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Sans intérêt

Publié le

Il n'y a que l'amour qui m'intéresse.
Qu'y a-t-il de plus intéressant ?... L'argent peut-être ?...
L'amour et le sexe. Le reste n'a aucun intérêt.
A mes yeux. A mes mains. A mon souffle. A ma bouche.
Je fais semblant, pour être aimable, pour être sociable,
de m'intéresser au temps qu'il fait. L'actualité.
Oui. Un nouveau pape. Oui. La guerre au Mali. Je sais. Je sais.
Je tiens des conversations. J'écris. Je travaille. Je dis bonjour.
Mais il n'est rien qui me tire du lit le matin que ce qui m'y a précipité.
Le sexe et les câlins. Les baisers enfiévrés. Et les caresses tendres.
Ce n'est pas la cathédrale à construire. Ce qu'il me faut réaliser.
Qui au réveil m'extirpe du sommeil avec la fougue conquérante.
Mais le désir de te séduire et de t'étreindre. De t'embrasser. Te retrouver.
Rien n'a plus de grâce à mes yeux que l'amour et ses manières.
Les sourires. Les regards. Les paroles. Les gestes. Et leur sensualité.
Quand c'est à cette affaire que je me sens vivant, entier, et exister.
J'aime la musique. La politique. La bonne bouffe et les copains.
J'aime écrire. Faire la fête. J'aime mon travail. J'aime mon pays.
Mais tout n'est fait que pour distraire, tenir la bride, et la distance.
Quand le pic reste le même. Celui de notre intimité. L'obscurité et le silence.
Et ces vêtements qu'on enlève. La chair de poule. Comme seule priorité.
Le tango de deux corps. Qui se découvrent. Qui se respirent.
Ma main dans tes cheveux. Et les regards émus qui cherchent à comprendre.
Il n'y a que cela qui m'intéresse. Ta peau. Ton odeur. Ton sexe. Ta matière.
Le reste n'est que du temps. Et non l'éternité.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Voyez-vous

Publié le

Ma ville est indienne. Elle l'est pour être gitane, voyez-vous.
Et c'est Bollywood tous les jours aux sourires de St-Jacques.
Bombay comme Triana. Quand je vis à Séville au milieu des guitares flamencas,
de la dévotion ésotérique et des torrents de larmes aux processions de Pâques.
Ma ville est andalouse. Elle l'est pour être gitane, voyez-vous.
Quand elle est algérienne, espagnole, italienne, marocaine et j'en passe.
Puisqu'elle est catalane. Gitane et catalane. Méditerranéenne.
Elle sent l'olive. Elle sent la mer. Sous les mouettes par vent marin.
Perpignan est un port. Et ça sent la morue quand c'est un peu Lisbonne.
Sardane ou danse orientale. Je vis à Istanbul. Quand c'est un peu Marseille.
Ce n'est pas Barcelone. Et ce n'est pas Paris. Mais c'est chez moi. Voyez-vous.
J'y suis heureux. Malheureux comme les pierres. J'y suis vivant.
Je m'y soigne autant que je m'y écorche les mains et les jambes.
J'y suis amoureux aussi vrai que je m'y crève le cœur.
Je suis gitan. Et maghrébin. J'y suis juif et franc-maçon.
J'y suis pied-noir. J'y suis harki. J'y suis athée. Républicain.
Et rugbyman anglo-saxon. Quand je ne saurais m'y perdre. Voyez-vous.
Est-ce moi qui évolue en elle ou elle qui évolue en moi ? Je ne sais plus.
Elle est ma mère, toulousaine, espagnole, enterrée dans la plaine.
Et j'y reviens toujours. Avant de la rejoindre.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Jeanne

Publié le

Jeanne a fini son thé.
Elle s'était déchaussée, affalée dans le canapé. Devant une série américaine.
Elle pensait. " Je fumerais bien moi... Je crois que j'ai des clopes quelque part. "
La télécommande à la main, elle regarda autour d'elle.
Des coussins. Des lampes. Des cadres avec des photos. Une pile de livres.
La table basse devant elle. Des magazines. Des catalogues d'expos. Des livres d'art.
Et au coin, un cendrier. " On progresse... " songea-t-elle.
Son regard revint se planter dans l'open space d'un superbe building,
que parcouraient deux agents de la police fédérale, côte à côte, cafés à la main,
qui faute d'aller quelque part partageaient des informations essentielles pour le scénario.
" C'est fou ce qu'ils peuvent marcher dans ces bureaux " se dit-elle les yeux mi-clos,
en entortillant un doigt dans une mèche de cheveux.
Elle inspecta ses ongles un moment, indifférente, convaincue depuis le début
que c'est la mère du gosse qui a fait le coup, parce que déjà suspectée mais trop vite écartée.
Jeanne redressa la tête à la séquence suivante, en extérieur, dans une rue.
Et leva un sourcil. " J'étais avec des potes à une soirée de la fraternité sur le campus. "
Le jeune homme musclé, sportif, en débardeur, faisait mauvais garçon. Très sexy.
Mais les yeux rivés sur l'écran, elle observait autre chose. " Mais il fume ce petit con. "
Elle se redressa dans son canapé et balaya à nouveau la pièce du regard.
Si ce n'était pas la flemme qu'elle avait de se lever...
Sur le bureau. Qu'est-ce que c'est ?... Le dossier de la banque. Des stylos. Un carnet.
La boîte à côté ? Non... l'emballage de la coque de son portable.
Déçue, elle se laissa retomber en soupirant avant de vérifier ses messages.
Karine. " Phone moi qd tu peux stp. bizz. " Christophe. " J'avai pas vu ton message. Sorry. "
" C'est ça, oui, bien sûr... sur Facebook non plus peut-être. " fit-elle en jetant son téléphone.
Il rebondit sur le coussin à côté d'elle alors que deux agents fédéraux, cafés à la main,
circulaient côte à côte dans l'open space : " Son alibi tient la route... " expliqua l'un à l'autre.
Le portable vibra. Jeanne s'en empara les yeux fermés. Fatiguée d'avance.
Elle les rouvrit pour lire : " Sur FB non plus. Désolé. " Elle se gratta le coin du nez.
Quand elle ne réfléchissait pas au sms attendu mais à sa dernière cartouche en date.
Ramenée d'Andorre. Il lui semblait bien qu'il restait un paquet quelque part.
Elle fit la moue et tapota un moment ses lèvres avec son téléphone.
" Vous n'avez pas le droit ! Il vous faut un mandat ! "... Elle appela Karine.

Des produits d'entretien. Détergents. Des éponges neuves.
" Oui, je t'appelle demain. Bisous. " Elle ferma le placard sous l'évier. Raccrocha.
Avait profité de la pause publicitaire pour arriver jusqu'à la cuisine.
Rien dans la corbeille à fruits. Ni autour. Dans le tiroir ici. Des allumettes.

Elle saisit la petite boîte et l'agita en l'air le poignet cassé. " On progresse... "
Pourquoi diable avait-elle dit à tout le monde qu'elle arrêtait cette merde ?
Dans le tiroir du bureau non plus. Elle ne trouva rien à fumer.
" Vous n'avez pas eu d'enfants. Vous ne pouvez pas comprendre... "
Bien sûr que c'était la mère. Jeanne la vit partir encadrée d'agents dans l'open space.
Incapable de tenir un café quand on lui avait passé les menottes.
Elle portait un manteau qui ressemblait au sien. Et cela lui fit penser à sa penderie.
Dans l'entrée. Où elle fila aussitôt, avec un regain d'énergie, songeant que les cigarettes
avaient dû simplement rester dans la poche du duffle-coat qu'elle avait porté l'autre soir.
Elle en fouilla les poches et ne trouva rien d'autre qu'un paquet de chewing-gums,
et un bout de papier chiffonné dont elle ne se rappelait pas.
Un numéro de portable y était écrit au stylo bille.
Elle revint bredouille et contrariée dans son canapé.
Le papier dans la main. Qu'elle regarda un moment en essayant de se souvenir.
Pas de prénoms. Aucune indication. Etait-ce un mec qui l'avait branchée ?...
" Tu ne te rappelles pas de moi, Jeanne ?... Ce n'est pas très flatteur. "
Elle s'était relevée pour aller chercher dans sa chambre.
Plus que jamais, elle avait besoin d'une clope.
" Je suis désolée. Je devrais ?... " bafouilla-t-elle en inspectant sa table de nuit.
Elle en avait ouvert le tiroir. Mouchoirs en papier. Des boutons. Des élastiques.
" Je ne peux pas t'en vouloir. Je n'ai rien d'exceptionnel, dit l'homme au téléphone.
- Eh bien, c'est surtout que, si c'était au Charbon, j'avais beaucoup bu et...
- Tu n'as pas à te justifier. Tout va bien. "
Jeanne, troublée, s'était assise au bord du lit. Oberkampf. Lisa. Sandrine.
Aucune des deux ne lui avait parlé d'un mec qui lui aurait fourgué son numéro.
" Pardon, fit-elle, je suis un peu... je ne suis pas tout à fait dans mon état normal...
Je suis censée avoir arrêté de fumer. Depuis cette fameuse soirée d'ailleurs.
J'ai dû planquer mes cigarettes. Je ne sais pas ce que j'en ai fait...
- Si tu n'y as pas touché depuis, dans ton sac... "
Son dos s'est raidi d'un seul coup.
Elle s'était levée, la main libre ouverte sur son front. " Pardon ?...
- Tu avais un sac en cuir couleur camel. Tu l'as fourré dans l'armoire de ta chambre.
Et les clopes sont à l'intérieur... Il devrait t'en rester trois ou quatre."
La voix avait énoncé tout cela tranquillement.
Elle se précipita sur l'armoire qu'elle ouvrit. Trouva son sac vautré au sol.
Le téléphone tenu par son épaule relevée contre son oreille, elle y trouva le paquet.
" Alors ?... " fit le jeune homme sûr de son effet.
Il restait quatre cigarettes.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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La barbe

Publié le

L'air hésite. Le soleil hésite. La température aussi.
Allons, quoi... Est-ce que j'hésite, moi ?...
Je veux la vie et la chaleur. Agrafer le ciel bleu une fois pour toutes.
Il ne s'agit pas de faire semblant de faire beau. L'été est là.
Malgré la neige des Pyrénées. Malgré les derniers rhumes.
Je souffle sur les dernières brumes. J'ouvre les pans de ma chemise.
L'été est là. Je le débusque. Le déshabille. Et le promène.
Dans un dernier frisson d'hiver. Et à la barbe du printemps.
Le vent tombé, ça va chauffer.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Hop Pop Pope

Publié le

Les croissants frais. Les rousquilles.
J'ai faim. Je mangerais du pain. De la charcuterie. Des fruits.
Sur le marché, il y a de la viande, des légumes, des fromages.
La cloche sur le fronton du théâtre annonce une heure dont je ne compte pas les coups.
Le Pape ? Un Argentin ? Eh bien... après Obama à la Maison Blanche, quel siècle !
Tout ça commence plutôt bien. Je crois que j'aime cette époque.
Tout n'est pas parfait, j'en conviens, mais on avance. C'est ce que je veux croire.
Je dévore le journal. Comme un broyeur. Le journal papier. Dont j'ai perdu l'habitude.
Cet homme de Buenos Aires... que peut-il faire pour nos ouvriers qui galèrent ?...
D'ailleurs, on ne parle plus nulle part des conflits sociaux de notre vieille France rouillée.
On s'étonne que le Pape soit contre le mariage gay et l'avortement.
Et je m'étonne qu'on s'en étonne. Mieux encore. J'en ris.
On redécouvre les Jésuites. On dissimule à peine sa fascination pour l'Eglise.
Attirance/Répulsion. La fascination. Voilà. C'est presque touchant.
Soyons sérieux deux secondes.
L'Eglise ne serait plus l'Eglise si elle était pour le mariage gay et pour l'avortement.
C'est son rôle d'être contre. Contre l'euthanasie. L'avortement. Contre la peine de mort.
On ne va tout de même pas reprocher à cette institution d'être cohérente.
Pour elle, la vie est sacrée. C'est un don de Dieu. Le raisonnement se tient.
D'autant que l'institution fait une doctrine. Elle ne fait pas les hommes.
Mais, voilà, c'est comme pour les ouvriers. Chacun à sa place.
Et les vaches comme les chevaux roumains seront bien gardés.
Nous n'avons pas fait la Révolution pour rien.
Séparation de l'Eglise et de l'Etat. Tout va bien. On respire.
La loi autorise l'avortement et va autoriser le mariage gay.
Et c'est à nos élus aussi de s'occuper du sort de nos ouvriers.
L'Eglise peut être pour le port du kilt ou la famille nombreuse, c'est son affaire.
Il y a chez nous deux principes. Celui de la laïcité et celui de la liberté d'expression.
Quand le premier, bien que né de l'anticléricalisme, ne consiste pas à écarter les religions,
mais à les respecter toutes, quand il s'agit de la liberté de conscience et de la liberté de culte.
Voilà pour nos sociétés démocratiques enfantées par les Lumières du XVIIIème siècle.
Pour le reste du monde, l'Eglise se bat contre l'Islam et les Evangélistes,
qui sont autant contre l'avortement, l'euthanasie et le mariage gay qu'elle l'est elle-même.
On sait que la condition des femmes et des homosexuels n'est pas égale partout.
Et la leçon de notre Histoire, c'est que ce sont les minorités qui font avancer les choses.
Les dissidents. Les allumés. Les courageux. Dissidents. Politiques ou religieux.
Il y avait bien des curés et des aristocrates parmi les Révolutionnaires.
Et je m'amuse, en revoyant les images des cérémonies vaticanes de ces derniers jours,
du soin avec lequel nos frères Francs-Maçons ont fidèlement reproduit le rite comme la pompe.
Bah... Cela vaut bien les Jeux Olympiques ou le Jubilé de la Reine d'Angleterre.
On célèbre une forme d'universalisme. En mondovision. Et c'est plutôt sympathique.
Cela vaut les funérailles de Chavez. Qui ont fédéré aussi bien sur les cinq continents.
Pour moi, c'est comme la mort de Mickael Jackson. L'émotion à la mondialisation.
En Asie, en Afrique, en Europe... partout on a aimé et pleuré le Roi de la Pop.
Partout, on dit adieu à Chavez. Partout on accueille le Pape. Voilà. On vit ensemble.
Et c'est toujours bien de s'en rendre compte.
On est loin d'une gouvernance mondiale démocratique.
Heureusement sans doute : nous avons du pain sur la planche.
Mais voilà. Rio organisera les JMJ comme les Jeux Olympiques.
Après Obama, François des bidonvilles. Ce sont toujours de bons signaux.
Je referme le journal. Je regarde la place et son marché.
Et à propos de pain, je pense au quotidien. J'ai une faim de loup.
Dommage que je n'aie pas un rond.
 
 
Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Sans conditions

Publié le

Même si je ne suis plus érotique pour toi.
Même si je perds de ma superbe et de mon magnétisme.
Même si tu ne me désires plus. Si le charme est rompu.
Je peux m'éloigner et disparaître. Sortir de ta vie.
Ce qui compte, c'est ta nature, sauvage, indomptée, ta liberté.
Que tu restes l'animal que j'ai rencontré, découvert, admiré.
Le pur-sang magnifique. Quand j'aurai d'autres satisfactions.
A te voir progresser, avancer, au rythme de tes choix, sur ton itinéraire.
Je veux sur ton visage, même de loin, voir le sourire lumineux des victoires,
du bonheur d'être au bon endroit, avec les bonnes personnes, à ta place.
A te réaliser. T'épanouir dans ton art et tes raisons de vivre.
Je ne fais pas le poids, ne suis pas indispensable et n'ai jamais projeté de le devenir.
Bien des choses, je le sais, sont passées avant moi, passeront avant moi,
et je ne prétends pas changer l'ordre des choses, quand je suis à la bonne distance,
de côté, dans la marge où je me plais, sur un strapontin quelque part au fond de la salle,
d'où il me sera aisé de partir discrètement sans déranger personne.
Je préfère rester dans l'ombre, à l'abri, que partager la scène et la lumière avec toi.
Puisque je suis spectateur. Lorsque j'admire notre histoire autant que je t'admire.
Et je n'ai de plaisir qu'à te sentir vibrer, exulter, et l'humeur conquérante,
emporter ton public, dépasser les acquis, garder la foi en toi et soulever des montagnes.
Pour ma part, tout va bien. J'ai cet âge parfait où l'on sait qui l'on est.
Je sais ce que je veux et comment être heureux. Où que le vent me porte.
Quand le secret consiste, précisément, à ne rien posséder comme à n'être à personne.
Tu ne m'appartiens pas. Et c'est cette liberté qui me permet d'aimer.
Je n'exige rien de toi. Ne te demande rien. Tu n'es là avec moi que si tu le veux bien.
Rien ne nous oblige. Et mon bonheur ne dépend pas de l'exclusivité.
Tu as des proches et des gens à aimer dont je ne suis pas jaloux.
Puisque tu as ta vie. Et que c'est elle, justement, qui te rend désirable.
Je connais tes blessures et certaines parts d'ombre, et je suis bouleversé, et ravi,
de la confiance que tu me fais, lorsque tu me les livres, me les révèles simplement,
aux rendez-vous intimes que nous nous accordons.
J'accepte le rôle que tu me donnes. Qui n'est pas sans importance.
Mais comme tu le sais, comme je l'ai déjà dit, nous ne nous devons rien.
Et je ne lutterai pas si je devais t'entraver, t'embarrasser ou te faire perdre du temps.
Pour être heureux, il faut être égoïste. Je te permets de l'être.
Quand tu ne m'aimerais pas non plus si je n'étais pas libre.
Voilà le procédé. Nous ne sommes pas un couple.
Mais deux êtres qui s'aiment sans qu'il n'y ait de raisons.
Je ne te sers à rien. Tu ne me sers à rien.
Nous pouvons être heureux l'un sans l'autre.
Ce qui devient facile quand nous nous connaissons.
Avec ou sans moi, je veux te voir briller et sourire aux étoiles.
Dévorer l'existence et profiter de tout. Faire ce que tu voudras. La paix avec toi-même.
Quand il te reste tant de chemins à tracer et de monde à séduire et de choses à prouver.
Je serai le moteur ou je ne serai rien. Celui qui t'encourage. Celui qui croit en toi.
Puisque aimer c'est cela. C'est croire que l'autre existe. Qu'il est exceptionnel.
En être convaincu quand l'être aimé en doute.

Peu importe si ta place n'est pas dans mes bras. Tu es dans ma vie.
Et si nous ne devions rien partager en ce bas monde, nous avons assez en commun
pour être ensemble à notre façon, pour avoir réussi à construire une histoire qui dure.
Pas de chaussettes à ramasser. De panières de linge. De factures à payer.

Pas de vacances à projeter. De dîners à prévoir. Ni même de comptes à rendre.
Nous faisons autrement. A l'abri du réel et des codes. Des représentations.
A l'abri des rancoeurs et du ressentiment. Comme du quotidien et de la lassitude.
Je ne veux être là que quand tu en as besoin. Quand je peux m'éloigner.
Quand je peux disparaître. Quand je peux être plus, être mieux, n'être rien.
Je peux te conseiller. Te donner mon avis. Quand j'adore t'aider. M'investir. Être utile.
Je peux être discret. Ne rien dire. T'embrasser. T'écouter délirer. Et te laisser partir.
Peu importe si nous n'avons rien à vivre ni même à faire ensemble.
Si nous ne sommes pas du même monde. Si nous n'avons pas d'avenir.
Je serai avec toi, inconditionnellement. A la seule condition que tu en aies toujours envie.
Partout où tu iras, tu pourras m'invoquer. Puiser des forces à cette certitude.
Je ne serai pas loin. Et mon amour pour toi pourra faire son ouvrage.
Te rendre confiance en toi. Te donner du courage.
Tu danseras pour moi. Pour tous les gens qui t'aiment. Et ceux qui t'aimeront.
Tu te battras pour nous. Et nous serons tous fiers d'avoir pu te connaître.
Lorsque de mon côté des instants cafardeux me colleront aux fenêtres,
où j'aurai tout autant le pouvoir de m'ouvrir, retrouver mon sourire,
et le goût d'avancer aux souvenirs de toi en jouant avec ma bague,
fier d'avoir été aimé d'une telle personne, d'avoir eu de la valeur quelquefois à tes yeux,
ce qui ne me donnera plus le droit ni de baisser les bras ni même d'être médiocre.
L'égoïsme et l'orgueil. Deux choses à assumer. Quand il y a des choses à prendre.
Quoi qu'il puisse arriver, je m'engage à garder le meilleur de l'idylle.
De notre île déserte que je protégerai. Pour des lunes et des lunes.
Jusqu'à ce qu'elles s'éteignent.

Même si je ne te dis plus rien. Même si je ne te plais plus.
Ce qui compte, c'est ta vie. Ce que tu dois en faire.
Avancer à ton pas. Au galop si tu veux. Quand je ne serai ni limite, ni obstacle, ni barrière.
Je veux être horizon ou ne veux être rien. Je veux être le ciel, le soleil et la force.

Je veux être le soutien, le tuteur ou l'écorce. La muraille qui protège et non celle qui enferme.
L'armure qui défend et non celle qui pèse. Le vêtement qui couvre sans jamais étouffer.
L'aide sûre et légère que tu accepteras puisque tu n'auras pas à en être redevable.
Je veux être le vent résolu à souffler, à te porter très loin même si c'est loin de moi.
Pour ma part, je suis grand, et j'ai des choses à vivre quand j'ai tout obtenu.
Je sais que tu existes. L'amour existe aussi.
Je ne prêterai plus le flanc aux souffrances stériles, aux blessures idiotes,
aux jalousies débiles qui empoisonnent la vie et le temps qu'il nous reste.
Je sais que ça fourvoie, nous fait perdre des forces et ne vaut pas grand-chose.
Je veux vieillir heureux au plus près du soleil, de l'essence du monde,
travailler sur mon âme et apprendre à mourir.
Accepter de perdre les choses. De perdre les gens. De se perdre soi-même.
Que l'on vive après nous. Qu'on soit heureux sans nous. Et qu'on en aime d'autres.
Quand perdre est une idée. Une vision de l'esprit. Qui est bien relative.
Tu peux bien t'en aller. Tu seras près de moi.
Comme ceux, avant toi, qui m'ont abandonné, soit parce qu'ils m'ont quitté,
soit en quittant ce monde, qui m'accompagnent encore avec obstination.
En entrant dans mon âme, en entrant dans ma peau, en entrant dans ma vie,
tu resteras mon souffle au-delà du dernier, la chair d'une existence et la rage d'aimer.
A la vie, à la mort. Les noces célébrées sont plus que le mariage et leurs vœux désuets.
Quand l'union consommée n'exige aucune règle. Ni droits, ni devoirs, ni témoins.
Quand l'union est secrète et protégée de tout. Gratuite. Intemporelle. Irraisonnée.
Sans calculs. Sans articles et sans clauses. Quand nous n'attendons rien.
Je te veux autonome. Sans sangles. Sans sanglots. Sans chaînes et sans barreaux.
Cet animal sauvage si candide et si beau. Parfait pour l'océan et le jardin d'Eden.
Que je laisse courir, la poussière aux sabots, la crinière écumante et les ailes déployées.
Le désir peut s'éteindre avec l'admiration. Je t'admire toujours. En heureux spectateur.
Qui te voit dans ton entièreté avec l'émotion d'un curieux privilège.
Le temps a beau passer, le feu ne faiblit pas. Sous la pluie. Sous la neige.
Quoi que tu fasses. Quoi qu'il advienne. Ne t'inquiète de rien.
Il n'y a ni miracle, ni magie, ni tour, ni sortilège.
Quand j'ai aimé un jour, je ne l'oublie jamais.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Fuir le bonheur de peur

Publié le

Saint-Cyr sur Mer. La Ciotat. Cassis.
Le train que je n'ai pas pris.
Le train dans lequel je ne suis pas monté.
Mes pieds tordus dans les rochers. L'eau aux mollets.

Je suis enfant. Côte varoise. Où étais-tu ?...
Pins parasols et eau turquoise.
Tu as cinq ans de plus que moi.
Et je me traîne au Châtelet dans un cocktail
où je ne me sens pas vraiment à ma place.
Je veux être en slip de bain sur la terrasse.
Bouffer la mer et le soleil. Bouffer l'été.
Marseille me conviendrait. J'veux des cigales.
De la lumière à m'en brûler les yeux. De la chaleur.
Du sexe jusqu'à plus soif. De la moiteur. Et tout le sel.
J'ai des muscles à activer. J'veux de l'action. La séduction.
Aux regards sombres qui me plaisent.
Le bleu peut rester dans le ciel. Je veux du noir.
Dans le regard. Les précipices.
                                                                              
Aux Frigos. Paris. Tolbiac.
La tour d'angle du fort est lugubre. La friche industrielle.
J'ai gravi les marches jusqu'au loft rococo d'un Paolo Calia.
Marie Nimier et son rire éclatant. Agnès Jaoui. Patrice Leconte.

Je file au bar. Il me faut boire. Dominique Besnehard.
Je suis troublé au regard qui me dévore. Maria de Medeiros.
Sortez-moi de là. Lisbonne. Je veux l'océan. Madère et le Brésil.
Tu étais là. Je cherchais des ciseaux. Qu'on me coupe les cheveux.
Aux mots que nous échangeons. New York me rit au nez.
Paris est dure. Dans les salons baroques de ce loft improbable.
On me présente. Qui au juste peut encore se rappeler de moi ?...
J'ai ici quelques amis. Et toi. Voilà. Tu te rappelles. Mon agenda.
Ce matin où tu m'as demandé pourquoi je ne resterais pas.
Le matin du départ. La rencontre la veille. Qu'on me coupe les cheveux.
Nous nous sommes trouvés nez à nez dans le lobby de l'hôtel.
Le concierge était allé voir s'il n'avait pas mon agenda.
J'avais un avion à prendre. Mon billet était dedans. Je ne suis pas resté.
Quand il y a des trains dans lesquels je ne suis pas monté.
                                                                              
Perpignan. Manhattan. La Ciotat.
Deux ans après Park Avenue. Je suis dans les Frigos.
La chevelure épaisse. Je tourne le dos à l'assistance. Face au bar.
J'ai besoin d'un whisky. Et je sens que quelqu'un est à côté de moi.

Il n'y a pas de poète. L'ombre d'un parolier qui ne veut que du sexe.
Qui ne veut que la mer. Les histoires d'amour. La sensualité.
Qu'on me coupe les cheveux. Je n'étais pas resté. J'ai dû quitter New York.
Deux ex sont dans la salle. Le terrain est miné. Je dois boire un whisky.
Près de moi un fantasme ou un acte manqué. Qu'on me coupe les cheveux.
Tu m'adresses la parole. Oui. Manhattan. Bien sûr. Tu te souviens.
Je t'avais glissé entre les doigts. Et ce soir, c'est tout qui se dérobe.
Deux ans après. Mes cheveux ont poussé. Beaucoup trop à ton goût.
Les cheveux, ça se coupe. Et je cherche des ciseaux.
Qu'on me rase la tête. Je ne désire que toi.
Maria de Medeiros promène son regard en sortant de la pièce.
Un frisson me parcourt. Le sol s'est dérobé. Je suis dans les rochers.
Je veux de l'eau turquoise. A Cassis. A Bandol. Retourner à Marseille.
Il y a des trains dans lesquels je ne suis pas monté.
                                                                              
A distance on peut savoir d'avance.
Pas besoin de toucher pour savoir que la peau accuse une attirance.
Un jour on peut se plaire. Rester impressionné.
Et la vie qui se marre propose une deuxième chance.

Moi je ne ris pas trop. Quand j'ai déjà trop bu.
Le mystère est plus sexy que l'alcool pathétique.
Qu'on me coupe les cheveux. Je suis ivre et j'enrage.
A cette deuxième chance qui me passe sous le nez.
Je ne pouvais rester. J'aurais bu davantage.
Et aurais fini par me donner en spectacle.
A embrasser tout le monde, par dépit, faute d'avoir ta bouche.
A faire n'importe quoi. Quand je n'avais plus l'âge.
Cendrillon est barbue. S'est enfuie à nouveau.
A New York. A Paris. Je n'ai pris que la fuite. Ou manqué de courage.
Je devais rester digne. Toi, tu aurais joué. Tu m'aurais fait du mal.
J'ai posé mon whisky. Attaché mes cheveux. Et je me suis sauvé.
Quand j'ai su que tu aurais pu faire ce que tu voulais de moi.
Y compris m'humilier. T'amuser. Me prendre et me jeter.
Il y a des trains dans lesquels il ne faut pas monter.

Au Swissôtel, je suis censé être avec quelqu'un d'autre.
Qui est assis en face de moi. Et je tâche de faire bonne figure.
Tout ça n'est pas très clair. Quand une chose est sûre.
Je savais que je pouvais tomber amoureux de toi.

Le lendemain matin, il suffisait de dire oui.
Je l'avoue. J'ai eu peur. Comme au bord des falaises.
Le concierge de l'hôtel revenu avec mon billet d'avion.
Je pourrais rester. Oui... Que serait-il arrivé ?
Quelque chose m'a dit que c'était trop risqué.
Que je n'étais pas à la hauteur. Et que j'allais en chier.
Partir pour JFK était de ces déchirements acides et voluptueux.
La situation était trop compliquée. Quasi vaudevillesque.
Et la pute qui est en moi m'a laissé tout seul avec mes scrupules.
Dans ce nouvel avion pour rentrer à Paris.
Aux Frigos, j'étais moins élégant. Banderas en déroute.
Quand le destin s'amuse. Je ne l'ai pas trouvé drôle.
Et faute de ciseaux, j'ai trouvé l'escalier pour m'enfuir à nouveau.
Je suis fait pour la mer et les pins parasols.
Je m'y cache aujourd'hui avec les cheveux courts.
Je ne suis pas poète mais je tiendrai mon rôle.
Je suis fait pour la mer. Je suis fait pour l'amour.
Et il y a quelques trains que je n'ai pas ratés.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Le noeud

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Tu devrais ouvrir ton col.
Défaire le nœud de ta cravate.
Tu transpires. Sembles mal à l'aise.
Défais le nœud de ta cravate. Défais le nœud.
Tu manques d'air. Défais le nœud. Défais-le je te dis.
Ce nœud que je serre dans ton dos pendant que tu te débats.
Tu ne peux plus respirer. Ni par le nez. Ni par la bouche.
Tu devrais ouvrir ton col. Ouvrir la fenêtre. Ouvrir tes poumons.
Je serre le garrot. Dans ton dos. Ton sang peine à circuler.
Je ne suis pas en situation de le vérifier par moi-même.
Une érection commence à pointer sous le pantalon de ton costume.
Le gourdin des pendus. Qui s'agite aux efforts que tu fais pour ne pas mourir.
Tu es comme une volaille en panique. Que je tiens fermement.
Le nœud de ta cravate. Ton cœur bat dans tes tempes. Le sang à fleur de peau.
Tu ne peux même plus crier. Aucun son ne sort de ta bouche.
Je te le dis mon vieux. Tu devrais ouvrir ton col. Ouvrir ta chemise.
La suffocation. Ce n'est pas agréable. C'est aussi atroce que la noyade.
Je donne un tour de vis. A cette corde Valentino Garavani.
Comme à une crise de démence, tes bras tendus balaient la surface du bureau.
Tu fais valser la lampe, le cendrier, tes dossiers, quelques stylos en volées.
Défais le nœud de ta cravate mon vieux. Bander ne te sert à rien.
Il te faut de l'air. Tout de suite. Sur le champ. Tu es en mauvaise posture.
                                                                           
Non. Aucun mobile.
Il n'a pas couché avec ma femme. N'a pas violé ma fille.
Je ne suis pas marié. 40 ans. Célibataire et sans enfants.
Ce n'est ni une vengeance ni un crime passionnel.

Il ne me trompait avec personne. Je n'étais pas son amant.
L'argent ne m'intéresse pas. Je n'étais ni son associé. Ni son héritier.
Je me foutais de son fric. Ne cherchais pas à lui voler quoi que ce soit.
Non, pardon. Aucune raison. C'était comme ça. Pour le plaisir.
" C'est lorsque le corps arrête de se débattre que vous atteignez l'orgasme...
Lorsque vous sentez que la vie l'abandonne, que la flamme s'éteint... n'est-ce pas ? "
Le psychiatre qui me parle a quelque chose de pervers dans le regard.
Je me dis que lui aussi n'est pas loin de l'érection. Sans avoir de corde au cou.
Il parle de pulsions. La pulsion sexuelle et la pulsion de mort.
Dit que la mort c'est la castration. Pendant que je me lime les ongles.
Je le regarde un moment. Me dis que je n'aimerais pas le voir nu. Il est assez répugnant.
Je pense qu'il aimerait bien que je le castre. Mais je ne lui ferai pas ce plaisir.
Il s'était interrompu dans son délire. Pensant que j'allais lui révéler quelque chose.
Mais je me suis replongé dans ma manucure sans exprimer une once d'émotion.
Ou alors, un soupçon de lassitude. Oui. Voilà. Quand tout cela m'ennuie profondément.
                                                                           
Entre Freud, Jésus et la République,
bien du monde fut convoqué aux entretiens qui se sont succédé.
Personnellement, je n'ai pas eu une enfance malheureuse.
Mon père ne m'a jamais violé. Ni aucun de mes frères.

Mes parents ne buvaient pas. Ne me battaient pas.
Non seulement ils ne m'ont pas abandonné mais ils m'ont beaucoup aimé.
Nous n'étions pas pauvres. Nous n'étions pas riches.
Un environnement sain en somme. Middle class. Sans histoires.
Je suis allé à l'école, au collège, au lycée. Et même à l'université.
J'avais des amis. Et des petites amies.
" Qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?... "
On me dit qu'il faut que je fasse un effort. Que je me fasse passer pour fou.
Quand je ne suis pas sûr de préférer la camisole chimique à la prison.
Devant le miroir des toilettes, méthodiquement, je croise le grand pan sur le petit pan,
le col relevé, fais passer le grand pan sous le petit pan puis dessus, préparant la boucle
pour le nœud double que je viens ajuster avec mes doigts précis aux ongles ras.
Je vais probablement être confronté à la famille de la victime.
Et je veux faire bonne impression.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Le reflux

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Le clocher décalotté, les échafaudages commencent à se rétracter.
Libérant la cloche énorme dans sa grille au sommet du campanile.
Et le cadran d'une horloge est révélé au milieu de son cube de marbre.
A l'aide d'une poulie, des ouvriers font descendre les pièces métalliques
d'un jeu de construction, de cette armature dont la cathédrale n'aura plus besoin.
Le reflux est laborieux. Lorsque des travaux sont ouverts par ailleurs.
Après la restauration de la tour, on s'attaque à la rénovation du parvis.
Mon platane n'a pas encore le frémissement des bourgeons qui le fera verdir,
ses branches toujours nues me permettent de voir ce qui se passe derrière.
Lorsqu'au paravent de l'échafaudage succédera sans doute celui du feuillage de mon arbre.
Mon clocher est pudique. Et je veux bien respecter son intimité comme ses paradoxes.
Une délégation menée par l'architecte Philippe Pous évolue sur la place.
Une stèle de marbre rose dans le sol, posée comme un paillasson devant la porte,
au pied du porche monumental, devra être sauvée.
Elle servit probablement d'autel en d'autres temps. Celui de l'église primitive sans doute.
Et l'on circule, avec des plans à la main, pour évaluer ce que l'on fera en bonne intelligence,
au milieu de barrières protégeant des trous faits dans la chaussée pour accéder aux canalisations,
à tous les réseaux cachés, d'eau, de gaz, qui assurent le bon fonctionnement d'une ville.

 

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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Côté piscine

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Le marbre moucheté de vert et de gris. Des marches de l'escalier.
Qui montent dans l'obscurité d'un étage où sont réparties quatre chambres.
Peinture à l'eau. Du vert pour le salon et les parties communes.
La cage d'escalier. Le palier. Le couloir.
La chambre côté rue est jaune. Celle côté piscine est rose.
Du même côté, il y a celle des garçons avec des lits jumeaux qui est bleue.
L'odeur du vernis à bois est épaisse. J'ouvre le store et la fenêtre.
Installe des fringues sur des cintres, dans la penderie bâtie, encastrée,
et retrouve les senteurs poussiéreuses de dessus-de-lit aux imprimés passés.
La chambre que j'ai toujours partagée avec mon cousin.
Les deux lits simples sont séparés par une table de nuit et sa lampe de chevet.
Un avion passe sur la maison. Avec ses réacteurs assourdissants.
Il va atterrir à Barcelone.

                                    

Philippe LATGER
Mars 2013 à Perpignan

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