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Voyons

Publié le

C'est grand le silence...

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


- Oui.

 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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Haut-le-coeur

Publié le

Chaque chute te chuchote que je t'aime.
Par le bras, je te tiens. Juste au bord de la tombe.
Les corps basculent dans le vide. Et la vie nous repêche. In extremis. Au ras du sol.
Comme une chatte prend ses petits. La peau du cou. Sauvé des os.
Prends ma main. Je ne la lâcherai pas. Un. Deux. Trois. Tu sautes ?

Je saute aussi.

La pleine lune dans ma fenêtre.

Chaque minute te chuchote que je t'aime.
Le training pour partir dans l'espace
On nous a hissés dans le ciel. Puis lâchés.
Nos corps sont restés derrière nous.
L'estomac, le cerveau, tout est resté en haut.
Nous dévalons le vide.
Et c'est beau.

Ma terrasse sur la ville.

L'essorage. Le tambour de la machine.

Les lumières de la nuit. A l'envers. Ou ailleurs.
Dans l'ouragan artificiel où tout reprend sa place.
Je me fous de ce qu'on pense. De moi ou de ce que j'écris.
Je ne crie pas. J'écoute. Je vis.
Chaque montée. Chaque descente.
Je ne prie pas. J'écris.
Je saute. Et tu sautes aussi.

 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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Cotte de maille

Publié le

Ce n'est pas toi qui auras ma peau
mais la bêtise du monde.

 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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A un fil

Publié le

Satie. A quoi ça tient ?
Si ça tourne en boucle. Calmement. Dans la nuit.
Satie. A quoi ça tient ?
Au fil d'Ariane. Qui ne s'est pas coupé.
Pas cette fois.


Des Gymnopédies familières. Dans les brumes du sommeil.
Se transforment en menaces. Atroces.
De lumières en limaces. Déformées. Qui s'allongent.

Monstrueuses. Et virent au cauchemar.
Au mensonge.

Satie. A quoi ça tient ?
A un fil. Que tu tiens. Et retiens.
Pour me retenir dans ce monde. Le monde des vivants.
Je ne suis pas inquiet. J'essaie de te rassurer.
Mourir, à quoi ça tient.

Ça fait froid dans le dos.

Satie. A quoi ça tourne ?
En boucle dans la nuit. Et du rêve au cauchemar.
Les sueurs froides. Et ta panique.
Le piano maléfique. Corbillard.
Je ne veux pas mourir.
Pas cette fois.

Satie. A quoi ça tient ?
Ça tient à toi, ça me revient.
Des Gnossiennes familières. Dans les ombres du sommeil.
Se transforment en angoisses. Atroces.
Dont on s'extirpe de justesse.
Sur le fil.

Moi, j'étais bien.

 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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De vin

Publié le

Il loue la lie.
 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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La mémoire est pleine

Publié le

Tous les morts qui dansent
ont l'air bien contents.
La tristesse est vaine.
Mourir vaut la peine.
Tous les morts qui dansent

ont fait des enfants.
Léguant à la chaîne
l'amour triomphant.

Dans les cimetières
reposent des gens.
Dans nos bas de laine,
la mémoire est pleine.
Dans les cimetières
plus rien n'est urgent.
Il n'y a plus de haine.
Ni or, ni argent.

Egaux dans la tombe,

les défunts plaisants
chantent des rengaines,
rient de leurs fredaines.
A la nuit qui tombe,
l'espoir apaisant
vient comme une aubaine,
l'aube et le présent.

Tous les morts qui dansent
ont l'air bien contents.
La tristesse est vaine.
Vivre vaut la peine.
Tous les morts qui dansent
saluent leurs enfants.
Léguant à la chaîne
l'amour triomphant.


 

Philippe LATGER / Novembre 2022

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Mecabolisme

Publié le

Au bout du tunnel, une lueur attire l'âme.
Un tunnel vaginal. Une attraction qui n'est pas une fin mais une renaissance.
La conscience s'éteint dans l'aspiration. Pour muer ou muter. Comme aux années-lumière.
S'installe dans un nouveau-né trop jeune pour vivre le présent. Pour la moindre mémoire.
A la première inspiration. Les poumons. Le cordon. Et le son. Le premier cri.
D'une réalité à une autre. Une réincarnation.
Et la combinaison de gènes qui place le nouvel être dans l'ancestrale lignée.

Que fait-on des morts ? On les recycle. On les remet en jeu.
Modifiés par la dernière vie en date. Et par celle d'avant. Et par celle d'avant.

On ne meurt pas. On évolue.
D'une vie à l'autre. D'une génération à l'autre.
L'individu comme l'espèce. A travers les siècles.
On nous recycle.
Mécabolisme.

 

 

Philippe LATGER / Octobre 2022

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Les serpents d'eau

Publié le

Immersion dans les dorures de Klimt.
Notre baiser à l'automne.
Deux longs tapis de feuilles mortes de chaque côté de la route.
Dans ma voiture orange. Nous montions à l'assaut de la brume.
Le col dans les nuages.

Tu avais à cœur de me montrer quelque chose.
Au-dessus de Montfort. Le long de la Boulzane.
Le Canada en mieux. Parce que c'est avec toi.
Les chevaux et les ânes.

Les lacets dans les bois. Les voûtes d'une Sixtine. La mort ravissement.
La forêt flamboyante. Rougeoie sans incendie.
Aux frontières de l'Aude. Où dorment les dolmens.
La mousse vert fluo dans l'ocre lumineux des étés évanouis.
Des tas de confettis qui ont neigé de leurs branches. Où s'enfoncent nos pas.
Pour approcher le temple. Druidique ou bien maya. Qui git en vieux dragon replié sur lui-même.
Tu m'ouvres le chemin. Au frisson d'une source. Aux brindilles cassantes. 
Au parfum des lamelles. A l'écorce de vieux troncs. Couchés dans la ravine.
C'est l'or de Gustav Klimt. Lorsque l'espoir s'incline.
Comme à ton papier kraft et tes autoportraits.

Voilà le monticule. L'accident de rochers. Qui restera secret.
Même à ceux qui me lisent.
Dans cet épais nuage venu s'effilocher dans la forêt des fées.
Où des faons dans mes phares venaient à s'égarer.
C'est la fin d'un été. Des illusions fugaces. Pour préférer construire.
La sédimentation des morts consécutives nous hissent vers le ciel.
Ces étranges sommets. Où reposent des monstres. Que l'on vient caresser.
C'est la folie de Klimt. Ou son arbre de vie. La façon que tu as de refuser que l'on t'aime.
Pour une liberté et ses serpents de mer, qui rampent autour de toi, croyant trouver la paix.
Je te conduis sans doute. Sur la plus belle route qui puisse être donnée.
Dans cette nef ambrée où la lumière pleure des flocons de regrets.
Mais aux mélancolies, pétillent des splendeurs qui ouvrent l'appétit pour ce qui pourrait suivre.
Et l'émerveillement l'emporte sans trembler. L'hiver peut revenir. L'avenir est solaire.
Je le vois de plus près. Au baiser que je couche sur la joue que tu tends pour épargner ta bouche.
Aux forêts répandues. Aux roches millénaires. Nous sommes deux lucioles dans la brume du col. 
Et à l'or fin de Klimt, c'est mon cou qui s'allonge mais je reste debout.
Pour embrasser l'automne que tu es. Offert et à genoux.
Resplendissant de foi. De tout bois. De promesses. Prêt à te relever. Pour me quitter peut-être.
Quitte à me faire aimer une mort avant l'autre. Et me faire avancer.
Aux griffures des ronces. A l'éternel été.


 

Philippe LATGER / Octobre 2022

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Au réel imposé

Publié le

Je rêve que ma maison est ailleurs. Que c'en est une autre. En d'autres temps.
Qu'il y a des morts qui ne le sont plus. Et qui rient et chantent comme avant.
Je retrouve ma mère. Mes grands-parents. Et tu es avec nous. Naturellement.
Nous y sommes en adultes, alors que nous devrions y être comme enfants. C'est troublant.
Ce qui est à la montagne se retrouve au bord de la mer. Et inversement.
Je mélange tout. Mais c'est un rêve. Et je ne veux pas en sortir. Pas maintenant.

Ma mère a l'air de te connaître déjà. Ne s'étonne pas. Elle ne pose pas de questions.
Dans la maison de Bompas, qui ressemble à celle de Ste-Marie, et puis à celle de Barcelone.
Il n'y a rien d'érotique. Ce n'est pas le moment. Ici ce sont les retrouvailles. Le paradis perdu.

Le bonheur de l'enfance, dans lequel je t'embarque en passager clandestin.
Mais quelque chose nous a repérés. Quelque chose n'apprécie pas l'anachronisme.
Et le vent tourne. L'ambiance change radicalement. Nous sommes identifiés comme intrus.
Le bonheur vire au aigre. Il faut nous sortir de là. Je ne devrais pas être ici en tant qu'adulte.
Tu ne devrais pas être ici non plus. Notre présence dérange. Menace un équilibre.
Des forces veulent nous débusquer pour nous chasser ou nous punir. Tout s'éloigne.
Ma famille ne répond plus. Je dois nous sortir de là. J'essaie de nous orienter vers autre chose.
J'essaie de t'emmener là où nous pourrions faire l'amour. Dans un rêve érotique dont j'ai envie.
Mais les chasseurs de ma pinède catalane me traquent où que j'aille. Ils me suivent.
Et le rêve érotique auquel j'aspire, je le sais, va virer au cauchemar en un clin d'œil. Trop risqué.

Je dois me réveiller. C'est la seule solution. Il faut que je me réveille. Sur-le-champ.
Peut-être suis-je simplement en apnée du sommeil. Je dois me réveiller pour respirer.
Ce qui expliquerait la menace qui m'encercle, qui m'étreint, qui m'étouffe.
Je me réveille enfin. Comme remontant à la surface. Une grande inspiration. De justesse.
Je me cale dans mon oreiller. J'ai l'âge que j'ai. Je suis où je suis. Retour au réel imposé.
Avec un sourire. Un peu inquiet. Ne sachant trop quoi en penser.

 

Philippe LATGER / Octobre 2022

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Foudre et seaux d'eau sur Park Avenue

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D'énormes gerbes d'eau retombaient sur moi comme autant de vagues brisées.
Un orage titanesque. Démultiplié par les gratte-ciel.
Le tonnerre ne se contentait pas de déchirer l'espace dans ses déflagrations.
Il rebondissait d'un building à l'autre, et se répondait d'échos en échos.
J'ai fui le Swissotel. Epouvanté par mon propre désir.
Et remonté Park Avenue. A pied. D'un pas de New-Yorkais.

Et le ciel m'est tombé sur la tête. Des trombes d'eau.
La chimie de la rencontre. Une veille de départ. Comme d'habitude.
Le pente agressive du Citigroup Center avait disparu dans un ciel wagnerien.

Derrière un Seagram building insipide. Et je marchais furieusement vers le Sud.
La soirée d'after-show fut intimiste. Nous avons dîné. Et il était là. A quelques mètres de moi.
Je fuyais son regard. Mais je savais. Je sentais son regard sur moi. Je savais qu'il me voulait.
Je sentais son désir à plein nez. Et je vidais mon verre d'un trait. Il se taisait.
Et je faisais mine de suivre une conversation. J'ouvrais grand mon sourire comme un paravent.
Je le tenais figé à bout de bras pour me cacher derrière. Il ne me lâchait pas.
St-Bartholomew's Church et son dôme annonçaient ensemble le sinistre Waldorf Astoria.
Je dois rentrer à mon hôtel. Je repars demain matin pour Paris. Pourquoi est-ce que je marche ?
Quand je pourrais prendre un taxi.
Je venais de rencontrer une icône. Mais là n'était pas la raison de mon trouble.

Chaque voiture qui longeait le trottoir me balançait des seaux d'eau dans la tronche.
Trempé jusqu'aux os, le col relevé, je fuyais. Dépassais le Waldorf et sa silhouette digne de Gotham.
Le New York de Batman.
" Vous ne restez pas ? ... " Nom de Dieu. Qu'est-ce que je suis en train de faire ? Je joue à Cendrillon ?
" Je rentre demain à Paris. " Qu'est-ce que je fabrique. Pourquoi est-ce que je ne monte pas dans un taxi ?
Des éclairs invisibles illuminaient d'énormes nuages gris à la vitesse du stroboscope. La pluie.
Le Waldorf. Quand je pourrais faire demi-tour. Revenir au Drake. Mais je savais.
Nous allions tomber amoureux l'un de l'autre. Ne plus vouloir nous quitter. La passion amoureuse.
C'était ça. Nous le savions tous les deux. A plein nez. Ce n'était pas autre chose. Et je fuyais.
Qu'aurais-je fait ? Pris l'avion le lendemain le cœur brisé ? Pour le plaisir du déchirement ?
On ne tombe pas amoureux la veille d'un départ transatlantique. Déjà vu. Déjà fait. Pas encore.
J'aurais annulé mon vol pour rester avec lui ? Pourquoi pas ?... Qu'est-ce que je suis en train de faire ?
Grand Central barre l'avenue. Je m'éloigne. Je m'éloigne de lui. Toujours davantage. Pas à pas.
Il était beau comme un dieu. Et j'aimais sa détermination farouche à me séduire. A m'avoir.
Il sait ce qu'il veut. Ce n'était pas mon cas. A trotter trempé comme une soupe à travers tout Manhattan.
Je n'ai plus le courage de sauter dans le vide. Je rentre à mon hôtel, ça suffit. J'ai besoin de me reposer.
Et j'étais horrifié de ce renoncement. Une partie de moi ne me reconnaissait plus. " Tu es un lâche. "
Je me disais que si j'étais encore moi-même, je retournerais au Swissotel, les cheveux mouillés,
pour aller le rejoindre aussitôt et vivre ce que j'avais à vivre avec lui. C'est ce que j'ai toujours fait.
C'est ce que j'aurais fait. Et ce que j'aurais dû faire. Au lieu de cela, je marche sous la pluie.
Jusqu'à mon petit hôtel de la 17ème rue. Où je me déshabille pour faire sécher mes vêtements.
Où je me jette sur mon lit. Allez. Soyons sérieux. Tu as pris la bonne décision.
Je dois me lever tôt pour aller prendre mon avion à Kennedy Airport.
Je veux vérifier l'horaire et le terminal. Je cherche dans mes affaires. Et voilà.
... J'avais oublié mon billet d'avion au Swissotel.
Acte manqué. Qui me navre et me ravit. Qui m'enchante et m'exaspère.
C'est tout moi. Je ne me supporte plus. L'un est épuisé, l'autre est fou de joie.
A mes tergiversations, le destin a tranché.
La nuit n'était donc pas finie.

 

Philippe LATGER / Octobre 2022

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