Perpinyà 2026
" Vous cherchez quelque chose ?
- La sortie, oui.
- Oui, regardez, ici, sortida, c'est par là. Je vous accompagne.
- On pensait qu'il fallait peut-être passer par le parking.
- Si vous n'y avez pas votre voiture, vous pouvez continuer par la galerie.
L'ascenseur. On sort place Cassanyes.
- Ah oui, c'est là qu'on est descendu du tram. C'est vraiment magnifique.
- Eh oui, le Pont de la Porte de Canet. C'est formidable de l'avoir excavé,
et mis en lumière, ça donne une idée de l'envergure des fortifications de la ville.
- On sent la ville frontière, oui, une sacrée place forte.
- Vous venez d'où ? Si je ne suis pas indiscret.
- De Paris. On loue à Canet. On est venu avec le tramway. On adore le tracé, le trajet,
au milieu des vignes, c'est superbe... On a passé la journée d'hier à Perpignan pour l'Art Déco,
aujourd'hui, on s'attaque à la ville royale. Gros morceau. On le fera peut-être en deux jours.
Si on veut visiter le Palais... Faut voir. Ce passage, ici, vous savez à quoi ça me fait penser ?
- Aux fossés du Louvre ?
- Exactement. C'est la même époque ?
- Je ne sais pas. Philippe Auguste, c'était peut-être un peu avant, non ?
Les Rois de Majorque, ici, c'est fin XIIIème, début XIVème. Voilà, nous y sommes.
- C'est le plus beau parking souterrain que nous ayons jamais vu.
On avait fait la visite depuis Paris en RA mais ça ne vaut pas le terrain.
- Vous allez à l'église Sant Jaume ?
- Non, on aimerait voir l'église Saint-Jacques, il paraît qu'il y a deux autels face à face.
- Oui, Saint-Jacques, c'est la même. Jaume, c'est Jacques en catalan. C'est par là.
- Ah ! Ok. Merci beaucoup !
- Bon séjour en Roussillon !
- Au revoir ! Merci ! "
Je descends la rue Llucia d'un pas décidé. J'ai rendez-vous au Musée JOB, à l'Hôtel
Pams, à la cafét' installée dans l'écrin du jardin suspendu, avec Lilou, qui bosse
en face sur le Campus Mailly. Une caresse au marbre de la fontaine, place Deloncle,
et j'évite habilement les touristes qui font la queue au Museum, pour l'expo Arago,
et me fonds, près du but, à la jeunesse étudiante lorsque je reçois un message.
" Qu'est-ce qui se passe ? Changement de programme ?
- Ben, trop de monde au JOB, on ne va pas s'en sortir, je reprends à deux heures.
- Tu veux qu'on essaie le petit resto à la fontaine abreuvoir, à la placette, rue Blanqui ?
- Non, écoute, je reste sur le Mont, je t'attends à l'ombre Chez Michèle, on peut
déjeuner dans l'heure, ça va vite...
- Ben, je suis là, je te vois… "
Je raccroche et embrasse aussitôt Lilou, assise en terrasse place Saint-Sauveur,
cachée derrière ses lunettes noires, face aux portes du musée, qui me sourit à peine.
" On a un temps génial. Y'a du monde… " dis-je en m'installant pour dire quelque chose.
Lilou semble tendue. Elle agite son genou sous la table. Et ça sort comme ça peut.
" Tu étais où ? putain...
- Ben, j'avais rendez-vous à Prades. J'ai dû prendre la voiture. On boit un apéro ?
- Je suis dans la merde.
- Un vin blanc ? Oui. Je t'offre un vin blanc.
- Je ne sais pas si j'ai le temps, je ne sais pas si j'ai envie.
- Mais oui tu as le temps, mais oui tu as envie, cool, tout va bien. On se détend.
J'ai laissé la bagnole à Cassanyes, à une borne, elle recharge. Tu seras dans les temps.
Et puis, au pire, ta mère est grande, elle saura prendre la navette jusqu'au tram,
comme tout le monde, à quelle heure arrive son avion ?
- A quatre heures, je n'aurai peut-être pas fini, je ne serai jamais à l'heure pour aller
la chercher, tu es sûr que tu ne peux pas t'en occuper ?
- Je te l'ai dit, je bosse. Ecoute, détends-toi, par pitié, c'est fou les états dans lesquels
ça te met chaque fois, ta mère est plus solide que tu tiens à l'imaginer, tu te mets une pression...
Bonjour Michèle, ça va ? Deux vins blancs s'il te plaît. Secs. Merci !...
Elle revient de Londres où elle a passé une semaine toute seule comme une grande,
c'est pas une petite chose fragile et sans défenses, arrête, elle se débrouille très bien.
Si tu n'es pas à l'aéroport, elle viendra par ses propres moyens, c'est facile,
c'est pas comme si elle ne l'avait jamais fait. " Ma petite-nièce ne semblait pas convaincue.