Collioure
Ce sont des palmiers. Sagement alignés le long de la deuxième anse.
Je les suis pour entrer au couvent. Sur la plage du Faubourg.
Arnaud nous a rejoints. Depuis Paris. Pour reformer le trio.
Et c'est au départ de la route de Port-Vendres que l'on descend.
Dans un écrin de schiste béant au pied d'un clocher modeste.
Les portes en arc brisés, comme des casques de conquistadors,
sont ouvertes aux Anglais venus dîner à ciel ouvert dans la cour.
Où nous avançons, sur un gravier sonore, précédés d'une serveuse,
efficace, qui nous attribue notre table.
Je me retrouve. Dans cette petite équipe de douze ans d'âge.
Laetitia siège entre ses deux chevaliers servants. Rayonnante.
Et je ne me sens pas le cœur à refuser un verre de vin pour fêter le moment.
Arnaud prend une application particulière à le choisir sur la carte.
Et moi la pleine mesure d'une amitié tissée sans peines et sans efforts.
Le petit barman d'une boîte de nuit que nous avions détourné.
A Barcelone. La maison de Castelldefels. Et deux cœurs amoureux.
L'invitation rendue aussitôt. Dinard. Dinan. Les fortifications de Saint-Malo.
Les visages ont noblement vieilli. Lorsque nous sommes dans nos corps.
Dont l'un d'eux a porté la vie. Celui d'une jeune maman qui se tient là au centre.
Le mien a subi l'érosion de passions amoureuses et d'excès de violences.
Et nous les soignons par la gorge et le ventre ou les arts de la table.
Les sourires sont francs. Bien que doux et flottants, comme s'ils étaient épuisés.
Un mélange de fatigue, de nostalgie sans doute, et de soulagement.
A l'or patiné de nos attaches, et d'une basilique que nous avons construite.
Repus. Nous quittons le restaurant. Et ouvrons une marche.
Vers le Château Royal, résidence d'été de nos Rois de Majorque.
Longeons la plage jusqu'à la première anse, aux barques catalanes,
et au clocher phallique, le signe de distinction d'un haut lieu touristique.
La lune bientôt pleine sème sa traînée de soufre sur la noirceur de l'eau.
Le décor est parfait pour célébrer l'instant.
Mes histoires d'amitié. Mes histoires d'amour.
Aussi puissantes et constitutrices les unes que les autres.
Une présence nous accompagne. Mon regard à l'affût. Je te cherche.
Sans me couper du halo chaleureux qui évolue tout autour de la baie.
Je suis avec mes amours d'amis tendres et complices qui me portent et m'élèvent.
Tout en me rappelant que tu es là, quelque part, pour être près de moi.
Ce n'est pas une angoisse. Ce n'est pas une gêne. L'aiguille d'une écharde.
C'est une caresse de plus, à ce moment de grâce, quand j'ai confiance en tout.
Je sais bien que les orages passent. Et qu'ils ont leur beauté comme leur raison d'être.
Je peux marcher serein, faire mon tour de piste, le cœur léger comme l'air d'un sourire.
Que j'esquisse un instant en inspirant la nuit.
Une jeune femme à mon bras. Et un jeune homme à l'autre.
Quand tu es l'ambre exacte pour parfaire l'équilibre et apaiser ma peau.
Nous rebroussons chemin pour nous lover dans l'ombre des voiles de Neptune.
Nous avons reflué pour distancer la foule ou nous mettre à l'abri.
Collioure est à nos pieds et nous nous inclinons.
La remercions ici d'être encore le bon port où adorer la nuit.
Philippe LATGER
Juillet 2012 à Perpignan
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