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Xylophone

Publié le

Le bois résonne aux racines grecques et aux feuillages symétriques.
Deux arborescences. Dans la terre et dans l'air. Pour tenir l'équilibre.
Le sol tendu comme une ligne d'horizon. La surface du miroir. La frontière poreuse.
Le jeu des contrepoids. Le bras des catapultes. Je me plante à ma fenêtre. Je le regarde.
L'arbre est deux fois plus grand que celui que je vois.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Avec nos bites et nos couteaux

Publié le

Je prépare la chambre de telle sorte qu'elle n'ait pas l'air apprêtée.
Un moment saisi dans mon intimité tel que je voudrais qu'on le surprenne.
Avec un faux désordre ici, sur le bureau, ou là, dans la bibliothèque.
Lorsque rien ne traîne par ailleurs. J'organise l'espace et la lumière.
Mes fenêtres grandes ouvertes. J'entends des voix basses. Qui gloussent.
L'heure des promenades gitanes dans ma rue. Sous les lanternes et les balcons.
Une jeune fille rit. A plusieurs reprises. Comme aux assauts ludiques de son prétendant.
Elle rit avec une candeur qui n'existe plus que dans les films italiens des Années 50.
Ces roucoulades amoureuses ne me blessent pas. Elles me ravissent.
Je ne suis pas atteint au vif d'une solitude insupportable que je n'aurais pas choisie.
Quand je ne suis pas seul. Que l'on vient me rejoindre.
Et que je ne me sens pas agressé par le bonheur des autres.
Au contraire, ce soir, comme souvent, il participe au mien.
Je suis prêt. Tout est prêt. En appétit de tout ce que la vie propose.
J'ai de la compassion pour les êtres asséchés par trop de frustrations.
Qui se sont interdit des plaisirs et des jeux innocents qui flattent le corps autant que l'âme.
Etouffés par un mélange de jalousie et d'aversion aux démonstrations amoureuses.
Scandalisés par des couples ou la jeunesse flamboyante qui insultent leur condition.
Je suis touché par cette rancune, cette aigreur, à la hauteur du dépit, et du gâchis,
d'une vie qui s'est tenue à l'écart de la sexualité, de la sensualité des autres,
des échanges et du partage, du cœur, et du cul, de la séduction et des jeux érotiques.
Le rire en effet, peut être le départ, le prénom, des orgasmes de la femme séduite.
La première expression d'une relation sexuelle promise. L'aveu d'un consentement.
Celui du désir. Qui écoeure les êtres qui savent le reconnaître lorsqu'il se refuse à eux.
Bien sûr, ils identifient parfaitement ce que veulent dire ces regards et ces sourires,
ces gestes, ces manières, la parade nuptiale pathétique des animaux en rut.
Le rire devient l'émanation du péché, le symptôme du diable et de la perdition.
Lorsque la condamnation, le dégoût, sont à l'échelle de l'envie irrépressible d'être à leur place.
La jalousie féroce qui leur bouffe le cœur. Qui pleure sur lui-même et les actes manqués.
Insupportable de voir ces jeunes filles légèrement vêtues prêtes à mordre la vie.
Ces garçons et ces filles qui flirtent, sous un porche, dans le parc, devant le lycée.
La lumière du bonheur insolent sur des visages, de ceux qui vont main dans la main,
bras dessus, bras dessous, ou conduisant poussettes et famille nombreuse épanouie.
La morosité des autres les rassure. Il faudrait que tout le monde fasse la gueule.
Des visages ternes et fermés. Des corps rigides et des mâchoires serrées.
Voilà ce qui est acceptable. Un peu de pudeur.
Lorsqu'ils n'en ont aucune à exposer leur mal-être.

Je comprends. Et je sais.
Le bonheur des autres, quel qu'il soit, est insoutenable quand on est malheureux.
On brûlerait volontiers comme des sorcières les manifestations de la joie de vivre.
Lorsqu'on trouve au contraire un certain réconfort à trouver aussi triste que soi.
Les regards vides du métro. Les vêtements gris. Les silhouettes fantômes de la rue.

Et ces programmes à la télévision où l'on voit bien plus malheureux encore.
Les guerres et la misère au journal de 20 heures. Le chômage qui explose.
Le témoignage sur un plateau de cette femme trompée par son mari.
On zappe les comédies romantiques américaines et leurs putains de happy ends débiles.
On veut voir cette fille qui en chie parce qu'elle est trop grosse et mal fringuée.
Se dire qu'on ne s'en sort pas si mal. Qu'il y a pire. Et ne rien remettre en question.
Croiser un couple amoureux est une gifle. L'expression du bonheur. Du plaisir.
On se rassure en regardant celui-ci, au restaurant, qui n'a rien à se dire, qui s'ennuie,
et l'on peut se réjouir avec cynisme de la liberté dont on jouit quand on est seul.
Les disputes, les divorces... voilà qui semble nous conforter dans des choix supposés.
On est mieux seul que mal accompagné. Que ferais-je d'un con qui me ferait chier ?
Evidemment. Les échecs sentimentaux des autres nous donneraient raison.
Et nous triomphons en silence lorsque nous consolons cet ami qui vient de se faire larguer.
A l'inverse, l'air béat et idiot de cet autre qui vient de rencontrer cette fille. Une abjection.
On lui déchirerait la gueule pour lui ôter cette expression niaise de l'amour qui se pointe.
Le gloussement stupide des adolescentes au passage d'un garçon. Qui vous arrache le cœur.
Tout ce qui renvoie à une misère affective ou sexuelle. Que l'on vous crache à la figure.
Et l'on se draperait dans des discours de bienséance et de morale. Posé sur les blessures.
La piètre diversion. Le vieux sparadrap qui n'adhère plus. Qui protège mal.
On condamne cette jeunesse oisive et pervertie. Ces filles aux mœurs légères.
Lorsqu'elles feraient mieux d'être tristes, frustrées et cadenassées. Sérieuses et le cœur sec.
Puisqu'il est mal d'être heureux et de prendre du plaisir. De profiter de la vie.
Voilà ce que l'on souhaite. Qu'elles aient une vie de merde. VDM. Ou des chagrins d'amour.
" Je te l'avais dit. Ce garçon n'était pas pour toi. " Puisque les garçons sont tous les mêmes.
Que l'amour ne promet que des déceptions, des humiliations, et des torrents de larmes.
On fait la leçon en vieux sages, ravis de l'échec qui s'accorde à nos propres conditions.
Quand nous aurions été intimement misérables de voir ces enfants plus heureux que nous.
Aussi vrai que le chagrin environnant est un confort pour nos vies désastreuses,
l'ivresse du plaisir et du bonheur vient nous déranger, tout déranger.
Un désordre. Qui nous bouscule. Nous violente. Nous prend par le col.
" C'est comme ça que tu vis ? Tu n'as pas l'impression de perdre ton temps ? "
On ne veut pas entendre que l'on a raté sa vie. Qu'on est un mort vivant.
Remettre en question les choix ou les résignations. Un coup de poing dans le ventre.
Le bonheur est à vomir. Et l'on irait au couvent pour le tenir à distance.
Se tenir loin des tentations, toutes diaboliques, qui pourrissent le monde.
Fuir cette société de divertissement, de consommation, de pornographie.
En se mutilant soi-même. Choisir la castration.

Je ne juge pas la mère épouvantée à l'éveil de la sexualité de ses enfants.
Je ne juge pas celle qui a giflé sa fille quand elle a parlé de capotes ou de pilule.
Qui a puni son fils en trouvant des sites scandaleux dans l'historique d'internet.
Je ne juge pas les parents qui ont peur pour leurs enfants et veulent veiller au grain.
Mais je grimace tout de même, quand l'explication vaudrait mieux qu'une gifle,

et grimace d'autant plus lorsque point un transfert qui pourrit les échanges.
Les histoires se superposent. Et la violence est l'expression d'une douleur intime.
Quand les mots ne sortent pas de la poitrine. Qu'on s'interdit d'exprimer sa faiblesse.
Par orgueil. Par pudeur. Pour garder une dignité qui se retourne contre nous.
Et le chagrin contenu, dissimulé, se transforme en colère. En fureur. Et en rage.
Puisqu'il doit sortir quand même. Et part avec la pression des geysers fulgurants.
Incontrôlables. Avec une force que l'on ne se connaissait pas. Aveugle et maléfique.
L'envie de casser la gueule à ce type. Ou de tuer celui-là. Parce qu'il ne vous aime plus.
Parce qu'on est impuissant. Qu'aucun mot désormais ne saurait le convaincre.
Et je gifle mon gosse qui a embrassé cette fille à l'école, dans une montée de fièvre,
parce que mon mari ne m'embrasse plus, qu'il ne me fait plus l'amour.
Et je punis ma nouvelle copine de tout le mal que m'a fait la précédente.
Quand le désespoir se venge toujours sur les mauvaises personnes.
Je suis désolé d'autant d'errances, de torpeurs dans ces cœurs qui dérivent.
Qui ne parviennent pas à dire le fond de leurs caprices enfantins légitimes.
" Aime-moi. Dis-moi que tu m'aimes. Ne me laisse pas. J'ai besoin de toi. "
L'aveu de la dépendance affective. Lorsqu'il faut être un homme. Un adulte.
" Fais-moi l'amour. Serre-moi dans tes bras. " Les mots restent prostrés.
Et les baisers se perdent. Et les bouches se sèchent. Les cœurs. Les vagins.
La sécheresse gagne du terrain. Nécrose de tout un corps. Et l'âme se débat.
Et l'âme se révolte. Je ne veux pas être enterrée vivante. Je veux vivre.
Quand on ne peut pas reprocher aux autres de le faire.

Cette épouse délaissée se tourne vers la religion.
Celle-ci finit même par trouver la sexualité profondément répugnante.
La nudité affichée dans les rues devient un outrage. Il faudra prier deux fois plus.
On demande un ordre moral. On demande de voiler tout ce qui pourrait tenter.
Et bien des religieux se retrouvent d'accord. Le désir est dangereux.

Et le sexe, à qui nous devons tous la vie, ne saurait être un plaisir.
Puisqu'il faut enfanter dans la douleur. Dans la culpabilité et le sacrifice.
La femme elle-même est un danger. Les bonnes sœurs portent la moustache.
Une fille respectable ne se maquille pas. Dissimule son corps et sa féminité.
Surtout, ne pas éveiller le désir, ne pas rouler du cul pour appeler le sexe.
Comme des chiennes lubriques que sont toutes les femmes qui prennent leur pied.
Comment ? L'œuvre de Dieu ? Une célébration de la vie et de ses bienfaits ?
Pourquoi diable a-t-il mis le plaisir et l'orgasme au milieu de l'acte de la reproduction ?
Les fidèles intègres acceptent-ils l'idée que Dieu puisse être responsable de cette perversion ?
Ou considèrent-ils que c'est l'œuvre du diable ? Un rival à leur Dieu tout puissant ?
Soit leur divinité n'est pas omnipotente et ne tient pas le monde qu'elle est censée avoir créé,
soit elle est coupable d'avoir mis autant de plaisirs indicibles à concevoir des enfants.
Si Dieu a créé le désir, le plaisir, et l'amour, s'il en est responsable, rendons-lui hommage.
Il serait un foutu pervers d'avoir créé autant de fruits pour nous les interdire ensuite.
Pourrait-il condamner les hommes de jouir de ce qu'il leur a donné ?
Dieu m'a donné une bite. Pour pisser. Faire des gosses. Et donner du plaisir.
Et je ne vois rien de mal aux trois activités.
Cette épouse délaissée ne croit pas en Dieu, mais se détourne tout autant des hommes.
Elle ne se tourne pas pour autant vers les femmes, ce qui aurait pu être une option.
Elle s'empêche de prendre du plaisir à manger. Parce qu'elle s'estime trop grosse.
Fait des régimes depuis mille ans. Torture son corps et son esprit.
Pourquoi diable Dieu a-t-il mis aussi du plaisir dans l'acte de manger ? Décidément...
Elle ne croit pas en Dieu. Ne se pose pas la question en ces termes, bien sûr.
Mais n'en est pas moins déterminée à se punir, à se contraindre, pour d'étranges raisons.
Les croyants n'ont pas le monopole de la culpabilité. Et d'une once de plaisir à la frustration.
Du sadomasochisme. Quand on peut aimer avoir mal. Aimer être malheureux.
Aimer se dégrader et se faire pitié. Il y a un plaisir inavouable à ce plaisir tordu.
Que maman fasse son fichu régime si ça lui chante, mais qu'elle nous donne à manger !
Pourquoi la famille serait-elle prise en otage de ses névroses et de ses déviances ?
Ne dégoûte pas les autres de la nourriture. Ne dégoûte pas les autres des hommes et du sexe.
Tu as le droit d'être malheureuse. Tu as le droit de trouver du plaisir dans l'abstinence.
Mais nous avons le droit d'être différents. D'aimer bouffer et de baiser. D'aimer aimer.

Je prépare la chambre. Je prépare le lit. Le cœur léger.
Le drap housse un peu rêche. Immaculé. Parfaitement tendu sur le matelas.
Il sent l'adoucissant. Pas un poil de couilles. Pas un cheveu. Sous le plat de ma main.
Je caresse le coton et l'idée de t'y étendre. Je cale les oreillers. Et j'inspecte la pièce.
Le rire d'une jeune gitane ne se moque pas de moi. Dans la rue. Elle minaude.

Un garçon lui tourne autour. Je suis content pour elle. Je suis content pour nous.
Le bonheur ne me rend pas triste. Le bonheur me rend heureux.
Cela n'a pas toujours été le cas. Il m'a crevé le cœur bien souvent.
Quand j'étais incapable de le recevoir ou d'en tirer profit.
Mais j'ai appris, sans y prendre garde, à m'ouvrir à nouveau.
A m'y abandonner sans le moindre scrupule. A lui ouvrir les bras. Le serrer contre moi.
L'embrasser en entier, en souriant, en confiance, avec l'émotion propre aux retrouvailles.
Qu'il est bon d'être aimé, d'être heureux et de vivre. Quand d'autres ne peuvent plus.
Et par amour pour eux, je profite du monde qu'on nous prête pour un temps.
Quel que soit le moyen, le chemin, gâcher le moins possible ce qui est le plus précieux.
Ces jours qui nous échappent et ne reviendront plus. Le soleil. Cette pomme.
L'amour à pleines dents. Le rire des enfants. Et le chat qui ronronne.
La paix est agréable. Possible avant la tombe. La paix avec soi-même.
Quand il n'y a rien de mal à se trouver aimable et à se pardonner.
Tu vas venir et je vais t'aimer aussi fort que je m'aime moi-même.
Que je m'aime si heureux et amoureux de toi. Qui peux donner un sens à ma vie éphémère.
Qui me rends beau, vivant, utile et agréable. Moi et cette chambre. Cette rue. Cette ville.
Et le rire bébête de la jeune gitane. Quand le monde devient doux et complice. Bienveillant.
Il n'y a de frustrations qu'à nos propres manœuvres, à nos seules décisions.
Aux choses dont on se prive. Celles qu'on se refuse et que l'on s'interdit.
Le malheur est un choix. Et le bonheur un autre.
Assumer l'un comme l'autre est une autre paire de manches.
Lorsqu'on réussit aussi bien à culpabiliser toujours qu'à se déresponsabiliser.
Que nous ne sommes pas à un paradoxe près. Qu'on peut être bourreau et victime.
De soi-même et des autres. Avec la même sincérité. Aux méandres de la psyché.
L'humeur elle-même sait être versatile. Et la vision du monde lunatique avec elle.
L'euphorie est tranquille. Dans ma soirée d'automne étrangement sereine.
A t'attendre dans un lieu qui avait bien failli me sortir par les yeux.
Dans lequel j'ai failli me sentir prisonnier. Que j'aurais pu haïr ou aimer détester.
J'aurais pu aussi bien changer mon regard sur ma vie, mon amour, et ta propre personne.
La mépriser, la maudire, pour m'aider à partir. La vomir aussi fort que je l'avais aimée.
Par une opération qui m'échappe en partie, ça ne s'est pas produit. Et la chambre est superbe.
Le platane. Le parvis. Les ombres familières. Le monde que je me suis fait.
J'y suis bien. Même seul. Quand j'y suis à ma place.
Et que les gens qui s'aiment ont ma bénédiction.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Nuée de poupées

Publié le

Le texte. La phrase. Le mot. La lettre.
Comme autant de poupées russes.
Je plonge. Pénètre. M'enfonce. Disparais.
Dans les sables épouvantables, émouvants,
d'une plage où je dessine toutes mes voiles contre le vent.
C'est dans la gorge, dans cette forge, que tout regorge d'aveux cinglants.
Héphaïstos en son volcan. En son cratère. Avec ma lave et ses coulées.
Sur mon enclume, je bats le fer, je bats mes rythmes aveuglants.
Quand je travaille l'or et le cuivre, souffle le verre, et le chewing-gum.
Quand je fais de quelques volutes bien des méduses et des rouleaux dans l'océan.
Bien des nuages accélérés. Et tous les grains du sablier. Pépins de pomme.
Ce sont des chevaux au galop. Qui se libèrent de la braise. Quand tout est sorcellerie.
Perlimpinpin. Perpignanaises. Des chevelures alanguies. Déployées dans les fonds marins.
Des perles noires. Des éperviers. Des romans de chevalerie.
Le sang se répand dans les vagues. Pour attirer mes crocs requins.
Je creuse des sillons à la mine. A en déchirer le papier.
Je te désire. Je te dessine. Tordant ma lame dans le bois.
L'accouchement ou la saignée. Quand la matière est estropiée pour l'extirper d'entre mes doigts.
Il me faut mutiler la langue. Pour en cracher les mots nouveaux. Il faut qu'ils claquent.
Il faut qu'ils tanguent. Comme mes voiles contre le vent. En tirer la peau en lambeaux.
Lorsqu'aux flambeaux, les messes noires invoquent les muses maudites.
Entre montagnes et poupées russes. Masturbations hermaphrodites. Pour approcher la vérité.
Contre la paume de ma main, je l'ai pressé comme une orange, ce cœur gorgé de pulsations.
La vieille éponge que j'essore. Le poing serré. Pour l'arracher sans cruauté. Le dévorer.
Comme la pomme d'Adam et Eve. La connaissance. La damnation.
Et les babines ensanglantées, le piteux vampire épuisé peut épouser la nuit féline.
A s'être perdu ou planté autant d'échardes que de clous dans un orgasme du sacrifice,
il s'aimerait mieux crucifié pour la beauté ou le futile qu'inefficace et inutile.
Quand tant d'autres sont tombés pour rien.
La phrase est une œuvre gothique. Les mots sont là pour la sculpter.
Et c'est au canif de mes ongles que je cherche à te ciseler.
A m'isoler dans les torpeurs de mes angoisses imbéciles, de mes passions écervelées,
je peux connaître l'œuvre de Dieu, l'œuvre du diable, ou celle de l'humanité.
Quand tu es ma seule promesse, de rédemption, d'éternité,
première et dernière poupée, la moindre lettre, le texte entier,
début et fin, cause et effet, serrure et clé, l'honneur de cette vie terrestre.
Les mots du blog se défenestrent. Me sautent à la gorge et me vident.
D'avoir écrit. Pour s'emboîter. L'équarrissage.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Devant, debout

Publié le

Je marche sur l'avenue Panchot. Je lève les yeux. Je regarde.
Il y a un soleil rasant qui embrase la brique rouge de l'église St-Martin.
Il y a un alignement d'immeubles chaotique jusqu'au pont de la voie ferrée.
Au-delà, barrant la perspective, il y a du ciel bleu. Et cette montagne illustre.
Devant. Debout. Le Canigou. Majestueux. Dont je reconnais les cornes.
Je continue à marcher. Dois me frotter les yeux.
Au bout de l'avenue, tout à coup, je vois tout autre chose.
J'avance et je sais ce que c'est.
Nantes.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Retour à la ruche

Publié le

Le brouillon s'amoncelle.
Couvert d'un gribouillis noir convulsif qui déroule ses frises.
Des flèches et des renvois. Des ajouts. Des oublis. A l'envi.
Le papier recyclé. Exploité sur toute sa surface. Mémoriser par la main.
Des règles d'orthographe. Des formules mathématiques. Des dates et citations.
Le cerveau situé en bout de ligne. Au bout du bras. De l'épaule. Directement.
Du stylo au cortex. L'information circule. Qu'il faudra classer. Archiver.
Dans ce qui est une ruche.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Euclide a ses raisons

Publié le

Tu ne diras pas " va-t'en ". Je reste.
Je jure sur ma mère. Et toi sur tes enfants.
Tu ne diras pas " va-t'en ". La peste.
Au cimetière des éléphants.
Puisque nous sommes fidèles.
Deux lignes parallèles.
Pour être confondues.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Qu'on appelle Saint-Laurent

Publié le

La porte barrée à moitié par un monceau de neige.
Je l'ouvre et trouve l'obstacle à hauteur de ceinture.
Comme si je l'avais ôté de son moule, la tranche est parfaitement plane.
Elle avait épousé le bois du battant sur ses gonds. Un beau travail de plâtrier.
L'escalier enroulé contre la façade avait disparu sous la meringue immaculée.
D'abord émerveillé par l'épaisseur de la couche, une idée vient me faire rire aux éclats.
Comment vais-je sortir de chez moi ? Moi qui n'ai pas de pelles comme tout Québécois.
C'est un matin d'hiver. J'avais senti la veille que le froid reculait. Que l'air s'adoucissait.
Lorsqu'il faut remonter à zéro pour que la neige tombe.
Une trêve après plusieurs jours où le mercure ne décollait pas des -20 degrés.
J'avais dormi comme un bienheureux. N'avais rien vu de la tempête.
Quel mot étrange pour un phénomène de silence et de coton. Presque immobile.
J'avais enfilé mon peignoir, lancé le café en passant, traversant la cuisine.
La lumière déjà, sa réverbération, m'annonçait ce qui ne pouvait plus être une surprise.
La porte ouverte, j'ai bien ri. Embrassant un ciel bleu sans nuages aussi haut que l'espace.
Le soleil faisait briller tout un manteau étincelant. Je dois plisser les yeux. Ebloui. Aveuglant.
A la fête comme on l'est aux situations extraordinaires. Ce que j'étais heureux.
M'imaginant me hisser sur ce grand toboggan, m'extirper de chez moi par la lucarne ouverte.
Sur cette belle neige compacte et craquante, toute neuve, éclatante, venue s'amonceler.
Que j'ai déblayée de mes propres mains virant à l'écarlate, comme un chien aurait fait
avec ses quatre pattes, pour trouver le plancher du palier de mon premier étage.
En face, de l'autre côté de la rue, le parc d'habitude si ordinaire ou quelconque,
s'était métamorphosé en une splendide terre vierge vallonnée de blancheur.
J'avais dû me lever tôt. La chaussée, les trottoirs, étaient tous invisibles.
Le ballet des chasse-neige de la ville de Montréal n'était pas arrivé dans ma rue.
Les plus gros dégageraient les voies automobiles. Les plus petits les sentiers piétonniers.
Et je rendais grâce à ce moment de folie où j'avais entrepris de m'installer ici.
Le café était bon. La journée serait belle. Je n'étais pas sérieux et n'avais pas trente ans.

Internet balbutiait. Et j'avais du courrier. Du postal. Enveloppes Air Mail.
Des nouvelles de France à la Belle Province. On s'étonnait toujours de ce choix improbable.
Moi qui aimais tant la plage, la chaleur, mes étés à la mer, la Méditerranée.
Cigales et canicule. Juillet et Barcelone. Tout ça, c'était acquis. Mon code génétique.
Etait-il difficile de comprendre que c'était précisément pour cela qu'il me fallait l'hiver ?

Qu'il fallait visiter les froidures extrêmes ? Expérimenter le Nord en plus de l'Amérique ?
Me confronter à mon diamétralement opposé ? A l'envers de mon monde. Au nouveau ?
Où j'ai découvert des miracles et bien des voluptés, entre autres choses inimaginables.
Sans parler des personnes connues, des êtres rencontrés, des amitiés solides.
Il me fallait sortir. Marcher sur Ste-Catherine. Rejoindre cette ville et crever l'édredon.
Faire craquer les pas sur ce tapis de neige, sur la Place des Arts et jusqu'à la rue Peel.
Ma cité déglinguée devenue féérique. Montréal bien plus belle que l'idée qu'on s'en fait.
J'ai un manteau de peau pour gravir le Plateau, remonter St-Denis jusqu'au Carré St-Louis.
Des Mexicains sourient. Et des Pakistanais. Marocains. Haïtiens. Autant de frères d'armes.
Dans leurs doudounes épaisses. S'étonnent comme moi. D'être heureux dans le froid.
Sur la chair découverte, la morsure de l'air, coupante comme la glace,
qui laisse une sensation de brûlure, chaleur inattendue, comme de propreté,
et un zeste d'ivresse, qui vous porte sur vos jambes dans un souffle de vapeur,
de cannelle et de thé, quand rouge canneberge, on se sent en santé.
Je retrouve l'odeur du bois désagrégé et rongé par la neige.
J'ai le goût des beignets, des bagels et du whisky-coca.
Un instant je m'arrête. J'y repense. Je m'y plonge. Le sentiment d'urgence.
J'ai aimé la voilure du pont Jacques Cartier. Et ce fleuve nourricier.
Qu'on appelle Saint-Laurent.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Comme des eaux dormantes

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Elles sont en papier mâché. En je ne sais quoi.
Les feuilles du platane. Qui résistent. S'accrochent aux branches.
Me dissimulent encore en lambeaux poussiéreux quelques pans de façades.
Décolorées. Comme malades. L'éclaircie soudaine ne rend plus leur éclat.
Prêtes à se casser comme du biscuit. Au prochain coup de tramontane...
Le soleil n'est plus filtré par le carton qui demeure suspendu en attendant son heure.
Elles agonisent. Les feuilles mortes. Qui devront tôt ou tard débarrasser le plancher.
Le dimanche retient son souffle. La lumière un peu grise des nuages de cendres.
Sans atteindre mon humeur, m'éteindre ni me désarmer.
Je prépare l'été. Je prépare le printemps. Celui des succès et d'autres perspectives.
Il faut pouvoir marcher. Si on ne peut avancer sans tourner chaque page, une à une,
c'est dans l'ordre, je déblaie le terrain pour un nouveau feuillage.
L'air est doux, presque chaud, charmant pour la période.
Je prends goût aux rituels, aux manies, apprécie la méthode.
C'est une discipline que personne n'impose. Celle que j'ai choisie.
Quand je suis mon seul maître et mon propre tyran.
Le torse nu s'ébroue dans un studio de douceurs automnales.
Aux chaleurs de ta chair, le corps va se détendre.
J'ai quelques courses à faire et du linge à étendre.
En songeant que nos vies sont autant de mystères et ne sont pas banales.
Je ne pleure pas mon arbre, je sais qu'il ne meurt pas, fait semblant de le faire.
Qu'il va juste se tordre pour se figer enfin dans un sommeil profond,
le temps d'une saison, avant de reverdir à ces mêmes fenêtres.
Il me laisse le temps de tout organiser. Préparer l'émotion de fortes retrouvailles.
Je ne peux pas promettre lorsque nous y serons de ne pas fondre en larmes,
plus ému aux retours qu'aux allers, qu'aux départs et aux séparations.
J'aurai eu le loisir de reprendre les armes, d'avancer notre pion comme à ce jeu de l'oie,
et me présenterai, à lui comme à tant d'autres, avec le geste sûr et la parole claire.
L'hiver n'est qu'un instant, un couloir, le passage, qui nous donne le temps
de reprendre la main et sa respiration, pour réorienter la barque, se remettre sur les rails,
d'étudier les courants, les cartes et les vents.
L'été n'en finit pas de me brûler la peau. De me palper les cuisses et masser mon poitrail.
De malaxer mon sexe et mon ventre toujours vide. Lorsqu'il nourrit mon âme de plaisirs
différents, toujours renouvelés pour me garder vivant.
Il a ton ombre étrange sur les draps de mon lit. Ton sourire et ta voix aux abords de la nuit.
Quand il est un soleil qui compte chaque lune, chaque pas que je fais en souriant à la pluie.
L'année comme le jour a plusieurs éclairages. C'est un même segment. Une même unité.
Celle de notre vie qui s'éveille et se lève, avant de décliner pour aller se coucher.
Je regarde le platane dans la phase ascendante, sûr que le zénith n'est pas encore atteint,
je guette ta venue, veille sur le butin, de ce qui fut construit, créé à quatre mains.
Je marche torse-nu dans l'espace ténu. Celui dans ma poitrine se révèle bien plus vaste.
Quand je vois au-delà de l'instant, des matières, ce qui peut advenir et ce qui adviendra.
Je peux voir le vivant dans cet arbre robuste que l'on tiendrait pour mort.
Devine le circuit d'énergies et de sèves qui peuvent s'affaiblir comme des eaux dormantes,
qui défendent d'enterrer ce qu'on aime trop vite, quand l'amour immortel
donne des droits de suite.

     

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Rambla du Vallespir

Publié le

Mes avant-bras poilus cuisent sur la table du café.
La tête est à l'ombre d'un parasol. Il y a du monde en terrasse.
Non pas dans les lieux du centre-ville que je fréquente habituellement.
Mais à proximité du campus où je vais bientôt traîner ma carne quadragénaire.
La ville nouvelle du Moulin à Vent. La Rambla du Vallespir et ses palmiers.
Dans toute la cité, c'est le même décor. Des tours blanches et des palmiers.
Des perspectives. Des symétries. Des esplanades. Bucarest en Afrique du Nord.
Les Pieds-Noirs regroupés dans un complexe soviétique bien que méditerranéen.
Les arcades se font face de part et d'autre des rangs d'arbres parfaitement alignés.
Les Années 60. Dont il reste quelques veuves et leurs filles célibataires.
Je sors de ma chemise noire les plannings contradictoires de deux institutions différentes.
Je vais devoir faire des choix ou des sacrifices. Fataliste. Un stylo rouge en main.
Un bruit affreux me fait lever le nez.
Ce n'était pas un moteur de bagnole. Ni le percolateur du bar.
Mais celui, désagréable, d'un évier qui se vide péniblement dans d'atroces borborygmes.
Et ça reprend, ça glougloute sec dans le siphon en arrachant les canalisations.
Et je regarde autour de moi pour m'assurer que nous ne risquons rien de tragique.
Il était assis sur son cul. Juste à côté de moi. Au pied de sa maîtresse à la table voisine.
Un bulldog anglais qui bavait tout son inconfort et trouvait le temps long.
Bien sûr. Ce gargouillement intempestif était animal. Pratiquement porcin.
Le physique du chien me met en tête autant de cochons que de truies.
La patronne semble habituée. Ne fait pas attention à ses manifestations monstrueuses.
A ces longs grognements hésitants entre ronflements et flatulences.
Je la regarde. Et voilà que j'oublie mes plannings.

A la fac, je l'avais relevé la veille,
il y a ceux qui s'en foutent et ceux qui ne s'en foutent pas.
Et les premiers semblent toujours plus nombreux que les seconds.
Voilà une chose qui n'avait pas changé.
J'étais assis sur ma chaise d'écolier, dans une salle du bâtiment M,

bien conscient que je faisais partie des trois groupes.
Celui des gens qui s'en foutent, celui des gens qui ne s'en foutent pas
et celui de ceux qui observent les deux autres.
Ce dernier est celui de ceux qui savent être à la fois acteurs et spectateurs.
Je prenais des notes. Les propriétés sémantico-référentielles. Bien sûr.
D'un pronom démonstratif. Qui peut être déictique, anaphorique ou générique.
Bien des notions qui font de la grammaire une science respectable.
Je fais partie des quelques étudiants impliqués qui se passionnent pour cet art.
Je fais partie de la majorité qui fait simplement acte de présence.
Je fais partie de moi, assis là, le nez dans une copie double griffonnée nerveusement,
partagé entre plusieurs mondes et plusieurs niveaux d'appréciation du réel.
Je me vois écrire sans savoir qui je suis.
Suis-je le garçon de 22 ou 23 ans qui fréquentait les mêmes bâtiments
et les mêmes couloirs il y a quelques années ?
Qui rentrait à Bompas au volant de son AX blanche le soir, dîner avec ses parents ?
Suis-je l'homme qui vit depuis deux ans au pied de la cathédrale après bien des méandres ?
Qui a vécu au Canada, à Barcelone ou Paris, et revient des nuits blanches à New York
et des soirs de première, avec la blasitude de ce qui m'excitait ?
Le boomerang a survolé l'Atlantique et mille autres déserts avant de se planter.
Ici-même. Là où je suis assis. Devant un professeur crédible.
Bien que plus jeune que moi.

Elle est grosse. Enfin... Sa tête est grosse. Son ventre est gros.
Ses cuisses sont grosses. Quand les épaules sont étroites.
Elle porte un tee-shirt et un bermuda.
Je dois regarder à nouveau. Regarder mieux. Quelque chose m'échappe.
Elle me fait penser à quelqu'un. A un homme d'abord.

Pas maquillée du tout. Cheveux courts. Un grand nez.
Je pense à quelqu'un de la famille. Vieille fille. Et son côté religieuse.
Voilà. C'est ça. Pas lesbienne. Religieuse. Qui a renoncé au sexe.
On peut avoir renoncé aux hommes sans être homosexuelle.
Mais non. Ce n'est pas à ma tante que je pense. Qui est plus féminine.
Je regarde mieux. En fait, les cuisses ne sont pas si grosses. Le ventre n'est pas si gros.
C'est sa tête. Disproportionnée. Qui donne une drôle d'impression.
Le chien et ses nuisances sonores ne m'aident pas à adoucir l'image de la maîtresse.
Elle se sert du vin au pichet comme un mec. Elle mange un steak frites.
Au bord de la route. A quatre heures de l'après-midi.
Elle s'adresse à la serveuse. Et tout s'éclaire. Voilà à qui elle me fait penser.
A Gisèle Rouleau. La plus ronde et la plus acariâtre des Vamps.
La moins commode. Sans la nappe cirée qui lui sert de blouse ou de robe.
Gisèle Rouleau en camping à Palavas. La Rambla se change en front de mer.
Le chien à son image. Aussi grincheux, expansif et repoussant.
Le sucre fond dans mon café. Et je suis fasciné.

Il y a un plan. A suivre. Etape par étape.
Pour se frayer un chemin dans la jungle. Tenter d'exister.
Trouver le compromis entre la nécessité et le désirable.
Placer une brique sur l'autre. Monter les murs. Avec méthode.
Mes avant-bras cuisent au soleil et je déroule le film jusqu'au bout.

Ces gosses font acte de présence avant tout pour obtenir un diplôme.
Savent-ils à vingt ans ce qu'ils veulent faire de leur vie ?
" Vous me vendez une cigarette ?... "
Gisèle m'offre son plus beau sourire.
Je fourre mes plannings dans ma chemise noire.
" Pardon, dis-je. Je vous ai donné envie de fumer... "
Je ne prends pas l'argent. Je prends le sourire et la proposition.
Sais-je à quarante ce que je veux faire de la mienne ?...
Je salue ma voisine de table que je finis par trouver sympathique.
Un quart d'heure de plus, et je m'attachais à son chien dégoulinant de bave.
Les occurrences. Les syntagmes. Les tiroirs d'une langue. Sur le trottoir d'en face.
Je me lève. Quitte la terrasse. Je traverse. Le bus arrive. Et paf le chien.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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Fauve

Publié le

Des oriflammes qui claquent au vent.
Je rugis ma détermination.
Du poil blanc dans la crinière.
La bête n'est pas morte.
Des griffes dans les coussins.

 

Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan

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