L'énorme hélice d'un ventilateur vrombit dans notre dos. Les Everglades.
Une tondeuse à gazon géante agitant les eaux croupies d'une traînée d'écume.
Elle est aux anges. Lunettes noires sur le nez. Sourire éclatant. Casque sur les oreilles.
Elle tenait à ce tour en airboat. A cause de Bernard et Bianca avait-elle expliqué.
Ce séjour en Floride, nous ne l'avions pas volé. Un bail que nous n'avions pas voyagé.
Que nous n'avions pas pris de vacances. Sans les enfants. Laissés à sa mère.
Je lui avais fait l'amour dès le premier soir. Avais préparé mon coup.
L'hôtel à South Beach. Sur la plage. La piscine. Les cocktails. La totale.
Elle me donne une tape sur la cuisse sans me regarder. Pour manifester son enthousiasme.
L'embarcation semble à peine toucher la surface de l'eau. J'accepte le baiser qu'elle me donne.
Sur la joue. Quand je la sens excitée. Comme une môme. Qu'elle est restée.
Nous avons tendu les chairs de nos visages à la vitesse comme au soleil.
Et allons rendre visite aux alligators. Elle semble contrariée.
" Je ne peux pas croire qu'ils mangent leurs propres petits... fit-elle dans une grimace.
- Ils ne mangent pas forcément leurs enfants, fis-je remarquer. "
Elle eut l'air songeuse un instant. Et reprit le fil de sa pensée.
" Peu importe. C'est du cannibalisme. C'est ça qui me perturbe. "
Assister au repas de ces crocodiliens ne sembla pas l'épouvanter pour autant.
Le sol en était couvert. Des adultes. Des plus jeunes. Dans une mêlée vivante.
Quand on avait du mal à distinguer chaque individu. Depuis la passerelle.
Les potes de Medusa étaient en appétit.
Je me suis résolu à aller voir le shérif pour lui signaler sa disparition.
J'ai cueilli du café sauvage quand on m'a dit que c'en était.
Je venais de raccrocher au téléphone. Avais appelé la mère de Julie.
Prié qu'elle reste à Montréal avec les enfants.
J'ignorais qu'il existait du café sauvage. On ne s'étonna pas de mon comportement.
J'ai entendu parler d'état de choc. On me laissait faire à peu près n'importe quoi.
On m'a posé des questions. J'ai bu trois litres de café domestique. Pas mauvais d'ailleurs.
On essayait de savoir si nous nous étions disputés. S'il y avait des problèmes dans le couple.
Si je lui connaissais des amis ou des contacts à Miami. A Fort Lauderdale.
Un agent est venu à la demande du shérif. On vérifiait des choses avec l'Immigration.
" Les billets d'avion sont à l'hôtel " ai-je dit. Une équipe allait m'y accompagner.
Elle n'avait pris aucune affaire. Ni téléphone. Ni fringues. Ni papiers.
Les flics allaient constater tout ça. Avant de partir, j'ai demandé ce qui était prévu.
Une battue ? Un avis de recherche ?... Le shérif m'arrêta en me disant sobrement
qu'il fallait faire les choses dans l'ordre et resta évasif sur la procédure.
Certes, il était peut-être un peu tôt. Sans doute pouvait-elle réapparaître dans la journée.
On me demanda de rester dans ma chambre d'hôtel et à la disposition de la police.
Qui vint en effet se rendre compte que Julie entre-temps n'était pas rentrée.
Et que si elle était partie toute seule, de son plein gré, sans y être ni contrainte ni forcée,
c'était littéralement les mains dans les poches. Elle n'avait pas même touché à l'argent.
Son sac était resté à sa place, avachi sur la banquette en bout de lit, avec ses clés,
ses lunettes noires, son maquillage, son passeport, et sa carte bleue.
Entre autres choses répertoriées méthodiquement par les agents.
Le directeur de l'hôtel se tenait près de moi dans la suite, s'épongeait le front,
dans son costume, ne trouvant rien de réconfortant ou d'approprié à me dire.
Manifestement embarrassé par cette présence policière.
Mon téléphone vibra. Et tout le monde retint sa respiration.
La mère de Julie. A qui je répondis excédé de ne pas encombrer la ligne.
" Qu'est-ce que je dis aux enfants ? pleurait-elle en panique.
- Que nous les embrassons Claudine. Ne dites rien de plus pour l'instant. "
Quand j'ai raccroché, les investigations reprirent leur cours.
Le directeur, sans décrocher un mot, me mit la main sur l'épaule et me la pressa.
Je me suis dégagé de façon un peu brusque et il se racla la gorge.
Arnold avait failli faire tout foirer.
" Qu'est-ce qui t'a pris ? lui demandai-je en écrasant ma cigarette.
- Pardon. Je me suis pris au jeu. J'ai cru un instant que tu avais vraiment perdu ta femme.
Enfin, je ne sais pas. J'ai été submergé par l'émotion. Le coup de fil de ta belle-mère et...
- Tes dons de comédiennes ont des limites. On a dit pas de gestes équivoques.
Un directeur digne de ce nom ne palpe pas ses clients, quel que soit son degré de compassion.
- Personne ne l'a vu.
- Tu n'en sais rien !
- Excuse-moi. Je fais ce que je peux. "
Le téléphone a vibré encore. Claudine.
Je n'ai pas répondu.
Elle n'avait pas crié.
Sa chute au milieu des alligators avait été perçue par ces derniers comme une agression.
Elle n'avait pas crié pour la bonne et simple raison qu'elle était inconsciente.
Je me suis assuré du bon déroulement du repas. Qu'ils n'en laissent rien.
Qu'ils emportent dans leur estomac ou dans la vase toute trace d'ADN.
J'ai brûlé ses vêtements. Et suis rentré à l'hôtel où les caméras ne filmaient rien.
Naturellement, j'avais un allié dans la place, qui confirmerait que je n'étais pas sorti.
Et qui pouvait montrer les bandes de la vidéosurveillance sans que j'en sois inquiet.
Un montage habile ne montrait que Julie sortant de l'hôtel à l'heure que nous avions décidée.
Le portable oublié dans la voiture. J'étais sous la douche. Nous avions besoin de ces images.
De Julie arpentant les couloirs, prenant l'ascenseur et traversant le lobby.
Arnold pouvait bien s'éponger le front. Craignant que la vidéo ne nous trahisse.
A ce stade, la police m'avait simplement annoncé que ma femme était sortie seule de l'hôtel,
à 23h45, heure à laquelle je regardais déjà les alligators se disputer ses jambes.
Je n'avais pas le droit de quitter la ville ni l'hôtel. Mais j'avais tout de même rendu la voiture.
Après l'avoir faite nettoyer et en avoir changé le kilométrage.
" Je n'ai plus le cœur à faire du tourisme... " avais-je répondu à l'agent qui s'en étonnait.
Un avis de recherche fut publié. Et j'acceptai que Claudine vienne avec les enfants.
Arnold était de plus en plus nerveux. Ce qui devenait un vrai problème. Il craquait.
J'ai commencé à réfléchir à un moyen de le neutraliser.
Les enfants m'aidèrent à tenir mon rôle de père solide qui cherche à les protéger.
Claudine était hystérique. On lui colla des calmants.
Je me préparais un expresso quand je lui ai dit : " dites-moi, Claudine,
vous saviez, vous, qu'il existait du café sauvage ? On en trouve par ici... Le saviez-vous ? "
Elle s'arrêta de pleurnicher et se figea, glacée, dans un regard qu'elle posa sur moi,
fait de stupeur, de consternation, de pitié, et qui semblait aussi un peu soulagé de voir
qu'elle n'était finalement pas seule à perdre les pédales.
Ravi de mon effet, je lui proposai tranquillement un café qu'elle refusa.
" Fais-le sonner avec le tien ! avais-je crié depuis la douche.
S'il n'est pas dans la chambre, c'est que je l'ai laissé dans la portière de la voiture ! "
Que nous avions garée au coin de la rue. Où je voulais qu'elle aille.
Le lendemain, nous devions aller à Key West où elle rêvait d'aller. Pour Hemingway.
Nous étions censés, pour Humphrey Bogart et Lauren Bacall, nous arrêter à Key Largo.
Elle avait mis du cœur à éplucher les guides pour préciser l'itinéraire et le planning.
J'ai profité qu'elle soit en bas pour mettre un somnifère dans son verre de vin.
Il n'y a que les vieilles recettes qui marchent. Avec lequel je l'ai accueillie en peignoir.
" Merci ma chérie ! avais-je dit en échangeant sa récompense contre mon téléphone.
- Dans la portière, en effet... on ne te changera pas... c'est trop tard pour ça. "
J'ai souri. Avec cette tête de minot qui fait ses yeux de chien battu.
J'avais mon verre aussi, avec lequel nous avons trinqué.
Le temps d'une gorgée et d'un baiser rapide, je partais dans la suite d'un bon pas,
faisant mine d'écouter le répondeur, puisque j'attendais ce fichu message si important
du bureau de Québec, en finissant de me sécher la tête, alors qu'elle se mettait à l'aise.
Elle s'était déchaussée. S'installa dans le canapé devant la télévision. But la mixture.
" Toujours rien ! Pestais-je. Je prendrai une minute demain pour appeler Rachel. "
Je revins vers elle avec la carte du restaurant de l'hôtel et la bouteille de vin.
" Qu'est-ce que tu veux manger ? demandai-je en remplissant son verre.
- Je n'ai pas très faim, dit-elle. Ces alligators m'ont coupé l'appétit.
- Si tu veux boire, il faut manger, fis-je en redressant le goulot.
- Commande ce que tu veux. Je piquerai dans ton plat. "
" Qu'est-ce qu'elle a fait ensuite ?... demandait Arnold qui ne tenait pas en place.
J'imagine qu'elle ne s'est pas endormie aussitôt.
- Elle a eu le temps d'appeler chez sa mère pour parler aux enfants.
Aucune résistance particulière. Elle a dû raccrocher parce qu'elle se sentait partir.
- Elle a trouvé ça louche... un truc du genre qu'est-ce qui m'arrive ? ...
- Arrête de stresser. Pas du tout. " Je suis épuisée. On a eu une grosse journée.
Je vous appelle demain... blabla " Comme après une journée dans les Everglades.
Ni elle, ni Claudine, personne ne s'est étonné de sa fatigue subite.
- Tu m'as fait le signal aussitôt après donc.
- Je lui ai pris son téléphone des mains...
- Tu as pensé aux empreintes ?
- Arnold, on peut tout de même trouver sur le portable d'une femme
les empreintes de son mari. C'est le contraire qui serait suspect.
Le temps de la mettre dans le sac poubelle et je t'ai fait le signal.
- Attends une minute. Claudine va témoigner du fait que Julie était fatiguée.
Qu'à la dernière communication, elle tombait de fatigue... qu'elle a raccroché pour ça.
- Arnold, mon bébé, par pitié... Claudine va témoigner du fait qu'elle l'avait trouvée bizarre.
Rétrospectivement, elle va considérer qu'elle nous a tous joué la comédie pour se barrer.
- C'est ta partition, ça, j'ai bien compris. Mais tu es sûr pour Claudine ?...
- Les images de la vidéo ne lui laisseront pas le choix. Elle se barre de l'hôtel à 23h45.
- Pardon mon amour, excuse-moi. J'ai toujours l'impression qu'un truc nous a échappé.
Donc, tu as mis la tenue d'agent de propreté, et tu as descendu Julie avec les poubelles,
pendant que j'envoyais Alberto garer ta voiture au parking.
- La voiture était à la place prévue quand j'y suis arrivé, j'ai chargé et je suis parti.
- Et tu n'as croisé personne ? Dans l'hôtel je veux dire.
- Je suis passé par où tu m'as dit que vous descendiez les poubelles, comme prévu.
Le monte-charge du fond. Et je n'ai croisé personne sur mon chemin. "
Arnold semblait réfléchir à quelque chose. Au point que je me suis interrompu.
" Je dois nous débarrasser de la tenue. Le nettoyage ne sera peut-être pas suffisant. "
J'ai convenu que c'était une sage décision.
Je lui faisais faux bond.
Mais j'étais tranquille. Arnold, bien que dépassé par les évènements,
n'aurait pas risqué de se faire arrêter pour complicité de meurtre.
Il était trop impliqué. Et ne pouvait pas empêcher mon changement de plan.
Il encaissa le coup sans un mot devant Claudine et l'inspecteur de police.
" Nous ne pouvons pas rester ici, avec les enfants, je veux dire... vous comprenez,
ne sachant pas pour combien de temps nous sommes ici, nous en avons parlé hier soir,
ma belle-mère et moi, et pensons qu'il serait plus raisonnable de nous installer dans un motel.
- Oh, ce n'est pas un problème, ne soyez pas gênés pour ça, rétorqua l'inspecteur.
Tant que vous ne quittez pas Miami... "
J'évitais soigneusement le regard d'Arnold que je sentais fulminer.
Il était devenu embarrassant. Et continuer à nous voir pouvait nous compromettre.
" Un motel pas cher mais confortable, si nous devons rester ici... encore longtemps... "
Je payais la nouvelle chambre à l'étage inférieur pour les enfants depuis une semaine,
et Arnold se lança dans une parade un peu désespérée :
" Si c'est une question d'argent... la maison peut faire un effort Monsieur Pelletier.
En de telles circonstances, nous pourrons nous arranger n'est-ce pas ? "
J'ai dévisagé Arnold en faisant mine d'étudier sa généreuse et charitable proposition.
Et, imperceptiblement ironique : " Merci pour votre mansuétude Monsieur Grinter.
C'est très aimable à vous. Mais vous en avez assez fait pour nous je crois.
Je suis désolé d'ailleurs de tout ce qui arrive. Je ne vous remercierai jamais assez
pour tout ce que vous avez fait, pour moi et ma famille. "
J'ai pris Luc-Etienne et Charlotte par les épaules. " Je crois que ça nous fera du bien à tous.
Et je tiens à payer la note comme un client ordinaire. Il n'y a pas de raisons. "
Arnold était blême. Je vis qu'il eut très envie de pleurer. Il devait sortir de toute urgence.
" Eh bien, c'est moi qui suis désolé... permettez-moi... il ne me reste plus qu'à,
qu'à vous souhaiter bonne chance. "
J'avais porté Julie sur les épaules sur une distance qui me parut interminable.
L'ai déshabillée sur place et mis ses vêtements dans le sac poubelle.
J'avais encore mal au dos. Et faisais bien des efforts pour le dissimuler à tout le monde.
C'est nue que je l'ai balancée aux alligators. J'ai balayé la scène du festin à la lampe torche.
" Il n'en restait plus rien, tu es bien sûr ? " avait-il demandé à peu près mille fois.
J'ai appris son suicide par le shérif. " Il s'est pendu dans son appartement. "
Claudine m'a pris le bras. Y enfonça ses ongles. " Attendez... Richard, dites-moi...
dites-moi que vous trouvez ça bizarre. Deux tragédies si proches l'une de l'autre.
- S'il vous plaît. Non. Julie est peut-être vivante, bien en vie, quelque part, je...
- Non non non, attendez, ce n'est pas possible. Ce même hôtel... et puis...
je n'ai jamais aimé ce type, il y avait quelque chose de pas clair.
- La loi des séries, malheureusement, ça existe madame, fit le shérif dans sa barbe,
plus souvent qu'on ne le croit. Mais j'entends ce que vous dites. Et nous n'excluons rien.
- Vous ne trouvez pas qu'il semblait particulièrement nerveux ? Richard...
- Pour la mauvaise publicité que faisait notre histoire à son hôtel je suppose,
cela suffisait amplement à le rendre nerveux j'imagine.
- Et à se suicider ?... " Elle attendit un moment une réaction de ma part.
Elle me lâcha le bras satisfaite de voir que je n'avais rien à répondre à ça.
Le shérif expliqua qu'ils enquêtaient sur la mort d'Arnold Grinter.
Et que nous serions informés du moindre recoupement avec la disparition de Julie.
" Pardon de vous dire ça comme ça Richard, mais il faut s'attendre à devoir expliquer
aux enfants... elle fondit en larmes... qu'ils ne reverront jamais leur mère. "
Elle sortit de la chambre pour aller fumer une cigarette sur la coursive.
Evidemment, les chaussures avec lesquelles j'avais marché dans les hammocks,
étaient chez Arnold, lorsque nous avions la même pointure.
Evidemment, le bidouillage de la vidéo finit par être décelé.
Alberto avait témoigné qu'Arnold lui avait demandé de mettre notre voiture au parking.
Nous avons pu rentrer tous les quatre à Montréal où j'ai pu récupérer mon butin,
avant de partir m'installer en Europe avec les enfants.
Arnold Grinter avait kidnappé et assassiné Julie avant de se pendre.
Les alligators, non, n'avaient pas tout mangé. On retrouva quelques morceaux de son corps.
Dans les marécages. Les marques de pneus comme les empreintes des chaussures.
" Ce salop a même essayé de vous faire porter le chapeau... " conclut le Shérif.
Curieusement, j'ai eu un frisson. Comme un sentiment de pitié pour Arnold.
Qui manifestement, n'était pas idiot, mais amoureux de moi.
Jacqueline était rayonnante.
Elle qui m'avait si bien consolé du drame dont je sortais.
Nous avions laissé les enfants à Paris. Pour qui elle était une belle-maman formidable.
Nous allions passer quelques jours à Barcelone. Où elle rêvait de me conduire.
Un groom est venu prendre les bagages dans le coffre du taxi.
Le Majestic se dressait sur le Paseo de Gracia. J'en observais la façade illuminée.
" Tu as eu raison mon chéri, c'est bien mieux placé que le Hilton de la Diagonal.
- C'est ce qu'il m'avait semblé en regardant sur internet... " dis-je simplement.
Nous nous sommes arrêtés à la réception. " Au nom de Pelletier. Pour deux personnes. "
Nous avons suivi le garçon qui se saisit de nos bagages et à qui j'ai laissé un pourboire,
puisque nous n'étions plus à ça près, quand ils nous a laissés à la porte de notre chambre.
Elle donnait sur le paseo. Etait d'un luxe un peu passé. Ce qui lui donnait du charme.
Jacqueline, surexcitée, n'avait cessé de parler depuis l'aéroport. Je ne l'écoutais pas.
" C'est marrant... " dit-elle en inspectant la literie et la salle de bains.
J'ai fait le tour de mon côté. Télévision. Mini bar. Cafetière.
" Tu veux un expresso Jacqueline ?...
- Tu ne m'écoutes pas... dit-elle sur un ton de reproche surjoué. Oui, avec plaisir.
- Excuse-moi ma perle, je n'ai pas complètement atterri.
- Je disais, c'est marrant que tu aies appelé ce garçon Alberto, là, le garçon d'étage,
alors qu'il n'avait pas de nom sur son badge, comme si tu le connaissais.
- Oui oh, fis-je en lui tournant le dos, Alberto, Carlos, ils s'appellent tous pareil ici.
- Ce n'est pas bien de se moquer du personnel Richard. Surtout à l'étranger...
- Un billet de 20 euros, si c'est se moquer du personnel, pour monter deux valises.
- Alors voilà, pour 20 euros, il peut bien s'appeler Alberto, c'est ce que tu veux dire ?... "
Elle éclata de rire, et me sauta au cou. " Mon amour, ça va être formidable !...
Tu vas adorer cette ville. On va s'amuser comme des fous ! "
Elle se décolla de moi pour esquisser quelques pas de danse pieds nus sur la moquette.
Et se laissa tomber dans le canapé dans un soupir proche du barrissement.
J'apportais les deux expressos sur la table basse.
" Demain, s'il fait beau, dit-elle, on se fait les tours de la Sagrada Familia !
Tu m'as promis. Il n'y a pas de vertige qui tienne.
- Tout ce que tu voudras ma chérie. C'est ton week-end. Ordonne et j'obéis.
Mmm... excellent ce café. " Elle se hissa soudain jusqu'à moi comme un fauve,
avec l'allure comique de la tigresse qui a une idée salace derrière la tête.
Elle força ma bouche et me roula des pelles d'adolescente de quatorze ans.
Quand elle se dégagea et me permit de respirer, je repris ma tasse, décoiffé,
alors qu'elle haletait avec l'air de ne pas avoir eu sa dose.
Comme ignorant son numéro de nymphomane de foire, sourire en coin,
par jeu, je fis mine de vouloir prolonger dignement notre conversation.
" Savais-tu qu'il existe du café sauvage ?... "
Philippe LATGER
Octobre 2012 à Perpignan