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Terre du solaire

Publié le

Il ne manque pas de sable sur la côte. Puisque nous sommes un département côtier.
Qu'au-delà des galets aux reliefs des Albères achevant les Pyrénées dans la mer,
dans les anses de Collioure, nous avons de longues plages de sable jusqu'à Leucate.
Il en faut pour accueillir les touristes, assez pour qu'ils puissent s'allonger au soleil,

mais je pense à la silice qui dort, à cette mine d'or qui n'est pas exploitée.
Le silicium, ça tombe bien, est le composant des cellules photovoltaïques.
Il y eut un épisode où la production de panneaux solaires fut encouragée.
Mon département est dans le top 10 des départements métropolitains où l'on compte
le plus grand nombre d'heures d'ensoleillement à l'année d'après Météo France.
Et s'il était évident que la tramontane était une source d'énergie à exploiter,
nous nous étions précipités dans ce qui s'est hélas avéré n'être qu'une bulle.
L'Etat avait pris des dispositions, et l'effet d'aubaine a impulsé la création d'entreprises,
trop artificiellement sans doute, lorsque les équipements ont eu le temps de se multiplier,
dont certains d'envergure, quand on pense à la grande et longue vague de mille panneaux
posée sur les six énormes cubes de la Gare TGV El Centre del Mon, ou mieux encore,
à la centrale du marché international de St-Charles, qui a couvert tous ses bâtiments
de 97.000 ardoises photovoltaïques, assurant une puissance de 9 MW (9 millions de watts)
faisant de la structure le plus grand dispositif intégré à du bâtiment au monde.
Boostée à la sortie du Grenelle de l'environnement en 2007, la filière fut étranglée aussitôt.
Après avoir encouragé son développement, on sait le désastre qui a suivi ensuite,
quand on a abandonné en cours de route autant d'entrepreneurs que d'investisseurs,
sous la pression vraisemblable du lobby nucléaire. Le gouvernement avait fait volte-face.
Un revirement vécu par les 25000 personnes employées dans le secteur comme une trahison.
Les gouvernements François Fillon sont derrière nous. Nicolas Sarkozy a été battu.
Et je me réjouis d'avoir lu dans le Monde en janvier dernier que Delphine Batho,
Ministre de l'Ecologie du gouvernement Ayrault, avait à cœur de relancer la filière.
Nous avons bien eu le sentiment, pendant la campagne présidentielle,
que le candidat Hollande n'était pas aussi libre vis-à-vis d'Areva et du nucléaire
que l'aurait souhaité Europe Ecologie Les Verts par exemple, et le contraire,
quand le nucléaire reste un fleuron de notre industrie, aurait été suspect je suppose.
Mais nous prenons acte que des "mesures d'urgence" ont été prises le 7 janvier,
pour augmenter la capacité de la filière du photovoltaïque, lorsque nous voyons bien
l'ampleur de la difficulté lorsqu'il faut faire front contre une double concurrence :
la concurrence internationale, lorsqu'on sait la détermination des Américains et des Chinois,
et la concurrence intérieure entre filières, lorsque le nucléaire veut conserver son monopole,
et qu'il est à regretter sans doute aussi une concurrence entre énergies renouvelables.
Mais faut-il forcément attendre de l'Etat une politique industrielle ordonnée et opérationnelle ?
Faut-il attendre que les sociétés de monopole se décident à faire autre chose que communiquer
sur leur conscience environnementale, investissent véritablement sur les énergies dites vertes,
pour nous organiser sur des territoires, comme nous pourrions le faire dans mon département,
quand nous avons toutes les matières et compétences pour assurer l'entièreté de la chaîne
de production et de distribution ? Je me pose la question.
Si l'Etat et Areva ne nous aident pas à le faire. D'autres le feront.
Soleil, silice, savoir-faire, financements... que manque-t-il ? Des alliances ? Faisons-les.
Quitte à débaucher des armées d'avocats et de juristes pour contourner les obstacles.
Avec le vent, le soleil et la mer, les Pyrénées-Orientales peuvent être en pointe dans le secteur.
Lorsque la Catalogne espagnole a peut-être un rôle à jouer pour garantir notre indépendance,
et que l'aide sera toujours la bienvenue, d'où qu'elle vienne.
Pour le solaire, nous avons des installateurs comme Sima Energie ou Solartis.
Mais dans le meilleur des mondes, nous n'importerions pas des panneaux fabriqués à l'étranger. 
Et, avec ou sans l'Etat, avec ou sans la Région, nous devrions pouvoir assurer et assumer ici,
en Roussillon, totalité ou majeure partie de la chaîne industrielle.
Outre les cellules et le silicium qui les compose, les éléments nécessaires sont les suivants :
verre trempé, éthylène vinyle acétate, tedlar et cadre aluminium. So what ?...
Nous ne devrions pas avoir besoin des Chinois pour cela, et compenser certains coûts
en économisant ceux de l'importation par exemple, quand les emplois comme la richesse créés
sont les seuls indices à considérer dans la période absurde dont nous devons sortir d'urgence.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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D'un corps à l'autre

Publié le

J'étais dans le ventre de ma mère.
Devenue orpheline. Qui avait perdu son père.
Quand ma conception fut la revanche sur le deuil.
Oui, je tiens le stylo comme ce grand-père. Que je n'ai pas connu.
Et je porte la parano de ma mère qui fut blessée à vie par un père infidèle.
Cet homme avait une maîtresse. Et ma mère l'a su. Ma mère les a vus.
Angèle. Maman. Tous les hommes ne trompent pas leurs épouses.
Lorsqu'en l'occurrence, ta mère était au courant, ton père ne se cachait pas.
Et qu'il y a des chances pour qu'il y ait eu une sorte d'arrangement.
Tu es née en 1936. Trop âgée pour monter sur les barricades de 68.
Mais tu as fait un mariage d'amour. Avec cet homme qui est mon père.
Plus beau que mon frère et moi réunis. Qui t'aimait comme un fou.
Je n'ai pas hérité de ta seule méfiance. J'ai hérité aussi de ton désir farouche.
Celui pour les histoires d'amour absolues et éternelles. Qui ne finissent pas.
Et je suis bouleversé à cette image de toi, inerte dans le lit d'une chambre,
dans les bras de mon père en sanglots effroyables, morte,
l'image de cet homme qui étreignait ton corps encore chaud,
au bout du couloir de la maison de Toulouse où tu avais vu le jour.
Mon frère et moi, qui avions dormi dans la maison mitoyenne,
avions été alertés par un coup de téléphone trop matinal pour être honnête.
Nous savions que cela devait arriver. D'un jour à l'autre.
Le parquet craque sous nos pas nerveux, rapides, quand nous courions presque,
pour découvrir cette scène surréaliste qui restera gravée jusqu'à ma propre mort.
Tu étais comme un pantin disloqué, une vieille poupée désarticulée, gisante,
enserrée dans les bras de cet homme qui avait été impuissant à te retenir.
Tu t'étais évaporée de toi peu avant qu'il n'ouvre l'œil.
Lui qui avait dormi avec toi, cette nuit-là encore, comme toutes les nuits.
Et j'ai été émerveillé que l'on puisse mourir dans les bras de l'amour de sa vie.
Merci pour ce que papa et toi m'avez démontré ensemble ce matin-là.
Au sol qui s'est dérobé sous mes jambes en voyant de mes yeux que tu n'étais plus rien,
quelque chose a détourné mon attention et m'a fait regarder vers le plafond.
Quelque chose d'instinctif, ce réflexe que l'on a lorsqu'on se sent observé.
Il n'y avait rien à voir. Le plafond de la chambre n'était que le plafond de la chambre.
Quelqu'un a séparé mon père de ton corps pour l'emmener ailleurs.
Ce corps que j'ai touché, conscient que tu n'y étais plus.
Et je fus bouleversé à nouveau en découvrant que ton dos était encore en nage.
Sans être expert, j'ai compris que c'était vraiment du peu. Et j'ai relevé les yeux.
Cette fois, avec l'idée de te regarder nous regarder nous éloigner de toi.
Merci maman pour cette leçon de vie. L'amour peut durer toute la vie.
Et à tes discours de mère, lorsqu'il nous arrivait de parler des relations humaines,
de ce que c'est d'aimer, de vivre à deux ou de vieillir ensemble,
tu m'as laissé en partant la preuve indiscutable que tu avais raison.
On peut s'éteindre dans les bras de la personne que l'on aime
et que l'on a toujours aimée.

Je ne m'adresse pas à un ange ou à un fantôme.
Je m'adresse à toi qui es en partie inscrite dans mon ADN.
Puisqu'au-delà de la culture et de l'éducation, j'ai pris de ton patrimoine génétique.

Et tu vis partiellement en moi aussi longtemps que je serai sur cette terre.
Tu es donc bien placée pour savoir ce qui me traverse depuis quelques lunes déjà.
Aux premières loges pour découvrir dans mes yeux les yeux qui m'ont séduit.
Savoir qui fait battre mon cœur aussi fort avec autant de constance et d'émerveillement.
Dès la cabine téléphonique, toi, tu savais ce qui était en train de m'arriver.
Tu as su avant moi ce qui était en train de se jouer sur cette place Molière.
Et je soupçonne que ce regard, ce sourire, t'ont plu au moins autant qu'à moi-même.
Je n'ai pas à te dire ce que je ressens, quand tu sais mieux que moi de quoi il s'agit.
Comme tu sais dans les bras de qui désormais j'aimerais tant m'éteindre.
Le plus tard possible. C'est entendu. Mais oui. Quelle belle mort ce serait.
Pouvoir m'évanouir dans les bras de l'être aimé.
Le seul lieu où disparaître me paraît acceptable.
Ainsi tu es témoin que je ne triche pas. Que je suis sincère et transformé.
Que j'ai appris beaucoup sur la vie et moi-même depuis cette rencontre.
Comme je n'avais plus appris depuis ce matin blême où tu nous as quittés.
J'avais aimé avant. Tu le sais comme moi. Aussi sincèrement.
Mais n'avais pu nulle part atteindre un tel sommet de confiance et de certitudes.
Je pensais que rien n'était jamais acquis. Mais à cette histoire qui avance. Peu à peu.
Il y a une chose qui apparaît toujours plus davantage, toujours plus aveuglante.
C'est que cet amour qui grandit est de ceux qui ne s'éteignent jamais.
L'histoire pourra bien s'interrompre. Parce qu'on ne m'aimera plus.
Parce qu'on me quittera ou que la vie se chargera tôt ou tard de nous séparer.
Fatalement. Comme la tienne a dû s'interrompre au moment où il te fallut mourir.
Voilà une chose acquise. Un jour, mon amour et moi serons séparés. C'est un fait.
Mais celle qui s'est révélée dans ce regard et ce sourire à la cabine téléphonique,
te faisant réagir dans mon cerveau reptilien et dans mon sang peut-être,
c'est qu'il y a des amours qui ne meurent jamais.

Aux frissons dans mon avant-bras effleurant le sien dans notre première marche.
A l'érection tenace que je planquais sous ma besace envahi par un désir furieux.
J'avais beau essayer de me raisonner, mon corps m'imposait la logique des hormones.

Me criait que nous étions compatibles pour toutes les activités de l'ordre de l'intime.
Dans ma tête en pagaille, je tentais de lutter contre les informations qui arrivaient en masse.
Contre la déferlante que j'ai prise dans la gueule dès le premier regard.
Quand il me semblait urgent de suivre la conversation et dissimuler mon trouble.
Au distributeur de billets. Place de la République. Pour prendre un autre verre.
J'entends des paroles qui ouvrent mon crâne en deux et ma poitrine entière.
Oui. C'est curieux de rencontrer quelqu'un avec la sensation de se connaître depuis toujours.
Et je commence à oser espérer que quelque chose est possible. Que je ne suis pas seul.
Tu es témoin, maman, que le coup de foudre n'est pas une expression galvaudée.
Cette soirée ne pouvait avoir lieu qu'en été. Au cours d'un crépuscule qui aime s'éterniser.
A la chaleur, à la lumière, qui se retirent ensemble sans être certaines de vouloir s'en aller.
Quand à la terrasse de café, au pied du vieux théâtre, tout me semblait parfait.
Malgré cette part de moi-même qui était en panique et ne comprenait rien.
Qui s'arrachait les cheveux à tenter d'analyser toutes les données au plus vite.
Toi, avec ton expérience, tu étais rangée du côté de cette assurance olympienne.
La conviction que c'était la rencontre. Que j'avais attendue. Et que j'avais trouvée.
Qui là, en face de moi, répondait aux questions sans détourner les yeux.
Tardait à s'excuser de devoir prendre congé. L'histoire d'une vie.
Que trois cents textes brouillons ne peuvent pas décrire.
Je n'ai pas pensé à toi un seul instant. Mais tu étais présente.
Comme tu l'es, trente-trois lunes plus tard, à me regarder vivre.
Avancer sur le fil, avec plus de passion comme plus de sagesse.
Quand j'ai cru si longtemps les deux inconciliables.
Toujours plus amoureux. Etonnamment heureux.
Comme il semblait impossible de l'être.

S'il n'était pas fidèle, j'ai compris dans ce que tu m'en disais toi-même,
que ton père ne trompait pas ta mère, maman, bien qu'entretenant une maîtresse.
Tromper n'est pas aller voir ailleurs. Tromper, c'est se cacher de le faire.

Et la peur que tu m'as transmise, c'est celle de la trahison.
Qui est une peine plus atroce que celle de l'abandon.
Quand cette dernière est le lot de tout être humain condamné à mourir.
Etre abandonné n'est pas un problème quand nous sommes programmés pour l'être.
Et une vie entière n'est pas de trop pour apprendre et se préparer à cette fatalité.
Nous ne sommes pas le centre du monde. Il continuera sans nous.
La trahison en revanche est un échec cuisant. Même s'il est en creux.
Car la tragédie n'est pas dans le fait que quelqu'un nous trahisse.
Mais dans celui de n'avoir trouvé personne en qui pouvoir faire confiance.
Nous cherchons tous dans l'amour un amour aussi fort que celui de nos parents aimants.
Un amour aussi intense et inconditionnel. Aussi absolu qu'entre parents et enfants.
En te perdant, j'étais persuadé que c'en était terminé.
Personne ne pourrait désormais m'aimer comme tu m'as aimé. Jamais plus.
Et jamais plus, je ne pourrais aimer quelqu'un comme je t'ai aimée.
Bien sûr, il ne s'agit pas de sentiments de même nature. Fort heureusement.
Mais à ce désir de pouvoir retrouver la quiétude infinie que l'on pensait impossible
ailleurs que dans les bras d'une mère nourricière, il est bouleversant de trouver son abri,
dans un corps différent, de trouver le havre de paix où l'on ne craint plus rien.
J'ignorais quand tu es morte que la vie bienveillante préparait son effet.
Une deuxième chance. D'aimer et d'être aimé. D'être bien quelque part.
Au sein rassurant, protecteur, auquel on peut être soi-même.
Plus encore qu'à celui de sa mère. En toute sécurité. Et animalité.
D'autant qu'il y a le sexe. Et qu'il n'est permis de retourner dans le ventre de sa mère
qu'en en trouvant un autre, où pouvoir être seul, où pouvoir être libre, où pouvoir être enfin.
J'ai pris corps dans ton corps qui est redevenu poussière. Et c'est moi qui te porte.
Quand dans l'ordre des choses, les parents disparaissent en premier.
L'abandon, je connais. Et je ne le crains plus.
La trahison aussi. J'ai connu. Mais elle est dérisoire suivant de qui elle vient.
Et elle fait moins de mal que l'amour fait du bien aux sommets de confiance.
Quand au corps d'où l'on sort, nous sommes venus au monde,
on a trouvé celui par lequel en sortir.
C'est par toi que je suis né, et tu sais par qui je veux mourir.
Tu m'as tenu au premier jour comme l'amour de ma vie me tiendra au dernier.
Quand c'est le seul moyen de partir en confiance. En confiance et sans regrets.
A fermer les yeux dans les bras de la personne qu'on aime. Qu'on a toujours aimée.
Peu importe qu'on ne les rouvre jamais.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Deux mots sur trois

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Le vent se brise sur son nez comme à la proue du navire.
Les cheveux déployés comme une ample voilure ou bien mille oriflammes.
Elle avance en tête d'une armada colossale qui viendra tout engloutir et réduire en poussière.
La bouche ouverte sur l'émail éclatant de ses dents carnassières prêtes à tout dévorer.
Des vagues se soulèvent et s'éloignent du labour en montagnes d'écume.
Du chemin résolu qu'emprunte l'escadrille pour conquérir le monde.
La Liberté sans doute. Dépoitraillée. Guidant le peuple.

Brandissant une torche dans le port de New York.
Et qui n'a de rivale qu'en une créature d'égale cruauté et d'égales nuisances,
qui vient à sa rencontre avec la même fougue et la même violence,
le même aveuglement, mais aux forces contraires, nommée Egalité.
Et les deux dans leur lutte acharnée créent un phénomène
qui fait la condition d'un seul individu et du groupe en entier.
Au désastre chaotique apparaît l'équilibre.
Entre ce que l'on est et puis ce que nous sommes.
Quand les deux illusions se battent âprement pour une même cause.
Chacune avec leurs armes, elles servent la Justice,
qui est la seule soif qui fait de nous des hommes.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Pour l'Europe fédérale

Publié le

Le fédéralisme, ce n'est pas du libéralisme,
c'est de la démocratie.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Seychelles

Publié le

" Il me tarde les cocotiers et l'eau turquoise.
Ici, je commence à me faire chier grave... "
Le manège tourne lentement dans les éclats de lumière.
Le soleil sue à grosses gouttes sur la terrasse écrasée de chaleur.
" Par contre, il faut être blindé. Là-bas, la moindre pension, c'est 100 euros la nuit.
Mais c'est parfait pour se reposer. La nuit, tu n'as pas un bruit.
Si tu veux du bruit, c'est à toi de le faire... "
Le garçon me porte mon café et mon verre d'eau.
Ma tête basculée en arrière comme au bac à shampooing d'un salon de coiffure.
Les yeux fermés au bien que me fait la température de l'air.
" C'est où exactement ?... demande quelqu'un.
- Au large du Kenya, sur l'équateur. "
Un jeune homme fait asseoir son jeune chien dressé.
Il lui tend fermement un tissu tressé serré pour qu'il s'y fasse les dents.
La mâchoire du chiot se ferme comme un étau d'acier entre les poings de son maître.
La fontaine fait bruisser ses remous à gros bouillons scintillants sur le grès du dallage.
Des enfants s'éloignent des parents, échappent à leur surveillance, en courant sur la place.
Poursuivant des pigeons blasés qui courent plus vite qu'eux.
Il fait beau. Faute de cocotiers, les platanes sont magnifiques.
Après un bref tour d'horizon, je ramène mon visage au soleil.
Je n'irai pas aux Seychelles.
Où je n'ai rien à faire puisque tu n'y es pas.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Au coeur de moi

Publié le

Un tour à 100 mètres du Centre du Monde.
J'ai un enfant dans chaque main. Je marche comme un porteur d'eau.
Dans la cour de la galerie. Ambiance industrielle. Au milieu des phallus de Miquel Navarro.
Que personne n'a identifiés comme tels. L'air de rien. Dans notre tour de ronde.
Ce que nous cherchions n'est pas ici. Comme on pouvait s'y attendre.
L'ami Laurent veut voir la manifestation réunissant les éditeurs locaux.
Ce n'est pas à 100 mètres. Mais bel et bien au Centre du Monde que ça se passe.
Et nous voilà partis pour la nouvelle gare TGV et ses faux airs de Barcelone.
A la chaleur qui s'abat sur nous, je retrouve des odeurs de canicule.
J'aime cette épaisseur. De la chaleur dans la ville. Aux hydrocarbures saturés.
Barcelone de loin vient m'étreindre. Et je retrouve des sensations familières.

C'est une mère qui me prend dans ses bras. Où je me sens en sécurité.
Ok pour El Centre del Mon du livre. Organisé par le Centre Méditerranéen de Littérature.
Un nouveau festival. Sa première édition. Mais j'attends la deuxième partie. Promise.
La virée sur la côte. Nous irons à la plage. Nous irons voir la mer.
Quand j'en mourais d'envie.

J'imagine ton tee-shirt mouillé de transpiration. Que je retire.
Tes cheveux collés sur le front. Tu as besoin d'une douche.
Il y a une urgence sexuelle. Malgré la langueur, la fatigue, l'inconfort.

Un besoin de te mordre. De palper les muscles juteux et cette peau spongieuse.
Me délecter du nectar à ces fruits que je presse, dont je suis déjà ivre,
mélanger les sueurs compatibles, et autres sécrétions, aux plus beaux assemblages.
Tout ce qui vient de ton corps me plaît. Me correspond. Me transporte. M'ensorcelle.
Je suis shooté à tes empreintes, à tes hormones, à ta substance, à ta texture.
A ta salive que je veux dans ma bouche. Sur mon sexe. Mon visage.
Que je mange avec toi. Que je bois. Pour m'enduire de l'oubli, du plaisir, du présent.
Je te fais l'amour comme personne. Quand il ne s'agit pas d'un jugement de valeur.
Mais de cette réalité qui est toi, qui est moi, qui est nous, à cet instant donné.
Où nous créons le monde, l'existence terrestre, la condition des hommes,
et des forces célestes que d'autres appellent Dieu.
Je lèche ta peau luisante jusqu'au creux de l'aisselle.
Je peux lisser le poil. Savourer tes arômes. M'imprégner de ta chair.
Tu es Barcelone au mois d'août. La mer à Gibraltar. Et les soirées d'été.
Je vais goûter tes lèvres. Et je cherche ta langue. Veux aller plus profond.
M'enfouir dans ta poitrine. Sous toute ta surface. Pour m'enfuir de mon être.
Te rejoindre entièrement. Je suis shooté à toi. Et accro je le crains.

Sur la route de la plage, je peux rouler vers toi.
Dans le climat joyeux imposé par l'enfance comme par le ciel bleu.
J'ai tes yeux dans mes yeux. Ta chaleur dans la mienne. Et ta peau dans la peau.

Les enfants à l'arrière ont peut-être l'intuition que je ne suis pas seul.
Quand aux côtés du chauffeur, il se trouve qu'on est deux.
Je te porte dans mon crâne, dans ma gorge, comme dans mon poitrail.
Et dans la main ouverte passée par la fenêtre qui ne peut rien saisir de l'air ou la vitesse.
C'est la route des plages. Ou celle des vacances. Mon sourire est le tien.
Et je ne t'emmène pas à Canet, à St-Cyp, mais à Sainte-Marie, où j'ai eu tous les âges.
Au soleil, ce n'est pas une forme obséquieuse de pèlerinage.
Même si je fais passer l'ami Laurent par la rue des frégates et l'ancienne maison.
Que nous irons filmer les enfants sur la plage où j'ai pu l'être un jour.
Puisqu'aujourd'hui est aujourd'hui. Que tu es dans ma vie. Que je l'aime depuis.
Que j'aime mes quarante ans et regarde devant.
Les deux kids, dans leur monde, s'affairent dans les dunes.
Ils défient l'air marin et l'horizon sans bornes. Les couleurs éclatantes.
Avec une énergie à l'échelle de la mer et des rires splendides.
Mon ami sous le bras, j'ai d'autres armatures. Dont tant sont invisibles.
La plage paraît déserte. Je la passe au scanner de mon âme apaisée.
La découvre bondée d'absences qui me soulèvent jusqu'à toi.
Qui es le centre de mon monde. Et de toute ma vie.
Qui recommence ici comme à chaque seconde.
Sainte-Marie. Priez pour nous. Je n'aurai plus de temps pour ça.
Je suis droit dans mes bottes et toi au cœur de moi.
 
 
Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Piazzolla mon amour

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Trop tôt ce matin pour moi. Quand j'ai écrit cette nuit.
La nuit, c'est plus facile. Je peux me concentrer. A me déconcentrer.
M'abandonner vraiment. Ou vraiment me trouver. Mais sans interférences.
Je n'écris pas les mêmes choses la nuit et le jour. Qui sont deux dimensions.
Désolé. Je n'accompagnerai pas mon amie à Montescot.
Aux ateliers Montessori où elle veut conduire sa petite fille. Je dormirai.
Et j'ai dormi. Pas trop tard tout de même quand le soleil est venu me démanger.
Cinq heures peuvent suffire et je suis sur le pont.
Je me lève avec une envie féroce de café.
Je verrai mon amie demain matin peut-être. Nos horaires sont décalés.
Elle est une jeune maman. Je suis un vieux célibataire. Et j'écris toutes les nuits.
J'ai un rendez-vous téléphonique. Je dois avoir les idées claires. Du café.
Piazzolla mon amour... Le tango argentin. Des souvenirs d'écriture. De séances de travail.
Miguel Bosé dans le viseur. Ravi de mes propositions. Café 1930. Night-Club 1960.
La maison à la plage. Ste-Marie la mer. Ecouteurs aux oreilles. Piazzolla mon amour.
Je n'avais pas trente ans. J'écrivais des paroles sur Libertango et Oblivion.
Avec le blues au cœur d'une rupture atroce. Et me voici au Carré du Théâtre de l'Archipel.
Une décennie dans les dents. Pour ce concert de la pause-déjeuner. Piazzolla dans le ventre.
Les cheveux poivre et sel. Laetitia à mes côtés. Puisqu'elle sait ce que j'aime.
Ensemble, à Lisbonne, à l'Expo de 1998, comme à Londres, la même année,
nous avions découvert que nous aimions l'un et l'autre cette musique, et cette danse.
Alors voilà. A quarante ans, nous voici dans le public. Au programme : Piazzolla.
Nous nous verrons demain très chère. Trop tôt pour Montescot.
Je ne suis pas un jeune papa. Je suis un vieux loser.

" C'est votre fils ?...
- Oui.
- Comment s'appelle-t-il ?

- Alexandre.
- C'est sa fête aujourd'hui !
- Oui. "

Je ne peux pas savoir à quoi il ressemblerait. Ni à qui.
Puisque je n'ai pas rencontré sa mère. Qu'il n'est pas venu au monde.
L'expérience que j'ai des enfants, il est vrai, ne remplace pas une réalité quotidienne.

Je sais préparer un biberon. Le donner. Tenir un bébé. Changer des couches.
Je sais endormir un bébé. Un enfant de deux ans. De trois ans. De cinq ans.
Obtenir ce que les parents veulent. Rassurer quand il faut. Le modèle d'une mère.
Qui n'est pas le meilleur mais le seul. Le seul dont je dispose.
Je n'ai jamais été père mais j'ai été un fils.
" Pourquoi Alexandre ?...
- Parce que c'est le fils de Philippe. "

Un rendez-vous téléphonique. Dix ans plus tard, j'écris encore des chansons.
Des produits, culturels peut-être, mais qui n'en sont pas moins industriels.
Je ne fais pas dans l'artisanat. Je suis dans une chaîne de majors parisiennes.

Pour un marché national et international. C'est étrange de l'écrire.
Mais les relevés de la SACEM sont là pour me le rappeler.
Je pense à des réflexions que l'on me fait ici ou là. Bien sûr.
Je ne gagne pas ma vie. Quand je crée pourtant des richesses.
Entouré de gens qui gagnent un salaire dans les services ou le commerce.
Je ne gagne pas ma vie mais moi, messieurs-dames, je suis dans la production.
Et ça vaut la peine à mes yeux de faire un texte sur mesure pour cette interprète.
Que j'ai au téléphone. Quand elle n'est pas une chanteuse de bal du dimanche.
Il s'agit d'un produit qui sera distribué s'il est accepté sur le marché francophone.
Je n'ai pas fait d'enfants mais j'aurai fait des textes.
Et rencontré les gens que je rêvais de rencontrer.

Mieux encore. J'ai gagné leur estime.

Le café noir est servi sur la terrasse.
Piazzolla mon amour. Les platanes vigoureux sur le bleu du ciel.
Je vais prendre le soleil. Je vais prendre des forces. Et j'écrirai la nuit.

Quand Laetitia et sa fille dormiront. Comme des anges.
J'écrirai pour laisser quelque chose à ce monde.
Qui sera ma chair aussi vrai que si j'étais papa.
Quand au-delà de la création, écrire est aussi affaire de transmission.
Il y a juste que je n'ai pas à me lever pour aller à Montescot.
La nuit, je parle de mon amour. De l'amour de ma vie.
Qui prend toute la place que n'a pas prise un enfant.
Mon cœur est libre. Il paraît grand. Il y a de l'espace.
Et je ne suis heureux qu'amoureux.
Amoureux, je le suis. Je crois que vous l'avez compris.
Et je n'aime que l'amour d'égal à égal.

L'ami Laurent est papa. L'ami Cédric aussi.
Et cela ne nous a pas placés sur des planètes différentes.
Je suis libre d'aller à la terrasse du café de la Poste si ça me chante.

Me prendre le soleil en pleine poire. Respirer la verdure des platanes.
Quand cette liberté a un prix. Que j'assume sans faire chier mon monde.
Je m'accorde une pause entre deux conversations. Qui sont des séances de travail.
Cela peut faire sourire. Mais à ces échanges il y a des enjeux.
Et en dix ans de métier, même s'il ne me nourrit pas, je sais de quoi je parle.
Je ris à l'idée qu'on m'imagine oisif. Puisque je n'ai pas d'horaires de bureau.
Puisque je n'ai pas d'horaires d'atelier. De boutique. Ni d'enfants à faire manger.
Et je me demande comment certaines personnes doivent imaginer mes journées.
Se lever à midi, bien sûr, veut dire qu'il dort tout le temps.
Ce serait vrai si je me couchais à minuit plutôt qu'à sept heures du matin.
Est-ce qu'il regarde la télé ? Est-ce qu'il se branle ? Ah, si... il prend des photos.
Il passe sans doute ses journées sur Facebook et au café.
En fait... oui. Tout ça est vrai. Je regarde la télé. Je me branle. Je prends des photos.
Et je fais une pause en effet à la terrasse du café puisque je n'ai pas de jardin.
Que c'est l'endroit où je peux prendre le soleil. Le temps d'une demi-heure.
Quand ça ne peut pas être l'heure d'aller chercher les enfants à l'école.
Pas même ceux des autres. Puisque c'est les vacances.

Je ferme les yeux sur le Castillet.
Les cheveux poivre et sel. Je ronronne en silence.
Je pense à quelqu'un qui pense à moi. Et c'est une caresse.

Au Carré avec Piazzolla. A la terrasse de la Poste. Je ne suis jamais seul.
J'ai demandé à ma mère de faire de la place. " Pardon maman, si tu pouvais... "
Mon cœur paraît immense alors qu'il est complet.
Etre amoureux. L'ocytocine. Je suis accro.
Je n'étais pas à Montescot. Mais dans mon lit.
Avec un sourire à ma bouche.
Et Alexandre à inventer.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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Europe, la nébuleuse

Publié le

Les médias ont bien sûr leur part de responsabilités.
Lorsqu'ils devraient j'imagine davantage parler de nos Députés européens, qui,
bien qu'élus au suffrage universel, ne sont pas pour la plupart connus du grand public.
Parler d'eux et de leurs travaux. Des débats qui sont conduits dans la seule chambre
et seul organe véritablement démocratique de nos institutions européennes.
Mais les grands médias devraient nous parler aussi de la Commission.
Collège qui assure l'égalité entre les 27 Etats, lorsque la représentation
n'y est pas proportionnelle à la population des pays comme au Parlement,
mais la même pour les grands et les petits Etats, comme on l'attendrait d'un Sénat.
Cet organe bien qu'original, l'est tant qu'il est finalement illisible et incompréhensible.
D'autant plus à la communication zéro qui l'entoure et participe à la défiance générale.
Connaissons-nous le visage et le nom de nos Commissaires ? Et leurs attributions ?...
Nous devrions pourtant lorsque cet organe ne relève pas du législatif mais de l'exécutif.
Si nous connaissions bien Jacques Delors, que savons-nous de Jose Manuel Barroso ?
Que savons-nous de ce qu'il est, de ce qu'il pense et de ce qu'il fait ?...
Savons-nous seulement quelle est sa légitimité ? Comment et par qui il fut nommé ?
Il y a 27 Commissaires comme il y a 27 Etats dans l'Union. C'est entendu.
Et il n'y a pas de problèmes au concept du suffrage indirect.
Lorsque nous élisons en France notre Président de la République au suffrage direct.
Et que nous connaissons chez nous, avec le Sénat précisément, la notion de grands électeurs.
Quand dans la séparation des pouvoirs, il est sage aussi de ne pas être prisonnier
de la consultation permanente du peuple, lorsqu'il est possible de faire confiance à nos élus.
Je veux dire qu'en démocratie, la représentation a ses responsabilités,
que nos représentants ont aussi dans leur mandat la mission de nominations politiques,
et que le système serait déséquilibré si tout était soumis au vote de l'ensemble des citoyens.
Déséquilibré et certainement impuissant.
Michel Barnier était visible dans nos médias quand il était ministre,
de l'Agriculture et de la Pêche peut-être, des Affaires étrangères surtout,
mais je regrette que notre Commissaire français ait disparu dans les nimbes de l'Europe,
quand si peu de Français savent qu'il siège et a des fonctions à la Commission.
Je dois moi-même vérifier sur internet qu'il s'occupe du Marché intérieur et des Services.
Puisque chaque Commissaire a son domaine de compétence, ce qui fait de cet organe
quelque chose entre Sénat et Gouvernement, une institution hybride finalement opaque.
Bien sûr, rien n'est caché à qui s'y intéresse, à qui va chercher les informations.
Mais il ne faut pas s'étonner de la défiance des citoyens à si peu de communication.
Et la responsabilité n'est pas seulement celle des médias.
Elle est partagée par les citoyens eux-mêmes, d'abord, qui, au fond,
se contentent de critiquer quelque chose qu'ils ne connaissent pas,
pour laquelle ils n'ont pas de goût ni de curiosité, découragés d'avance,
partagée aussi par les personnalités européennes, responsables et élus,
qui pourraient venir à notre rencontre expliquer ce qu'ils font,
mais par les institutions elles-mêmes, telles qu'elles ont été pensées il y a déjà longtemps,
où prendre des décisions à 6, à 12 ou même à 15, était plus facile qu'à 27.
Quand il paraît évident que les élargissements ont rendu la tâche toujours plus difficile.
Tout ce qui est inconnu ou mal connu devient suspect en temps de crise.
Et s'il y a un sentiment d'urgence en France, à rétablir la confiance entre citoyens et élus,
à clarifier qui fait quoi avec l'argent public, la question se pose aussi pour l'Union.
Et avant même d'exiger la réforme des Institutions, que l'on commence par nous expliquer
comment fonctionne ce mastodonte auquel personne ne comprend rien.
Que l'on ait une vue de ce qui marche et de ce qui ne marche pas.
Avant que l'on ait définitivement envie de tout purifier par le feu.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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En quatre lettres

Publié le

Je relis quatre lettres sur l'écran de mon ordinateur.
Je n'en crois pas mes yeux.
Et je sais que je vais aimer la décade.
Je suis heureux. J'écrirai mieux. Et je vous aime.
J'ai faim. J'ai sommeil. J'ai soif. Je n'ai pas sommeil.
J'ai envie d'écrire. J'ai envie de rire. De danser. De faire n'importe quoi.
Il me tarde demain. Il me tarde la nuit. D'être là, tout de suite.
Ou d'être à tout à l'heure. Je ne tiens plus en place.
Je relis quatre lettres sur l'écran de mon ordinateur.
J'ai envie de Gershwin. J'ai envie de Bernstein.
De croquer une pomme. De fumer une clope. De jouer du piano.
Je veux déjà l'automne. Ou l'hiver qui suivra. Et l'été tout de suite.
Et des artichauts frits. Et des cœurs de palmiers. Tout un bougainvillier.
Les murs blancs à la chaux. Les troupes de Beethoven. Les couleurs de Rothko.
Je reprends, je relis, m'assure que j'ai bien compris. Quatre lettres mon amour.
Et j'ai envie de toi.

 

Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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En quarantaine

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Aux grands banquets et à l'ivresse, j'ai préféré l'intimité de la chambre.
Il n'y a, au monde qui bascule, de meilleure occupation que celle du sexe et de l'amour.
Le programme fut complet quand j'ai pu retrouver tous les gens importants.
Au téléphone. Sur internet. Autour d'un verre. Le temps d'un spectacle ou de coloriages.
Mais le succès d'un tel marathon ne tenait qu'à ce fil dont tu tiens l'autre bout.
Une mort pour une autre. A mourir pour mourir, que ce soit de plaisir.
Quand je ne pouvais souhaiter mieux que l'étreinte finale.
Tu venais étouffer l'incendie d'un incendie plus grand.
Le seul qui vaille la peine de se brûler.
L'angoisse de l'abandon ou de la solitude, j'ai pu l'éteindre à la bougie tendue.
En un claquement de doigts. A ta silhouette dans l'encadrement de la porte.
Toi qui étais la personne manquante pour que tout soit parfait.
Je dois m'asseoir au bord du lit pour t'y rejoindre.
Ma cuisse est un traversin où tu poses ta tête. Me voir en contre-plongée.
Je veux tes yeux. Je veux ta bouche. Je n'avais besoin que de ça.
Te serrer contre moi. Pecho contre pecho. De tes battements de cœur.
Tordre le temps qui passe pour en faire ce que nous voulons.
J'ai coupé mes cheveux. J'ai ta main à rebours sur le haut de ma nuque.
Bras d'honneur à la logique des chiffres. J'ai dix ans dans la pinède.
Je cours comme un fou pour sauter dans les bras de ma mère.
Il fait chaud. Il fait beau. C'est juillet en Espagne. La mer étincelante.
J'ai quinze ans à Bompas, une nuit étoilée, autour de l'olivier robuste,
dans ce jardin en pente douce où je rêve d'amour, de tomber amoureux.
A Barcelone, ivre-mort, je cherche ton sourire. J'ai peut-être dix-sept ans.
Ton regard dans le mien n'est pas un regard d'adulte. L'enfance victorieuse.
Quand je m'étonne de trouver devant moi le rêve du minot et celui du jeune homme.
Rangez vos banderoles, vos bouteilles de champagne, j'ai mon feu d'artifice.
Quand je ne pouvais espérer plus belle fête qu'en tête-à-tête, dans mon platane,
avec cette personne qui me porte en cadeau le but de toute une vie,
être heureux en amour.

Mes amis sont sûrs. Je sais sur qui compter.
Leur fidélité et leur amour me donnent de la force.
Cet amour inconditionnel dont je peux m'étonner mais dont je ne peux pas douter.

Et je me sens piteux d'avoir douté de toi. D'avoir prévu le pire. Ou ce que je méritais.
Aussi vrai que je suis émerveillé et ravi d'avoir pu me tromper.
A ton corps dans ce lit qui s'offre à ma conscience, je dois comprendre une chose.
Je peux compter sur toi. Je peux m'en étonner mais ne peux plus douter.
J'étale du sperme épais aux reliefs voluptueux de ton ventre tourmenté.
Alors que tu finis de lutter contre d'étranges spasmes, ma bouche à ta poitrine.
J'adore la peau que je lèche pour en extirper le sel méditerranéen.
Un plaisir narcissique, l'intimité sexuelle dans tous les éléments que l'on aurait voulus.
Si un génie me l'avait demandé, j'aurais choisi ta bouche, j'aurais choisi ton sexe.
J'aurais choisi ta voix et tes grains de beauté. Le galbe de tes fesses. Celui de tes épaules.
Et au portrait-robot que j'aurais esquissé, patiemment, au fil de tant d'années et de désillusions,
tu aurais reconnu tes lèvres, la forme du menton, et celle de tes yeux, avec cette impression
de te voir dans la glace, comme à ces moments de grâce où l'on se découvre beau
dans un regard aimant, d'une beauté à la mesure de l'assurance insolente d'être aimé.
La personne idéale, la plus belle de toutes, sensuelle et brillante, qui pouvait me soumettre.
L'avais-je imaginée aussi parfaite que toi ? Aurais-je eu cette audace ? Et cette immodestie ?
Je suis ému à ce que tu me donnes. De ton corps, de ton être, et de ta vie secrète.
A la confiance que tu me donnes, au moment des ébats comme des confidences.
Et je m'oublie enfin à pouvoir t'embrasser.

Quarante ans. C'est si jeune. Pour ne plus avoir peur. Et pour l'âge que j'ai.
C'est si jeune pour l'amour et son éternité. Le bonheur. La quiétude. N'avoir plus de projets.
Quand j'ai bien de la peine à n'en faire que pour moi. Que j'ai tout ce qu'il faut.

Lorsqu'après les amis, tant de proches, la famille, voici que tu arrives.
Compléter le cercle tyrannique de la nécessité. Celui de l'équilibre. Ou de l'achèvement.
Mes doigts dans tes cheveux reconstituent ton crâne pour le coller au mien.
Te donner un baiser. Quand mille ans n'auraient pas suffi pour avoir l'expérience
qu'il faudrait acquérir pour être aussi heureux.
Ton regard m'irradie comme lui seul peut le faire. Je ne débande pas.
Il me dit que je suis dans ta vie. Que j'y ai toute ma place.
Et je peux blanchir comme le film à la chaleur de la lampe.
Jusqu'à me confondre à la pointe de l'aube ou la couleur du drap.
Je sais que c'est un luxe, en une journée pareille. De pouvoir disparaître.
Refluer dans l'abri où le monde n'est plus. Où le temps ne fuit pas.
J'ai vingt ans et je rêve de toi. Ou je suis déjà mort.
Comment ai-je pu douter ? Sinon en doutant de moi-même.
Bien sûr que tu allais être là. Contre moi. Dans mes bras. A cet instant précis.
A ce jour difficile. Comme à tous les moments où j'ai besoin de toi.
Je t'aime plus que moi. Et je ne m'aime vraiment qu'aimé de toi. Avec toi.
Quand je peux tout aimer si je le suis encore. Libre comme l'air.
Puisque même seul, je ne le suis pas.
Le prisonnier sans chaînes.
Je peux faire le vide. Cesser de respirer et suspendre mon vol.
Quand je n'ai peur ni de vieillir, ni de te perdre.
Ni de la quarantaine.
 
 
Philippe LATGER
Avril 2013 à Perpignan

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