Pacifique
Une voiture sur Sunset Boulevard. Cheveux au vent. Le soleil.
Ton sourire carnassier. La peau bronzée. Lunettes noires.
Il y a de la musique. Quelque chose qui groove. Avec de bonnes basses.
Quelque chose de lumineux. Comme le ciel de Californie.
Et ma main sur ta cuisse. C'est déjà arrivé. Une main sur la cuisse.
Comme geste de propriété. De protection. Ou d'appartenance.
Ou le simple besoin du contact. De la connexion physique.
Quand la voiture roule vers une destination. Cheveux au vent.
Aller ensemble. Dans la même direction. Fendre les terres. Aller devant.
Dans cette Amérique qui parle l'espagnol. L'arrière-cour du Mexique.
Les grilles d'Aragon. La faïence andalouse. A Santa Barbara.
Les anges du crépuscule sur les rouleaux édéniques d'un océan de nacre.
Les palmiers filiformes et les bougainvilliers. Notre Méditerranée pacifique.
Nous laissons la Chevrolet devant la chambre du motel où nous tirerons les rideaux.
La piscine est dehors. Nous préférons la douche. Que nous prendrons à deux.
Une dernière nuit. Avant San Francisco. Où la baie nous attend.
Comme sur les oreillers de la rue de l'Horloge,
comme sur ceux de Barcelone et New York, de Paris ou de Londres.
Tes yeux noirs me regardent. Entre l'obscurité et la blancheur des draps.
Nous avons cinquante ans. C'est la même magie. Le même envoûtement.
De ce regard intense qui me reconstitue, me pulvérise autant qu'il peut me reconstruire.
Et sur le Pacifique, c'est l'aube toujours intacte, des amours éternelles qui traverseront tout.
Nos jambes emmêlées, nos sexes satisfaits, nos souffles se mélangent à nos yeux captivés.
Face à face. Nez à nez. La lumière est étrange. Et me vient ce sourire qu'on ne peut réprimer.
Quand dix ans ont passé. Un battement de cils. Que le studio est loin au pied du campanile.
Qu'on oublierait l'école installée à Brooklyn et qui fait référence au nord du continent.
Le duplex de Soho. L'adresse à Manhattan. Les tempêtes de neige.
Quand le temps est réduit au noir de tes pupilles qui se visse dans les miennes.
Le soleil de l'Espagne n'est pas que dans son ciel. Je le reconnais là et l'embrasse aussitôt.
Avec tout ce qu'il porte, du passé, de l'enfance, des souvenirs confus, catalans, andalous,
les morts que l'on trimballe, les vies à concevoir, et leurs arborescences.
Un baiser sur ta bouche. Parti sur ton épaule. Et dans le creux du cou.
Quand il y a un espace parfait pour mes mâchoires, mon menton et mes lèvres.
A la peau en lisière des cheveux que je sens. Où mon nez disparaît en réveillant ma fièvre.
Tout mon corps réagit lorsque je te retrouve.
Les piscines se ressemblent. En Floride, à Bali, et sur la Costa Brava.
Je veux y voir ton corps. Les bras sur la margelle. Et tes cheveux mouillés.
Quand tu veux que je vienne t'y rejoindre. D'un sourire forcé par l'éclat de lumières.
Qui font plisser tes yeux aux reflets scintillants. Aux clapotis de l'eau. Au sel de ta prière.
Que j'exauce volontiers. Tiré de ma chilienne. Puisqu'il faut bien trois pas pour venir me noyer.
Aux baisers qu'on se donne. Dans tous les éléments. Toujours prêt à te suivre et à te dévorer.
Où sera la villa que je n'ai pas encore ? Le lieu qui pourrait être le plus beau des décors ?
Aux fantasmes d'été partagé aux contrastes des parfums et des ombres. La sensualité.
Quand j'ai aimé dîner. Manger dans ton assiette. Et boire dans ton verre.
Quand ta main sur ma cuisse, nous goûtions quelques mets et la joie d'être ensemble.
Dans une ville de province où je pouvais rêver.
Quel cadre puis-je offrir aux jeux que j'imagine ? Sinon ce vieux motel ou un embarcadère.
Qui sont mon ambition. La seule qui importe. Pour te voir me fixer au secret d'une chambre.
Aussi fort qu'au parvis pour une quarantaine. La prochaine décade. Le temps qu'il restera.
Je travaille à forger l'histoire que j'espère. Pour déjouer les pièges de la longévité.
Aux palmiers de Venice. De Santa Monica.
Dont je n'ai rien à faire si j'y erre sans toi.
Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan
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