chemises pour les y installer précautionneusement ?
Il faut croire que oui. Je vis seul. Et je dois me faire confiance. J'avais bien dû trouver le temps.
Les machines de linge. L'étendoir. Compter les jours et les sous-vêtements. Imprimer les billets.
La trousse de toilette. La réservation de l'hôtel. Les affaires de plage. Le passeport.
Le véhicule s'en va et nous laisse, Cédric et moi, sur un trottoir désert de l'aéroport.
Nous avions laissé son automobile sur un parking surveillé de l'autre côté de l'autopista.
Avec la sensation d'avoir progressé ou réglé un problème. Nous étions près du but.
Derrière moi, au bout de mon bras, il y a ce bagage imposant qui glisse en silence sur ses roulettes.
Nous cherchons sous une énorme voûte de béton des tableaux lumineux qui affichent des horaires.
Il est deux ou trois heures du matin. Nous trouvons le logo de la compagnie et la destination.
Notre vol est annoncé. Nous sommes au bon endroit. Nous sommes dans les temps.
Avons même une paire d'heures à attendre au milieu de nulle part, dans ce no man's land,
d'où je ne perçois même pas le souffle magique et enivrant de ce gros monstre de Barcelone.
Je sais qu'il crépite tout près de toute sa fureur, mais suis incapable d'en partager la fièvre.
Avions-nous réellement pris la route à minuit en pleine tempête ?
Avions-nous vraiment ralenti au péage pour prendre un ticket et l'autoroute ?
Avions-nous roulé dans la nuit dans le Col du Perthus, à fendre les Albères, pour passer en Espagne ?
Dépassé les villes de La Jonquère, Figueres, puis Gérone ? Où la pluie avait fini par cesser ?...
Je n'ai aucune idée de ce qu'il s'est passé. Je suis présentement à la recherche d'un fauteuil.
Cédric semble aussi absent que moi. Entre deux mondes. Nous installons notre bivouac. Et voilà.
Nous passons côte à côte la moitié de la nuit à rester éveillés là,
dans cet immense hall aussi grand et aussi vide qu'une cathédrale, à sonder le silence sans dormir.
J'ai sorti un guide que j'avais conservé de mon voyage en Floride de l'an 2000. Quatorze ans plus tard.
Il faut que je sorte fumer tant qu'il est encore temps. Je laisse Cédric à notre campement.
Je franchis sans bagage la porte tournante. Suis seul sur le trottoir. Regarde à droite.
Où se trouve quelque part la ville de Barcelone. Toute la Catalogne.
Gérone. Figueres. La Jonquère. Le Col du Perthus. Ma ville de Perpignan.
Et le grand amour de ma vie.
Cédric m'avait appelé comme prévu. Depuis Bompas.
J'étais fin prêt, dans mon studio de Perpignan, à l'attendre. Comme prévu.
J'avais fait tourner mes machines de linge. Plié les tee-shirts et les chemises.
J'avais trouvé le temps d'imprimer les billets. De ranger la réservation de l'hôtel et le passeport.
Cédric partait en voiture pour venir me chercher. Comme prévu. C'était l'heure du départ.
Dans mes fenêtres, l'apocalypse. Une pluie diluvienne. Spectaculaire. Effrayante. Alerte orange.
Mon bagage est bouclé. Ma gorge est serrée. Je ne sais pas ce qu'il est en train de se passer.
Je n'ai aucune appréhension. Je me moque du voyage. Des procédures. De l'immigration américaine.
N'ai même pas l'angoisse de l'annulation du vol. Alerte orange. Pas même l'appréhension du risque.
Ma rue est un torrent. Le ciel a craqué. Eviscéré. Il m'est tombé sur la tête. Je suis sonné.
Sous la pluie. Tropicale. En novembre. Où je ne sais plus où j'habite.
Au téléphone, certes, nous avons évoqué la météo. Les médias avaient conseillé de rester chez soi.
D'éviter autant que possible les déplacements. Nous avions convenu de tenter notre chance.
Prendre la route, de nuit, comme prévu, pour aller chercher notre avion à Barcelone.
Nous ne pouvions pas renoncer au voyage. Nous avions booké les vols, l'hôtel et mes rendez-vous.
Je suis entre deux mondes. Ne suis ni heureux, ni malheureux. Ou les deux à la fois.
Je n'ai pas reçu le signal téléphonique du double appel. Je ne t'ai pas parlé au téléphone.
" J'apprécie, mais ne prends pas de risques inconsidérés... " Attention à l'état des routes.
Il pleut des cordes sur Perpignan. C'est d'une violence ubuesque. Je suis cette violence.
Eviscéré. Ecartelé entre le désespoir et l'espoir. Entre la détermination et le renoncement.
Je ne t'ai pas ouvert ma porte. Je n'ai pas pleuré. Je n'ai pas serré ton corps dans mes bras.
Tu ne m'as pas rendu la clé de mon immeuble. Je n'ai pas accepté que tu me la rendes.
Je ne l'ai pas jetée violemment dans le tiroir de la table de chevet. Je ne suis plus rien.
Mon bagage était bouclé. Sur le départ. J'étais fin prêt. Prêt à affronter la tempête.
Cédric me rappelle. Il est garé au bout de la rue. Je dois lâcher mon oreiller. Trouver du courage.
Nous partons passer une dizaine de jours à Miami. Ce devrait être une fête. Et ce n'est rien.
J'ai débranché tout le matériel électronique. J'ai coupé l'eau. J'ai fermé les volets et l'appartement.
J'ai descendu mon énorme bagage dans l'escalier. La pluie fait un vacarme impressionnant.
Qui couvre même le bruit de la minuterie. Tu ne m'as pas rendu la clé de l'immeuble.
Tu n'as pas fait le trajet jusqu'à Perpignan pour me dire que c'était fini. Je pars à Miami.
Je suis assis. Trempé jusqu'aux os. J'ai claqué la portière. Les essuie-glaces.
Mes cheveux mouillés. Le visage mouillé. Je me tourne vers Cédric et me force à sourire.
C'est une fête. Nous allons ensemble aux Etats-Unis. Comme à la belle époque.
Le bagage est dans le coffre. Nous sommes à l'heure. Tout se passe comme prévu.
Oui. La nuit va être longue. Je ne suis ni malheureux, ni heureux. Je suis toujours amoureux.
La pluie peut tomber. Le vol peut être annulé. Les routes peuvent être fermées. Quelle importance ?...
Je suis assis dans la voiture de Cédric. J'essaie de comprendre ce qui m'arrive. Et ce que je ressens.
Je ne me suis même pas rendu compte que nous avions pris le boulevard, que nous avions roulé,
que nous avions traversé et quitté la ville, déserte, dans la tempête, pour arriver au péage.
J'écoutais Cédric me confier le blues qu'il éprouvait à s'éloigner si longtemps de sa fille.
Sa peur de quelque chose qui lui paraissait d'avance inévitable. Que sa fille lui manque.
Je me souviens être monté dans la voiture, avoir tourné la tête vers lui et m'être forcé à sourire.
Je me souviens avoir compris aussitôt en le voyant que Cédric s'était forcé lui aussi.
La petite a quatre ans et demi. C'était la première fois qu'il partait si longtemps de la maison.
La première fois qu'il passerait tant de temps sans la voir. Et il était proche de l'état de panique.
Je comprends mon ami. Je n'ai pas d'enfants mais je comprends ce qu'il éprouve.
Je suis à Limoges, dans un appartement, et je suis témoin de la panique d'un père séparé de ses enfants.
Je suis là. Partage cette expérience étrange. Le premier week-end entier passé sans ses propres enfants.
J'assiste à cela impuissant. Impuissant. Je suis impuissant à consoler un ami comme à garder un amour.
Je ne suis plus aimé. Mon amour ne m'aime plus. Et j'écoute Cédric me parler de sa fille.
Tu ne m'as pas rendu la clé de mon immeuble. Tu n'as pas fait le trajet à Perpignan pour cela.
Je n'ai pas ouvert l'œil, en pleine nuit, pour découvrir ton sourire au milieu des oreillers.
Je n'ai pas dormi avec toi. Je n'ai pas fait la route avec toi. Nous ne nous connaissons pas.
Je ne sais pas qui tu es. Tu ne sais pas qui je suis. Je ne suis personne. Je ne suis plus rien.
Je ne suis pas allé à Limoges. Je ne suis pas allé à Roissy. Je vais à Barcelone.
Des phares éclairent quelques mètres de route qui vomissent toute la flotte qu'une pluie peut pleuvoir.
Je me sens bizarre. Je me sens ailleurs. Je m'accroche à ce que me dit Cédric de son mal-être.
Je voudrais juste dormir. J'ai besoin de dormir. N'ai plus de forces pour rien.
Je ne trouve pas de mots pour réconforter mon ami d'enfance. Nous allons en Floride.
La confiance. Que je tenais pour supérieure à l'amour lui-même.
Quand elle est plus précieuse que lui. Parce qu'elle est bien plus rare.
Je voulais croire de toute mon âme que nous pouvions réussir cela ensemble.
Pensais que c'est à cela que tu voulais croire aussi, lorsque tu as pensé de moi " c'est lui ".
A l'instant même où je me suis retourné Place Molière et que nos regards se sont croisés.
" C'est lui "... peut-être pas celui que tu aimerais, mais celui en qui tu pourrais faire confiance.
J'ai donné toute mes forces à ce projet délirant. Celui de pouvoir nous abandonner l'un à l'autre.
Que nous puissions le faire en toute sécurité et toute discrétion. Epargner notre parano.
Nous mettre le plus possible à l'abri des doutes, de nous-mêmes, et de notre imagination.
Cette relation singulière, unique, extraordinaire, supérieure à l'amour, supérieure à l'amitié,
pour être le savant mélange des deux, l'addition de leurs seuls avantages,
le cocktail nécessaire qui nous garantissaient de pouvoir être à la fois libres et ensemble.
De nous lier l'un à l'autre sans nous attacher. De nous attacher l'un à l'autre sans nous étouffer.
La passion amoureuse sans ses travers. Qui avait la maturité et la folie de respecter nos égoïsmes.
Il s'agissait d'être ensemble libres d'être nous-mêmes. De nous autoriser à n'être que nous-mêmes.
De nous dire les choses quand je ne te les écrivais pas. La vérité. Nos vérités. Même changeantes.
Je n'ai pas cassé le contrat. J'y réfléchis en jouant avec ma bague. Je l'ai respecté jusqu'au bout.
Quand précisément, ce qui s'était passé te prouvait plus que jamais que je restais fidèle au contrat.
J'ai dit la vérité. Je ne t'ai rien caché. Ni de mes démons, ni de mes névroses, ni de mes faiblesses.
Ni de mes paniques. Ni de mes doutes. Ni de mes actes.
Alors, oui. Je suis peut-être chiant. Mais... aurait-il fallu que je me taise pour ne pas l'être ?...
Bien sûr. Je me serais tu, je n'aurais rien dit, fait comme si de rien n'était, et je n'aurais pas été chiant.
Je me serais contenté de te tromper. Et je suis déstabilisé de comprendre que tu aurais préféré cela.
Je comprends que nous ne situons pas la trahison au même endroit.
Et suis triste au constat que nous nous sentons trahis tous les deux.
Je dois gérer un sentiment d'injustice insupportable qui flirte avec la colère.
Ma franchise et ma sincérité étaient mes meilleurs gages d'amour. Elles ont causé ma perte.
Et je vomis tout ce que je suis à cette idée atroce que tu m'aimerais encore si je t'avais menti.
Ce que je n'ai pas fait.
Je regarde par la vitre. La pluie s'est arrêtée. Quelque part après la frontière.
Je n'ai pas la moindre idée de l'endroit où nous sommes. Si nous avons passé Figueres. Et Gérone.
Il y a ce lieu étrange. Le parking surveillé où nous avons laissé la voiture de Cédric.
La navette. Le bagage. Le hall. L'embarquement. Les films à la con dont je ne me souviens plus.
Nous sommes en novembre. La cathédrale est détruite par les pluies diluviennes et notre amour n'est plus.
J'aimerais ne plus être amoureux de toi. Juste pour que les choses soient équitables.
Il n'y a rien de plus injuste qu'une personne qui aime toujours quelqu'un qui ne l'aime plus.
Et rien ne me met plus en colère que l'injustice. Ce n'est pas pour moi. C'est pour la justice.
Et je vois par la vitre de la portière qu'il fait beau en novembre, qu'il fait beau en Floride.
Avais-je vraiment été dans la voiture de Cédric dans la nuit quelque part au milieu de la pluie ?
T'avais-je vu pleurer ? T'avais-je serré dans mes bras ? Avais-je respiré ta peau une dernière fois ?
Cette peau pour laquelle je me damnerais encore. Pour laquelle je serais prêt à me trahir moi-même.
Aurais-tu pu vraiment préférer que je sois malhonnête avec toi ? Comment était-ce possible ?
Tu es témoin que si je pouvais être infidèle je ne voulais pas te tromper. Et que je ne l'ai pas fait.
Parce qu'il y avait un contrat entre nous. Et que je ne m'étais pas épargné pour le respecter jusqu'au bout.
Ce n'est pas l'aéroport de Barcelone la nuit. C'est l'aéroport de Miami. Je suis dans un taxi.
Nous roulons vers South Beach où j'ai réservé un hôtel. Sur Collins Avenue. Dans l'Art Deco District.
Je suis fou amoureux de toi. Et c'est bien ce qui rend cette situation injuste.
L'Amérique est invisible. Je ne me rends pas compte. De ce que je suis en train de vivre.
Je ne suis que les baisers que nous avons échangés. Que les regards que nous nous sommes donnés.
Je ne suis que le " toute la vie " que tu m'avais susurré quand tu m'aimais encore.
Sur un trottoir de Floride, à quelques mètres du Tropic Hotel où j'étais descendu quatorze ans plus tôt,
j'avance avec l'ami Cédric qui m'escorte depuis l'enfance. Le taxi nous a déposé à l'Island House.
Derrière moi, au bout de mon bras, il y a un bagage imposant qui glisse en silence sur ses roulettes.
Je suis de retour aux Etats-Unis. Et je prends la mesure de ce qui arrive avec cette certitude.
Nous nous aimons toujours et surmonterons cette épreuve. Nous dépasserons nos incompréhensions.
Finirons par comprendre l'un et l'autre qu'il n'y a pas eu de trahisons, ni de l'un, ni de l'autre,
que les déceptions qui nous déchirent n'ont pas lieu d'être éprouvées puisque nous nous aimons,
que nous avons besoin l'un de l'autre, que nous voulons continuer à y croire.
Quand il n'y a pas plus bel amour au monde que celui que nous rêvons.
Et que nous sommes toujours irrépressiblement attirés l'un par l'autre.
J'entre dans l'hôtel, épuisé, mais conquérant. Je sais qui je suis. Qui tu es. Que je t'aime.
Et que le bonheur se décide. Je l'embrasse avec toi. Et c'est à cet instant que je reviens à moi.
A South Beach, Miami, dans l'Etat de Floride.
Philippe LATGER / Janvier 2015