Uniques et infinis
Mélangez-vous. La nature aime la différence.
Il faut les hommes et les femmes pour que la vie soit possible.
Entre le métissage et la consanguinité, le choix n'en est plus un.
Mélangez-vous. Que l'on conteste ou non cette notion de races.
La nature aime la différence. Quand c'est elle qui lui permet d'exister.
Faites-lui de beaux enfants. De toutes les couleurs. De toutes les cultures.
Quand l'humanité prospère à croiser ses racines, ses forces et ses connaissances,
partager ses histoires, l'expérience et tous les savoir-faire,
et que la vérité, aussi vaste soit-elle, ne peut être approchée que dans l'universel.
Les détails des croyances ou des modes de vie, aux lieux géographiques,
aux contraintes d'un site, d'une terre, d'un climat, ne sauraient nous tromper.
Nous avons découvert que nous n'étions pas seuls. En Europe. En Asie.
En explorant les mers. En nous aventurant derrière les montagnes.
En suivant des troupeaux. Ou notre seul instinct.
Quand il fallait savoir où s'en allait, le soir, le soleil qui se couche.
Cette curiosité à voir ce qui se cache derrière l'horizon.
Nous avons traversé des fleuves et des mers. Franchi des océans.
Retrouvé des semblables qui ont fait leur chemin.
La maîtrise du feu. Comme l'agriculture. Et des technologies.
Autant de sociétés. De civilisations. Mais d'une même espèce.
Quand au parcours du temps, en siècles ou millénaires, l'humanité s'apprend.
Prend conscience d'elle-même. Ce qui est le progrès.
La terre n'est pas plate. Et pour aller aux Indes, on trouve l'Amérique.
Où l'on se sert des arbres comme on se sert du bois.
De leurs fruits, de leurs troncs, lorsque tout est utile.
Où l'on doit faire aussi quelque chose des morts.
Et se faire une idée de ce qu'il advient d'eux.
Le rapport au sacré. Un dénominateur, commun, puisqu'il existe.
Où l'intuition de Dieu, ce quel qu'en soit le nom, est partout imposante.
Partout on a sculpté des statues, des totems, et érigé des temples.
On s'est représenté. Représenté le monde. Ce que l'on en connaît.
Ce que l'on en devine. Et tout imaginé.
Il n'y a pas d'êtres humains qui ne soient pas conscients de ce qu'est l'invisible.
De la notion du temps. De ce qui a été. Et de ce qui n'est plus.
Nous partageons aussi les questions essentielles des rapports dans un groupe.
De l'homme à l'unité avec l'homme en tribus. La famille ou le clan. Une communauté.
Toutes les différences. Entre dedans et dehors. Entre soi et les autres.
Et le souci constant de toutes les exploiter.
Quels que soient le langage, l'aliment et l'habit,
l'habitat, les outils, et l'organisation de ses subdivisions,
l'humanité n'est qu'une.
Et tend à le rester.
Malgré les guerres, les phobies, les conflits d'intérêts,
l'être humain prend conscience de la diversité d'une même matrice.
A l'image de Dieu ou de sa création, tout demeure à la fois un et infinité.
Cela s'applique aussi à toutes les espèces. A toutes les coutumes. Sur tous les territoires.
Quand chacun appartient à l'infiniment grand, à tout ce dont nous sommes,
responsable de l'ensemble comme on l'est de soi-même.
Cet éveil collectif à l'échelle des siècles de ce qu'est notre monde, notre univers connu,
nous donne peu à peu l'idée qu'on le partage, qu'on y est tous embarqués.
Qu'un intérêt commun, sans être supérieur, est aussi nécessaire que les particuliers.
Le champ s'est élargi. Et avec lui l'ampleur des responsabilités.
Quand des forces contraires trouvent leur cohérence.
Reconnaître, souligner, affirmer, défendre et conserver toutes nos différences,
nos spécificités, traditions et coutumes qui font l'identité, la richesse de l'ensemble,
au service de nous-même comme de ce dernier, quand il faut aussi bien
reconnaître, souligner, affirmer, défendre et conserver tout ce qui est commun.
On ne doit pas vouloir effacer ce qui change d'un être humain à l'autre.
Celui-ci est un homme. Celle-là est bien femme. Chacun à sa façon.
L'un avec la peau blanche. L'autre avec la peau noire. Et c'est très bien ainsi.
Nous vouloir tous pareils peut devenir problème quand c'est une solution.
Tout est question d'étages. De champs d'applications.
Quand il n'y a de dangers à se vouloir égaux
au respect scrupuleux de ce qui est singulier.
Avant d'être un humain, avant d'être un Français, avant d'être un garçon,
je me perçois d'abord comme n'étant jamais peu ou prou que moi-même.
Je peux être autre chose sans être menacé dans mon intégrité.
Méditerranéen. Catholique peut-être. D'une génération. D'une couleur de peau.
Je peux tout assumer de ces appartenances. Historiques. Culturelles. Génétiques.
Sociales. Familiales. Quand j'appartiens à toutes sans pouvoir m'y dissoudre.
On pourrait me classer sous bien des étiquettes ou dans bien des cartons.
Oui, j'ai les yeux marron. Oui, j'ai des testicules. Oui, j'ai des cheveux blancs.
Oui, je suis libéral. Oui, je suis hétéro. Oui, je suis musulman.
Lorsque la société peut m'accorder le droit de me définir seul. Me définir moi-même.
Je sais qu'il y a des hommes. Je sais qu'il y a des femmes. Mais je choisis mon genre.
Je sais qu'il y a des noirs. Je sais qu'il y a des blancs. Mais ça n'engage en rien.
Quand des choses innées ne sauraient obliger aux choix non consentis.
Assumer ce qu'on est n'est pas s'y emprisonner.
Car au-delà de l'être il y a ce qu'on en fait.
Pourquoi songer à mal lorsqu'on est humaniste à voir nos différences ?
Quand il y a ce préalable pour leur rendre justice, hommage et raison d'être.
Il y a de l'humanisme à relever l'apport du génie québécois, kabyle ou catalan.
Je ne vois pas de crimes au sexisme, au racisme, s'ils ne contiennent pas
leurs lots de bêtise, de malhonnêtetés, de préjugés débiles, bien pratiques,
pour justifier soudain des différenciations de droits et de devoirs.
Il y a bien des femmes. Il y a bien des noirs.
Et pour moi, c'est un crime de refuser aux êtres leurs spécificités,
les moyens d'être fiers de leurs appartenances et singularités,
de leur morphologie comme de leur culture.
Quand chacun doit pouvoir se tracer un chemin à sa propre mesure.
Le crime est d'enfermer les gens contre leur gré dans un carton unique.
Et d'y attribuer des vices ou des dangers pour le brûler ensuite.
Ce que l'on est ne suffit pas à nous définir.
Et ne saurait encore moins justifier une condamnation.
Personne ne peut être coupable de ce qu'il est.
Seuls les actes peuvent être condamnables.
Quand ils participent à ce que nous sommes sans doute. Ce que nous devenons.
Puisque être, tout au long d'une vie, c'est ce que nous faisons. C'est une construction.
Etre dissident est une façon d'être qui relève d'un acte qui peut être châtié.
Ce qui est insupportable lorsqu'on est démocrate.
Mais plus atroce encore : être persécuté pour un aspect de soi que l'on n'a pas choisi.
Il y a une gradation, dans ce qui nous révolte, et ce qui est acceptable.
Etre discriminé pour ce que l'on croit ou pour ce que l'on pense est déjà un scandale.
L'être pour son sexe, pour sa taille ou sa couleur de peau est aussi odieux qu'inadmissible.
La pire déviance humaine. Le comble de l'injustice. Et celui de l'horreur.
Nier les races est une façon d'éradiquer des cultures, des histoires, des civilisations,
lorsqu'un mot, au politiquement correct, peut toujours en remplacer un autre.
Et ce n'est pas en niant une différence que l'on éradique les rejets qu'elle inspire.
Effacer la notion de race n'effacera pas ni les couleurs ni les préjugés qu'on leur associe.
Ce ne sont pas les subdivisions de l'espèce qu'il faut gommer, lorsqu'elles sont légitimes,
ce sont les idées préconçues et toutes les phobies, les suspicions : combattre l'ignorance.
Au monde qui s'unifie, à l'heure des avions, téléphones, satellites, internet,
quand au fil de l'Histoire, les frontières reculent, il est aisé d'apprendre.
Il ne s'agit pas d'enlever aux Français par exemple, ce qui fait qu'ils le sont.
Mais de comprendre ce qu'est un Espagnol, un Anglais, un Chinois.
Il ne s'agit pas d'enlever aux chrétiens par exemple, ce qui fait qu'ils le sont.
Mais de comprendre ce qu'est un juif, un bouddhiste et même un musulman.
Quand personne n'est jamais seulement qu'un Français. Qu'une femme.
Ni même qu'un protestant.
Et que nous sommes tous faits d'une même matière.
A nous mélanger aux autres, nous ne nous perdons pas.
Nous nous enrichissons. Grandissons. Quand nous nous construisons.
Il y a plus de risques à l'isolement qu'à l'ouverture aux autres.
Ca commence par un couple. Qui fera un enfant.
Quand deux êtres distincts en donnent un troisième.
Malgré les différences, d'abord anatomiques, culturelles ensuite,
qui font parler de Mars et de Vénus quand nous sommes sur terre,
il y a des convergences qui permettent l'union comme l'évolution.
Ce qui est bon pour deux êtres l'est bien pour deux familles, deux clans ou deux tribus,
deux villages ou deux villes, et pour deux sociétés. Deux pays. Deux nations.
L'homme engagé dans un couple peut rester lui-même, un être à part entière.
La femme engagée dans un couple peut rester elle-même, en tant qu'individu.
L'union des deux personnes crée une structure qui peut très bien ne pas les anéantir.
Le fait de lui appartenir et d'en tirer profit n'implique pas de renoncer à soi.
C'est une souveraineté supplémentaire qui ne se substitue pas à la sienne.
L'être qui s'unit à un autre gagne une fonction quand il n'en perd aucune a priori.
Devenir époux n'empêche personne de rester un frère ou un fils. Ni de devenir père.
L'élargissement des champs de compétences est mécanique. Naturel. Bénéfique.
Et l'on ne s'inquiète pas de perdre un ami pour en rencontrer un deuxième.
Lorsque personne ne vous oblige à renoncer au second pour garder le premier.
Toutes ces perceptions du monde et de soi-même impliquent sans doute des choix.
Des priorités ou une hiérarchie. Que chacun doit être libre d'élaborer en conscience.
Comme on construit sa propre culture et sa propre religion.
Et que l'on peut choisir aussi ses origines.
Puisqu'il n'y a pas d'êtres humains sans émancipations.
Philippe LATGER
Août 2012 à Perpignan
/image%2F2475272%2F20171206%2Fob_84f68f_philippe-latger.jpg)