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L'heure d'été

Publié le

Il faut passer Montauban, il faut passer Toulouse.
Quand j'essaie de tenir ensemble deux êtres qui s'aiment et menacent de se quitter.
Il y a du vent, heureusement, pour chasser les nuages et agripper le soleil fermement.
A la Bourse, ce café, où j'ai tué tant d'heures de mes mains quand j'étais jeune homme.
Il faut passer Carcassonne. Il faut passer Narbonne. Pour revenir chez nous.
Lorsque j'y suis déjà, devant l'Hôtel de Ville où des gens dansent sur un jazz amical
qui swingue gentiment aux bourrasques bienfaitrices qui balaient devant nos portes.
Les doutes et les angoisses, la tramontane les emporte. Avec les promesses de pluie.
Que la météo n'aura pas tenues pour notre plus grand plaisir.
En terrasse, place de la Loge, je vérifie mon téléphone.
Voir si une amie ne m'a pas laissé de messages ou tenté de me joindre.
D'un même mouvement, je regarde l'heure. Et j'imagine la voiture avancer sur l'autoroute.
Villefranche de Lauragais peut-être. Ou déjà Lézignan-Corbières. Avant Sigean ou Salses.
Une pensée furtive qui m'illumine d'une forme de soulagement.
Je reviens aussitôt à la conversation que je n'ai pas lâchée. Sganarelle travaille.
Il n'aime pas le gâchis, a gardé un goût d'enfant pour les histoires qui se finissent bien.
L'amie que je verrai en suivant est malheureuse. Et l'on ne peut pas rester sans rien faire.
J'ai été dans l'habitacle qui défonçait la nuit à grande vitesse pour revenir au plus tôt.
Je revis, un an après, cette sensation d'isolement de la route et celle du bonheur d'être deux.
La voiture qui protège de l'extérieur. L'ivresse d'aller quelque part avec quelqu'un.
A la Bourse, je suis heureux. Et Sganarelle, égoïste, ne supporte pas qu'on ne le soit pas.
Fait du zèle pour accompagner la furie de la tramontane qui chasse les mauvaises ondes.
Nettoyons le ciel. Ménage de printemps. Débarrassons-nous de nos vieilles peurs archaïques.
L'actu, c'est l'avenir. C'est maintenant. Ce que l'on prépare pour soi et ceux que l'on aime.
Mes enfants, vous allez vous aimer nom de Dieu. Et danser sur le swing de nos vies déjantées.
L'heure est à la fête. Et je salue des gens à qui je n'ai jamais adressé la parole.
L'heure. Avant qu'on ne passe à celle d'été. Je la regarde. Du coin de l'œil.
Fitou ? Rivesaltes ? Le péage de Perpignan-Nord ?... Mon amour, il y a du vent.
Et peu d'heures de sommeil. Attention sur la route. Fais attention à toi.
Je finis mon café avec de la détermination pour deux, de la détermination pour trois.
Je fais salon à la Bourse. Place de la Loge. Voilà des années que cela ne m'était pas arrivé.
Le gars en face de moi affiche un sourire de conquérant. Il a repris confiance. Et ça me plaît.
Bats-toi mon garçon. Les vents sont favorables. Je compte sur toi pour en profiter.
Etre heureux est à la fois ce qu'il y a de plus difficile et ce qu'il y a de plus simple.
Nous ne serions pas là à en parler si le verre était complètement vide.
Au moindre fond de bière ou de vin blanc, il y a toutes les raisons de se réjouir et d'espérer.
Si la vie est un réservoir d'essence, nous ne sommes pas sur la réserve. Le verre à moitié plein.
A l'entrée de Perpignan j'imagine. Peut-être sur la Pénétrante. Peut-être es-tu déjà chez toi...
Je regarde le navire fixé dans le ciel au coin de la Loge. Il fait beau. Et j'ai envie de dire merci.
Il y a des gens qui dansent et qui m'émeuvent en attendant seul mon amie qui ne va pas tarder.
A qui j'ai l'intention de rendre le sourire. Et des raisons sérieuses de s'accrocher aux branches.
Bats-toi ma chérie. Les vents sont favorables. Je compte sur toi pour être heureuse.
Sganarelle pense à son propre confort entre deux rendez-vous.
Ne veut pas de tristes mines qui gâcheraient sa fête. Pas en ce jour béni du changement d'heure.
L'été est fait pour l'amour, les amis, le partage et le vin. L'ivresse d'être ensemble.
Sganarelle est amoureux. Il se demande si tu es à la maison. Toi qui rentres chez nous.
Ton sourire merveilleux en tête. Ton regard de braise qui fait mon plein d'essence.
Avec lequel je pourrais rouler toute la nuit, toute la vie. Le bon vent dans les voiles.
Le ciel est avec nous. Et avec votre esprit. Pâques, c'est la résurrection.
Ce soir, on change d'heure. Ce soir, l'heure d'été.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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En trois lignes

Publié le

A ces mots aujourd'hui, mon amour, je me dis
que pour parler de toi, de nous, de notre histoire,
300 textes n'ont pas suffi.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Qu'on me plante

Publié le

Que l'on m'enterre. Je n'ai pas envie de passer au four à pizza.
Je veux me décomposer dans la terre et nourrir les tournesols.
Déféqué par les vers, je me ferai humus et puis pin parasol.
Je serai contenu dans une jardinière. Pas dans un cendrier.
Je serai pourriture. Je serai champignons. Et puis la floraison.
Je ne veux pas du granit, d'un caveau ou d'un temple, mais un trou dans la terre.
Comme on en creuse dans les pelouses chez les anglo-saxons. Laisser faire le temps.
Laisser faire la nature. Aux mélanges chimiques et aux transformations.
Nourrir les bactéries. Servir à quelque chose. Devenir autre chose.
Quand je serai charogne et l'engrais s'il en faut. Revenant végétal. En eau et cellulose.
Je ne crains pas le feu, quand il n'y a pas à craindre de pouvoir en souffrir,
mais c'est une violence dont je ne veux pas, préférant la douceur de la putréfaction.
J'aime prendre mon temps. Et j'ai assez brûlé, partout, de mon vivant.
Pour choisir la lenteur, l'interpénétration, puisque c'est une voie qui reste sexuelle.
A se donner au monde, à partager sa chair, à se fondre aux matières, à l'environnement,
plutôt que de flamber, se consumer encore, en un flash de phosphore éphémère et fumant.
Je veux que l'on me couche pour reprendre racine. Me faire nutriment.
Honorer le vivant. La chaîne alimentaire. M'offrir au microbien, aux lombrics, aux insectes.
Pendant que je voyage et que je me repose. Je veux recomposer ce qui se décompose.
Je ne veux pas de marbre, de vanités abjectes, de stèles ou d'épitaphes.
Que l'on joue de la pelle, moi qui aime t'en rouler, pour me dissoudre enfin
et rejoindre l'ensemble.

Il faudra que je meure pour avoir la main verte.
Si personne ne la vole, j'aurai la bague au doigt que tu m'avais offerte.
A l'index une alliance qui pourra perdurer au-delà de l'anneau, du corps enseveli,
quand je t'habiterai comme un souvenir diffus qui te fera aimer, avancer et sourire.

Il n'y aura pas de lieu, où que l'on me descende dessous les pissenlits,
sur lequel s'incliner, me porter de bouquets où bien se recueillir,
quand je serai le vent qui fait lever le nez aux joies échevelées d'être encore de ce monde,
le soleil et la pluie qui font lever la tête et embrasser le ciel, le pollen migrateur,
pour tout ensemencer, pour tout recommencer, quand la mort est féconde.
Je serai dans la terre. Je serai dans le ciel. Et toi, entre les deux, tu pourras m'oublier,
continuer ta route, en riant des pleureuses et des mots du pasteur.
Le fumeur ne tient pas à partir en fumée. L'incendie, c'est ma vie.
Et ma mort s'y oppose.
Il me faut des cyprès et des arbres fruitiers. Des pignes qui explosent.
Je ferai des olives. Et des coquelicots. Aux ferments qui s'arrosent.
Aux flammèches furieuses je préfère l'orgie et le festin des ombres.
La partouze grouillante d'organismes voraces se déchirant mon corps.
Le déclin continu. La dégénérescence. Comme aux clartés qui sombrent
aux heures estivales et aux couleurs fanées du ciel au crépuscule.
Mes braises étouffées par trois pelletées de terre. Pour couvrir mon cercueil.
Ma matière. Mon relief. Sans qu'il n'y ait de repères, pas même un monticule.
Pour que je participe au gazon, aux bourgeons, au cycle des saisons.
En toute discrétion. Le travail souterrain. Le repos sous tes doigts.
Où j'irai, allongé, rejoindre les étoiles en milliards de poussières.
Rêver d'avoir vécu. D'avoir pu te connaître et d'avoir existé.
Ici anéanti aux arbres qu'on caresse, aux couches nourricières.
Mais reconfiguré pour être toutes ces choses que je n'ai pas été.
Tout ce qui n'est pas moi. Tout ce que je peux être.
Que tu pourrais aimer.

Une vie de tempêtes et d'alcool à brûler.
Que j'ai par les deux bouts vécue en pyromane et descendue en flammes.
Au moment de m'éteindre, qu'on me descende en terre.
Je suis blé et colza et non pâte à pizza. Qu'on ne m'enfourne pas.

Je voudrais qu'on me plante. Quand je n'ai rien planté.
Quand je n'ai rien fait pousser et me fous des récoltes.
Je n'ai pas la main verte. Ou seulement ouverte. Que l'on joindra à l'autre.
Avant mon immersion dans le ventre de la terre où la vie se révolte.
Pour renaître en fougères ou petits pieds de menthe.
Revenir en coton ou en oignons sauvages.
M'étirer vers le ciel en cherchant le soleil.
Quand j'aurai oublié que je l'avais trouvé.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Boomerang

Publié le

Pour la Semaine Sainte, bien sûr, les échafaudages doivent disparaître. Complètement.
Un nouveau camion est stationné, sur lequel on charge les barres et planches de métal.
Enfin, je retrouve à travers les branches encore nues de mon platane, le minéral du clocher,
sa couleur sable si longtemps dissimulée. St-Jean se déshabille enfin totalement.
Fier du lifting, du coup de jeune, qu'il pourra exhiber aux fidèles et aux touristes.
Le campanile flambant neuf pour dominer la procession des pénitents encagoulés,
aux roulements de tambours lugubres et aux christs grimaçants, de jour comme de nuit.
Pâques est la fête principale des Chrétiens, avant Noël, avant la Pentecôte,
puisque la foi est portée essentiellement sur l'idée de la résurrection.
Et, j'y pense, qu'elle soit synchrone avec le retour du printemps est plutôt cohérent.
Jésus a donc bien fait les choses. Et l'on ne peut plus douter qu'il y ait eu là un dessein.
Du moins dans le déroulé des évènements choisi par les apôtres et leurs successeurs.
Alors que des ouvriers, plus loin, rebouchent la tranchée qui avait éventré de tout son long
la rue de la Cité Bartissol qui conduit au parvis, d'autres démontent la cage de la tour.
Mes Quasimodo bourrés ne pourront plus y grimper pour faire sonner la cloche.
Une page se tourne. Et ma poitrine s'ouvre aux parfums du renouveau.

Une trente-deuxième lune s'en vient dans mon couloir de ciel.
Celui tendu sur ma rue encaissée, que l'astre traverse avec la même régularité. Immuable.
Une trente-deuxième. Et aucun de nous deux n'a eu le cœur de jeter l'éponge.
Nous continuons à nous accompagner, de cette façon atypique qui ne regarde que nous.

Elle viendra briller sur une cathédrale rajeunie, qui pourra contredire l'idée de la dégradation.
Lorsque au temps qui passe, si des choses peuvent s'altérer, d'autres s'améliorent.
Au retour des beaux jours, je ne vois que tout ce qui progresse.
Dans ma ville comme dans ma vie. Comme dans notre histoire.
Je ne suis pas malade. Je suis en bonne santé. Et je n'ai aucun goût pour les conneries passées.
Les risques sulfureux ou la roulette russe. Les trucs de teenagers en manque de violence.
Le plaisir de se faire du mal. Celui de gâcher ses chances. Et les moyens d'y parvenir.
Je suis un homme. J'ai des cheveux blancs. Et bientôt quarante ans.
Et j'ai trouvé un regard d'une telle pureté que je n'ai pas l'envie de le perdre, de le ternir,
de l'abîmer, de le souiller, de le déshonorer, de l'entacher, d'en corrompre l'éclat.
J'ai toujours les ressources pour me voir amoureux sans me sentir trompé ou bien dépossédé.
Quand je prends ce que la vie me donne avec étonnement comme avec gratitude.
Ces lunes ont été gagnées. Elles ne sont pas perdues.

Il suffisait d'attendre, et le clocher se révèle enfin puisqu'enfin tout arrive.
Aux périodes de travaux, aux périodes de doutes, quand tout est transition, il y a des issues,
il y a des dénouements et de nouveaux défis, de nouvelles étapes.
Les progrès sont sensibles à chaque jour arraché aux vies qui se consument.

Même dans la noirceur, on sait que c'est un cycle, aux quartiers de la lune.
Quand elle peut disparaître, le croissant s'élargit, au gré de l'éclairage et de nos points de vue.
Dans cet univers où tout est en orbite, tout ce qui nous échappe finit par revenir.
Le feuillage du platane, le roulement du tambour autour de processions, notre émerveillement,
le désir de conquête et du surpassement, la joie et la confiance, le soleil et l'été.
Les ouvriers chargent du matériel, débarbouillent l'église, me ramènent au début,
au lieu de l'arrivée le cœur plein d'espérance, mon fauteuil sur la tête, au déménagement,
à cette conviction d'être au centre du monde, de celui de ma vie, acteur de mon bonheur,
avec cette émotion d'avoir fait ce qu'il faut pour aimer l'existence.
J'y retrouve ma place. Elle s'en trouve changée. La même mais en mieux.
Quand c'est toujours la même, quand elle est différente, puisque tout ici-bas
avance quoi qu'il en soit même en feignant de rester immobile.
A mes bonheurs perdus, je préfère les présents et ceux que je prépare.
Tu y seras dedans. Nous y serons toujours. Bien plus vivants qu'avant.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Nuit sans lune

Publié le

Le parquet sombre aux larges lattes irrégulières.
C'était une entrée d'abord, avec le compteur derrière un rideau.
Une penderie où laisser son manteau ou sa veste.
Des rayonnages où j'avais une partie de ma bibliothèque.
A gauche, la porte qui nous sortait du sas pour accéder à l'appartement.
Les fenêtres étaient grandes, dans les trois parties alignées d'une seule pièce.

Elles donnaient sur la rue pavée qui n'était fréquentée que par les riverains.
Dont certains défilaient à heures fixes pour aller travailler ou sortir le chien.
Un rez-de-chaussée où le soleil daignait entrer grâce à la largeur de la rue,
jouait avec les grilles et les voilages blancs, le reflet des vitres et des pare-brises.
Pas de bars ni de commerces avant les deux carrefours sur Marcadet.
J'étais à l'abri des badauds, de la foule, et de la circulation automobile.
Une moquette rase dans l'alcôve où j'avais installé mon bureau.
Sa table en noyer. Un ordinateur. L'autre partie de la bibliothèque.
A l'opposé, la cuisine avait le même carrelage blanc que la salle de bains.
Entre les deux, j'allais pieds nus sur le parquet dont j'aimais le contact.
La cantine verte que j'avais ramenée du Québec, m'avait suivi à Toulouse d'abord,
à Perpignan ensuite, et se trouvait encore là pour servir de coffre ou de meuble d'appoint.
Le lit faisait face à la fenêtre la plus large. Celle du milieu. Et j'y dormais souvent seul.
Je m'y étais parfois réveillé accompagné. Mais cette nuit-là, il n'y avait personne.
J'ai fait deux pas dans la pièce avant de sentir mes jambes et le sol se dérober.
Le temps d'arriver dans la cuisine pour chercher les numéros d'urgence, je m'étais évanoui.

La nuit permet des rencontres improbables.
J'avais fraternisé avec une bande de Colombiens qui était fort sympathique.
Que je croisais régulièrement à la même adresse. Et qui put frayer jusqu'à l'appartement.
Un matin, l'un d'eux avait même laissé un CD avec une programmation salsa faite pour moi.

Carlos n'était pas là. Il avait un beau sourire. Et des yeux plus sombres qu'une nuit sans lune.
Des gens que je n'aurais jamais croisés sur les sentiers diurnes. Un cadeau du whisky.

Ici, le studio était vide. Et l'espace de quelques secondes, je l'avais déserté moi-même.
Je ne suis pas sorti du corps nu qui est tombé sur le carrelage blanc de la cuisine.
Le mien. Qu'aucune force n'avait été capable de maintenir debout.
Revenu à moi, je me suis traîné jusqu'au téléphone pour appeler SOS Médecins.
Avant de m'endormir. Profondément. Sans craindre de mourir.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Relancer la machine

Publié le

Il faut une raison d'y croire et d'avancer.
Que tu me dises que nous sommes ensemble.
Que nous sommes amoureux et qu'il y a un avenir.
N'est-ce pas ce que je demandais pour amorcer la boucle ?
Celle du printemps. De l'été en suivant. La fameuse bascule.
Un nouveau souffle en effet. La conviction que je ne suis pas seul.
Je ne demandais que cela. Que tu me dises que tu es avec moi.
De façon détournée, à ta façon, finalement, tu as fini par le dire.
Cela a nécessité bien des circonvolutions et des détours.
Mais au dernier moment, dans l'escalier, les choses ont été dites.
Des mots précis ont été soigneusement évités, une fois encore.
Et je ne te le reprocherai pas. Tu as le choix des mots.
Et si ceux auxquels je pense ne sont pas ceux qui conviennent
pour exprimer ce que tu ressens pour moi, je te laisse juge.
Je ne me formaliserai pas. Quand les mots valent moins que les actes.
Et que ceux que tu as choisis ont répondu à mes questionnements.
Il fallait d'abord j'imagine faire le point sur mon honnêteté. Ma loyauté.
Ma sincérité. Ou ma fidélité pour tout dire. Et j'ai tâché d'être précis.
Pas pour te rassurer mais pour expliquer ma démarche et mon fonctionnement.
Et c'est tant mieux si l'exposé te rassure. S'il te prouve que je ne joue pas.
S'il arrive à te convaincre que je ne te cache rien et que je ne me moque pas de toi.
Ma vie est faite d'inconstances. Permises parce que je suis constant avec toi.
Quand tu es la seule chose solide et pérenne dans le foutoir de mon existence.
Ainsi donc il fallait commencer par parler. Ou plutôt, me faire parler.
Un exercice qui n'est pas passionnant pour moi qui connaît la réalité de mon quotidien,
mais que je sais nécessaire, et auquel je me prête sans protester quand je sais tes angoisses,
ta paranoïa, entre autres névroses que je partage largement, assez pour comprendre
que tu puisses avoir besoin d'éclaircir tous les points qui t'inquiètent.
Le temps s'est allongé entre nous. Et bien des doutes ont eu la place de s'y engouffrer.
Je n'ai pas été étonné qu'il faille les aborder l'un après l'autre. Je l'ai fait volontiers.
Sans me sentir soupçonné ni blessé comme j'ai pu l'être au tout début de notre histoire.
Aujourd'hui, j'écrirais plutôt " si tu ne me crois pas, reste... écoute-moi, je vais te dire... "
au lieu des horreurs qui venaient te donner un coup de griffe à mon amour outragé.
Je connais mieux ce qui te tourmente. Je peux même l'anticiper désormais. 
Et je suis heureux de pouvoir prendre mon mal en patience sans que cela ne m'agace.
Quand j'ai moi aussi mes requêtes et mes besoins d'être rassuré à mon tour.
Peu importe les mots que tu dis, ou ceux que tu ne dis pas.
Lorsque tu m'as fait la grâce de ne pas me laisser quinze jours sans réponses.
En me disant in extremis, au moment de partir, ce dont j'avais besoin pour continuer.
Des mots simples qu'il est bon d'entendre de temps en temps pour ne pas perdre pied.
Des mots indispensables, qu'il faut répéter, régulièrement, lorsque tout change vite.
Puisque, tu l'as dit toi-même, ce qui fut dit il y a deux ans, il y a six mois, il y a trois semaines,
n'est peut-être plus d'actualité, et que précisément, c'est bien de cela qu'il s'agit.
Si tu as besoin que je renouvelle chaque fois la promesse que je ne te trompe pas,
que je ne te mens pas, j'ai besoin moi aussi de savoir où nous en sommes, où tu en es.
Puisque nous savons toi et moi que l'amour s'éteint vite, que le vent tourne vite.
Et j'ai la même faiblesse que toi, d'avoir besoin d'entendre les choses.
Et d'être rassuré. D'être certain que l'autre ne se moque pas de nous.
Merci d'avoir accepté de formuler le minimum vital. D'avoir relancé la machine.
Puisque tu devais avoir conscience qu'il fallait tout de même le faire
pour ne pas me perdre en route, pour éviter que je m'épuise sur la distance.
J'ai fait le deuil des grandes déclarations d'amour depuis longtemps.
Quand je ne sais toujours pas ce qui te plaît chez moi.
Mais je dois reconnaître qu'il y a bien quelque chose. Par force.
Puisque nous nous voyons toujours. Toujours avec la même émotion.
Et que les doutes comme les phobies ne suffisent pas à nous séparer.
Même mal installé dans le lit, ton étreinte est la meilleure chose au monde.
Mon sexe réagit sans doute. Quand mon cœur s'emballe immédiatement.
A reconnaître ton odeur. Celle de ta peau et de tes cheveux.
Ta tête sur ma poitrine. Et j'aimerais, même dans une position inconfortable,
que cela dure toute la nuit, toute la vie, et cela a duré. Voluptueusement.
Les mots auxquels je pense, tu me les as dits un soir, à la veille de mon départ pour Paris.
Ce n'était que décembre. Ce n'était pas si loin. Il s'est passé bien des choses depuis.
Et tes sentiments ont peut-être changé, aux incidents qui se sont produits en cours de route.
Mais j'ai tes yeux mon amour. Qui cherchent encore la foutue pièce manquante du puzzle.
Ce regard magnifique dont je ne me lasserai jamais.
Qui me fait chialer ici à sa seule évocation.
Que tu tiennes à moi est déjà beaucoup. Que je sois dans ta vie déjà inespéré.
Et je ferai ce qu'il faut pour que tu retrouves la conviction que tu avais avant Paris.
Pour que tu retrouves la certitude de ce sentiment que tu avais pour moi.
Et la confiance. Quand l'un ne va pas sans l'autre. Que c'est la même chose.
Je ferai ce qu'il faut mon amour. Pour que tu aies la mesure de ce qui me traverse.
Que tu comprennes ce que tu es pour moi. Comment je te considère.
Même si tout ce que j'écris ne suffit pas. Je trouverai autre chose. Un autre moyen.
Quand je veux revoir ce regard. Sentir ta tête sur ma poitrine. Te serrer contre moi.
Le sexe est un détail. Quand nous aimons tous les deux quelque chose de plus rare.
La sensualité. La complicité. L'intimité en somme. Pouvoir nous confier l'un à l'autre.
Pour me faire plaisir il y a eu cette étreinte. Qui valait mieux que ce que tu m'as proposé ensuite.
J'avais eu mieux. A ce moment soudain où tu as couvert mon corps allongé sur le lit.
Sentir ton souffle dans mon cou. Ta bouche sur ma barbe. Et deux cœurs battre. Voilà.
J'ai pu te retrouver à cet instant. Reconnaître ta chaleur. Aussi vraie qu'aux regards intacts.
Et j'avais la réponse du corps aux doutes que j'avais, avant même celle des mots.
Je ne suis pas tout seul. Tu ne m'as pas oublié. Et j'embrasse la suite.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Enfin mars qui bascule

Publié le

Le carillon qui déploie sur la place sa mélodie de boîte à musique,
n'a pas dans mes fenêtres ouvertes, la niaiserie des chants de Noël,
lorsque des voix d'enfants mêlées aux gazouillis d'oiseaux dans mon arbre,
m'indiquent que nous sommes déjà au printemps.
J'ai senti sur ma peau une température acceptable à la sortie de la douche,
comme à celle de la salle de bains, sans chauffage, et le linge sèche vite,
et mes cheveux aussi, me confirmant que quelque chose a finalement changé.
Mon corps se réveille. Mon désir avec lui. Et, outre le sexe, des envies se mobilisent.
Participant au plaisir de se tirer du lit le matin. Avec une ivresse que je reconnais.
Des affiches annoncent déjà les processions de la Semaine Sainte.
Mon amour, il va falloir trouver une solution à ce qui n'est pas un problème.
Si tu ne peux satisfaire mon appétit avec toi, il me faudra trouver d'autres nourritures.
Quand les projets ne sauront seuls apaiser la boulimie de la chair qui se prépare.
Je n'ai pas l'intention de compenser avec la bouffe, quand je manque déjà de tabac.
Et ce qui grouille de façon souterraine dans l'air viendra bientôt m'envahir si ce n'est déjà fait.
Ma vieille carcasse, je le sais, va oublier bientôt son âge et ses dysfonctionnements,
voudra fixer ses tensions à son besoin d'exulter, sur un objet résolument complice,
qui, d'une façon qui n'aura pas à être obligatoirement physique, devra m'accompagner.
Raccord avec le réveil de la nature, des arbres, et des dispositions amoureuses,
il faut que tu sois au rendez-vous, ou que nous passions à autre chose.
Aux forces que je convoque, à celles qui se lèvent d'elles-mêmes,
je ne veux pas te perdre en route, tiens à te garder au centre du dispositif,
quand je ne peux imaginer faire de toi un accessoire périphérique.
Tu ne saurais être un élément en marge, même participant vaguement à l'équilibre.
Une donnée qui contribuerait de loin, parmi d'autres, au bien-être attendu.
Comme pourraient l'être le sport ou les voyages, le shopping ou des séances d'UV. 
Non. Je ne saurais te reléguer aux postes secondaires ou aux simples loisirs. 
Je te veux au centre de l'organigramme. A la tête de l'entreprise.
Au rang où l'on situe les fonctions vitales de l'activité professionnelle,
des relations amicales et familiales, indispensables à l'épanouissement personnel.
Je compte sur toi pour me donner le change, sans que cela ne te coûte.
Pour estimer que la place que l'on se donne l'un à l'autre reste une condition au bonheur.
Au virage où l'euphorie du monde, sur la pente de l'été, inspire l'absolu, veut de l'intensité.
Il y eut des relâchements permis au temps des nuits trop longues et de l'hibernation.
Quand je sens au regain d'énergie que des besoins furieux devront être satisfaits.
Quelque chose a changé. Dans l'air. Dans la lumière. Nous glissons vers juillet.
J'aspire aux nouveaux souffles. Aux horizons solaires. Aventures et conquêtes.
Retrouver l'incendie. La force du coup de foudre. La foi. La conviction.
Il faut que tu me dises que je ne suis pas seul. Que nous sommes ensemble.
Que nous sommes amoureux. Qu'il y a un avenir.
Quand les jours qui arrivent souffleront sur mes braises.
Les flammes vont repartir. Sur le chemin des plages. Aux chaleurs estivales.
Et c'est pour toi encore, que je veux crépiter, flamber, me consumer,
faire des étincelles, faire feu de tout bois, fertiliser la terre.
Au carillon qui chantonne, je perçois la bascule, dans mes fenêtres ouvertes.
Nous avons nos projets, et la douceur de mars vient les rendre accessibles,
quand ce qui était effort peut paraître plus facile, aux corps qui se réveillent
aux aurores limpides de ces jours qui s'allongent, aux promesses de saison.
Renouvelons nos vœux. Et je signe sur-le-champ. Reconduis aussitôt.
Jusqu'au prochain automne. Avec la même fougue que trois années plus tôt.
Pour nous porter l'un l'autre dans nos vies respectives.
Eclairer tous les choix que je ne pourrais faire uniquement pour moi-même.
Accepte d'être l'objet, le moteur, même discret, même secret, de mes initiatives,
des combats que je mène, de ma rage de vivre et de réaliser.
A cet appétit d'ogre que je sens se lever dans mon ventre encore vide.
Je pourrai tout construire et matérialiser si je peux nous rêver.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Le goût du dentifrice

Publié le

C'est le noir qui s'en va ou le jour qui arrive.
Les vitres vont virer. Ça monte de partout.
Du bitume. Du trottoir. Du sous-sol. Ou du fond de la rue.
Et j'ai des cordes en moi qui se soulèvent ensemble, d'un même mouvement.
L'orchestre symphonique. Amplifiant la lueur qui ne fait plus que poindre.
Elle envahit l'espace. Elle dévore le ciel. La chaleur obsédante qui vient tacher le film.
Ça se répand. C'est l'huile dans le vinaigre. L'onde de choc. Le souffle d'une explosion.
Et les cors progressent avec d'autres cuivres étincelants. Faisant lever la pâte.
Le clapotis tranquille de la nuit cède sa place aux vagues qui écument.
Qui s'amassent en grondant. Prenant de la force comme de l'altitude.
Au soleil qui se lève, ce sont des déferlantes qui viendront aveugler le rivage.
Aux couleurs incendiaires qui mordront l'horizon et ses nappes de brume.
Le monde se déroule au pied de l'ascension de ce magma céleste.
Quand d'autres sont au soir, s'enfoncent dans la nuit,
l'orchestre ici fait monter de la lave jusque dans les nuages.
Ça nous lève une paupière. Et puis l'autre. On se frotte les yeux.
Quand c'est la ville entière qui s'étire au passage endormi d'un premier autobus.
C'est le noir qui s'en va ou le jour qui arrive.
Postillons de radios qui grésillent de bulletins météo, des titres de l'info,
quand les bouilloires sifflent, aux borborygmes disgracieux de la cafetière embuée,
au grille-pain qui sursaute, sur une odeur de beurre, l'œil vitreux sur Facebook.
Les vapeurs de la douche. Le goût du dentifrice. Et la première clope.
Le néon de la cuisine. Aux fenêtres qui s'ouvrent. Aux noirceurs qui reculent. 
A la nuit qui s'enfuit très loin sur l'Atlantique pour gagner l'Australie et la baie de Hong Kong.
Les oiseaux se sont tus. Quand le son s'humanise de moteurs de bagnoles et de circulation.
Il y a une grisaille blanche qui se pointe de bleu. Des variations étranges qui semblent hésiter.
Le monde se déroule au pied d'une lumière qui ne cesse de hurler son urgence immédiate.
S'entortille au coton du drap qui m'enveloppe. Ignorant les timbales de l'orchestre cosmique.
Je gagne une autre rive au silence immobile qui se fige dans l'arbre.
C'est le jour qui arrive à ma nuit qui s'en va. Que je laisse partir.
Et ne regrette pas.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Essaye encore

Publié le

C'est un mot qui suit l'autre.
Sans jamais le rattraper.
La chaîne conduit des idées qui semblent se préciser.
J'y travaille. Cherche à affiner la pensée.
Un travail quotidien. Pour lequel je ne suis pas payé.
Si ce n'est par le bien que ça fait.
C'est un mot qui suit l'autre.
Qui me dit d'où je viens, où je vais, qui je suis.
Le monde que j'explore. Semblant de vérité.
Que je cherche à atteindre. Qui habite mes nuits.
Et que je peux cerner dans le cadre d'un écran.
Mais qui à l'aube où je m'éteins, finit par m'échapper...

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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La vie est belle

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La vie est belle. J'en suis conscient.
Je suis vivant. Heureux et amoureux. Le printemps s'en vient.
Je me remets en selle. Je reconnecte. Je manœuvre ma barque.
En bonne santé. En bonne compagnie. Que demander de plus ?...
Et pourtant, je n'arrive pas à desserrer l'étau.
Cette mâchoire qui m'écrase la tête et la poitrine.
Il y a quelque chose à déchirer quelque part. Quelque chose à casser.
Quelque chose à gagner peut-être. Ou à aller chercher.
Me battre contre le tabac est une plaie béante. Ou une enclume.
Quand je traîne d'autres boulets que je ne parviens pas à identifier.
Le dernier mois de ma trentaine, ça aussi, bien sûr, ça peut jouer.
J'essaie de respirer profondément. De sentir le monde autour de moi.
J'essaie de sortir de mon corps. De prendre de la hauteur.
Qu'est-ce qui m'en empêche ?...
Je brûle de me faire un café. A deux heures du matin.
Je me brûle les mains. Je me brûle la langue.
Je me brûle les mots.

Mes amis. Que j'adore. Les présents. Les absents.
Ont leurs propres problèmes. Des choses à résoudre.
Ils m'en parlent et j'écoute. Et je suis en colère.
De n'avoir pas la force de donner du soleil sur toutes ces parts d'ombre.

Je devrais briller, rayonner, leur donner de la joie, l'optimisme et l'espoir.
Consoler au besoin. Dégager le terrain. Ouvrir des perspectives.
Mais je suis embourbé et je sombre moi-même sans pouvoir les aider. 
Mes amis adorables. Pour le temps d'un café. Pour le temps d'un dîner.
Mais à ma case départ la nuit se fait bien lourde.
Je fais bouillir de l'eau.

Je fais bouillir des mots. Qui me brûlent les doigts.
Réfléchir est aisé avec de l'oxygène.
Je ne respire plus sur le filtre de mes clopes.
J'ai besoin de pensées. J'ai besoin d'un cerveau.

Quand le noir qui se fait n'a pas de raison d'être.
Pour ceux qui m'aiment comme pour moi-même, je dois ouvrir.
Et sous mes ongles, la peau est incisée. Avant que je n'écarte.
Pour ouvrir l'abdomen. Extirper les tumeurs qui prolifèrent.
Les arracher de mes mains. Et les rendre aux ténèbres.
C'est le devoir que je m'impose.
Voir que je suis en bonne santé. Heureux et amoureux.
Apprécier la chance que c'est d'être vivant. D'être là pour le dire.
La chance que j'ai de vous avoir. De vous écrire. De vous aimer.
Comme l'eau fait des merveilles. Comme le café est bon.
Comme le printemps est un ravissement promis.
Et comme la nuit est douce si on veut la vivre ainsi.
Elle l'est à ma seule persuasion.
Penser à toi m'aidera à l'écrire
tout comme à m'en convaincre.

La vie est belle. Nom de Dieu.
Et je pèse mes mots.
Elle est belle à chialer de bonheur.
De l'émotion splendide de tous les rescapés.

Elle est belle à pleurer comme à mourir de rire.
Et j'emporte le morceau. Du cœur et du cerveau.
Pour renaître à moi-même ou revenir vers vous.
A qui je dois, je me l'impose, la dignité, l'espoir et l'optimisme.
Le soleil ou la pluie dont vous aurez besoin.
Je vous aime plus que moi. Je vous aime plus que tout.
Quand l'élan que je prends d'où qu'il vienne me dépasse.
Je suis plus grand que moi. Je vaux sans doute mieux.
Et ça n'a plus d'importance au regard de ce monde
qui est si bouleversant, étrange, hallucinant,
que l'on peut s'y oublier et y prendre des vacances.
Bientôt, c'est le printemps. Bientôt, c'est quarante ans.
Et je pourrai aimer manger, boire et dormir.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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