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Les moutons malades

Publié le

Dans l'ire, l'écriture.
Le désespoir changé en force.
Pour faire la paix. Refaire l'amour.
Et la part belle.


Philippe LATGER / Décembre 2022

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L'été tombeau

Publié le

Dans l'obscurité de la chambre à l'étage, le jeune homme vint s'asseoir tristement au bord du lit.
Le coeur lourd. Déchiré en fait. Ses forces étaient concentrées sur une seule chose. Ne pas pleurer.
A 23 ans, il aurait dû être avec ses amis à la plage, à quelques encâblures de là, à rire et à rêver,
à courir et chanter, à jouer à aimer. Avec les gens de son âge.
Mais sur le périmètre de la parcelle. Du jardin. De la maison. De la chambre.
Le temps s'était arrêté. L'été s'était figé pour devenir un tombeau. Le ciel leur était tombé sur la tête.
Le volet était rabattu pour laisser la lumière et la chaleur dehors. Le plus loin possible.
L'ombre n'était plus là pour la sensualité des choses, le contraste voluptueux permettant les siestes.

C'était celle de la mort. Emportant le crépi et la chaux blanche dans un monde entre deux mondes.
Il fallait qu'il règle des choses avec elle. Il savait qu'il devait lui parler. Tant qu'il en était encore temps.
Allongé sur le côté, au bord du lit, il lui prit la main. Elle était sur le dos, la tête calée dans les oreillers.
Comment pouvait-elle ne pas comprendre son propre fils ? Comment cela était-il possible ?
Il prit le temps de lui expliquer. Son appétit pour la vie. Pour les gens. Pour les choses.
Grâce à elle. Grâce à ses parents. Il avait cet appétit. Cette curiosité. La conscience d'être en vie.
Grâce à elle. Il avait la conscience du privilège. De la chance d'être là. De l'urgence d'en profiter.
Grâce à elle. Il aimait la vie et la dévorait à pleines dents. Il aimait les gens. Il aimait séduire.
Comment sa propre mère pouvait-elle ne pas comprendre ? Ne l'avait-elle pas vu grandir ?
Prendre plaisir à sourire à tout le monde. Apprenant vite à obtenir des choses en souriant.
Apprenant vite à séduire les adultes. Hommes et femmes. Comment ne l'avait-elle pas compris ?
Il cherchait ses mots. Prenait le temps de les choisir pour ne pas la heurter. Pour ne pas la blesser.
Il n'était pas en rupture avec ses parents. N'était pas en rupture avec elle. Il aimait ses parents.
Etait reconnaissant pour leur amour et leur éducation. N'avait que des merci dans la bouche.
Pour les valeurs transmises. Qu'il faisait siennes. Qu'il respectait comme héritage familial.
Qu'il endossait intellectuellement et moralement avec son propre libre arbitre et raisonnement.
Des valeurs qu'il faisait siennes à double titre. Et qu'il comptait bien transmettre à son tour.
D'une manière ou d'une autre. Il fallait la rassurer. Il ne rejetait pas ses parents. Ni leur modèle.
Il était plein de ce qu'ils lui avaient inculqué. Et pour la transmission, quelle que soit sa vie amoureuse,
quels que soient les moyens, il transmettrait l'héritage. Moral et culturel. Les valeurs de sa famille.
L'histoire de sa famille. Et. Après avoir tourné autour du pot. Il se décida à aborder la question.
Il sentit qu'il fallait aller au but. Qu'il lui devait ça. Pour qu'elle puisse partir en paix.
Il concéda qu'il n'excluait pas de faire des enfants.
Quelque chose répondit dans la main de sa mère qu'il serrait dans la sienne.
A cette idée, quelque chose avait réagi. Le sang. La chair. Avaient réagi à cette perspective.
Il fallait qu'il explique. Combien il était artiste. Rêveur. Plein d'imagination.
Comment était-ce possible ? Avait-elle oublié l'enfant qu'il avait été ? Musicien, clown et poète ?
Qui faisait des spectacles sans cesse ? Qui jouait avec les mots et le piano ? Qui inventait des histoires ?
Qui faisait du cirque et du cinéma ? Qui aimait danser et chanter ? Qui aimait faire du théâtre ?
Il dut lui rappeler l'homme qu'il était. L'enfant qu'il avait été. Avec son imagination et sa fantaisie.
Sa poésie et son intelligence. Sa séduction et son appétit de vivre. D'aimer et d'être aimé. A cause d'elle.
Grâce à elle. Qui l'admirait et l'encourageait en l'admirant. Le petit prince de la maison. Le petit soleil.
Elle ne le comprenait plus. Voulait savoir avant de mourir, quel homme il s'apprêtait à devenir.
Il dut expliquer. Trouver les mots pour expliquer. L'artiste qu'il voulait devenir. Le musicien. Le poète.
Avec la fantaisie mais aussi la responsabilité. La force et le courage. L'honnêteté et la sincérité.
Il fallait être schizophrène. Sur ses deux jambes. Rêveur et réaliste. Abstrait et concret. Artiste et rationnel.
Artiste et responsable. Il pouvait être tout ça à la fois. Avec le caractère et les valeurs morales espérées.
Son rapport au réel était plus complexe que celui de sa mère. Mais il en avait un. Solidement construit.
Intuitivement. Spirituellement. Mais aussi scientifiquement. Intellectuellement.
Sans lui en faire la promesse formelle, il le lui laissa entendre. Lorsque c'était le vrai sujet.
L'homme qu'il deviendrait serait assez sérieux et responsable pour avoir des enfants.
Elle serait fier de lui.


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Vieux et con

Publié le

Tu me fais la gueule ?
- Bien sûr que oui.
- Ah... Et donc ?... tu ne veux pas me parler ?
- ...
- Voilà, c'est ça. Tu ne veux plus me parler. Tu boudes.
- T'es qu'un vieux con. C'est tout.

- ... Je peux faire quelque chose pour que ça s'arrange ? ...
- ...
- Vieux et con, j'en conviens, ça ne s'arrangera pas, d'accord, mais voyons ... Tu veux des excuses ?...
- J'en veux pas de tes excuses, ça ne marche plus.
T'es juste un vieux con, jaloux comme une teigne. Pourquoi tu ne reconnais pas que tu es jaloux ?
- Je ne suis pas jaloux. C'est toi qui es une chieuse. Je ne t'ai pas fait une scène, je t'ai envoyé chier.
Fin de l'histoire. Là, c'est toi qui boudes... Pour ma part, c'est ok, on passe à autre chose, tu sais bien,
je peux être susceptible, très susceptible même, c'est vrai... mais je ne suis pas rancunier.
- Je savais que tu allais dire ça. Tu dis toujours ça.
- Tu fais tes caprices et, de temps en temps, ça arrive, il m'arrive de perdre patience. Désolé. Rien de grave.
- Tu es violent. Tu es méchant.
- Parfois. Oui. Et parfois, il t'arrive de préférer que je le sois. Mais je suis aussi doux et gentil.
- Oui, je sais, tu es gentil si on est gentil avec toi. Et je ne suis pas gentil avec toi.
- Ben, en l'occurrence, je me défonçais pour essayer de t'aider, et je me suis un peu retrouvé tout seul.
- Je t'ai rien demandé.
- ... D'accord. Tu ne m'as rien demandé.
- Et je n'ai rien fait de mal.
- C'est vrai. Tu n'as rien fait de mal. C'est moi qui ai mal réagi.
- Et je n'appartiens à personne.
- Bravo.
- ...
- Personne n'appartient à personne.
- Ta gueule.
- Ok.
- ...
- ...
- Tu pourras me garder le chat une semaine ?

 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Aux idéaux de Sparte

Publié le

Leurs ascensions s'enlacent. Elles s'épousent. S'entrelacent.
Chacun a son parcours, mais les trajectoires se hérissent, se propulsent en hélice. Ensemble.
Cela s'enroule l'un sur l'autre, comme dans une tornade. Et ça prend de l'altitude.
A la tempête, les sinusoïdes de leurs indépendances s'enchevêtrent en se lovant dans une même torsade.
Fougueusement. Pur sangs. Offrant leurs torses. Aux crinières de courses rugissantes qui s'entrecroisent.
Des chemins côte à côte. Des sentiers qui se recoupent. Chacun son souffle, ses choix, son ambition.

Et ça tisse en spirales une corde très épaisse. De celles que les pêcheurs utilisent en haute mer.
Des fils frêles et fragiles qui dans leur ivresse forment un câble en acier qui résiste à toutes les forces.
Dans ce mouvement hélicoïdal qui les emporte vers le ciel, où leurs lignes parallèles finissent confondues,
dans leurs colimaçons vertigineux, ces deux vies créent ensemble cette tresse souple, dense et puissante,
qui pousse, et pousse encore, qui n'en finit plus de pousser, et que personne ne pourra jamais plus couper.
Les deux lianes qu'ils sont, adhèrent l'une à l'autre dans leurs rouleaux qui s'amplifient et progressent.
Elles prennent de la hauteur. Leur croissance monstrueuse et vorace créent le plus beau cordage de la forêt.
Ce sont deux êtres qui valsent ensemble sans s'en rendre compte. Avec légèreté ou inconscience. 
Jusqu'à l'amalgame. Librement ligotés. Etroitement joints, et serrés comme aux noeuds des lacets.
Deux libertés qui forment en s'enroulant la colonne salomonique la plus robuste de toutes les cathédrales.
Deux évanescences dans leur fuite en avant, qui prétendent ne rien construire, dont l'agitation de lucioles
aux sinusoïdes obsessionnelles finissent par construire quelque chose malgré elles.
C'est la roue du véhicule qui avance. Elle croit tourner en rond mais elle avance.
Et supporte sans efforts des charges colossales dont elle n'a pas idée.
Les entrelacements de leurs bras, de leurs jambes, de leurs ébats, de leurs combats, assurent l'assemblage.
Ils se jettent l'un sur l'autre, se repoussent, se défendent d'être ensemble, mais créent un jumelage.
Aux canaux de leurs routes et de leurs ambitions. Il y a l'aspiration. Quand la nuit a faim de leurs lumières.
Pour les emporter, à la force centrifuge de leurs duels dans l'espace d'un ring, au-delà des étoiles.
Si ça se tourne autour comme pour un match de boxe, la machine s'active et tout l'engin décolle.
Un voyage dans l'espace. Quand faute de vivre ensemble, ça vieillira ensemble.
Avec mieux que l'amour : la confiance. Plus rare et plus précieuse que le premier.
Sans trop savoir qui des deux est le Sancho Panza de l'autre.
Amour ou amitié, peu importe ce que c'est. Quand ça dure, quand ça tient, quand ça endure.
Lorsque ça ne gêne aucune des deux trajectoires. Et qu'au contraire, ça les encourage et les renforce.
Sans compromis pour soi-même. Sans conditions. Ni injonction de devoir changer quoi que ce soit de soi.
La liberté, mais sans être seul lorsqu'on ne veut plus l'être, ou qu'on ne peut plus l'être.
Le privilège du compagnonnage viril, de l'amour véritable, en fraternité, en désinvolture ou en courage.
Tricotant sans le savoir un idéal de lien qu'aucun couple n'obtient. Pas même aux idéaux de Sparte. 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Offert aux tramontanes

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Je l'envie. L'arbre.
D'être deux fois plus grand que lui.
La résine aux couleurs de l'ambre.
Ses feuillages ouverts au monde aérien.
Ses racines ouvertes au monde souterrain.
Je l'envie. L'arbre.
Qui prend le temps de croître.
De prolonger sa branche. Entre celles d'un autre.

Qui prend le temps de vivre. De chercher le soleil.
Offert aux tramontanes. Aux brumes et à la pluie.
Je l'envie. L'arbre.
Chacun de ces platanes qui envoûte ma route,
ombrage mes fontaines, avec une bonté philanthrope et urbaine.
Qui troque l'oxygène contre du CO2. A nos inspirations.
Je l'envie. L'arbre.
Du silence qui grouille. De son activité.
Sa sensibilité. Puissante. Fragile. Vibrante.
Je l'aime. L'arbre.
Le cyprès et le cèdre. Et le pin parasol.
Je vais les saluer. En toute fraternité. Sincère. Respectueuse et émue.
Le chêne. L'olivier. Comme l'eucalyptus.
Je l'envie. L'arbre.
Qui se dresse et prend souche.
Dans sa gourmandise d'eau. Majestueuses ripisylves.
Où je sens toutes les sociétés et les intelligences.
Je lui envie son écorce et sa sève. Ses feuilles et ses fleurs.
Et ses frissonnements fugaces.

 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Les bois dormants

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Mon oeuvre littéraire est une forêt de ronces.
 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Fontfroide

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Le buis le dispute au gravier. Tout autour, sous les arcs brisés, trois oculi ajourent les tympans.
La verdure moussue des cyprès calfeutre le nid de pierre couleur sable. Tu t'émerveilles.
Je m'émerveille de l'émerveillement.
Les chants grégoriens te bouleversent. Fontfroide.
Le désordre cistercien. Où je pourrais me retirer. Pour aimer Dieu avec toi.
L'abbaye le rappelle à qui en douterait. Les arts et la spiritualité sont inextricablement noués.
Une même corde. Quand les uns libèrent l'autre. Quand l'autre libère les uns. 
Les voix s'élèvent d'une même foi. Intime. Universelle. Douce. Puissante.

Elles remplissent les cages thoraciques pour les dépasser enfin.
Le repos. La paix. La lumière. Tout est en nous.
Tu comprends la force de qui se déshabille. La force de qui renonce aux vanités humaines.
Tu comprends que vouloir être quelqu'un est un amusant sophisme.
Quelqu'un, nous le sommes tous déjà. Et c'est ce que nous perdons à vouloir être quelqu'un d'autre.
Quelle drôle de façon de passer à côté de sa vie.
Le cloître est l'inverse d'une prison. Tu le comprends comme une porte. Vers ailleurs.
Le ciel peut-être. L'infini. Une verticalité te pénètre. Nous recompose. Tu as envie de m'embrasser.
Je t'invite à le faire sans nous toucher. Puisque le corps disparaît. Aux buis et au gravier. Aux cyprès.
Aux chants grégoriens qui nous murmurent une vérité. Pris ensemble dans la corde. Avec les arts.
La spiritualité de l'instant qui pulvérise toutes les géographies et les matérialités.
Tu me demandes s'il m'arrive de prier. Je réponds que je n'ose pas déranger ce qui a le sens de la justice.
Et que je préfère célébrer et remercier que demander.
Narbonne aura un autre goût. Une autre couleur. Au bonheur de nous être échappés.
Des vicissitudes du monde des Hommes. Et de ses petites satisfactions. Toujours les mêmes.
Celles d'être mieux que les autres.
Tu me demandes si, quand je dis pour aimer Dieu avec toi... , c'est une façon de te dire que je t'aime.
Je te demande alors si tu te mets en concurrence avec Dieu, ou si tu as compris que c'est la même chose.
L'amour entre deux êtres n'est pas un éblouissement entre deux personnes qui se regardent face à face.
C'est l'émotion intense et partagée de la conscience d'être au monde, ensemble, dans le même espace,
où l'emmêlement des âmes nous rapproche de la vérité des choses. Du divin.
Si nous nous aimons, c'est pour connaître Dieu. Percer une part de mystères. Dont celui de la mort.
Ce qui vaut pour l'emmêlement des âmes vaut pour l'emmêlement des corps.
Le sexe aussi est une façon d'approcher Dieu, si l'emmêlement des corps est un emmêlement des âmes.
C'est encore la corde. Elle attache mais n'emprisonne pas. Elle attache et elle libère.
Les cyprès m'interrompent. Je ne me lasse pas de les aimer. C'est le parfum qui m'a interrompu.
Tu réfléchis. Et me dis que tu t'inquiètes que nous nous regardions beaucoup face à face.
Je te réponds de t'inquiéter si, dans mon regard, au lieu de chercher Dieu, tu te cherches toi-même.
Tu sembles choqué. Tu fais bien sûr semblant de croire que je me suis laissé aller à me comparer à Dieu.
J'ajoute avant que tu ne dises des bêtises, que moi-même, je cherche Dieu dans ton regard.
Je ne m'admire pas moi-même.
Tu te tais. Tu voudrais revenir sur cette histoire de sexe. En quoi y aurait-il de la spiritualité dans le sexe.
Comme pour toute chose, il y en a si on en met. Et cela n'empêche en rien, ni le désir, ni le plaisir.
On ne désérotise rien quand on est dans l'intensité de la présence. Il y a un vertige au fait d'être présent.
Aussi vrai que chacun de nous est déjà quelqu'un, chacun de nous a déjà tout pour être là.
Il suffit de ne pas s'enfuir. Dans les possibles fantasmés ou déroulés sur les écrans d'Instagram.
Il suffit d'arrêter de vouloir être ailleurs que là où nous sommes.
Et arrêter de vouloir être quelqu'un d'autre.
Tu me dis que tu es heureux d'être qui tu es, parce que tu es la personne qui vient de me rencontrer.
Je te réponds que je n'ai pas envie d'être ailleurs que là où je suis. Quand je suis là où tu es.


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Le marmiton

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Du trèfle et des prunes sur le bois blessé d'une longue table de salle à manger.
Des nèfles et des lunes sous les aulx tressés. Le cuir du cartable. Tout est bien rangé.
La maîtresse est brune. L'orange pressée. L'hiver redoutable. L'amour en danger.
Chacun sa chacune aux tables dressées. L'amant lamentable n'est jamais vengé.

Du beurre et des crêpes, des oeufs en gelée, dans la porcelaine bien enfarinée.
Du sang et des guêpes. Les pommes pelées. Tu as brûlé ta haine dans la cheminée.
L'omelette aux cèpes. Viande ficelée, découpée à l'aine, prête à cuisiner.
La nappe et les nèpes l'auront muselée. La marmite est pleine. Le cours terminé.

 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Le vent dans le vent

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Le vent dans les cheveux. Les cheveux dans la glace. La glace dans le feu.
Le feu dans la limace. La limace dans l'eau. L'eau dans le vin. Le vin dans le vent.
Le vent dans ta chemise. La chemise dans la machine. La machine dans la cave.
La cave dans le village. Le village dans la région. La région dans le pays. Le pays dans le monde.
Le monde dans la boîte. La boîte dans le carton. Le carton dans la main. La main dans le sac.
Le sac dans la voiture. La voiture dans le garage. Le garage dans le virage. Le virage dans l'horizon.
L'horizon dans le regard. Le regard dans la vitrine. La vitrine dans la rue. La rue dans le plan.
Le plan dans la boîte à gants. La boîte à gants dans la boîte à chaussures. 
La boîte à chaussures dans les chaussettes. Les chaussettes dans les baskets. Les baskets dans les paniers.
Les paniers dans les pianos. Les pianos dans les doigts. Les doigts dans la confiture.
La confiture dans les pots. Les pots dans les pas. Les pas dans les plis. Les plis dans les plots.
Les plots dans les plats. Les plats dans les grands. Les grands dans le haut. Le haut dans le bas.
Le bas dans le lit. Le lit dans la nuit. La nuit dans tes bras. Tes bras autour de moi.
L'amour dans les cheveux.

 


Philippe LATGER / Décembre 2022

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Ils sont mignons

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Pas nés ceux qui auront ma peau.
Vous croyez quoi ? Qu'on n'a plus rien à dire passé quarante ans ?
Je vous laisse la place volontiers quand vous aurez prouvé quelque chose, ok ?
Il en a encore sous le capot, le vieux. Il a encore des choses à dire.
Des colères. Des indignations. Des extases. Des orgasmes. Il a tout ce qu'il faut. 
Et même des solutions.
Non mais alors. Ils sont mignons.
On se fout de l'âge de la fleur, c'est la fleur de l'âge qui compte.
Être moins vieux que quelqu'un n'est pas une qualité mais une circonstance.
La jeunesse c'est dans l'humeur. C'est la force. La conviction. Et l'insolence.
Tout ce dont vous manquez.
Non mais alors. Ils sont mignons.


Philippe LATGER / Décembre 2022

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