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Sous le capot

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Sous le capot. Sous l'abat-jour. Sous le couvercle. Sous le tapis. Sous le manteau.
Sous le préau. Sous le chapeau. Le parapluie. Sous la surface. Sous le drapeau et sous la couette.
Sous les nuages et sous la braise. Sous le vernis et sous la peau. Les apparences.

La vérité se prélasse. A l'abri. Ce que j'aime. Ce que je suis.
Sous le carton. Le maquillage. Sous la capuche et sous le sable. La couverture.
Tout ce qu'on protège de soi. La vérité de qui l'on est. De qui l'on aime. Vraiment.
Sous le drap. Sous le soleil. Sous la toiture. Sous les étoiles.
J'ai caché ta voix qui me parle. Me fait du bien. Même à distance. Me fait l'amour.
Au creux de l'écrin de mon crâne. Accro de nous. Et à genoux.
J'adore le secret qui s'accroche dans ma poitrine et l'eau de roche.
Qui se renoue. M'ouvre les bronches. Me tient debout.
Sous l'enveloppe et sous la chape. Sous le masque. Le chapiteau. Sous les paupières.
Je garde en moi tout le mystère. Et la lumière. Sais d'où elle vient.
La vérité que je protège. Tout ce trésor blanc comme neige. Tout le magot.
Dans le coffre de ma mémoire. Tout le pactole de notre histoire. Gardé au chaud.
Sous un sourire et sous le casque. Sous la cuirasse. Sous mes airs comme sous l'écorce.
La faiblesse qui me rend mes forces et le garde-fou que je garde. C'est toujours nous.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Ne penser à rien

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Je crois entendre le bruit à peine perceptible de la serrure.
J'ai l'habitude de la faiblesse de ce son si particulier depuis l'étage.
Celui que tu provoquais, toi, en manipulant la porte avec précautions,
alors que mes voisines ne s'embarrassent pas d'autant de discrétion.
Au premier bruit, celui du métal du pêne qui revient dans la gâche allait suivre.
Je crois entendre le bruit de la minuterie qui s'enclenche dans la cage d'escalier.
Il y a un timing, entre la porte d'entrée de l'immeuble, l'interrupteur,
la lumière qui s'allume aussitôt dans ma lucarne sur le couloir et au ras du sol,
qui ressemble à celui, invariable, qui fut le tien à chacune de tes visites.
Je crois entendre le bruit de la brique cassée d'une tomette dès les premières marches.
Mon cœur se brise. Ma respiration coupée. Mes yeux se portent aussitôt sur ma table de chevet.
Sa surface de bois vernie est parfaitement dégagée. Seul un petit coffret est posé dans un angle.
Opposé au lit. Un coffret cubique de Un monde en or. Qui n'a pas bougé de sa place.
Qui contient un anneau que je n'ai pas remis au doigt. Couleur argent.
Qui à mes yeux a toujours été une alliance. La nôtre.
Je ne pouvais plus remettre et porter cette bague sans ton autorisation.
Je crois entendre la deuxième tomette, celle à quelques mètres de la porte de l'appartement.
Dans mon fauteuil de bureau, sur le qui-vive, je ne respire plus.
Mon amour. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour que ce soit toi. Dans ce couloir.
Immobile, je ne suis pas même capable d'allumer une cigarette pour me préparer à tout.
Il y a toujours le grésillement de la minuterie derrière le mur, et tout à coup,
je crois entendre... je l'entends... cette façon légère et timide de tambouriner.
Que je pouvais manquer quand j'étais dans la salle de bains ou la tête dans ma musique.
Je me lève. On a frappé. Je dois ouvrir. Je vérifie mes cheveux dans le miroir de très loin.
Nous étions d'accord. Tu ne reviens que si c'est pour renouveler nos vœux.
Je suis déchiré entre panique et impatience quand j'ouvre le verrou. Fou d'amour.

L'amour de ma vie. Que j'ai reconnu aussitôt place Molière. Le vrai. Le grand.
Que je serre dans mes bras comme je l'ai fait tant de fois dans l'embrasure de la porte.
Que je fais entrer vite pour refermer sur nous, laisser le reste du monde à l'extérieur,
pour revenir dans cette position où nous sommes debout l'un et l'autre, face à face,
l'un contre l'autre, pour nous couvrir de l'autre au maximum de la tête au pied,
sentir nos muscles et nos chaleurs à travers les vêtements, collés, et je peux respirer.
Tout se passe en silence. Nous n'avons pas prononcé un seul mot.
Je t'embrasse sur la bouche. Retrouve tes lèvres de mes lèvres. Ton odeur. Ton parfum. 
Et nous nous immobilisons, le menton posé sur l'épaule de l'autre, les yeux fermés.
Mes bras dans ton dos te serrent contre ma poitrine, mes mains te pressent contre moi.
Et je profite de ce moment, où tu ne me vois pas, où tu ne peux que me sentir, en entier,
pour laisser rouler sous mes paupières une émotion que je ne peux plus contenir.
Je ne veux pas que tu la vois. Mais tu la sens dans la tension de mes mâchoires.
Tu la devines à ma pulsation cardiaque qui frappe sur le haut de ta cage thoracique.
Nous nous enveloppons l'un l'autre du soulagement de nous retrouver enfin.
Ou de ne nous être pas perdus après tout ce temps insupportable. Interminable pour moi.
Je retrouve tout de suite ta chaleur et ta carrure. La largeur des épaules. Tout est intact.
Et vient le moment où nous avons besoin de nous voir et de nous regarder. Dans les yeux.
Peux-tu me trouver beau aussi vrai et absolument que je te trouve sublime ?...
Tu es la plus belle chose qu'il m'ait été donné de regarder en quarante-et-un ans d'existence.
Et je n'ai jamais cessé de t'aimer.


J'ai ouvert le verrou et j'ai ouvert la porte. La lumière est éteinte et le couloir est vide.
Le silence manque douloureusement du grésillement pourri de cette putain de minuterie.
L'espace manque de cette silhouette un peu voûtée et de ce visage qui me regarde par en-dessous.
La tête dans les épaules. Genre excusez-moi de déranger. Ou bien ce n'est que moi.
Je referme. Je fais les trois mètres qui me séparent de mon fauteuil de bureau.
Je m'y laisse tomber. L'ordinateur est toujours ouvert et allumé sur mon travail. 
La rue dans mes fenêtres ne me dit rien. D'ailleurs, je ne la regarde pas vraiment.
Sa lumière orange se fout de ma gueule ou m'arrache le cœur de la poitrine.
Mes yeux se portent sur la petite boîte isolée dans un angle du plateau de la table de chevet.
J'avais promis d'être enterré avec cette bague. Pourquoi ne m'aides-tu pas à tenir ma promesse ?
Que cela te soit égal me fait du mal. Que cela n'ait pas compté pour toi me rend dingue.
As-tu gardé mes messages ? Mes courriers ? Mes tonnes de mails depuis notre rencontre ?
As-tu tout supprimé ? Ou comptes-tu tout relire une fois que nous serons vieux et abandonnés ?
Quelle importance si tu ne m'aimes plus... Bien sûr. Et j'ai bien là la réponse à ma question.
Celle à laquelle tu n'arrivais pas à répondre sachant que la réponse ne me plairait pas.
Je regarde mes mains comme si elles étaient à quelqu'un d'autre. Je suis un étranger pour moi.
J'ai perdu la foi. En cette partie de moi qui me manque et que je pensais avoir trouvée.
Incapable de te maudire. De te détester. De t'en vouloir de ne plus rien éprouver pour moi.
Ces mains que je regarde sont celles qui te caressaient et qui t'écrivaient.
Si elles ne te manquent pas, moi, je suis obligé de vivre avec. Tous les jours.
Et tous les jours, elles me rappellent qu'elles ne te caressent plus, qu'elles ne t'écrivent plus.

Je serre les poings. Veux les voir disparaître. Et ne penser à rien.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Puisque des musiciens jouent

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Je ne suis pas un spécialiste. Je ne suis pas un universitaire.
Je n'ai pas fait les études qu'il faut. N'ai pas les diplômes.
Je ne suis ni historien, ni musicologue.
Mais s'il y a deux choses que je sais reconnaître, partout où ça se trouve,
c'est bien le Jazz et l'Art Déco.
Le Rock est une notion abstraite pour moi, à laquelle je n'ai jamais rien compris.
Je vois à peu près ce dont il s'agit si l'on parle de mode de vie ou de situations.
Et je peux alors me l'approprier volontiers, quand c'est une manière d'être que je pourrais
aussi bien revendiquer, si cela avait été une référence pour ma génération.
Oui, rouler bourré, exploser sa voiture sur un talus et péter le pare-brise avec sa tête,
s'en relever en engueulant sa bagnole comme si de rien n'était, c'est peut-être Rock & Roll,
assurément stupide, et je suis peut-être un Monsieur Jourdain du Rock qui en fait sans le savoir.
Pour la musique, j'arrive à suivre jusqu'à Bill Haley et Jerry Lee Lewis,
Elvis Presley et Little Richard, dont la plupart des titres qui swinguent encore clairement,
sont inscrits dans ce qui est encore et toujours du Jazz.
Mais quand on me dit que les Rita Mitsouko ou Noir Désir sont des groupes de Rock, là,
j'avoue que j'ai manqué quelque chose, même si j'ai adoré les deux groupes et leurs succès.
Il doit me manquer quelques maillons ou quelques générations entre le Jazz et la Techno.
Le Rock m'échappe complètement. Je le concède. Le Jazz, je l'identifie tout de suite.
Dans mon sang et dans mes veines. Dans les musiques du monde comme dans les chansons.
Dans la Bossa Nova et le Tango. Dans la Samba et le Flamenco. Tout ce qui l'a nourri.
Le Jazz, c'est l'Amérique. Parce que l'endroit où toutes les cultures se sont percutées.
L'Afrique et l'Europe. Boum. L'Amérique latine. La sueur. La Salsa. Le métissage. Enfin.
La fusion des intelligences et des sensibilités. Des ryhtmes contradictoires. Superposés.
Déconcertants. Syncopes. Contretemps. Contre-pied. C'est cette musique de la surprise.
Et de l'improvisation.

Avec Bach, bien sûr, la logique mathématique révèle à l'avance la note qui va suivre.
Et c'est son génie de nous tenir captifs avec des développements prévisibles.
Ils sont fascinants, je les savoure, incapables de m'ennuyer, quand la seule surprise pour moi
est d'être bouleversé à chaque écoute, encore et encore, par ce qui tient d'un ordre absolu.
Mais à quelques exceptions près, dont Bach est le meilleur exemple, les évidences m'assomment,
aussi vrai qu'on décroche très vite de ce qui est attendu et usé, facile, paresseux et sans imagination.
Le jazz a son lot de ratés et d'escroqueries sans doute, mais ce qui anime mon intérêt
est précisément qu'il le tient en éveil, attentif, toujours sur la brèche, en alerte,
puisque c'est la musique où tout peut arriver.
J'arrive en dernier dans cette famille où mon père, il est vrai, m'a transmis ce virus.
Ragtime. Gospel. Negro Spiritual. Blues. New Orleans. En rangs serrés dans la discothèque.
Je vois les pochettes. Sydney Bechet. Duke Ellington. Ray Charles. Observe qu'ils sont noirs.
Même en traversant les décennies. Puisque le Rhythm & Blues, la Soul, le Funk, le Rap ensuite,
apparaissaient évidemment comme autant de mutations de sa Majesté le Jazz.
J'adore ça pour tout le contexte. La maison. La chaleur du foyer. Le tabac. Le café. La peinture.
L'échiquier. Le whisky. Le papier calque. Les crayons. Le piano. Ma famille. Ou mon nid.
J'aime d'abord le Jazz parce qu'il en fait partie. C'est l'enfance. Heureuse. Ludique. Ravie.
Mon père kiffe ça et les musiques dites du monde. Les Brésiliens et les Hindous. Les Péruviens.
Les Mariachis. Le Flamenco. La musique orientale. Et je voyage. En jouant dans mon coin.
Avec les cuivres de Porto Rico et les cordes de Django. C'est magnifique. La terre entière.

Ou bien New York, puisque c'est la même chose. Jusqu'à George Gershwin. Harlem. Motown.
C'est souple. Indolent. Electrique. Dégingandé. Espiègle. Hystérique. Décadent. Pathétique.
Les émotions à l'état brut qui n'essaient pas de faire joli. C'est le rythme. Le sexe. La fête.
La mort. La comédie humaine. Les ruptures. Le jeu. Puisque des musiciens jouent.
Et m'expliquent tout de la vie sans me dire un seul mot.


Ma mère n'est pas Jazz pour deux sous. Et encore moins Rock & Roll.
Si mon père écoute la radio tard dans la nuit pour accompagner son travail et ses cigarettes,
d'Oscar Peterson à Benny Goodman, de Stan Getz à Astor Piazzolla, Count Basie, Miles Davis,
pour ma mère, c'est l'Opéra. Pas le classique, nous sommes d'accord... L'Opéra.
Et puis la chanson française. Old school. Celle qui fait la part belle aux textes.
Brassens. Brel. Ferré. Ferrat. Aznavour. Yves Montand. Dont elle est secrètement amoureuse.
Dont je tombe amoureux aussi. Pour Prévert. Et enfin, puisque nous sommes Toulousains,
la boucle est bouclée avec un certain Claude Nougaro. Encore lui. Armstrong. Charles Mingus.
Même dans l'accent de la famille de ma mère, putaing cong, voilà qu'il y avait du Jazz.
Maman n'a pas le sens du rythme. Elle aime les livres et la force des sentiments.
Et je pouvais veiller le soir sur un volcan sans craindre de m'endormir dessus.
Apostrophes contre France Musique, Le grand échiquier contre l'électrophone.
Contre Pearl Buck et Jean d'Ormesson. Le Corbusier. Maria Callas. Droit de réponse.
B.B. King. Ella Fitzgerald. Nina Simone. Charlie Parker. Les Rois Maudits.
Je ne connais pas encore l'Amérique, mais ça va être difficile de la détester.
Thelonious Monk. Cab Calloway. Chet Baker. Billie Holyday. Porgy and Bess.
Je ne sais pas quel âge j'ai, avenue François Cassagne à Bompas, route de Fronton à Toulouse,
mais je connais déjà le Carnegie Hall, Broadway, Central Park et l'Appolo Theater.
Tout ce que je vois dans le cinéma américain des Années 30 / 40 / 50 / 60 / 70...
New York. Los Angeles. Easy. J'y ai grandi. A des milliers de kilomètres.
Quand mon Amérique en 3 D, c'était Barcelone. Ma grosse ville à moi.
Avec taxis jaunes et sirènes de police dans le ton. Le damier. L'énergie. 
Mon grand-père maternel avait émigré. Mais n'avait pas traversé l'Atlantique.
Ok. C'est moi qui le ferai.

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Irremplaçable

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" J'aimerais savoir à quoi il ressemble...
- Quoi ?... Qui ?...

- J'aimerais savoir s'il est plus jeune ou plus vieux. Ce qu'il fait dans la vie.
S'il est plus beau que moi. S'il est plus gentil. Plus disponible. Plus attentif...
- De qui est-ce que tu parles ?...
- De l'homme qui m'a remplacé.
- Ah... tu aimerais être irremplaçable.
- Tu aimerais être remplacé ?
- Je... non. Pas dans ce domaine. Même si on l'est tous à un moment donné.
Mais pourquoi veux-tu qu'il y ait déjà quelqu'un qui te remplace ?
Vous venez à peine de rompre.
- Je ne sais pas... j'aurais eu des nouvelles.
- C'est toi qui as rompu ! C'est toi qui as coupé toute communication.
- Après un mois de galère à essayer de comprendre où nous en étions.
J'avais besoin de savoir si nous étions ensemble ou pas. Ce n'était pas si évident.
Je peux aimer quelqu'un qui ne m'aime pas,
mais je ne peux pas rester avec quelqu'un qui ne m'aime plus.
- Tu intellectualises toujours autant toi... tu te prends la tête.
- Je t'assure que ce que j'ai traversé n'avait rien d'intellectuel. C'était dans ma chair.
Et ma réaction a été viscérale. Je n'aime pas faire aux autres ce que je n'aimerais pas...
Tu connais. Tu trouves que c'est si vertigineux que ça, intellectuellement ?
Qu'est-ce que ça a de si compliqué ? C'est trop subtil ? Je joue encore sur les mots ?
Ou bien peut-être que je m'exprime mal... Je peux aimer quelqu'un qui ne m'aime pas.
C'est déjà arrivé à tout le monde, même à moi. Tu peux suivre jusqu'ici.
Mais je ne peux et ne veux pas m'imposer à quelqu'un qui n'a pas besoin de moi.
Alors, oui, c'est moi qui ai rompu. Mais c'est moi qui aime encore. "

 

Philippe LATGER / Juin 2014

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Parfaire le monde

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Il y a ces oiseaux marins, maladroits sur la terre, ces manchots empereurs
aux démarches laborieuses et pénibles, qui plongent dans les eaux et deviennent torpilles.
Ils pénètrent dans leur élément et c'est ici qu'ils volent, empruntent des couloirs,

au gré de forts courants qui tiennent lieu de vent, surfent sur ces mouvements avec agilité,
se croisent et fendent l'eau dans leurs traînées de bulles, avec une assurance qui méprise le danger.
Ce sont de beaux pilotes qui n'ont pas froid aux yeux, se laissent partir en vrille,
assurent un rase-mottes, des tonneaux, des loopings, et des renversements,
défient la gravité, la prenant de vitesse, avec virtuosité et un brin d'insolence.
C'est la beauté du geste alliée à la technique. Un canon maçonnique. L'équilibre classique.
Qui épouse la folie pour qu'il y ait une raison.
Ces forces souterraines qui jaillissent en geysers, elles sont autant de voies dans le chœur
que j'écoute au final tortueux, bouillonnant, éprouvant et grisant,
de la Passion selon St-Matthieu de Jean-Sébastien Bach.
Il y a ces mouvements majestueux, puissants, légers, contradictoires, d'éléments opposés
qui trouvent une harmonie, s'enroulent en volutes pour tresser la même corde.
Ce sont toutes les forces que le monde nous impose, toutes ces contraintes,
qui sont autant d'obstacles, que l'intelligence humaine embrasse et apprivoise,
quand ici l'architecte, ici le chirurgien, ici le chorégraphe, fait de l'obstacle une opportunité,
s'appuie sur l'empêchement pour mieux le transgresser et aller chercher Dieu partout où il se trouve.
La chorale s'époumone pour combler l'univers, ce qui est inhabité, de toute notre conscience.
Les voix toutes singulières font ensemble un magma qui fuse en éruptions provoquer le soleil.
Aux partitions de Bach, même si elle tourbillonne entre panique et sagesse,
entre angoisse et extase, il y a l'idée qui s'installe, que le monde appartient à celui qui l'invente,
que le monde appartient à celui qui l'écoute, le regarde, à ceux qui le construisent.
Et ce monde ici-bas n'est admirable et beau que parce qu'il y a des hommes
pour le voir et l'entendre, ou le croire fait pour lui.


 

Philippe LATGER / Mai 2014

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A la hauteur des références

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Il aimait sa femme. Elle aimait son mari. Ils n'étaient pas un couple.
Mais deux êtres fusionnels qui se sont adorés toute leur vie.
Fusionnels au point d'avoir organiquement conçu des enfants. Trois enfants.
Mais qui ne purent jamais s'interposer entre eux. L'homme et la femme qui s'aimaient.
Ils aimaient leurs enfants. Ils les ont élevés avec une tendresse et une intelligence rares.
Ils n'ont jamais failli à leurs devoirs de père et de mère, furent des parents présents et aimants.
Mais s'il avait fallu choisir entre l'histoire d'amour et les progénitures, qu'auraient-ils fait ?
Un des fils l'avait vérifié, entre son père et lui, sa mère avait choisi son père.
Ce qui est sans doute dans l'ordre des choses et pourtant étonnant pour l'époque contemporaine.
Les enfants ont pour mission et vocation de quitter leurs parents et faire leur vie sans eux.
Et le garçon auquel je pense, passée sa blessure d'orgueil, avait compris qu'il était sain
que sa mère lui préfère son père, et y trouva même une source de fierté et de soulagement.
L'amour que ses parents éprouvaient l'un pour l'autre était un mystère fascinant.
Jamais les enfants n'avaient été instrumentalisés dans les désaccords et les crises.
Jamais ils ne furent le refuge suspect de la frustration, du dépit ou du ressentiment.
Et le fils fut témoin qu'au dernier matin de la vie de sa mère, elle avait rendu son dernier souffle,
à l'âge de soixante ans, aux côtés de son époux, son homme, celui qui partageait encore son lit,
jusqu'à cette dernière nuit sur terre, quand il ne l'avait jamais abandonnée,
pas même à la cruauté de deux années de lutte contre une maladie vorace.
Le fils, quand il entra à l'aube dans la chambre devenue mortuaire, alerté par la famille,

fut plus bouleversé sans doute par la grâce et la force de cet amour invraisemblable
que par le décès de sa mère, dont le corps déserté gisait dans le lit comme un sordide pantin.
Ce qui creva le cœur de l'enfant n'était pas la mort de sa mère mais le désespoir de son père.
Cet homme recroquevillé sur le cadavre qu'il serrait dans ses bras en éructant d'étranges sanglots
mêlés à des bribes de paroles à peine intelligibles, qu'il fallait séparer de la femme de sa vie.
Elle partait la première et c'est lui et lui seul, de nous tous, qui fut abandonné.
Le fils leva la tête. Instinctivement. Ce fut son premier réflexe en entrant dans la pièce
.
Il leva les yeux au plafond de la chambre, où il ne vit rien de particulier,
lorsqu'il était évident que sa mère venait de s'éteindre à l'instant, quelques minutes plus tôt,
ce qu'il put constater en manipulant avec son frère le corps pour l'habiller.
Le dos de leur mère était encore chaud, en sueur, et les membres étaient encore souples.
Les deux fils sentirent les articulations résister au cours de leur sale besogne.
Le raidissement. Rapide. Qui allait entraver un travail qui n'était peut-être pas le leur.
Mais ils étaient là. Et il fallait faire vite. Leur père avait été écarté de la chambre.
Ce père dont le chagrin insupportable avait impressionné le fils qui œuvrait avec son frère.
Ce fils qui était devenu un homme, à vingt-trois ans, avait eu le temps de vivre un peu.
Assez pour comprendre certaines choses de la vie des adultes, des hommes et des femmes.
Ce fils ébloui par ce que ses parents avaient vécu ensemble, par ce que ça lui révélait.
Un tel amour possible. Un tel amour pouvait exister. Ailleurs que dans la littérature.
Une dernière chose que lui apprit sa propre mère en mourant. Une chose fondatrice.
On pouvait aimer comme ça. Totalement. Absolument. Aimer un autre plus que soi-même.
D'un amour différent que celui que l'on porte, aussi fort soit-il, à ses propres enfants.
Que le fils, ce jour-là, s'est promis de connaître.

 

Philippe LATGER / Mai 2014

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Et le Diable à sa taille

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La ceinture abdominale la plus douce de l'univers.
Les muscles ne sont plus évidents comme ils ont sans doute su l'être en d'autres temps.
Ils sont toujours présents mais moins saillants, moins agressifs qu'au ventre du jeune homme.
La maturité a préféré à l'embonpoint un simple ventre presque plat et confortable,
à la peau particulièrement soyeuse, chaude et duveteuse, que mes doigts parcourent,
un peu fébriles, à l'idée que la caresse ne vient pas d'eux mais du corps qu'ils découvrent.
C'est lui qui sans bouger, procure du plaisir au mien, sous mes mains. Ouvertes. Inquiètes.
Offertes. Jusqu'à cette toison pubienne, à la fois douce et rêche, un peu humide,
luisante, drue et voluptueuse, l'intimité d'un être où j'ose me hasarder, ému par la permission,
quand l'intimité d'un seul me rappelle ici l'animalité de mon espèce humaine.
Des singes mal dégrossis que nous sommes, nous gardons des parcelles d'Eden,
aux aisselles et au sexe, où se concentrent tous les messages hormonaux qui me troublent.
Les phéromones agissent. A ce que je déplace, des odeurs se libèrent et savent m'envoûter.
Bien que âcres, elles semblent me correspondre, ne me révulsent pas, et j'avance davantage.
L'équation chimique est une adéquation parfaite. Compatibilité. Complémentarité.
Les coussins sous mes doigts adhèrent à ce qu'ils trouvent, sont sensibles au toucher,
à ce qu'il y a d'étrange, ce qu'il y a de familier, et ma bouche bientôt viendra les relayer.
Le nombril comme point de départ, que mes lèvres survolent ou effleurent, entrouvertes,
alors que mon souffle semble faire réagir la surface, sans buée quand elle n'est pas de verre,
à l'éruption soudaine d'une chair de poule qui m'encourage à faire durer le supplice.
Elle est de chair et elle vibre. Cette étendue que je respire jusqu'aux organes génitaux.
Ma langue a étalé son chemin de salive jusqu'aux parties sensibles qui se savent visées.
Ma barbe dans le poil qui couronne ce sexe que je ne dévore pas tout de suite,
je hume cette partie du corps que l'on cache, et je me sais privilégié.
Je vais agacer les terminaisons nerveuses. Prendre du plaisir à le sentir croître.
En remerciant les dieux d'avoir créé les hommes.

 

Philippe LATGER / Mai 2014

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Consommez braves gens

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La société de consommation nous avait réduits à l'état de bêtes sauvages.
A force de solitudes. A force de frustrations. A force d'absurdité.
A force d'écrans et d'images. A force d'illusions et de fuites en avant.

A force de crédits et de dettes. A force de compétition, de concurrence, de surenchère.
Ceux qui ne tombaient pas malades se dévoraient entre eux.

 

Philippe LATGER / Mai 2014

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Côté cour

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Arrivé dans mon autre chez moi, je m'interroge sur le bien-fondé de l'entreprise.
Ce que je fais découvrir à Montréal, Miami et Melbourne, me semble bien dérisoire,
quand je traîne mon bagage dans le hall en forme de couloir de la gare de Lyon.
Perpignan. Bien sûr. Où je n'ai plus d'attaches. Cela ressemble à une escroquerie.
Paris me regarde d'un air goguenard. " Qu'essayais-tu de prouver exactement ?... "
Comprenez mes amis, j'y étais tombé amoureux, j'étais amoureux.
Je cherchais une bonne raison de rester dans ma ville. Ou de m'en occuper.
" Tu as perdu quatre ans de ta vie mon vieux. Welcome back. "
Je n'ai jamais été un grand fanatique de la Rive Gauche.
Mais je pouvais bien lever mon verre à St-Germain-des-Prés.
Quatre ans pour être au plus près de ce gosse qui boit du lait chocolaté le matin.
Mais où avais-je la tête ? Ce gosse devait naturellement rester dans les jupes de sa mère.
Lui qui n'avait jamais pris un avion tout seul pour traverser le monde. Just a kid.
" C'est quand même bon de te revoir. Tu n'aurais jamais dû nous quitter comme ça. "
Bon sang... je suis parti parce que je me noyais dans cette putain de ville.
Comment peut-elle aujourd'hui devenir ma bouée de sauvetage ?
J'étouffais à Paris et suis parti me refugier à Perpignan.
Quatre ans plus tard, j'étouffe à Perpignan et viens me réfugier à Paris.
On s'étonne de la longueur du délire. De la longueur de l'épisode.
Je ne peux confesser que j'aimerais que l'épisode ne soit pas terminé.
Quelque chose en moi me déconseille de faire part de cette lubie complètement absurde.
Je lève mon verre péniblement, mais avec le sourire, visiblement convaincu de mon bonheur.
Oui. Je suis heureux d'être ici. J'ai toujours aimé Paris. Même si je préfère la Rive Droite.
Mais quelque chose me pèse. Je ne sais pas trop où. Dans les bras. Dans le ventre.
L'Art Déco. Ok. I drink to that. Pour faire briller une ville où je n'ai aucune raison de rester.
Perpignan. Paris. Miami. Los Angeles. Malheureux où que j'aille.

Dans le métro, mes yeux ne regardent rien. Ils sont ouverts mais éteints.
Pour ne pas laisser filtrer et protéger le bordel de mes réflexions intimes.
Le gosse, en l'occurrence, il faut se rendre à l'évidence. Je ne lui manque pas.
Il fait sa vie tout seul comme un grand. Avec la mama, la maman, les enfants.
Il rêve comme tous les gosses de faire du cinéma et de conquérir l'Amérique.
Il joue au peintre, au photographe, veut devenir une star et boit son chocolat le matin.
Evidemment. Ils ont raison. C'était une erreur de casting. Quatre ans foutus en l'air.
Si je voulais jouer au papa, je n'avais qu'à faire des gosses pour de bon.
" Papa t'accompagne à Roissy... Bonne route mon petit. Prends ton envol ! "
De quoi je me mêle ?... Bien sûr, le gosse pouvait trouver suspect que je l'encourage.
Qui étais-je pour le faire ? Quelqu'un qui compte ?... Voilà. That's it. Pas grand-chose.
On ne dit pas à l'amour de sa vie tu es quelqu'un qui compte. Ok. Je m'étais trompé.
Le mec en face ne me lâche pas du regard. Je reviens dans le mien et m'en aperçois.
Station Hôtel de Ville. Un flot de silhouettes passe devant la caméra. Mais je le vois.
Bien des données m'indiquent qu'il est gay et qu'il me sucerait bien la teub. Je souris.
Pas parce qu'il me plaît. Pas parce que ça m'embarrasse ou que ça me fait de l'effet.
Mais parce que j'ai quarante balais et que je commence à avoir de la bouteille.
Sur le mec qui se lève à Saint-Paul en me présentant son cul avant de descendre, ok.
Il me reste encore du discernement. Quand je me suis trompé sur tant de monde.
Sur l'ami qui m'a trahi. Sur l'amie qui s'est suicidée. Sur l'amour qui ne m'aimait pas.

Mon sourire se fige. Tu parles de jugement et de clairvoyance. J'avais tout raté.

Un réconfort. Retrouver Bastille. Retrouver le Marais. Retrouver mon côté de la ville.
Et mon frère qui y vit à nouveau. Nous n'avions jamais réussi à y vivre en même temps.
C'est bon de retrouver ma vie d'avant. Me rappeler qui j'étais. Ce dont je suis capable.
On m'explique qu'on s'inquiétait. Et j'ai l'impression de me réveiller d'un long coma.
Je ne pouvais pas emmener l'amour de ma vie dans ma vraie vie.
Moi qui avais un goût pour les amours impossibles... Je m'étais bien servi.
Je pense au studio dans le platane et m'étonne des conditions que j'avais acceptées.
Oui. Bien sûr. La Crète. Cet été. Bien sûr que je vais venir voir comment vous y êtes installés.
Depuis le temps. Oui. Au mois d'août. Ce sera parfait. Avec plaisir. Mon frère adoré.
On prend les billets. Je n'ai plus à être chez moi le vendredi ou le dimanche soir.
Ok pour la Crète. Pour Athènes. Pour tout ce que vous voudrez. Je suis de retour.
Je bois du café au petit-déjeuner depuis que j'ai quinze ans. Je suis un homme.
Ma mère est morte depuis longtemps. Je n'ai aucun compte à rendre à personne.
Je regarde le menu sans le lire puisque je sais déjà que je commanderai un tartare.
Moi, le fin psychologue, qui connaît si bien la nature humaine... je savoure le résultat.
En l'espace d'un mois, j'avais découvert l'ampleur de la méprise, l'ampleur de mon délire.
Je ne me sens ni trahi ni trompé. C'est moi qui m'étais raconté des histoires.

Oui, pardon. Pour moi, ce sera un tartare. J'ai besoin de viande crue.
Quatre ans d'hallucination. Le fonctionnement du cerveau m'échappe. Perpignan...
Difficile de jouer les VRP d'une ville à qui l'on ne trouve plus aucun charme.


L'odeur d'humidité dans les murs. Le puits de lumière. La chaleur du parquet.
Je ne m'endors pas dans le platane du parvis de la cathédrale. D'ailleurs, je ne m'endors pas.
Si notre histoire avait dû ou pu durer toute la vie, bien sûr, quatre ans n'auraient rien été.
Mais à ce constat que tout ça n'existait que dans ma seule tête malade, quatre ans... wow...
ce qui n'aurait pas été perdu devient gâché, et cela devient stupide, injuste ou insupportable.
Je me redresse dans le lit. Envie de fumer. Je me lève. Essaie de ne pas faire craquer le parquet.
La fenêtre côté cour. Dans la cuisine. Et la nuit jamais noire de ma ville de Paris.
" Reviens... Franchement. Tu as mieux à faire. Reviens t'installer ici. "
J'ai envie qu'on me serre. Qu'on me prenne dans ses bras. Envie de viande crue.
Dans la pénombre grise. La fraise de ma cigarette. Une silhouette vient m'envelopper.
Mes tétons érectiles réagissent à ce que mon imagination me procure de sensualité.
Je suis amoureux. Ou troublé. J'embrasse en confiance cet autre qui s'abandonne aussi.
Je n'ai pas envie de sortir me bourrer la gueule. Je n'ai pas envie de baiser tout ce qui bouge.
J'ai envie d'une histoire d'amour que l'on m'a refusée. Qui devienne possible.
Je ne like pas mes propres posts sur Facebook. J'ai envie de l'autre que moi-même.
J'ai la curiosité et l'appétit de l'autre. Rester à Perpignan... en effet... à quoi bon désormais ?

J'ai fait confiance à des gens qui n'en avaient que faire et qui n'en ont rien fait.

Il me faut cette personne que je pensais avoir trouvée. Où me savoir heureux. A l'abri.
Quelque chose de plus grand que moi m'envahit et me donne le vertige.

Je ne suis pas un toutou dans sa niche. J'ai le monde pour moi. Pour moi tout est possible.

A l'embarras du choix, le choix est difficile. Mais au sommeil qui tombe, je ne suis pas pressé.

 

Philippe LATGER / Mai 2014

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Chair de poule

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Prokofiev. Les cors et les cymbales du vent glacial dans la fourrure.
Le génie des sensations provoquées. J'en ai la chair de poule.
Le meilleur offert à la jeunesse. Peter and the Wolf.

Le génie de la mélodie. Le génie des harmonies. De l'impression.
La Russie. Eternelle. Et la musique symphonique. A croire en Dieu. A croire en l'Homme.
Les écouteurs sur les oreilles. Je suis pénétré par les cordes. Il en pleut comme il neige.
Il en neige comme il vente. La tempête. Et le calme qui suit. L'histoire qu'on invente.
Celle qu'on nous raconte. Que l'on retouche sans le savoir. Notre propre imagination.
Prokofiev. Ai-je déjà écrit un texte ? Avec ce nom pour titre ?...
Ah oui, bien sûr. J'imaginais faire découvrir Pierre et le Loup à des enfants.
A des enfants qui ne sont pas les miens. Sur lesquels je n'ai aucun droit.
Je le ferai découvrir à d'autres peut-être. Je transmettrai ailleurs. Autrement.
Le Carnaval des Animaux. Fantasia. Le Magicien d'Oz. Evidemment.
Ce ne sont pas les œuvres qui manquent. Ce doit être agréable de les faire découvrir.
Je n'ai jamais rencontré ses enfants. Et c'est étrange que ce soit une sorte de douleur.
Pourquoi cela me rendait-il un peu perdu, un peu absent, un peu mélancolique ?...
Cette vie qui m'échappait. Dont je n'avais pas envie mais la curiosité peut-être.
L'envie de connaître ce qu'aime la personne qu'on aime. Les personnes qu'elle aime.
L'envie secrète d'être connu et aimé de ces personnes. Fussent-elles des enfants.
C'est étrange cette idée que j'aurais été un parfait beau-père. Meilleur beau-père que père.
Le vent glacial dans les cors qui annoncent le danger. Le frémissement des cymbales.
La Russie qui claque des dents. Les images qu'on se fait. Le miracle des ondes.
J'en ai la chair de poule. Des frissons à écouter. Et à voir. Ce que c'est.

 

Philippe LATGER / Mai 2014

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