Relancer la machine
Il faut une raison d'y croire et d'avancer.
Que tu me dises que nous sommes ensemble.
Que nous sommes amoureux et qu'il y a un avenir.
N'est-ce pas ce que je demandais pour amorcer la boucle ?
Celle du printemps. De l'été en suivant. La fameuse bascule.
Un nouveau souffle en effet. La conviction que je ne suis pas seul.
Je ne demandais que cela. Que tu me dises que tu es avec moi.
De façon détournée, à ta façon, finalement, tu as fini par le dire.
Cela a nécessité bien des circonvolutions et des détours.
Mais au dernier moment, dans l'escalier, les choses ont été dites.
Des mots précis ont été soigneusement évités, une fois encore.
Et je ne te le reprocherai pas. Tu as le choix des mots.
Et si ceux auxquels je pense ne sont pas ceux qui conviennent
pour exprimer ce que tu ressens pour moi, je te laisse juge.
Je ne me formaliserai pas. Quand les mots valent moins que les actes.
Et que ceux que tu as choisis ont répondu à mes questionnements.
Il fallait d'abord j'imagine faire le point sur mon honnêteté. Ma loyauté.
Ma sincérité. Ou ma fidélité pour tout dire. Et j'ai tâché d'être précis.
Pas pour te rassurer mais pour expliquer ma démarche et mon fonctionnement.
Et c'est tant mieux si l'exposé te rassure. S'il te prouve que je ne joue pas.
S'il arrive à te convaincre que je ne te cache rien et que je ne me moque pas de toi.
Ma vie est faite d'inconstances. Permises parce que je suis constant avec toi.
Quand tu es la seule chose solide et pérenne dans le foutoir de mon existence.
Ainsi donc il fallait commencer par parler. Ou plutôt, me faire parler.
Un exercice qui n'est pas passionnant pour moi qui connaît la réalité de mon quotidien,
mais que je sais nécessaire, et auquel je me prête sans protester quand je sais tes angoisses,
ta paranoïa, entre autres névroses que je partage largement, assez pour comprendre
que tu puisses avoir besoin d'éclaircir tous les points qui t'inquiètent.
Le temps s'est allongé entre nous. Et bien des doutes ont eu la place de s'y engouffrer.
Je n'ai pas été étonné qu'il faille les aborder l'un après l'autre. Je l'ai fait volontiers.
Sans me sentir soupçonné ni blessé comme j'ai pu l'être au tout début de notre histoire.
Aujourd'hui, j'écrirais plutôt " si tu ne me crois pas, reste... écoute-moi, je vais te dire... "
au lieu des horreurs qui venaient te donner un coup de griffe à mon amour outragé.
Je connais mieux ce qui te tourmente. Je peux même l'anticiper désormais.
Et je suis heureux de pouvoir prendre mon mal en patience sans que cela ne m'agace.
Quand j'ai moi aussi mes requêtes et mes besoins d'être rassuré à mon tour.
Peu importe les mots que tu dis, ou ceux que tu ne dis pas.
Lorsque tu m'as fait la grâce de ne pas me laisser quinze jours sans réponses.
En me disant in extremis, au moment de partir, ce dont j'avais besoin pour continuer.
Des mots simples qu'il est bon d'entendre de temps en temps pour ne pas perdre pied.
Des mots indispensables, qu'il faut répéter, régulièrement, lorsque tout change vite.
Puisque, tu l'as dit toi-même, ce qui fut dit il y a deux ans, il y a six mois, il y a trois semaines,
n'est peut-être plus d'actualité, et que précisément, c'est bien de cela qu'il s'agit.
Si tu as besoin que je renouvelle chaque fois la promesse que je ne te trompe pas,
que je ne te mens pas, j'ai besoin moi aussi de savoir où nous en sommes, où tu en es.
Puisque nous savons toi et moi que l'amour s'éteint vite, que le vent tourne vite.
Et j'ai la même faiblesse que toi, d'avoir besoin d'entendre les choses.
Et d'être rassuré. D'être certain que l'autre ne se moque pas de nous.
Merci d'avoir accepté de formuler le minimum vital. D'avoir relancé la machine.
Puisque tu devais avoir conscience qu'il fallait tout de même le faire
pour ne pas me perdre en route, pour éviter que je m'épuise sur la distance.
J'ai fait le deuil des grandes déclarations d'amour depuis longtemps.
Quand je ne sais toujours pas ce qui te plaît chez moi.
Mais je dois reconnaître qu'il y a bien quelque chose. Par force.
Puisque nous nous voyons toujours. Toujours avec la même émotion.
Et que les doutes comme les phobies ne suffisent pas à nous séparer.
Même mal installé dans le lit, ton étreinte est la meilleure chose au monde.
Mon sexe réagit sans doute. Quand mon cœur s'emballe immédiatement.
A reconnaître ton odeur. Celle de ta peau et de tes cheveux.
Ta tête sur ma poitrine. Et j'aimerais, même dans une position inconfortable,
que cela dure toute la nuit, toute la vie, et cela a duré. Voluptueusement.
Les mots auxquels je pense, tu me les as dits un soir, à la veille de mon départ pour Paris.
Ce n'était que décembre. Ce n'était pas si loin. Il s'est passé bien des choses depuis.
Et tes sentiments ont peut-être changé, aux incidents qui se sont produits en cours de route.
Mais j'ai tes yeux mon amour. Qui cherchent encore la foutue pièce manquante du puzzle.
Ce regard magnifique dont je ne me lasserai jamais.
Qui me fait chialer ici à sa seule évocation.
Que tu tiennes à moi est déjà beaucoup. Que je sois dans ta vie déjà inespéré.
Et je ferai ce qu'il faut pour que tu retrouves la conviction que tu avais avant Paris.
Pour que tu retrouves la certitude de ce sentiment que tu avais pour moi.
Et la confiance. Quand l'un ne va pas sans l'autre. Que c'est la même chose.
Je ferai ce qu'il faut mon amour. Pour que tu aies la mesure de ce qui me traverse.
Que tu comprennes ce que tu es pour moi. Comment je te considère.
Même si tout ce que j'écris ne suffit pas. Je trouverai autre chose. Un autre moyen.
Quand je veux revoir ce regard. Sentir ta tête sur ma poitrine. Te serrer contre moi.
Le sexe est un détail. Quand nous aimons tous les deux quelque chose de plus rare.
La sensualité. La complicité. L'intimité en somme. Pouvoir nous confier l'un à l'autre.
Pour me faire plaisir il y a eu cette étreinte. Qui valait mieux que ce que tu m'as proposé ensuite.
J'avais eu mieux. A ce moment soudain où tu as couvert mon corps allongé sur le lit.
Sentir ton souffle dans mon cou. Ta bouche sur ma barbe. Et deux cœurs battre. Voilà.
J'ai pu te retrouver à cet instant. Reconnaître ta chaleur. Aussi vraie qu'aux regards intacts.
Et j'avais la réponse du corps aux doutes que j'avais, avant même celle des mots.
Je ne suis pas tout seul. Tu ne m'as pas oublié. Et j'embrasse la suite.
Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan
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