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La nacre du crépuscule

Publié le

C'est une respiration calme.
Les battements de palmes
sous-marines.
La quiétude de l'espace.
Du silence.
Tranquille.

La peur s'est retirée.

Il n'y a que la confiance
et l'émerveillement.
La mort n'existe pas.
Ce n'est pas ce qu'on croit.
Ce n'est pas ce qu'on voit.
Et s'ouvre un vrai sourire.
Emu. Joyeux.
Heureux.

C'est la mer qui respire.
Au clapotis timide
du repos mérité.
La nacre du crépuscule.
La réconciliation.
Avec tous les mystères.
Peu importe ce qu'on sait.
Tant que l'on sait vivre.

Ce que l'on aime

ne disparaît jamais.
Rien ne sert à rien.
Pour qui sait créer.
Aimer n'est que sauver
de la disparition.
Aimer c'est conserver,
la force de dépasser
tous les renoncements.

L'écume légère vient balayer
le jour qui fuit vers d'autres terres.
L'angoisse se tait devant le ciel
où scintillent les premières étoiles.
Ce monde est un cadeau. Une hallucination.
Au point de douter de ce qui existe.
Si l'on voit encore briller ce qui n'est déjà plus,

quelle différence au juste
entre ce qui est
et ce qui a été.

La peur se tait quand on écoute.
Pour qui sait vivre et écouter.
La respiration de la mer.
Qui s'ouvre à nos poumons.
Où l'on oublie la sienne.
Pour être plus que soi-même.
Être tout ce qu'on aime
et ce qu'on a aimé.
Quelle joie d'être au monde.
Et de n'en rien comprendre
pour pouvoir le créer.
Et tout réinventer,
rêver et repeupler
de nos immenses
solitudes




Philippe LATGER / Mai 2023

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Face à la Chine

Publié le

Les bagages furent rangés méthodiquement dans le coffre.
Les filles firent le tour des chambres avant d'arpenter d'un pas décidé les coursives du motel,
et de descendre les escaliers dans le souffle humide de l'océan pour rendre les clés à la réception.
J'observais le manège, adossé à l'aile arrière de la voiture en finissant ma cigarette roulée.
Le Pacifique postillonnait toute sa flotte dans une bruine tenace qui stagnait sur Santa Barbara.
Mes camarades piaffaient de gagner le désert. Aller chercher le soleil et la chaleur dans le Nevada.
Je n'éprouvais pas leur impatience. La brume accrochée aux palmiers de la côte ne me déplaisait pas.
Le mélange inattendu de baie mexicaine et de front de mer britannique avait son charme à mes yeux.

Les jeunes surfeurs avaient gardé leurs combinaisons pour chercher la vague de part et d'autre du ponton.
Je n'avais pas eu le temps d'intégrer complètement le fait que nous étions au bord d'un continent entier.
Des plateformes pétrolières à l'horizon étaient alignées comme des vaisseaux de guerre prêts à intervenir.
Face à cette masse d'eau, j'étais davantage pris par mes propres états d'âme que par ma situation présente.
J'avais la Chine en face de moi. Le Japon et la Chine. Et mon esprit s'interrogeait sur mes choix de vie.
Ma situation professionnelle. Ma situation amoureuse. Santa Barbara n'existait pas. Ou pas vraiment.
Les filles prirent place et, au claquement des portières, il me fallut me résoudre à écraser ma clope.
Nous allions quitter la ville. Eviter Los Angeles en passant par Santa Clarita pour franchir la Sierra,
cette muraille légendaire aux sommets enneigés qui bloquait son énorme nuage gris sur la Californie.
Nous avions convenu que, de l'autre côté, nous rejoindrions la 15 pour Las Vegas à Victorville.
Le ciel serait bleu. La température ne manquerait pas de doubler. Les filles rêvaient de piscine.
De chlore, de bronzage et de machines à sous. 




Philippe LATGER / Mai 2023

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Je te petit-déjeune

Publié le

Pieds nus sur la terre cuite, dans l'ombre encore fraîche,
l'air déplace un peu de canicule de l'extérieur, pour faire plisser les yeux,
à deux doigts de la chair de poule, comme pour prévenir du choc. Devancer le brasier.
En dansant les ténèbres. Ce corps sort de son lit ou de la douche, direction la terrasse,
qui domine la piscine dont les ondes frissonnent sous les pins parasols.
Au-delà, c'est un bleu incandescent qui brandit déjà son soleil impitoyable
dans un vacarme de cigales étourdissant.

Je ne veux rien d'autre que cette terre cuite, à peine fraîche, sous les pieds nus,
lorsque mes jambes me guident au radar jusqu'à la table du petit-déjeuner.
Je ne veux pas de l'ombre sur le beurre fondu, quand je suis prêt à brûler vif au soleil.
L'odeur du café qui m'attend s'accorde à celle de la résine, à celle de la mer.
Le verre de jus d'orange. Le croissant. Les cigales. Notre grasse matinée.
Nous avons peu dormi. J'ai une faim de loup. Confiture. Orange amère.
Le bleu grec dans le ciel pour pleuvoir sa lumière sur tes cheveux bouclés.
Tes lèvres épaisses et encore grasses de viennoiseries viennent chercher ma bouche.
Le café dans la moustache. L'orange dans la barbe. Les figuiers de barbarie. Et les bougainvilliers.
Mon père a raison. S'il faut mourir, autant mourir devant la Méditerranée.
Notre berceau est notre tombeau. La source l'arrivée.
Comme à ta bouche que je mange au petit-déjeuner.
La peau de ta nuque est salée. La peau de ton épaule est salée.
Les poils de ton aisselle sont salés. Et mes soifs insatiables.
Le sexe, c'est la vie. C'est la pulsion vitale et le secret des dieux.
De la vie et la mort. Du début, de la fin. La Méditerranée. Notre cérémonie.
Je vénère ta beauté aux splendeurs de l'été qui voudraient l'égaler.
Ma main se fait virile. Au galbe pectoral. A celui du fessier. J'ai soif de te manger.
Les cigales se répètent et s'entêtent si fort que ça devient du silence. Un vertige.

Des muscles t'emprisonnent pour que tu te débattes, la poitrine écrasée.
Tu geins à ma salive pour mieux m'encourager. Ça sent le pain grillé.
Tu minaudes pour m'agacer quand tu sais à quel point ça m'agace.
Tu fais des manières pour que je te colle une fessée, que je t'écarte les fesses,
et que je t'encule une fois pour toutes pour que tu arrêtes de minauder.
L'été puissant est un volcan. Tu joues avec le feu et ses coulées de lave.
A l'ombre des pinèdes où l'on marche pieds nus pour n'aller nulle part.
De la chambre à la douche. De la douche à la chambre. Pas même à la piscine.
La nuit pourra tomber au centre de la terre, au ventre de la lune,
sans que nous ayons la culpabilité de n'avoir rien fait d'autre qu'entortiller les draps.
Ils s'enroulent comme neige à nos jambes poilues. Et je remercie Dieu pour tout ce qui existe.
Le café. Le tabac. Les oranges amères. Les croissants. Ton sourire. Et les ventilateurs.
Les taies dans tes cheveux. Les voluptés lascives. Je lèche tes aisselles sans être rassasié.
Aux lumières qui hésitent entre aurore et couchant, entre aube et crépuscule sur nos immensités.
Dieu est dans le coït. La mort est dans l'orgasme. Où la chair recompose toutes les dimensions.
L'éclair de vérité aperçu au sommet des ascensions profanes. L'espace de secondes à fleur d'éternité.

A nos sorties de corps, quand le mien dans le tien se fraye son chemin, le diable tient ses promesses.
Ce serviteur fidèle nous accompagne encore au seuil de paradis dont nous avons les clés.
J'aime l'orange amère. Te petit-déjeuner.
Et je pourrais mourir enroulé contre toi dans l'étreinte solaire de notre intimité.
Tu es l'amour de ton amour. Tu es l'armure de ton armure. Tu es la force de ta force. 
Son énergie et son écorce. Quand j'imagine te protéger.
La terre cuite et le café. Tu me protèges. La pleine lune dans la piscine.
Je peux mourir. J'ai tout compris de ce monde au moment où je l'ai aimé.
J'ai tout aimé de ce monde au moment où je t'ai compris. Puisque tu en fais partie.
Que je t'ai rencontré. Et que la messe est dite.
La Méditerranée.
Que je petit-déjeune.
A saciété.



Philippe LATGER / Mai 2023

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Pour mémoire

Publié le

Il n'y a qu'une vie pour ce corps.

Philippe LATGER / Mai 2023

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Le bal des volutes

Publié le

Il y avait une gestuelle étudiée, rituelle,
qui consistait d'abord à chercher le paquet dans une poche,
à en sortir une cigarette pour la flanquer au coin de la bouche,
à se saisir d'un briquet pour le porter sous le nez,
s'aidant parfois, en extérieur, de l'autre main pour protéger la flamme du vent.
Cela relevait de la chorégraphie.
Une répétition de gestes immuables. Jamais tout à fait les mêmes.
Quand l'effet du zippo qu'il fallait décalotter, faire flamber comme un chauffage à gaz

d'une épaisse flamme bleue puant l'essence dont il fallait fermer le clapet d'un coup sec du poignet,
digne du coup de fouet, du coup de sabot ou d'un coup de reins, avait une superbe tauromachique.
Craquer une allumette demandait une même promptitude, une âpreté virile, une précision maîtrisée,
avant de laisser dédaigneusement le poing s'agacer, comme agitant un éventail pour en venir à bout.
Le corps jouait des épaules, jouait du coude, jouait des mains et de ses dix doigts,
dans une danse sans cesse renouvelée.
A la première taffe, il fallait basculer la tête en arrière, lever le menton dans une profonde inspiration.
Et les volutes expirés comme des méduses pouvaient envelopper la silhouette, s'enrouler en spirales
comme les franges d'une robe flamenca, ou une longue chevelure capable d'amplifier les mouvements.
Ecraser la cigarette dans un cendrier, était aussi une affaire sérieuse qui se voulait cérémonieuse.
La multitude de gestes synchronisés comme autant de figures, pouvait se dérouler en laissant à l'interprète
la liberté d'organiser ses propres variations à l'égal d'un soliste virtuose.
Bien que parfaitement réglé, le ballet concédait de larges marges d'improvisations.
On pouvait changer de main. Inhaler ou crapoter. Expirer la fumée en face ou de côté.
Fumer était en fin de compte l'une des activités humaines les plus maniérées du monde.
Outre l'accoutumance à la nicotine, il y a sans doute celle à cet étrange tai-chi qui s'ignore.
Les fumeurs prennent des poses. Le poing en l'air. L'air inspiré. Les yeux mi-clos.
Donnent l'impression d'être intelligents ou créatifs. Ils dansent. Ils jouent.
Pour se mettre à distance. Des autres comme d'eux-mêmes.
Se planquer. Se projeter. Se protéger.
Danser ou disparaître.



Philippe LATGER / Mai 2023

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... qui croyait prendre

Publié le

Il faut quand même être con
pour penser que je le suis.



Philippe LATGER / Mai 2023

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Dali en mieux

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Après des années d'études menées sans relâche, alimentées par une succession de faits concordants,
nous sommes désormais en situation de pouvoir l'affirmer sans trembler, car c'est l'exacte vérité.

Nous sommes certains et pouvons annoncer solennellement, pour en avoir les preuves irréfutables,
que Maxime Gralet est la réincarnation du maître Salvador Dali.


FIGUERES - PERPIGNAN en 8 semaines *
* le chiffre 8 est le symbole de l'infini,
celui qui réunit le physique et le spirituel.
Le temps qu'il faut à une âme pour passer d'un corps à un autre.


Le maître catalan, disparu le 23 janvier 1989 à Figueras,
après un voyage cosmique de 56 jours, soient 8 semaines,

est ainsi revenu au monde le 20 mars 1989 à Perpignan,
dans le corps d'un enfant de sexe masculin,
qui s'avérera aux yeux de tous être la version augmentée de Dali.

Aux lois de l'antigravitation comme à celles de la dérive des continents,
il faut ajouter le mystère de la brèche dans l'espace-temps qui permit,

en un mois et 28 jours de reconfiguration céleste, à l'âme du maître du Surréalisme
d'être aimantée par la force magnétique du Canigou à quelques kilomètres de sa première incarnation.
Ainsi, le voyage ne fut donc pas seulement celui qui conduisit cet esprit de Figueras à Perpignan.
Troublant de constater à quel point Dali eût de son vivant, l'intuition du lieu de sa prochaine naissance.
La puissance tellurique de la tectonique des plaques concentrées dans les Pyrénées
ont fait de Perpignan le point de résistance qui tient l'équilibre du monde.
Le nouveau Dali ne put voir le jour ailleurs qu'en ce lieu où il eut la révélation de lui-même.

Revenu optimisé, le maître peut donner libre cours à son génie dans sa nouvelle existence terrestre,
bien au-delà du dessin, de la peinture et de la sculpture, dans toutes les disciplines, dépassant désormais

celles des arts plastiques, pouvant ainsi explorer, avec la même virtuosité et le même panache,
doué d'une proprioception exceptionnelle, rien de moins que la danse et la musique,
ajoutant de nouvelles cordes à son arc.

Les preuves, toutes vérifiées scientifiquement, nous permettent cette conclusion qui n'étonnera personne.
Maxime Gralet est la réincarnation de Salvador Dali.
Il l'est bel et bien. Ou bien Dali en mieux.



Philippe LATGER / Mai 2023

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Nous sommes H2O

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Elle ruisselle le long des lianes de cheveux.
Le front tourné vers les nuages, l'eau tombe du ciel à la renverse
en gouttes épaisses, qui explosent sur chaque chose, les obstacles à leur chute,
dont ta tête et tes épaules, alors que tu restes là, debout, sous une douche tiède.
Elle pleut à verse, cette eau légère, voyageuse, rappelée au sol par l'attraction terrestre.
Elle vient pleuvoir sur ta silhouette immobile, ce corps torse nu aux bras ballants,
qui accueille ce don comme un refuge, le retour à l'élément premier.
Le corps humain est constitué d'eau, à près de 65%.

Nous sommes H2O.
L'eau recouvre à 72% la surface de la planète.
Elle est notre matière. Notre matrice. Notre matériau.
Sous forme de vapeur, de glace ou de liquide, elle est partout.
Et nous n'en manquons pas.
Dans son cycle éternel, elle tourne en boucle dans la biosphère.
Dans la société des hommes, son usage est politique, son partage est politique,
son traitement et son accès sont politiques.
C'est ce traitement politique qui conditionne des inégalités et des privations.
C'est ce traitement politique qui conditionne une rareté organisée.
Sa rareté n'est pas une donnée naturelle. Lorsqu'elle n'est pas rare.
Elle n'est pas précieuse par sa rareté mais par son omniprésence.
Elle est précieuse parce qu'elle est la condition première de la vie.
Elle est précieuse parce qu'elle est l'élément vital.
Elle est précieuse mais elle n'est pas rare.
Lorsqu'elle est majoritaire en toute chose vivante.
Lorsqu'elle est la base de tout être vivant.
Que toute forme de vivant a besoin d'eau.
Elle est précieuse. Mais elle est tout sauf rare.

Sa rareté est une construction politique et économique.
Elle n'est pas une réalité naturelle.
Notre organisme d'être humain est composé d'eau à près de 65%.
Nous sommes H2O.



Philippe LATGER / Mai 2023

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Aux vingt ans d'une révolution

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L'abstraction avait sa raison d'être
face à la matière.
L'abstraction peut-elle survivre à la dématérialisation ?


Philippe LATGER / Mai 2023

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Baiser le bonheur

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Le ponton dans la brume.
Venice Beach dans son nuage de cannabis.
Les hippies hippocampes. Aux rollers batteries.
Au ruban de béton qui serpente.
C'est afro. Américain. Le reggae. Le rouquin.
Les amours dissolues. Ou le poison effervescent.
L'eau c'est beau. L'océan. Pour les nains. Les géants.
Les enfers en rouleaux. A tous ses bracelets.

Quand le rap à mes lèvres a sa virilité.
A Santa Monica. Aux falaises. Aux palmiers.
C'est le bonheur qui rampe, qui cherche à m'attraper.
Aux embruns de ganja les hippies hippo campent
sur le sable mouillé, où les maharajas se dévoilent, se dénudent,
se déhanchent, s'évaporent entre eux dans la fièvre avant l'aube.
A la source latine. C'est afro. Mexicain. La salsa. Le bouquin.
Les muscles écumants crucifiés aux machines.
La sueur est salée. Elle perle à ton aisselle.
Jusqu'à Manhattan Beach où l'on monte sans selle
au galop vers le large et le soleil couchant.
L'horizon pélican. L'hippocampe et le vent.
Au baiser le bonheur.



Philippe LATGER / Mai 2023

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