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Premier juillet

Publié le

Commencer juillet dans ces conditions me paraissait bien triste.
Mon ami d'enfance m'attend sur son lieu de travail pour que nous allions à Bompas.
Sa fille, en libellule, doit participer au spectacle de fin d'année de l'école.
Je n'avais pas d'enfants pour cela, à 41 ans, voyez-vous, pour ne pas avoir à aller filmer
avec la dernière tablette ou caméra en date ma fille déguisée en pâquerette dans un théâtre
ou une salle des fêtes, en train de faire des moulinets avec les bras sur une chanson débile.
Mon ami vient de se séparer avec la maman de la petite. Il y a à peine deux mois.
Nous nous étions retrouvés mi-avril dans un restaurant du centre-ville, tous les deux,
où il m'avait réservé la primeur de cette terrible nouvelle. 15 ans de vie commune.
Quand je vous dis que ce mois d'avril 2014 était à chier. Un vrai cauchemar. Décidément.
La petite a 4 ans. Ravissante. Petite blonde aux yeux bleus. Qui imite si bien déjà les adultes.
Gena s'était suicidée. Mon meilleur ami me plantait mon équipe et un couteau dans le dos.
La personne que j'aime n'était pas en mesure de me dire si elle m'aimait encore.
Manquait plus que ça. Mon Cédric, au Petit Pastis, qui serre les dents sur un apéritif.
La maman est partie chez ses parents avec la petite. Cédric allait dormir seul cette nuit.
Deux mois et demi plus tard, les choses n'ont pas évolué. Ou disons qu'elles s'installent.
Et nous voilà obligés de jouer la scène d'une comédie romantique américaine,
où le papa occupé va essayer de ne pas manquer le match de baseball de son fils.
Je traverse le pont Joffre sur la Têt et rejoins mon ami dans son local commercial.
Je suis à l'heure et il se change, pour être beau, pour sa fille, et peut-être pour son ex aussi.
La tatie, ma meilleure amie, la sœur de Cédric, nous téléphone. Elle vient aussi en renfort.
Nous nous retrouverons sur place. Dans cette halle, à Bompas, derrière mes deux maisons.
Bompas 1 et Bompas 2. Les deux maisons où j'ai vécu ma petite enfance et plus encore.
22 ans de ma vie. Et c'est toujours déstabilisant pour moi d'avoir à revenir dans ce village.
La maison que la sœur de Cédric nous avait achetée, avenue François Cassagnes,
où j'étais donc conduit à revenir régulièrement, trente ans plus tard,

et celle de la rue du château d'eau, où nous avions déménagé quand j'avais dix ans,
dont j'aperçois les façades grises derrière les cyprès depuis la baie vitrée de la salle de sport.
Le temps est à l'orage. Et mon cœur est aussi lourd que le ciel sur ce décor de désolation.
La maman est venue de son côté. Et nous sommes tous les quatre terriblement gênés.


Je n'avais jamais vu la petite maison sous cet angle. La grande non plus d'ailleurs.
J'ai pris des photos. Bien que sinistres. Tant le ciel était bas, gris, et digne de l'automne.
Pour le spectacle, je suis trop loin, mon zoom ne peut rien à cette distance.
Alignés au dernier rang de gradins bâtis, nous sommes loin des enfants qui s'agitent,
qui tentent de façon chaotique d'être synchronisés dans leurs costumes de papier multicolores,
trop loin pour mon appareil photo, et à contre-jour par-dessus le marché,
puisque le décor fait de quelques paravents de fortune est placé contre une immense baie vitrée.
Alors que les comptines donnent le tempo à la marche ordonnée des abeilles et des libellules,
de terribles éclairs fendent le ciel boursouflé de la Salanque, en fond d'écran, au-delà de la scène,
du spectacle, de la salle, du parking, et de Pia quelque part dans les arbres.
L'orage silencieux en arrière-plan de la fête de fin d'année correspondait à mon humeur.
Je suis saudade. Mélancolique. Et les turgescences des nuages se répandent dans ma poitrine.
A ce gloubi-boulga indigeste de bons sentiments, à celui écoeurant des fiertés narcissiques
de parents émus et attendris, à la contemplation béate de leurs braillards empotés,
j'ai des envies de meurtres, sinon de tempêtes et d'apocalypses.
Je suis pris dans une sorte de kermesse, de meeting évangéliste pour pygmées hystériques,
où je suis comme un imposteur, spectateur de ce qui est l'apogée d'une vie quotidienne,
d'un rythme scolaire et familial, que j'avais été si heureux d'oublier en devenant un homme.
J'ai perdu l'amour de ma vie. J'ai voulu être grand seigneur et je m'en ronge les poings.
Je suis seul. Au milieu de cette communauté amish accro au foot et aux supermarchés.
Au cœur de la vie pavillonnaire de province nourrie aux promos et aux téléréalités.
J'ai voulu libérer mon amour en le rendant à sa vie qui ne pouvait être celle-ci.
Bon sang. Les grillades avec Karine et Stéphane, avec Christophe et Pauline.
Les virées chez Casto et à Super U. N'est-ce pas exactement ce dont je m'étais affranchi...
Que l'orage se déchaîne. Qu'il dévaste la plaine et rase entière la ville de Bompas.


La petite fille de mon ami Cédric est passée tout de suite. Avec la première fournée.
Elle dût s'installer avec ses camarades de classe et attendre sagement, autant que nous,
que tout le monde ait pu faire son numéro, jusqu'à l'orgasme collectif du final.
A ma gauche, Cédric, et sa sœur à ma droite. La maman est assise à l'autre coude de Cédric.
Et je me demande ce qu'ils ressentent l'un et l'autre d'être côte à côte, réunis pour leur fille.
Et au-delà de leur fille, si loin, devant, installée au milieu des autres élèves de son école,
qu'éprouvent-ils l'un et l'autre, en tant qu'homme et femme, à se retrouver si proches.
Peuvent-ils vraiment en deux mois être devenus des étrangers l'un pour l'autre.
Comment cela est-il possible ? Je suis à la couleur de l'orage et à la grisaille d'août.
Mon amour. Ce qu'il est difficile d'aimer quand cela pouvait sembler si simple.
Le mal que ça peut faire quand ça faisait du bien. Que s'était-il passé ?
Je vomis sur les rangs devant moi tout mon dépit et mon chagrin des autres.
Mon enfance perdue qui rôde autour de nous, de cette halle incongrue sortie de nulle part
au milieu de mes vignes, et ces vies ordinaires que je ne juge pas, qui me crèvent le cœur,
aux visages que je croise, ces êtres qui vieillissent et essaient d'exister, ces espoirs piétinés,
et des désillusions que l'on chasse à grands cris de zèbres et de girafes qui dansent à petits pas.
Les éclairs dans les vitres m'enlèvent à l'assemblée et au bourbier des hommes.
J'enrage de te perdre. De te laisser partir. Je me maudis moi-même du mal que je me fais.
Ah, oui, ma grandeur d'âme. Ah, oui, ta liberté. Et la mienne à t'aimer. Chaque chose à sa place.
Je te préfère heureux sans moi que malheureux avec moi. Que de belles paroles.
Ma générosité. Et cette intelligence. Mais que fais-je de moi ? Fallait-il m'oublier ?
Au manque que j'éprouve de ne plus t'embrasser, te sentir, te toucher, et t'entendre parler,
je vais devenir fou de devoir vivre encore sans pouvoir te serrer aussi fort contre moi.
Que Bompas disparaisse en ce 1er juillet. Je veux la fin du monde.


Le public s'est mélangé aux artistes à la fin du spectacle.
Les parents et amis venus récupérer leurs abeilles et leurs libellules.
La petite blonde est avec papa et maman qui la félicitent de tout leur cœur.
Mon envie de chialer est absurde puisque ce n'est pas triste, que c'est un jour heureux.
Je suis, deux pas de côté, avec la tatie gentille qui attend pour embrasser sa nièce,
en train de me convaincre que la petite fille ne souffre pas autant que l'on pourrait le craindre.
Ses deux parents sont là, ils l'aiment et sont fiers d'elle. Tout le monde est content.
N'est-ce pas jour de fête ? Elle reste avec papa. Maman va partir seule de son côté.
Et c'est déjà la norme. La petite fille sait qu'elle reverra maman. Aucune raison de s'inquiéter.
Tatie a quelque chose de prévu de son côté. Papa prend sa fille avec lui. Et son ami d'enfance.
" On va au restaurant ? " L'orage sur nos têtes. L'orage dans ma gorge.
Oui, bien sûr. J'accompagne mon ami. Et nous voilà partis. La petite entre nous.
On va au restaurant. Les deux loups solitaires et la petite fille. On va chez McDonald's.
Sous la pluie de juillet. Bouffer un hamburger et une poignée de frites.

Mon amour. Où es-tu à l'instant ? Peux-tu vraiment ne pas penser à moi à cet instant précis ?
J'ai besoin de toi. Je ne tiendrai jamais la distance. Je ne tiendrai pas la distance sans toi.
Il faut que tu m'aimes. Il faut que l'on s'aime. Absolument. Tout de suite.
Une vie sans te voir n'est pas envisageable. Je ne tiendrai jamais le coup.
La petite est fatiguée. Nous partons avec son jouet McDo et son costume de libellule.
Le papa et sa fille me déposent au bout de ma rue avant de rentrer chez eux.
Et je rentre chez moi avec mes états d'âme. Ma colère. Ma tristesse. Et mon désir de toi.

Je cours à mon platane. Je cours à ma façade et à ses garde-fous. Pour que l'orage exulte.


J'y pense pour ma mère. Je pense au désespoir que c'était.
Imaginer de vivre sans elle. Imaginer de vivre sans pouvoir lui parler et sans pouvoir la voir.
Ni l'entendre. Ni l'embrasser. Jamais plus, je le savais, je ne la reverrais sur cette terre.
Mais bon sang, cette femme était morte. Ma mère était morte.
Et il était techniquement, logiquement, rationnellement normal, que je ne puisse plus
ni la voir, ni l'entendre, ni lui parler, puisqu'elle n'était plus là et perdue à jamais.
Mais toi. Toi. Tu es toujours en vie. Et c'est d'autant plus insupportable.
L'impuissance. La frustration. A laquelle ajouter cette idée de gâchis. Qui me révolte.
Tu es quelque part ici-bas, quelque part dans ma ville, à te mouvoir dans l'espace,
te tenant sur tes deux jambes qui fonctionnent, qui te portent, et nous ne sommes pas ensemble ?
Le temps que nous perdons. J'en hurle tout mon ventre à l'église St-Jean debout dans ma fenêtre.
Il est déjà neuf heures. J'ai envie de fumer. Et je n'ai plus de clopes. Il faut que je ressorte.
Depuis l'étage, je regarde ma rue. A cette place qui était celle où je me campais, chaque fois,
pour te regarder partir, traverser le parvis. La porte-fenêtre grande ouverte. Je suis au garde-fou.
Tout en marchant, tu te retournes une fois. Deux fois. Trois fois. Et puis quatre.
Tu me vois à mon balcon. Je fume et je te regarde. Tu vérifies que j'y suis. Encore. Et encore.
Jusqu'à ce que tu disparaisses au coin de la rue. A chacune de tes visites. C'était un rituel.
Je fume ici ma dernière cigarette sur une rue déserte. La ville d'après la pluie.
La porte-fenêtre ouverte. La fraîcheur fait du bien. L'air paraît respirable.
Tu n'es nulle part. Et je ne respire plus. J'en crève la tête haute. Le blues dans l'abdomen.
Quand je sens la fatigue me figer dans la pierre. Où est l'été solaire ? Où est la lumière de juillet ?
Le fouet délicieux de l'optimisme et de la fête. Les horizons limpides au soleil qui se lève...
Les projets. Le plaisir. Le sourire d'aimer. La chaleur d'être deux. Conquérants et paisibles.
Je ne suis pas l'amour mais l'ombre de moi-même. Vide et sec. A deux doigts de sombrer.
Mon amour. S'il te plaît. Viens souffler sur les braises qui menacent de s'éteindre.
Je ne tiens plus la route. Il suffirait d'un mot. Que tu me fasses un signe. Quel qu'il soit.
Quand je sens au fond de moi que tu m'aimes toujours. Il faut que je le sache.
Il faut que j'en sois sûr. Je ne tiendrai pas la distance si je ne sais plus rien.

La nuit n'est pas tombée. Nous sommes au crépuscule qui s'allonge en soirée.
A cette heure délicieuse où le silence règne aux lumières du jour qui peuvent prendre leur temps
au moment de partir, de passer le relais aux noirceurs qui hésitent, qui traînent de leur côté.
L'activité humaine est déjà suspendue dans ce quartier du centre libéré des touristes.
Tout est d'un calme atroce qui me serre le cœur. Quand il était capable de me rendre fou de joie.
C'est cette heure sensuelle qui désire la nuit, sa promesse d'amours et de sensations fortes.
Celle où des oiseaux bruyants prennent possession des lieux, volent et se font la course,
habitent le silence de leurs cris étouffés, sortant tous de leurs niches pour envahir la ville.
La volupté de l'instant, à peine supportable, à tant de quiétude et d'harmonie parfaite,
devient une torture à l'absence sensible qui me bouffe le cœur. Je déteste mon plaisir.
Puisque tu n'es pas là pour le partager. Mon bonheur ne vaut rien. Il me donne la nausée.
La beauté de ce lieu, la douceur des éléments, tout devient inutile et dépourvu de sens.
Comment n'es-tu pas avec moi pour donner une raison à ce monde d'exister ?
A ce nouvel été qui arrive ? A cette nuit qui avance ? A cette vie qu'il ne faut pas rater.
Perpignan déserté et sans âme qui vive. Un décor de théâtre au milieu du néant. Abandonné.
Qui doit bien être là puisqu'il me semble le voir. Aussi vide que moi. Tout seul à ma fenêtre.
Pourquoi nous refuser de nous faire du bien ? Pour qui nous empêcher ?
Au nom de quoi nous priver du bonheur d'être un peu l'un à l'autre ?
Il faut que je fume. Il faut que je trouve des cigarettes à neuf heures du soir.
Ou neuf heures et demi. Place de la République peut-être. Avec un peu de chance.
Il faut que je respire. Fumer me le permet. Je m'arrache à ma rue et m'habille.
J'enfile une chemise et ferme l'appartement. Descends les escaliers jusqu'à la porte.
Ma vie ne vaut plus rien sans toi. Je sors de l'immeuble et je marche. Et je marche.
Je n'ai pas le droit d'être triste. Pas un premier juillet.

Je tourne le verrou. Les clés dans leur coupelle. La carte de crédit à sa place.
J'ai trouvé quelqu'un pour me vendre un paquet de Marlboro. Il fait chaud.
J'enlève ma chemise. J'allume l'ordinateur. Les clopes jetées sur mon bureau.
Je vais travailler. Ou t'écrire. J'ai envie de t'écrire. Il faut que je travaille.
Le spectacle de l'école est déjà de l'histoire ancienne. Je suis revenu à ma vie.
Le temps que l'ordi s'allume, je vais vider le cendrier à la poubelle côté cuisine.
Le téléphone sonne. Que j'ai laissé sur mon bureau. Mon cœur s'arrête.
Une seule sonnerie. Je retiens mon souffle. Sonnerie unique confirmée.
Je me précipite sur le mobile pour vérifier sur le cadran. Et la chamade.
La roue tourne. Et tout bascule. En deux secondes. En à peine deux secondes.
Ton nom est affiché sur le portable. C'est bien ton nom. Et je piaffe. Je m'impatiente.
Il faut un second appel. Un second appel. Pour m'autoriser à t'appeler.
L'appareil s'éclaire et entame sa mélodie qui s'interrompt à la mesure espérée.
Une seule sonnerie à nouveau. Et mes doigts se mélangent et paniquent sur mon téléphone.
Je peux t'appeler et le fais aussitôt, fébrile, incrédule, debout devant mon bureau.
J'écoute, ça sonne, tu décroches. Je plaisante sur ma réactivité.
" Tu as vu comme je réponds au doigt et à l'œil ?... "
Je ne suis pas en état de jouer une autre partition que la mienne,
quitte à passer pour un affamé, à faire l'aveu de mon manque de toi, oui, je joue franc jeu,
je suis en manque de toi et attendais que tu m'appelles quand je n'attendais que ça.
Je ne sais plus dans quel ordre les choses sont sorties. " Tu vas bien ? Tout va bien ?
Tu as du temps pour parler ? Tu es où ? Ça me fait plaisir que tu appelles. Comment tu vas ? "
J'essaie de contenir tout ce qui m'arrive de partout, fais des efforts pour être cohérent,
commence à faire les cent pas dans mon studio et cherche mes cigarettes,
quand tu n'as pas eu le temps d'en placer une. Et puis, tu lâches le morceau.
" Ça va ? T'es bien, là, torse-nu dans ton appartement ? "...
La lumière orange de l'éclairage public s'était installée dans mon arbre et sur ma cathédrale.
Dans ma rue. Dans mes fenêtres sur lesquelles je me retourne soudain avec un nœud au ventre.
Je m'y élance, le portable à l'oreille, et te trouve sur le banc au pied de mon platane.
Mon amour. Mon amour. Sûr de ton effet. Le smartphone collé sur ta joue.
Les yeux levés sur moi. Avec un sourire à la fois triste et goguenard.
Et ton regard porte autant de malice que de bienveillance, d'insolence que de langueur,
quand il réalise l'exploit de dire à lui seul, distinctement, sincèrement, férocement,
je joue et je ne joue pas.

Le bruit de la porte. La minuterie dans l'escalier. Panique à bord à l'étage.
Putain, mon linge sale. Cette saleté de bouton que je n'avais pas encore hier.
Cette barbe que je m'étais promis de tailler ce matin. Merde. Je ne me suis pas préparé.
Je cherche mes clopes. Je n'ai pas de chewing-gums. Un coup d'œil dans le miroir.
Je ne suis pas à mon avantage. Mais je n'ai pas le temps de m'y arrêter.
J'ai ouvert la porte. Le couloir et ses tomettes. Et tu apparais. A quelques mètres de moi.
Je n'ai jamais cessé de t'aimer mon amour. Je n'ai jamais cessé de t'aimer.
Depuis quatre ans. C'est la même brûlure dans mon corps et dans mes membres.
Tu avances vers moi et tes yeux ne lâchent pas les miens qui crépitent.
Je ne tiendrai pas la distance. Est-ce vraiment ce que je pensais vingt minutes plus tôt ?
Est-ce vraiment ce que je gémissais dans ma porte-fenêtre sur la rue déserte au crépuscule ?
En me complaisant dans mon spleen et mon masochisme ? Je te vois approcher pour de vrai.
Et mes yeux le rugissent. J'ai tenu la distance. Depuis trois mois. Depuis quatre ans.
Quand tu réduis celle qui nous sépare jusqu'à passer ma porte que je ferme aussitôt.
J'ai tenu la distance mon amour. Qui n'a aucune importance quand nous sommes réunis.
Le rituel de l'accolade est timide. Maladroit. Nous ne savons pas ce que nous devons faire.
Je suis sonné. Bouleversé. Encore impressionné par l'image de ta mise en scène.
Tu étais assis sur le banc au pied du platane et me regardais te répondre dans mes fenêtres.
C'est peut-être ridicule. C'est peut-être kitsch à souhait. C'est ce que je voulais. Plus que tout.
Te voir dans ma rue. Particulièrement ce soir où j'étais abattu. Où j'avais besoin de toi.
Mon amour. J'avais besoin de toi. Je prends ta tête entre mes mains pour te regarder.
Les cheveux sur les tempes. Les pommettes. Les grains de beauté. Je passe tout en revue.
Je déchiffre le braille de ta barbe. Ta mâchoire. Ta bouche. Il faut que je m'assure.
Une nouvelle étreinte. Un baiser sec derrière ton oreille. Le temps de sentir ta peau.
Je bande. J'essaie de ne pas t'imposer cette érection qui n'est peut-être pas à sa place.
Mon corps te reconnaît. Il reconnaît le tien et exprime son désir. L'attraction irrépressible.
Et pendant qu'il me supplie de le fondre sur le tien, y chercher ta chaleur et peut-être ton sexe,
j'essaie de te dire d'autres choses qui me semblent prioritaires et vont dans le même sens.
Tu m'as manqué. Merci. Merci. Merci. Tu m'as tellement manqué.

Qu'est-ce que c'est que la distance une fois qu'elle est franchie ? une fois passée ? anéantie ?
Elle peut être de onze comme de mille kilomètres. Quelle importance une fois abolie ?
Elle peut être d'une heure comme de trois mois. Elle n'existe plus quand on est passé outre.
D'une semaine à l'autre. D'un mois à l'autre. Quelle différence ?
Tant que c'est d'un rendez-vous à l'autre et que nous nous retrouvons.
Je te regarde dans les yeux. Maintenant. Et le temps qui a précédé cet instant n'a pas existé.
L'éternité vaut plus que quelques jours ou quelques semaines lorsqu'elle est encore possible.
Trois mois ne sont rien à l'échelle d'une vie. C'est un battement de cils.
Assis au bord du lit, je te regarde en silence, allongé sur le dos, la tête sur ma cuisse,
en train de fixer le plafond, pendant que je caresse tes cheveux comme ceux d'un enfant.
Commencer juillet dans ces conditions me semble magnifique.
Tu cherches des réponses à tes questions muettes dans mes yeux.
Je te les donne toutes. Oui. Je t'ai attendu. Non. Je ne suis pas allé voir ailleurs.
Oui. Je t'aime. Je n'aime que toi. Tu es l'homme de ma vie. Non. Je ne mens pas.
Non. Je ne sais pas où ça nous mène. Oui. Je veux bien y aller avec toi.
Mon amour. Si tu savais. Ce soir plus que jamais, j'avais besoin de ça.
Je ronronne. Je suis une pierre au soleil. Je ne pense plus à rien. Je suis.
Au milieu de moi-même. Au milieu de ce monde. Je me régénère.
Tout ce qui me fait mal peut s'éloigner ou devenir autre chose.
Je suis avec toi et je me fous que ma mère soit morte,
je suis avec toi et je me fous que nous vieillissions ou qu'il nous faille mourir.
Je suis avec toi et je me fous du temps, de la mort, et de ce qui peut suivre.
Tout prend un sens. Qui me plaît. Tout devient cohérent. Et je peux faire la paix.
Même avec le bonheur et les vies ordinaires. Avec le quotidien et toutes ses contraintes.
Manger. Dormir. Laver son linge. Tout devient acceptable, agréable, justifié.
L'été peut être beau s'il ne l'est pas pour rien. Et juillet est superbe.
A cette heure de la nuit où il commence enfin.

Planté dans mes fenêtres comme cinq heures plus tôt,
quelque chose à changé, dans le décor peut-être, quand la nuit est venue
en déplaçant des ombres, en modifiant l'aspect de chaque chose et leur température,
quand tout est à sa place, la cloche dans sa grille, le marbre sur sa porte, le galet sur les murs,
mon arbre dans sa niche, et St-Jean sur son dôme, quelque chose a changé et merveilleusement,
quand c'est la même rue, quand c'est le même été, quand c'est la même ville et la même soirée.
Et je suis le même homme, planté dans mes fenêtres comme cinq heures plus tôt.
Cette fois les oiseaux ne sont plus et c'est un vrai silence.
Cette fois, le parvis à mes pieds n'est plus un lieu désert.
Je te regarde le traverser. Te retourner. Une fois. Deux fois. Trois fois.
Et je commence à aimer l'orage sur Bompas. Bompas et sa grisaille.
Je commence à aimer le spectacle de fin d'année d'une école de province.
Je commence à aimer ma journée et ma vie. Puisque tu en fais partie.
Alors que tu t'éloignes, je sais exactement ce qu'il faut de distance.
Tu doutes que je puisse la tenir. Je pourrai les tenir toutes si elles me mènent à toi.
Je ne tiendrai pas la distance ? Et toi ? Pourras-tu la tenir ?
Au défi que tu lances, les yeux dans les yeux, j'ai relevé un sourcil. Ça voulait dire chiche.
Est-ce un défi plus difficile à relever que celui que tu me lançais avec ton " toute la vie " ?
Si c'est pour toute la vie, mon amour, il n'y a plus de distances. Tout est solutionné.
Je ne lâcherai rien des promesses que je me suis faites, de celles que je te fais.
Au désordre du monde j'ai une certitude. Qui n'est pas celle de Dieu ou de l'humanité.
Elle est celle du lien qui nous lie tous les deux. Qui peut bien se détendre. Ne se rompra jamais.
Le Big Bang de notre coup de foudre, il y a quatre ans, et notre univers qui ne cesse de croître.
En expansion. Puisque l'histoire ne pouvait être qu'à la hauteur de la rencontre. Exceptionnelle.
Pour croire en quelque chose, il faut l'envie de croire. Et croire en nous, toi et moi...
nous n'attendions que ça. Pouvoir nous rencontrer pour que ce soit possible.
Nous avons la folie et assez de talent ou d'imagination pour inventer les choses.
Notre relation n'aura pas de pareilles, plus belle que l'amitié, plus belle que l'amour,
plus belle et plus puissante, quand il n'y a pas de mots ni de noms concevables pour la dire.
Que j'y épuise mille textes sans pouvoir la cerner. Et je l'aime pour ça. Parce qu'elle est infinie.
Je l'aime de toute mon âme. Et je te préfère à elle. Mon amour.
Que j'ai pu retrouver à chaque renaissance et mon premier juillet. Avec ce grand butin.
Ce trésor de jouvance plus cher que la santé, la beauté, la jeunesse, et que l'éternité.
Ce que nous désirions et qui est la confiance. Je m'endors avec elle.

Et peux me réveiller.

 

Philippe LATGER / Juillet 2014

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Place de l'Indépendance

Publié le

Je n'avais dormi qu'un quart d'heure la veille.
Le temps de faire un cauchemar qui m'avait semblé durer toute la matinée.
Avec l'heure que j'avais visualisée sur le cadran de mon téléphone,
une dernière fois avant de sombrer, je m'attendais à ce qu'il soit bien plus tard au réveil.
Avec tout ce que j'avais eu le temps de vivre dans ce fichu mauvais rêve.
Eh bien non. Paniqué et déstabilisé par ce que je venais de voir ou imaginer, sous le choc,
il fallait ajouter cette seconde bizarrerie. Cela n'avait duré qu'un petit quart d'heure.
Cela avait fini de me troubler. Et désorienté, j'ai été incapable de me rendormir.
Ce sommeil était trop menaçant pour y retourner. Je me suis levé et me suis fait un café.
J'avais rêvé de toi. Nous dînions. Et cet aspect du rêve était fort agréable.
Mais mon cerveau y avait ajouté des représentations atroces de ma culpabilité.
Que je ne peux pas raconter. C'était un réveil particulièrement étrange à vrai dire.
Il est rare que l'on se rappelle un rêve aussi distinctement. Tout était encore très précis.
Etrange aussi parce que j'étais partagé entre la frustration de ne plus être avec toi,
quand j'y étais si bien malgré tout, et le soulagement d'échapper à ce que j'avais mis en scène.
Pas besoin d'être psy pour interpréter ce que j'avais produit. Tout était très clair.
Et je m'étonnais moi-même d'être à ce point pétri de culture judéo-chrétienne.
Je me faisais la morale. Et enrageais qu'une partie de moi puisse le faire dans mon sommeil.
Encore dans la brume, j'ai ouvert mon ordinateur aussitôt et me suis connecté à internet,
puisque, et c'est curieux de l'écrire, il me fallait me connecter aux choses réelles au plus vite.
Retrouver la réalité de mon quotidien, de mes contacts et de mes activités.
Les réseaux sociaux bien sûr, et mes messageries. Dont la nôtre. Et là, mon cœur cogne.
Je trouve un message de toi. Et il y a quelque chose de vertigineux à cette synchronisation.
Une sorte de concentration. Qui m'impressionne. Et dont je ne sais pas quoi faire.
Le sourire que c'est de te lire mon amour. Le bien que ça me fait.
Pourquoi diable mon cerveau essaie-t'il de me convaincre que ce que nous faisons est mal ?

Pourquoi profite-t'il que je dorme pour m'envoyer ce message que ce n'est pas bien ?
Quand je vois le bien que ça me fait. D'être avec toi. De t'aimer. Sans conditions.
Où est le mal à nous faire du bien ? A rêver, admirer, fantasmer et espérer l'autre ?
Je n'avais pratiquement pas dormi, marchais encore au radar, mais ce mail m'a donné l'énergie
de filer sous la douche et d'entamer une nouvelle journée avec assez de forces pour le faire.
Cette nuit, il me fallait rattraper les heures de sommeil perdues. Ce que j'ai fait à peu près.
Un sommeil sans rêves cette fois. Mais les quelques heures ne semblèrent pas suffisantes.
Ma sœur m'a réveillé au téléphone. Je n'avais pas entendu le réveil et j'étais en retard.
" Désolé. Donne-moi une demi heure. " Café. Me doucher. M'habiller. Brosser les dents.
En catastrophe. En pilote automatique. Aussi adroit qu'un mec bourré.


Je suis calé dans la voiture. Ma sœur est au volant et nous pouvons partir.
Un paquet de gel dans mes cheveux est censé me donner de l'allure.
Mes yeux sont encore collés. Malgré la douche. J'essaie d'être à peu près moi-même.
Par égard pour ma sœur qui conduit. A qui j'essaie de faire la conversation.
Le rêve de la veille me pose toujours question. Ce subconscient qui travaille.
Qui étais-je pour me faire la morale ? Qui suis-je pour me juger ?
Je sais que tu t'occupes de ce que tu dois. De ce que tu veux. De ce qui compte pour toi.
Et, je l'ai déjà écrit, c'est mon honneur de ne pas t'empêcher ni de te reprocher de le faire.
Je sais que tu es avec les gens que tu aimes vraiment. Et que c'est là ta vraie place.
Je ne parasite plus rien de ton temps et de ton esprit à ce que tu dois réaliser.
Suis heureux que tu puisses avancer quand tu n'avais en effet nul besoin de moi pour cela.
Que pouvais-je bien me reprocher à moi-même ? A quel moment aurais-je fauté ?
Est-ce que je me conditionne pour me dire que ce retrait est la bonne politique ?
Que je dois disparaître totalement de ta vie pour te laisser tranquille ?
Ce n'était pas moi qui étais venu te chercher. Je ne me serais jamais permis.
Il semblait que tu avais besoin de quelque chose à un moment donné que je pouvais t'apporter.
Où était le mal à te le donner ? Qu'y avait-il de si terrible à être ensemble comme nous l'étions ?
Je vomis ce sentiment de culpabilité qu'on manipule sans cesse et dont on se sert souvent.
Parfois contre nous-mêmes. Parfois pour s'arranger. Ou justifier des choix.
Bon sang. Je ne comprends rien. La seule chose dont je sois sûr est mon amour pour toi.
Mon envie de te voir. De t'entendre. De te serrer contre moi. De sentir ton cœur battre.
Sans savoir si c'est une envie partagée. Quand il est pourtant manifeste qu'elle ne l'est pas.
Mais le fait que tu ne m'aimes plus ou que tu n'aies plus besoin de moi est une donnée extérieure,
qui ne change rien à ce que j'éprouve, qui ne parvient pas à éteindre la passion qui est la mienne.
Je ne sais pas. Il y a des dates bien sûr, et nous y sommes en plein, qui exigent ta mobilisation.
Professionnelle. Et puis je ne sais pas non plus. Ce qui suit ou doit suivre. L'Amérique peut-être.
Qui peut à elle-seule, et je le comprends, t'offrir un avenir à court terme plus excitant que moi.
L'excitation à cette perspective est bien sûr plus grisante que celle que je peux encore inspirer.
Quand, contrairement à l'Amérique, entre autres choses, je n'incarne aucune perspective d'avenir.
Pour le taff aussi, il y a une aide substantielle que j'aurais pu apporter en d'autres circonstances,
quand il a été évoqué que j'aurais pu t'aider à un certain exercice, mais je vois bien aux délais,
comme aux dates, que tu as finalement pu te débrouiller, que tu n'avais pas besoin de moi,
et je dois bien constater que ce n'est pas sur ce terrain non plus qu'il était possible de construire.
Je sais que tu peux trouver des partenaires et collaborateurs ailleurs, et n'en suis pas jaloux,
d'autant plus quand c'est pour des choses que je ne sais pas faire ou que j'aurais fait moins bien,
lorsque je sais depuis le départ que tu n'étais pas avec moi pour ça.
Tu as ton univers et j'ai le mien. Tu auras ton Amérique quand j'ai déjà la mienne.
Et même dans la création, je suis tenu à l'écart de choses qui ne doivent être mélangées.
Ce qui est une différence entre nous quand j'ai fait de toi la matière de mon travail,
que tu es au centre de mon activité pour en être le matériau. Un sérieux déséquilibre peut-être.
Les trois jours que nous traversons sont importants pour toi et je n'y serai nulle part.
C'est étrange pour moi de m'en rendre compte. Une sensation trouble. De type mélancolie.
Et je m'accroche à l'idée que j'ai été réglo dans cette histoire, quoi que je rêve ensuite.
Je m'accroche à la poignée de la portière de la voiture de ma sœur sur l'autoroute,
comme à cette conviction que j'ai été irréprochable avec toi. Que j'ai été un mec bien.


C'est cette satisfaction au fond, qui me permet de garder ce qu'on appelle l'estime de soi.
Je sais comment je me comporte et me suis comporté avec toi. Et je suis fier de moi.
Et peut-être que je pèche par orgueil. Mais c'est ce que je tiens pour me tenir debout.
Me regarder dans la glace. Quand j'ai les yeux en face des trous.
Ma sœur sait que je ne suis pas tout à fait réveillé, sans doute,
mais sent bien qu'il y a autre chose et que je suis ailleurs.
Le liège des Albères. Le viaduc de Rome. Le village du Perthus. Nous filons vers le Sud.
Et je suis dans l'habitacle une coquille vide qui se laisse porter.
Depuis le mois d'avril, le contact est rompu. Le dialogue est rompu. Trois mois de brouillard.
Quand tu ne savais pas comment me dire que je n'étais plus grand chose pour toi.
Quand tu avais cette délicatesse de ne pas vouloir me blesser ou me faire de mal.
Tu avais plus important à faire. Plus urgent. Plus vital. Plus passionnant bien sûr.
Et je m'étonnais que tu ne puisses pas me dire simplement les choses.
Peut-être n'était-ce pas si clair dans ta tête. Mais il y a l'épreuve des faits.
L'épreuve et les preuves. En effet. Qui pouvaient t'éclairer sur l'état de la situation.
Et te conduire à cette conclusion par défaut que j'étais quelqu'un qui compte et d'important.
Le genre de choses que l'on dit aux gens que l'on n'aime plus et que l'on estime encore.
La crise du mois d'avril avait rompu une sorte de routine et t'a probablement ouvert les yeux.
Et les semaines qui suivirent le confirmèrent sans doute. Tu n'avais plus besoin de moi.
Ni pour mener à bien ton projet immédiat, ni pour aller à Paris ou en Amérique.
Et aux bonheurs intenses comme aux succès que tu as vécus entre-temps,
tu as cette confirmation aussi que tu peux très bien être heureux sans moi.
Même s'il n'est pas à mon avantage, c'est un progrès, et une forme d'émancipation.
A laquelle j'applaudis quand j'acceptais d'être tout pour toi, mais tout sauf une prison.
C'est beau de te voir grandir et avancer. Même à distance. J'aime ta liberté.
Et tu sais que j'ai la mienne. Malgré nos cultures et nos parcours différents.
Je ne suis pas beaucoup plus vieux que toi mais j'avais pris beaucoup d'avance,
en vivant des choses qui te font encore kiffer pour ne pas les avoir encore vécues.
Tu avais pris le temps, de ton côté, de construire des choses qui ne m'ont jamais intéressé,
et as le droit aujourd'hui de tout faire pour décrocher des choses qu'il te reste à connaître.
La vie est courte, et je t'encouragerai de toutes mes forces à aller au bout de ce que tu désires.
Même de ces choses dont je suis revenu. Tu dois avoir ta part et je sais que tu la mérites.
Tu seras juge ensuite et pourras trier en temps voulu le bon grain de l'ivraie.
Je ne peux pas te reprocher d'avoir à vivre ta vie. Pas moi.
Et tu ne dois pas culpabiliser à mon endroit quand je ne m'empêche pas de vivre la mienne.
Culpabilise si cela doit t'apporter une forme de satisfaction, ce qui serait tout à fait humain,
puisque ça donne du pouvoir et de l'importance, que je te donne en l'occurrence.
Mais si tu ne veux pas de cette culpabilité, tu peux t'en affranchir sans problèmes
puisque je suis seul responsable de ce que je traverse personnellement vis-à-vis de toi.
Quelque chose qui m'intéresse, même quand c'est triste ou violent,
parce que je n'avais jamais vécu ça avant de te rencontrer.


Je me traîne en peignoir dans cette maison qui est la mienne. La Catalogne.
Je tombe à peine du lit. Je sors à peine de la douche. Peu importe. Je suis chez moi.
Je peux aller de la salle de bains à la cuisine par ce grand couloir de six voies qui se déhanche,
qui dépasse la Jonquère et contourne Figueres, même mal réveillé, sans que ça ne gêne personne.
Je suis à l'abri. Avec ma sœur. En confiance. Dans ce pays qui est le mien.
La cuisine est à Gérone. Et je vais y poser mon cul au soleil pour boire un jus d'orange.
Place de l'Indépendance. Tout un symbole. L'histoire de ma vie. La chimère des hommes.
Ma sœur est dans la confidence. Et je me décide à lui en parler. Lui parler de toi.
Elle m'écoute. A la fois admirative et inquiète. La force des sentiments.
Elle est perplexe à cette contradiction qui n'en est pas une. Pas à mes yeux.
Puisque précisément, c'est parce que je t'aime que je suis prêt à te perdre tout à fait.
C'est parce que je t'aime que je te préfère heureux sans moi que malheureux avec moi.
Ce n'est pas seulement une construction mentale pour me faire valoir à mes propres yeux.
Pour me régaler tout seul de la satisfaction dont je parlais de passer pour un mec formidable.
C'est aussi une nature. Quand mon bonheur n'est pas possible au malheur environnant.
Je sais que tu es bien. Dans une bonne période. Et c'est une consolation qui justifie tout.
Je t'ai connu heureux. Je t'ai connu triste. Je t'ai vu conquérant. Et broyé par les doutes.
Je t'ai vu et reçu aux jours solaires et insouciants comme aux jours de panique et de noirceurs.
Et si je suis égoïste, mon égoïsme ne consiste pas à te préférer abattu, perdu et malheureux
au point que tu puisses avoir besoin de moi. Je ne peux pas souhaiter que tu ailles mal.
Même à l'ombre de ce calcul inavouable, aussi faux que pervers,
celui qui conduirait au résultat douteux que ce serait la condition pour te garder.
Sans doute as-tu plus besoin de moi quand tu vas mal que lorsque tu vas bien.
On le sait bien. Et c'est le cas de tout le monde. Quand on est fort, on n'a besoin de personne.
Mais mon égoïsme ne s'exprime pas de cette façon. Il est dans mon amour pour toi.
Le bien que ça me fait d'être amoureux de toi. Même si c'est à sens unique.
Quand je n'ai pas besoin de toi ni de ton approbation pour le vivre et l'éprouver.
Tu n'es pas responsable de ce que tu m'inspires. Et c'est mon seul business.
Tu sais depuis le début que je ne t'ai jamais voulu pour moi.
Et c'est bien grâce à cela que notre histoire fut possible.
Je ne veux pas de la vie que tu mènes et ne veux prendre la place de personne.
J'ai toujours voulu que tu sois libre. De m'aimer. De me voir. Ou de faire autre chose.

Place de l'Indépendance. Sous les parasols. Que j'ignore. Je me mets en plein soleil.
La chaleur connecte mes neurones. Je suis parfaitement réveillé. Je suis réincarné. Opérationnel.
Je me moque de moi-même. Des images que j'ai construites dans ce foutu cauchemar de la veille.
Pourquoi mon subconscient voulait-il absolument s'embarrasser de scrupules ?
Tout le monde n'avait-il pas accepté la situation ? De façon tacite ? Consciente ou inconsciente ?
Pourquoi tenir à culpabiliser quand tout le monde avait fait sa part pour que ça fonctionne ?
Qu'il ne peut y avoir de culpabilité que lorsqu'il y a une faute. Où était la faute ?
De quoi étions-nous coupables exactement ? Pourquoi le serions-nous ? De quoi au juste ?
Où était le mal ?... Etait-ce une façon d'exprimer mon sens du drame et de la tragédie ?
Problème du cauchemar ? Résolu. Nous n'avons rien à nous reprocher ni l'un ni l'autre.
Et je te le garantie ici si tu as un seul doute. Ni par rapport à ce qui se passe entre nous.
Ni même vis-à-vis de tiers. Quand tout fut fait pour que personne n'ait à subir quoi que ce soit.
De ma culture catholique, j'ai le sens de la culpabilité sans doute, celui de l'arrangement aussi.
Et tout fut déployé pour que notre égoïsme ne porte tort à personne. So what ?
Je vide mon verre. Une fois encore, c'est un bonheur pour moi que rien n'ait explosé en vol.
S'il fallait qu'un des deux appareils explose, il fallait bien sûr que ce soit le nôtre.
J'ai un bon parachute et tu n'as aucun souci à te faire pour moi. Ma vie est belle.
J'irai aux Etats-Unis aussi. Et en Chine. Et en Crète. J'avance sur mon chemin.
Que tu n'aies pas l'impression d'abandonner un pauvre type sur le bord de la route.
Ma situation sociale a toujours été précaire, dans la richesse comme dans la pauvreté,
parce qu'il n'a jamais été dans mon métabolisme de besoins de m'installer et construire,
que je me suis toujours foutu du confort et de la reconnaissance, que l'enjeu est ailleurs.
Je n'ai pas de bagnoles, de maisons, aucun bien qui puisse m'entraver, suis libre comme l'air,
et j'ai toutes les ressources en moi pour être heureux et réussir ma vie sans enfants et sans public.
New York, Los Angeles, Hong Kong, Mexico, Sydney, San Francisco, je connais.
Les aéroports. Les taxis. Les hôtels. Le room service. Les peignoirs blanc nid d'abeille.
Les limousines. Les soirées. Les plateaux de tournage. Cinéma. Télévision. Et quoi d'autre ?
De Niagara Falls à Bali, de Rome à Las Vegas, je n'ai jamais été aussi heureux qu'à Perpignan.
Des Relais & Châteaux aux palaces, je n'ai jamais été aussi heureux que dans mon 20 m2.
Dans mon platane. A t'attendre. A t'écrire. A t'aimer.
Je suis riche du monde et suis indestructible.

Trois mois à n'embrasser personne. Faire l'amour à personne. Sans sexualité.
Autres temps, autres mœurs. Après vingt ans d'hypersexualité et de fête intensive.
J'ai appris à aimer une autre approche. Une autre façon de me servir de ma bite.
J'ai aimé ce nouveau rythme que tu m'as imposé. Cette autre façon de voir les choses.
L'exclusivité. C'était délicieux. L'attente pour décupler le désir, décupler le plaisir.
Cette ivresse de n'être qu'à toi. J'ai aimé ça quand c'était exotique et nouveau.
Je m'y suis jeté corps et âme. Avec l'appétit du mec qui sort à peine de vingt ans de mariage.
De vingt ans de fidélité. De sexe avec une seule et même personne. L'envie de l'autre vie.
Depuis avril, tu le sais, je n'ai pas eu le goût d'aller voir ailleurs et ne m'y suis pas forcé.
Et la dernière personne avec qui j'ai eu une relation sexuelle et amoureuse est toujours toi.
J'ai rencontré des hommes extraordinaires, des hommes séduisants, troublants et attirants,
on m'a fait du charme, on m'a fait la cour, on me drague, on me fait des propositions étranges,
parfois amusantes, des choses que je n'aurais pas refusées si je ne t'avais pas dans la peau.
Et je n'ai pas encore passé le pas qui serait irrattrapable à mes yeux de me frotter à d'autres.
Tu ne me demandes rien. D'autant plus si ton souhait est que je me décontamine de toi.
Mais pour ma part, je sais que si j'embrasse une autre bouche que la tienne,
un autre corps que le tien, je ne pourrai plus t'embrasser ensuite.
Je gâcherais tout. Sacrifierais notre relation et ses chances. Qui n'aurait plus son intensité.
Je serais taché d'une empreinte et d'odeurs qui saliraient mes gestes et mes regards.
J'aurais renoncé à la pureté de notre passion. A ce qu'elle a de singulier et d'extraordinaire.
Et c'est mon seul choix de nous donner du temps avant de commettre l'irréparable.
Enlever une bague ou un contact sur Facebook, c'est de l'accessoire pour faire réagir.
Pour essayer de comprendre. De savoir où l'on en est. Mais aller voir ailleurs,
c'est une autre affaire, à mes yeux en tout cas, puisque ce serait véritablement une fin.
Un point de non retour. Puisque même si nous revenions ensemble, l'histoire changerait.
Deviendrait autre chose. Et que je ne suis pas certain que j'aimerais cela.
Je veux me donner des chances de revoir tes yeux étonnés et incrédules dans les miens.
Et si faire abstinence trois mois est le prix à payer, je prends le risque que ce soit fait pour rien.
Quand rien en ce bas monde ne vaut le prix des regards amoureux que nous nous échangions.
Durant de longues, longues minutes. Qui étaient éternité.

L'aéroport de Gérone. Où il m'arrivait de débarquer pour aller à Rosas depuis Paris.
Réveillons de Noël chez mon père. Ou vacances l'été. Autour de la piscine. La Costa Brava.
Le terminal. Où nous prenons un café. Ma sœur est avec moi. J'ai de la chance de l'avoir.
Quelqu'un de carré. Digne de confiance. Sur qui je peux compter. Quoi qu'il arrive.
Ma vie est belle. Elle l'est d'autant plus que tu en fais partie. Quoi qu'il arrive.
Même aux départs. Qui sont toujours des arrivées. Peut-être même en mourant.
Même à celui-ci, tu seras avec moi. Je le sais depuis que je t'ai vu sur la Place Molière.
Il y a eu une vie avant toi. Je vis celle d'après. Celle que je préfère.
Même si tu devais me refuser d'autres regards, d'autres baisers, d'autres visites.
Mon cœur respire paisiblement à ce mot qui me vient. Qui est encore merci.
Sois heureux mon amour. Quel que soit le chemin. Il n'y a que ça qui compte.
Pour moi, pas de problèmes, je l'étais avant toi, et j'ai connu bien mieux à la seule rencontre.
Tu m'as touché comme personne. Et malgré mille textes, je ne sais toujours pas pourquoi.
Tu es exceptionnel pour moi, d'une façon exceptionnelle. Qui est ma seule vision.
La sensation unique, possible du fait de mon histoire, ma culture, tout ce par quoi je suis passé.
De choses que j'identifie, que je cerne, comme de choses qui m'échappent.
La sensation d'être complet à ton contact. C'est quelque chose d'assez rare.
Je suppose. Quand je n'avais jamais ressenti ça avant. Même en ayant été amoureux.
Ce n'est pas une complétude verticale, ce n'est pas celle que l'on éprouve avec sa mère,
ni même avec ses enfants, j'imagine, puisque ce n'est pas la complétude de la filiation.
C'est une complétude horizontale. Celle que l'on a avec des êtres aux gènes différents.
Il ne s'agit pas de puiser de façon féminine, sécurisante, ce qu'il faut pour prolonger des racines,
le confort du foyer, mais d'aller conquérir la part manquante de soi-même pour se réaliser.
Tu es ce territoire qui me finit, non pas dans la consanguinité mais dans la transcendance.
Cohérent avec ce que j'ai toujours voulu être ou devenir. Toujours meilleur et plus serein.
Et tu n'as qu'à me lire, et me lire encore, pour avoir une idée de ce que tu incarnes.
De cette façon unique que tu as d'exister pour un seul être qui t'aime pour toi-même,
lorsque tu es aimable et quand tu ne l'es pas, qui t'aime même quand tu ne t'aimes plus,
qui ne te laisseras pas seul quand tu ne veux pas l'être, et te foutras la paix quand tu en as besoin.
Pour avoir une idée du cataclysme qui frappa Perpignan il y a presque quatre ans.
Puisque, quoi que tu en fasses, tu as changé la vie d'un homme simplement en étant.

Sans avoir rien à faire. Et pas même en l'aimant.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Barri Vell

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Une meurtrière dans la pierre d'une façade. C'est une ruelle. Ou bien des escaliers.
Le dédale médiéval d'une cité sur sa butte. La médina. Tout communique.

Je m'y perds. Je m'y affole. Voulant tout contrôler. Inspecter. Explorer et comprendre.
Le parvis délirant d'une église baroque. Je pense à la Piazza di Spagna.
Et c'est Rome au cœur du Gironès.
Des jardins plantés d'autant de totems que de cyprès taillés.
J'y erre le cœur léger. Découvre les bains arabes. Un palais. Un musée.
M'étonne de tout reprendre. Investir. A nouveau.
Je n'ai pas le temps de faire des photos. Je suis là en touriste.
Fatigué de tout voir à travers un viseur et un cadre fermé.
Je m'affranchis de la technique et des démonstrations. Je profite.
Un plaisir égoïste. Puisque j'apprends à en prendre sans le moindre scrupule.
L'appareil oublié, c'est une délivrance, celle d'une pression que je n'ai plus à faire.
Les heurtoirs travaillés. La mousse des patios. Des têtes de dragons.
Il y a eu des artistes. Et autant d'artisans. Et je leur rends hommage.
Des images que je vole. Que je garde pour moi.
Quand savoir regarder est déjà du partage.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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L'amour vrai

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Quel bonheur de te savoir heureux.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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L'avenir d'un amour fou

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Delphine m'accompagne. Studios mythiques. Studios Ferber.
Ma directrice artistique me présente. C'est elle. Souad Massi.
Elle est belle. Très belle. Sa voix parlée est aussi chaude et douce que sa voix chantée.
Son agent. Dont le nom me rappelle quelque chose. Ou quelqu'un. Je comprendrai bientôt.
Nous passons en cabine. Et là, Michel Ocelot. Le papa de Kirikou. Un homme délicieux.
Charmant. Qui a l'humilité des artistes qui travaillent. Et dans la vitre, je vois le piano.
Un homme de dos. Qui ne tardera pas à nous rejoindre. Gabriel Yared.
37°2 le matin. Camille Claudel. Le patient anglais. Combien de musiques de films ?
Je ne sais pas quand je lui serre la main que ce type a eu un Golden Globe et un Grammy Award.
Je ne sais pas que ce type a eu un Oscar. Mais je sais ce qu'il représente dans le métier.
Je sais que c'est un dieu vivant. Qui a l'humilité des artistes qui travaillent.
Azur et Asmar. De Michel Ocelot. Yared en compose la musique.
Souad Massi en a écrit la chanson. Paroles et musique. En arabe.
Et on a appelé bibi pour l'adaptation française. La proposition fut retenue. Et me voilà.
Traité d'égal à égal par trois monstres que je respecte et vénère. Yared pousse un peu le bouchon.
" Tu es le poète. " Venant de lui, j'accepte la politesse. Je n'ai pas d'autres choix que l'accepter.
Je ne sais pas trop ce que je fais là. Souad enregistre le texte. Tout semble leur convenir.
On ne me demande aucune correction. Michel contrôle et participe à tout. Maîtrise son œuvre.
Jusque dans les moindres détails. Avec le perfectionnisme des artistes qui travaillent.
Je ne suis pas sûr de certains choix. Mais je n'interviens pas. Je ne suis pas Roda-Gil.
Je ne suis ni Nougaro ni Ferré, n'en déplaise à Croisille. J'ai trente-trois ans.
Et je n'ai encore rien prouvé. Pas même avec mes deux chansons pour Art Mengo au compteur.
Je laisse faire. C'est la chanson de Souad Massi. C'est le film de Michel Ocelot.
Je garde mes ressentis pour moi. Que j'ai toujours huit ans plus tard. Peu importe.
J'ai fait mon job. Le produit est beau. C'est une excellente expérience. Je ne boude pas mon plaisir.
Les affaires reprennent.

Mon amour. Allongé au bord du lit. Loin de moi. Toujours habillé. Les bras croisés.
Les jambes croisées. Pas besoin d'être expert en langage corporel pour comprendre.
Fermé de partout. Tu regardes droit devant. Quelque chose que toi seul semble voir.
Moi, à côté, au milieu du lit, de mon côté mais plutôt au milieu, je suis vautré, offert,
alangui, dans l'attente du dégel, à fumer des cigarettes qui veulent dire ce qu'elles veulent dire.
Une façon gentille de dire : " c'est quand tu veux mon bébé. " Je suis patient. Compréhensif.
Mon indolence est sexuelle, libidineuse. Et elle contraste avec le marbre de ton gisant.
Je suis une sorte de vapeur un peu humide qui sait n'avoir aucune prise sur la pierre.
C'est toi qui décides. Et je sais que ça va venir. Je sais qu'il te faut du temps.
Je te connais et je n'en prends pas ombrage. J'ai pu être vexé ou déstabilisé au début.
Ne pas comprendre. Mais j'ai appris. Comment tu fonctionnes. Et tes raisons peut-être.
Le silence aussi ne me perturbe pas. Ici aussi, je sais qu'il ne sert à rien de te forcer la main.
Une demi-heure plus tôt, tu étais dans un autre monde, une autre dimension,
et les dix kilomètres de route parfois ne suffisent pas au changement de logiciel.
L'habitacle comme sas de décontamination. A l'aller comme au retour.
Parfois, l'entrée est flamboyante, enfiévrée et spectaculaire. Et je n'ai le temps de rien.
Une envie pressante a balayé la porte, pris ma bouche et enlevé mes fringues,
avant que je n'aie eu seulement le temps de te sourire et de te regarder.
Et c'est seulement après, dans ces cas-là, que tu me demandes si je ne suis pas allé voir ailleurs.
Mais le plus souvent, c'est cela. Après l'embrassade chaste de ton entrée qui peut durer longtemps,
il y a ce moment qui peut durer plus longtemps encore, où nous ne nous disons rien.

Je ne le prends pas mal. Je respecte la procédure. Le protocole. C'est presque rituel.
Puis vient ce moment que j'adore. Et je ne saurai jamais quelle pensée te l'autorise.
Tu décroises tes bras et tes jambes et tu te tournes vers moi pour me regarder dans les yeux.
Ce seul mouvement te rapproche mécaniquement de moi, et la glace fond enfin à vue d'oeil.
Toujours en silence. Quand je veux que mon regard te hurle ce que j'éprouve pour toi.


Après la séance, Souad et son agent nous prennent à part, Delphine et moi,
pour nous parler de quelque chose, un autre projet, dans le même esprit,
pour lequel ils auraient encore besoin de mes services. C'est oui sans hésiter.
Et soudain, je comprends. Zem. Bien sûr. Comme Roschdy Zem. Son premier film.
Souad compose la chanson du générique de fin. Il lui faudra des paroles en français.
Mauvaise foi. Avec Cécile de France et Pascal Elbé. Une jolie comédie romantique.
Une histoire d'amour entre une fille de confession juive et un garçon musulman.
J'aurai deux interprètes de choix. Puisque ce sera un duo. Souad Massi et Gad Elmaleh.
Envoyé Spécial tournera des séquences de l'enregistrement de Pour qui pour un reportage
sur l'humoriste, comédien, qui a toujours rêvé d'être chanteur. Il a un joli timbre.
Je découvre la maquette chez moi. Je suis surpris par la mise en place. Inattendue.
J'avais respecté le placement du texte arabe original pour respecter le rythme et la mélodie.
En collant au plus près de ce que Souad avait imaginé, pensé, et enregistré toute seule.
Au lieu de faire couler les mots français dans la mélodie d'origine comme je l'avais voulu,
ils sont posés comme s'ils étaient embarrassants, comme si on n'avait pas su quoi en faire.

Les accents toniques sont déplacés, abîmant la mélodie et rendant la rythmique précaire.
Je suis déçu. Pas pour mon texte mais pour la chanson. Moi qui avais entendu l'originale.
Moi qui avais veillé à la respecter au millimètre près. A servir la musique de Souad.
Il suffisait de garder le placement du départ et le texte aurait swingué sans rien déranger.
Ici, on n'entendait que lui. Pire que ça, ça le rendait maladroit et presque grossier.
Dissimulé dans la musique comme je l'imaginais, il aurait gagné en impact. Dommage.
Mais le titre est produit et c'est une nouvelle victoire. L'année 2006 est fructueuse.
Après deux ans au placard de Sony, j'enchaîne trois chansons en quelques semaines.
Plus surprenant encore. Trois chansons sur le même thème. Exactement.
La tolérance religieuse. Le dialogue entre les cultures. Avec deux stars algériennes de surcroît.
Biyouna et Souad Massi. Deux artistes France Inter / Télérama. Bref. C'est la classe.
Dans la continuité d'Art Mengo, je suis ravi, ça me donnerait presque un plan de carrière.
Que Lambert Wilson et Ute Lemper ne tarderaient pas à confirmer.
Croisille déconne grave quand elle me compare au téléphone ou en privé à Nougaro et à Ferré,
qu'elle a pourtant bien connus, mais ici, c'est du concret, gravé sur du disque et à la SACEM.
Et je veux bien croire que je suis au moins Philippe Latger.


Il y a une noirceur sensuelle, profonde, et d'une pureté qui ne cesse de m'éblouir.
Je sonde tes pupilles dilatées aussi vrai que j'essaie de t'envoyer des messages.
Je dois te dire sans un mot que je t'aime, que je n'aime que toi, que j'ai été sage,
quand je dois aussi lire et entendre ce que tu refuses de me dire et que je dois deviner.
Peut-être me dis-tu des choses. Me hurles-tu des choses aussi.
Ce qui expliquerait que je crois comprendre des choses, soudain, qui m'envahissent,
des choses que je sens, sans savoir si elles viennent de toi ou de moi, et qui me bouleversent.
Nous sommes allongés tous les deux, sur un flanc, face à face, un bras plié sous notre tête,
et nous passons de longues minutes ainsi, à ne rien dire, seulement à nous regarder dans les yeux.
Les tiens deviennent flous. Et tes cils. Tes sourcils. Tout devient flou. Les miens piquent un peu.
Je pleure sans m'en apercevoir. Sans savoir pourquoi puisque je ne suis pas triste.
Ou bien suis-je simplement incrédule d'être capable d'aimer autant.
Je ne sais pas ce qui t'a convaincu de te tourner finalement vers moi.
Je ne sais pas par quels méandres, par quelles réflexions, il t'a fallu passer, les bras croisés,
avant de considérer que tu pouvais desserrer l'étau et changer de position. Etre avec moi.
Je ne sais pas ce qui te passe par la tête. Ce qui t'empêche et ce qui te donne la permission.
Et je ne sais pas davantage ce que voient tes yeux qui s'agitent dans les miens,
passant de l'un à l'autre comme essayant d'en prendre un en flagrant délit de quelque chose.
Je devine que je pleure malgré moi aux verrous que j'imagine, à ce que tu surmontes,
de doutes et de culpabilité, de questionnements sur le bien-fondé de notre égoïsme,
de souffrances que des tiers n'ont pas demandées et que tu n'aimes pas infliger,
comme je sens que ta plus grande peur n'est pas que je te trompe mais que tu trompes toi-même.
Mon regard t'aide à aller dans ce sens quand il te dit que tu n'as rien à craindre de moi.
Te confirme que je suis réglo et digne de ta confiance. Au risque de te décevoir ou de te perdre.
Je sais le danger que c'est. L'ennui s'installe vite quand les choses semblent acquises.
Mais j'ai décidé d'être honnête et loyal, quoi qu'il en coûte. Puisque tu me le permettais.
Quand j'avais cherché, toute ma vie d'homme, à pouvoir l'être enfin sans peur d'être trahi.
Oui. Au risque que tu te lasses, je veux bien que tu saches que tout est simple et facile.
Même si tu me poses tout de même la question. Puisqu'il te faut l'entendre.
" Tu n'as rien à me dire ? "... Non mon amour. Je ne te trompe pas.
Et c'est sur ces paroles que tu peux m'embrasser.

Miss Dominique n'avait pas gagné la Nouvelle Star face à Christophe Willem.
Mais c'est à cause d'elle que j'ai suivi cette saison avec assiduité, estomaqué par sa force,
pulvérisé par l'énergie de ses It's Raining Men, I Will Survive, et son mémorable Calling You.
On m'a dit chez Sony, voilà ce titre de Rémi Lacroix, qui était devenu mon binôme,
on pense à Miss Dominique ou à quelqu'un d'autre dont je tairai le nom.
J'écoute la musique de Rémi. C'était la grâce de GoldenEye pour Tina Turner.
J'ai répondu aussitôt que ce serait pour Miss Dominique. Du sur mesure.
La musique était pour elle. Ou était elle. Je n'avais plus qu'à écrire les paroles. Easy.
La fenêtre de la rue du Square Carpeaux et ses barreaux. Je suis torse-nu au soleil.
La clope au coin de ma bouche et le casque sur les oreilles. Han han han oh...
Le yaourt de Rémi. Quatre pieds. Han han han oh... Une rime en o. Le dos. La peau...
Je ne m'étais même pas penché sur les couplets. Il me fallait l'attaque du refrain. Le titre.
Le gimmick. Miss Dominique. Han han han oh. Cadeau. Bateau. Rideau. Les mots. Trop tôt.
Des mots courts. Quatre pieds, c'est serré. Mais sans un mot. Fais-moi la peau...
Je repasse la musique. Miss Dominique. La rage. Too much. C'est pas trop tôt. Volcanique.
La diva. Castratrice. La mégère. C'est trop. Sept fois c'est trop. Non. Trop jeu de mots.
Les couplets ont été faits dans l'heure qui a suivi l'évidence arrachée à ma clope. C'est trop !
Delphine me fait suivre sans commentaires le mail de l'équipe de Miss Dominique.
Ni bonjour, ni merde. Simplement ces mots en majuscule. " C'EST UN TUBE ! "
C'était en tout cas, des chansons que j'avais réussi à placer depuis ma signature, la plus cohérente.
Paroles. Musique. Interprète. Le triangle parfait. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas.
J'apprends que le titre donne la couleur au reste de l'album " Si je n'étais pas moi. "
Ravi d'avoir pu convaincre l'équipe qu'on pouvait écrire de la Soul Music en français.
Nous sommes en 2009 et ça sent le single. Enfin. Le graal pour tout parolier.
On s'éloignait franchement de la ligne France Inter / Télérama, mais il fallait aussi manger.
Et l'idée de toucher un public plus large ne me déplaisait pas. Rien de déshonorant pour moi.
J'étais tout de même prudent. On m'avait déjà promis le single.
Le plan avec Cyndi Lauper. Les contrats étaient signés. Le titre enregistré. Et pschitt.
Celui avec Tina Arena, en troisième position sur le plan promo, qui n'aura pas sa chance
et restera sagement un milieu d'album... mais, jamais deux sans trois, cette fois, c'est la bonne.
Pas de singles prévus avant le mien. J'en ai la confirmation. C'est trop sera le titre de lancement.
Et je suis à deux doigts d'un changement de train de vie.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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S'aimer fumant

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L'odeur de poudre sous la pression atmosphérique.
La journée la plus longue de l'année mutilée par des nuages lourds.
L'orage qui ne se déclare pas mais menace en nous plongeant dans l'obscurité.
Je dois allumer la lumière. Fenêtres ouvertes. De la lumière. Et de l'air. Dans l'appartement.
Le pain à l'anis. La flamme du Canigou. St-Jean. Ma cathédrale. Le patron.
Explosions. Déflagrations. On bombarde la ville. Je sens l'odeur âcre retomber dans les rues.
Dans une fumée de cendres qui s'emmêle à la brume. C'est un curieux manège.
Le feu d'artifice contre l'orage. Les détonations qui en provoquent d'autres.
Les hommes contre le ciel. Qui tombe sur leurs épaules. Et le culte du feu.
J'ouvre mes narines pour goûter l'odeur de la poudre avant qu'elle ne m'échappe.
J'ouvre mes bras et mes fenêtres. Ma chemise et mon lit. Et ma bouche à la tienne.
La braguette. A la hâte. Le pantalon le long de tes cuisses. Le caleçon.
L'odeur âcre de la poudre. Ton pubis. Ce sexe comme le mien. Contre le mien.
Que je mets dans ma bouche. Dont je connais le fonctionnement. Le mécanisme.
L'anis. Le clou de girofle. Le citron. Séminal. Sa coulure au méat. La couronne perlée.
Les muscles qui se contractent. Ton ventre qui se rétracte. Ma bouche qui s'amuse.
Tes mains qui me pétrissent. A m'éclater le crâne. Le feu derrière les couilles.
Derrière le cul. Le périnée. Ou ailleurs. La prostate. En dedans. De partout.
Et je puise ton plaisir. Siphonne le réservoir. Et le vide te pénètre. Remonte dans tes os.
Entre les fesses que je malaxe. Entre tes hanches. Entre tes flancs. Une colonne de frissons.
Qui viennent gorger tes tétons. Quand tu te cambres. Quand tu te tords. Je suis à ton extrémité.
Et à ce centre d'inertie convergent toutes les énergies. De tes orteils, le long des jambes.
Flammèches et courant électrique. De tes cheveux, le long du torse. Et à genoux...
je viens te vider de tes forces. Avec la rage de l'amant délaissé depuis trop longtemps.
Jusqu'à étirer lentement les longues traînées qui débordent encore après le mitraillage
de ce nectar que tu libères à la fois gluant et liquide avec lequel ma langue joue.

Je te renverse sur le sucre glace de mon lit défait. Que je n'ai pas refait depuis que tu es parti.
Je garde dans ma bouche une gorgée épaisse de ce que tu as produit pour la porter à la tienne.
La mêler au baiser que je te donne. La mêler aux salives de nos pelles au ralenti qui se retournent.
Le tour de tes lèvres. La barbe râpeuse. Je promène ma langue pour tout ramener dans ta bouche.
Que tu n'en perdes rien. Et tu prends du plaisir. T'inséminer toi-même. Par un autre que toi.
Quand je te couvre de tout mon long. Quand j'en suis resté au début. Au seul désir. A l'érection.
Et que je garde de ta substance que je collecte entre mes doigts pour lubrifier mon propre gland.
J'enduis le tout de ta semence. Je vais me masturber dedans. Quand tu n'es plus capable de rien.
J'en ai assez pour que ça glisse contre la paume de ma main, pour traire la jouissance et le vice,
extraire mon propre venin, que je peux mélanger au tien et étaler sur nos deux sexes.
Le jour le plus long de l'année, le temps s'est arrêté, quelque part entre deux orages.
Ton ventre est mou sous ma pommette. Ma tête qui monte et qui descend au gré de ta respiration.
J'entends des choses à l'intérieur. Je sens des choses et ta chaleur. Et ta moiteur qui me convient.
Nos sueurs sont une mer d'huile, qui pénètrent l'une la peau de l'autre, quand le mélange continue.
Je veux de toi dans l'épiderme. Et dans ma viande. Mes intestins. Et je me frictionne de toi.
Je me savonne. Je me caresse et je me soigne. Même quand c'est ton corps sous mes mains.
Le ciel continue de sauter. De crépiter. De faire la bombe. La nuit la plus courte de l'année.
Elle sera longue. Aussi longtemps que je voudrai. Puisque le temps n'est plus grand chose.
Je viens placer mes cils précisément entre les tiens quand tes yeux s'ouvrent.
L'amour est en circuit fermé. Et tu m'inspires un dernier souffle que tu expires, qui me revient.
Et nous allons de l'un à l'autre, toujours plus près, à ne faire qu'un. L'un avec l'autre. Ou n'être rien.

Puisque mes yeux me retrouvent dans la noirceur de ce regard que tu regardes et que je vois.
Puisque ce sont peut-être les tiens. Ou ceux des gosses que nous étions. Qu'ils se rassurent.
C'est la St-Jean. La nuit enflamme le cœur des hommes comme autant de barils de poudre.

Quelques-uns pourront s'endormir. Fort épuisés et en confiance. Toujours fumants.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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D'un Mondial à l'autre

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A la Terrasse de je ne sais pas trop quoi, nouveau bar de la Rue de la Soif,
un écran de télévision pour un match de football.
Mon ami d'enfance tient à le regarder, puisque ce n'est pas seulement un prétexte pour sortir.
Pour ma part, je viens de découvrir l'écriture de Nicole Yrle et ma journée pouvait s'arrêter là.
La Maison Rouge. Un kir. Des amis. Une soirée d'été. Quoi que. Si, justement. Continuons.
Sur le toit, j'admire la navire de St-Dominique avec l'envie ardente de faire durer le plaisir.
C'est d'accord pour la côte. C'est d'accord pour Canet. Et même pour le football.
Un mondial pour un autre. Pourquoi pas... Le dernier m'avait bien porté chance.
Quand la victoire de l'Espagne avait motivé un message innocent sur Facebook
qui avait motivé un rendez-vous dont je ne me suis pas remis. Coup de foudre.
Pour l'Espagne, cette année, no comment. La roue tourne. Il faut croire. Pour tout le monde.
Je raccompagne une amie à sa voiture et longe seul les remparts par Pierre de Ronsard
pour aller rejoindre mon Cédric plus loin sur les boulevards, au coin d'Alfred de Musset,
m'obligeant à traverser la satanée Place Molière où la foudre était précisément tombée,
quatre ans plus tôt, bien que rénovée depuis et privée de sa cabine téléphonique.
Je ne m'en émeus pas, choisis de passer devant le Park Hotel pour finir mon trajet.
Cédric est déjà dans la contre-allée, je cogne sur la vitre de mes phalanges pour m'annoncer
et monte à bord du véhicule le cœur léger puisque nous allons faire la fête.
Je me fous du foot, c'est entendu, quand je ne prends aucun plaisir à suivre le jeu,
ni à regarder les cuisses et les fessiers des joueurs qui ne retiennent pas mon attention,
et que je suis imperméable aux émotions collectives que ce sport a le pouvoir de provoquer.
Il y a du monde partout et la tension est palpable. Une excitation à laquelle je suis sensible.
La mienne tient à l'idée de la fête qui va suivre et qui ne dépend pas de la victoire de la France.
Nous nous frayons un chemin jusqu'à la Terrasse de je ne sais pas trop quoi, à Canet Plage,
je pose mon cul sur un tabouret métallique, face à mon ami, à un mange-debout, et j'ai faim.

Jambon. Saucisse. Manchego. Sur des ardoises. Patatas bravas.
A peine installés, Cédric est déjà dans le match, pendant que je téléguide par texto
une amie décidée à nous rejoindre, et manifestement plus intéressée par le football que moi.
Tout le monde alentour semble captivé par ce qui se joue sur la pelouse, personnel compris,
et c'est parmi les serveurs, précisément, que je vais trouver une façon agréable de tuer le temps.
Bon. D'abord, je mange parce que j'ai faim. Je bois aussi. Et je sers du rosé à Cédric.
Je respire une bonne soirée de juin, ce qui fait toujours du bien.
Et je guette le passage du serveur. Ou son regard. Il est très beau. Il me plaît.
Je n'ai ni les moyens ni l'ambition de le séduire, pas même l'idée de chercher à le faire,
je mange comme un ogre et le dévore des yeux, pour mon seul plaisir unilatéral,
puisque je suis là et que je n'ai pas mieux à faire dans l'immédiat.
La France marque un but et une explosion de joie hystérique me laisse circonspect.
Cédric m'explique qui est ce Valbuena à qui l'on doit - autant qu'à son coéquipier et passeur -
un tel déchaînement de barrissements virils comme on n'en trouve que dans la pornographie.
Tout le monde beugle, brame, bêle, blatère, grouine, et jouit en cœur.
Dans une surenchère qui s'encourage. Pour un but qu'aucun d'entre nous n'a marqué.
Il semble que nous soyons trop forts par procuration, et que cela mérite une telle effusion,
une telle régression collective, et une parfaite imitation de la vie sauvage et animale.
Moi qui prétends comprendre tant de l'humanité et de la condition humaine, je m'avoue dépassé.
Et démuni. J'ai eu beau chercher, les buts marqués par mon pays ne m'ont fait aucun effet.
Presque triste et envieux quand j'aurais été ravi de faire l'expérience d'une telle extase.

Dites-moi ce que vous prenez, que je prenne la même chose.
La cohésion derrière l'équipe permet en effet, dans son mouvement de masse,
une désinhibition spectaculaire, qui pourrait être amusante ou touchante à mes yeux,
s'il n'y avait pas eu de Suisses en face à qui je n'ai aucune envie de la mettre profond.
Oui, je sais, l'esprit du sport. Le fair-play. Le respect des adversaires. Bien entendu.
Mais la rage en creux de l'enthousiasme promet d'être aussi furieuse et irrationnelle.
Ces démonstrations de joie ou de force, me paraissent trop outrées pour être honnêtes,
et je suis heureux que tant de violence ne s'exprime qu'à l'euphorie des jeux du cirque.


On a emprunté un tabouret pour notre amie qui avait réussi à se garer et à nous retrouver.
J'ai été surpris de la voir elle aussi si absorbée par le match et si ... impliquée... ou concernée.
Je ne saurais dire exactement tant je suis hermétique à ce que semblent éprouver mes camarades
et une grande majorité de mes contemporains. Je sais bien qu'il y a une part de folklore.
Mais je n'arrive pas à partager pour autant ni la fierté ni la déception des supporters.
Ce n'est pas pour stigmatiser le football, comprenez-moi, quand d'autres compétitions
provoquent les mêmes phénomènes. C'est juste pour dire que cela m'échappe complètement.
Mais j'ai mes propres sources de satisfaction, quand je suis avec deux personnes que j'apprécie,
que le spectacle autour de moi est intéressant, que les tapas ne sont pas mauvaises,
et que le sourire que m'adresse le petit serveur aurait mérité à lui seul le hurlement d'un goal.
La bouteille est finie. Cédric a envie d'un mojito. Je le suis. Nous en boirons quelques-uns.
J'observe des tablées de filles dont je comprends la présence et l'effort des effets.
Habillées, légèrement, maquillées, outrageusement, elles savent que c'est pleine lune.
Un soir de match de l'équipe de France, il y a du mâle en rut, et tout est stratégique.
Je m'intéresse autant qu'elles plus aux hommes qu'au football, mais ne peux pas lutter.
Le mojito coule à flots et nous allons pouvoir continuer au whisky en traversant la rue.
La France a gagné. J'ai bien mangé. Et nous pouvons passer aux choses sérieuses.
Je suis riche de Nicole Yrle et de Valbuena. J'en apprends tous les jours.
Et je m'autorise à mon tour à lâcher prise. A régresser aussi dans l'animalité. A ma manière.
Ni en hurlant, ni en dansant, mais en buvant. Puisque l'alcool a fini par me retrouver.
Jusqu'à ce jour, il est festif. Et je ne m'en inquiète pas. Quand nous passons d'un bar à l'autre.
Temple Café. La Mer à boire. Puis le Duplexx où l'on s'ennuie. Puis le Playa à Argelès.
La terrasse sur la plage. La lune sur la baie. La boîte est telle que je l'avais connue.
Vingt ans plus tôt. Je suis heureux et un peu ému de revenir sur un ancien terrain de jeu.
J'arrose mes amis. Je bois. Et je ne m'inquiète pas parce que nous nous amusons.
Et comme il y a vingt ans, cerise sur le gâteau, je verrai le soleil se lever sur la mer.
Les coupes du monde se suivent et ne se ressemblent pas.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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La balle au centre

Publié le

Il y a autant de narcissisme à ne pas vouloir d'enfants qu'il y en a à en faire.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Sole mio

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La côte et son électrocardiogramme affolé fait des rochers dans l'eau.
Le ruban de bitume fait ses sinusoïdes de vipère à travers les vignes en terrasses.
Le ciel fait le beau. Règne en maître. Même tard. A des heures habituées au crépuscule.
Ici juin s'est décidé à sublimer un paysage déjà spectaculaire à l'approche de l'Espagne.
Je suis une conversation sans prendre garde à Valmy. Sans me soucier de Collioure.
Je suis une route que je connais par cœur jusqu'au sommet d'une nouvelle descente.
Celle sur une anse que nous pouvons embrasser entière l'espace de quelques secondes.
Je ne sais pas où nous allons dîner. J'ai pensé à Port-Vendres que nous avons dépassé.
Et ne croyant pas vraiment à Banyuls, j'hésite entre le Clos de Paulilles et le Sole Mio.
Je suis le passager et suis la conversation qui rend mes spéculations un peu brouillonnes.
La mer est d'un bleu de Côte Vermeille et nous passons sous la voie ferrée.
L'auto ne ralentit pas aux abords du premier restaurant et je mise sur le second.
Elle s'engage en effet dans le chemin où j'avais pourri mes chaussures de ville
quelques jours plus tôt avec Dominique, pour s'aventurer au plus près de la plage.
On m'invite à dîner et je me laisse conduire sans craindre pour ma virilité.
Il est question de fêter l'été et je le fais de toute évidence en bonne compagnie.
La journée a été chaude. Sans vent. Et reste éblouissante à son déclin qui s'attarde.
Le soir peut se laisser désirer puisque le plaisir commence quand on sait qu'il viendra.
Le jour n'en finit pas de mourir sur une mer d'huile qui prolonge une courte bande de galets.
Un catamaran a jeté l'ancre au milieu de la crique pour qu'il y ait la blancheur d'un bateau
au milieu de la nacre que prend l'eau, empruntée au ciel qui se délave imperceptiblement.
On m'avait sobrement demandé : " sois toi-même ", ce qui n'était pas une requête ni un conseil,
mais une douceur pour me mettre à l'aise, au cas où je ne l'aurais pas été, et de mon côté,
ce n'était pas que je n'avais pas l'intention d'être autre chose que moi-même par principe :
je n'en avais pas les moyens. J'avais renoncé depuis longtemps à être quelqu'un d'autre que moi.
Qui n'était pas à l'aise mais dans son élément. Entre jour et nuit. Entre l'eau et le schiste.

Le Banyuls blanc est à bonne température. Comme l'air sur ma peau.
Je tourne la tête vers le large sans perdre le fil de la conversation qui ne retombe pas.
Des familles sèchent les corps d'une dernière baignade avant de rassembler leurs affaires.
L'ennui en amour est intolérable, et je sens que l'animal est fait d'un bois que je connais.
La détermination. L'autodétermination. L'homme qui boit son champagne en face de moi
connaît le prix du temps, et c'est assez pour me séduire. Fraternité de fait.
Il a tout compris depuis longtemps et tout devient facile. Je n'ai pas à finir mes phrases.
Il a réfléchi à tout ça avant moi et sait d'avance ce que je vais dire ou voit où je veux en venir.
Il capte tout tout de suite, m'a déjà cerné le temps du trajet, et j'apprécie le temps que l'on gagne.
On peut aller vite et loin. Ce qui m'enchante et m'apaise. Je peux être moi-même en effet.
Nous pouvons échanger librement. Parler de tout. Je souris. Il est habile et brillant.
Je sais qu'il est plus fort que moi et qu'il ne tardera pas à s'ennuyer en ma compagnie.
On nous presse de commander quand nous n'avons pas prêté attention aux menus.
Je pars sur les anchois. Le schiste et les anchois. La mer et les pinèdes. Chez moi.
Calés dans les Albères et adossés aux vignes nous sommes à l'horizon.
L'intelligence me rassure. Comme les chats, je ronronne à l'activité cérébrale.
Indifférent au pouvoir et à l'argent, je suis sensible au talent et à l'intelligence.
Où qu'ils se trouvent. Les deux seules choses qui puissent forcer mon admiration.
La beauté du décor est à la hauteur de la qualité de la conversation,
et ma frustration à ne pas avoir le temps d'aller au bout de telle ou telle idée

est désamorcée par le constat que mon interlocuteur y était déjà allé sans moi.
Je me rends compte que j'ai fini mon anchoïade. Je n'ai pas touché aux œufs durs.
Il sert le vin. A compris que j'étais toujours amoureux et qu'il me plaisait de l'être encore.
J'ai compris de mon côté que je ne pourrais rien lui cacher et j'assume la construction.
Mon amour le sait bien comme ceux qui me lisent. Je me suis toujours conditionné.
Et je continue à me convaincre sans aucune difficulté que je suis toujours amoureux.
Personne n'est dupe sur l'armure que je me suis faite. Rempart et protection.


Il me regarde dans les yeux sans qu'il n'y ait rien d'équivoque.
L'Europe. L'indépendance de la Catalogne. Je ne suis pas à la hauteur de ma passion.
Nous avons ce point commun. Nous nous ennuyons vite. Mais lui plus vite que moi.
Je deviens lent et commence à m'éteindre. Il réagit aussitôt en allant payer l'addition.
C'est élégant. La nuit a fini par s'imposer sur la plage. Le lieu est différent.
Le minéral est encore chaud d'une journée brûlante. La mer respire paisiblement.
Le restaurant n'est plus le même qu'à notre arrivée. Il me ramène chez moi.
Sur la route qui ondule dans sa légère ivresse, les points culminants libèrent des panoramas
vus mille fois mais toujours époustouflants. Mon pays catalan lové dans l'écume des Pyrénées.
La Grande Bleue est devenue cette Grande Noire à la fois inquiétante et douce.
Le front de mer crépite de lumières jusqu'à Leucate, au grand Nord, la fin du monde connu,

et Perpignan scintille comme des braises sous le halo orangé des présences urbaines.
Ce n'est pas le brasier monstrueux de Los Angeles, ni même celui de Barcelone,
mais on a ce même sentiment de revenir au foyer, de descendre au cœur de l'activité humaine.
La voie rapide déjà, nous y propulse. Lorsque la conversation se poursuit sans être forcée.
La même qui s'est engagée trois heures plus tôt. Le sentiment qu'une rencontre s'est produite.
Quand nous n'avons aucune idée, ni lui ni moi, de ce que nous en ferons.
Je regarde le ciel m'échapper par la vitre, dénaturé par la pollution lumineuse de l'agglomération.

L'amour qui me tient depuis presque quatre ans, bien sûr, est une construction de toutes pièces.
Mon idéal incarné par un être à son insu. Quelque chose d'absolu qui pouvait l'écraser.
Un niveau de confiance inégalé qui n'était pas pour une fois incompatible avec la passion.
Le montage était subtil, aussi contraignant que complexe, mais avait relevé ce défi.
Me permettre pour la première fois de ma vie d'être à la fois amoureux et heureux.
Ne brûler que des flammes qui portent et font du bien. Sans la torture de la jalousie.
Sans la tyrannie de l'orgueil. Sans la nausée de la peur. Seulement la confiance.
Et le cycle qui semble se terminer était solaire. Lunaire. Un long shoot d'ocytocine.
Sole mio. Mon soleil. Disparu derrière le relief des Albères à dix heures du soir.
Te retrouverai-je à l'aube ?... D'ailleurs t'ai-je perdu ?


Au coin de ma rue, la voiture s'arrête. Je suis heureux de cette soirée.
Cet été doit être bon et le sera. Il pourrait être le dernier. Il doit être extraordinaire. L'est déjà.
Quand il faut à la fois se laisser porter et prendre les manettes. Une affaire de dosage.
Diriger et se laisser conduire. Sans perdre de vue ce que l'on retiendra sur notre lit de mort.
Vous savez combien ce qui me navre le plus est l'idée du gâchis. Celui du gaspillage.
La réalité doit être dévorée sans scrupules. Le présent. Cette chose improbable.
Que nous devons construire et reconstruire, suivant qu'il est devant ou à peine passé.
Nous inventons nos vies avec nos propres armes. Et nous n'en manquons pas.
Le présent n'est jamais qu'une vision de l'esprit, ce mélange d'avant et d'après, concentrés,
ce mélange de ce que nous attendons d'un instant et de ce que nous en avons compris,
quand l'art du bonheur consiste à le tourner toujours à notre avantage. C'est à nous de trancher.
Le soleil s'est couché sans que je le regrette. Parce que j'aime la nuit. Et attendre l'aurore.
Le bonheur commence à l'instant où l'on se le promet. Où l'on se l'autorise.
Nul besoin de l'attendre quand il est déjà là, dans le désir et sa conquête.
Etre vivant est décidément délicieux. Et j'ai un nouvel ami qui est tout aussi décidé,
résolument, coûte que coûte, à en être convaincu et en tirer profit.
Nous sommes de ceux qui ont pris la mesure de l'urgence. Urgence à prendre son temps.
Le meilleur moyen de ne pas le perdre. Et de jouir de tout ce que le monde met à disposition.
Egoïsme ? Opportunisme ? Et donc ? Quel est le problème ? Où est le mal à se faire du bien ?
A quoi bon l'intelligence ? Pour qui s'empêcher d'exister et de vivre ? Ou pour quoi ?
Le plaisir de la plainte m'est étranger. Le plaisir de la contrition n'est pas le mien.
Personne ne me jugera aussi durement que moi-même. Et je ne veux pas me tromper.
L'été c'est maintenant et le bonheur aussi. Tout de suite. En écrivant ces mots.
Le jour va se lever et j'ai pris de l'avance. Tout est fait pour renaître.
Et je me battrai pour qu'il en soit ainsi, je serai de la fête et de la construction,
quand tout peut revenir si c'est de mieux en mieux.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Le sens du happy end

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A découvert. Je ferme le site du compte bancaire. Pire que ça.
Je suis au fond du découvert autorisé. Plus de jus du tout.
Mais il faut que j'aille voir cet homme qui me plaît et m'obsède.
Je ne vais pas demander de l'aide ni à mon éditeur, ni à mon père, ni à mes potes,
pour une histoire de boules improbable, une rencontre sur internet,
quand on sait que cela continue de provoquer des grimaces et autres expressions de méfiance,
d'incompréhension, et que l'on passe vite à s'enflammer ainsi pour dépressif ou érotomane.
Certes, si c'est ce qu'ils veulent dire, ok, cela n'est pas raisonnable. Et donc ?...
Je suis Philippe Latger et m'en sortirai toujours. Je ne peux pas laisser passer ça.
Je dois en avoir le cœur net et monter dans ce train pour Paris et voir de près ce qui arrive.
Je fouille dans le tiroir où je vide mes poches, cartes de visites, clés qui n'ouvrent rien,
trombones, capotes périmées, montres cassées, vieux chéquiers, cartes de fidélité...
Je ne suis pas certain de ce que je cherche, mais je trouve. Une carte de crédit.
Je me précipite dans la rue. J'ai peut-être une chance de tenter ma chance.
Voici quelques semaines que nous correspondons sur Facebook, quotidiennement,
que nous prenons plaisir à plaisanter et à nous plaire, tout ce que je vois, tout ce que je sais,
me séduit presque autant que tout ce que j'imagine. Le personnage est particulièrement brillant.
Je traverse la vieille ville pour arriver au grand magazin qui m'avait fourgué sa came.
Cette pomme empoisonnée que j'avais balancée aux oubliettes en connaissance de cause.
Que j'enfonce dans le distributeur. Fébrile. Bon sang. Le code. A quatre chiffres. Voyons...
J'essaie quelque chose. Il faut absolument que je monte dans ce train tout à l'heure.
Je n'en ai pas dormi de la nuit. J'ai vérifié les horaires sur internet. Perpignan / Gare d'Austerlitz.
J'avais sorti de mon tiroir cette arnaque en plastique qui allait me tirer d'affaire.
Le distributeur me crache une liasse de billets. Je recompte. Vais le payer cher.
Mais demain est un autre jour. Je cours presque jusque chez moi préparer mon bagage.
Je monterai ce soir dans ce putain de train de nuit pour rejoindre cet homme.

Le train dans lequel je roule quelques années plus tard ne va pas à Paris.
Même cause. Même effet. Une rencontre. Un coup de foudre. De fouet. De tête.
Comme quand je suis monté dans ce bus pour New York depuis Montréal où je vivais,
et que je me suis fait refouler à la frontière américaine, alors que je courais rejoindre quelqu'un.
Bravo la surprise. Coincé à St-Bernard-de-Lacolle, le bien nommé. Au milieu de nulle part.
Coup de foudre sur internet d'abord. Coup de foudre en réel dans le bar de Manhattan ensuite.
Où j'étais venu voir de mes yeux ce qui me brûlait le cœur. L'essai fut transformé.
Il fallait que je revienne au Québec et j'y suis retourné, déchiré mais triomphant.
Car oui, cela n'avait pas été une illusion ou une histoire virtuelle. Rencontre validée.
A peine rentré, je n'ai qu'une chose en tête, repartir à New York. La gare des autobus.
Greyhound et patatras. Mon élan s'est brisé sur l'immigration américaine. Retour case départ.
Oui. Je suis Philippe Latger et je n'ai qu'une vie. Je fais feu de tout bois.
Je n'ai pas pu rejoindre cet amour à New York, je l'ai rejoint quelques jours plus tard à Paris.
Certes, à l'époque, j'avais du pognon. Cela facilitait sans doute ces grandes passions coûteuses.
Mais d'autres affaires qui ont suivi m'ont prouvé que l'argent pouvait moins que moi-même.
Je fais ce que je veux. Et s'il est urgent d'aller rejoindre quelqu'un, je me suis volontiers.
Pour aller retrouver un amour à l'autre bout du monde ou en accompagner un autre à Roissy.
Et même pour prendre le risque d'un fiasco absolu à rejoindre quelqu'un que je ne connais pas.
Montréal. Paris. Barcelone. Madrid. Je cours après l'amour et la passion amoureuse.
Park Avenue sous la pluie où je tombe amoureux la veille de mon départ. Décidément.

Je suis vivant.

Avoir le sens du drame et de la comédie romantique a son avantage. Le sens du happy end.
Quand je me suis appliqué dans ma vraie vie à planter des invités pour monter dans un taxi.
Filer à l'aéroport pour chercher quelqu'un. Courir prendre un avion pour traverser l'Atlantique.
Dans la salle d'embarquement, on m'apprend par téléphone le décès de ma grand-mère.
Sonné. Désespéré. Que faire ? Tout annuler pour partir à Toulouse rejoindre ma famille ?
On martèle mon nom dans les micros et haut-parleurs du salon business d'Air Canada.
J'ai couru à perdre haleine dans les couloirs pour monter dans l'avion. J'avais choisi l'amour.
Je roule dans un train pour Madrid sans savoir ce que je vais trouver à l'arrivée.
J'ai une intuition en forme de certitude. Celle qu'il faut que je le fasse. Pour savoir.
Car c'est une chose que mon amour précédent n'a pas comprise. Je n'ai pas le temps.
Je vais mourir bientôt et je n'ai pas le temps de gaspiller ma vie.

Je veux me donner toutes les chances. Aller voir. Tout tenter. Pour n'avoir aucun regret.
La plupart du temps, il est vrai, ces courses s'achèvent, haletantes, sur une déception.
Un lapin. Quelqu'un qui ne me plaît pas. A qui je ne plais pas. Whatever...
Mais je récidive car il est arrivé que ça arrive. Bim. Banco. Le conte de fées.
Et mes proches sont témoins que j'en ai vécu quelques uns depuis que je suis de ce monde.
J'en compte un. Deux. Trois. Quatre. Et un autre, bien qu'affreusement contrarié.
Je sais que ça existe. Et je ne peux me contenter d'histoires à la petite semaine.
Je suis fait pour la fête et le feu d'artifice. Le volcan. La tempête. Et l'abandon qui suit.
Erotomane ? Hystérique ? Bipolaire ? La jalousie qu'il faut pour aller chercher si loin.
Ce qui lui semble fou a pourtant sa raison. Celle de la conscience ardente d'être mortel.
Je sais dans ma chair que tout s'arrêtera. Et pour moi qui aime l'amour, j'ai mes priorités.
Je veux être amoureux et jure que je le serai.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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