L'unicité
La vibration. Dans la paume de ma main. La pulsation.
Du sperme dans ta bouche. Puis dans la mienne quand je t'embrasse.
Aux pelles que je te roule, avec leur mélange de salive et de foutre.
C'est un jeu très sérieux. Solennel et ludique. Enfantin et vaudou.
Ce n'est pas moi qui suis ésotérique. Quand c'est la vie qui l'est.
Et nous dévorons notre désir l'un de l'autre. Le festin cannibale.
Le sexe est un rituel. Le corps sacrifié sur l'autel des fusions impossibles.
Il est vain de vouloir être l'autre. Mais peut-être le sommes-nous déjà.
Je mange du sperme qui ne fécondera rien. J'ai d'autres moyens d'ensemencer.
Pour tout finir. Recommencer. Devenir toi. Changer de rôle. Changer de peau.
Mes doigts dégagent ton front. Je veux te voir. Et m'approcher. Dans les pupilles.
Ecarquillées. Ecartelées. M'enfouir en toi. M'enfuir de moi. Nous accrocher.
Ecorché vif. Je peux saigner. Tu sais que tu ne risques rien.
C'est ma douleur ou mon plaisir. C'est mon corps qui devient le tien.
Mon sexe épais qui se disperse, se liquéfie et te transperce. Dans ton été. Dans ton étau.
Où je peux être bois et rabot. Je me remplis et me déverse. Organes vitaux.
Les génitaux qui se travaillent, qui se malaxent, qui se masturbent, se font du bien.
Se fondent les uns sur les autres pour nous répandre fiévreusement dans l'infini.
Je saisis ton corps qui se cambre, dans un râle ou dans une chambre, je l'investis,
pour mêler mon âme à la tienne, laisser nos esprits se rejoindre, s'ébrouer en toute liberté,
parce qu'en confiance, avec nos délires et fantasmes, nos névroses et nos anxiétés.
Je lèche tout de la matière. La crème à faire pénétrer. Quand tout est bon.
Quand il faut franchir les frontières, passer les murs et les barrières, tout le 3D,
ce qui divise, ce qui sépare, compartimente, et nous isole, ce qui segmente, ce qui fragmente,
quand nous voulons nous unifier, devenir un, contrer les lois de la nature, pour être ensemble.
Je te regarde, et en surface, je vois ton être me sourire derrière la vitre de tes yeux,
et attiré, je veux plonger, entrer en toi, un désir au-delà du sexe et du plaisir.
Nos langues vont au plus profond qu'elles le permettent. L'étreinte pour nous encastrer.
Forcer les muscles et les os. Tout défoncer. La chair en cendres. Pour nous trouver.
Je te veux toi. Ne veux que toi. Seule complémentarité. La part manquante.
Quarante-trois lunes. L'unicité.
Philippe LATGER
Février 2014 à Perpignan
/image%2F2475272%2F20171206%2Fob_84f68f_philippe-latger.jpg)