Même si je ne suis plus érotique pour toi.
Même si je perds de ma superbe et de mon magnétisme.
Même si tu ne me désires plus. Si le charme est rompu.
Je peux m'éloigner et disparaître. Sortir de ta vie.
Ce qui compte, c'est ta nature, sauvage, indomptée, ta liberté.
Que tu restes l'animal que j'ai rencontré, découvert, admiré.
Le pur-sang magnifique. Quand j'aurai d'autres satisfactions.
A te voir progresser, avancer, au rythme de tes choix, sur ton itinéraire.
Je veux sur ton visage, même de loin, voir le sourire lumineux des victoires,
du bonheur d'être au bon endroit, avec les bonnes personnes, à ta place.
A te réaliser. T'épanouir dans ton art et tes raisons de vivre.
Je ne fais pas le poids, ne suis pas indispensable et n'ai jamais projeté de le devenir.
Bien des choses, je le sais, sont passées avant moi, passeront avant moi,
et je ne prétends pas changer l'ordre des choses, quand je suis à la bonne distance,
de côté, dans la marge où je me plais, sur un strapontin quelque part au fond de la salle,
d'où il me sera aisé de partir discrètement sans déranger personne.
Je préfère rester dans l'ombre, à l'abri, que partager la scène et la lumière avec toi.
Puisque je suis spectateur. Lorsque j'admire notre histoire autant que je t'admire.
Et je n'ai de plaisir qu'à te sentir vibrer, exulter, et l'humeur conquérante,
emporter ton public, dépasser les acquis, garder la foi en toi et soulever des montagnes.
Pour ma part, tout va bien. J'ai cet âge parfait où l'on sait qui l'on est.
Je sais ce que je veux et comment être heureux. Où que le vent me porte.
Quand le secret consiste, précisément, à ne rien posséder comme à n'être à personne.
Tu ne m'appartiens pas. Et c'est cette liberté qui me permet d'aimer.
Je n'exige rien de toi. Ne te demande rien. Tu n'es là avec moi que si tu le veux bien.
Rien ne nous oblige. Et mon bonheur ne dépend pas de l'exclusivité.
Tu as des proches et des gens à aimer dont je ne suis pas jaloux.
Puisque tu as ta vie. Et que c'est elle, justement, qui te rend désirable.
Je connais tes blessures et certaines parts d'ombre, et je suis bouleversé, et ravi,
de la confiance que tu me fais, lorsque tu me les livres, me les révèles simplement,
aux rendez-vous intimes que nous nous accordons.
J'accepte le rôle que tu me donnes. Qui n'est pas sans importance.
Mais comme tu le sais, comme je l'ai déjà dit, nous ne nous devons rien.
Et je ne lutterai pas si je devais t'entraver, t'embarrasser ou te faire perdre du temps.
Pour être heureux, il faut être égoïste. Je te permets de l'être.
Quand tu ne m'aimerais pas non plus si je n'étais pas libre.
Voilà le procédé. Nous ne sommes pas un couple.
Mais deux êtres qui s'aiment sans qu'il n'y ait de raisons.
Je ne te sers à rien. Tu ne me sers à rien.
Nous pouvons être heureux l'un sans l'autre.
Ce qui devient facile quand nous nous connaissons.
Avec ou sans moi, je veux te voir briller et sourire aux étoiles.
Dévorer l'existence et profiter de tout. Faire ce que tu voudras. La paix avec toi-même.
Quand il te reste tant de chemins à tracer et de monde à séduire et de choses à prouver.
Je serai le moteur ou je ne serai rien. Celui qui t'encourage. Celui qui croit en toi.
Puisque aimer c'est cela. C'est croire que l'autre existe. Qu'il est exceptionnel.
En être convaincu quand l'être aimé en doute.
Peu importe si ta place n'est pas dans mes bras. Tu es dans ma vie.
Et si nous ne devions rien partager en ce bas monde, nous avons assez en commun
pour être ensemble à notre façon, pour avoir réussi à construire une histoire qui dure.
Pas de chaussettes à ramasser. De panières de linge. De factures à payer.
Pas de vacances à projeter. De dîners à prévoir. Ni même de comptes à rendre.
Nous faisons autrement. A l'abri du réel et des codes. Des représentations.
A l'abri des rancoeurs et du ressentiment. Comme du quotidien et de la lassitude.
Je ne veux être là que quand tu en as besoin. Quand je peux m'éloigner.
Quand je peux disparaître. Quand je peux être plus, être mieux, n'être rien.
Je peux te conseiller. Te donner mon avis. Quand j'adore t'aider. M'investir. Être utile.
Je peux être discret. Ne rien dire. T'embrasser. T'écouter délirer. Et te laisser partir.
Peu importe si nous n'avons rien à vivre ni même à faire ensemble.
Si nous ne sommes pas du même monde. Si nous n'avons pas d'avenir.
Je serai avec toi, inconditionnellement. A la seule condition que tu en aies toujours envie.
Partout où tu iras, tu pourras m'invoquer. Puiser des forces à cette certitude.
Je ne serai pas loin. Et mon amour pour toi pourra faire son ouvrage.
Te rendre confiance en toi. Te donner du courage.
Tu danseras pour moi. Pour tous les gens qui t'aiment. Et ceux qui t'aimeront.
Tu te battras pour nous. Et nous serons tous fiers d'avoir pu te connaître.
Lorsque de mon côté des instants cafardeux me colleront aux fenêtres,
où j'aurai tout autant le pouvoir de m'ouvrir, retrouver mon sourire,
et le goût d'avancer aux souvenirs de toi en jouant avec ma bague,
fier d'avoir été aimé d'une telle personne, d'avoir eu de la valeur quelquefois à tes yeux,
ce qui ne me donnera plus le droit ni de baisser les bras ni même d'être médiocre.
L'égoïsme et l'orgueil. Deux choses à assumer. Quand il y a des choses à prendre.
Quoi qu'il puisse arriver, je m'engage à garder le meilleur de l'idylle.
De notre île déserte que je protégerai. Pour des lunes et des lunes.
Jusqu'à ce qu'elles s'éteignent.
Même si je ne te dis plus rien. Même si je ne te plais plus.
Ce qui compte, c'est ta vie. Ce que tu dois en faire.
Avancer à ton pas. Au galop si tu veux. Quand je ne serai ni limite, ni obstacle, ni barrière.
Je veux être horizon ou ne veux être rien. Je veux être le ciel, le soleil et la force.
Je veux être le soutien, le tuteur ou l'écorce. La muraille qui protège et non celle qui enferme.
L'armure qui défend et non celle qui pèse. Le vêtement qui couvre sans jamais étouffer.
L'aide sûre et légère que tu accepteras puisque tu n'auras pas à en être redevable.
Je veux être le vent résolu à souffler, à te porter très loin même si c'est loin de moi.
Pour ma part, je suis grand, et j'ai des choses à vivre quand j'ai tout obtenu.
Je sais que tu existes. L'amour existe aussi.
Je ne prêterai plus le flanc aux souffrances stériles, aux blessures idiotes,
aux jalousies débiles qui empoisonnent la vie et le temps qu'il nous reste.
Je sais que ça fourvoie, nous fait perdre des forces et ne vaut pas grand-chose.
Je veux vieillir heureux au plus près du soleil, de l'essence du monde,
travailler sur mon âme et apprendre à mourir.
Accepter de perdre les choses. De perdre les gens. De se perdre soi-même.
Que l'on vive après nous. Qu'on soit heureux sans nous. Et qu'on en aime d'autres.
Quand perdre est une idée. Une vision de l'esprit. Qui est bien relative.
Tu peux bien t'en aller. Tu seras près de moi.
Comme ceux, avant toi, qui m'ont abandonné, soit parce qu'ils m'ont quitté,
soit en quittant ce monde, qui m'accompagnent encore avec obstination.
En entrant dans mon âme, en entrant dans ma peau, en entrant dans ma vie,
tu resteras mon souffle au-delà du dernier, la chair d'une existence et la rage d'aimer.
A la vie, à la mort. Les noces célébrées sont plus que le mariage et leurs vœux désuets.
Quand l'union consommée n'exige aucune règle. Ni droits, ni devoirs, ni témoins.
Quand l'union est secrète et protégée de tout. Gratuite. Intemporelle. Irraisonnée.
Sans calculs. Sans articles et sans clauses. Quand nous n'attendons rien.
Je te veux autonome. Sans sangles. Sans sanglots. Sans chaînes et sans barreaux.
Cet animal sauvage si candide et si beau. Parfait pour l'océan et le jardin d'Eden.
Que je laisse courir, la poussière aux sabots, la crinière écumante et les ailes déployées.
Le désir peut s'éteindre avec l'admiration. Je t'admire toujours. En heureux spectateur.
Qui te voit dans ton entièreté avec l'émotion d'un curieux privilège.
Le temps a beau passer, le feu ne faiblit pas. Sous la pluie. Sous la neige.
Quoi que tu fasses. Quoi qu'il advienne. Ne t'inquiète de rien.
Il n'y a ni miracle, ni magie, ni tour, ni sortilège.
Quand j'ai aimé un jour, je ne l'oublie jamais.
Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan